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Journée internationale de la jeunesse : « Les jeunes doivent se focaliser sur leur formation et saisir les opportunités qui se présentent à eux », Michel Sawadogo

Lefaso.net (Burkina Faso) - Wed, 12/08/2026 - 00:58

La journée internationale de la jeunesse est célébrée dans le monde entier le 12 août. Cette année cette journée est placée sous le thème mondial, « Contextes différents, aspirations communes ». Michel Sawadogo, directeur national de Compassion International Burkina Faso dans un entretien, revient sur les aspirations majeures et les défis de la jeunesse. Éducation, numérique, emploi, paix, environnement et formation, il appelle à faire davantage confiance aux jeunes et surtout à investir dans leur formation. Pour lui, malgré les difficultés liées au contexte national, les jeunes restent une force essentielle pour construire le Burkina Faso de demain.

Lefaso.net : Ce 12 août 2026 est commémorée la Journée internationale de la jeunesse sur le thème « Contextes différents, aspirations communes ». Dans un contexte de défis sécuritaires, quelles sont, selon vous, les principales aspirations des jeunes au Burkina Faso ?

Michel Sawadogo : Les aspirations des jeunes, que ce soit au Burkina Faso, au Mali, en Afrique de l'Est ou dans d'autres régions du monde, sont plus ou moins communes. Ce que les jeunes souhaitent avant tout, c'est pouvoir vivre et grandir dans un climat de paix. À partir de là, ils peuvent progressivement se former, s'insérer dans la vie active et devenir les leaders de demain. Pour le Burkina Faso, je suis convaincu que la jeunesse aspire surtout à une bonne éducation, à une formation de qualité et à disposer de cadres d'expression pour donner son opinion et participer à la construction de la nation. Elle souhaite également pouvoir contribuer, par sa force de travail au développement du pays.

Le numérique représente une grande opportunité de formation pour les jeunes, mais malheureusement, beaucoup n'y ont pas accès. Comment peut-on, de façon générale, les accompagner à mieux utiliser le numérique et à y avoir accès ?

De nos jours, le numérique est une opportunité indéniable. Le monde dans son ensemble est en train de se numériser. Aujourd'hui, lorsqu'on parle d'illettrisme, il ne s'agit plus seulement de quelqu'un qui n'est pas allé à l'école. On peut également parler d'illettrisme numérique lorsqu'une personne n'est pas suffisamment habile dans la manipulation des outils informatiques. Le numérique constitue donc une véritable opportunité de renforcement des capacités et Compassion prend cette dimension en compte dans ses interventions. Lorsqu'on est issu d'une famille modeste ou d'un milieu défavorisé, il n'est pas toujours évident d'avoir accès à certains outils. C'est pourquoi, dans le cadre de la formation professionnelle, nous veillons à mettre à disposition des outils qui prennent également en compte l'informatique et, plus largement, le numérique.

L'objectif est de permettre aux jeunes qui bénéficient de ces opportunités d'être suffisamment outillés pour ne pas rester en marge de l'évolution actuelle. Par exemple, Grâce à l'introduction de tablettes éducatives et d'outils d'apprentissage numériques, par Compassion, les jeunes dont le cursus scolaire a été interrompu bénéficient de programmes de remise à niveau et de rattrapage scolaire. Cette approche favorise leur réinsertion dans le système éducatif et leur permet de poursuivre leur apprentissage malgré les interruptions liées aux crises ou à d'autres facteurs de vulnérabilité. Nous offrons des ordinateurs à des étudiants qui commencent leur formation dans certains instituts ou universités partenaires.

Au niveau des centres de prise en charge, il existe également des salles informatiques qui permettent aux jeunes d'acquérir une formation de base et de progresser au fur et à mesure. Le personnel qui travaille dans ces centres est lui aussi formé afin d'avoir les compétences nécessaires pour transmettre les bases du numérique aux jeunes. Nous avons d'ailleurs des exemples de jeunes qui arrivent aujourd'hui à développer leurs activités grâce au numérique. Certains utilisent notamment la vente en ligne pour développer leurs affaires. Cela montre que le numérique peut être utilisé dans différents domaines et permettre à des jeunes de créer des opportunités économiques pour eux-mêmes.

Quel rôle les jeunes peuvent-ils jouer dans la promotion de la paix et de la cohésion sociale ?

Quand la jeunesse est fortement engagée, il y a forcément un impact. C'est justement pourquoi les jeunes doivent veiller à ne pas être utilisés à tort. La jeunesse constitue une véritable force de frappe et il est important qu'elle sache quelles causes sont utiles au développement du pays. La jeunesse est la tranche la plus importante de la population en termes de dynamisme et d'énergie. Elle peut donc décider de rester intègre et de faire en sorte que toute action de mobilisation, d'investissement de ses capacités ou de sa force soit orientée vers le bien du pays.

Les cadres de rencontre et d'échange entre jeunes permettent également de briser les barrières. Lorsqu'ils se retrouvent avec des personnes issues d'autres groupes ethniques, d'autres catégories sociales ou même d'autres nationalités, ils développent un esprit plus ouvert. Cela peut les aider à ne pas se laisser enfermer dans des considérations ou des idéologies qui ne sont pas favorables à la promotion de notre pays.

Il faut donc savoir canaliser cette énergie. Si la jeunesse utilise sa force de façon positive pour contribuer au développement et son énergie pour convaincre et créer des liens entre les communautés la cohésion et la paix seront renforcées. Un élément important est que lorsqu'on regarde les différentes actions menées sur le terrain, la jeunesse est au premier plan. Elle contribue énormément et consent de nombreux sacrifices. Toutes ces actions participent à l'objectif commun de pacifier notre pays. Si nous voulons la paix, le développement et la tranquillité, il va de soi que nous incluons la jeunesse. Il faut l'intégrer et canaliser son énergie de sorte à faire avancer les choses.

« Si nous voulons la paix, le développement et la tranquillité, il va de soi que nous incluons la jeunesse »

La protection de l'environnement et la lutte contre le changement climatique concernent aussi l'avenir des jeunes, particulièrement dans un pays sahélien comme le Burkina Faso. Constatez-vous un engagement croissant des jeunes sur ces questions ?

Nous constatons effectivement un changement de mentalité chez les jeunes. Avec l'ouverture sur le monde, les connaissances auxquelles ils ont accès et leur capacité à s'informer notamment grâce aux outils numériques, ils disposent aujourd'hui d'une certaine vision, mais aussi d'une capacité d'analyse et même d'anticipation des phénomènes climatiques qui ont un impact sur notre environnement. À partir de ces connaissances, beaucoup de jeunes se mobilisent et manifestent le désir de défendre leur cadre de vie et l'environnement dans son ensemble. À Compassion, nous favorisons également cette dynamique en intégrant dans nos interventions des modules qui sensibilisent les jeunes à la nécessité de protéger l'environnement.

Nous avons ainsi des jeunes qui sont orientés vers des activités économiques conciliant protection de l'environnement et opportunités d'affaires. Il faut le dire : pour nos pays, les questions liées au climat et à l'environnement constituent également un secteur émergent qui offre des possibilités économiques importantes. Prenons simplement l'exemple de la cuisine domestique. Des personnes développent aujourd'hui des outils et des technologies qui peuvent améliorer notre manière de cuisiner et réduire l'utilisation du bois de chauffe. Il est possible d'orienter les populations vers de nouvelles technologies permettant de préparer les repas tout en protégeant l'environnement.

