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Défense - Diplomatie - Sécurité - Crises - Pouvoirs
Updated: 1 hour 5 min ago

EUNAVOR Atalanta. La Bundeswehr revoit son dispositif dans l’Océan indien

Mon, 08/03/2021 - 17:05

(B2) C’est la fin d’un engagement qui a commencé aux débuts de l’opération européenne anti-piraterie, en 2008. La marine allemande ne mettra plus à disposition un avion de patrouille maritime de type P3C Orion à Djibouti. Mais elle promet d’autres moyens

Un avion P3 Orion C allemand sur la base de Djibouti (Crédit : Bundeswehr/Jenny Bartsch – Archives B2 – mars 2015)

L’Allemagne a décidé « d’ajuster la contribution allemande à Atalanta » explique-t-on à Berlin. Une décision prise fin 2020, en même temps que l’opération européenne était reconduite pour deux années supplémentaires. L’Allemagne continuera de mettre du personnel à disposition du QG d’opération à Rota (Espagne). Elle pourrait aussi revenir sur mer, avec un navire mis à disposition temporairement. Un nouveau chapitre de l’opération Atalanta s’ouvre.

Plusieurs raisons, certaines officielles et d’autres officieuses

Cette décision a de multiples explications. Premièrement, le niveau de menace dans les eaux de la Corne de l’Afrique est actuellement à « un niveau bas » justifie la Bundeswehr. C’est la rançon du succès. Alors qu’on dénombrait « 571 attaques dans la zone entre 2008 et 2012 », cela s’est réduit singulièrement ces dernières années : dix attaques entre 2013 et 2016 (sans enlèvements), sept attaques en 2017 (dont deux avec enlèvements), trois attaques en 2018. Depuis le dernier incident de piraterie « confirmé », en avril 2019, « aucun incident de piraterie n’a été enregistré » au large de la Somalie. « Aucun navire n’est plus aux mains des pirates somaliens. »

Deuxième raison, l’éventail des tâches de l’opération est « en train de changer ». L’opération EUNAVFOR Atalanta n’a plus seulement pour objectif la lutte contre la piraterie, mais aussi la lutte contre les trafics d’armes et de drogue. L’Allemagne « soutient » cette extension à « d’autres formes de menaces maritimes qui mettent en danger la sécurité régionale ». NB : ce qui suppose de revoir le cadre juridique de l’engagement. Le mandat actuel, autorisé par le Bundestag jusqu’à mai 2021, ne comprend pas automatiquement cet objectif.

Une autre raison de ce redéploiement est plus inavouable, mais très concrète. La marine allemande n’a plus vraiment d’avions en état (lire: Un Atlantique 2 français à Irini. Les P3 Orion allemands en panne). Elle préfère les réserver pour une zone plus proche et plus importante en termes de menaces : la Méditerranée (lire : Le P3 Orion allemand … loin de la zone d’opération).

Reste à rapatrier le matériel

La base allemande de Djibouti, qui assurait la logistique notamment, va être en partie démantelée. Le contingent allemand sur place est en passe d’être relocalisé en Allemagne (via A400M). Et les pionniers spéciaux de Husum sont « en train de vérifier » le matériel sur site pour examiner « sa transportabilité ». Le retour sera fait ensuite soit par voie maritime, soit par voie aérienne, voire (ce n’est pas précisé) tout simplement laissé sur place (ou détruit). Le volume est plutôt conséquent : on parle d’environ 50 conteneurs maritimes standardisés. Le déménagement va durer plusieurs mois et devrait être terminé d’ici le 31 mai 2021.

Une opération avec des moyens espagnols surtout

Précisons que l’opération EUNAVFOR Atalanta comprend actuellement uniquement des moyens espagnols : le navire de débarquement Castilla (L52) et un avion de patrouille P3 Orion. Elle devrait être renforcée temporairement par les navires français participant à la mission Jeanne D’arc, le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et la frégate Surcouf. L’Espagne a le commandement de l’opération, avec l’amiral Eugenio Díaz del Río, assurant le rôle de nation-cadre et fournissant une bonne partie des moyens. L’Italie, qui est l’un des autres contributeurs réguliers, a le commandement adjoint de l’opération, avec le contre-amiral Roberto Messina (1).

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Un poste dévolu un certain temps (par rotation), à un officier allemand, quand l’Allemagne était un des contributeurs les plus réguliers à l’opération (en termes de moyens navals).

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Le New Moon inspecté par une frégate grecque d’Irini au large de Tobrouk

Mon, 08/03/2021 - 15:05

(B2) Le cargo a été inspecté samedi (6 mars) alors qu’il se dirigeait vers Benghazi (Libye), par une équipe de visite du navire-amiral de l’opération européenne EUNAVFOR Med Irini. Rien de suspect n’a été trouvé à bord

Arrivée de l’équipe de visite grecque à bord du New Moon (crédit : EUNAVFOR Med Irini)

Une inspection

Ce cargo, battant pavillon des Comores, était parti d’Alexandrie (Égypte) le 4 mars et avait pour destination Benghazi (Libye), dans la zone contrôlée par le général Haftar. Et certains aspects justifiaient une visite. Une équipe de visite grecque du navire amiral grec HS AEGEAN est montée à bord du navire dans les eaux internationales, à environ 47 milles marins au Nord-Est du port de Tobrouk (Libye). Il s’agissait bien d’une inspection et non d’une simple interrogation. L’objectif étant de fouiller le navire à la recherche d’éventuels biens transportés en infraction de l’embargo international sur les armes édicté par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Rien de suspect

L’équipe a vérifié la documentation disponible à bord et inspecté la cargaison. « Rien de suspect n’a été trouvé et le navire a été déclaré libre de poursuivre sa route » indique le QG de l’opération à Rome dans un communiqué publié dimanche (7.03). La procédure s’est déroulée « dans une atmosphère de collaboration tant pour le capitaine que pour l’équipage ». Cette inspection est dite coopérative. Car elle a eu lieu avec l’acquiescement du capitaine du navire. Elle s’est terminée par la photo de groupe, désormais traditionnelle, entre les inspectés et les contrôleurs. Histoire de démontrer l’absence d’encombres.

(crédit : EUNAVFOR Med Irini)

2200 vérifications et 7 inspections

C’est la septième inspection depuis le début de l’opération européenne EUNAVFOR Med Irini. En 11 mois, plus de 2200 navires ont aussi été interrogés (hailing), 88 approches amicales ont été faites et un déroutement de navire opéré.

(commentaire ) Une visite qui tombe à pic

On peut noter que cette visite a aussi un aspect assez politique. Effectuée par le navire-amiral grec de l’opération, elle permet de démontrer que les contrôles et inspections européens visent tant les navires (turcs par exemple) approvisionnant l’Ouest de la Libye (où siège le gouvernement d’entente nationale de Sarraj soutenu par la communauté internationale et militairement par la Turquie et le Qatar) que ceux alimentant l’Est de la Libye (soutenu par la Russie, les Émirats et l’Égypte). L’opération européenne veut ainsi contredire ceux (Russes et Turcs) qui l’accusent de partialité (surtout quand ils font l’objet d’un contrôle).

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Que faire des femmes et enfants détenus au Kurdistan syrien ? Les rapatrier ! Le coup de gueule de Mounir Satouri

Mon, 08/03/2021 - 11:00

(B2) L’eurodéputé français Mounir Satouri revient du Kurdistan irakien. En colère, il appelle, dans un entretien avec B2, la France à prendre ses responsabilités. Il faut rapatrier les familles de combattants étrangers pour les juger et protéger leurs enfants

Les quatre parlementaires patientant au point frontière de Semalka entre l’Irak et la Syrie, mercredi (crédit : M. Satouri)
  • Mounir Satouri (Verts) revient d’un déplacement de plusieurs jours (du 26 février au 3 mars) dans le Kurdistan irakien avec trois autres parlementaires : l’eurodéputée Sylvie Guillaume (S&D), les députés français Frédérique Dumas (Libertés et territoires) et Hubert Julien-Laferrière (rattaché aux Verts).

Une mission de quelques jours sur le terrain, pour comprendre

L’objectif premier de ce déplacement était « de se rendre compte de la situation et de comprendre réellement les enjeux qui expliquent que ces femmes restent là-bas » nous explique Mounir Satouri, après son retour. En territoire du Rojava — le Kurdistan syrien —, deux camps (Roj 1 et Roj 2) détiennent des femmes de combattants étrangers et leurs enfants. Parmi elles, « entre 80 et 90 femmes françaises » selon l’élu. Et leurs 200 enfants. « Ces camps sont au milieu de champs pétrolier, l’odeur du pétrole y est insoutenable, les conditions sanitaires impensables, les enfants souffrent de maladie de malnutrition » décrit l’eurodéputé.

L’accès aux camps de Rojava refusé

Mais les parlementaires ne peuvent aller plus loin que le poste frontière entre le Kurdistan d’Irak et la Syrie. « L’équivalent du ministre des Affaires étrangères du Rojava » (Abdelkarim Omar) les attendait avec camera et réception, « mais il nous a refusé l’accès aux camps, prétextant notre sécurité. Mais à force de le harceler, il nous a confié que les relations avec la France étaient trop importantes pour qu’il nous autorise à nous rendre dans les camps ».

Les enfants ne peuvent rester les invisibles de notre République

Pour ces parlementaires, la France « a fait pression » pour les empêcher « de ramener des photos ». « Le gouvernement veut que ces enfants restent des fantômes pour éviter un renversement de l’opinion publique » résume Mounir Satouri. Deux jours après leur retour, ils n’avaient pas reçu de commentaires ni du Quai d’Orsay ni du gouvernement, ni de l’Élysée. « Il est temps d’avancer sur ce sujet humanitaire et sécuritaire. Ces enfants ne peuvent rester les invisibles de notre République » reprend l’eurodéputé. Avec ses collègues, ils ont demandé au président français, Emmanuel Macron, un rendez-vous.

