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Diplomacy & Defense Think Tank News

L’Australie rejoint les États-Unis pour contrecarrer les plans de la Chine dans l’Indopacifique

IRIS - Fri, 31/07/2020 - 14:53

Aux États-Unis, la crise du coronavirus bat son plein et les tensions domestiques n’en finissent pas. Malgré cela, ce mardi s’est tenue à Washington la 30e édition des consultations ministérielles annuelles entre l’Australie et les États-Unis (AUSMIN).

Après un long vol depuis Canberra, la ministre australienne des Affaires étrangères Marise Payne et sa collègue de la Défense Linda Reynolds ont rencontré leurs homologues américains le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo et Mark Esper, le Secrétaire à la défense des États-Unis. Le thème central de la rencontre : les récentes actions du gouvernement chinois dans l’Indopacifique et les actions à prendre pour protéger et avancer les intérêts régionaux communs de Canberra et Washington.

A la sortie de l’AUSMIN, le message était clair. En raison de la pandémie de Covid-19 et de l’intensification des tensions géostratégique dans l’Indopacifique, l’alliance australo-américaine s’engage à s’adapter aux défis régionaux et à fournir à ses partenaires un soutien essentiel en matière de sécurité sanitaire et de défense.

Alors que les précédents communiqués des AUSMINs n’offraient que peu de points d’actions, celui de mercredi change la donne en proposant une longue liste de mesures pratiques.

Et c’est le secteur de la santé qui apparait comme prioritaire. Le communiqué offre une description détaillée des actions sanitaires à mener dans la région, allant de la coopération sur les maladies infectieuses à la préparation pour une nouvelle pandémie, en passant par le renforcement des services de santé, le développement de vaccins et la distribution de matériel médical. L’Indonésie, la Papouasie Nouvelle-Guinée, ainsi que plusieurs autres nations victimes du virus seront les premières à bénéficier de ces nouvelles dispositions.

Bien qu’elles soient importantes d’un point de vue sanitaire, c’est sur le plan géostratégique que ces mesures jouent un rôle majeur. En effet, en aidant la région à se rétablir, ces actions vont aider Washington à reconstruire sa réputation de leader humanitaire de l’Indopacifique. Pour les Américains, cela constitue un point crucial dans leur compétition d’influence avec la Chine. En effet, ces mesures devraient leur permettre de reconstruire le soft-power régional dont ils bénéficiaient avant qu’il ne s’effrite graduellement au profit de Pékin.

D’un point de vue sécuritaire, les États-Unis et l’Australie ont fermement réaffirmé leurs inquiétudes face à l’utilisation grandissante par la Chine de techniques coercitives dans la région. Pour dissuader Pékin de continuer dans la même direction, les deux alliés se sont engagés à « une coopération maritime accrue et régularisée », une lutte commune contre les campagnes de désinformation chinoises, tandis que les États-Unis ont « renforcé leur détermination à soutenir Taiwan ». En plus, l’alliance australo-américaine s’est engagée à développer les capacités domestiques des pays de l’Indopacifique, afin de les aider à sauvegarder leur souveraineté et résilience.

La plume australienne dans ce communiqué est calme, mais précise. De la 5G à la liberté des opérations de navigation, il est clair que Canberra a réfléchi à ses propres intérêts politiques, tout en évitant de se faire forcer la main par Washington.

Ainsi, lorsque Mr. Pompeo a pressé l’Australie de mener des exercices plus assertifs auprès des îles contestées de la mer de Chine méridionale, la ministre Reynolds a seulement répondu que c’était un « sujet de discussion ». « Notre approche reste cohérente, nous continuerons à transiter par la région conformément au droit international », a-t-elle déclaré.

Cette volonté d’indépendance dans l’alliance est aussi confortée par la récente mise à jour de la stratégie australienne de défense 2020. En effet, le bond de géant du budget australien en matière de défense révélé au début du mois témoigne de la reconnaissance par Canberra que les États-Unis ne peuvent plus maintenir seul l’ordre dans Indopacifique, et que l’Australie doit prendre les devants.

Que peut-on attendre dans le futur pour la collaboration entre l’Australie et les États-Unis ?

L’une des décisions prises au AUSMIN cette semaine est d’établir une réserve de carburant militaire stratégique à Darwin, au nord de l’Australie. Les Américains disposent déjà d’une base militaire dans la région. Cette nouvelle décision d’agrandir les capacités d’approvisionnement suggère donc une croissance significative de la présence du US Marine Corps dans le nord du pays.

D’une certaine manière, cela marque le début d’une nouvelle ère dans la collaboration militaire australo-américaine. Cependant, si l’ambition de l’alliance est de se transformer en un mécanisme de dissuasion régionale, Canberra et Washington devraient définir clairement une stratégie militaire coordonnée et une planification d’urgence combinée. Pour le moment, nous en sommes encore loin, même si les avancées de cette semaine pavent le chemin dans cette direction. Finalement, le communiqué d’AUSMIN se lit comme un retour à la « normale » de l’engagement américain auprès de son allié australien. Il n’y a rien là-dedans qu’une administration Biden ne devrait rejeter, marquant ainsi la pérennité de ce nouvel élan. Reste maintenant à savoir comment Pékin réagira.

Trump au bord du Rubicon

IRIS - Fri, 31/07/2020 - 11:06

Ce jeudi 30 juillet 2020, Donald Trump a suggéré de repousser les élections de novembre.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le camp démocrate craignait une telle tentative – d’annulation ou de report des élections générales de novembre – de la part du président américain. Aujourd’hui, pour la première fois, le président des États-Unis dans un tweet a proposé que le vote soit reporté « jusqu’à ce que les gens puissent voter correctement, en toute sécurité ».

Même pour l’hôte de la Maison-Blanche, suggérer de repousser les élections est une violation extraordinaire du décorum présidentiel. Même s’il revenait sur une telle déclaration, celle-ci prouve que les chances sont grandes de le voir, lui et ses principaux partisans, ne pas accepter la légitimité du vote s’il perdait face à l’ancien vice-président Joe Biden.

« Avec le vote par correspondance, 2020 sera l’élection la plus INEXACTE et FRAUDULEUSE de l’histoire », a tweeté Donald Trump. « Ce sera un grand embarras pour les États-Unis. Retardez les élections jusqu’à ce que les gens puissent aller voter correctement, en toute sécurité ! »

Officiellement, le président états-unien n’a pas le pouvoir de modifier unilatéralement la date des élections, fixée par la loi fédérale. Mais sa suggestion, intervenant alors que les sondages le montrent très loin derrière son rival démocrate et que le coronavirus n’en finit pas de ravager les États-Unis et que le pays s’enfonce dans une crise économique et sociale sans précédent, peut laisser craindre le pire. Non pas un putsch, bien évidemment. Mais un véritable chaos politique et institutionnel.

Bien entendu, l’affirmation selon laquelle le vote par correspondance, largement plébiscité par les institutions américaines en cette période Covid-19, conduit à des décomptes inexacts ou à une fraude est complètement fausse – raison pour laquelle le Congrès, malgré la pandémie, n’a jamais envisagé de décaler les échéances électorales. Mais les attaques soutenues du président contre cette façon de voter a rendu plus que suspicieux l’ensemble de ses aficionados ainsi que les milieux d’extrême droite, déjà bien remontés par le succès des manifestations liées au mouvement Black Lives Matter.

Alors que la Maison Blanche a jusqu’ici officiellement nié que Donald Trump ait tout intérêt à changer la date des élections, certains de ses alliés et principaux collaborateurs avaient par le passé déjà évoqué cette possibilité. Fin avril,  Joe Biden lui-même, avait prédit que le milliardaire ferait son possible pour reporter l’échéance. «Souvenez-vous de ce que je vous dis, je pense qu’il va essayer de faire reporter les élections d’une manière ou d’une autre, trouver des raisons pour lesquelles elles ne peuvent pas avoir lieu», avait-il alors lancé.

Il y a quelques jours, le président états-unien tweetait une vidéo – supprimée depuis par Facebook, YouTube et Twitter pour cause de désinformation – dans laquelle apparaît un médecin pro-hydroxychloroquine connu pour avoir promu le plus sérieusement du monde l’idée que les États-Unis étaient gouvernés par des hommes lézards venus de l’espace. Donald Trump compterait-il sur leur aide dans sa tentative de franchir le Rubicon ?

Mieux vaut rire de la situation. Et il est très possible que Trump, comme à son habitude, déclare bientôt qu’il s’agissait d’une grosse blague. Surtout que dans l’après-midi de jeudi, les républicains ont rejeté sa proposition. Mais rien que le fait que le président de la première puissance mondiale ait pu évoquer la possibilité de repousser sans concertation avec le Congrès, l’élection présidentielle, démontre une nouvelle fois l’état de déliquescence avancée de la démocratie en Amérique.

En tout cas, si le véritable objectif de Trump dans toute cette affaire était de commencer à semer sérieusement le doute dans certains esprits sur la fiabilité des résultats électoraux en cas de défaite, c’est réussi. À en croire les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui déjà fourbissent leurs armes.

Expliquez moi… Les risques de l’unilatéralisme américain

IRIS - Thu, 30/07/2020 - 15:45

Pascal Boniface, co-auteur du manuel d’histoire/géographie/géopolitique de Hachette pour les élèves de Première, décrypte en vidéo l’unilatéralisme américain, son évolution au cours de l’histoire et jusqu’à Donald Trump qui le pousse à son paroxysme.

Vers la fin de l’Union européenne ou son renouveau ?

IRIS - Thu, 30/07/2020 - 11:15

L’Union est une construction ambiguë, inachevée et fragile


L’ambiguïté du projet

Union politique ou simple marché ? Le projet européen a toujours été plus ou moins ambigu sur l’objectif recherché. La célèbre déclaration Schuman du 9 mai 1950, considérée comme l’ordonnée à l’origine du projet européen, est sans doute le plus clair des textes fondateurs. Elle assignait pour objectif aux six États signataires de réaliser, au travers de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier, « les premières assises concrètes d’une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix ». Fédération, c’était donc bien de cela qu’il s’agissait.

Mais quelques années plus tard, en 1957, les chefs d’État et de gouvernement signataires des traités de Rome omettaient la référence à la « Fédération » et affirmaient, non sans lyrisme, mais de façon plus vague, leur détermination à établir : « les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens ». Rien n’était dit, à dessein, sur la forme de cette « union » sans majuscule : simple « communauté économique », association politique d’États-nations, confédération ou bien fédération comme initialement projetée ?

Le traité de Maastricht en 1992, troisième hypostase de la trinité fondatrice en ce qu’il institue « l’Union européenne », n’est guère plus explicite. Son préambule affirme qu’il s’agit de « franchir une nouvelle étape dans le processus d’intégration européenne engagé par la création des Communautés européennes ». Le projet européen serait donc un processus susceptible d’aboutir, un jour, à une union. Son ordre juridique est donc par nature instable. Il ne résulte pas d’une constitution rédigée d’un trait par une convention se mettant d’accord sur un plan d’ensemble, à l’instar de la convention de Philadelphie qui accoucha de la Constitution américaine. Il résulte au contraire d’une série de traités qui se sont superposés et modifiés les uns les autres à l’issue d’âpres négociations et qui forment une trame parfois obscure et d’une longueur telle qu’elle en est devenue illisible pour l’immense majorité des citoyens européens.

Le problème est que cette ambiguïté, qui a longtemps joué un rôle qualifié de « constructif » parce qu’elle permettait d’avancer sans vraiment dire les choses, en feignant de croire que l’on se comprenait et en glissant les désaccords sous le tapis, est devenue à la longue « destructrice ». Au fur et à mesure que l’Union se construisait, les peuples européens ont eu le sentiment qu’une poignée de « technocrates » les mettaient devant le fait accompli et leur volaient tout à la fois leur souveraineté et leur identité.

C’est un Premier ministre britannique, Margaret Thatcher, qui a, pour la première fois, tiré parti de cette ambiguïté originelle et introduit le ver du marché dans le fruit de l’union politique. C’est la funeste formule de 1979 « I want my money back » qui consacre une approche transactionnelle de l’Union, incompatible avec l’idée même d’un intérêt général européen. Malheureusement, il est probable aujourd’hui que certains, y compris parmi les citoyens du Danemark, de la Suède et de l’Autriche et des Pays-Bas, ne souhaitent pas voir l’Union devenir autre chose qu’un marché. Et c’est sans aucun doute par crainte de cette dimension politique que la Norvège et la Suisse n’y ont jamais adhéré. Quant à l’Irlande, si elle a tiré d’immenses bénéfices économiques de son adhésion à l’Union européenne, ses citoyens ont tout de même voté contre la ratification du traité de Nice en 2001, puis contre la modification constitutionnelle rendue nécessaire par la signature du traité de Lisbonne en 2008.

Enfin, en adhérant à l’Union européenne, il n’est pas sûr que la majorité des citoyens des pays baltes, d’Europe de l’Est, d’Europe centrale et des Balkans aient voulu adhérer à une Union politique. Il n’est même pas sûr que les peuples des États membres à l’origine de l’Union n’aient pas eux aussi développé une certaine ambivalence pour ne pas dire une franche aversion vis-à-vis de la construction européenne. Un intéressant rapport conjoint de Sciences Po Cevipof, l’Institut Jacques Delors et Kantar a montré que les Français étaient devenus le peuple le plus eurosceptique d’Europe, juste après les Grecs et à peine devant les Britanniques[1]. Quant aux Italiens, qui ont pendant longtemps été parmi les peuples les plus en faveur de la construction européenne, ils sont aujourd’hui au même niveau de défiance que les Grecs et les Français. In fine, l’ambiguïté n’aura donné que des fruits amers.


Les insuffisances de la méthode

Si les objectifs étaient ambigus, en revanche, pour ce qui est de la méthode, les choses étaient claires dès le début. Dans sa déclaration du 9 mai précitée, Robert Schuman affirme en effet que : « L’Europe ne se fera pas d’un coup ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. ». C’est la célèbre méthode dite des « petits pas » qui est devenue un dogme absolu, l’Alpha et l’Omega de la « construction » européenne. Ce qui la condamne à être un projet toujours en chantier où l’on avance en empilant brique sur brique avec « pragmatisme », sans recourir à un quelconque plan d’architecte.