Il en va de même pour les moyens de déplacement. Nous avons vu des jeunes commencer à développer des modèles de moyens de transport qui utilisent des énergies moins polluantes, notamment l'énergie solaire ou les moteurs électriques. Tout cela contribue à la protection de notre environnement.
Nous avons également régulièrement des campagnes de reboisement auxquelles les jeunes sont fortement associés. Globalement, nous pensons donc que la jeunesse est aujourd'hui suffisamment consciente des effets du changement climatique et que son engagement en faveur de la réduction de ces effets est réel.

Face aux obstacles que rencontrent les jeunes, comment Compassion International adapte-t-elle son accompagnement aux réalités du contexte burkinabè ?

Je crois que la démarche de Compassion est profondément inclusive. Si nous regardons notre organisation sociale, le contexte difficile que vous avez mentionné fait que certains jeunes ou enfants sont de facto exclus. Ils ne le sont pas parce qu'ils le souhaitent, mais parce qu'ils sont issus de familles modestes qui ne leur permettent pas toujours d'avoir les mêmes opportunités. Il nous appartient alors de développer des mécanismes permettant à l'ensemble de ces jeunes d'accéder également à la formation.

C'est pourquoi Compassion oriente ses interventions vers les communautés les plus démunies. Cela commence dès le ciblage de nos participants, comme nous appelons les bénéficiaires de nos programmes, et se poursuit tout au long de leur accompagnement. Nous veillons à ce que ceux qui seraient normalement exclus puissent bénéficier des mêmes opportunités. Qu'il s'agisse d'éducation, de formation professionnelle, de ressources pour entreprendre une activité économique ou encore d'accès à certaines formations d'excellence, tout cela est pris en compte. Compassion met ainsi en œuvre des opérations liées à l'éducation formelle, la formation professionnelle, la création d'entreprises, l'accompagnement et le coaching, mais aussi dans l'organisation d'activités permettant de donner une chance à tous.

L'image des jeunes est souvent associée aux difficultés qu'ils traversent. Pourtant, beaucoup portent des initiatives innovantes dans leurs communautés. Comment les jeunes sont-ils accompagnés par Compassion pour devenir des acteurs du changement au Burkina Faso ?

Effectivement, on associe souvent les jeunes aux difficultés qu'ils rencontrent au début de leur vie active. Mais je considère cela comme un processus normal. Lorsqu'un enfant naît et grandit, lorsqu'il commence à marcher, il lui est difficile de se tenir immédiatement sur ses deux pieds et d'être aussi à l'aise et agile qu'il le souhaiterait. C'est aussi, à mon avis, ce qui se passe dans la vie professionnelle des jeunes. On grandit, on se forme.

On passe d'abord par l'éducation et l'instruction scolaire, puis on peut se former à un métier, entreprendre une activité professionnelle ou développer toute autre activité économique disponible dans notre contexte. Il est donc normal que les jeunes passent par différentes étapes. Mais lorsqu'ils sont déterminés, qu'ils ont la volonté et l'engagement, et qu'ils bénéficient de l'appui nécessaire, ils peuvent s'insérer dans la société et y apporter leur contribution.

Compassion compte, en termes de modèles de réussite, un grand nombre de jeunes qui pourraient se reconnaître dans cet entretien. Dans le domaine de l'éducation formelle, par exemple, certains jeunes ont été accompagnés depuis le CP1, voire depuis la maternelle. Pour certains, la prise en charge commence même dès la grossesse. Ils ont ensuite poursuivi leur parcours scolaire. Certains, qui n'ont pas pu aller plus loin dans l'enseignement général, se sont orientés vers la formation professionnelle. D'autres ont développé leurs propres activités économiques. Nous avons aujourd'hui de nombreux exemples de jeunes qui réussissent dans la vie et qui influencent positivement leurs communautés.

Nous avons ainsi des cadres supérieurs dans l'administration publique et dans le secteur privé. Nous avons également des jeunes qui servent au sein des forces de défense et de sécurité et qui travaillent au bénéfice de la nation. Il ne faut évidemment pas considérer que ces réussites sont uniquement le fruit de l'action de Compassion. La société est un tout et c'est ensemble, avec tous les acteurs, que nous construisons ces parcours.

Les partenaires sur le terrain apportent leur contribution, tout comme les parents et l'État à travers les structures d'éducation et de formation professionnelle. Nous avons également des jeunes qui ont été formés dans des écoles de référence grâce à des bourses offertes par Compassion International et qui sont aujourd'hui des cadres de référence, non seulement au Burkina Faso ou en Afrique, mais également sur d'autres continents où ils apportent leur contribution.

Selon Michel Sawadogo, Compassion International met l'accent sur le parrainage pour donner une opportunité aux jeunes et aux enfants d'accéder à la scolarisation

Si vous aviez un message à adresser aux décideurs publics, aux partenaires techniques et financiers, aux investisseurs et aux bailleurs de fonds, quel domaine d'investissement devrait être prioritaire pour permettre aux jeunes de concrétiser leurs aspirations ?

Si j'avais une voix qui porte et la possibilité d'adresser un message aux responsables, aux autorités politiques et administratives de notre pays, aux investisseurs et aux bailleurs de fonds, je leur dirais tout simplement que la jeunesse est un trésor et que nous devons investir dans cette jeunesse. Je pense même que ce n'est pas une option. On dit très souvent que la jeunesse constitue les responsables de demain, mais je pense que nous ne mesurons pas suffisamment la portée de cette affirmation. Il ne faut même pas deux générations pour que le visage d'un pays soit progressivement renouvelé. Si nous ne formons pas l'esprit de notre jeunesse maintenant, le visage de notre pays demain sera le reflet de ce que nous aurons transmis aux enfants d'aujourd'hui.

Tous ces acteurs devraient donc mettre le maximum d'efforts dans la formation. Si nous avons une jeunesse bien formée et bien qualifiée, elle sera capable d'apporter sa contribution au développement du pays. Il faut également investir dans une jeunesse saine. Il est important de développer des mesures d'information et d'accompagnement afin que les jeunes ne se livrent pas à des pratiques susceptibles de détruire leur santé. Une jeunesse en bonne santé et vigoureuse dispose de toute la force nécessaire pour contribuer au développement de notre pays.

Il faut aussi investir dans les nouvelles technologies dont nous avons parlé. Les technologies de l'information sont aujourd'hui essentielles. Si nous disposons d'une force humaine bien formée, en bonne santé et répondant aux exigences actuelles du marché de l'emploi, notre pays progressera forcément. Je prends un exemple. Dans certains domaines, si nous devions intervenir aujourd'hui, nous serions probablement obligés de faire appel à des ressources humaines extérieures parce que nous ne disposons pas encore de toutes les compétences nécessaires. A titre d'exemple, pour la raffinerie de l'entrepreneur Dangoté, il a fait recours à une importante main-d'œuvre venue de l'Inde pour faire fonctionner les activités. Cela signifie que certaines compétences ne sont pas suffisamment disponibles en Afrique.

