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Défense - Diplomatie - Sécurité - Crises - Pouvoirs
Updated: 4 hours 33 min ago

Où sont passés les six milliards promis par l’Europe à la Turquie ?

Tue, 17/03/2020 - 20:15

(B2) Entre Ankara et Bruxelles le torchon brûle dès qu’on parle gros sous. Chacun a une interprétation différente de l’accord conclu en mars 2016 afin de soutenir l’effort (réel) de la Turquie pour accueillir (et retenir) les réfugiés syriens chez elle. Les faits, les chiffres

Une éducatrice du UNHCR avec un groupe d’enfants syriens (Crédit : UNHCR)

L’accord entre l’Union européenne et la Turquie, conclu au sommet en mars 2016, prévoit un double financement : trois milliards d’euros tout de suite, trois autres milliards d’ici 2018 (cf. encadré). Soit six milliards en tout…

Combien d’argent a été engagé ?

La Commission européenne le reconnait : aujourd’hui seuls 4,7 milliards d’euros (sur 6 milliards €) ont été engagés. Seuls deux tiers de cet argent (3,2 milliards d’euros) ont réellement été déboursés et engagés sur le terrain. Concrètement, de la première tranche de 3 milliards €, près de 2,5 milliards € ont été payés. Et pour la seconde tranche de 3 milliards, on atteint juste 760 millions d’€.

Quand l’argent restant arrivera-t-il ?

La Commission européenne assure que la barre des 4 milliards € déboursés sera atteinte d’ici fin 2020. Mais pour les 2 milliards € restant, ce sera petit à petit. Pour chaque projet, la Commission européenne paye, en effet, une partie en avance au partenaire avec qui le contrat a été signé. Ce qui doit permettre de lancer le projet. Mais ensuite, les paiements se font au fur et à mesure que le projet avance. Or, certains projets vont continuer jusqu’en 2025.

L’engagement est-il tenu ?

Non, disent les Turcs. Oui, les Européens. Du côté de la Commission, on répète à qui veut l’entendre que les engagements et le calendrier sont tenus. Les six milliards promis sont actuellement tous « engagés » assure-t-on. Autrement dit « l’argent est réservé », puisque des projets ont déjà été choisis pour l’ensemble des six milliards. Dans la pratique, les contrats ont été signés avec les partenaires pour un total de de 4,7 milliards. Pour les 1,3 restants, correspondant principalement à la seconde tranche, les contrats devraient être conclus d’ici l’été.

L’argent ne devait-il pas être versé avant 2018 ?

Le timing est le point clé du désaccord entre Européens et Turcs. L’accord de 2016 n’entrant pas dans le détail, chacun interprète de manière différente. La Turquie considère que l’engagement était que l’argent devrait arriver au cours de la période mentionnée. À savoir : 3 milliards en 2016 et 3 milliards avant la fin 2018. Pour les Européens, c’est une tout autre interprétation. Certes, il est prévu que la Facilité pour les réfugiés en Turquie dispose d’un budget de 3 milliards d’euros pour 2016-2017 et 3 milliards d’euros pour 2018-2019. Mais l’engagement était que « les projets opérationnels doivent être engagés au plus tard le 31 décembre 2019 et faire l’objet de contrats au plus tard le 31 décembre 2020. »

Pourquoi est-ce si lent ?

Quand on pose la question à la Commission européenne, il faut vraiment tendre l’oreille pour entendre la réponse. Souvent on entend un gazouillis à peine murmuré : il faut conclure les contrats. La réalité est plus crue, comme nous l’a confirmé un expert sur la question : « c’est lent ! ». Il faut choisir l’organisme, signer un contrat, que celui-ci passe des appels d’offre, vérifier que tout est conforme, s’assurer que les dépenses sont bien éligibles, etc. Tout cela prend du temps. D’autant que les agences de l’ONU ne brillent pas non plus par leur rapidité. Les deux administrations additionnées produisent souvent un net allongement des délais. « Le miracle de la bureaucratie européenne » ironise une de nos sources.

Pour quels projets est utilisé l’argent communautaire ?

Aide de première nécessité, santé, éducation et intégration socio-économique sont au coeur de la Facilité pour les réfugiés en Turquie. Un des projets phare est le plan d’aide sociale d’urgence, mené sur le terrain par le Programme alimentaire mondial (PAM). Il a permis de distribuer une allocation mensuelle fixe (environ 30 euros par personne/mois) à plus de 1,3 millions de réfugiés, en leur distribuant des cartes de débit (à puce). Ce qui leur permet de retirer cet argent ou de payer directement dans les magasins. Très utiles

Nombre de projets, spécialement dans la seconde tranche, ont vocation à renforcer les infrastructures turques face à leur sur-utilisation. C’est surtout au niveau municipal que les projets sont menés, pour la construction de centres éducatifs ou médicaux, la contractualisation de personnel additionnel, ou encore la construction et réhabilitation des systèmes d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées.

On retrouve aussi des projets visant à « renforcer les capacités opérationnelles des garde-côtes turcs dans la gestion des flux migratoires en mer Méditerranée », sous la houlette de l’Organisation mondiale de la migration (OIM).

NB : voir la liste complète de projets financés par la Facilité pour la Turquie (février 2020).

Par qui transite l’argent communautaire ?

Dans une grande majorité des cas, les destinataires de la Facilité sont des agences de l’ONU ou des États membres, ainsi que des ONG. Le Programme alimentaire mondial a reçu un total de 1,4 milliard pour différents projets. L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a été choisie pour quatre projets, d’une valeur totale d’environ 90 millions d’euros. Médecins du Monde a, elle, des contrats pour 19 millions d’euros. Quant à l’Agence française de développement (AFD), elle travaille sur les systèmes d’approvisionnement en eau, avec un budget de prêt de 160 millions d’euros.

Dans trois cas, surtout dans les domaines de l’éducation ou de la santé, les projets financés sont menés par les ministres turcs. Ainsi, deux contrats ont été signés avec le ministère de l’Éducation, dans la première puis dans la seconde tranche, pour 300 puis 400 millions d’euros. Avec le ministère de la santé, un seul contrat de 300 millions a été signé (dans la première tranche), pour permettre l’accès à des soins mentaux pour 1 millions de réfugiés.

En proportion, les sommes qui passent directement par les caisses de l’état turc sont dérisoires. Or (c’est un point de discorde réel), Ankara espérait recevoir plus ou moins directement les 6 milliards d’euros pour compenser le coût des réfugiés. Pourtant, du côté européen on entendait passer par les opérateurs habituels de l’Union européenne en matière humanitaire, et pas vraiment par des opérateurs turcs. « Ce n’est pas un soutien budgétaire direct », précise à B2 un expert du dossier.