De fait, l’idée d’avancer pas à pas s’est matérialisée par une série d’avancées dont chacune contenait en germe la suivante et par un effet de cliquet, supposé rendre impossible tout retour en arrière. Ainsi la création d’une zone de libre-échange organisée autour du démantèlement douanier, d’une politique commerciale commune et des quatre libertés de circulation a-t-elle amené directement au « grand marché » de « l’Acte unique » de 1986. Ce grand marché appelait à son tour, une monnaie unique et si on ajoute à cela un commencement de politique de défense et de politique judiciaire, on obtient le traité de Maastricht de 1992. Enfin, pour que la monnaie unique fonctionne de façon optimale, il aurait fallu mettre en place une politique budgétaire commune et une harmonisation des politiques fiscales. Une fois cela réalisé, l’État fédéral se serait imposé comme une évidence.

Cette méthode des engrenages, qui a fonctionné jusqu’à la création de la monnaie commune en 2001, s’est arrêtée au seuil de l’harmonisation fiscale et de la politique budgétaire intégrée. Elle a également échoué à mettre en place une politique de défense vraiment commune. Soixante-dix après la déclaration Schuman, soixante-trois ans après la signature du traité de Rome, l’Union européenne est devenue une communauté plus large et plus profonde que la communauté d’origine. Mais l’objectif d’une fédération apparaît désormais comme un inaccessible rêve, une utopie. Chaque petit pas supplémentaire se fait dans la douleur de crises qui ne sont surmontées qu’au prix d’énormes efforts.

Surtout, la sortie du Royaume-Uni de l’Union a mis en échec le caractère prétendument irréversible du processus. Le peuple britannique s’est montré peu sensible à tous les arguments d’ordre économique avancés pour montrer le coût exorbitant du Brexit et s’est laissé convaincre par des arguments irrationnels relatifs à sa « souveraineté ». Cela parce que la politique est avant tout affaire de passions. Les peuples aussi y sont sujets et l’histoire abonde d’exemples où ils se sont laissés emportés par leurs pulsions.

Il est donc temps de s’interroger sur le bien-fondé de la méthode des petits pas. Cette méthode repose sur le postulat qu’il existerait un continuum entre l’état de départ – des États-nations souverains – et l’état final recherché – l’État fédéral. Or, ce postulat est contestable parce qu’il y a une différence de nature et non pas de degré entre un club de marchands où l’on peut choisir les options à la carte comme dans un club de sports et une Union politique dont la solidarité est la raison d’être et où l’on doit prendre en bloc le bon et le mauvais. La différence se traduit notamment par le fait que, dans une Union politique, on peut être amené à endosser des décisions que l’on n’approuve pas. C’est la même chose que dans une copropriété. On peut être emmené à financer la réfection du toit, même si l’on habite au rez-de-chaussée. Or l’on ne passe pas d’une gestion de type club, où chacun reste tant qu’il en a « pour son argent », à une copropriété, sans un changement des statuts et sans distribution des millièmes. L’Union n’est rien d’autre que la maison commune des peuples européens. Il nous revient de l’organiser correctement.

Le problème est qu’aujourd’hui, un tel changement de statuts, c’est-à-dire une révision des traités, semble politiquement hors de portée. Cela parce que le drapeau du fédéralisme a été hissé bas et sa cause désertée. Devant les cris et les hurlements des démagogues populistes, les clercs ont trahi. Au lieu de faire vivre le débat, par conformisme ils se taisent. Les plus courageux entonnent la vieille rengaine des petits pas et du pragmatisme. Ils réclament de l’action, toujours de l’action, mais ne savent pas où ils vont. Marchons ! Marchons ! déclame le chœur pro-européen. La vérité est que, comme à l’opéra, le chœur fait du surplace.


La fragilité de ses institutions

La première fragilité des institutions européennes tient à leur manque d’efficacité. Les États membres ont pris bien soin de limiter strictement les compétences de l’Union. C’est la parabole de Gulliver enchaîné. Il s’en suit que l’Union n’est efficace que lorsqu’elle dispose de compétences exclusives, par exemple en matière de négociations commerciales internationales, et qu’elle est inefficace lorsqu’elle ne dispose que de compétences d’appui, comme en matière de santé publique, ou prend ses décisions à l’unanimité, comme en matière de politique de sécurité et de défense commune. Dans ce cas, l’Union devient l’otage d’un seul État membre à qui il suffit de faire valoir son veto pour tout bloquer. Cela donne un retentissement excessif aux considérations de politique intérieure sur la politique de l’Union. C’est ce que montre actuellement le blocage exercé par le « club des frugaux » – les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark et la Suède – pour empêcher toute augmentation du budget européen, alors qu’il ne représente que 10 % de la population européenne et la moitié du PIB de l’Allemagne. Est-ce cela la démocratie ?

La deuxième fragilité des institutions de l’Union tient à leur manque de lisibilité par les citoyens. La Commission européenne n’est pas un véritable gouvernement, mais dispose néanmoins de certains attributs du pouvoir exécutif. Le Conseil, dans une subdivision byzantine impénétrable pour le commun des mortels, est une structure à deux niveaux : le « Conseil européen », qui réunit les chefs d’État et de gouvernement et le « Conseil de l’Union européenne », qui réunit en diverses formations les ministres des États membres. Ce Conseil est porteur de l’intérêt des États membres et capable, à ce titre, de tout bloquer. Il est à la fois un sénat et un gouvernement. Ses réunions sont d’une grande opacité contrairement à celles du Parlement européen et cela nuit gravement à la démocratie. Le Parlement européen est le meilleur garant de l’intérêt général européen, mais les rédacteurs des traités se sont bien gardés de lui donner le pouvoir de lever l’impôt et de voter les dépenses. Il n’a pas même l’initiative législative. En revanche, il s’est attribué un pouvoir de contrôle sur les nominations des commissaires européens, dont aucun Parlement national ne dispose à l’égard des ministres. À cela, il faut ajouter depuis le traité de Lisbonne l’existence du « haut-représentant/vice-président de la Commission », censé jouer un rôle important en matière d’affaires étrangères et de défense, mais dont la mission est impossible à remplir. Toute cette architecture d’une affreuse complexité rebute les citoyens de l’Union de leurs propres institutions qui du coup leur deviennent étrangères.

Enfin, la troisième fragilité tient au soi-disant manque de légitimité. Il s’agit là d’un faux procès. Le Parlement européen, élu au suffrage universel direct, n’a aucune leçon de représentativité à recevoir d’aucun Parlement national. Le conseil européen réunit des chefs d’État et de gouvernement tous issus, directement ou indirectement, du suffrage universel. Quant aux commissaires européens, ils sont désignés par leur État membre et cette désignation fonde leur légitimité. Seuls les processus de nomination du président de la Commission européenne et du président du Conseil sont critiquables. Il est en effet arrivé par le passé que les chefs d’État et de gouvernement s’accordent sur des personnages falots, dans le dessein inavoué qu’ils ne leur fassent pas d’ombre. Le traité de Lisbonne s’est efforcé de corriger ce travers en imposant aux chefs d’État et de gouvernement de prendre en compte le résultat des élections au Parlement européen. Cette nouvelle disposition a débouché sur le système dit du spitzenkandidat consistant à nommer président ou présidente de la Commission, le candidat pressenti par le groupe parlementaire arrivé en tête aux élections européennes. Néanmoins en l’absence de listes politiques transnationales, le caractère démocratique de ce procédé n’est guère convaincant. Il n’a du reste pas convaincu le président Macron qui s’y est opposé, provoquant une petite crise politique. Seul le développement de partis politiques représentés dans la majorité des États membres serait susceptible, sans changer les traités, de pallier ce manque de légitimité.

 

L’Union traverse une crise existentielle qui peut déboucher aussi bien sur un retour en arrière que sur une marche en avant


Une crise conjoncturelle qui touche au cœur du projet européen : la solidarité

La crise actuelle, issue de la pandémie du Covid-19, présente trois caractéristiques majeures. La première est qu’elle vient après toutes les autres : Irak 2003, referendums négatifs français et néerlandais de 2005, crise économique de 2008, crise grecque entre 2009 et 2012, Libye 2011, Ukraine 2014, terrorisme et crise des réfugiés 2015, Brexit 2016-2020, crise de l’Alliance atlantique 2018-2019. On peut certes faire valoir que tout ce qui ne tue pas l’Union la renforce et que la construction européenne est la somme des solutions apportées à toutes ces crises. Cela est vrai. Mais il est tout aussi vrai que chaque crise détruit un peu plus de l’affectio societatis européen et qu’à force de balafres, le projet en est défiguré.

La deuxième caractéristique de la crise est qu’elle est multidimensionnelle – sanitaire, économique, culturelle – et que ses répercussions sont d’une ampleur sans précédent sur nos sociétés. C’est, selon l’expression de Jean-Claude Juncker une « polycrise » et, selon l’OCDE, la pire récession en temps de paix sur les cent dernières années.

Mais la troisième et la plus importante caractéristique de la crise est qu’elle touche au cœur du projet européen : la solidarité entre ses membres. L’absence de solidarité initiale a mis à nu le projet européen. Il est vrai que depuis des pas nouveaux et significatifs ont été franchis, comme l’acceptation par l’Allemagne d’un endettement commun de l’Union. L’Union a réagi massivement aussi bien la Banque centrale européenne avec un plan d’achat de dettes de 1 350 milliards d’euros, que la Commission qui a endossé un ensemble de mesures qui totalisent plus de 1 000 milliards d’euros : 750 milliards pour le plan de relance, 100 milliards pour le dispositif SURE concernant le chômage partiel et encore 250 milliards d’euros pour le Mécanisme européen de Solidarité. On ne pourra pas dire cette fois, contrairement à la crise grecque, que l’Union a fait trop peu, trop tard. L’engagement a été massif et rapide. Mais ces pas, qui nous apparaissent aujourd’hui considérables, ne sont malheureusement que de petits pas sur la longue route du projet européen, tant l’union budgétaire et fiscale paraît si lointaine et, à ce stade, inatteignable.

Ne nous y trompons pas, la crise actuelle que traverse l’Union européenne est avant tout politique : elle pose à nouveau la question de la nature de l’Union : marché ou union politique. C’est en cela qu’elle est existentielle et qu’elle fait courir à l’Union un « danger mortel », comme a dû le rappeler Jacques Delors en sortant de son silence.

Un marché, sans un minimum de solidarité, n’est qu’un vulgaire marché, une place où l’on fait des affaires. Or, depuis bien longtemps, l’Union est bien plus que cela. Les marchés n’ont pas de drapeau, ni d’hymne et encore moins de passeport. Même embryonnaire, une identité européenne existe. Au-delà des symboles, les fonds structurels ont permis le rattrapage de tous les pays qui étaient à la traîne et la monnaie unique a solvabilisé les pays plus pauvres qui auparavant dévaluaient leur monnaie régulièrement pour compenser leurs pertes de compétitivité. L’euro demeure incomplet et fragile sans une politique budgétaire et fiscale intégrée. C’est une vérité acceptée par les économistes de tous horizons politiques et qu’ont démontrée deux prix Nobel : Joseph Stiglitz et Milton Friedman. Certes, l’euro a survécu. Mais il n’a pas rempli toutes ses promesses, en particulier celle d’apporter un surcroît de croissance, ni celle de devenir une monnaie de réserve internationale à l’égal du dollar. Et c’est bien la raison pour laquelle les entreprises européennes ont dû plier le genou devant Donald Trump déterminé à interrompre le commerce avec l’Iran.

Si l’on veut vraiment que l’Union ne soit qu’un marché, il faudrait alors s’en tenir à une logique purement transactionnelle. Cela supposerait de supprimer les rabais dont bénéficient l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et la Suède, puisque ces pays ne paient que le quart de la contribution qui devrait normalement leur être demandée. Il faudrait également supprimer les fonds structurels, qui n’ont pas lieu d’être dans une telle logique. Et puis il faudrait mettre fin à l’euro et revenir aux monnaies nationales, afin que les pays les moins compétitifs puissent retrouver la liberté d’agir sur leur taux de change et leurs taux d’intérêt. Il faudrait aussi mettre fin aux politiques de « concurrence fiscale dommageable » dont l’Irlande et les Pays-Bas ont tiré d’immenses bénéfices. Et puis enfin, pourquoi ne pas réinstaurer des frontières physiques entre les États membres, afin de limiter le dumping social ?  Voulons-nous vraiment tout cela : un grand bond en arrière ?

Mais si l’Union est davantage qu’un marché, alors il faut lui donner les institutions nécessaires à son bon fonctionnement, à commencer par la sécurité et la défense. Car si l’Union est incapable de protéger ses citoyens, alors à quoi sert l’Union ?


Une faiblesse structurelle : l’incapacité de se protéger et de protéger ses citoyens

Au-delà de la crise conjoncturelle qu’elle traverse, l’Union est affectée d’une faiblesse structurelle : elle est incapable de faire face seule aux menaces qui pèsent sur elle et s’en remet à la protection des États-Unis.

Il n’y a là pourtant aucune fatalité et certainement pas une question de moyens budgétaires, comme pourrait le laisser croire le débat récurrent sur le « partage du fardeau » au sein de l’OTAN. En effet, la somme des dépenses de défense des vingt-sept membres de l’Union européenne (187 milliards d’euros en 2018) est près de cinq fois supérieure à ce que dépense la Russie (40 milliards d’euros), et supérieure à ce que dépense la Chine (147 milliards d’euros). C’est bien la preuve que si l’Union se juge – à raison – incapable de se défendre contre la menace russe, c’est parce que sa défense est fragmentée et relève de la souveraineté des États membres. Le problème ne réside pas dans le volume des dépenses, mais bien dans leur structure. C’est l’absence d’intégration des différentes armées nationales qui rend l’Union impuissante militairement. Et malgré tous les effets d’annonce, la politique de défense commune demeure embryonnaire et la défense commune ne semble pas près d’exister.

Les décisions en matière de défense sont prises à l’unanimité par vingt-sept gouvernements et mises en œuvre par vingt-sept ministères de la défense, qui chacun a ses propres priorités. Chaque État voit midi à sa porte et les menaces à sa fenêtre. Les pays du Nord et de l’Est de l’Europe, Allemagne comprise, s’en remettent à la protection des États-Unis. Donald Trump pourrait cracher à la figure de leurs dirigeants que ceux-ci continueraient à vénérer l’OTAN. Leur peur est si grande et leur reconnaissance si aveugle qu’ils sont prêts à payer pour être protégés. Quant aux pays du Sud, ils s’en remettent eux aussi à la protection américaine, mais davantage pour des raisons industrielles que par peur de la Russie. Seule la France entend poursuivre une politique d’indépendance nationale. Mais la France est isolée, et cette politique d’indépendance a trouvé ses limites, en particulier au Sahel où les forces spéciales françaises sont trop dépendantes de moyens américains.