Une justice en suspens, une insécurité manifeste

Les avocats mandatés par l’ONG Avocats sans frontières et le bâtonnier du barreau de Paris qui les accompagnaient n’ont pas davantage pu rencontrer ces femmes. « Toutes sont judiciarisées, avec des mandats d’arrêts internationaux contre elles » et devraient être jugées en France selon l’eurodéputé. « Rojava n’est pas un territoire reconnu. Il ne peut donc y avoir de tribunal international » explique l’élu. « Si ces autorités cherchent à organiser des procès, c’est une façon d’obtenir la reconnaissance internationale qu’elles recherchent » soutient-il. De là à parler de monnaie d’échange concernant ces femmes et enfants,…

Deux tiers des enfants

« Les deux tiers des enfants ont moins de six ans. Ils sont dans ces camps depuis trois ans. Leurs souvenirs sont faits de misère, de faim, de soif. Qu’espère-t-on quand ils auront quinze ans ? » interpelle l’eurodéputé. « Quand Daesh nous attaque, c’est pour tuer, et pour attaquer nos valeurs et notre démocratie. Aujourd’hui, en ne rapatriant pas ces femmes et ces enfants, c’est aussi un bout de nos valeurs, notre démocratie et notre état de droit que nous leur concédons. »

L’accent également porté sur la situation des Yezidis

Dans le Kurdistan irakien, les parlementaires ont aussi visité le camp Shekhan, qui abrite des réfugiés de la minorité Yezidis. Notamment des femmes qui ont subi des viols et violences de la part du groupe terroriste ‘Etat islamique’ et vivent depuis, réfugiés, mais détruites psychologiquement. « Nous n’avons pas arrêté de dire que cette communauté était le symbole de la diversité religieuse et que l’on devrait être à leurs côtés, mais nous ne sommes pas à la hauteur » assure Mounir Satouri. L’eurodéputé prévoit de retourner en Irak pour défendre la cause de cette communauté.

(Emmanuelle Stroesser)

Interview réalisée par téléphone, vendredi 05 mars

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Dernières nouvelles des missions et opérations de maintien de la paix de l’UE – PSDC (février 2021)

Sun, 07/03/2021 - 19:30

(B2) L’entraînement et la formation sous toutes ses formes, théorique, en face à face, à distance, voire au corps à corps et même amphibie… les missions et opérations de l’UE ont de la ressource !

Centrafrique. Sur terre et dans l’eau, la formation amphibie ! 

Visit, Board, Search and Seizure (Visite, embarquement, perquisition et saisie), c’est l’intitulé explicite de la formation VBSS (la deuxième) organisée par la mission de formation de l’armée centrafricaine (EUTM RCA), avec le bataillon amphibie. Celle-ci dure trois semaines. Instructions théoriques et exercices de combat au corps à corps précédèrent une période de formation plus pratique avec les bateaux pour ces soldats destinés, entre autres, à contrôler la frontière fluviale ou escorter des cargaisons sensibles pendant leur navigation. Détails ici

(crédit : EUTM RCA)

Somalie. Apprendre à repérer les engins explosifs improvisés (IED)

La lutte contre les IED fait partie des cours fondamentaux. Une formation suivie en février par la brigade du 14 octobre des SNAF (Somali National Armed Forces), assurée par les équipes de la mission de formation de l’armée somalienne (EUTM Somalia), en partenariat avec les SNAF (Somali National Armed Forces) et la SPF (Somali Police Force). Détails ici

(crédit : EUTM Somalia)

Pristina (Kosovo). Initier aussi aux gestes qui sauvent

À Pristina, ni armes, ni corps à corps. Le respirateur et l’huile de coude (pour les massages cardiaques) sont les outils de l’équipe médicale de la mission sur l’État de droit (EULEX Kosovo) lorsqu’elle assure sa formation — en ligne — sur les soins de santé de base (BLS), comme encore début février, à un groupe de 47 travailleurs de la santé. Détails ici

(crédit : capture d’écran B2)

Garowe (Somalie). Training pour lutter contre la corruption

Comment collecter des preuves dans les crimes liés à la corruption ? Ou de quelle façon enquêter sur le blanchiment d’argent ? Quid de la corruption et des pots-de-vin dans le droit islamique et le code pénal ? Ce sont quelques-unes des questions et techniques partagées par la mission de renforcement des capacités de l’UE en Somalie (EUCAP Somalie) avec des agents de la police d’État du Puntland (CID), du bureau du procureur général du Puntland et du défenseur des droits de l’homme. Détails ici

(crédit : EUCAP Somalia)

Kiev (Ukraine). Soutien dans la mise en oeuvre de la réforme de la gestion des frontières

La création d’un système de gestion intégrée des frontières (IBM) est un objectif du contrat d’association de l’Ukraine avec l’UE. Cela passe par une plus forte coopération entre les agences, notamment le Service national des migrations et celui des douanes. Ceux-ci participaient justement, pour la première fois, à une réunion co-présidée par la mission de conseil pour la sécurité intérieure (EUAM Ukraine) et le Service national des gardes-frontières de l’Ukraine (State Border Guard Service of Ukraine – SBGS), fin février. Détails ici 

(crédit : EUAM Ukraine)

Birni N’Konni (Niger). Renfort logistique pour le contrôle aux frontières

Au Niger, la mission de soutien aux capacités de sécurité intérieure et des frontières (EUCAP Sahel Niger) a livré plusieurs matériels à la  Compagnie mobile de contrôle des frontières de Birni N’Konni. Notamment pour assurer et faciliter les transmissions (postes radios et batteries, antennes, relais et station de base). Détails ici

(crédit : EUCAP Sahel Niger)

Golfe d’Aden. Focus sur les moyens aériens de l’opération

Les avions de patrouille maritime de reconnaissance (MPRA), les hélicoptères et les drones (UAV). Ce sont les moyens aériens utiles à l’opération de lutte contre la piraterie maritime au large de la Somalie (EUNAVFOR Atalanta). Complémentaires, ils offrent « des capacités opérationnelles uniques qui ne peuvent être obtenues par d’autres moyens ». Détails ici

(crédit : EUNAVFOR Atalanta)

Bamako, Koulikoro, Gao, Sévaré (Mali). Inspection générale !

La visite du directeur général de l’état-major de l’UE, le vice amiral Hervé Bléjean, fin février, est l’occasion de parcourir à notre tour, à distance mais photos à l’appui, les différents lieux et activités de la mission de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), de son QG à Bamako au camp d’entraînement de Koulikoro, en passant par l’école de sous-officiers de Banankoro, Gao ou le camp de Sevare. Détails ici

(crédit : EUTM Mali)

(informations recueillies par Emmanuelle Stroesser)

NB : Pour tout connaitre ou réviser, n’hésitez pas à vous procurer notre ouvrage sur la PSDC

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[EULEX Kosovo] Pristina, Mitrovica, avec les équipes européennes, à l’heure des élections

Sat, 06/03/2021 - 15:46

B2 au Kosovo

B2 s’est rendu au Kosovo pendant une semaine, pour un reportage sur la mission européenne pour l’état de droit (EULEX Kosovo) et couvrir les élections législatives du 14 février dernier. Reportage en photos.

Le 14 février 2021, le parti anti-corruption Vetëvendosje a remporté les élections au Kosovo, avec 49% des voix Dans les rue du centre ville de Pristina, les drapeaux Albanais (le drapeau « national » du Kosovo) étaient nombreux et parfois accompagnés de drapeaux américains. Peu de supporters aux drapeaux européens en vue… Rencontre avec la Formed police unit (FPU), à Mitrovica. Les 95 policiers polonais qui la composent vivent, mangent, dorment, s’entrainent sur leur enceinte, à la frontière avec la région nord du pays. De passage à Mitrovica, B2 s’est rendu sur le le pont de la discorde reliant le sud et le nord du Kosovo. Le traverser est désormais normal… Pour autant, de part et d’autres du pont sont présents les Italiens des Carabinieri de la KFOR, la force de l’OTAN au Kosovo, chargés d’assurer la sécurité sur le pont. Des barrières et des plots pour empêcher le passage des voitures ont aussi été installés. Une fois le pont passé, la première chose que l’on remarque c’est la différence dans les drapeaux accrochés aux lampadaires, aux poteaux électriques… Au nord, ils sont serbes, comme au sud ils sont albanais ou kosovars. En cette période d’élections législatives, les posters de la Liste serbe sont placardés partout — aucune opposition en vue. A Mitrovica Nord, dans le cimetière musulman, EULEX a participé, avec l’Institut de médecine légale auquel elle est associée, à retrouver des tombeaux et fosses communes de personnes disparues pendant la guerre. À ce jour, il reste au moins 1640 personnes retrouver. De retour plus au sud, à Gračanica, une commune à majorité serbe près de Pristina, la capitale, le sentiment d’identité serbe est de nouveau partout. À Pristina, B2 fait escale au café. Celui-ci se félicite de payer des impôts. Hashim Thaci et Kadri Veseli posent pour la campagne de l’Armée de libération du Kosovo (UČK). On y lit : « Héros de la guerre et de la paix ». Ici, visible depuis une grande avenue dans le centre de Pristina. Hashim Thaci, ancien président du Kosovo, éminent membre de l’UČK, pose à côté d’une statue de Mère Theresa, dans le centre ville de Pristina Notre reportage se termine le 17 février, le jour de l’indépendance au Kosovo. Pour l’occasion, les drapeaux du Kosovo sont de sortie dans les rues de Pristina. Les drapeaux albanais (le drapeau « national » du Kosovo) se font un peu plus rares. Tous les ans, pour l’anniversaire de la déclaration d’indépendance,, le monument NEWBORN est redécoré. Cette année, c’est avec des empreintes de main, aux couleurs de treillis. Le jour de l’indépendance, les drapeaux albanais, kosovars et américains sont de sortie. On voit également quelques drapeaux, casquettes, masques sanitaires aux couleurs de l’UČK. Les drapeaux des Européens sont rares. On aperçoit quelques britanniques ou allemands, ici ou là.