(Leonor Hubaut, avec Nicolas Gros-Verheyde)

Déclaration commune entre UE et Turquie, du 18 mars 2016 – point 6

« L’UE, en étroite coopération avec la Turquie, accélérera encore le décaissement des 3 milliards d’euros initialement alloués au titre de la facilité pour les réfugiés en Turquie et assurera le financement de nouveaux projets en faveur des personnes sous protection temporaire identifiés avec une contribution rapide de la Turquie avant la fin du mois de mars. Une première liste de projets concrets en faveur des réfugiés, notamment dans le domaine de la santé, de l’éducation, des infrastructures, de l’alimentation et des autres coûts de la vie, qui peuvent être rapidement financés par la facilité, sera établie conjointement dans un délai d’une semaine. Une fois que ces ressources seront sur le point d’être pleinement utilisées, et pour autant que les engagements ci-dessus soient respectés, l’UE mobilisera un financement supplémentaire de 3 milliards d’euros pour la facilité jusqu’à la fin de 2018. »

Lire aussi :

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Secours en montagne pour un hélico d’EUFOR Althea

Mon, 16/03/2020 - 00:51

(B2) Un hélicoptère autrichien de l’opération de stabilisation de l’UE en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althea) est intervenu ce dimanche (15 mars) aux côtés d’une quarantaine de sauveteurs du secours en montagne bosnien (GSS) dans le massif du Prenj

(crédit : GSS avril 2019 – Archives B2)

Le GSS bosnien avait reçu un appel à l’aide vers 12h30 d’un groupe de randonneurs un de leurs membre était tombé des falaises de Veliki Osobac. Malheureusement sans succès, selon le GSS. Le corps de l’alpiniste Z.Š. a fini par être retrouvé en fin d’après-midi, à quelques centaines mètres du point de chute.

(NGV)

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Ma mission de paix au Proche-Orient, par Miguel Angel Moratinos

Sun, 15/03/2020 - 16:16

(B2) Miguel Angel Moratinos a été ministre espagnol des Affaires étrangères, ambassadeur espagnol en Israël, puis envoyé spécial de l’UE pour le Moyen-Orient. Pendant sept ans, de 1996 à 2003, il a parcouru la région avec un but : la paix entre Israël et la Palestine. Il livre son témoignage, et ses analyses géopolitiques

Pas besoin d’être un fin connaisseur du conflit entre Israël et la Palestine pour lire ce livre. L’ancien envoyé spécial emmène le lecteur avec lui, comme un confident, et lui décrit les lieux, les personnages… C’est comme si vous étiez dans la salle de négociation. Il ne mâche pas non plus, disant vertement ce que d’autres disent plus bas, mezzo vocce.

Un manque de leadership en Europe sur le Proche-Orient

« Les Européens ont toujours caché leur mauvaise conscience en payant, puisqu’ils n’avaient pas le courage d’exercer davantage de pression politique sur les États-Unis », dénonce  clairement Miguel Angel Moratinos dans son livre. Mais les déclarations ne suffisent pas non plus.

« L’unanimité dans les formes, dans les principes, dans les déclarations, dans les conclusions, c’est très bien, mais quand il faut passer à l’action politique réelle, il y a des divergences car il n’y a pas, en Europe, de leadership. » Un conseil important à l’heure de la Commission géopolitique voulue par Ursula von der Leyen.

Mais l’ancien envoyé spécial « est convaincu que l’Europe est suffisamment responsable et capable d’aider à faire la paix au Proche-Orient et que les Européens, mêmes s’ils doutent de leur ressources et de leur potentiel, sont dotés d’une capacité à faire bouger les choses ».

La paix n’est pas une utopie… ou presque

« Oui, la paix n’est pas une utopie ; oui, la paix est possible et la lecture de ce livre a prouvé la volonté, la capacité et l’envie de paix de tous les acteurs. » Miguel Angel Moratinos est formel. Il y a de l’espoir. Et c’est bien ce sentiment que donne son livre.

Néanmoins, l’ancien ambassadeur reste réaliste. Il se désole par exemple que « ce processus de paix, nécessaire au commencement, est devenue malheureusement au fil du temps un ‘but en soi’ et non la quête du but final, à savoir la paix définitive. La communauté internationale s’est accommodée, de guerre lasse, d’une situation bancale et elle s’est contentée d’un processus qui, avec ses hauts, ses bas et ses atermoiements, s’est avéré incapable en fin de compte de résoudre définitivement le conflit historique. Aujourd’hui, il n’y a plus ni de feuille, ni plan, mais ce qui est le plus grave, c’est qu’il n’y a pas de route non plus ».

Enfin… Ne ratez pas la dernière partie. Elle établit un panorama complet des revendications des deux parties, et offre une frise chronologique. Très utile pour les néophytes comme les esthètes. On s’y perd parfois !

(Aurélie Pugnet)

  • Editions L’Harmattan, 2019, Paris, 296 pages, 32 euros

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B2 passe en mode ‘coronavirus free’

Sun, 15/03/2020 - 14:20

(B2) Après les décisions prises en France et en Belgique, comme en Italie auparavant, le lockdown (fermeture des écoles, cafés, restaurants et bars, commerces, salles de spectacles) devient la norme en Europe

Couvrir ou ne pas couvrir ?

Le mot Coronavirus (Covid-19 pour les experts) est désormais sur les lèvres, en une de tous les médias, comme d’internet, en ‘full time‘ des émissions de télévisions ou de radios. C’est logique. Cette épidémie soudaine est susceptible de toucher tout le monde. Et les milieux du pouvoir n’en sont pas exempts. Au contraire, ce sont les premiers atteints, comme l’ont prouvé les premières alertes dans le milieu européen de la défense (lire : Le Coronavirus frappe au cœur de la défense européenne). Est-ce l’essentiel du monde aujourd’hui ? Faut-il rajouter une couche à cette sur-couverture médiatique ? Ne faut-il pas porter notre regard ailleurs ? Voici les questions qu’on peut (doit) se poser.

Des crises tout aussi graves aujourd’hui

Rapportée aux autres défis et enjeux du monde, cette épidémie est (très) grave sans doute. Mais pas le drame absolu. Songez que le conflit syrien fait plus d’une centaine de morts par jour, sans compter les blessés et traumatisés à vie. Ce depuis neuf ans et pour un pays d’à peine 18 millions d’habitants (l’équivalent de la population des Pays-Bas). Largement plus relativement que le rythme du Covid-19. Le conflit latent au Sahel et ses dizaines de morts réguliers, militaires et civils, chaque semaine, ne peut être négligé. Même le conflit, oublié, à l’Est de l’Ukraine fait toujours quelques morts par jour (plus d’une dizaine les jours de crise), ce depuis 2014 et pour un pays qui compte à peine 45 millions d’habitants. Etc.

Faut-il ajouter une couche d’anxiété

Le sujet est hyper couvert. Et nous ne voyons pas ce que B2 pourrait vraiment ajouter de plus. Nous n’allons pas décompter pays par pays les mesures prises, ni les victimes ou personnes atteintes. Cela n’aurait pas de sens et serait ajouter une couche d’anxiété supplémentaire.

Porter notre regard ailleurs

En faire le point central de l’actualité serait une erreur, surtout pour un site consacré à la géopolitique et aux questions européennes. Il nous parait tout aussi important de porter notre regard ailleurs, en profitant justement de cette accalmie de l’actualité européenne pour couvrir, ou approfondir, certains sujets que nous n’avons pas eu le temps de traiter.