Le protectorat américain a un coût. Jusqu’à présent, ce coût était modeste. Il ne s’agissait que d’acheter des équipements militaires américains. Avec Donald Trump, le code a changé : ce qui est demandé désormais, c’est un alignement pur et simple des diplomaties européennes sur la politique américaine. L’exigence faite aux Européens de renoncer aux équipements de la firme chinoise Huawei pour la 5G est révélatrice de ce nouveau mode de faire. À défaut de s’aligner, le Royaume-Uni aurait pris le risque de ne plus avoir accès aux sources de renseignement américaines. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait complètement changé de politique sur ce sujet sous la pression américaine. D’une façon générale, tous les États européens font face à ce dilemme : s’aligner ou ne plus être protégés. L’Allemagne vient d’en faire l’expérience puisque le refus de la chancelière Merkel de se rendre au sommet du G7 que le président américain entendait organiser s’est immédiatement traduit par le retrait de 9 500 soldats américains. Le message est clair et fort.


Les solutions appellent des choix drastiques que personne ne souhaite faire

Aujourd’hui, le problème de la construction européenne n’est plus de choisir entre le marché et l’Union politique. Le problème est de savoir si l’on veut mettre fin à l’euro et revenir aux monnaies nationales ou bien adopter un vrai budget commun et harmoniser nos politiques fiscales. Le problème n’est pas non plus de savoir si l’on veut une défense européenne ou pas, il est de savoir si l’Union pourra conserver sa puissance commerciale si elle reste incapable de se protéger par elle-même.

La construction européenne est bloquée au milieu du gué, l’endroit le plus dangereux de la rivière, là où le courant est le plus fort et où il est facile de perdre pied. La vieille méthode des petits pas ne fonctionne plus. Il faut faire mouvement et vite, car le monde n’attend pas. Les Européens doivent soit reculer vers la berge nationaliste, soit avancer vers la berge fédéraliste. Bien sûr, ils préféreraient ne pas choisir et continuer à bénéficier du meilleur des deux mondes. Tout choix est un renoncement et ce renoncement-là est un déchirement.

Cependant, choisir en connaissance des causes et des effets, en toute transparence et en associant le plus possible les citoyens, suppose d’ouvrir un débat sur la nature du projet européen. C’est la raison pour laquelle une convention sur le futur de l’Europe a été convoquée. Et c’est aussi pour cela qu’elle a tant de mal à se mettre en place. Surtout, ne touchons à rien, et surtout pas aux traités, disent les plus frileux. Mais si d’emblée toute révision des traités est écartée, alors autant ne rien entreprendre. Rien ne serait pire de faire croire, une fois de plus, que l’on va avancer alors que l’intention est de rester sur place.

La difficulté tient au fait que tout débat rationnel sera extraordinairement difficile à mener, car, disons-le encore une fois, la politique est affaire de passions et les passions anti-européennes ont été chauffées à blanc au début de la crise du Covid-19.

Comme l’écrivait Stefan Zweig en 1934, alors même que l’orage grondait : « L’idée européenne n’est pas un sentiment premier, comme le sentiment patriotique, comme celui de l’appartenance à un peuple, elle n’est pas originelle et instinctive, mais elle naît de la réflexion, elle n’est pas le produit d’une passion spontanée, mais le fruit lentement mûri d’une pensée élevée. Il lui manque d’abord entièrement l’instinct enthousiaste qui anime le sentiment patriotique. L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen parce qu’il est toujours plus aisé de reconnaître ce qui vous appartient que de comprendre votre voisin avec respect et désintérêt ».

Alors, comment faire en sorte que l’idée rationnelle de fédération européenne convainque des foules manipulées par les trafiquants de haine et les marchands de peur ?

Il faudrait, mais cela est plus facile à dire qu’à faire, trouver la bonne articulation entre l’Union et les nations. Pour cela, il faut une Union qui se consacre sur les tâches essentielles, en particulier la défense, et redonne de la liberté aux États membres sur ce qui l’est moins. C’est au fond le slogan de la précédente Commission : faire que l’Union soit grande sur les grandes choses et petite sur les petites. Or qu’y va-t-il de plus essentiel, que la défense, la politique étrangère, le commerce international et la monnaie ? Et n’est-ce pas justement dans ces domaines que les États membres ont tous intérêt à unir leurs forces, plutôt que de rester, chacun dans son coin, fragile et démuni ?

De ce point de vue, le dilemme posé, en matière de politique de sécurité et de défense commune, lors du lancement de la coopération structurée permanente – trois mots pour ne pas dire « intégration » – dans le domaine de la défense, reste d’actualité. Faut-il avoir tout le monde à bord, c’est-à-dire être « inclusif », même si c’est pour n’aller nulle part, ou bien faut-il construire quelque chose en dehors des traités, de vraiment efficace, un « eurogroupe de défense » ? À cet égard, la lettre adressée par les ministres de la Défense des quatre grands (Allemagne, France, Italie, Espagne) au HR/VP Josep Borrell et à leurs collègues européens insistant sur le fait que la défense est importante, pourrait, peut-être, marquer le commencement de quelque chose de plus ambitieux, puisque les ministres se déclarent prêts à « intensifier leurs efforts et faire avancer une Europe plus intégrée, effective et capable dans le domaine international ». S’agirait-il de faire une vraie « avant-garde » au sein de l’avant-garde qu’était censée être la coopération structurée permanente et qu’elle n’est pas ?

Mais au-delà de la défense et de la monnaie, l’essentiel se jouera sur le terrain de la culture. Plus que tout, il est vital de ne pas laisser croire aux peuples européens que leur identité risque de disparaître dans une Union politique. Les Français ne seront jamais les Allemands, pas plus que les Corses ne sont devenus les Bretons. Et c’est bien comme cela. S’unir, ce n’est pas dissoudre son identité ; c’est s’enrichir d’une identité supplémentaire. Unir les nations européennes c’est ne pas oublier d’où elles viennent ; c’est s’accorder sur là où elles veulent aller.

L’Union européenne est à la croisée des chemins, au moment de vérité où il faut choisir une voie et renoncer à une autre. Cela a déjà été dit maintes fois par le passé, souvent à tort, mais à force de crier au loup arrive le moment où il vient vraiment. Nous y sommes. Cette fois-ci, l’Union peut renaître. Mais elle peut aussi disparaître, dans les mois et les années qui viennent.

L’Union sera ce que nous en ferons.

 

 

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[1]     Bruno Cautrès, Thierry Chopin, Emmanuel Rivière, Les Français et l’Europe – entre défiance et ambivalence – l’indispensable « retour de l’Europe en France » – Sciences Po Cevipof, Notre Europe Institut Jacques Delors et Kantar, mai 2020.

Va-t-on vers une nouvelle guerre froide et si oui l’Union européenne doit-elle choisir son camp ?

IRIS - Tue, 28/07/2020 - 11:13

La guerre de Chine n’aura pas lieu

Le 15 mai 2020, sur la chaîne Fox News la sénatrice républicaine Martha McSally déclarait, après qu’un rapport du FBI ait fait état de nouvelles actions de cyber espionnage chinois : « Nous sommes en train d’entrer dans une Guerre froide avec la Chine » ; termes repris concomitamment par plusieurs autres membres autorisés du parti républicain ou anciens conseillers de Donald Trump. Comme en écho à cette affirmation, le 24 mai 2020, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi mettait en garde le monde sur le fait que la Chine et les États-Unis étaient « au bord d’une nouvelle Guerre froide ». « Guerre froide », les mots sont sur toutes les lèvres et renvoient à un passé que l’on croyait révolu, celui d’un combat entre deux blocs par tous les moyens possibles, à l’exception de l’affrontement militaire direct.

En réalité, cela fait plus de dix ans que la Chine inquiète les États-Unis, huit ans que Barack Obama a réorienté la politique étrangère américaine vers l’Asie et trois ans, depuis l’élection de Donald Trump, que les tensions s’accumulent. Si bien que pour beaucoup de commentateurs, la question ne semble plus de savoir si l’on est entré dans une nouvelle Guerre froide, mais de savoir comment elle va se développer : s’agit-il d’un engrenage inéluctable, qui pousserait les deux pays vers la guerre tout court ; ou bien est-il encore temps de revenir au statu quo ante à la faveur des élections américaines de novembre 2020 ?

Cette question a fait l’objet d’une multitude de réflexions, de livres et de conférence depuis plusieurs années, et il ne se passe quasiment pas un jour sans qu’un article de fond ne soit publié sur le sujet. L’ouvrage de référence en la matière est celui du politologue américain Graham Alison : « Destinés à la guerre : l’Amérique et la Chine peuvent-elles échapper au piège de Thucydide ? », publié en 2017[1]. Partant du fait que « c’est la peur inspirée à Sparte par l’ascension d’Athènes qui a rendu la guerre inévitable », Graham Alison a conduit un projet d’histoire appliquée à Harvard qui a révélé qu’au cours des cinq derniers siècles, la confrontation entre une puissance ascendante et une puissante régnante s’est produit seize fois et s’est soldée à douze reprises par une guerre. De là à penser que « les États-Unis et la Chine se dirigent tout droit vers la guerre »[2] il n’y a qu’un pas, que Graham Allison se refuse pourtant à franchir, estimant qu’une guerre ouverte entre la Chine et les États-Unis n’est pas une fatalité. Il s’agit simplement, nous dit-il, de reconnaître les tendances structurelles qui guident les relations entre ces deux grandes puissances, et qui provoquent un stress « tectonique » que les deux capitales doivent maîtriser pour éviter qu’une simple étincelle au large de Taïwan, entre les deux Corées, ou sur les îles Senkaku/Diaoyutai déclenche un conflit armé.

Observons du reste que cette crainte d’un conflit armé ne date pas de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Le roman de fiction intitulé : « La flotte fantôme »[3], paru en 2015, et qui aurait, paraît-il, beaucoup inspiré les militaires américains, raconte l’histoire d’une guerre future dans laquelle la Chine, assistée par la Russie, lancerait une offensive sophistiquée sur les États-Unis dans le Pacifique, conduisant à l’occupation des îles hawaïennes. Il est intéressant de noter que l’offensive serait rendue possible par le fait que les puces électroniques, vendues par la Chine aux États-Unis, et présentes dans tous les systèmes d’armes américains, en particulier les drones et les missiles, permettraient aux militaires chinois de prendre le dessus. Tout rapprochement entre ce roman et les inquiétudes américaines vis-à-vis de l’entreprise chinoise Huawei serait sans doute purement fortuit…

En vérité, cette « Guerre froide » en cours de développement est bien différente de la précédente. D’abord parce que la Chine ne prétend pas à la domination idéologique et n’est pas une puissance expansionniste. C’est en tous les cas ce que prétend l’ancien ambassadeur de Singapour aux Nations unies, Kishore Mahbubani, dans un ouvrage très argumenté, intitulé : « Est-ce que la Chine a gagné[4] ? » et dont le titre résonne comme une réponse à l’interrogation de Graham Allison. En outre, quelle que soit sa puissance économique et technologique, la Chine ne dispose pas, pour le moment, d’un outil militaire lui conférant une portée mondiale. Surtout, elle ne constitue pas un modèle culturel exportable hors d’Asie et ne prétend pas le devenir. Son soft power est faible, du moins en Europe, où elle est vue comme un « partenaire, un compétiteur, mais aussi un rival systémique »[5]. Enfin, parce que les liens économiques et financiers tissés entre les États-Unis et la Chine et entre la Chine et l’Europe sont d’une telle ampleur qu’un conflit, même limité à sa dimension commerciale, conduirait à une « destruction économique mutuelle assurée ».

Certes, un accident militaire peut vite arriver tant les passions ont été exacerbées de part et d’autre depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Mais il est peu probable, si jamais un tel accident devait se produire, qu’il dégénère en guerre ouverte. La raison en est simple : les dirigeants chinois, en fidèles adeptes de Sun Tzu, ne dévieront pas de la stratégie consistant à vaincre sans combattre. Ils éviteront à tout prix un affrontement militaire et chercheront, par une politique de long terme, à isoler les États-Unis. C’est du reste ce que Donald Trump a réussi si bien tout seul. Si guerre il devait y avoir, on peut donc raisonnablement parier qu’elle resterait « froide ». Tout le problème est que les nations savent se montrer aussi irrationnelles que les hommes et les femmes qui les dirigent. Ce qui fait de la prédiction en matière de relations internationales un art difficile et donc intéressant.

L’Union doit-elle choisir un camp et si oui lequel ?

Il est évident qu’il n’y a pas, du point de vue de l’Union européenne, une symétrie de relations entre, d’une part, les États-Unis et, d’autre part, la Chine. L’histoire, la culture, la langue, l’économie, la technologie et par-dessus tout le régime politique sont autant de facteurs qui rapprochent infiniment plus les Européens des Américains que des Chinois. D’autant que, vue avec des lunettes d’Européens, la Chine est un contre-modèle en matière de droits de l’Homme et de libertés publiques et entretient une politique difficilement acceptable tant à l’intérieur de ses frontières vis-à-vis des minorités musulmanes (les Ouïghours), qu’à l’extérieur, par exemple au Tibet. Les événements récents de Hong Kong n’ont pas aidé à améliorer son image en Europe.

À cela, il faut ajouter le comportement chinois en matière de commerce international. En effet, son gouvernement a imposé des restrictions pour accéder à son marché qui se révèlent, à la longue, insupportables aux entreprises européennes. C’est, par exemple, l’obligation d’avoir des partenaires chinois qui bénéficient de transferts de technologie forcés et deviennent ensuite des compétiteurs féroces des entreprises européennes. Enfin, la mauvaise réputation de la Chine en Europe tient aussi au grand nombre d’affaires d’espionnage industriel. De tout cela, il résulte que la Chine part avec un handicap important vis-à-vis des États-Unis, pour gagner le cœur des Européens. La Chine a réussi son décollage économique et militaire. Mais elle n’a pas réussi à se faire admirer et encore moins à se faire aimer, du moins par l’Occident.

Mais il faut bien admettre, d’un autre côté, que les États-Unis de Donald Trump se sont montrés franchement hostiles vis-à-vis de l’Union. Au lieu de former un front commun, le président américain a laissé entendre qu’il s’occuperait de l’Union européenne sans même attendre d’en avoir fini avec la Chine[6].