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Le Berlin en route pour rejoindre Irini

Thu, 04/03/2021 - 16:45

(B2) Le navire de soutien Berlin (A1411) va quitter son port d’attache, Wilhemshaven ce vendredi : direction la Méditerranée centrale. Il rejoint l’opération européenne de lutte contre les trafics au large de la Libye (EUNAVFOR Med Irini)

Le Berlin en mer Egée en 2020 (crédit : Bundeswehr/Dr. Volker Hartmann)

Les deux hélicoptères : les yeux d’Irini au loin

Deux hélicoptères de type ‘Sea Lynx‘ sont du voyage. Pour la première fois précise la marine allemande (NB : d’ordinaire c’est plutôt un seul hélicoptère). Outre les tâches habituelles de logistique (navettes de personnel et de matériel entre la terre et la mer), ces hélicoptères seront les « yeux volants » d’Irini, indique le commandement du navire, le capitaine de frégate Stefan Klatt. Ils vont permettre d’augmenter la portée de la zone de surveillance du navire, comme de déposer sur les navires à contrôler, les équipes de visite. Le détachement aérien comprendra 18 militaires du 5e escadron d’aviation navale (Marinefliegergeschwader) de Nordholz, pour assurer les opérations aériennes, la maintenance et la réparation.

90% du personnel vaccinés contre le coronavirus

Outre les opérations, un des premiers défis à bord sera « la santé de l’équipage. C’est-à-dire en particulier la protection contre le Covid-19 », indique le commandant du navire. Cette année, la situation est un peu plus favorable que l’année dernière. En effet, plus de 90 % de l’équipage ont été vaccinés. Ce qui évitera les alertes inutiles et les tests PCR en urgence (comme en 2020 lorsque le navire était en opération en mer Egée. Pour limiter au maximum tout risque de contamination, les permissions à terre ne seront pas autorisées…

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Le Setúbal portugais et le Dixmude français, de concert, dans le Golfe de Guinée

Tue, 02/03/2021 - 16:30

(B2) Le patrouilleur océanique de la marine portugaise Setúbal, parti début mars, rejoint le porte-hélicoptères français Dixmude déjà sur place. La première illustration du projet pilote décidé par l’Union européenne dans une zone où les attaques pirates sont nombreuses

Le patrouilleur de haute mer portugais Setubal à son départ de Lisbonne (crédit : Joao Bico / MinDéf Portugal)

Des patrouilles dans le Golfe de Guinée

Durant trois mois, le patrouilleur de haute mer portugais (P-363), commandé par le capitaine de frégate Dias Marques, avec un effectif de 58 militaires, va participer à des exercices, des actions de coopération et patrouillera dans tout le Golfe entre l’Angola, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée-Bissau, le Nigeria et São Tomé e Príncipe. Le porte-hélicoptères amphibie français Dixmude (L9015) est déjà présent sur zone, pour une durée de quatre mois au total. L’objectif commun pour les deux navires : assurer une présence maritime, déjouer les attaques pirates, venir en aide aux navires attaqués, renforcer les marines locales par des exercices et des entrainements en commun.

Une première action dans le cadre des présences maritimes coordonnées

Cette mission est la première dans le cadre du projet pilote des présences maritimes coordonnées décidé par l’Union européenne en janvier dernier (1). Ce concept assez original vise à coordonner les différentes présences maritimes européennes, sans avoir le format complet d’une opération au titre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) (lire : La présence maritime coordonnée. Un nouveau concept européen ? Explications). Ainsi, durant tous les mois de l’année, entre un à trois navires européens seront présents dans la zone en permanence, venant essentiellement d’Espagne, d’Italie, du Portugal et de France (1). Les planifications ont été harmonisées et ajustées pour éviter d’avoir des ‘trous’.

Un concept plus souple que des opérations

Ce concept a un avantage sur les opérations. Il est plus souple, permettant de garder à chaque pays membre son autonomie d’action, son propre calendrier. Et surtout, il ne prive pas les pays riverains de leurs responsabilités premières, en leur donnant l’impression d’une force militaire qui se superpose à leurs propres forces (2). Rien n’interdit d’évoluer d’ailleurs vers une opération en bonne et due forme.

Des présences anciennes

La marine portugaise a une présence régulière dans une zone historiquement locale. Mise au point depuis 2008, l’Initiative Mar Aberto promeut ainsi les missions de coopération en matière de défense avec la communauté des pays de langue portugaise (CPLP). Du côté français, l’opération Corymbe existe depuis 1990. Mise en place d’abord pour assurer la sécurité des populations françaises présentes dans les différents pays du pourtour du Golfe de Guinée (Côte d’Ivoire notamment) et pouvoir intervenir en évacuation, en cas de tension locale, elle est, peu à peu, montée en puissance et s’est diversifiée, avec de nombreuses interactions avec les pays de la zone.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Deux navires de chaque pays (Italie, Espagne, Portugal) s’y relaieront, trois ou quatre navires pour la France.
  2. Malgré les apparences, la situation n’est pas tout à fait comparable à celle de la Somalie. D’une part, les actes des pirates se déroulent aussi régulièrement dans les ports ou eaux territoriales (et non en haute mer). D’autre part, il n’y a pas dans le Golfe de Guinée de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies autorisant à pénétrer dans les eaux territoriales (comme pour la Somalie).

A noter que la zone de ‘chalandise’ des pirates s’est récemment étendue, les pirates ayant pris le large. Lire : Les pirates adorent le Golfe de Guinée. La zone la plus dangereuse.

Lire aussi :

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Arabie saoudite : MBS a autorisé l’enlèvement et l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Un rapport US l’affirme

Sat, 27/02/2021 - 17:38

(B2) Le renseignement américain est convaincu que le prince hériter Muhammad bin Salman, qui dirige de fait l’Arabie saoudite, a approuvé l’opération faite à Istanbul de capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi

Le bureau du coordinateur US du renseignement (ODNI), Avril Haines, a autorisé, vendredi (26.02) la publication d’une note de quatre pages qui contient divers éléments très directs. « Nous basons cette évaluation sur le contrôle du prince héritier sur la prise de décision dans le royaume, l’implication directe d’un conseiller clé et des membres du détachement de protection de Muhammad bin Salman dans l’opération, et le soutien du prince héritier à l’utilisation de mesures violentes pour faire taire les dissidents à l’étranger, y compris à Khashoggi ».

La note du renseignement US liste 18 personnes impliquées dans l’enlèvement ou l’assassinat de Khashoggi.

Rapport USTélécharger

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Les forces érythréennes impliquées dans des massacres de civils au Tigré ? L’UE appelle à la fin ‘immédiate’ des hostilités

Fri, 26/02/2021 - 16:52

(B2) C’est un véritable massacre qu’ont commis les troupes érythréennes dans la ville d’Aksoum, les 28 et 29 novembre 2020, dénonce Amnesty international. L’Union européenne lance un rappel à la raison

carte indiquant les dommages subis dans la ville et les débris (crédit : Amnesty international)

Des exécutions de civils systématiques

Les forces érythréennes appelées à la rescousse par le gouvernement d’Addis Abeba pour ramener l’ordre et mater les autorités de l’État du Tigré « ont tué de manière systématique des centaines de civil·e·s non armés ouvrant le feu dans les rues et fouillant toutes les maisons » indique Amnesty International dans un rapport publié le 26 février.

Des entretiens directs et des témoignages qui se recoupent

Un massacre qui s’apparente à « un crime contre l’humanité », selon l’ONG de défense des droits de l’Homme. Pour arriver à cette conclusion, Amnesty International s’est entretenue avec 41 victimes et témoins – notamment en réalisant des entretiens en personne avec des réfugié·e·s récemment arrivés dans l’est du Soudan et des entretiens téléphoniques avec des habitant·e·s d’Aksoum – et avec 20 personnes au courant des événements.

L’offensive érythréenne au Tigray

Leur récit est « cohérent » sur les exécutions extrajudiciaires, les bombardements aveugles et les pillages généralisés, intervenues après l’offensive menée par les soldats éthiopiens et érythréens pour prendre le contrôle de la ville contre le Front populaire de libération du Tigré (FPLT), mi-novembre.

Un appel de l’Union européenne

La Commission européenne a immédiatement réagi à cette publication, envoyant une sorte de rappel à l’ordre aux autorités éthiopiennes et érythréennes, comme à tous les acteurs de ce conflit civil.