Pourquoi devons-nous aller les chercher ailleurs ? Pourquoi n'anticipons-nous pas en formant notre jeunesse dans ces domaines ? Si le Burkina Faso découvrait du pétrole aujourd'hui, disposerions-nous de suffisamment de ressources humaines pour pouvoir l'exploiter ? Les autorités politiques et administratives actuelles font également la promotion de l'énergie nucléaire. Avons-nous suffisamment de ressources humaines capables de répondre aux besoins dans ce domaine ? Ce sont autant de questions que nous devons nous poser. Si j'ai donc un appel à lancer, c'est véritablement celui-ci : investissons dans la formation et dans le soutien à notre jeunesse.

Pour terminer, quel est votre message à l'endroit de la jeunesse burkinabè ?

J'aimerais leur dire qu'ils ne vivent pas nécessairement dans une situation pire que celle de l'ancienne génération. C'est une perception que de croire que tout est plus difficile aujourd'hui qu'autrefois. La jeunesse d'aujourd'hui vit simplement son propre contexte et doit pouvoir participer pleinement à la société, tout comme les générations précédentes l'ont fait. Personne ne doit être laissé pour compte. La jeunesse doit croire en elle-même, croire en ses capacités et en ses potentialités, tout en restant objective et optimiste. Lorsque nous perdons espoir, cela peut nous conduire à tomber dans certains fléaux et à basculer complètement de l'autre côté.

À ce moment-là, nous ne sommes plus en mesure de servir efficacement notre nation. Si je devais résumer mon message, je dirais donc à la jeunesse : croyez en vous, formez-vous et éloignez-vous des pratiques qui peuvent vous nuire, notamment la consommation de stupéfiants, l'abus d'alcool et toutes les autres pratiques néfastes. Les jeunes doivent se focaliser sur leur formation et saisir les opportunités qui se présentent à eux pour apporter efficacement leur contribution à la construction de la nation.

Entretien réalisé par Farida Thiombiano
Lefaso.net

Categories: Afrique, Balkan News

Relations parents-enfants : « Beaucoup de parents manquent d'outils pour mieux communiquer », Hierbine Aïcha Palé

Lefaso.net (Burkina Faso) - Wed, 12/08/2026 - 00:51

Juriste spécialisée en droits de l'enfant et auteure de la méthode RELIER, Hierbine Aïcha Palé œuvre pour la protection de l'enfant et de la femme, et la construction de relations humaines fondées sur la confiance, le dialogue et la coopération. À travers le « Weekend des Parents et de l'Enfant », initiative dont la deuxième édition est prévue en novembre 2026, elle entend offrir aux familles un espace de reconnexion et de partage, loin des tensions du quotidien. Dans cet entretien, elle explique les objectifs de cette initiative, revient sur les enseignements de la première édition et évoque les enjeux des relations parent-enfant, de la parentalité positive et de la transmission des valeurs au sein de la famille.

Lefaso.net : On vous connaît à travers des sujets sur l'enfant et la femme. Qu'est-ce qui vous motive à vous focaliser spécifiquement sur ces domaines et à quoi consistent vos interventions ?

Hierbine Aïcha Palé : Effectivement, je travaille sur les questions de protection de l'enfant et de la femme pour deux raisons principales. La première concerne une conviction personnelle. Je n'aime pas voir les personnes souffrir. J'ai du mal à voir des personnes souffrir, surtout lorsque les situations qu'elles traversent peuvent trouver des solutions ou lorsqu'un accompagnement pourrait leur permettre de retrouver de la joie et de la liberté. La seconde raison pour laquelle je travaille sur ces sujets est liée à ma sensibilité aux questions de protection, de dignité humaine et de relations humaines paisibles. Je suis sensible aux relations qui permettent à chaque individu de se développer, de développer son potentiel et d'être pleinement humain. Mes interventions se situent à plusieurs niveaux. D'abord, je fais de la sensibilisation et de la formation sur les questions relatives aux droits de l'enfant. J'accompagne également des parents et des professionnels.

Vous travaillez uniquement sur les droits de l'enfant ?

Non, pas uniquement. Je travaille sur les questions de droits humains. Les droits humains englobent plusieurs aspects. Parmi ceux-ci, je me suis particulièrement focalisée sur les droits de l'enfant et, par ricochet, sur les droits de la femme. Parce que, pour moi, on ne peut pas travailler pour le bien-être d'un enfant en écartant sa mère ou l'environnement dans lequel il grandit. Tant que cet environnement n'est pas sécurisé et protecteur, tout le travail que nous ferons pour que l'enfant soit bien risque d'être vain. Nous allons travailler pour son bien-être, mais l'environnement dans lequel il vit au quotidien peut, lui aussi, agir de manière à empêcher que ce travail porte ses fruits. Il m'arrive également de faire de l'assistance juridique, c'est-à-dire de donner des conseils juridiques à des personnes qui en ont besoin. Mais, la plupart du temps, ces conseils portent, je ne sais pas si c'est le destin, sur des questions relatives à l'enfant, à sa protection ou à la protection de la femme.

En plus de ces actions de sensibilisation et de formation à l'endroit des parents, j'accompagne également des organisations, des entreprises et des institutions. Je les accompagne dans leurs pratiques relationnelles, notamment en matière de communication, de coopération et de gestion des conflits. Au fur et à mesure que je travaille sur ces sujets liés à la protection de l'enfant et de la femme, cela m'a amenée à élargir ma réflexion et à me poser la question de savoir comment construire des relations saines, dans lesquelles chaque individu peut être respecté, entendu et responsabilisé. C'est très important. Cette réflexion plus large m'a justement amenée à créer une méthode que j'ai appelée la Méthode RELIER. Avec cette méthode, j'accompagne davantage les personnes, les entreprises et les organisations qui viennent vers moi, à mieux construire leurs relations et à mieux coopérer.

Doit-on comprendre aussi que vous offrez de l'accompagnement familial et de l'assistance en matière de droits humains, précisément en ce qui concerne l'enfant et la femme ?

Oui, dans mes interventions, il y a de l'accompagnement familial. Mais je ne m'arrête pas à cet accompagnement familial. Mon accompagnement va au-delà de cela.

Aujourd'hui, mon travail va au-delà de cela. Mon accompagnement se situe à la croisée de trois dimensions. La dimension du droit, la dimension des relations humaines, et la dimension de la transmission. C'est justement cette approche plus large qui m'a amenée à créer la méthode RELIER. Parce que l'intelligence relationnelle doit venir s'ajouter à toute cette thématique du droit. Le droit est indispensable parce qu'il protège et pose des limites, mais ce n'est pas toujours suffisant dans une relation. Il faut également développer cette dimension d'intelligence relationnelle.

Étant une accompagnatrice en relations familiales, comment analysez-vous, de manière générale, les relations entre parents et enfants ?