Dans ce contexte, l’Union n’a pas d’autre choix que celui d’une politique d’équilibre en fonction de ses propres intérêts, sans renier ses valeurs, mais sans faire la leçon à quiconque. Quels pourraient en être les principes directeurs ?

Premièrement, il faut abandonner l’idée, au cœur de la politique américaine, dite « d’engagement » vis-à-vis de la Chine, selon laquelle on pourrait faire évoluer ce pays vers une démocratie par la seule vertu de l’ouverture des échanges. La Chine est une puissance d’un milliard et demi d’habitants et son histoire multimillénaire est différente de la nôtre. Dans cette histoire, la démocratie n’est ni une valeur ni un modèle. En se référant à l’histoire de la transition de l’Union soviétique vers la démocratie qui s’est transformée en quasi-disparition de la Russie, la Chine aurait tendance à faire de la démocratie un contre-modèle. S’il devait donc y avoir un jour des changements radicaux dans la façon dont est gouvernée la Chine, ces changements seront le fruit d’évolutions internes et certainement pas de pressions externes. Au contraire, toute pression externe visant à influer sur la forme du gouvernement chinois ou sur ses agissements dans ce qu’il considère relever de sa seule souveraineté (Tibet, minorités ouïghoures, Hong Kong, mer de Chine, droits de l’Homme, etc.), ne peut conduire qu’à un durcissement. Suivant un schéma moult fois éprouvé dans l’histoire, tout accroissement des pressions extérieures ne fait que servir de prétexte pour durcir la politique intérieure.

La deuxième idée est que la politique de l’Union doit être conditionnée par ses propres intérêts. Cela ne veut pas dire qu’elle doive renoncer à ses valeurs. Mais cela veut dire qu’elle ne peut les promouvoir qu’à la condition d’utiliser sa puissance à bon escient. Cela ne sert à rien de faire la leçon à la Chine ni de lui imposer des sanctions. Est-ce que les sanctions imposées à la Russie ont permis le retour de la Crimée à l’Ukraine ou la fin de la guerre dans le Donbass ? Un changement de régime en Corée du Nord ou en Iran ? Du reste est-ce que l’Union européenne se montre toujours aussi sourcilleuse en matière de droits de l’Homme ? A-t-elle pris des sanctions contre l’Arabie saoudite après le meurtre ignoble de Jamal Khashoggi ? Prendra-t-elle des sanctions similaires à celles qu’elle a prises vis-à-vis de la Russie si le gouvernement de Benyamin Netanyahu annexait une partie de la Cisjordanie ? Dans l’état actuel de sa puissance, la seule position possible pour l’Union européenne vis-à-vis des régimes autoritaires qui enfreignent les droits de l’Homme est celle énoncée dans la « stratégie globale » de 2016, d’un « pragmatisme à principes ». Comme l’explique justement Sven Biscop[7], cela veut dire coopérer avec la Chine chaque fois que cela est dans notre intérêt, aussi longtemps que nous ne devenons pas complices de violations des droits de l’Homme, ce qui doit être notre ligne rouge absolue. Cette coopération doit se faire en maintenant un dialogue critique, qui ne se résume ni à des incantations, ni à des leçons, ni à des sanctions. Les régimes autoritaires aussi sont sensibles à leur image.

L’Union européenne a des leviers de puissance sur la Chine, ne serait-ce qu’en matière commerciale et technologique. Elle a les moyens et le droit d’exiger – au sein de l’Organisation mondiale du commerce – que la Chine modifie ses comportements dans l’accès aux marchés publics, le respect de la propriété intellectuelle et la protection des investissements. L’affaire des réseaux de téléphonie mobile de cinquième génération (5G) et la possibilité de recourir aux infrastructures de l’entreprise chinoise Huwaei en fournissent un bon exemple. De ce point de vue, l’Union européenne ne doit pas se laisser bousculer par les États-Unis, qui n’ont pas attendu l’élection de Donald Trump pour placer des écoutes sur les téléphones mobiles des dirigeants européens. Un autre important domaine de coopération entre l’Union européenne et la Chine doit être l’action en faveur du climat où les intérêts des deux puissances sont alignés. Par ailleurs, en matière de développement des pays africains, les intérêts de la Chine et ceux de l’Union européenne devraient également converger. L’intérêt bien compris de l’Union est en effet que l’Afrique se développe le plus possible, ne serait-ce que pour fixer sur place les populations les plus fragiles et réduire sinon éviter de nouvelles vagues de migration. Dans cette perspective, une concertation avec la Chine serait plus avantageuse pour tout le monde que la compétition à couteaux tirés actuelle. Enfin, l’Union européenne et la Chine ont tout intérêt à prendre ensemble la défense du multilatéralisme, d’autant plus nécessaire après le retrait des États-Unis de toutes les organisations les plus importantes telles que l’Organisation mondiale de la Santé, sans être « naïf » et sans s’accommoder de l’entrisme souvent pratiqué par la Chine.

Enfin, la troisième idée qui doit guider la politique de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine est tout simplement de rester unie. Les États membres européens sont face à la Chine, mais aussi face à la Russie et aux États-Unis, dans la même situation que les tribus gauloises l’étaient face à Jules César. Compte tenu de l’exigence d’un vote unanime en matière de politique étrangère, il suffit à l’une de ces trois puissances d’avoir barre sur l’un quelconque des États membres pour bloquer toute politique. C’est une fragilité immense dont il nous faudra bien sortir un jour, et le plus vite sera le mieux.

L’Union européenne n’a donc aucun intérêt à se laisser embarquer dans la querelle sino-américaine. Quelle que soit notre proximité avec les États-Unis, la fin de la Guerre froide a montré que leurs intérêts et les nôtres ne coïncidaient plus automatiquement. Il faut donc aujourd’hui en tirer les conséquences. L’Union doit, elle aussi, agir en fonction de ses intérêts. Mais il ne suffit pas de dire que l’on va suivre sa propre voie. Encore faut-il la décrire et lui donner un contenu concret, ce qui en l’état actuel de la gouvernance européenne, est notre plus grand défi.

L’Union en sera-t-elle capable ou bien est-elle condamnée à disparaître dans le vide stratégique ?

 

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[1]     Graham Allison, Destined for war – Can America and China escape Thucyde’s trap?, First Mariner Books New York 2017 – version française : Vers la guerre – l’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide – Odile Jacob – Paris, 2019

[2]     Titre d’un interview donné par Graham Allison au Figaro Magazine, 3 mai 2019.

[3]     P. W. Singer and August Cole, Ghost fleetHoughton Mifflin Harcourt, US, juin 2015.

[4]     Kishore Mahbubani, Has China won? The Chinese Challenge to American Primacy, Public Affairs New York, avril 2020.

[5]     European Commission and HR/VP contribution to the European Council, EU-China – A strategic outlook, 12 mars 2019

[6]     Propos tenus à la chaîne CNBC, le 21 janvier 2020, en marge du Forum économique de Davos. « Il n’y a pas plus dur en affaire que l’Union européenne. Ils tirent avantage de notre pays depuis des années (…) Je voulais attendre d’en avoir fini avec la Chine. Je ne voulais pas m’occuper de la Chine et de l’Europe en même temps (…) Maintenant, j’en ai terminé avec la Chine et j’ai rencontré le nouveau chef de la Commission européenne, qui est formidable. Mais j’ai dit, écoutez, si nous n’obtenons rien, je vais devoir agir et l’action sera des tarifs douaniers très élevés sur les voitures et autres choses qui entrent dans notre pays. »

[7]     Sven Biscop, European Strategy in the 21st centurynew future for old power, Routledge, 2019.

Assiste-t-on à la fin du leadership américain ?

IRIS - Fri, 24/07/2020 - 10:41

Le leadership américain, tel qu’il s’est construit progressivement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis la fin de la fin de la Guerre froide, reposait sur quatre éléments. Le premier d’entre eux était la volonté des États-Unis de guider les destinées du « monde libre » et leur capacité à le faire ; cette volonté était sous-tendue par l’idée que les États-Unis avaient un rôle éminent à jouer dans l’histoire, ce que résumait la formule de « l’exceptionnalisme américain ». Le second élément était un solide réseau d’alliances, à la fois économiques et militaires, tissé autour des États-Unis. Le troisième était constitué par un ordre international ayant pour objectifs le multilatéralisme, le libéralisme et le respect du droit. Enfin, le quatrième élément était la disparition de tout rival systémique depuis l’effondrement de l’URSS. Depuis le tournant des années 2000, ces quatre éléments ont été fortement corrodés.

La fin de « l’exceptionnalisme américain »

L’attraction exercée par les États-Unis sur le reste du monde était faite d’un mélange de hard power et de soft power qui reposait sur trois composantes. La première, d’ordre économique, englobait l’universalité de leur monnaie et le privilège qu’elle leur conférait de s’endetter à volonté, le dynamisme de leurs entreprises, leur potentiel scientifique et leurs capacités d’innovation qui semblait sans limites. La seconde composante était la force de leurs armées, sorties victorieuses de la Seconde Guerre mondiale, et leur capacité de projection en tout point du globe, sur tous les champs de bataille. Enfin, la troisième composante, peut-être la plus importante, la composante culturelle, qui reposait à la fois sur la diffusion progressive de la langue anglaise, la puissance d’Hollywood qui a partout répandu l’idée d’un « rêve américain », assurait la promotion des valeurs démocratiques et repoussait les frontières de l’univers connu et inconnu dans l’imaginaire collectif de l’humanité. Tout cela, bien sûr, était rendu possible par des institutions dont la solidité semblait à toute épreuve et qui empêchaient, par un subtil équilibre des pouvoirs, le gouvernement d’un seul homme.

Ces trois composantes s’enrichissaient et se renforçaient mutuellement. Ainsi, la richesse créée par l’économie américaine permettait de financer un puissant effort d’armement qui lui-même générait d’innombrables innovations technologiques dont a bénéficié toute la société occidentale, le tout largement encensé par la machine hollywoodienne. Qu’y a-t-il de plus efficace pour montrer la voie aux autres nations que de faire marcher un homme sur la Lune ? La Guerre froide a sans doute été gagnée ce jour-là. Et quels qu’aient été les qualités et les défauts des dirigeants américains, beaucoup leur était pardonné parce qu’ils étaient capables de coordonner les efforts des démocraties, de rassurer leurs alliés, d’intimider leurs ennemis et de pousser à la roue le progrès scientifique, qu’il s’agisse de la conquête spatiale ou de l’internet.

L’Amérique était non seulement puissante, mais elle était aimée et admirée. Et cette admiration attirait à elle les individus les plus entreprenants de tous les pays, convaincus que, là-bas, tout devenait possible. L’Amérique était la nouvelle Athènes, the place to be, une nation exceptionnelle. Et cet « exceptionnalisme » fait de liberté, d’égalité devant la loi et de responsabilité individuelle était l’essence même de sa force.

Or, cet « exceptionnalisme américain » a été mis à mal depuis le tournant des années 2000. Les attentats du 11 septembre 2001, par leur incroyable brutalité, ont forcé Georges W. Bush à réagir et cette réaction a entraîné une plus grande concentration des pouvoirs au profit du président, déréglant le jeu subtil des équilibres et des contrepoids. La présidence de Barack Obama fut marquée, quant à elle, par le début du retrait de l’Europe – le célèbre « pivot » vers l’Asie – et par la volonté des États-Unis de ne plus être toujours en première ligne, ce que traduisait maladroitement le concept de leadership from behind.

Mais c’est surtout Donald Trump qui, dès le jour de son investiture, a déclaré que la politique des États-Unis consisterait dorénavant à prendre soin uniquement des intérêts américains. Il a de la sorte jeté le trouble sur l’existence même d’un camp occidental. Fidèle à ses promesses, il n’a montré aucune volonté de coordonner l’effort des occidentaux dans la lutte contre le Covid-19 et, en plein milieu de la pandémie, la seule ligne cohérente de sa politique étrangère a été de gérer le retrait de son pays de la scène internationale. Comme le souligne l’ancien ambassadeur de France à Washington[1], « sa vision du monde est la conviction que seuls comptent les États-nations et que leurs relations ne peuvent reposer que sur les rapports de force ».

Le résultat est qu’aujourd’hui, l’Amérique ne fait plus envie, en tous cas beaucoup moins qu’avant. Même si la primauté du dollar demeure et la supériorité de ses armées est incontestable, l’Amérique apparaît désormais aux yeux du monde comme une nation terriblement inégalitaire et dans laquelle le sexisme, le racisme et la violence sont monnaie courante. Moins attachée à la défense des valeurs qui unissaient le camp occidental, l’Amérique semble préoccupée par ses seuls intérêts, lassée de jouer le rôle de leader du « monde libre » qui était le sien depuis 1941.

Le délitement des alliances

De tous les présidents des États-Unis, Donald Trump est le seul qui, sans autre méthode que celle consistant à suivre ses pulsions, a affaibli toutes les alliances qui faisaient la force du camp occidental. Il a ainsi accordé davantage d’égards aux dictateurs et aux pseudo-hommes forts, qu’à ses homologues occidentaux. Son slogan « l’Amérique d’abord » s’est traduit dans les faits par « l’Amérique toute seule » et par « Trump d’abord ».

L’alliance avec l’Europe, la plus ancienne, a été affectée à la fois dans sa dimension commerciale et dans sa dimension militaire. S’agissant du commerce, non seulement les négociations sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement ont été gelées, mais Donald Trump a déclaré que l’Union européenne était un « ennemi » des États-Unis. Quant à l’OTAN, si la formule de « mort cérébrale » utilisée par le président français a beaucoup choqué, personne ne peut nier que son volet politique est en piteux état. Le résultat de tout cela est que la garantie de sécurité apportée par les États-Unis vis-à-vis de la menace russe fait l’objet de questionnements. Même les Allemands, qui étaient parmi les plus proaméricains des Européens, doutent désormais de la fiabilité de leur allié[2].

En Asie du Sud-Est, Donald Trump a mis à la poubelle, dès janvier 2017, le projet de traité sur le partenariat transpacifique, dont les négociations avaient débuté en 2008. Cela n’a pas empêché toutes les autres parties de le signer, à savoir : l’Australie, le Canada, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, Singapour et le Viêt Nam. Par ailleurs, ses palinodies vis-à-vis du leader nord-coréen Kim Jong-un n’ont eu aucun effet sur le désarmement nucléaire de ce pays. Elles ont au contraire endommagé la relation des États-Unis avec la Corée du Sud et le Japon, tant l’accent a été mis auprès de ces deux pays, sur l’importance de compensations financières. Quant à l’alliance des États-Unis avec les Philippines, elle appartient désormais au passé.