Un appel à la cessation des hostilités

Le commissaire européen Janez Lenarčič (Gestion de crises), et le Haut représentant de l’UE Josep Borrell (Politique étrangère) condamnent « dans les termes les plus fermes, tous les crimes contre les civils » et demandent « que leurs auteurs soient rapidement traduits en justice ». Les obligations du droit international humanitaire « s’appliquent à toutes les parties ». « Les hostilités doivent cesser immédiatement et tous les acteurs humanitaires et les médias autorisés doivent avoir un accès complet et sans entrave à l’ensemble du Tigré »

Une situation humanitaire déplorable

Depuis le début du conflit il y a plus de 100 jours, « des milliers de civils ont perdu la vie et, selon les informations disponibles, 80 % de la population reste coupée de l’aide extérieure, confrontée à une insécurité alimentaire et à une malnutrition croissantes ». Le niveau de souffrance enduré par les civils, y compris les enfants, est « épouvantable ».

(NGV)

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Un C130J canadien en renfort à Barkhane

Thu, 25/02/2021 - 19:32

(B2) Un avion de transport canadien est venu prêter main forte à l’opération Barkhane début février

Le C130J (crédit : DICOD / EMA)

L’équipage canadien du C130J est venu renforcer temporairement, du 2 au 10 février, le groupement tactique opérationnel de la Base aérienne projetée (BAP) de Niamey.

Il a assuré plusieurs vols intra-théâtres au départ de Niamey et à destination de Gao et Tombouctou. Cet appui logistique temporaire a permis de « transporter en moyenne 55 passagers par vol et quelques 700 kg de fret » indique l’état-major des armées.

Ce n’est pas la première fois. Le Canada a déjà mené diverses missions de courte durée plusieurs fois par an à Barkhane.

(NGV)

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Le voyage à Moscou de Josep Borrell : légitime, nécessaire, utile ?

Tue, 23/02/2021 - 10:18

(B2) Le déplacement de Josep Borrell début février à Moscou avait suscité une vague de critiques. Mais in fine, il n’a peut-être pas été aussi inutile. Et ceux-là qui pouvaient le critiquer s’en féliciteraient presque aujourd’hui…

Josep Borrell (crédit : Conseil de l’UE)

La poussière retombée, on peut se poser quelques questions sur le sens du voyage à Moscou du chef de la diplomatie européenne : 1. Fallait-il y aller ? 2. Le moment était-il bienvenu ? 3. Le Haut représentant de l’UE avait-il informé les ministres ? 4. S’est-il concerté auparavant avec eux ? 5. A-t-il failli à sa mission ? 6. Les critiques étaient-elles justifiées 7. Étaient-elles majoritaires ? 8. Ce voyage a-t-il été in fine utile ? 9. Quel jeu jouent les Russes ?

Fallait-il y aller ?

Oui, il fallait y aller. Si un diplomate ne va pas voir les fripons, méchants et autres mécréants, ce n’est pas un diplomate, c’est un inutile paltoquet. Le boulot du diplomate est justement celui-là, d’aller voir ce que ne peuvent rencontrer officiellement les autres responsables politiques.

Le moment était-il bienvenu ?

À cette question, on peut répondre par une autre : y-a-t-il des moments bienvenus avec les Russes ? Au moment de l’emprisonnement de A. Navalny et de nombreux manifestants, le moment pouvait paraitre justifié. Ne pas y aller et se contenter de quelques paroles prononcées de loin, était certes plus commode et sans risque. Mais l’effet aurait été encore plus limité. De plus, en amont d’un débat prévu au Conseil européen de mars sur les relations entre l’Union européenne et la Russie, il pouvait être nécessaire de prendre la température.

Le Haut représentant a-t-il reçu un feu vert avant d’aller à Moscou ?

Oui. Josep Borrell a bien informé les ministres des Affaires étrangères, comme les autres membres de la Commission européenne, dont il fait partie, le 27 janvier, de sa volonté d’aller à Moscou. Ce afin de « préparer l’échange de vues des dirigeants de l’Union » prévu en mars. Le Haut représentant n’a pris personne en traitre. Cette position avait d’ailleurs été définie depuis la réunion informelle des ministres des affaires étrangères (gymnich) de mars 2020 à Zagreb, une position de l’UE claire et affirmée, qui reposait sur les cinq principes de discussion définis antérieurement (2016).

Plus précisément, a-t-il reçu un mandat des États membres ?

Oui et non. Cela dépend parce qu’on entend de ‘mandat’. Si le consensus n’était pas atteint autour de la table, il y avait (mises à part certaines ‘réserves’ ou ‘oppositions’) un certain consensus autour de la table des ministres pour ce voyage. Le message était aussi clair : faire part aux autorités russes des préoccupations européennes dans l’affaire Navalny, comme dans l’absence de progrès dans le dossier ukrainien. Mais au sens formel du terme, il n’avait pas de mandat pour y aller.

A-t-il délivré le message attendu ?

Oui. Le message européen à la Russie sur le cas ‘Navalny’ a bien été passé. Si nos informations sont exactes, il a d’ailleurs constitué une bonne moitié de l’heure et demie de discussion entre Serguei Lavrov et Josep Borrell. Discussion heurtée, difficile, au dire de témoins. « Dès qu’on touche au cas Navalny, on touche à une question de souveraineté nationale », confirme un interlocuteur européen. Lavrov l’a dit vertement au représentant européen. Qui ne s’est pas laissé démonter. La question du non-respect des accords de Minsk et de la situation en Ukraine, près de sept ans après le début du conflit, a aussi été abordée. Autant dire que Lavrov n’était pas d’une humeur badine quand il est arrivé en conférence de presse, et n’avait qu’une envie : se farcir ‘l’emmerdeur’ européen…

Le Haut représentant a-t-il débordé de son rôle ?

Cette question est en fait éminemment politique. Cela dépend comment on conçoit le rôle du Haut représentant. Est-il juste un simple exécutant, fidèle, de la volonté des États membres ? Ou a-t-il une certaine marge de manœuvre ? En gros, est-ce juste un porteur de message ou un véritable diplomate en chef. Au sens du traité européen, il est certes chef du service diplomatique européen et chargé de représenter l’Union européenne à l’extérieur. Donc il jouit d’une autonomie formelle. Mais cela n’en fait pas pour autant le chef de toutes les diplomaties européennes, qui gardent leur indépendance sur ce point, leurs préférences et leurs ‘caveats‘. La politique étrangère reste une chose avant tout nationale. Dans la réalité, le Haut représentant doit, donc, en permanence jongler entre les différentes positions (exprimées ou non exprimées), repérer là où il a des marges de manœuvre pour agir (et celles où il n’en a pas). En l’espèce, on ne peut pas dire que Josep Borrell ait été au-delà de ses compétences. Ceux qui prétendent le contraire sont ceux qui, soit n’ont pas lu le traité, soit l’ont très bien lu, mais ne veulent pas une Europe active en matière de politique étrangère.

Pourquoi la conférence de presse a laissé une impression désastreuse ?

C’est sans doute le moment le plus fragile de la visite. Cette conférence de presse, au terme de la discussion entre S.Lavrov et J.Borrell, a été un vrai piège monté par la communication diplomatique russe. Jouant sur son terrain, à domicile, elle a pu à loisir orienter les questions pour mettre en difficulté le diplomate en chef de l’Union. Celui-ci a résisté. Mais on ne peut pas dire qu’il se soit montré à l’avantage. C’est surtout dans la communication mise en œuvre autour de twitter, you tube et autres réseaux sociaux que l’Union européenne a perdu la bataille (1).

In fine

Ce voyage a-t-il été utile ?

Sur le plan de l’amour propre, c’est sans doute une défaite. Sur le plan politique, c’est un succès plein. Avant le voyage, les Européens étaient hésitants sur l’attitude à avoir vis-à-vis de Moscou. Après le voyage – et la réunion des ministres des Affaires étrangères ce lundi (22.02) l’a montré -, ils se sont réunis autour d’une idée : on ne peut laisser ainsi la Russie utiliser l’Europe et interpréter les règles de droits de l’Homme à sa façon. Et les ’27’ ont décidé d’utiliser l’instrument jamais utilisé jusqu’ici (le règlement horizontal sur les droits de l’Homme).

Quel est le résultat pour la Russie ?

La Russie a certes piégé le diplomate européen. Mais elle s’est aussi piégée elle-même. Le ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov, qu’on a connu plus fin, plus pervers, a tapé très fort, peut-être même trop fort, sur un messager somme toute animé de bonnes intentions. La charge, brutale a convaincu s’il y avait encore quelques hésitants, que la Russie n’a pas le dialogue ancré dans les gênes. Et qu’il vaut mieux donc ‘taper d’abord, discuter ensuite’ (la méthode slave en fait).

Est-ce nouveau ?

Non. On peut même dire que c’est une vieille habitude. À chaque fois que les Européens ont, dans le passé, renâclé à sanctionner l’attitude de la Russie Moscou, notamment suite à son intervention en Ukraine, Moscou leur a servi, comme sur un plateau, des arguments pour les aider à franchir le pas des sanctions. Cela a été le cas lors de la mise en place des sanctions économiques contre la Russie, à chaque étape de la procédure en 2014. Comme si la Russie se complaisait ainsi à pouvoir se montrer dans la position de martyr.

Le refus du dialogue avec l’Union européenne

Cette position traduit en fait une évolution, déjà ancienne de la Russie, qui ne considère plus l’Union européenne comme un allié potentiel (position de la fin des années 2000) ou au pire comme un objet utile, mais entend nier son existence, considérant que cet structure internationale n’a pas lieu d’être, qu’il convient davantage de nouer des relations avec les États (ou pas), mais pas avec l’UE en tant que telle. Un peu comme dans une posture très ‘trumpienne’ en fait !