La parcimonie de règle

Nous avons donc décidé, à partir d’aujourd’hui, de couvrir ce sujet de façon limitée. Il n’est pas question de le passer totalement sous silence. Mais nous le ferons avec parcimonie, quand et là où cela parait très nécessaire (lire par exemple: La Chine vient au secours de l’Italie), ainsi que dans notre carnet de veille.

Le site de B2 sera donc à partir d’aujourd’hui ‘Coronavirus free‘. Une terminologie reprise celle de l’Itar free‘ en cours dans l’industrie de défense, chez les tenants de l’autonomie stratégique (pas de composants soumis à autorisation de la réglementation US Itar), ou du ‘sans gluten’ en usage dans l’alimentation pour les allergiques.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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La Chine vient au secours de l’Italie. L’Europe perd le monopole de la générosité

Sat, 14/03/2020 - 23:32

(B2) Il y a quelques temps encore, les Européens avaient leur ‘core business‘ : l’aide humanitaire. En quelque sorte, l’Europe détenait un monopole : celui de la générosité. Épidémie de coronivus faisant, elle a perdu cette faculté, sur son territoire même… C’est la Chine qui a pris le relais.

l’équipe médicale chinoise sur le tarmac de l’aéroport (crédit : Croix-rouge italienne)

Ironie de l’histoire, c’est à bord d’un Airbus A350 de China Eastern, affrété par la Commission nationale (chinoise) de santé et la Croix-rouge chinoise, qu’une équipe médicale chinoise a atterri, jeudi soir à l’aéroport de Rome Fiumicino. Objectif : aider l’Italie à contenir la nouvelle épidémie de coronavirus. Ce n’est pas une première. C’est la troisième équipe d’experts envoyée à l’étranger par les autorités chinoises. Deux équipes ont été envoyées, l’une en Iran, l’autre en Irak.

Une équipe de spécialistes du Coronavirus

À son bord, une équipe médicale de neuf membres, six hommes et trois femmes dirigés par le vice-président de la Croix-Rouge chinoise, Sun Shuopeng. Des réanimateurs — dont le professeur renommé de réanimation cardio-pulmonaire, Liang Zongan —, des pédiatres, des infirmières et des personnalités, très au fait de l’urgence coronavirus. Car ils ont géré l’épidémie en Chine. L’avion transportait aussi, selon la Croix-rouge italienne, plusieurs tonnes d’équipement et de fournitures médicales, dont des ventilateurs, des moniteurs et des défibrillateurs, permettant de mettre en place 30 unités d’équipements de soins intensifs, et des dizaines de milliers de masques et autres appareils médicaux.

La coopération entre Rome et Pékin renforcée

Luigi di Maio, le ministre des Affaires étrangères en personne, a tenu à remercier, lors d’une conférence de presse, l’aide chinoise et la coopération en cours d’élaboration. « Ce soir, l’Italie n’est pas seule. De nombreuses personnes dans le monde nous soutiennent. »

Alla croce rossa con i medici cinesi

Eccoci dalla sede della Croce Rossa Italiana insieme al team di medici cinesi arrivati ieri per sostenere i nostri medici e operatori sanitari. Collegatevi in diretta.

Gepostet von Luigi Di Maio am Freitag, 13. März 2020

Commentaire : L’Europe vient de perdre une bataille sur son propre territoire et son domaine normalement réservé, l’aide humanitaire et la solidarité entre les États membres. Comme pour la Grèce il y a dix ans où elle en avait été réduite à quémander l’aide du Fonds monétaire international, un de ses plus puissants États en est aujourd’hui réduit à quémander l’aide extérieure, ne recevant pas suffisamment de l’aide intérieure. Les remerciements ardents à l’aide chinoise ne semblent pas pure courtoisie. Ceci devrait laisser des traces. La nouvelle route de la soie, à visée politico-économique, trouve ici sa justification. Et les Européens, affaiblis, laissent faire.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Violents affrontements à N’delé (Centrafrique)

Sat, 14/03/2020 - 22:43

(B2) De violents affrontements ont éclaté entre deux groupes armés, à N’delé, ville centrafricaine située au Nord Est du pays (non loin de la frontière tchadienne), à deux reprises, le 2 mars et le 11 mars. Les violences ont fait, au moins 20 morts, dont 13 civils et un agent de sécurité de la MINUSCA, la force de stabilisation des Nations unies en Centrafrique (1).

Plus de 10.000 personnes ont fui. La majorité sont des femmes et des enfants, selon l’office européen d’aide humanitaire (ECHO). Malgré la signature d’un accord de paix en février 2019, la violence qui touche les civils « continue d’être l’un des principaux facteurs de la situation humanitaire désastreuse dans le pays » rappelle ECHO. « Un quart des 4,8 millions d’habitants est toujours déplacé de force ».

Le nord de la Centrafrique est le terreau à des rebelles notamment du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), qui se réclame du sultanat de Dar-el-Kouti.

  1. Décès reconnu par le FPRC

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Un casque bleu franco-ukrainien décède dans un accident de la route au Liban

Fri, 13/03/2020 - 21:30

(B2) Un militaire déployé au Liban, dans le cadre de la mission des Nations Unies (FINUL) ou opération Daman pour les Français, est mort ce vendredi (13 mars) dans un accident de la route

Un légionnaire du 1er REG

Le caporal Volodymyr Rybontchouk est un légionnaire du 1er Régiment étranger de génie (1er REG) basé à Laudun-l’Ardoise, dans le Gard. Membre d’une section de génie de la FCR, la Force Commander Reserve (FCR) de la mission des Nations Unies au Liban, il est mort « au cours d’une mission de reconnaissance d’itinéraire, menée à partir de l’emprise principale de la FCR », indique l’état-major des armées dans un communiqué.

Quatre autre passagers pris en charge

Peu après le départ, au matin, le véhicule de l’avant blindé (VAB) « sur lequel il servait comme radio-tireur a percuté un muret latéral, a quitté la chaussée et s’est renversé à la suite d’une perte de contrôle » précise l’armée de terre. Le véhicule circulait dans une courbe sur une route goudronnée, « en forte pente et très humide en raison des pluies importantes de la nuit ». Les gendarmes du détachement prévôtal se sont immédiatement rendus sur les lieux.  Cet accident « n’a impliqué aucun autre véhicule ou piéton », précise l’armée française. Les quatre autres passagers du véhicule ont été pris en charge. Mais « leur état n’inspire pas d’inquiétude ».

Un soldat d’origine ukrainienne

Né le 30 juin 1995 à Kryjopil ville de l’Ouest de l’Ukraine, non loin de la Moldavie, le caporal Volodymyr Rybontchouk s’est engagé à 20 ans dans la légion étrangère, peu après Noël, le 29 décembre 2015. Il accomplit toute sa carrière dans ce 1er Régiment étranger de Génie. Il a été déployé à l’étranger : aux Émirats Arabes Unis en 2017, comme opérateur véhicule de l’avant blindé (VAB), puis au Mali et au Niger dans le cadre de l’opération Barkhane de janvier à début juin 2018. Il sert alors comme conducteur d’engin du génie rapide de protection (EGRAP).