Au Moyen-Orient, la politique menée par les États-Unis ne semble avoir eu que deux déterminants : la politique intérieure et l’argent. Donald Trump a ainsi multiplié les cadeaux à son allié Benyamin Netanyahou en transférant l’ambassade américaine à Jérusalem, en proposant le « deal du siècle », et finalement, en acceptant l’idée d’une annexion d’une grande partie des territoires occupés, pour des raisons qui semblent tenir exclusivement à la satisfaction de l’électorat évangéliste américain, très en faveur de la restauration de l’État d’Israël dans ses frontières bibliques. Quant à son abandon en rase campagne des alliés kurdes en Syrie, il ne peut que dévaloriser la parole des États-Unis. S’agissant de l’Arabie saoudite, le président américain maintient son soutien à Mohammed Ben Salmane, quels que soient ses agissements, sans dissimuler qu’il en va des emplois américains dans le secteur de l’armement. C’est ce qu’a montré l’affaire Jamal Khashoggi. Certes on ne pourra faire grief d’hypocrisie au président américain, mais toute considération morale a disparu de sa politique étrangère. D’autant qu’il a retiré une partie de la protection antimissile à ce pays, afin d’obtenir une réduction de la production de pétrole pour sauver une partie au moins des producteurs américains de gaz de schiste. C’est en somme la question que pose le grand politiste américain, Joseph S. Nye : Do morals matter?[3]. Quant à la politique menée en Iraq et en Afghanistan, qu’il s’agisse de l’exécution du général iranien Qassem Soleimani ou de « l’accord de paix » avec les talibans, on ne voit pas très bien où elle pourrait conduire sinon à un retrait précipité.

Seule, l’alliance conclue autour de la communauté du renseignement dite des Five Eyes (Australie, Nouvelle-Zélande, Canada et Royaume-Uni) semble encore résister aux foucades du président américain. Néanmoins elle se paye au prix fort par un alignement inconditionnel de ces pays sur la politique des États-Unis.

L’érosion du multilatéralisme

Le multilatéralisme a été pensé et mis en place par les États-Unis dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Son objectif était de stabiliser les relations internationales en tissant une toile d’interdépendances entre les États qui le composent. Il est fondé sur le respect de l’état de droit, et assure un fonctionnement relativement démocratique par lequel chaque État souverain peut faire entendre sa voix. Il s’appuie sur des institutions multilatérales, à la fois internationales et régionales, définies par des principes comme la non-ingérence, la non-discrimination et le respect des droits de l’homme. Les pays adhérant à ce système international sont liés par l’intérêt mutuel ou la réciprocité, afin de réaliser « l’ordre au-dessus du chaos » sur une base ternaire : la paix et la sécurité, la prospérité et le bien-être »[4].

La première vraie rupture avec le multilatéralisme date de l’invasion de l’Iraq par les États-Unis en 2003, sans mandat de l’ONU, à l’initiative du président Georges W. Bush. Cette invasion a montré que le camp occidental pouvait s’exonérer du respect de la règle de droit quand celle-ci ne lui convenait pas. Barak Obama s’est lui aussi laissé convaincre par ses alliés français et britanniques, en 2011, pour intervenir en Libye et obtenir la liquidation de Mouammar Kadhafi, bien au-delà de ce que prévoyait la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations unies.

Certes, les atteintes portées au droit international n’émanent pas que des seuls États-Unis. Les agissements de la Russie en Géorgie en 2008, en Ukraine en 2014 ainsi que son soutien indéfectible au dictateur syrien, ont montré que les droits de l’homme les plus élémentaires pouvaient être bafoués impunément sans que le Conseil de Sécurité ne puisse rien y faire. La Chine a aussi pris sa part à l’érosion du multilatéralisme ne fut-ce que par son refus de la décision de la Cour d’Arbitrage international de La Haye en 2016, sur le contentieux qui l’opposait aux Philippines. Le quotidien officiel Renmin Ribao avait même osé titrer : « L’emploi abusif du droit international sera un coup porté à l’ordre international. ». Depuis, la Chine a notamment militarisé les îles Spratleys et vient de porter un coup fatal au statut spécial de Hong Kong, au mépris de ses engagements internationaux.

Il faut bien dire que Barack Obama, non plus, n’a pas fait montre d’un grand respect pour les règles internationales, en particulier celles du commerce, en poussant aussi loin que possible l’extraterritorialité du droit américain. On se souvient de l’amende de neuf milliards de dollars imposée à BNP Paribas pour avoir bravé l’embargo financier sur l’Iran et celle d’un milliard de dollars, imposée à Alstom dans des questions de corruption de fonctionnaires non américains en dehors du territoire américain.

Donald Trump n’aura donc eu aucun mal à enfoncer les derniers clous dans le cercueil du multilatéralisme. En septembre 2017, il propose une réforme de l’ONU, officiellement afin de la rendre « plus performante et efficace », mais en réalité dans le seul but de diminuer la contribution financière des États-Unis. En septembre 2018, devant l’Assemblée générale des Nations unies, il dénonce « l’idéologie du mondialisme » et déclare sans détour que : « l’Amérique choisira toujours l’indépendance et la coopération sur la gouvernance mondiale » ; les États-Unis, se retirent du conseil des droits de l’homme et « n’y reviendront pas faute de réforme », ne « paieront que les programmes d’aide destinés aux pays qui nous respectent », et il rappelle qu’à ses yeux la Cour pénale internationale n’a aucune légitimité. Trump n’hésitera pas du reste à prendre des sanctions contre les juges de La Haye, lorsque ceux-ci mettront en cause les responsabilités de citoyens américains.

La liste est longue des traités et organisations dont Trump a retiré unilatéralement les États-Unis : l’UNESCO et l’accord de Paris sur le climat en 2017 ; l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2018 ; le traité sur les forces nucléaires intermédiaires en 2019 et le traité dit Open skies en 2020. Il s’en est fallu du peu qu’il retire également les États-Unis de l’OTAN en 2018. Il a réussi à bloquer le fonctionnement de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en empêchant, depuis mars 2017, le renouvellement des juges au sein de l’Organe de Règlement des Différends qui joue un rôle central dans l’action de l’institution. Le FMI et la Banque Mondiale ne sont pas épargnés par l’obsession de Trump contre le multilatéralisme. Il se déclare opposé à la régulation financière, mise en œuvre par le FMI, et le pousse à abandonner les programmes d’aide pour les pays connaissant des crises monétaires. Enfin, last but not least, il vient de retirer son pays de l’Organisation mondiale de la Santé.

L’émergence de la Chine comme « rival stratégique »

Le leadership est une question relative : on peut le perdre de son fait propre, mais aussi du fait de l’émergence d’un rival plus puissant. Or, du point de vue qui nous occupe, les deux tendances se conjuguent. Non seulement les États-Unis ont délibérément sapé les fondements de leur leadership, mais la Chine s’est elle-même considérablement développée sous l’effet de son propre dynamisme. De fait, toute une série d’indicateurs montrent que la Chine est passée devant les États-Unis en 2014. Selon le FMI, le PIB de la Chine, mesuré en parités de pouvoir d’achat, était cette année-là de 18 205 milliards de dollars, contre 17 527 pour les États-Unis. Depuis cet écart n’a cessé de grandir. Toujours selon le FMI, le PIB chinois, mesuré en parités de pouvoir d’achat, devrait être de 30 956 milliards en 2021 contre 21 665 pour les États-Unis. Certes, la puissance économique n’est pas toute la puissance, mais elle en constitue une grosse part. Dans le domaine de l’éducation, si les universités américaines font toujours la course en tête, les universités chinoises, telles l’Université de Pékin (Beida), de Tsinghua, de Fudan ou de Hong Kong progressent chaque année dans le classement mondial. Dans les domaines des sciences, technologies, ingénieries et mathématiques, la Chine produit chaque année 1,3 million de diplômés contre seulement 300 000 aux États-Unis.

Dans le domaine du multilatéralisme, la Chine a également joué de façon habile. Déjà, au lendemain de la crise de 2008, elle avait mis sur pied le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), sorte de forum économique, concurrent du G7. Même si cette organisation n’a guère eu plus de succès que son homologue occidental, elle a mis en évidence la capacité des puissances émergentes à s’organiser. De même en 2013, alors que les États-Unis refusaient depuis des années une nouvelle répartition des droits de vote à la Banque mondiale, Pékin a créé une institution rivale : la Banque asiatique d’Investissement dans les Infrastructures (AIIB) qui a réussi à rassembler cinquante-sept participants, dont le Royaume-Uni, en dépit d’un intense lobbying de Washington pour dissuader les États de rejoindre cette organisation. Mais l’initiative la plus remarquée est évidemment celle lancée par Xi Jinping en septembre 2013 de nouvelles routes de la soie ou OBOR (‘one belt, one road’) désormais rebaptisée BRI (Belt and Road Initiative). Elle a aussi été la plus spectaculaire puisqu’elle a débuté avec soixante-cinq pays et en réunit aujourd’hui cent quarante, dont la quasi-totalité des pays africains et du Moyen-Orient, ainsi que quelques pays d’Amérique du Sud et, en Europe, notamment l’Italie, la Grèce, le Portugal, Malte, Chypre, la Croatie. Elle compte aujourd’hui neuf cents projets pour 1 400 milliards de dollars, soit l’équivalent actualisé de douze plans Marshall.

La nature ayant horreur du vide, le retrait des États-Unis laisse le champ libre à la Chine. À tel point que lors du sommet de Davos de 2017, Xi Jinping n’a pas hésité à se présenter en défenseur du libre-échange ! La Chine s’efforce, non sans mal, et non sans échec, de construire un réseau de clients redevables qu’elle peut influencer. Et l’existence même de ce réseau a modifié l’équilibre des pouvoirs entre puissances en affaiblissant le leadership américain.

Le monde est désormais multipolaire, sans véritable leader

À la question initiale – va-t-on vers la fin du leadership américain – la réponse est donc sans hésitation oui. Est-ce réversible ? Peut-être. On peut en effet imaginer qu’un nouveau président des États-Unis puisse réparer les dégâts. Cela serait long et difficile, mais néanmoins toujours possible. Après tout, seul le soft power américain a été affecté par la présidence Trump[5]. Son hard power reste intact et les alliés occidentaux ne demandent qu’à renouer avec l’Amérique qu’ils ont toujours connue.

Mais il est une chose qui ne changera pas : la place formidable prise par la Chine dans les relations internationales. Or, la Chine ne s’arrêtera pas de croître pour faire plaisir aux Occidentaux. Ni elle, ni l’Inde, ni la Russie, ni même le Brésil s’il se sort de ses difficultés.

Le monde unipolaire dans lequel l’Occident, au travers de l’Amérique, tenait la première place disparaît sous nos yeux, et la crise du Covid-19, tel un éclair dans un ciel d’été, n’a fait que mettre en lumière les coins les plus sombres de cette transformation. La question n’est donc pas tant celle de la fin du leadership occidental, que celle de savoir si la puissance déclinante des Occidentaux peut croiser la puissance montante de la Chine de façon pacifique.

 

 

______________________________

[1]     Gérard Araud, Pourquoi il faut arrêter de mépriser Donald Trump – Interview donné au journal Le Point, 31 mai 2020.

[2]     Voir sondage réalisé pour la Körber Stiftung – The Berlin pulse – German foreign policy in times of Covid-19, mai 2020.

[3]     Joseph S. Nye, Do morals matter – Presidents and Foreign Policy from Ford to Trump – Oxford University Press, 2020

[4]     Régine Perron, La fin du multilatéralisme : une victoire de Donald Trump ?, Diploweb.com 4 novembre 2018

[5]     Gilles Paris et Marie Bourreau, États-Unis : « soft power », fin de partie ?, Le Monde, 23 mai 2020

A Year in the Life of an Elected Member: Lessons Learned on the Security Council

European Peace Institute / News - Thu, 23/07/2020 - 19:00
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On July 23rd, IPI held an information-sharing discussion on the United Nations Security Council, the most powerful body in the UN system, among 15 ambassadors of countries who are current or recent members of the Council or primed­­ to join it next year, and a select group of experts.

The event was prompted by the English language release of the book With an Orange Tie: A Year on the Security Council by Karel van Oosterom, Permanent Representative of the Netherlands to the UN. Ambassador van Oosterom served on the Council in 2018, as part of an historic compromise under which the Netherlands shared the 2017-2018 term with Italy.

The moderator of the event was IPI Vice President Adam Lupel, who began the discussion with a tantalizing preview of the book: “It mixes political insight about relations between the elected members and the veto-wielding P5, accessible explanations of procedural arcana, and chronicles of debates about top issues like Syria and Yemen with personal anecdotes and intimate insider details such as which are the most comfortable seats around the Security Council table or when you are allowed -or not-a snack during deliberations.” Pointing out that elections to the Council had now been advanced from October to June, affording new members more preparation time, Dr. Lupel noted that the book “shares useful knowledge and experience for incoming members, to be better prepared and make the Council more effective, which is in everybody’s interest.”

Ambassador van Oosterom said his book was particularly focused on enhancing the experience of the ten elected members of the 15-member council, known as the E10, who serve two-year terms alongside the five veto-bearing permanent members, known as the P5. “The purpose of this English translation is to make the E10 stronger,” he said. “P5 members have their own archives of experiences, but for the E10, a term on the Council is a once in a lifetime event. We can all benefit from each other’s stories. Incoming members should look to current members for guidance.”

He said the E10 were too often intimidated by the P5 and shouldn’t be. “There are around 30 subsidiary organs, and in recent years, the permanent members have largely been the ones to take up the pen, and the heaviest workload of chairing the subsidiary organs has fallen to the E10. We tried to change that, but didn’t succeed.” In a comment aimed at incoming members of the Council, he counseled, “Make sure the P5 get some of this workload as they have the time to do it, and deputies are allowed to do it. This is an unfair division of labor, which leaves less time for your priorities. Don’t accept being framed as non- permanent by the P5. You’re the elected ones. Say, ‘If I’m non-permanent, then you’re non-elected.’”

Ambassador van Oosterom warned that “if a P5 member is close to an issue on the agenda, the chances of reaching an agreement are slim. There is a big difference between what they talk about and what our products are. In 2018, the Council spoke the most about Syria, but Syria figures very little in press statements. Results on the Palestine question are similarly absent.” In that connection, he added, “My biggest frustration was not being able to refer the killing of more than 500,000 people in Syria to the ICC [International Criminal Court] or a special tribunal.”