(Nicolas Gros-Verheyde)

Des critiques vocales, mais minoritaires

Sur la Russie, les divergences entre Européens sont nettes. Il y a d’un côté ceux qui disent, ne parlez pas à la Russie, cela ne sert à rien. Ils prônent une politique dure d’ostracisation, comme les Polonais ou les Britanniques. Les autres estiment, un brin naïfs, qu’il faut continuer de dialoguer, voire même coopérer avec la Russie, ne serait-ce que par la proximité géographique, mais aussi par certains intérêts communs (lutte contre le terrorisme, climat, commerce, etc.).

Si le premier camp est très bruyant, il ne faut pas s’y tromper, il est plutôt minoritaire aujourd’hui au sein de l’Union européenne. Il rassemble tout au plus une bonne demi-douzaine de pays, localisés pour l’essentiel non pas à l’Est de l’Europe, mais essentiellement au Nord-Est (pays Baltes, Pologne, Suède, Roumanie). Avec le Brexit, ce camp a perdu un allié notable (le Royaume-Uni). Si on appliquait le principe de la majorité qualifiée, ces pays n’arriveraient pas à constituer une minorité de blocage (loin de là même, puisqu’ils ne représenteraient que 13,5% des voix).

Le second camp est plus fourni. Certes, il s’étale entre ceux qui affichent une proximité avec Moscou (Chypre et Hongrie notamment), et les partisans d’un dialogue plus ou moins ferme avec Moscou. Mais on y retrouve les quatre grands (France, Allemagne, Italie, Espagne) et de nombreux autres pays qui, pour des raisons diverses, ne veulent pas couper les ponts avec Moscou (Autriche, Finlande, Portugal, Belgique, Luxembourg, etc), ainsi qu’un nombre équivalent de pays d’Europe de l’Est (Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie).

On n’est donc pas comme certains aiment à le décrire, dans un affrontement ‘nouveaux États membres’, mais dans un positionnement idéologique qui remonte à une bonne dizaine d’années. Au sommet de Lahti en 2006, en Finlande, cette divergence était déjà bien présente. Elle s’est accentuée avec les interventions russes en Géorgie (2008) puis en Ukraine (2014).

  1. Une bataille en partie perdue car les Européens qui ne cessent de gloser sur la désinformation n’ont pas saisi l’importance de la communication stratégique. Et, surtout, de réagir rapidement, pour le public européen (non pas seulement pour le public russe), dans toutes les langues utilisables. La version européenne n’est ainsi arrivée que près de 48 heures après les évènements, sous la forme d’un blog épistolaire du Haut représentant. Aucun point de presse ou explication n’a ainsi été organisé pour les journalistes européens. Erreur fondamentale qui n’est pas due, là, à la duplicité russe, mais à l’incapacité européenne.

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L’ambassadeur d’Italie en RD Congo tué dans le Nord-Kivu. Une embuscade (v2)

Mon, 22/02/2021 - 14:50

(B2) L’ambassadeur d’Italie à Kinshasa, Luca Attanasio, a été mortellement blessé ce lundi (22.02) dans une attaque armée. Il était en visite dans l’Est du Congo, avec un convoi du programme alimentaire mondial

Luca Attanasio (crédit : Farnesina)

Cela s’est produit durant une visite près de Goma dans l’Est de la RD du Congo, près du lieu-dit « 3 antennes », dans le territoire de Nyiragongo (Nord Kivu). Une véritable embuscade apparemment. Deux autres personnes (son chauffeur et un carabinieri de l’escorte) sont également décédés dans l’attaque.

Tout a été fait pour le sauver, en mobilisant notamment des chirurgiens du CICR (le Comité international de la Croix-Rouge). Mais rien n’y a fait. L’ambassadeur est mort en arrivant à l’hôpital. Agé de 46 ans, Luca Attanasio laisse une femme et trois jeunes enfants.

Des circonstances à éclaircir

« Deux serviteurs de l’État nous ont été violemment arrachés dans l’accomplissement de leur devoir » a confirmé le ministre italien Luigi di Maio (qui assiste en ce moment au Conseil des Affaires étrangères à Bruxelles). « Les circonstances de cette attaque brutale ne sont toujours pas claires et aucun effort ne sera épargné pour faire la lumière sur ce qui s’est passé » indique le communiqué de la Farnesina.

NB : L’ambassadeur de l’UE, Jean-Marc Chataigner n’était pas dans le convoi, contrairement à ce qu’ont dit certains journaux (italiens repris par des journaux congolais). B2 en a eu confirmation, de bonne source.

Un diplomate apprécié

« Je pleure la mort de Luca, tué dans une embuscade près de Goma. Je perds un collègue et ami généreux. Pendant mon mandat en RD Congo, il m’a appuyé à tout moment, aussi dans les moments les plus difficiles » a indiqué Bart Ouvry, via tweeter, qui l’a cotoyé durant plusieurs années, quant il était ambassadeur de l’UE en RD Congo (aujourd’hui ambassadeur de l’UE au Mali).

Un africaniste passé par le Maroc et le Nigeria

Diplômé de l’université commerciale Luigi Bocconi réputée de Milan (2001), Luca a commencé sa carrière professionnelle dans le conseil aux entreprises avant d’intégrer, en 2003, la carrière diplomatique. D’abord affecté à la direction des affaires économiques, puis au secrétariat de la direction générale de l’Afrique, il est ensuite chef de cabinet adjoint du sous-secrétaire d’État chargé de l’Afrique et de la coopération internationale (2004 – dans le gouvernement Berlusconi II).

À l’étranger, il a été chef du bureau économique et commercial de l’ambassade d’Italie à Berne (Suisse) (2006-2010) ; puis consul général à Casablanca (Maroc) (2010-2013). Après un retour à la Farnesina comme chef du secrétariat de la Direction générale de la mondialisation et des affaires mondiales (2013-2015), il repart en Afrique d’abord comme premier conseiller à l’ambassade d’Italie à Abuja, au Nigéria (2015 à 2017), puis en poste à Kinshasa, depuis septembre 2017, d’abord comme chef de mission puis ambassadeur.

Un cas rare

Il est assez rare que des diplomates européens ou d’un État membre soient tués de façon violente dans l’exercice de leur fonction. Les derniers (qui figurent dans notre base de données ‘Memoriam‘) avaient été tués au Mali, lors de l’attaque du Campement en juin 2017 ou de l’attaque d’un restaurant à Bamako en mars 2015. Cela vient illustrer que la situation dans l’Est du Congo, passée sous les radars de l’actualité, n’est pas apaisée. Loin de là… Les circonstances devront cependant être éclaircies car il semble bien que ce soit la voiture de l’ambassadeur qui ait été délibérément visée.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Papier mis à jour à 20h, avec les précisions sur l’ambassadeur UE

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La crise Covid-19 s’installe, la démocratie recule, la Commission regarde ailleurs

Sun, 21/02/2021 - 23:50

(B2) Les mesures prises par plusieurs pays européens au nom de la Santé font une victime collatérale : l’État de droit et la démocratie libérale à l’Européenne

Les parlements semblent les oubliés de la crise sanitaire (crédit : Assemblée nationale FR)

Si l’apparition du Covid-19 en février-mars 2020 était une surprise pour tous et nécessitait des mesures improvisées et d’urgence, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les mesures drastiques pour juguler cette crise sanitaire, si elles sont justifiées, peuvent largement être anticipées. Et rien ne justifie l’absence d’un contrôle démocratique, comme cela est le cas aujourd’hui en France comme en Belgique, durant de long mois.

Des mesures à la volée

La plupart du temps, aujourd’hui, les mesures sont prises, à la volée, par l’exécutif, aux lendemains de conseils de défense ou autres comités de concertation, dont la composition reste un mystère, sans réelle consultation (au sens d’une information préalable, avec un délai de réflexion) des différents partenaires (sociaux, économiques, politiques) et sans aucune décision de leur parlement national.

Des parlements pétrifiés

Les parlements nationaux, comme le parlement européen, paraissent pétrifiés sous le joug de la crise. Chacun craint d’apparaitre, en réclamant le respect de la règle, comme un gêneur dans ce qui est devenu comme une cause nationale de temps de guerre, la lutte contre l’épidémie. Or, malgré tous les mots, nous ne sommes pas en guerre. À aucun moment d’ailleurs, les gouvernements n’ont utilisé dans leur arsenal constitutionnel existant, cette disposition finalement assez encadrée.

Une grande part laissée à l’arbitraire

Ces décisions, sitôt prises, sont aussitôt appliquées, de façon empirique, en laissant une grande part à l’arbitraire. Qu’est-ce qu’un « motif impérieux » justifiant le passage de frontières (côté belge) et ce qui ne l’est pas ? Ou un motif essentiel et ce qui ne l’est pas ? Il revient aux autorités de police, voire aux simples agents des compagnies aériennes, le soin de contrôler cela, selon leur bon sens ou leur humeur du moment. Ce qui est très délicat.

Les principes de droit bafoués

Certains principes fondamentaux — issus de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH) ou de la Charte des droits fondamentaux — sont clairement ‘mis de côté’, pour une durée indéterminée : la liberté de réunion et d’association (art. 11 CEDH), la liberté de manifester sa religion (art. 9 CEDH), le droit à l’instruction, d’exercer une activité professionnelle (art. 8 CEDH), le respect de la vie privée et familiale, etc. sont limités de façon drastique, sans parler de la liberté de circulation (avec couvre-feu à 18h en France ou autorisations pour sortir du pays en Belgique).