(NGV)

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Frontex déploie 100 garde-frontières supplémentaires dans le cadre d’Evros 2020

Fri, 13/03/2020 - 16:00

(B2) L’opération Evros 2020 est déclenchée. Près de 100 garde frontières supplémentaires sont déployés à la frontière gréco-turque

Les garde-frontières déployés à la frontière (crédit : Frontex)

Une étape importante

« La présence de 100 officiers venus de toute l’Europe [22 États membres y participent] souligne le fait que la protection du domaine européen de liberté, de sécurité et de justice est une responsabilité partagée par tous les États membres » a justifié Fabrice Leggeri, directeur de Frontex, lors du lancement de l’opération, à Orestiada, ville frontière grecque, non loin de Edirne en Turquie. C’est « une étape opérationnelle importante pour nous ».

Une opération maritime en cours de déploiement

Outre l’opération terrestre, Frontex a aussi déclenché une opération d’intervention rapide maritime (dénommée Aegean 2020). « Un patrouilleur de haute mer, six patrouilleurs côtiers, deux hélicoptères, un avion et trois véhicules équipés d’une caméra thermique » avait promis la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen venue inspecter la frontière terrestre gréco-turque début mars (lire : Urgence à la frontière grecque. Frontex déploie une mission d’intervention rapide).

Ils sont attendus de pied ferme. Les États membres se sont engagés à fournir « des navires, des avions de surveillance maritime et des véhicules de vision thermique », souligne le chef de l’agence.

Durée des deux opérations (Evros 2020 et Aegean 2020) : deux mois minimum. Elles seront « prolongées si nécessaire », précise-t-on à l’agence.

NB : Frontex avait déjà en Grèce plus de 500 agents et 11 navires. Deux avions de surveillance des frontières sont déjà venus en renfort.

(CG, st. et NGV)

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L’exercice Cold Response annulé. Defender Europe réduit. La crainte du Coronavirus frappe (v2)

Thu, 12/03/2020 - 20:06

(B2) La menace de coronavirus continue de frapper dans les différentes fores armées européennes. Les autorités norvégiennes ont annoncé, mercredi (11 mars), de mettre fin à l’exercice Cold Response 20 qui devait mobiliser sur leur sol 15.000 soldats venus de dix pays (1) jusqu’au 19 mars. Ce, « après un examen approfondi et des discussions avec les participants alliés et partenaires ».

(crédit : MOD Norvège)

La découverte de cas suspects — au moins un militaire norvégien a été testé positif le 5 mars — et le placement en quarantaine d’environ 850 militaires de la caserne de Skjold, dans le nord du pays, avait commencé à jeter un doute sur la tenue de cet exercice. La décision de certains pays comme la Finlande de ne pas envoyer leur troupes sur place (annoncée le 8 mars dans un communiqué), comme la décision américaine de consigner ses forces à la maison, ont sonné le glas de l’exercice.

L’exercice Defender Europe mis en veilleuse

Même cause, même effet. L’exercice Defender Europe 20, qui a déjà commencé, a été mis en veilleuse. Le commandement US en Europe a annoncé sa décision de « réduire le nombre de participants américains ». « Nous prenons au sérieux l’épidémie de coronavirus et sommes convaincus qu’en prenant cette importante décision, nous continuerons à faire notre part pour empêcher la propagation du virus », indique le chef des forces US en Europe (EUCOM) dans un communiqué.

Cet exercice devait être cependant un des plus importants jamais engagés par les Alliés. Plus de 35.000 soldats devaient normalement y participer. Il devait comprendre plusieurs phases majeures destinés à démontrer au voisin russe à la fois la pertinence du dispositif allié et sa volonté de défendre les frontières de l’Alliance comme de ses voisins. Une partie de l’exercice devait ainsi se dérouler non loin de l’enclave de Kaliningrad. Et d’autres en Géorgie.

Interdiction de déplacement des militaires américains

Dans la foulée de l’annonce de Donald Trump, le Pentagone a annoncé mercredi (11 mars) des mesures drastiques de limitation des déplacements des militaires américains que ce soit à l’étranger ou sur le territoire même américain. Les membres du personnel venant d’un des pays considérés à risque par les États-unis (2) sont priés de rester confinés chez eux.

(Nicolas Gros-Verheyde, avec RM)

  1. Norvège, Suède, Danemark, Finlande, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, France et USA
  2. Tous les pays de l’espace Schengen : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Monaco, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Saint-Marin, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse et Vatican) + les pays les plus atteints (Chine, Corée du Sud, Iran). Lire notre carnet de veille du 13 mars 2020

Mis à jour le 13 mars au matin, avec le dernier § (information US)

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Un marin volant prend la tête de la force anti-piraterie de l’UE dans l’Océan indien

Wed, 11/03/2020 - 07:50
(crédit : DR)

(B2) Le contre-amiral espagnol Ignacio Villanueva Serrano doit remplacer à compter du 17 mars le commodore portugais José Vizinha Mirones comme commandant de la force (= en mer) de l’opération anti-piraterie de l’UE au large de la Somalie (EUNAVFOR Atalanta). Il officiera à bord de la frégate espagnole qui est déjà sur zone Numancia (F-83) (lire : La Numancia relaie la Victoria).

La décision doit être adoptée par les ambassadeurs des États membres réunis au sein du comité politique et de sécurité (COPS) dans les prochains jours.

Ignacio Villanueva Serrano vient de la flotte aéronavale. Il en a assuré le commandement de 2014 à 2016 et a également commenté dans plusieurs publications (voir ici notamment) sa naissance et son existence.

(NGV)

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Un tanker grec attaqué au large du Bénin. Les pirates font un tour et s’en vont

Tue, 10/03/2020 - 10:30

(B2) Le Minerva Vigo, un tanker battant pavillon grec, a été attaqué par des pirates dans le Golfe de Guinée, à 45 milles nautiques (83 km) au large du Bénin jeudi (5 mars).

Un groupe de six à huit pirates

Un groupe de six à huit personnes armées prend d’assaut le navire de la compagnie Minerva Marine qui venait des Pays-Bas en direction de Lagos (Nigéria). Les 21 membres d’équipage (dont six Grecs) ont le temps de se réfugier dans la citadelle du navire. Et le centre de surveillance maritime de Brest (MICA Center) alerté.

Un avion français et un navire de patrouille béninoise

Deux moyens se mettent en mouvement aussitôt, selon des sources militaires. Un avion de surveillance maritime Falcon 50 de la marine nationale française décolle de la base aérienne française d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Objectif : aider à la localisation du navire attaqué et assister les forces en mer. Dans le même temps, le centre opérationnel de la marine de Cotonou au Bénin fait rapidement appareiller le patrouilleur Oueme, avec une équipe de fusiliers-marins à son bord. NB : face à la recrudescence des attaque la marine béninoise

Plus de pirates sur zone

Mais, au moment de l’arrivée des moyens aérien et maritime sur zone, plus aucun pirate n’est présent sur l’eau ni sur le navire. L’équipe de visite béninoise monte à bord, constate qu’il n’y a plus personne. L’équipage réfugié en citadelle est autorisé à en sortir.