Accompanied by a slide whimsically entitled “The Hamster Syndrome,” he said the workload for Council members had tripled from 1990 to 2018, with many more meetings, resolutions, presidential and press statements, formal visits, peacekeeping operations, and subsidiary organs. “Delegations need to be sufficiently staffed; claim enough diplomats from your capitals. The agenda is overloaded—formally 69 items.” Consequently, “if you don’t have established priorities, you get lost.”

With demands this great, he said, even personal fitness becomes an issue. “Stories of working day and night and on the weekends intimidate colleagues. Be aware, plan ahead for the health and well-being of your colleagues and team.” He recalled that the Council had been traumatized by the death in April 2018 of a Council colleague, Bernard Tanoh–Boutchoue, the Permanent Representative of Côte d’Ivoire.

Ambassador van Oosterom emphasized the importance of learning the ropes ahead of time. “Procedural challenges are one of the most difficult parts of the Council, and make sure your team knows them inside and out.” If one arises and you have any doubts about it, he advised, suspend the meeting, move to a consultation room and solve it there with the assistance of an expert.

He talked light-heartedly about some of the “bizarre” unwritten rules of the Council chamber and several instances in 2018 when they had been broken. The entry of Nikki Haley, the American Permanent Representative, was blocked when she tried to enter with a cup of coffee, and a meeting was stopped because Peter Wilson, the Deputy Permanent Representative of the United Kingdom, was eating a breakfast sandwich. Other rules of the consultation rooms, like keeping the curtains closed or not shedding your jacket on warm days are moments to declare independence, he said. “You have to break these rules to own the room and let the P5 know that you are truly part of the Council. It gets very hot; take off your jacket!”

Inga Rhonda King, Permanent Representative of Saint Vincent and the Grenadines said she wanted to “debunk the many criticisms that the Council has been unable to do its work, that we have been slow to get started [during the pandemic].” She countered that in June the Council had 50 virtual meetings compared to 44 meetings the year before, that it had held 170 virtual meetings since March 24th and that the number of resolutions adopted was almost identical for the same period of time.

Kairat Umarov, Permanent Representative of Kazakhstan, conceded that the work of the Council had suffered from “polarization. The Security Council is very divided. We need to improve and overcome this through dialogue and trust. And it’s not only about building trust between the E10 and the P5, but also between the P5 themselves.”

Olof Skoog, Head of the European Union delegation to the UN and former Permanent Representative of Sweden to the UN, acknowledged the divisions on the Council and the damage they cause and said the solution should come from the E10. “That’s where building alliances is important. We are the elected members, we have a completely different view of the need to deliver during our short terms on the Council. That makes us think differently than the big countries, who can afford to have a show or use their veto to block something whereas we should always try to find solutions. The E10 need to stick together. You need to come together especially when the P5 aren’t able to deliver because they are lost in blockages. “

Geraldine Byrne Nason, Permanent Representative of Ireland to the UN, expressed appreciation for the book as her country prepares to join the Council. “It’s 20 years since Ireland was on the Council. There isn’t much of a folk memory for the procedural arcana or what works and what doesn’t. We’re thinking about the relationship between the E10 and the P5. We’re asked whether we can hope to do anything, given the P5 veto. My answer is always, ‘Yes. We’re an elected member with the legitimacy of the General Assembly behind us.’”

Odd Inge Kvalheim, Deputy Permanent Representative of Norway, another incoming country, said, “ This sharing of experiences is extremely important for us as an incoming member. We are all ears to the experiences of others. In terms of carrying the torch, there’s been a development over time in how elected members can make a difference.”

Juan Ramon de la Fuente Ramirez, Permanent Representative of Mexico, another incoming country, said he too was concerned about the “increased polarization” on the Council. ”We have the impression that existing differences seem to be more evident. The fact that it took almost 4 months to agree to the Secretary-General’s resolution to call for a global ceasefire is testimony of this.”

India is also coming onto the Council, and its Permanent Representative, T.S. Tirumurti, commented, “I got an excellent picture of the increase in the workload and how the discussions don’t correlate to the outcomes.”

Francisco Duarte Lopes, Permanent Representative of Portugal, said he wondered to what extent interventions and advice from civil society were listened to and taken into account.

Karin Landgren, Executive Director of Security Council Report, said she hoped there could be a way to cultivate stronger links between the Council and other principal UN organs like the General Assembly, the Economic and Social Council (ECOSOC) and the International Court of Justice (ICJ).

Loraine Sievers, co-author of The Procedure of the UN Security Council said, “One thing that becomes clear is how long it takes for the Council to evolve. There are few revolutions. Change is incremental. Sometimes elected members don’t see the seed that they planted bear fruit until long after they’ve left.”

Mansour Ayyad Sh. Al-Otaibi, Permanent Representative of Kuwait, said he had noticed “great movement” in recent years towards empowering the E10. “The E10 should be united, not against the P5, but to carry on the mandate of the Council and to make the Council more efficient and transparent.”

Richard Gowan, UN Director at the International Crisis Group, wondered if there were times when Ambassador van Oosterom had felt tensions between his EU identity and his E10 identity.

Ameirah Alhefeitii, Deputy Permanent Representative of the United Arab Emirates, asked if the role of the E10 could be “enhanced” given the diversity of the group.

Taye Atske Selassie Amde, the Permanent Representative of Ethiopia, said it was important that “New York and your capital should be on the same page and speak with one voice. Otherwise, you will be a Spanish piñata, especially for the P5.”

Both Besiana Kadare, the Permanent Representative of Albania, and Vanessa Frazier, the Permanent Representative of Malta, asked Ambassador van Oosterom if, despite all his preparation, he had been caught by surprise by anything, and he said, “I did not realize that the seats rotate after one month.”

The event concluded with reflections by Ambassador van Oosterom, who stated that the conversation had proven it was useful to share experiences that help incoming members prepare, and to do so publicly to show the world how the Council works in practice.

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Implementing the UN Management Reform: Progress and Implications for Peace Operations

European Peace Institute / News - Thu, 23/07/2020 - 18:48
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In September 2017, UN Secretary-General António Guterres proposed a new management paradigm to enable the UN to confront global challenges and remain relevant in a fast-changing world. The new management paradigm would bring decision making closer to the point of delivery, empower managers, increase accountability and transparency, reduce duplicative structures and overlapping mandates, increase support for the field, and reform the planning and budgeting processes.

Eighteen months after the management reform came into effect, this paper examines the implementation of the reform and its impact on peace operations from the perspective of both UN headquarters and the field. The paper highlights the current state of the reform, identifies good practices, flags areas for possible improvement or attention, and offers forward-looking recommendations for UN headquarters, mission leaders and managers in the field, global or regional support offices, member states, and staff at large.

While the reform is still a work in progress, it has continued to gain momentum, and implementation has become more systematic. Nonetheless, the paper concludes that greater effort must be made to get input from personnel in peace operations to ensure that the reform responds to their needs and constraints. More work is also needed to fully realize the potential of the management reform and ensure that it aligns with parallel reforms underway in the UN peace and security architecture and development system.

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Espagne : monarchie et mémoire historique en dispute

IRIS - Thu, 23/07/2020 - 10:53

La monarchie parlementaire, clef de voûte de la transition démocratique espagnole, est sur la sellette. Déjà en retrait et contesté pour une affaire financière, sur laquelle enquêtent les justices espagnole et suisse, le Roi émérite, Juan Carlos Ier, va-t-il être assigné à résidence ? Le gouvernement a déclaré, le 17 juillet 2020, s’en remettre au souverain en exercice, depuis le 18 juin 2014, Philippe VI. Pedro Sanchez, président de l’exécutif, avait suggéré, le 9 juillet, une modification de la Constitution permettant, après suppression de l’inviolabilité du monarque, d’ouvrir d’éventuelles procédures judiciaires concernant des actes liés à sa vie privée.

Philippe VI avait pourtant, le 15 mars dernier, suspendu le versement de l’indemnité annuelle versée à son prédécesseur. Il avait par ailleurs renoncé à ses droits d’héritier des biens de son père. Manifestement, les circonstances poussent à aller au-delà. Juan Carlos Ier serait disposé, selon des informations recueillies par la presse, à renoncer au titre de Roi émérite qui lui a été reconnu par décret le 13 juillet 2014. Cette crise dynastique et institutionnelle vient à point mal nommé. Le 11 juin 2015, Christine sœur du Roi, et son époux, actuellement emprisonné pour fraude fiscale, avaient été écartés de leur titre et de leur appartenance à la famille royale. La crise catalane est toujours béante. Et en ce premier mois d’été, propice aux souvenirs du soulèvement militaire du 18 juillet 1936, ces évènements mettent du sel sur les sept plaies héritées d’un passé dictatorial lointain, mais mal digéré.

La monarchie, chère aux forces du passé franquiste, avait été acceptée en 1976 par les partis de l’opposition démocratiques, démocrates-chrétiens, gauches, formations nationalistes catalanes, en échange d’un régime de libertés – citoyennes, individuelles et territoriales – fondé sur le suffrage universel. Ce compromis validait, par ailleurs, une loi du silence, non écrite. La transition démocratique allait être – devait être – une transition indifférente au passé, aux injustices et aux crimes commis pendant les années de dictature.

Les générations actuelles, nées bien après la mort du général Franco, peu ou mal informées du passé de leurs pays, remettent en question ces équilibres. Beaucoup sont républicains en Catalogne et indépendantistes. Les alliés du PSOE, Podemos, ont depuis la fondation de leur parti mouvement, considéré que la monarchie était une institution d’un autre âge. La droite, le Parti populaire, et désormais l’extrême droite, Vox, défendent la perpétuation de la royauté, et avec elle l’oubli d’un passé que quelques-uns d’entre eux revendiquent.

Il y a déjà quelques années, les descendants des vaincus, des républicains, exigeaient une reconnaissance minimale de leurs souffrances. Ils souhaitaient que les dizaines de milliers de leurs grands-parents, exécutés et jetés dans des fosses communes puissent bénéficier d’une sépulture. Et aussi que l’héritage physique du franquisme, noms de rues, statues, mausolée du dictateur, dans le « Valle de los caidos », soient sinon effacés du moins réévalués avec les critères démocratiques correspondant à l’Espagne d’aujourd’hui.

Un juge, Baltazar Garzon avait essayé en 2008 de forcer l’État à reconnaître les crimes commis et à identifier les disparus. Après une phase de dénombrement ayant permis de comptabiliser plus de 120 000 victimes, Baltazar Garzon a été écarté en 2012 de la fonction judiciaire. Il était en effet passé outre à la loi d’amnistie, ligotant le passé. La victoire du socialiste Zapatero en 2004 avait pourtant fait bouger les lignes. Une loi de mémoire avait été adoptée le 31 octobre 2007. L’État encourageait, sans les prendre à sa charge, la recherche des disparus de la guerre civile. Il obligeait les institutions publiques à ôter toute référence au passé franquiste.

La crise de la monarchie, ouverte depuis 2011, paralyse une institution qui aurait pu avoir un rôle actif de médiateur, au moment où les polarisations politiques s’accentuent : entre Catalans indépendantistes, Catalans autonomistes et centralistes, forces de droite et d’extrême droite « jacobines », entre autorités de Madrid et de Barcelone, entre gauche et droite espagnoles.

La monarchie non seulement s’est mise hors de tout jeu politique, en raison de sa perte de légitimité morale, mais elle est devenue un élément de crise additionnel, renvoyant à ses origines. Celle d’une monarchie, remise en selle par le général Franco, en 1969, validée le 22 novembre 1975, et acceptée contre mauvaise fortune bon cœur par le camp démocratique en 1976. Pedro Sanchez a réussi à délocaliser en 2019 le corps du dictateur. Le Valle de los Caidos devrait devenir un centre de mémoire démocratique. La vice-présidente, Carmen Calvo, a annoncé le 20 juillet 2020 que l’État allait participer financièrement et matériellement aux opérations de reconnaissance des victimes de la dictature. La répression franquiste devrait être désormais enseignée dans les écoles. Avec quelle garantie de pouvoir sauver la monarchie, calmer Podemos, et reprendre un dialogue « républicain » avec les nationalistes catalans… ?

Expliquez-moi… La rivalité Inde/Pakistan

IRIS - Thu, 23/07/2020 - 10:27

Pascal Boniface, co-auteur du manuel d’histoire/géographie/géopolitique de Hachette pour les élèves de Première, décrypte en vidéo la rivalité entre l’Inde et le Pakistan.

Confinement, déconfinement, reconfinement : retour à la case départ ?

Institut Montaigne - Wed, 22/07/2020 - 18:29

Directeur des études à l’Institut Montaigne, Nicolas Bauquet a publié en juin dernier une note intitulée L’action publique face à la crise du Covid-19. À l’heure où les Français et les pouvoirs publics craignent une seconde vague, voire un reconfinement sous des modalités différentes, il revient sur ce qui a changé, ou pas, dans le dispositif…

Le Liban peut-il encore se sortir de la crise ?

IRIS - Wed, 22/07/2020 - 17:24

La situation économique et sociale libanaise est alarmante. Les contestations populaires ne faiblissent pas, mais elles font face à une répression de plus en plus importante. L’hyperinflation à laquelle le pays fait face se conjugue à la corruption, mais aussi aux tensions géopolitiques régionales. Entretien avec Karim Émile Bitar, chercheur associé à l’IRIS.

En proie à une crise socio-économique sans précédent, le Liban connaît une contestation populaire inédite. Or de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer un climat d’intimidation et de répression. Qu’en est-il ? La situation sécuritaire est-elle en train de largement se dégrader ?

À ce jour, la situation sécuritaire reste globalement sous contrôle, même si on aperçoit de nombreux nuages à l’horizon. La période qui s’ouvre et qui nous sépare des prochaines élections américaines, est une période qui s’annonce particulièrement dangereuse. Au niveau local, le climat d’intimidation est bien réel. Incapables de résoudre les problèmes économiques et sociaux colossaux, les autorités s’efforcent de faire taire les nombreuses voix qui protestent contre les conditions de vie. Depuis près de deux ans, les libertés publiques se sont réduites comme peau de chagrin. Une dizaine d’ONG ont fait front commun cette semaine pour protester contre les atteintes aux libertés.