Pas de clause dérogatoire activée

La clause dérogatoire de la Convention européenne des droits de l’Homme, le fameux article 15, n’a pas été déclenchée, sauf par quelques pays. Les vieilles démocraties du continent n’ont pas osé pour des raisons de symbole. « Une vraie mise en quarantaine » ainsi que l’écrit le professeur émérite de l’université de Montpellier, Frédéric Sudre, un des meilleurs spécialistes de la CEDH. « Un État de droit sous respirateur » dénoncent d’une seule voix les avocats belges (1)

Le code Schengen bafoué

Les instances européennes sont à peine consultées. Ainsi le rétablissement de certains contrôles aux frontières n’a pas été notifié par Paris à la Commission européenne, comme le veut le Code Schengen (une seule notification est active, au titre du terrorisme). De même les mesures belges, outrancièrement discriminatoires vis-à-vis des employeurs européens, n’ont pas suscité davantage qu’un mouvement de lèvres de l’exécutif européen.

Le risque d’un effet retard

Les entorses à la démocratie, les griffes données à l’État de droit sont certes, pour l’instant, tolérées, acceptées par la population. Mais elles n’en font pas moins des dégâts, invisibles. Elles pourraient produire quelques jets de colère, aussi imprévisibles qu’éruptifs, et un possible effet a posteriori dans les échéances électorales des années à venir (comme la crise migratoire de 2015-2016). Elles entraînent un sérieux affaissement de la norme qui pourrait être de plus en plus contestée sur la durée.

Une question de légitimité

De plus, la suspension tacite des parlements dans plusieurs pays donne de solides arguments aux adversaires de la démocratie parlementaire, à l’intérieur comme à l’extérieur. Quelle sera la légitimité européenne pour protester, demain, contre la suspension de certains droits démocratiques dans certains pays de l’Union (Hongrie, Pologne), comme à l’extérieur (Russie…), si elle n’est pas capable de faire respecter en interne ce qui est la base de la démocratie : le contrôle des actes de l’exécutif par une assemblée élue, et le respect des droits élémentaires inclus dans ses différents documents…

(Nicolas Gros-Verheyde)

La Commission européenne ferme les yeux Dire que la question de la fermeture des frontières contrarie la Commission est un euphémisme. « La Commission européenne a proposé des recommandations, afin de limiter autant que possible les effets trop préjudiciables sur la libre circulation. Si on veut décourager fortement les voyages non essentiels, on doit éviter la fermeture des frontières. [...] Les mesures doivent être proportionnées et non discriminatoires. » Mais pour autant va-t-elle agir ? Et en a-t-elle envie ? Pas sûr. « Nous examinerons les mesures par un certain nombre d'États membres. Nous avons des inquiétudes, des questions sur la nature des mesures et leur portée. Nous avons des contacts avec les pays concernés pour avoir les clarifications à ce sujet. » Voici comment un des portes-paroles de la Commission européenne a répondu à plusieurs reprises quand des journalistes l'interrogeaient (dont B2). En mots clairs, cela signifie : nous savons bien qu'il y a des violations du Traité, nous les instruisons le plus lentement possible, afin de ne pas gêner les États. Et nous ne rendrons notre avis que quand celui-ci n'aura plus vraiment d'effet (quand les mesures seront levées). C'est la règle sanitaire qui prime en fait comme le reconnait l'exécutif européen. « Les États membres s'efforcent de maintenir l'état sanitaire sous contrôle. NB : on peut se demander également si la nationalité du commissaire européen chargé de la Justice, Didier Reynders, comme sa proximité politique avec le gouvernement actuel (libéral, comme le Premier ministre), ne relève pas du 'conflit d'intérêt'. (1) La lettre ouverte des barreaux francophone, germanophone et flamandTélécharger

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Task-force Takuba. Les Italiens arrivent

Wed, 17/02/2021 - 08:35

(B2) Le contingent italien pour la task-force Takuba devrait arriver au cours de la deuxième semaine de mars

(crédit : 9e régiment Col Moschin – armée italienne)

L’information est donnée par le quotidien Il Foglio. Une première équipe de reconnaissance partie sur le terrain est revenue en Italie, donnant en quelque sorte le feu vert final au déploiement.

20 véhicules et huit hélicoptères

Le contingent devrait être composé d’une bonne centaine d’hommes, venus en grande partie des forces spéciales. Ils seront équipés avec vingt véhicules et huit hélicoptères : quatre appareils d’attaque de type AW-129D Mangusta et quatre hélicoptères de transport NH-90, selon Difesa on Line. Cette contribution s’inscrit dans l’autorisation donnée par le Parlement italien, à l’été 2020, d’envoi d’une force de 200 hommes (lire : Les Italiens entrent dans la task-force Takuba au Mali). (1)

Des forces spéciales

Les effectifs pourraient être fournis, par rotation, par le 9e régiment d’assaut parachutiste Col Moschin, du GOI (Gruppo Operativo Incursori) de la marine, du GIS (Gruppo di Intervento Speciale) des Carabinieri et du 17e Stormo Incursori de l’armée de l’air, indique le site Difesa on Line qui se base sur le format similaire engagé par l’armée italienne en Irak et en Afghanistan. Des personnels de ces unités ont également été déployés en Libye. Des équipes issues du 4e régiment alpin de parachutistes de Monte Cervino et du 185e RRO Folgore (le Régiment de reconnaissance pour l’acquisition d’objectifs ou Reggimento Ricognizione Acquisizione Obiettivi) pourraient aussi être déployées.

Le premier déploiement du gouvernement Draghi

Dans tous les cas, ce sera la première opération extérieure déployée par le nouveau gouvernement italien dirigé par Mario Draghi regroupant une large coalition (de la Ligue du Nord à droite au parti démocrate, à gauche, en passant par le Mouvement 5 Etoiles et le parti Italia Viva de l’ancien Premier ministre Matteo Renzi).

Commentaire : Un contingent apprécié

Le contingent italien devrait particulièrement être apprécié sur place. D’une part par son importance — Rome envoie un contingent similaire aux Suédois — ; d’autre part, par sa qualité. Les Italiens ont une certaine habitude de l’Afrique (Libye, Centrafrique…), des déploiements difficiles, et une proximité linguistique (le manque de francophones dans le détachement suédois rend plus difficile les contacts avec les Maliens). La présence de huit hélicoptères (si elle est confirmée) est un apport aussi notable.

(NGV)

  1. Le chiffre de 200 correspond au maximum autorisé, non pas automatiquement à l’effectif engagé.

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La Royale revient dans l’opération Irini. Le Premier maitre l’Her sur place

Tue, 16/02/2021 - 20:36

(B2) Le patrouilleur de haute mer a intégré l’opération européenne de lutte contre les trafics au large de la Libye, EUNAVFOR Med Irini

Parti de Brest, son port d’attache, le 5 février, le patrouilleur de haute mer, est entré dans la zone d’opération le 11 février et est opérationnel selon le QG de l’opération européenne (EUNAVFOR Med Irini). Il devrait rester engagé pour « une durée de deux mois environ » selon l’état-major (français) des armées.

Une équipe de visite de sept fusiliers marins

Mission principale : surveiller « l’embargo sur les armes à destination de la Libye imposé par le conseil de sécurité des Nations unies ». Un élément de défense et d’intervention maritime (EDIM), composé de sept fusiliers marins, est d’ailleurs à bord, afin d’effectuer les opérations de visite et d’inspection.

Plusieurs fois en Méditerranée

Cet aviso de la classe Estienne d’Orves a été engagé à plusieurs reprises en Méditerranée, notamment au titre de l’opération Sophia en 2016 (lire : Contrôle des armes au large de la Libye : le Jacoubet relaie le Premier maître L’Her) puis en 2017 (lire : Le Premier maitre L’Her embarque dans Sophia). Il est commandé par le capitaine de corvette Fabien Antoine, qui vient d’en prendre le commandement en janvier.

Trois navires et trois ou quatre avions

Le Premier Maître l’Her (F-792) rejoint la frégate grecque HS Aegeon (F-460), qui est le navire amiral de l’opération, et le patrouilleur de haute mer italien Comandante Borsini (P-491). Côté aérien, l’opération dispose de trois ou quatre avions (luxembourgeois, polonais et allemand), selon les moments et la bienveillance mécanique, ainsi que d’un drone Predator italien.

Un avion français Falcon 50 est ainsi détaché, venant relayer un Atlantique 2, qui a permis de compenser les défaillances mécaniques du P3 Orion C allemand (lire : Un Atlantique 2 français à Irini. Les P3 Orion allemands en panne).

(NGV)

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Victoire du parti de l’auto-détermination au Kosovo

Mon, 15/02/2021 - 17:31

(B2 à Pristina) Avec 48% des voix selon les premières estimations, Vetëvendosje (« autodétermination ») remporte les élections législatives de dimanche (14 février). Une victoire nette pour ce parti de gauche qui, juste 13 ans après la déclaration d’indépendance, entend tourner la page des anciens combattants de la guerre et lutter énergiquement contre la corruption qui gangrène le pays.

Dimanche soir, des Kosovars se sont rassemblés dans le centre de Pristina, la capitale, ici sous le regard de l’ancien président Ibrahim Rugova (LDK) (Aurélie Pugnet/B2)

Dimanche soir, à 20 heures, les bureaux de votes ont fermé au Kosovo. À la même heure, les premiers résultats sont tombés et le centre ville de la capitale, Pristina, s’est animé à coups de klaxons et de défilés de drapeaux albanais (1).