(NGV)

(1) Le Maritime Information, Cooperation and Awareness, hébergé à la préfecture maritime de Brest

Lire aussi :

 

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Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE – PSDC (février 2020)

Fri, 06/03/2020 - 09:41

(B2) Formation pré-déploiement et cours de doctrine au Mali, fin de formation pour des policiers en Somalie, don de matériel à une clinique au Kosovo, formation médico-légale en Ukraine et relais en Bosnie-Herzégovine, Iraq et dans l’Océan indien… quelques unes des dernières informations des missions de la PSDC

Bamako (Mali). 170 soldats inaugurent le Premier pre-deployment training (PDT) 

Environ 170 soldats des forces armées maliennes (FAMa) ont participé au Koulikoro Training Camp, à un pre-deployment training (PDT) organisé et mené par EUTM Mali, du 26 janvier au 21 février. Objectif :  fournir à une compagnie d’infanterie la préparation nécessaire et les tactiques, techniques et procédures (TTP’s) requises pour le déploiement en opération. Et fournir aux équipes d’armes de soutien une formation spécialisée dans leurs systèmes d’armes respectifs.

Formation pré-déploiement au camp de Koulikoro (crédit : EUTM Mali)

Bamako (Mali). Premier cours de doctrine pour 12 officiers

Douze officiers des FAMa (les forces armées maliennes) appartenant à plusieurs départements — la doctrine, l’armée de l’air, la sécurité militaire, les écoles militaires, l’état-major de l’armée de terre, le génie, la logistique, les transmissions et télécommunications et la garde nationale —  ont suivi le premier cours de doctrine conjointement avec le directeur du centre interarmées des doctrines (CID) entre le 24 et le 28 février.

Trois officiers dont le directeur du centre Interarmées des doctrines (CID) ont dispensé le premier cours de doctrine (crédit : EUTM Mali)

Mariupol (Ukraine). Kit médico-légal, cadeau de fin de formation

Des inspecteurs médico-légaux de la police nationale de la région de Donetsk ont suivi une formation média-légale de quatre jours de la mission consultative de l’UE (EUAM) à Marioupol. Son but : accroître l’efficacité et l’efficience de la police criminelle et de sa capacité d’enquête. Ils sont repartis avec un équipement médico-légal composé d’un kit balistique, d’un kit de source lumineuse et d’un râteau magnétique qui aide à détecter les traces métalliques.

Le kit médico-légal remis en fin de formation (crédit : EUAM Ukraine)

Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Un nouveau chef du bataillon multinational

Le lieutenant-colonel Alfred Steingresz a pris, mardi (25 février), le commandement du bataillon multinational européen basé au camp Butmir de Sarajevo, chargé de veiller à la stabilisation et au maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althea). Il relaie son compatriote, le lieutenant-colonel Manfred Leitner.

Le lieutenant-colonel Alfred Steingresz lors de la passation des couleurs (crédit : EUFOR Althea)

Leposavic (Kosovo). Don de matériel médical

Un véhicule, du matériel médical pour les salles d’urgence et de consultation, ainsi que du matériel informatique et de bureau, pour une valeur de 67.000 euros ont été remis par le chef d’EULEX Kosovo, Lars-Gunnar Wigemark, au centre médical de Leposavić.

Cérémonie de la remise du don, le 21 février (crédit : EULEX Kosovo)

Lviv (Ukraine). Bonnes pratiques entre police et journalistes

Renforcer la communication et instaurer la confiance entre police et médias locaux étaient au programme de l’atelier de sensibilisation co-organisé par la mission de conseil de l’UE (EUAM Ukraine), mi-février.

Échanges entre journalistes et équipes de gestion et de presse de la police nationale et de la police de patrouille de la région de Lviv (crédit : EUAM Ukraine)

Mogadiscio (Somalie). Inauguration du siège de la mission 

Le nouveau siège de la mission de formation de l’UE auprès des forces somaliennes a été inauguré, le 19 février,  sur le campus international de Mogadiscio, en présence, notamment, du commandant d’opération le général Esa Pulkkinen (chef de l’état-major de l’UE) et le ministre somalien de la Défense, Hassan Ali Mohamed.

Coupe symbolique du ruban (crédit : EUTM Somalia)

Bagdad (Irak). Prise de poste pour le nouveau chef de mission

Le nouveau chef de la mission de conseil aux forces de sécurité intérieure irakiennes (EUAM Iraq), l’Allemand Christoph Buik a pris ses fonctions mi février (lire Relais allemand à la tête de la mission EUAM Iraq. Berlin entend garder des postes d’influence). Il a rencontré dans la semaine le chef de la délégation de l’UE, l’ambassadeur Martin Huth et le ministre irakien de l’Intérieur, Yassin al-Yasiri.

(crédit : EUAM Iraq)

Océan indien. Relais hispano-italien

La frégate espagnole Numancia et la frégate italienne Bergamini ont rejoint le 17 février l’opération EUNAVFOR Atalanta. Elles constituent l’essentiel de la flotte européenne sur place pour lutter contre la piraterie au large de la Somalie (twitter)

(Emmanuelle Stroesser)

En savoir plus :

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L’Europe doit acquérir sa souveraineté technologique

Thu, 05/03/2020 - 13:00

(B2) La souveraineté technologique est une des notions clés dans le programme de la nouvelle Commission. Un concept vague, certes. Mais qui a le mérite d’être à la fois ambitieux et plutôt consensuel. Et, surtout, en ligne avec les nouvelles réalités technologiques et géopolitiques. Sa mise en œuvre sera cruciale pour la sécurité de l’Europe, c’est le point de vue défendu par Burkard Schmitt, un expert du domaine, directeur ‘sécurité et défense’ à l’ASD, l’association des industriels de la défense et de l’espace

(crédit : Commission européenne/Cristof Echard)

La technologie est de la géopolitique

Nous vivons dans un monde qui change. Des changements géopolitiques, avec l’émergence de la Chine comme nouvelle puissance mondiale, d’un côté. La mise en question des relations entre Europe et les États-Unis, de l’autre. Des changements technologiques aussi, avec la prochaine révolution numérique et l’apparition de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle, le Quantum computing, etc. Ces deux niveaux sont étroitement liés, comme la discussion sur la 5G le montre. « La technologie est de la géopolitique », comme le disait le Britannique Julian King, l’ancien commissaire européen chargé de l’Union de la Sécurité.

Un changement de paradigme

L’expression de cette réflexion est l’idée de la souveraineté technologique qui a fait l’apparition avec l’arrivée de la nouvelle Commission européenne. Ce concept représente un véritable changement de paradigme et sera clé pour assurer la sécurité de l’Union européenne et de ses citoyens.