En tant qu'accompagnatrice en relations familiales, je vais, par prudence, éviter de généraliser. Je vais plutôt répondre à cette question à partir de mon expérience professionnelle et de mon expérience avec les différentes familles que j'ai eu l'occasion d'accompagner. Ce qui me permet notamment d'apporter une réponse précise, c'est la méthode RELIER que j'ai développée. Le premier outil de cette méthode que j'utilise est le « Diagnostic RELIER », qui permet d'évaluer la qualité de la relation entre les parents et leurs enfants. À partir de mon expérience, je dirais qu'il y a beaucoup de parents qui aiment profondément leurs enfants, parfois même énormément. Malheureusement, malgré l'existence de cet amour, certains ne savent pas toujours comment communiquer avec eux ni comment véritablement se connecter à leurs enfants. C'est, à mon sens, l'un des principaux défis auxquels sont confrontés les parents et, plus largement, les familles. À côté de ces familles qui rencontrent des difficultés, il y en a aussi qui parviennent à construire une relation harmonieuse avec leurs enfants. Mon accompagnement ne s'adresse d'ailleurs pas uniquement aux familles qui traversent des difficultés. Il y a également des familles qui souhaitent simplement renforcer les liens qui les unissent et améliorer davantage leur communication. Je rencontre donc ces deux réalités dans le cadre de mes activités. Le constat que je peux faire, c'est qu'il y a beaucoup d'amour au sein des familles. Les parents aiment leurs enfants. Mais il existe parfois un manque d'outils et de repères pour leur permettre de se connecter véritablement à leurs enfants, de communiquer avec eux de manière sereine et apaisée et de construire une relation fondée sur la coopération. Pourquoi ? Parce que, parfois, certains parents considèrent que l'enfant ne peut pas avoir raison face à son parent, qu'il a toujours tort face à un parent ou même face à un adulte, tandis que le parent aurait systématiquement raison. Cette conception contribue malheureusement à créer un fossé entre les parents et les enfants. Dans le cadre de mes accompagnements, je rappelle toujours aux parents que reconnaître une erreur ne remet absolument pas en cause leur autorité parentale. Ce n'est pas parce qu'un parent dit à son enfant : « Par rapport à ce qui s'est passé, j'ai eu tort de dire telle chose » ou « J'ai eu tort de faire telle chose », que son autorité parentale est bafouée. Au contraire, cela permet au parent de montrer son humanité et de transmettre à l'enfant un enseignement particulièrement important. Reconnaître, en tant que parent, que l'on a commis une erreur permet notamment d'enseigner à l'enfant que l'adulte aussi peut se tromper et que, lorsqu'on commet une erreur, il faut être capable d'en assumer la responsabilité. Après avoir assumé son erreur, il faut également être capable de présenter ses excuses et de demander pardon à l'autre. C'est un message extrêmement fort que le parent transmet ainsi à son enfant. Celui-ci pourra grandir avec cette capacité à reconnaître ses erreurs, à les assumer et à s'améliorer. Lorsque certains parents continuent de considérer que l'enfant ne peut pas avoir raison face à son parent, il faut aussi comprendre qu'il s'agit parfois d'une reproduction de ce qu'ils ont eux-mêmes vécu. C'est une sorte de cycle qui se perpétue de génération en génération. Pour que notre société puisse progressivement se départir de cette manière de penser, il appartient aux parents d'aujourd'hui de prendre leurs responsabilités. Ils doivent accepter qu'eux aussi sont des êtres humains, qu'ils peuvent se tromper et qu'il n'y a absolument aucun mal à reconnaître ses erreurs. Le véritable problème n'est donc pas de reconnaître que l'on s'est trompé. Le véritable problème, c'est de reconnaître son erreur sans chercher à s'améliorer par la suite.

Est-ce dans cet esprit que s'inscrit le « Weekend des Parents et de l'Enfant » ? À quoi consiste cette initiative ?

Le « Weekend des Parents et de l'Enfant » est une initiative qui a pour objectif de réunir les parents et les enfants, en compagnie de professionnels de la protection de l'enfance, dans un environnement bienveillant qui leur permet de se reconnecter à eux-mêmes.

Si je devais définir le « Weekend des Parents et de l'Enfant » en une seule phrase, je dirais que c'est un espace où les parents et les enfants viennent non pas seulement pour apprendre ensemble, pour vivre des expériences ensemble, mais pour prendre soin du lien qui les unit, pour protéger le lien qui les unit. C'est très important de préciser cet aspect, parce que dans cette activité, on ne travaille pas uniquement sur les parents d'un côté et les enfants de l'autre. On travaille surtout sur le lien qui les unit.

À qui s'adresse cette activité et dans quelles conditions peut-on y prendre part ?

Pour l'instant, le « Weekend des Parents et de l'Enfant », comme son nom l'indique, est dédié aux parents et à leurs enfants. Le but est vraiment de leur permettre de passer des moments de qualité ensemble, en dehors des tensions habituelles et de leur quotidien.

Il existe toutefois la possibilité d'ouvrir cette activité, à l'avenir, aux futurs parents qui souhaitent en savoir davantage sur ces questions. Mais pour l'instant, elle est destinée aux parents accompagnés de leurs enfants. Pour prendre part à l'activité, il faut manifester son intention de participer, être un parent accompagné de son enfant ou de ses enfants et s'inscrire au préalable. Les modalités d'inscription peuvent varier d'une édition à l'autre. De plus, que vous veniez seul avec vos enfants ou en couple avec vos enfants, vous êtes un parent. Il n'y a donc pas de distinction à ce niveau. Que ce soit un ou plusieurs enfants, les modalités restent les mêmes. Parce que, autant la mère peut ou doit avoir une relation saine avec son enfant, autant le père doit également avoir une relation saine avec son enfant.

Comment évoluez-vous, en tant qu'initiatrice ou en matière d'organisation, dans le « Weekend des Parents et de l'Enfant » et de quelle manière se prépare une telle activité ?

La première édition, je l'ai organisée à titre individuel. J'étais simplement une personne engagée pour la parentalité positive, la protection des droits de l'enfant, le bien-être des enfants et la construction de relations humaines saines. Cette première expérience m'a permis de comprendre énormément de choses et, surtout, de mieux appréhender les réalités du terrain. Par conséquent, aujourd'hui, je travaille à faire en sorte que cette initiative soit inscrite dans un projet porté par une organisation qui lui permettra de grandir sereinement et de durer dans le temps. Je ne veux pas que ce soit une activité centrée sur ma personne. Une telle activité se prépare avec beaucoup de pression, énormément de pression, surtout lorsqu'on l'organise sans sponsor. Pour mieux gérer un certain nombre de choses cette année, j'ai donc lancé un appel à bénévoles. Cela fait partie des leçons que j'ai tirées de l'édition passée. Cet appel à bénévoles doit permettre de créer un comité d'organisation du « Weekend des Parents et de l'Enfant », de sorte que ce comité soit véritablement au centre de l'activité pour cette édition et, pourquoi pas, pour les éditions à venir. Actuellement, nous faisons des rencontres avec certains bénévoles. Lors de ces rencontres, nous travaillons à identifier les différents besoins de l'activité, parce qu'elle demande énormément de choses. C'est une activité qui allie théorie et pratique. Il y a notamment des panels, qui permettent d'apporter des connaissances théoriques aux parents et aux enfants. Mais il y a également des activités de créativité, telles que le dessin, les jeux de créativité et les jeux de réflexion, comme le waré, par exemple. Nous sommes actuellement en train de réfléchir aux différentes activités que nous allons mettre en place cette année. Nous travaillons également à mobiliser les participants, les partenaires et les sponsors, afin que l'activité puisse se dérouler dans les meilleures conditions. Donc, c'est vraiment beaucoup de pression. C'est énormément de pression.