Victoire pour la gauche

Les partisans du parti Vetëvendosje (« auto-détermination ») ont fait entendre leurs cris de joie dans les rues piétonnes de Pristina. Des enfants de trois ans tenant à peine debout dans la neige, aux vieux messieurs, en passant par les troupes d’étudiants, tous chantaient les noms de ‘Vetëvendosje’ et ‘Albin Kurti’, le leader de ce parti de gauche. La victoire était attendue. Et elle est sans équivoque pour ce parti anti-corruption et anti-establishment. Pour Albin Kurti, cette élection « s’est transformée en un référendum », s’est-il félicité sur son fil twitter. À droite, le PDK (parti démocratique/ECR)— historiquement parti des héros de la guerre et la « libération » du Kosovo du joug serbe —, réunit environ 17% des voix. L’autre parti historique du pays, la LDK (ligue démocratique/PPE), doit se contenter d’environ 13%.

Dans le nord du Kosovo et dans les différentes ‘enclaves’ à communauté majoritairement serbe, c’est la Liste serbe (Srpska lista) qui a récupéré la quasi-totalité des voix — plus de 80% dans les trois régions du nord. Là encore, aucune surprise. Au milieu des drapeaux de la Serbie, les posters de la Liste Serbe ne rencontrent aucune opposition.

À Mitrovica Nord, la Liste Serbe est omniprésente (Aurélie Pugnet/B2)

Les discussions à venir avec les Européens

Ces élections interviennent alors que la révision stratégique de la mission de l’Union européenne pour le soutien de l’état de droit au Kosovo (EULEX Kosovo) est en cours, et le dialogue entre Pristina (Kosovo) et Belgrade (Serbie) à peine relancé. Albin Kurti est connu pour sa position très critique envers la mission des Nations Unies (UNMIK), EULEX et anti-Belgrade. Il a déjà annoncé que la relance du Dialogue avec Belgrade figure en « cinquième ou sixième » position de ses priorités, rapporte la Deutsche Welle. Vis-à-vis de EULEX, « les critiques datent d’il y a plus de deux ans », note le chef de la mission, Lars-Gunnar Wigemark. Il a depuis rencontré Albin Kurti au cours de sa brève expérience de premier ministre, début 2020 (2). Notamment, il précise, « nous avons discuté de certaines questions opérationnelles très spécifiques, par exemple il nous a demandé de l’aide sur la question des personnes disparues ».

(Aurélie Pugnet, envoyée spéciale à Pristina)

  1. Le drapeau albanais est le drapeau ‘national’ du pays, affiché par la majorité albanaise. Alors que le drapeau bleu, avec la forme du pays est le drapeau officiel de l’État du Kosovo.
  2. Albin Kurti a été premier ministre de février à juin 2020, avant que son gouvernement soit renversé par une motion de censure déposée par la LDK, membre de sa majorité parlementaire. Cette motion est intervenue après le renvoi par A. Kurti d’un ministre de la LDK qui avait soutenu la mise en place de l’état d’urgence du président H. Thaci

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Le pilier militaire du G5 Sahel monte en puissance, Takuba aussi. Le GISM ennemi numéro 1

Sat, 13/02/2021 - 11:05

(B2) A la veille du sommet de N’Djamena sur le Sahel, il n’est pas inutile de revenir sur le pilier militaire de l’effort entrepris par la France et les alliés européens. Un pilier qui a bien progressé en un an, si on écoute les officiels français

La montée en puissance des forces sahéliennes

Du côté français, on l’assure : « beaucoup de choses ont été faites ».

Une fragilité mais des progrès

Certes, les armées sahéliennes restent « encore fragiles » en général, mais leur engagement est « indéniablement accru ». Elles ont « progressé ». La force conjointe du G5 Sahel aligne désormais sept bataillons et « peut-être huit avec la perspective du déploiement d’un bataillon tchadien ». Donc 5000 hommes. Ces armées connaissent « encore des difficultés » reconnait un militaire. Il ne faut pas « l’éluder ». Mais nous cherchons à les « atténuer ».

Une capacité d’opération et de résilience

La force a pu mener notamment des opérations : Samar 1 et Samar 2, planifiées « en étroite coordination avec Barkhane » et les forces internationales (Minusma). Aujourd’hui « elles sont capables de défendre leurs positions, elles l’ont montré à plusieurs reprises au cours des mois passés. Elles sont capables de réagir à leurs propres niveaux. Elles savent se coordonner entre elles, et se coordonner avec les forces internationales. » Bref « leur autonomisation » — objectif fixé par la France et les Européens au G5 Sahel —, « progresse ». Un PC interarmées de théâtre à Bamako a été monté sous l’impulsion du général Namata, depuis un an et demi.

L’armée malienne en recomposition

Point de satisfaction pour les Français : l’armée malienne (les FAMA). « Le haut commandement s’est remobilisé. Les unités se sont renforcées et les unités ont pu se renforcer. » Ce malgré la suspension d’EUTM pour cause de Covid-19 et de coup d’état. Si personne n’ose le dire, l’effet coup d’état parait effacé (voire même positif)… On voit « la montée en puissance des unités légères de reconnaissance et d’investigation » : l’ULRI 1 à Gossi, une à Ménaka, une troisième à Gao. Ces ULRI « ont mené des opérations, dans un cadre national ou multinational voire avec les unités européennes de la Task Force Takuba » (NB : celle de Ménaka). Les forces maliennes qui avaient dû abandonner en 2019 certains postes « reviennent ». A Labbezanga, le poste militaire a pu être bâti. « D’autres projets arrivent » : à Indelimane, Anderaboukane. L’aérien n’est pas oublié. Les Maliens « font intervenir leur aviation quand un poste est attaqué ».

Forces nigériennes en formation

Les forces armées nigériennes, elles « poursuivent la formation des bataillons spéciaux d’intervention ». La France forme un bataillon à Dosso. L’Allemagne et la Belgique travaille aussi sur les forces spéciales.

La coordination des forces mieux assurée

C’est un point acquis important depuis le sommet de Pau selon les autorités françaises. Un mécanisme de commandement conjoint s’est installé à Niamey à proximité du PC du fuseau centre de la force conjointe. Mécanisme « régulièrement » utilisé pour coordonner les différentes opérations, nationales, de la force conjointe ou de Barkhane. Il est épaulé par une cellule de fusion de renseignement « par laquelle les différentes armées échangent des informations sur l’adversaire ». Essentiel selon les militaires.

L’arrivée des Européens au sein de la Task Force Takuba

Le concept de Takuba est le bon

La force européenne monte aussi lentement en puissance. Outre les Estoniens, les Tchèques, les Suédois, les Italiens doivent « commencer à se déployer à partir de mars 2021 ». Le rythme est « progressif, certes ». Un euphémisme pour dire lent. Mais le concept, qui repose non sur le combat direct, mais l’accompagnement (mentoring) des Maliens dans le Liptako est « le bon ». Il « attire des partenaires européens ».

Huit pays supplémentaires à terme

D’autres contingents pourraient arriver dans les mois (ou années qui viennent). Le Danemark, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas devraient venir « en soutien », avec des contingents moindres » sans doute. Mais ils « vont venir », affirme-t-on d’un ton sûr à l’Élysée. D’autres pays européens ont « annoncé leur intérêt et leur volonté de s’engager dans cette opération ». Une contribution annoncée de manière « plus ou moins ferme » par les chefs d’État ou Premiers ministres de quatre pays : la Grèce (2), la Hongrie, la Serbie (3), même l’Ukraine. Chaque contribution pourrait alors se monter « à quelques dizaines, voire à près d’une centaine » de personnels.

8000 militaires engagés

C’est le nouveau chiffre défendu publiquement. Il y a 8000 Européens engagés au Sahel, affirme-t-on à Paris. Ce chiffre comprend les 5100 militaires français de Barkhane et environ 3000 Européens investis dans quatre missions (MINUSMA, EUTM Mali, Barkhane et Takuba ou actions bilatérales). Soit un tiers de l’effectif (lire : Combien de soldats européens sont présents au Sahel ? Combien sont dans Barkhane ? (v3)).

  • NB : un chiffre qui a un double intérêt : montrer que ce n’est pas la France, qui intervient, à titre historique, mais toute l’Europe, au nom d’un intérêt commun. Ensuite, permettre des évolutions plus souples de la France, pour éviter une image de désengagement. Quel que soit le recadrage, il restera ainsi un chiffre public de 8000 personnels.

Un réajustement de Barkhane : pour plus tard ?

La réflexion sur le réajustement de Barkhane est « en cours », précise-t-on du côté de l’Elysée. Mais elle pourrait ne pas être annoncée lors du sommet, mais plus tard. Les modalités seront discutées « au cours des prochaines semaines [ou] des prochains mois ». Les partenaires européens et sahéliens seront associés « étroitement ».

Un tournant tactique

Alors qu’à Pau, en janvier 2020, l’objectif était de concentrer les efforts militaires contre l’État islamique au Grand Sahara, dans la zone des trois frontières, l’objectif affirmé aujourd’hui est de davantage ciblé un autre groupe armé, le RVIM (Rassemblement pour la victoire de l’Islam et des musulmans) (ou GSIM comme Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, JNIM en arabe), le groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans dirigé par Iyad Ag-Gahli et affilié à Al Qaida.

Un objectif : le RVIM

C’est « la menace principale, la plus forte ». Dans une zone en particulier : « le Gourma », où il « a mené des actions ces dernières semaines ». Une région à cheval sur plusieurs frontières (Mali, Burkina Faso) qui signifie littéralement cela signifie la rive droite du fleuve Niger. Mais le RVIM est aussi actif toujours « dans l’extrême nord du Mali » ou surtout « dans le centre avec la Katiba Macina ».