Certes, le terme reste générique. Toutefois, il exprime bien deux aspects fondamentaux. Premièrement, les nouvelles technologies numériques sont d’importance stratégique car elles vont déterminer non seulement la prospérité, mais aussi la sécurité de notre continent. Deuxièmement, le XXIe siècle sera numérique dans tous ses aspects, y compris les domaines de souveraineté comme la défense, la sécurité et l’espace. Cette importance du numérique, et son lien avec la défense et l’espace se reflètent aussi dans le portefeuille du nouveau commissaire pour le marché intérieur, Thierry Breton.

Le stop à la dépendance technologique

Selon Thierry Breton, la souveraineté technologique n’est pas un concept protectionniste. C’est la volonté de ne pas dépendre complètement de sources non-européennes pour les technologies stratégiques. Pour les technologies qui déterminent la position géopolitique de l’Europe, on devrait disposer aussi de fournisseurs européens.

L’expression d’une telle volonté au niveau européen marque un changement politique considérable. Jusqu’à présent, la dépendance technologique était plutôt un non-sujet pour la plupart de nos États membres, mais aussi pour les institutions européennes :

  • Dans le civil, l’ouverture des marchés était le principe de base et non-controversée, y compris dans la recherche et le hi-tech ;
  • Dans la défense, la dépendance des États-Unis était plutôt confortable, au moins jusqu’aux incertitudes créées par l’administration Trump ;
  • Dans la sécurité, la technologie était considérée comme une quantité négligeable. Aucune culture capacitaire ou technologique s’est développée, les achats se sont faits n’importe où pour satisfaire des besoins immédiats, et selon le seul critère du prix le plus bas.

Une rupture silencieuse

Le terme ‘souveraineté technologique’ marque une rupture par rapport à ce laxisme à l’européenne. Et le fait qu’il soit utilisé aujourd’hui dans le discours européen sans faire scandale est tout à fait remarquable, parce qu’il montre une sensibilité nouvelle en Europe et à Bruxelles.

Une approche intégrale

Deuxième aspect important : Le terme ‘souveraineté technologique’ s’applique d’abord à la nouvelle génération des technologies numériques qui sont d’origine civile. L’importance stratégique de ces technologique résulte non seulement de leur application à la défense ou le spatial (domaine classique de la souveraineté), mais aussi de leur omniprésence dans nos sociétés. Dans un monde où tout devient numérique, c’est celui qui contrôle les données et les réseaux qui contrôle notre vie, nos infrastructures, nos entreprises et nos institutions.

Autrement dit : les enjeux de la souveraineté se multiplient, et nos vulnérabilités aussi. Maitriser les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle, cloud et quantum computing, ou bien le 5G et ses composants, n’est pas seulement une question économique mais surtout stratégique.

Une stratégie industrielle de sécurité pour renforcer la base technologique

Cibler les investissements

Face aux méga-investissements des hyperpuissances américaines et chinoises, l’Europe n’a pas les moyens de se lancer dans une course technologique tous azimuts. Elle doit bien cibler ses investissements et réfléchir où mettre ses ressources.

Pour y arriver, il faudrait faire une analyse systématique de la dimension sécuritaire des technologies, y compris dans les politiques qui semblent à priori non pertinentes pour la sécurité, comme le Green Deal ou l’Europe numérique. Il faut éviter de répéter l’expérience 5G, où l’on se réveille juste avant le déploiement de la technologie qu’il peut y avoir un problème de sécurité. En même temps, il faudrait prioriser l’application de ces technologies aux domaines particulièrement sensibles, à savoir la défense, la sécurité et l’espace.

Intégrer l’ambition technologique dans la politique industrielle

Enfin, et surtout, il faut intégrer l’ambition technologique dans une vraie politique industrielle de sécurité. Théoriquement, l’Union a tous les moyens à sa disposition pour une telle politique : Elle a des agences et de programmes pertinents, mais elle ne les utilise rarement comme instruments pour soutenir la base industrielle et technologique de sécurité en Europe.

Financer la recherche ne suffit pas, il faudrait mobiliser l’ensemble des outils pertinents et les orchestrer par une stratégie globale et ambitieuse qui soutient l’ensemble de l’écosystème et couvre l’ensemble du cycle industriel. Les éléments existent ou sont en préparation — il est temps d’y ajouter de la cohérence et les mettre au service de l’idée de la souveraineté technologique.

Burkard Schmitt, directeur ‘Défense et Sécurité’ à l’ASD (AeroSpace and Defence Industries Association of Europe)

L’auteur exprime ici ses points de vue propres. Titres et intertitres sont de la rédaction.

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Le Coronavirus frappe au cœur de la défense européenne

Wed, 04/03/2020 - 23:45

(B2) Un fonctionnaire de l’agence européenne de défense a été détecté positif au Coronavirus. Ses collègues ont été mis en quarantaine. Et des mesures de précaution aussitôt déclenchées

Consignes d’espace minimal de un mètre peu respectées au conseil informel des ministres de la Défense (source : EBS – sélection B2)

Un membre de l’Agence de défense détecté positif

Ce membre du personnel s’était récemment rendu en Italie (Milan et Cortina) et est rentré à Bruxelles le 23 février. « Les premiers symptômes sont apparus samedi soir (29 février). Des symptômes très légers. Il a été testé positif » a confirmé l’agence européenne dans un communiqué publié ce mercredi (4 mars). « Il n’est pas retourné à l’Agence depuis » l’apparition des symptômes « et se trouve actuellement chez lui en isolement depuis l’apparition ».

Mesures de précaution à l’Agence

Des mesures de protection ont été prise par l’Agence. 1° Les personnes en contact avec le personnel atteint ont été priés « de s’isoler durant 14 jours par précaution ». 2° Toutes les réunions devant se tenir dans les locaux de l’EDA ont été annulées jusqu’au 13 mars 2020 inclus, ainsi que celles organisées par l’Agence en dehors de ses locaux. 3. Aucun membre du personnel n’assistera à des réunions externes avant cette date. 4° Le bureau et les installations de réunion du membre du personnel concerné ont été passés à la désinfection.

Des consignes claires passées

Malgré cela, on a appris peu après qu’un fonctionnaire du Conseil de l’UE avait été détecté également positif. Il avait été en contact avec l’agent de l’EDA (1). Des consignes ont été passées à tous les agents et fonctionnaires européens : aucun contact physique, pas même une simple poignée de main, distance minimum d’un mètre avec tous les interlocuteurs, éviter toute réunion inutile. Ce qui est difficile au niveau européen qui est le paradis de la réunionite.

Le Covid19 va-t-il se répandre comme une trainée de poudre

Si les consignes semblent à peu respectées au niveau de la fonction publique, il n’en est pas de même apparemment des ministres de la Défense réunis à partir de mercredi soir à Zagreb. La proximité était de règle — il est vrai que c’est un peu le principe de ces réunions informelles — entre ministres de l’UE, hauts fonctionnaires et alliés de l’OTAN, le secrétaire général Jens Stoltenberg.

Un coup de Trafalgar pour la défense européenne

D’ici peu, on pourrait donc avoir la plupart des ministères de la défense obligés de se confiner. Après la raréfaction des exercices, on assisterait ainsi à une victoire par KO de l’establishment de défense européen, qu’aucun adversaire n’a jamais rêvé. Un petit Covid19. Et hop ! la présence avancée à l’Est, les défenses européennes réduites à zéro.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. L’Agence a démenti en revanche que l’agent concerné ait assisté à une réunion avec 30 fonctionnaires d’autres institutions de l’UE.