Quel est le bilan que vous faites de la première édition du « Weekend des Parents et de l'Enfant », surtout en termes de leçons apprises ?

Le bilan de la première édition est positif. Il est à la fois positif et très instructif, voire extrêmement instructif. Cette première édition m'a permis de tirer de nombreuses leçons. Je voudrais toutefois en retenir essentiellement deux qui me paraissent particulièrement importantes. La première leçon, c'est qu'il existe un réel besoin pour les parents de se retrouver avec leurs enfants de manière intentionnelle. Il est important d'insister sur cette notion d'intentionnalité. En effet, les parents vivent quotidiennement avec leurs enfants, mais le fait d'être constamment ensemble ne signifie pas nécessairement qu'ils sont véritablement en connexion. Cette première édition m'a donc permis de constater qu'il existe un réel besoin pour les parents et les enfants de se retrouver dans un même espace, dans un cadre différent de leur quotidien, afin de renforcer leur relation. La deuxième leçon que j'ai retenue est que, même s'il est facile de sensibiliser les parents sur la nécessité de passer du temps avec leurs enfants et de communiquer avec eux, il existe un véritable écart entre la sensibilisation et la mise en pratique. Les parents ont besoin d'expérimenter concrètement d'autres manières de communiquer avec leurs enfants, notamment en dehors de leur environnement de vie habituel. C'est une dimension importante que cette première édition m'a permis de comprendre. Ces deux leçons m'ont véritablement confortée dans l'idée que cette activité doit être intégrée dans un projet structuré, afin de lui permettre de grandir, de se développer sereinement et de s'inscrire dans la durée. Parce que le besoin existe réellement. Les retours des participants allaient d'ailleurs dans ce sens. Les personnes présentes ont estimé que l'initiative était pertinente et qu'elle répondait à un besoin réel. Les parents ont besoin de ce type d'espace pour pouvoir construire et renforcer des relations saines avec leurs enfants.

Quelles peuvent être les implications lorsque des parents ont des relations conflictuelles avec leurs enfants ?

Lorsque les parents entretiennent des relations conflictuelles avec leurs enfants, les conséquences peuvent se manifester à plusieurs niveaux. Le premier niveau concerne la dégradation progressive de la communication. Cette dégradation ne se produit pas nécessairement de manière immédiate ; elle peut s'installer progressivement. On se retrouve alors face à deux parties qui ont chacune leur propre perception de la situation. Les parents peuvent avoir le sentiment que leur enfant ne les écoute plus ou ne les écoute pas. Il existe d'ailleurs une nuance entre les deux. Il peut y avoir un enfant qui, de manière générale, n'écoute pas. Mais il peut également y avoir un enfant qui, à un moment donné, ne les écoute plus parce qu'une situation particulière l'a conduit à adopter cette attitude. De son côté, l'enfant peut également avoir le sentiment de ne pas être compris. Il peut se dire que ses parents ne l'écoutent pas, ne le comprennent pas ou ne lui donnent pas la possibilité de s'expliquer. Les deux parties peuvent alors rester dans une forme de confrontation permanente, chacune se repliant de son côté. Or, ce repli peut entraîner une dégradation progressive de la communication. Un silence peut progressivement s'installer et, à un moment donné, il peut devenir difficile de revenir sur tout ce que ce silence aura créé. À cela s'ajoute la difficulté de construire ou de maintenir un lien affectif et un lien de confiance. Lorsqu'un enfant rencontre des difficultés avec ses parents, il peut devenir plus difficile pour lui de se tourner vers eux pour leur expliquer ce qu'il vit. En général, on se confie à une personne avec laquelle on se sent en sécurité et avec laquelle on entretient une relation de confiance. En cas de désaccord persistant, l'une des conséquences peut donc être que l'enfant ne se sente plus suffisamment en confiance pour parler à ses parents de ce qui ne va pas dans sa vie. Pour les parents également, les habitudes d'échange qu'ils avaient avec leurs enfants peuvent progressivement disparaître lorsque le lien affectif est fragilisé, voire rompu. Un enfant qui grandit dans un environnement marqué par ce type de difficultés peut également reproduire ces schémas dans sa vie en société. Il peut avoir plus de difficultés à créer des relations et à nouer des liens avec les membres de sa communauté. Cependant, cela ne signifie pas que les familles doivent être dépourvues de conflits. Ce serait impossible. L'objectif n'est pas de construire des familles dans lesquelles il n'existe jamais de désaccords. Il faut plutôt travailler à faire en sorte que, malgré les conflits, les membres de la famille continuent à interagir et à préserver leur lien. On peut être en conflit avec quelqu'un tout en continuant à lui parler afin de rechercher ensemble une solution. L'essentiel est donc de ne pas laisser le conflit conduire à la rupture du dialogue et du lien familial.

Quel est l'enjeu du sujet de l'enfant en lien avec la famille et les parents, dans le contexte national de quête de valeurs de civisme, de patriotisme et de citoyenneté ?

L'enjeu est énorme, véritablement énorme. Pourquoi ? Parce que le citoyen de demain, celui que nous souhaitons construire, se forme à travers les relations que nous entretenons aujourd'hui avec les enfants. Le citoyen modèle que nous souhaitons voir demain, celui qui respecte la nation et qui assume pleinement ses responsabilités, commence à se construire dans son environnement de vie. Or, le premier espace dans lequel doivent être transmises les valeurs de respect de la nation, c'est la famille. La famille doit donc jouer un rôle d'encadrement et de responsabilisation. Elle doit permettre à l'enfant de comprendre et d'intégrer progressivement les valeurs de citoyenneté, de respect et de responsabilité. Quand on parle de respect, il s'agit notamment du respect de soi et du respect de l'autre. Lorsqu'une personne apprend à se respecter, elle est également appelée à respecter l'autre. Elle comprend notamment que la dignité humaine n'est pas liée au statut d'une personne. Le simple fait d'être une personne lui confère une dignité humaine qui doit être respectée. La famille constitue donc véritablement cette cellule de base qui doit contribuer à former des citoyens capables de respecter les autres et de respecter leur nation. À mon sens, c'est fondamental, voire extrêmement fondamental. Les valeurs de civisme que nous recherchons aujourd'hui, la citoyenneté responsable que nous souhaitons promouvoir et le patriotisme que nous voulons renforcer ne commencent pas dans les institutions. Ils commencent dans les familles. La responsabilité de chaque famille est donc engagée. Comme j'aime parfois le dire, ce que nous observons dans notre société n'est que le reflet de nos familles. Nous venons tous d'une famille et c'est au sein de cette famille que nous avons, pour la première fois, été en contact avec les valeurs humaines, le respect et, notamment, avec une certaine conception du patriotisme. C'est donc véritablement fondamental. Les institutions viennent ensuite renforcer et compléter ce qui a déjà été transmis au sein de la famille, notamment par les parents.

