Le musicien King Mensah, de son vrai nom Ayaovi Papavi Mensah, comptabilise 30 ans de carrière. Invité d'un épisode spécial de PodLab Studio, l'artiste surnommé « La voix d'or du Togo » s'est livré sans détour sur plus de trois décennies de carrière, son enfance marquée par l'épreuve, ses combats artistiques et sa vision lucide de l'éducation, de l'investissement et de l'avenir du continent.
Né le 12 août 1971 à Lomé d'un père togolais et d'une mère béninoise, King Mensah perd son père à l'âge de 13 ans. Dernier d'une fratrie de six enfants, il grandit dans la précarité : exclusions répétées de l'école pour défaut de paiement, jusqu'à l'abandon des études en classe de quatrième. « Je n'ai jamais regretté jusqu'à aujourd'hui », dit-il.
Formé à « l'école de la vie », il développe une définition personnelle de l'intellectuel : « Quelqu'un qui trouve des solutions à des problèmes. » Une manière de rappeler que le diplôme ne résume pas l'intelligence ni la valeur d'un individu.
Depuis son premier album sorti en 1996, l'artiste revendique une constance : parler de la vie, du quotidien, avec des « mots vivants » capables de traverser le temps. Il chante en mina, éwé et français. Chanter dans sa langue maternelle fut un combat, mais aussi un acte de fierté. « On n'est pas obligé de chanter en français ou en anglais pour avoir une carrière internationale », affirme-t-il. Pour King Mensah, la musique n'est ni un passe-temps ni un hasard. « La musique, c'est mon petit Jésus. C'est elle qui m'a amené là où je suis aujourd'hui », confie-t-il.
L'école, oui… mais autrement
L'artiste se dit non pas contre l'école, mais contre un système éducatif déconnecté des réalités africaines. Il plaide pour une formation utile, enracinée dans les besoins concrets (métiers manuels, connaissance du territoire, valorisation des langues et de l'histoire locales.)
Son expérience auprès d'orphelinats est révélatrice : « Ceux qui ont appris un métier gagnent parfois mieux leur vie que ceux qui ont fait de longues études. » Il faut, souligne-t-il, former des hommes et des femmes capables de construire leur pays, plutôt que d'accumuler des savoirs sans débouchés.
Passé par la Côte d'Ivoire, la France, le Japon ou encore le Danemark, King Mensah estime que l'Europe lui a appris à aimer davantage l'Afrique. Au contact d'autres cultures, il comprend l'urgence de défendre la sienne. « Si je fais du reggae, ce n'est pas chez moi. Je dois faire la musique de chez moi », a-t-il confié.
Indépendant depuis ses débuts, sans producteur, il insiste sur l'importance de la formation artistique, c'est-à-dire apprendre le métier, bâtir des fondations solides, loin des succès éphémères. Selon lui, le Togo et le Bénin et en général l'Afrique regorgent de talents capables de transformer le continent, à condition d'être détectés, accompagnés et financés.
Après 30 ans de carrière (1996-2026), King Mensah apparaît avant tout comme un homme pétri de sagesse, dont la musique et la parole, nourries par l'épreuve et l'expérience, invitent chaque génération africaine à croire en sa valeur, à investir dans l'essentiel et à construire l'avenir sans renier ses racines.