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Urgence à la frontière grecque. Frontex déploie une mission

Mon, 02/03/2020 - 17:05

(B2) Le corps européen de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) va lancer « une intervention rapide » (1) pour aider la Grèce à faire face au grand nombre de migrants à ses frontières extérieures, notamment en mer. L’agence, basée à Varsovie, vient de l’annoncer ce lundi (2 mars).

Opération Poséidon au large de l’île de Lesbos (crédit : Frontex – archives B2)

Elle répond ainsi à une demande d’assistance faite officiellement hier soir (dimanche) par le gouvernement grec, de bénéficier d’un renfort européen rapide en mer Égée, pour prévenir une arrivée trop grande de bateaux contenant des migrants et réfugiés.

« Cela fait partie du mandat de Frontex d’aider un État membre confronté à une situation exceptionnelle et demandant un soutien urgent » a précisé le directeur de Frontex, Fabrice Leggeri.

Autres informations à suivre…

(NGV)

  1. Les interventions rapides aux frontières sont conçues pour apporter une assistance immédiate à un État membre de l’UE « soumis à une pression urgente et exceptionnelle à sa frontière extérieure, notamment en ce qui concerne le grand nombre de ressortissants de pays tiers qui tentent d’entrer illégalement sur son territoire » précise l’agence.

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Le renseignement à l’épreuve de l’Union européenne

Sat, 29/02/2020 - 09:42

(B2) La coopération européenne en matière de renseignement reste l’un des sujets qui soulèvent beaucoup de questions lorsque l’on se penche sur le travail des ‘espions’. Tantôt présenté comme une réelle progression, tantôt perçu comme une utopie, ce dialogue entre services alliés évolue au gré des fluctuations des politiques européennes de défense et de sécurité.

L’auteure de cet ouvrage, Julie Prin-Lombardo, fait intervenir au fil de sa réflexion des hauts fonctionnaires et des hauts responsables qui viennent étayer le propos de témoignages opérationnels. Au bilan, cette docteure en histoire travaillant au sein du ministère des Armées français décrit une construction institutionnelle qui aurait pu donner lieu à une structure efficace, mais qui s’est écroulée. Cela lorsque le centre de situation de l’UE (SitCen) est devenu le centre de situation et du renseignement de l’UE (IntCen), lors de la création du service européen pour l’action extérieure (SEAE) auquel il a été intégré. Paradoxe de cette mutation : c’est parce que le premier avait commencé à devenir réellement influent que certains ont œuvré à en réduire la portée.

C’est le positionnement de Londres, notamment, qui revient de manière récurrente comme un obstacle à un meilleur dialogue entre services européens. Pour les Britanniques, la priorité d’une relation solide avec Washington a bloqué de nombreux mécanismes. Par exemple : impossible d’échanger du renseignement avec le Royaume-Uni, sans risque de voir ces données partir vers les États-Unis. De même, Londres peut difficilement transmettre tout un pan de ses connaissances… directement issues des services alliés outre-Atlantique.

Reste que les échanges ont quand même lieu. Plus que dans des enceintes policées, c’est parfois dans des clubs plus informels que les acteurs du renseignement parviennent à se coordonner. Ces plateformes, dont la plus connue reste le club de Berne, qui réunit des dirigeants de services depuis les années 1970, ont le mérite de ne pas contraindre les participants et de laisser chacun s’investir à la mesure de ses besoins, de ses capacités et de ses limites politiques. Les blocages sont de fait plus politiques qu’opérationnels : les professionnels du renseignement multiplient, eux, les démarches pour trouver de bons moyens de travailler efficacement ensemble.

Cet ouvrage reste parfois assez technique, avec une approche historique qui ravira les passionnés de renseignement. Les décryptages institutionnels ont la force de leur faiblesse : très pointus, ils dissuaderont probablement le lecteur plus novice en matière de renseignement. Pour le spécialiste, c’est un livre à ajouter à sa bibliothèque.

(Romain Mielcarek)

  • Editions Nouveau Monde, Paris, novembre 2019, 311 pages, 19,90 euros

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Un avion C101 de la ‘patrouille des Aigles’ espagnole s’abîme en mer. Le pilote tué

Thu, 27/02/2020 - 20:10

(B2) Un avion C101 de la Patrulla Aguila, l’escadrille de vol acrobatique de l’armée de l’air espagnole de l’armée de l’air espagnole, s’est écrasé en mer ce jeudi (27 février) après-midi au large de la ville de La Manga, dans la province de Murcie, tuant son pilote.

Un avion C101 de la ‘patrouille des aigles’ (crédit : armée de l’air espagnole)

L’accident s’est « produit lors d’une répétition », indique l’armée de l’air. Des navires et un avion de patrouille maritime ont été dépêchés sur les lieux pour localiser l’épave de l’avion et tenter de porter secours au pilote. « Rien n’indique que le pilote ait pu s’éjecter. » On apprenait quelques temps plus tard que le cdt Eduardo Garvalena était décédé dans le crash.

Le Premier ministre Pedro Sanchez a adressé les « condoléances sincères de tout le gouvernement à la famille du commandant Garvalena et à tous ses camarades de la Patrouille des Aigles » indiquant avoir ressenti « une énorme tristesse en recevant les nouvelles qui nous parviennent après l’accident de l’avion C-101 de l’Académie Générale de l’Air à La Manga (Murcie). 

Enorme tristeza al recibir las noticias que nos llegan tras el accidente del avión C-101 de la Academia General del Aire en La Manga (Murcia).

Un sentido abrazo de todo el Gobierno a la familia del comandante Garvalena y a todos sus compañeros de la Patrulla Águila. DEP.

— Pedro Sánchez (@sanchezcastejon) February 27, 2020

Deuxième accident en moins d’un an

C’est le deuxième accident similaire en quelques mois. Le 26 août dernier, un autre avion C101 s’était abîmé en mer non loin de là. Le commandant Francisco Marín avait réussi à s’éjecter mais était décédé avant d’avoir pu être repêché. En septembre dernier, un autre accident touchant cette fois un avion d’entrainement T35 Pillan avaient causé la mort du commandant instructeur Daniel Melero et de son élève l’enseigne Rosa Otero, âgé de 20 ans, au large de Santiago de la Ribera.

(NGV)

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La frégate belge Leopold Ier rejoint le Charles de Gaulle

Thu, 27/02/2020 - 19:30

(B2) La frégate Léopold I (F-930), sous le commandement du capitaine de frégate Nico Cottyn, a mis le cap sur la mer Méditerranée, depuis dimanche 23 (février). Mission : intégrer le groupe aéronaval 2020 formé autour du porte-avions nucléaire français, le Charles de Gaulle (la mission Foch).