En ces temps de vacances, quels conseils donneriez-vous aux parents par rapport aux enfants ?

Les vacances sont avant tout un temps de repos, c'est vrai. Mais elles constituent également une période privilégiée pour se retrouver en famille. Pendant l'année scolaire, les enfants sont généralement à l'école et les parents vaquent à leurs différentes occupations professionnelles. Il n'est donc pas toujours évident de consacrer suffisamment de temps à la famille. Les vacances doivent ainsi être considérées comme un temps de repos, mais aussi comme un temps de retrouvailles. Le premier conseil que je peux donner aux parents, c'est de faire l'effort de se retrouver avec leurs enfants. Cela ne nécessite pas forcément d'avoir beaucoup de moyens financiers. Pour ceux qui en ont la possibilité, je conseillerais vivement de voyager avec leurs enfants. C'est très important, parce que cela leur permet de découvrir d'autres réalités, de sortir de leur environnement quotidien et de voir au-delà de ce qui les entoure habituellement. Par expérience, je dirais que ces découvertes contribuent également au développement de la créativité des enfants. Il est donc important de leur permettre de découvrir d'autres environnements et de vivre de nouvelles expériences. J'invite également les parents à ne pas laisser leurs enfants passer toute leur journée devant les écrans. Parfois, les vacances sont malheureusement associées à une utilisation excessive des écrans et à un rythme de sommeil complètement décalé. L'enfant peut rester devant les écrans jusque tard dans la nuit, puis dormir au petit matin et se réveiller à midi, voire plus tard. Je recommande donc aux parents de veiller à limiter le temps passé devant les écrans et, surtout, de profiter de cette période pour passer davantage de temps avec leurs enfants, lorsque cela leur est possible. Cela leur permettra de mieux connaître leurs enfants et de mieux comprendre leurs besoins. Les vacances peuvent également être une occasion de revenir sur ce qui s'est passé au cours de l'année scolaire. Pour les parents qui n'ont pas eu suffisamment de temps pour échanger en profondeur avec leurs enfants durant l'année, cette période peut constituer une véritable opportunité pour discuter de leur vie scolaire, mais aussi de leur vie sociale à l'école. Ces échanges permettront aux parents de mieux comprendre leurs enfants et de déterminer comment les accompagner au mieux pour la prochaine rentrée scolaire. J'invite donc véritablement les parents à créer ce temps de manière intentionnelle. J'insiste beaucoup sur cette notion d'intentionnalité. Cela signifie que le parent doit, avec son enfant, prendre consciemment la décision de passer du temps ensemble et de réaliser des activités ensemble. Il ne s'agit pas simplement d'être présents au même endroit, mais de décider véritablement de consacrer du temps à la relation parent-enfant.

Entretien réalisé par Hanifa Koussoubé et Anita Zongo
Lefaso.net

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Du mainframe à l'intelligence artificielle : Le Dr Joachim Tankoano raconte plus de 50 ans de transformation numérique au Burkina Faso

Lefaso.net (Burkina Faso) - Wed, 12/08/2026 - 00:48

Des ordinateurs qui occupaient des pièces entières aux smartphones, de quelques kilobits par seconde aux centaines de gigabits de capacité internationale, le Burkina Faso a parcouru en quelques décennies un chemin vertigineux. L'ancien ministre des postes et des technologies de l'information et de la communication, le Dr Joachim Tankoano, a remonté le fil de cette histoire. Il a retracé les grandes étapes d'une transformation qui a profondément bouleversé l'administration, les entreprises et la société. Mais derrière les progrès, le pionnier alerte aussi sur les défis de souveraineté, de cybersécurité, de formation et d'intelligence artificielle. C'était à l'occasion du Grand Hommage du numérique au Burkina Faso (GHN-BF), tenu le 17 juillet 2026 à Ouagadougou.

Pendant plus d'une heure, le Dr Joachim Tankoano replonge l'assistance dans une histoire qui dépasse largement celle des ordinateurs. Le pionnier burkinabè déroule le fil d'une transformation commencée bien avant que les expressions « transformation digitale » ou « intelligence artificielle » n'entrent dans le vocabulaire courant.

La conférence intitulée « Transition numérique du Burkina Faso des années 70 à nos jours » est présentée devant un public composé d'acteurs du numérique, d'universitaires, d'étudiants, d'entrepreneurs et de passionnés des technologies. Elle constitue l'un des temps forts de la première édition du Grand Hommage du numérique au Burkina Faso, organisée pour distinguer le Dr Tankoano et rappeler la contribution des pionniers à la construction de l'écosystème numérique national.

Mais avant de parler du Burkina Faso, le conférencier prend de la hauteur. Pour comprendre la portée de la révolution numérique, il faut, selon lui, la replacer dans la longue histoire des grandes mutations qui ont changé la trajectoire de l'humanité.

Quatre inventions, quatre ruptures civilisationnelles

Selon le conférencier, l'histoire de l'humanité est ponctuée de ruptures. Des moments où une invention ne se contente pas d'améliorer l'existant, mais transforme profondément les manières de vivre, de produire, de communiquer et de penser. Il explique que la première rupture est celle de l'agriculture, autour de 10 000 ans avant Jésus-Christ. En apprenant à façonner et à dompter davantage son environnement, l'homme rend la nourriture plus abondante. La sédentarisation s'installe. Des villages puis des villes apparaissent. Avec eux viennent la propriété privée, des hiérarchies sociales plus complexes et, progressivement, les États.

Vient ensuite l'écriture, poursuit l'ancien ministre, apparue vers 3 400 avant J.-C. Elle permet à l'homme d'externaliser sa mémoire en fixant la parole et la pensée sur des supports physiques. Le savoir peut désormais traverser les générations. Les lois peuvent être consignées et administrer de vastes ensembles politiques. Des siècles plus tard, l'invention de l'imprimerie contribue à démocratiser l'accès à ce savoir.

La troisième rupture, développe le conférencier, est la révolution industrielle, entre le XVIIIe et le XIXe siècles. Avec la maîtrise de l'énergie thermique, la production et le transport cessent d'être limités par la seule force musculaire humaine ou animale. L'économie bascule progressivement de l'agriculture et de l'artisanat vers la production mécanisée à grande échelle. Les usines attirent les populations rurales, la classe ouvrière se développe et émergent le capitalisme moderne et la société de consommation.

La révolution numérique et les premiers pas du Burkina Faso

Pour Dr Tankoano, elle est à la fois la plus profonde, la plus rapide et l'une des plus difficiles à suivre. Elle naît de la combinaison de plusieurs évolutions. Celles de l'informatique, la numérisation des textes, des sons, des images et des vidéos, le traitement algorithmique des données et leur transport sur les réseaux IP. Sa finalité est de démultiplier les capacités humaines de traitement de l'information, de simplifier la vie, de transformer l'apprentissage et de modifier profondément la manière dont les entreprises travaillent, produisent, vendent et communiquent.