Le Liban est un pays qui, historiquement, se distinguait des autres pays de la région par de larges marges de liberté laissées aux citoyens, aux activistes, aux artistes et aux journalistes. Or, aujourd’hui, il suffit d’ironiser quelque peu sur les réseaux sociaux, d’exprimer des critiques un peu vives à l’encontre d’un dirigeant, pour se faire convoquer par un supposé bureau de répression de la cybercriminalité – dont la définition du « cyber-crime » est particulièrement cocasse et étendue. Un certain nombre de journalistes et de militants ont ainsi été convoqués et parfois même violentés. On assiste à un climat de répression, cependant sans commune mesure avec celle extrêmement brutale à laquelle on assiste dans un pays comme l’Égypte, qui compte près de 60 000 prisonniers politiques. Le Liban demeure un pays où l’on peut s’exprimer assez librement. Mais, s’installe l’impression que les autorités souhaitent envoyer un signal à la population pour éviter des débordements, en réprimant quelques blogueurs, journalistes ou des personnes qui se seraient un peu trop lâchées sur les réseaux sociaux, et ainsi se protéger d’un effet boule de neige, en évitant que beaucoup d’autres ne laissent libre cours à leur grande colère.

 

Avec une dette de plus de 170 % de son PIB et une inflation record, le Liban fait face à une situation économique qualifiée de « hors de contrôle » par Michelle Bachelet. Les solutions pour sortir de cette crise peuvent-elles être trouvées en interne, ou la situation économique du Liban devra-t-elle nécessairement être mise sous tutelle du Fonds monétaire international (FMI) ?

Le grand paradoxe est que dans la plupart des pays du monde, l’arrivée du FMI est perçue très négativement. Cela signifie une mise sous tutelle, accompagnée de politiques d’austérité impliquant que la population devra se serrer la ceinture pendant de nombreuses années.

Or, le Liban – comme souvent – fait exception. Sa population n’est pas aussi hostile qu’ailleurs à l’arrivée du FMI. Le pays a atteint un tel degré de corruption et d’incompétence des équipes au pouvoir que le FMI apparaît, paradoxalement, comme beaucoup plus progressiste que la plupart des forces politiques présentes sur l’échiquier libanais, et cela est souligné même par les partis les plus radicaux.

La situation est inédite, car c’est le FMI et les organismes internationaux qui proposent aujourd’hui des mesures de justice sociale un tant soit peu protectrices des Libanais les plus vulnérables face à la crise sociale et économique. A contrario, ceux qui s’efforcent de maintenir le statu quo sont ceux qui ont le plus profité ces vingt dernières années, notamment l’oligarchie politico-financière.

La situation économique du Liban est dramatique. Le pays fait face à une hyperinflation, les principales banques sont en grande difficulté – voire même pour certaines en situation de faillite non déclarée. La Banque Centrale du Liban a, selon le Financial Times, usé de méthodes comptables très douteuses pour maquiller ses pertes. Le pays a une dette record allant de 85 à près de 100 milliards de dollars. Le FMI a confirmé ces chiffres, avancés dans le cadre du plan de sauvetage économique du gouvernement libanais. Ce plan proposait que les actionnaires des banques, les détenteurs de comptes supérieurs à 10 millions de dollars (environ 900 comptes en banque au Liban disposent de près de 10 millions de dollars), et ceux qui ont beaucoup profité des « ingénieries financières » mises en place pendant ces cinq dernières années, soient raisonnablement mis à contribution pour que les populations les plus vulnérables ne soient pas les plus touchées. Le FMI cautionne cette approche, dite de « bail-in ». Or, ce sont souvent des hommes politiques proches des milieux d’affaires, des banques et de cette oligarchie politico-financière qui s’efforcent de mettre en avant des arguments fallacieux afin de ne pas reconnaître l’ampleur des pertes économiques. Ils la sous-évaluent pour tenter de mettre en échec les négociations avec le FMI, qui patinent aujourd’hui.

Ce sont les plus vulnérables qui en payent le prix, le Liban étant soumis à une hyperinflation et à une pauvreté galopante. La Banque mondiale estime que plus de 50 % de la population libanaise se trouve sous le seuil de pauvreté, et plus de 30 %, va tomber sous le seuil d’extrême pauvreté.

 

Le pays est par ailleurs dans une région où les tensions géopolitiques sont nombreuses (loi César, conflit syrien, embargo sur l’Iran, etc.). Dans quelle mesure impactent-elles le Liban ? Quid également de l’impact de la crise sanitaire liée au Covid-19 ?

L’ampleur des crises internes au Liban se trouve, comme toujours, accentuée par les crises géopolitiques régionales. Le Covid-19 a considérablement fait ralentir l’économie libanaise de la même manière qu’il a ralenti l’ensemble des économies moyen-orientales et mondiales. Il a également accentué le taux de chômage, déjà très élevé.

Par ailleurs, les politiques de pression maximale, mises en place par Donald Trump contre Téhéran, sont venues accentuer le goulot d’étranglement. Quant à la loi César à l’encontre de la Syrie, elle est venue renforcer un peu plus l’isolement du Liban. Les pays du Golfe, à l’image de l’Arabie saoudite, ne souhaitent plus offrir au pays d’assistance financière, estimant que le Hezbollah joue un rôle trop important dans la vie politique libanaise. De concert avec les États-Unis, ils ont décidé que cette aide ne serait plus possible tant que ce parti jouera un rôle aussi déterminant. Coupé de ses relais traditionnels, le pays se retrouve donc soumis à un blocus qui ne dit pas son nom.

Le Liban doit ainsi traverser cette passe extrêmement difficile sans avoir le moindre allié régional ou international. Certains ont laissé entrevoir une ouverture vers l’Est, c’est-à-dire vers Pékin, en espérant que des investissements chinois permettent au Liban de rééquilibrer son économie. Mais cette promesse semble illusoire. Le Liban a besoin d’une injection massive et immédiate de devises étrangères, de dollars américains. Une ouverture économique sur la Chine pourrait éventuellement permettre de diversifier l’économie libanaise, mais cela ne porterait ses fruits que dans cinq à dix ans. Cela ne résout absolument pas le problème immédiat du manque de devises, produisant cette inflation, accompagnée de la mise sous pression de la livre libanaise, conjuguée à cette explosion de la pauvreté. Cet appauvrissement généralisé risque de conduire à des vagues d’émigration, et le Liban risque de perdre ce qu’il a de plus précieux : ses ressources humaines. C’est ce qu’il y a de plus triste dans la situation actuelle.

 

Propos recueillis par Agathe Lacour-Veyranne

Impact-Driven Peacekeeping Partnerships for Capacity Building and Training

European Peace Institute / News - Wed, 22/07/2020 - 17:22
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On July 22nd, IPI, with co-hosts Ethiopia, Indonesia, Japan, and the Republic of Korea, held a virtual discussion on Impact-Driven Peacekeeping Partnerships for Capacity Building and Training, guided in part by a new IPI white paper on the subject. The event and the paper served as input to the next United Nations peacekeeping ministerial-level meeting in April 2021 in Seoul and to a preparatory meeting on the subject co-chaired by Ethiopia, Indonesia, and Japan due to take place sometime beforehand in Addis Ababa.

“In peacekeeping, training and capacity building are the cornerstones for ensuring the efficient performance and the safety and security of all peacekeepers,” said Cho Hyun, Permanent Representative of the Republic of Korea to the UN.

He chose to highlight three aspects of the white paper—expanding the participation of women in peacekeeping operations; broadening and standardizing missions’ use of digital technology; and strengthening the medical capacity of peacekeeping operations, particularly in light of the COVID-19 pandemic. While noting new awareness of the need to include women in peacekeeping, Ambassador Cho stressed that “barriers and challenges remain for uniformed women in the field, and we need to discuss how to overcome these challenges. We may need to explore new ideas, such as creating female platoons, instead of just a few women peacekeepers in a platoon mainly made up of men. Such female platoons may be better placed for engaging with local communities.”

Dian Triansyah Djani, Permanent Representative of Indonesia to the UN, said his country had been increasing the number of women assigned to peacekeeping, with notably positive results. “We have found when handling cases of child or sexual abuse in a community, local women were more inclined to talk to women peacekeepers. As such, they have to have training in psychology, health, and other social issues. Community engagement, cultural awareness, language skills, and addressing sexual exploitation and violence against women and children are all important in the role of women peacekeepers.” At the same time, Ambassador Djani said, women peacekeepers’ needs were not properly accommodated, gender was not sufficiently “mainstreamed” in peacekeeping decision-making. “The need to increase spaces for women peacekeepers, including their living quarters, is ignored. The questions of leave for mothers and other such issues that affect women disproportionately require a different approach.”

Ambassador Djani said that Indonesia had advocated for more emphasis on community engagement in peacekeeping training. “With COVID-19, it is more important than ever to win the hearts and minds of the community,” he said. “Peacekeeping operations are not effective without the support of the local population. Most importantly, community engagement is necessary to better protect and serve the needs of the people. With that in mind, in our training centers in Indonesia, we equip our peacekeepers with language skills, soft skills, and understanding and respect for local cultures.”

The author of the white paper, IPI Senior Non-resident Adviser Arthur Boutellis, singling out one of the report’s 13 recommendations, emphasized the need to build sustainable, systemic, and institutional capabilities within troop- and police-contributing countries (TCC/PCCs). “Training and capacity building starts at home, and countries need to integrate and value peacekeeping in their own national curriculum and develop their own national support system,” he said. Elaborating on another recommendation, Mr. Boutellis also stressed the importance of joint initiatives and partnerships, saying “Capacity providers interested in improving peacekeeping, but lacking the resources to do so alone, should join existing training partnerships programs such as the Triangular Partnerships Project (TPP), which has expanded in scope and region, or join a joint capacity building partnership.”

On another point, he cited the “proliferation” of in-mission trainings but warned they should be limited to addressing capability gaps that had been identified by the UN as “critically hampering” the security of TCC/PCCs or the implementation of the mandate of the mission, “notably when it comes to the protection of civilians.” On evaluation, he said, “Member states and the UN should work closely together to better link performance evaluation to training and capacity building efforts and create feedback loops.”

Mark Pedersen, Director, Integrated Training Service, UN Department of Peace Operations, highlighted the importance of building self-sustaining national capacity, which he said led to an improvement in peacekeepers’ self-employment, their pre-deployment preparations, their training, and rotations. “Much capacity building focuses on skills, but unless these skills are built on a solid professional basis of military and police skills, the result is a house built on sand.” He said this was particularly true in the case of women peacekeepers. “Focusing on core skills is important to help member states deploy more female peacekeepers, who must be deployed into operational roles in battalions, police components and headquarters. To succeed, they need the same military and police skills and experience opportunities as their male counterparts. One way to do this is to work with the TCC/PCCs to strengthen the female components of their forces, especially at the junior commissioned officer level, so these women become examples for others.”

A survey conducted by his office last year identified the priority areas for training and capacity-building, in descending order, as they relate to pre-deployment training, lessons learned, deployment, sustainment, force generation, and rotation. “Addressing systemic capacities will make a massive difference,” he said. “There are cost-light opportunities, where a small amount of niche experience will make a big difference.”

Kristina Zetterlund, Counsellor, Civilian Adviser of the Permanent Mission of Sweden to the UN, said that increasing the number of women peacekeepers should be prioritized.  “Peacekeeping operations must have a gender lens. Training on this means ensuring there is an understanding of the different needs, interests, and opportunities of girls and women and boys and men on planning and implementing tasks in the field.” Asserting that “more inclusive processes make for more sustainable results,” Ms. Zetterlund said that missions should work on “gender mainstreaming with a long-term view, making sure efforts are sustainable, even after missions transition.”

Michael L. Smith, Director, Office of Global Programs and Initiatives, Bureau of Political-Military Affairs, US Department of State, outlined the US Global Peace Operations (GPO) initiative and the direct link between its provisions for capacity building and UN force generation efforts. “Our process for assessing and prioritizing training, equipping or other assistance requests has evolved with the establishment of the UN Peacekeeping Capability Readiness System (PCRS) groups. We require all new assistance be linked to a capability pledge in PCRS. Formally registering a pledge requires demonstrating political commitment, which helps ensure that our assistance packages are supporting a viable, deployable capability.” Mr. Smith said the GPO promotes ongoing “full training capability,” and he stressed that “pre-deployment training alone will not produce an effective peacekeeping unit without an upstream military education system to develop core staff and soldier skills. This needs to exist within a broader structure of human resources, financial resources, and logistics.” He detailed a three-tiered monitoring and evaluation framework, based on “outputs, outcomes, and impacts. It’s more of an art than a science because it relies on anecdotal analysis, mission reporting by the UN, external organizations, and our own mission visits.”

Fumio Yamazaki, Director, International Peace and Security Cooperation Division, Ministry of Foreign Affairs of Japan, discussed progress made under the Triangular Partnership Project (TPP), which was an outcome of the 2014 UN peacekeeping summit. Under TPP, supporting member states provide trainers, equipment and funds required for the training of TCC/PCCs’ uniformed personnel while the UN coordinates and manages the overall program. Mr. Yamazaki said that 40 percent of the TCC/PCCs now participated in the program. “It’s important for the TCC/PCCs to build their own capacity, and the key to success is the political decision by a TCC/PCC to use and train its forces for UN peacekeeping.”

Dawit Yirga, Director, International Organizations, Ministry of Foreign Affairs of Ethiopia, said that improving training and capacity building was very important to his country, which is a leading contributor of troops to UN peacekeeping.  “We have in Ethiopia an international peacekeeping training center which fills crucial gaps in training and capacity building in Ethiopia and other African countries. We work with bilateral, regional, and international partners in this regard, particularly Japan and Indonesia, and we hope to develop the center as having a niche in organizing integrated training programs that enable us to deploy able personnel.”

Namie Di Razza, IPI Senior Fellow and Head of Protection of Civilians, moderated the discussion.

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Le Liban au bord du dépôt de bilan

Institut Montaigne - Wed, 22/07/2020 - 17:11

Le Liban traverse actuellement la pire crise économique de son histoire, aggravée par la pandémie de Covid-19, dans un contexte politique et social dégradé, alors que le pays a connu d’importantes manifestations à l’automne 2019. Anne Gadel, spécialiste du Moyen-Orient, fait le point sur la situation, qui "

Vente massive de F-35 américains au Japon : doit-on craindre pour l’équilibre régional ?

IRIS - Tue, 21/07/2020 - 17:43

Le Département d’État américain a donné son accord à la mi-juillet pour l’achat, par le Japon, de 105 F-35 Lighting II Joint Strike Fighters, l’avion de combat américain furtif de cinquième génération, et de l’équipement associé, selon une notification au Congrès.