Le Léopold Ier (crédit : MOD Belgique)

La frégate belge, avec à son bord 150 membres d’équipages et un hélicoptère Alouette III embarqué, va mener divers exercices. Objectif : « maintenir et développer les compétences nécessaires à un engagement dans l’ensemble du spectre des opérations maritimes ». Fin de mission prévue : le 24 avril avec le retour du navire au port de Zeebruges.

(NGV)

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Plusieurs soldats du contingent européen de la Minusma au Mali blessés par un IED

Tue, 25/02/2020 - 19:48

(B2) Trois soldats membres de la Minusma ont été blessés, légèrement, ce mardi (25 février) après-midi dans l’explosion d’un engin artisanal (IED) non loin de Gao sur la route de Kidal

(crédit : Forces irlandaises)

Les trois soldats irlandais effectuaient une patrouille à l’Est, non loin de leur base de Gao, lorsqu’un engin explosif improvisé (IED) « a explosé à proximité de leur convoi ». « Légèrement blessés, […] Ils ont reçu des soins médicaux et se portent bien », précise selon le communiqué des forces irlandaises parvenu à B2.

D’autres soldats d’une autre nationalité pourraient être impliqués dans cet incident selon un blogueur malien. Mais cette information doit être prise au conditionnel. Information à suivre. Selon notre collègue de Augengeardeaus, Thomas Wiegold, il n’y pas de blessés allemands. La Bundeswehr l’a confirmé.

(NGV)

Lire : Combien de morts par IED au Mali ces dernières années

 

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Les sept plaies d’EUTM Mali selon l’Irsem

Tue, 25/02/2020 - 17:30

(B2) Le constat est sévère. Malgré son effectif (environ 500 personnes) et son antériorité (sept ans), la mission de formation de l’armée malienne, EUTM Mali, n’est pas pleinement efficace. Elle souffre de sept grands problèmes, selon le chercheur Denis Tull de l’IRSEM qui vient de publier une étude

Un instructeur européen et des FAMa en exercice (crédit : EUTM Mali)

La gestion d’un double défi : combattre et reconstruire 

Au Mali, le fait que les forces armées soient déjà engagées en opérations est une « contrainte importante » et « souvent négligée ». La priorité des Maliens est l’effort de guerre, et non la reconstruction de leur outil militaire. Non seulement Européens et Maliens ont des priorités différentes. Mais même lorsque les objectifs s’alignent, « les ressources et les capacités des partenaires maliens sont nécessairement limitées ». Avec environ 75% des forces maliennes engagées sur le terrain, souvent pour 9 à 12 mois, EUTM a du mal à recevoir un nombre suffisant de soldats à former. Les effectifs potentiellement disponibles sont « peu nombreux et épuisés ».

Une reconstruction orientée sur l’offre et non les besoins

Sans cadre stratégique défini, les Maliens rejettent rarement, « voir jamais », une offre de soutien (formation, équipement, conseils), que celle-ci soit adaptée, ou pas, à leur besoins et priorités réels. Une partie des véhicules (camions, ambulances…) souvent d’occasion offerts au Mali « ne verront jamais le champ d’opération ou tombent en panne à la première utilisation car ni budget, ni pièces de rechange, ni expertise mécanisme n’ont été programmés ». Résultat : l’aide axée sur l’offre entraîne des coûts importants, pose des problèmes de durabilité et d’interopérabilité et peut en fait ne pas contribuer beaucoup au renforcement des capacités — lorsqu’elle ne les affaiblit pas.

Un vrai manque de coordination 

« Un autre inconvénient de la rupture entre l’offre et la demande est la mauvaise coordination de l’aide extérieure. Elle n’est ni appliquée par la partie malienne, ni assumée de manière adéquate par les donateurs », y compris Européens. Malgré quelques efforts récents, « il ne semble guère y avoir plus que des échanges d’informations ». D’ailleurs, au sein du ministère malien de la Défense, un seul agent sert de point de contact en matière d’assistance à la sécurité.

Les acteurs internationaux sont aussi pointés du doigt. Chacun tente de divulguer ses propres « concepts militaires et de cultures d’origine étrangère qui coexistent de façon malaisée ». Ceci contribue « à la saturation de l’armée malienne » Problème qu’EUTM Mali connait puisque malgré une tentative d’homogénéisation, chaque contingent (Suédois, Espagnol, Allemand ou Estonien) transmet surtout ses propres normes.

Une formation insuffisante et inefficace

La formation par EUTM Mali a été massive : plus de 5.000 soldats entre février 2013 et avril 2016. Mais elle fait l’objet de critiques fréquentes et persistantes, souvent partagées par les membres de la mission. En ligne de mire : la durée trop courte des formations, insuffisante pour avoir un impact important sur l’efficacité des FAMa sur le champ de bataille. Le recyclage des bataillons, commencé en 2015 pour améliorer et étendre les compétences, « n’a pas apporté de progrès significatif ». L’impact de la formation des formateurs reste, lui aussi, « incertain ».

Parfois, les soldats maliens sont formés avec des équipements que leur armée ne possède pas. Et dont elle ne disposera probablement pas dans un avenir proche. Cette incohérence mine la crédibilité politique de l’Union européenne et sa mission, alors que d’autres acteurs cherchent à prendre une place auprès des Maliens.

Des intérêts divergents

Si l’objectif de EUTM est de contribuer à la reconstruction d’une armée compétente, professionnelle et efficace, « il est douteux que les dirigeants politiques et/ou militaires du Mali partagent cet objectif ». Tout d’abord, le gouvernement malien a pris l’habitude de s’appuyer sur les forces étrangères, notamment la mission de l’ONU (MINUSMA), leur déléguant effectivement la sécurité. De plus, l’externalisation de la sécurité constitue une garantie de sécurité contre la propre armée malienne, sujette aux coups d’État.

La résistance au changement 

EUTM Mali fait face à une résistance « particulièrement notable » pour les projets relatifs à la gouvernance et l’efficacité dans le secteur de la sécurité. Par exemple, EUTM n’a pas réussi à convaincre les autorités maliennes du bien-fondé d’un système d’information logistique (SILOG). Autre défi permanent : la mise en place d’un système de gestion des ressources humaines, ou d’un nouveau système de paie, bloquée par les « intérêts particuliers, notamment le racket et la corruption » et les faibles capacités de supervision du processus de planification et de dépenses.

L’Union européenne a fini par lier un partie de son soutien budgétaire aux progrès dans ces réformes. Si le message politique est fort, la somme (14 millions) est dérisoire pour créer un véritable effet de levier.

Un vide institutionnel 

La plus grande faiblesse de l’assistance au secteur de la sécurité au Mali est peut-être qu’elle s’articule autour de divers problèmes institutionnels plutôt que de chercher à les résoudre.

Le premier obstacle institutionnel est l’État malien. Une armée efficace ne peut être maintenue en l’absence d’autres structures étatiques efficaces. Le second concerne le réseau institutionnel du secteur de la sécurité, qui souffre de corruption et d’une culture organisationnelle dysfonctionnelle. Tant que ces problèmes ne montrent pas de signes d’apaisement, il y a peu de chances que les FAMa deviennent une armée plus professionnelle.

(Leonor Hubaut)

Télécharger l’étude (en anglais)

Lire aussi :

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