Et cette révolution n'est pas terminée. Elle connaît aujourd'hui, avec l'intelligence artificielle, un nouveau tournant qui bouleverse jusqu'à la notion même d'algorithme. Pour raconter la transition numérique burkinabè, le Dr Tankoano utilise une image parlante. Celle d'un lac calme dans lequel tombe une grosse pierre. Le choc produit une onde qui se propage du centre vers les extrémités. La transition numérique, dit-il, fonctionne de manière comparable. Ce qui différencie les pays, explique-t-il, ce sont notamment la puissance et la vitesse de propagation de cette onde. À cela s'ajoutent les effets qu'elle produit et les stratégies mises en place pour l'accélérer, l'orienter et en limiter les conséquences indésirables.

Au Burkina Faso, cette transition connaît trois grandes phases. La première correspond aux années 1970 et 1980, avec l'ère du Centre national de traitement de l'information (CENATRIN) et des mainframes. À cette époque, l'ordinateur n'a rien du petit appareil posé aujourd'hui sur un bureau. À l'époque, les ordinateurs centraux remplissaient des pièces entières. Leur capacité de calcul reste pourtant très éloignée de celle des ordinateurs personnels qui apparaîtront plus tard. Les équipements informatiques sont à la fois rares, coûteux et difficiles d'accès. Les compétences humaines spécialisées dans ce domaine sont elles aussi limitées. Face à cette double contrainte, la stratégie consiste à mutualiser les ressources disponibles. Un même équipement et les compétences associées sont ainsi mis à la disposition de plusieurs structures, à travers des traitements informatiques réalisés pour leur compte, selon leurs besoins. C'est dans cette logique qu'est créé le CENATRIN, avec pour ambition notamment de contribuer à l'élaboration, au contrôle et à l'application de la politique informatique nationale.

L'informatique commence ainsi à pénétrer l'administration publique et les entreprises. Des applications sont développées pour la gestion des dépenses et du personnel de l'État, du budget, des impôts ou encore des statistiques du commerce extérieur. Dans le secteur public et privé, l'informatique accompagne notamment la facturation des abonnés de la SONABEL et de l'ONEA, la comptabilité de banques et de grandes entreprises.

Cette période permet surtout au Burkina Faso de développer ses premières compétences nationales pointues dans le domaine informatique.

L'émergence de 128 sociétés de services informatiques en 2023

Dr Tankoano souligne que la deuxième phase intervient dans les années 1990. Le mainframe centralisé commence à céder progressivement la place aux ordinateurs personnels, aux réseaux locaux et aux premières infrastructures préparant l'arrivée massive d'internet. La stratégie change. Il ne s'agit plus de concentrer les traitements dans quelques grands centres, mais de rapprocher l'outil informatique de l'utilisateur afin de raccourcir les délais et de favoriser le traitement en temps réel. Le pays entreprend alors de structurer davantage son environnement institutionnel. Le Conseil supérieur à l'informatique du Faso est créé. Tandis que la Délégation générale à l'informatique (DELGI) devient un outil d'aide à la décision, d'exécution et de contrôle de la politique informatique de l'État. Des structures chargées des télécommunications, de l'audiovisuel et de la régulation viennent compléter cet édifice.

Deux plans directeurs informatiques nationaux sont adoptés, couvrant les périodes 1991-1995 et 1996-2000. La formation devient une priorité. L'École supérieure d'informatique (ESI) est créée au sein de l'université de Ouagadougou. Deux établissements privés, l'Institut supérieur d'informatique de gestion (ISIG) et le Centre d'études de formation en informatique de gestion (CEFIG), viennent également renforcer la formation des techniciens et cadres. Dans le même temps, l'écosystème entrepreneurial s'étoffe. Les sociétés de services informatiques se multiplient dans la vente et la maintenance de matériels, le développement de logiciels, la réseautique ou encore la formation des utilisateurs. Le Dr Tankoano rappelle qu'elles sont déjà 128 en juillet 2003.

Le numérique commence également à s'étendre aux banques, aux établissements financiers et aux grandes entreprises. Des réseaux informatiques sont déployés sur plusieurs localités. L'administration développe des systèmes destinés à la gestion de la dépense publique, de la dette, des ressources humaines, des douanes ou encore de la comptabilité.

De l'internet à l'hyperconnectivité

L'ancien ministre confie qu'en 1993, le Burkina Faso crée son domaine national de premier niveau, le “.bf”. En mars 1997, l'Office national des télécommunications (ONATEL) lance commercialement la connexion internationale à internet. Au fil des années, la capacité augmente et l'accès s'étend à plusieurs villes. Le phénomène devient progressivement visible dans la société. En 2003, le pays compte déjà plus de 1 000 cybercafés et plus de 300 sites web consacrés au Burkina Faso, dont des médias en ligne. Le téléphone mobile vient accélérer cette mutation. TELMOB entre en scène en 1996, suivi de CELTEL et TELECEL en 2000. Le numérique commence alors à sortir définitivement du cercle des informaticiens.

À partir des années 2000, le Burkina Faso entre dans une troisième phase. Celle de la mise en réseau des acteurs de la société et de l'hyperconnectivité. La fibre optique, les réseaux mobiles 3G et 4G, le Wi-Fi, les smartphones, le cloud computing, le Big Data et les réseaux de diffusion de contenus changent l'échelle du phénomène. La stratégie nationale s'oriente désormais vers la convergence de l'informatique, des télécommunications et des médias, tout en mettant l'accent sur les infrastructures, l'accessibilité, les compétences locales, la sécurité et la souveraineté. Le cadre institutionnel se densifie. Le ministère en charge de la transition digitale, l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), l'Agence nationale de sécurisation des systèmes d'information du Burkina Faso (ANSSI), et d'autres structures participent à différents niveaux à la construction de l'écosystème.

Sur le terrain, les investissements suivent. Le backbone national atteint 11 291,5 kilomètres de fibre optique au 31 décembre 2024, couvrant les 13 chefs-lieux de région, 40 des 45 chefs-lieux de province et 151 des 351 chefs-lieux de commune. La capacité de bande passante internationale illustre à elle seule le changement d'échelle de 72 Mbps en 2006 à 608 Gbps en 2024. Le nombre d'abonnements à la téléphonie mobile passe, lui, de 220 000 en 2003 à plus de 27,5 millions en 2024. Les recettes issues des services de télécommunications progressent parallèlement, de 76 milliards de francs CFA en 2001 à 532,1 milliards en 2024. Le numérique devient ainsi une composante majeure de l'économie et du quotidien.

Quand le numérique transforme l'administration et les usages

Cette transformation ne se mesure pas uniquement en kilomètres de fibre ou en nombre de cartes SIM. Pour le conférencier, elle se traduit aussi par la mise en ligne des opérations bancaires, le développement des formations diplômantes et certifiantes à distance, l'essor des réseaux sociaux et du commerce électronique. La monnaie électronique prend une place croissante, 8 912 642 comptes actifs sont recensés en 2023, pour 1,854 milliard de transferts d'argent, représentant 16 639 milliards de francs CFA.