Le Japon avait déjà commandé 42 F-35A et, le gouvernement nippon avait approuvé en décembre 2018 une augmentation de la commande à 147 avions, qui comprendrait également 42 F-35B à décollage court et atterrissage vertical (STOVL). L’ensemble approuvé comprend 63 F-35A, 42 F-35B et 110 moteurs Pratt et Whitney F135, ainsi que divers équipements.

Le coût total estimé de cette opération est de 23,11 milliards de dollars, bien que cela dépende encore des négociations contractuelles entre le Japon et Lockheed Martin, le constructeur de l’avion. Si le programme se poursuit, le Japon rejoindra le Royaume-Uni, l’Italie et Singapour en tant que clients internationaux pour la variante B, en attendant l’approbation du Congrès américain. Cet accord ferait du Japon le plus gros client international du F-35.

C’est aussi la plus grande vente militaire jamais approuvée par les États-Unis après les 29 milliards de ventes d’armes débloqués en 2010 pour l’Arabie saoudite.

Bien que les F-35B japonais doivent opérer à partir des deux destroyers porte-hélicoptères DDH de classe Izumo, le Japon n’a pas encore officiellement déclaré si la Force d’autodéfense aérienne japonaise ou la Force d’autodéfense maritime japonaise exploiteront ces avions. Ces navires-porte-hélicoptères sont considérés comme de petits porte-avions. Ils mesurent tout de même 248 mètres de long et déplacent plus de 20 000 tonnes.

Le ministère japonais de la Défense a cependant minimisé les futures opérations des F-35 des JS Izumo (DDH-183) et JS Kaga (DDH-184) en disant que les F-35 seraient déployés sur les navires si nécessaire, en raison des implications politiques de telles manœuvres qui constituent un sujet sensible, tant sur le plan intérieur – si une telle capacité acquise avec l’installation de F-35 les poussait au-delà des limites constitutionnelles du Japon, qui interdisent la possession de capacités offensives – qu’au plan extérieur : les voisins, Chine et Corée, y voient un retour du militarisme agressif nippon. L’effet peut être très déstabilisateur.

Le fonctionnement des F-35B serait également une première depuis la Seconde Guerre mondiale où le Japon exploiterait des avions de chasse sur sa marine de guerre. De tristes et tragiques souvenirs pour beaucoup. Kaga est d’ailleurs l’homonyme d’un important porte-avions de la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, des officiers supérieurs de la marine à la retraite ont été cités dans la presse japonaise comme ayant déclaré que la menace posée par les capacités militaires croissantes de la Chine, ayant conduit à une augmentation des incursions dans les eaux japonaises, notamment les très disputées îles Senkaku/Diaoyu à 300 kilomètres au sud-ouest d’Okinama environ, nécessite la mise en place d’avions de défense aérienne.

Compte tenu des limites de la classe Izumo, il y a eu des appels en faveur du développement d’une nouvelle classe de navires intérieurs, bien que le Japon doive clarifier au plan national et international que ces navires resteront purement défensifs.

L’Izumo subit actuellement la phase initiale des travaux de conversion pour lui permettre d’exploiter des F-35 et reviendra en service prochainement. Les travaux de conversion finaux seront effectués au cours de l’exercice fiscal 2025, tandis que le Kaga sera entièrement modifié au cours de l’exercice 2022, bien que les plans actuels prévoient que le Japon ne reçoit ses F-35B qu’à partir de 2024. Les responsables américains ont confirmé à USNI News que les F-35 de l’US Marine pourraient être les premiers à opérer à partir des plates-formes japonaises.

Parallèlement à l’achat de F-35, le Japon encourage également le développement d’un avion de combat indigène pour remplacer sa flotte d’avion de combat F-2.

L’achat japonais marque donc une nouvelle étape dans la course aux armements régionale, puisque la Chine poursuit son programme de porte-avions et l’acquisition d’avions furtifs. Les F-35 américains ne vont certainement pas calmer les ardeurs chinoises. Pour la diplomatie américaine, cette vente « renforcera la sécurité d’un allié majeur » dans la région Asie-Pacifique. On peut s’interroger.

Il serait temps que les deux pays se mettent à la table des négociations et que l’allié américain joue un rôle modérateur et n’attise pas, une fois de plus, les tensions par des ventes d’armes massives. La paix dans le monde dépend beaucoup de l’équilibre en Asie de l’Est.

Gender Trainings in International Peace and Security: Toward a More Effective Approach

European Peace Institute / News - Mon, 20/07/2020 - 23:32

As more and more states and organizations adopt a gendered approach to international policy, trainings on how to conduct gender-based analysis and integrate gender perspectives into policies and programming have proliferated. But despite this increase in gender trainings, it remains unclear how effective they have been due to challenges related to their design, delivery, targeting, and evaluation.

After mapping the ecosystem of gender trainings in the realm of international peace and security, this issue brief unpacks each of these challenges. It concludes with a set of recommendations for improving gender trainings, suggesting that those designing gender trainings should consider the following:

  • Conducting a preliminary needs assessment to adapt trainings to their audience;
  • Soliciting feedback at every stage of the training, including “live” feedback during the training;
  • Grounding training in local contexts and providing evidence to back up claims; and,
  • Generating self-reflection by both participants and trainers during evaluations.

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Sainte-Sophie ou la défaite de l'universalisme

Institut Montaigne - Mon, 20/07/2020 - 10:26

En rendant à Sainte-Sophie son statut de mosquée, Erdogan brise la volonté d'ouverture au monde qui avait animé son prédécesseur Mustafa Kemal, en 1934, lors de sa transformation en musée. L'actuel président turc veut affirmer l'identité musulmane de son pays. Il enterre par la même occasion, selon Dominique Moïsi, l'universalisme d'un bâtiment dont le symbole va au-delà des croyances religieuses.

En 1934, Mustafa Kemal…

From Local to Global: Building on What Works to Spur Progress on the 2030 Agenda

European Peace Institute / News - Thu, 16/07/2020 - 16:45
Event Video: English | French 
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Despite advances in some areas of sustainable development, countries around the world are still not on track to achieve the United Nations Sustainable Development Goals (SDGs) and implement the 2030 Agenda. As the world grapples with the COVID-19 pandemic, it becomes more and more important to renew the multilateral cooperation around the SDGs, but a major challenge to doing so is the disconnect between the local, national, regional, and global levels.

On July 16th, the International Peace Institute (IPI)—in collaboration with the government of The Gambia and the United Nations Trust Fund for Human Security, along with the governments of Japan, and Switzerland—addressed this question with a virtual interactive discussion and launch of a report on how to design locally led strategies for the 2030 Agenda entitled Localizing the 2030 Agenda in West Africa: Building on What Works (available in French and English).

The meeting followed up on one held last October in Banjul, and Mamadou Tangara, the Gambian Minister of Foreign Affairs, said that the Banjul Forum had made clear the importance of inclusive engagement and multilateral cooperation around the SDGs. “The process must include actors at various levels of the development process. As the famous African proverb goes: if you want to go fast, go alone. If you want to go far, go together.”

Mr. Tangara praised UN Secretary- General António Guterres for his “build back better” pledges to go beyond just restoring the UN in the post-COVID period but making sure it was more effective than before. “If there could be anything like a bright side to the pandemic, it is that it has shown us the resilience of the UN spirit in the face of adversity,” he said. “If we are to succeed in localizing the 2030 Agenda, we must possess this spirit of resilience. Better communities make better countries. Better countries make better regions. And better regions create a better world. It all starts with our communities.”

Read his full remarks here.

Munyaradzi Chenje, UN Development Coordination Office (DCO) Regional Director for Africa, said the word “local” was key to successfully implementing the 2030 Agenda and the SDGs and to combating the effects of the COVID-19 virus. “We build from the ground up and not the other way around,” he said. “Local means data and information on where everyone is, knowing those who have been left behind, those at risk of being thrown back into poverty and vulnerability because of the COVID-19 pandemic, the vulnerable, the marginalized, the young adults… Our success will hinge upon empowered communities as a driving force with national, regional, and sub-regional partners.”

Also emphasizing the importance of building up from the local level was Tamba John Sylvanus Lamina, Minister of Local Government and Rural Development in Sierra Leone. “Sierra Leone is in the midst of a pandemic, and that speaks to the issue of how we should use home grown methods to help achieve the goals. The more we focus our attention on the issues and ensuring that people have buy-in, especially at the local level, then the more progress we’ll make as a nation.”

He said that in the aftermath of its civil war, Sierra Leone had created a “People’s Planning Process ” which it is now taking forward in implementing its national development plan. “Consultations were done all over the country to formulate that document, and after that, we moved around the communities for validation of that document to find out what the communities wanted to prioritize.” One of the priorities that emerged from that consultation was an emphasis on education, and particularly secondary school courses in science for girls. “Moving forward, the people’s participatory framework is a social mobilization tool where people sit together and discuss issues together as we would in our traditional homes around the fireplace.”

Georges Ki-Zerbo, World Health Organization Representative in Guinea, spoke about the localization of the response to the COVID-19 pandemic in Guinea. “Two days ago, I was in the municipality of Kaloum in Conakry, and the Kaloum mayor, who was with us at the Banjul Forum, the Minister of Communication, and religious leaders from Conakry joined in to discuss how to best strengthen community engagement in stopping COVID-19. I learned from that discussion that by engaging communities at the district level, the Kaloum municipality was able to reduce the number of COVID-19 infections from 380 to five cases in just a few weeks. This amazing local success was possible through engaging the elders, religious leaders, and women’s and youth associations who went around with the medical teams, promoting face masks and helping families with food, hygiene kits and other commodities. This is a success story, and it shows that we can leverage community networks for responses to scale up the COVID-19 responses and improve social protection and development.”

Noting that as part of commemorating the UN’S 75TH birthday, this year had been designated a year for “listening,” he declared, “Listening will be key for localizing the SDGs and leaving no one behind. In addition to listening locally, we need to work better across borders, not only geographical borders, but also cultural, religious, gender, and age group borders to rebuild after COVID-19 so that we can have the unique ability to innovate.”

“With the added challenge of COVID-19, it is evident that we must consider the decade of acceleration towards the SDGs with the highest possible level of humility, gravitas, and resolve,” Mr. Ki-Zerbo said.

Raheemat Omoro Momodu, Head of Human Security and Civil Society Division, ECOWAS (Economic Community of West African States) Division, said that in reaction to the COVID-19 crisis people would be expecting more from their states and governments. “And that’s how ECOWAS will become more relevant,” she said. “We are going to see greater relevance of intergovernmental organizations.”

As a consequence, Ms. Momodu said, ECOWAS had mainstreamed its response to the COVID-19 pandemic. “ECOWAS will need to re -strategize, innovate, and reform to be a better fit for a redefined course in a post-COVID world. We need to reexamine our approaches, listen more and get more connected to the local community. We need to start the local transformation in such a way that we are informed by what the local needs are.” As part of that transformation, she said, ECOWAS was promoting community-based economic growth “so that people at that level can survive day by day.”

Dominique Favre, Deputy Permanent Representative of Switzerland to the UN, noted that in his country the 2030 Agenda was applied at both the federal and cantonal level. “At the international level, Switzerland is promulgating the same approach regarding all levels of actors for implementation of the agenda, including the local level, civil society, and public authorities. Local partners are priority partners. It’s indeed at the local level that solutions are lived. It’s at the local level that leaving no one behind seems most personal and applicable. ”

Nérida N.M. Batista Fonseca, CEO of Innovation, SARL, in Guinea- Bissau, said that the greatest needs in her country were upgrading the health and education systems and thereby helping young people, who make up 64% of the population. She said that civil society organizations and the private sector could help in several key areas like agriculture. “Our country relies on agriculture mainly so we need to create new entrepreneurs who can collaborate and work within certain areas to meet the needs of the population.

The biggest problem was political, Ms. Fonseca said, because there were frequent changes of government and consequently little stability in the country’s institutions. Also, there was little interaction between the private sector and the UN. Accordingly, she said, “we will only be able to continue the work if we create a commission on sustainable development with innovators from all sector of society that remains a constant platform that withstands the political upheavals.The training of people is crucial because it helps their inclusion in the work force. And we need to support the female entrepreneurs as well if we really want to achieve the 2030 Agenda.”

The authors of the report are Jimena Leiva Roesch, IPI Senior Fellow and Head of the Peace and Sustainable Development Program, and Masooma Rahmaty, IPI Policy Analyst for the Peace and Sustainable Development and Women, Peace, and Security programs.

Citing highlights of the report, Ms. Leiva Roesch said it contemplated a more “people-centered and context specific” approach to putting the SDGs into effect. “We can’t think that we’re going to parachute the SDGs into a local context and just think that municipalities will follow. The 2030 Agenda needs to be perceived as a flexible format that allows for greater inclusion and participation. It’s like opening a door so we can all speak a common language, the SDGs language.”

She also questioned approaches taking up the SDGs in a siloed manner. “The SDGs were designed as a tapestry of connections, so once you focus solely on a specific SDG, the tapestry falls apart and you lose the complexity of the framework. If you’ve ever seen the movie Honey, I Shrunk the Kids, shrinking the SDGs from the national to the sub-national level makes it less overwhelming to tackle the SDGs from a local level, but it hopefully becomes less overwhelming when it’s beyond the national level to the subnational but still keeps the holistic nature of the framework.”

Ms. Leiva Roesch recalled that at last year’s Banjul Forum, the seating was designed to be “non-hierarchal,” with ministers mixed in with local leaders and municipal figures. “What happened there is that national representatives had an ‘aha’ moment where they realized that they had so many resources at home, that there were so many initiatives happening within. We should become aware that there’s a lot more inside than we originally thought. For international actors, it has to be a more humbling process. When you’re trying to localize the SDGs, there’s already so much inside that we have to build on what’s there already.” With COVID-19, this way of working becomes more relevant and urgent than ever.

In brief comments, Alex Konteh, a municipal authority leader from Sierra Leone who participated in the Banjul Forum, asserted that “we must prioritize local cultures as the yardstick of measurement for the realization of the SDGs.”

In concluding remarks, Toshiya Hoshino, Deputy Permanent Representative of Japan to the UN, said the SDGs were “widely promoted” in his country and embodied Japan’s commitment to the “human security agenda,” something he said had become even more relevant with the COVID-19 pandemic. He termed it “politically important to include the concept of human security in the process of localizing the SDGs.”

Ms. Leiva Roesch moderated the discussion.

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