Dans l'administration publique, le Réseau informatique national de l'administration (RESINA) constitue l'un des instruments majeurs de cette transformation. Le réseau compte notamment 2 954 kilomètres de liaisons interurbaines en fibre optique, 697 kilomètres de liaisons métropolitaines, 117 stations de base LTE et 14 stations WiMAX. Quelques 2 805 bâtiments de l'administration publique sont raccordés dans 43 provinces et 90 communes, relève le Dr Tankoano. Cette infrastructure accompagne la dématérialisation des procédures. Un portail d'accès aux e-services de l'administration publique propose ainsi 1 672 fiches pratiques et 95 procédures dématérialisées, impliquant 183 institutions.

Derrière ces chiffres se dessine la transformation profonde de l'administration publique. Des systèmes intégrés permettent de mieux connecter les métiers, de suivre les procédures, de gérer les documents et de faciliter l'accès aux services publics.

Une révolution qui produit aussi ses propres menaces

Mais l'onde numérique ne produit pas uniquement des effets positifs. Plus une société se numérise, plus elle expose ses infrastructures. La cyberescroquerie, les fausses informations et les cyberattaques progressent parallèlement aux usages numériques. Le Dr Tankoano pointe également plusieurs résistances rencontrées au cours du processus. Certaines tiennent aux divergences de perception entre les acteurs des télécommunications et ceux de l'informatique. D'autres sont liées aux intérêts économiques, aux difficultés d'appropriation des technologies par des populations qui ne les ont pas connues dans leur jeunesse, ou encore aux résistances au changement lorsque le numérique vient remettre en cause des pratiques anciennes.

Il relève aussi les difficultés liées au partage des infrastructures et au renouvellement des compétences informatiques au sein des structures publiques. Pour le conférencier, cette situation soulève une question plus large. Celle de la capacité des pays en développement à ne pas seulement consommer l'innovation, mais à créer les conditions permettant de l'accompagner, de la maîtriser et d'en tirer pleinement profit.

L'IA ouvre une quatrième révolution

Après les mainframes, les PC et les réseaux, une quatrième phase est désormais à l'œuvre. L'ère de l'intelligence artificielle, de l'automatisation des tâches cognitives et des usages systémiques. La 5G, les objets connectés, les constellations satellitaires et surtout l'IA permettent d'imaginer, selon le Dr Tankoano, des assistants capables d'accompagner l'homme dans une multitude de tâches personnelles et professionnelles. Dans les entreprises, certaines tâches cognitives complexes pourront être exécutées ou assistées par ces systèmes. Dans la santé, l'agriculture, l'industrie, le commerce, les transports ou encore la sécurité routière, des réseaux d'objets interconnectés pourront communiquer entre eux et accomplir certaines tâches de manière autonome.

Que deviendront certains métiers lorsque les machines seront capables d'automatiser une partie importante des tâches cognitives ? Comment protéger les citoyens contre les deepfakes et les manipulations produites par des algorithmes conçus pour capter l'attention ? Comment éviter que les biais contenus dans les données d'apprentissage ne soient reproduits ou amplifiés par l'IA ? Et surtout, qui sera responsable lorsqu'une décision prise par une intelligence artificielle provoquera un préjudice ? Le droit d'auteur est lui aussi confronté à une nouvelle frontière. Comment protéger la création humaine lorsqu'une œuvre peut être produite avec l'aide d'une IA ? Autant d'interrogations que se pose le conférencier, qui estime que l'enjeu consiste à trouver un équilibre entre protection des droits, stimulation de l'innovation et sécurité juridique.

Souveraineté, le nouveau grand défi

Au fil de son exposé, Dr Tankoano revient sur une notion devenue centrale : la souveraineté numérique. La puissance acquise par les géants de l'internet modifie les rapports traditionnels entre États et entreprises. La maîtrise des données personnelles, l'économie de l'attention et même l'utilisation de l'espace orbital pour les constellations satellitaires deviennent des enjeux de puissance. Pour les pays en développement, la fracture numérique constitue une autre menace. La vitesse de la révolution peut creuser davantage l'écart entre ceux qui maîtrisent les technologies et ceux qui les subissent : personnes âgées, populations analphabètes, territoires non couverts ou pays insuffisamment dotés en infrastructures.

À cela s'ajoute le retard possible du droit sur l'innovation. La technologie avance parfois beaucoup plus vite que les normes censées l'encadrer. Le coût environnemental n'est pas oublié. Les centres de données, les réseaux de fibre optique et les constellations satellitaires consomment d'importantes quantités d'énergie et d'eau. La fabrication des smartphones, serveurs et puces nécessite par ailleurs l'extraction de métaux rares. La révolution numérique est donc aussi confrontée à sa propre empreinte écologique.

Face à ces défis, le Dr Tankoano plaide pour la construction d'un cercle vertueux permettant au Burkina Faso de financer durablement sa transition numérique. Il propose notamment de mieux mobiliser les contributions des opérateurs en faveur de la formation et de la recherche, de créer un fonds de soutien au développement de plateformes numériques répondant aux besoins locaux et d'explorer de nouveaux mécanismes de financement.

Il appelle également à rendre pleinement opérationnels les organes de pilotage de la stratégie de l'économie numérique, à renforcer la cohérence entre les différentes cyberstratégies sectorielles et à faire de l'identifiant biométrique un principe structurant de la dématérialisation des démarches administratives. La question des ressources humaines demeure, elle aussi, cruciale. Le turnover des informaticiens des structures publiques doit être résolu, estime-t-il, par une meilleure organisation des carrières et une valorisation des compétences.

Enfin, le Burkina Faso doit dès maintenant préparer la prochaine mutation. Une analyse nationale associant toutes les parties prenantes devrait permettre d'identifier les opportunités et les risques liés à l'IA, à la 5G, à l'Internet des objets et aux constellations satellitaires. Cette réflexion devrait déboucher sur une nouvelle stratégie et une actualisation du cadre juridique.

Et parce que la transformation numérique ne peut être durable sans culture numérique, Dr Tankoano avance une proposition qui pourrait paraître simple, mais dont la portée est considérable. Celle d'introduire dans l'enseignement primaire un cours consacré à la révolution numérique.

Au terme de son exposé, l'histoire racontée par le Dr Joachim Tankoano apparaît moins comme une succession de machines que comme celle d'une société en perpétuelle adaptation. En quelques décennies, le Burkina Faso est passé des cartes perforées et des bandes magnétiques aux réseaux de fibre optique, des traitements centralisés aux smartphones, puis aux services numériques et à l'intelligence artificielle. Le chemin parcouru est immense.

Mais le message du pionnier ne se résume pas à la célébration du progrès. Chaque nouvelle étape crée de nouvelles responsabilités. Il faut former, réglementer, sécuriser, financer, anticiper et surtout préserver la capacité du pays à décider de son propre avenir technologique. C'est peut-être là que réside la principale leçon de cette plongée dans plus d'un demi-siècle d'histoire numérique. Si les technologies changent rapidement, la question fondamentale demeure. Comment faire du numérique non pas une force que le Burkina Faso subit, mais un outil qu'il maîtrise au service de son développement, de sa souveraineté et de ses populations ? À l'heure où l'intelligence artificielle ouvre une nouvelle page, la réponse à cette question pourrait bien déterminer la prochaine étape de l'histoire numérique du pays.

Hamed Nanéma
Lefaso.net

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