L’Etat islamique, en perte de vitesse

Explication, venant d’un militaire : l’EIGS « est en perte de vitesse notoire ». Il « ne mène plus d’actions contre les forces sahéliennes. Du moins, plus d’actions majeures. Il n’y a plus d’attaques majeures de postes militaires. Ces groupes sont dispersés et n’agissent plus que par très petits éléments ». Ils pratiquent plutôt « une stratégie d’évitement » comme cela a pu être observé « depuis le mois de janvier 2020 ». Les luttes fratricides avec les autres groupes armés, notamment le RVIM l’ont affaibli (4).

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Témoins de cet engagement, deux opérations. L’opération Bourrasque, fin d’année 2020, en octobre surtout, qui a mobilisé 3000 militaires, dont près de la moitié (1400) fournis par le Niger et le Mali. L’opération Eclipse en janvier avec à peu près autant d’hommes (3000), dont 1000 Maliens, Nigériens et Burkinabés.
  2. Quelques dizaines pas plus selon nos informations, en soutien ou logistique.
  3. Il s’agit sans doute d’un soutien médical selon nos informations.
  4. L’EIGS avait une composition « plus homogène », plus organisée, avec « différentes katibas ou différents groupes ». Ce qui lui a apparemment porté tort à côté d’un RVIM, à l’organisation plus ‘plastique’. Ce groupe a une certaine « diversité » et est « géographiquement beaucoup plus étendu ».

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Journalistes qui avez écrit sur l’Europe. Candidatez !

Sat, 13/02/2021 - 09:40

(B2) Vous avez réalisé des productions journalistiques ayant trait aux affaires européennes et à l’Europe en général durant l’année 2020 (janvier à décembre) ? Nous serions ravis de vous compter parmi nos candidats !

Créé en 2005, le Prix Louise Weiss récompense les journalistes qui traitent en langue française les sujets européens de la manière la plus systématique, pédagogique et originale, quel que soit le support (écrit, audio, vidéo, web). Il est organisé par l’Association des Journalistes Européens,, organisée (avec le soutien du ministère des Affaires étrangères et de la fondation Hippocrène.

Trois prix seront décernés. Vous pouvez donc concourir dans une des trois catégories suivantes :

  • Prix Reportage : 1500 euros
  • Prix Décryptage : 1500 euros
  • Prix jeune journaliste (destiné aux moins de 25 ans, étudiants en école et stagiaires) : 1000 euro

Le concours est ouvert à toute personne issue d’un pays de l’Union européenne (nationalité ou résident dans un pays de l’UE) dont l’activité professionnelle est le journalisme. L’important est d’avoir un bon papier.

N’hésitez donc pas à partager cette information. Les candidats seront sélectionnés par un jury composé de journalistes professionnels. Le Prix sera décerné lors d’une cérémonie au Quai d’Orsay fin juin 2021. 

La production devra s’accompagner des éléments suivants : 

  • Formulaire d’inscription rempli
  • Preuve de publication du document
  • Une photocopie de pièce d’identité

NB : Toute information, ainsi que les précédents lauréats et reportages primés, se trouvent sur www.prixlouiseweiss.com.

(Nicolas Gros-Verheyde)
vice-président de l’AJE-France

Règlement du prix Louise WeissTélécharger

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Combien de soldats européens sont présents au Sahel ? Combien sont dans Barkhane ? (v3)

Wed, 10/02/2021 - 23:24

(B2) Entre le ministère de la défense et le Canard Enchainé, la guerre des chiffres fait rage sur l’engagement européen au Sahel

Un Chinook britannique ‘baladant’ un container en soutien à Barkhane- Camp Roberts, Gao, Mali (crédit : Royal Air Force)

2500 Européens nous aident au Sahel (Parly)

Tout est parti d’une déclaration de Florence Parly sur la base d’Orléans le 1er février… Suivant le motto de l’Élysée ‘nous ne sommes pas seuls au Sahel, les Européens nous aident’, la ministre des Armées déclare : « Aujourd’hui au Sahel, il y a toujours 5100 Français, comme vous le savez ; mais, et c’est moins connu, il y a aussi près de 2500 Européens. » Et plus loin elle ajoute : « Nos alliés européens sont également à nos côtés au sein de la force Barkhane ».

Parly et ses Européens fantômes ! (Le Canard)

Dans le Canard Enchainé paru ce mercredi (10.02), les collègues du ‘plumitif’ partent à l’assaut, baïonnette au canon, allumant « Parly et ses Européens fantômes ». Ils recollent les deux bouts de phrase sur la présence de « au sein de la Force Barkhane » et le chiffre de « près de 2500 Européens sur place. » Même en « additionnant les instructeurs européens auprès des armées locales, les Casques bleus européens et le contingent d’une trentaine d’Estoniens de la force Takuba, on est loin des élucubrations chiffrées de Parly » assènent notre confrère, avec la verve qu’on lui connait.

Il y a environ 2900 Européens réplique Balard

A l’Hotel de Brienne (le siège du ministère français de la Défense), comme à Balard (le siège du ministère), le sang ne fait qu’un tour, et on réplique, calculette à la main. Il y en réalité « environ 2900 militaires européens » au Sahel (hors France) explique le porte-parole Hervé Grandjean dans un message envoyé à la presse de défense (dont B2):

  • « 1500 à la MINUSMA, (Allemands et Britanniques principalement)
  • « 600 actuellement à EUTM, (ils seront 1070 à l’été 2021)
  • « 425 au sein de Barkhane (Suédois, Estoniens, Tchèques, Britanniques)
  • « 320 dans des missions bilatérales (exemple : mission de formation d’un bataillon nigérien conduite par 200 militaires allemands. Italiens, Belges mènent aussi des formations pour le Niger, en format bilatéral). »

La bataille des chiffres

Soyons nets : y voir clair n’est pas toujours évident, tant avoir tous les chiffres n’est pas facile.

Pan sur le bec !

Mais, il semble un fait certain : le Canard Enchainé (qu’on a connu plus exact) s’est littéralement vautré. Est-ce que nos confrères se sont reposés sur des chiffres anciens, ou se sont-ils tombés dans le pêché mignon de taper à la fois sur l’armée, Florence Parly et les Européens, en ajoutant le plaisir de faire un bon mot ? Toujours est-il que l’exactitude… D’une part, la ministre a bien séparé l’aspect Takuba (« Les Européens sont désormais au rendez-vous ») se gardant de donner un chiffre qui aurait été un peu ridicule. Et ce n’est que sur la présence au Sahel qu’elle assène le chiffre de ‘près de 2500’.

Soyons fous, soyons flous !

Le ministère des armées adore ainsi jouer avec les mots et les chiffres. On peut s’y laisser prendre si on n’y prend pas garde. Ainsi il a tendance à compter à la fois le présent et le futur (les Allemands de la mission Gazelle sont ainsi comptés une fois dans le bilatéral et une fois dans le futur d’EUTM Mali… mais ce sont les mêmes qui changent de casquettes). A B2 nous avons aussi appris à nous méfier de ces rigueurs approximatives, notamment du côté des politiques. Ainsi mardi (9.02), Florence Parly, devant le Sénat, affirme que les Allemands, « deuxième contributeur à cette formation [= EUTM Mali] ! fournissent 800 soldats, et il y en aura 250 de plus fin 2021. » Un peu osé ! Dans EUTM aujourd’hui, les Allemands sont une centaine. Mais c’est vrai que si on cumule EUTM + MINUSMA, le compte est bon…

Les effectifs reconstitués

il faut donc être prudent. Car, même en vérifiant d’un côté et de l’autre, il est difficile d’avoir des chiffres collant à la réalité du jour. Mais voici ce que j’ai dans mes tablettes.

Du côté de la task-force Takuba (intégrée à Barkhane), contrairement à ce que dit Le Canard, il n’y a pas que des Estoniens (une bonne trentaine), on trouve des Tchèques (environ 35 + 20 de soutien ?) et des Suédois qui arrivent (bientôt 150). (Lire aussi : Force Takuba : qui participe, observe ou simplement soutient ?)

Coté Barkhane, on trouve aussi une centaine de Britanniques (opération Newcombe) avec leurs trois hélicoptères Chinook (du 27e Squadron de la RAF basé à Odiham) qui apportent un soutien inestimable (même si Outre-Manche on estime qu’ils pourraient être plus utiles à l’ONU). Et il ne faut pas oublier le détachement espagnol (‘Marfil’), basé au Sénégal, qui effectue des rotations régulières de transport (pour Barkhane comme EUTM Mali ou la Minusma), avec un effectif de 66 personnels et deux Casa C-295 (du 35e wing de Getafe). Un soutien très utile. Un officier confiait il y a quelque temps que cela représentait 15% des transports !

Coté EUTM Mali (la mission de formation de l’armée malienne), on est effectivement aujourd’hui (11.02) au-dessus de la jauge des 600 soldats. Très exactement on approche les 800 militaires déployés : un peu moins de 170 au QG et 24 à l’aéroport, un peu moins de 600 sur le camp de formation de Koulikoro . Et effectivement on devrait arriver à un effectif de 1077 (très exactement) d’ici l’été 2021. Du moins c’est l’effectif inscrit dans le mandat, avec l’intégration de l’équie de formation allemande actuellement au Niger. (lire : EUTM Mali reprend le collier. Nouvelles bases, sorties dans tout le Mali, Gazelle intégrée. En attendant le Burkina et le Niger).

Coté Minusma (la mission de l’ONU), j’ai effectivement de mon côté 930 Allemands et 300 Britanniques (250 dans le task group et 50 en soutien à Gao) venus du Light Dragoons et Royal Anglian Regiment ). Chiffres confirmés à B2 à Londres et Berlin. Il y a aussi environ 250 soldats d’autres pays européens (60 Portugais, 95 Belges, Norvégiens, Danois, Irlandais)… et une vingtaine de Français. On arrive ainsi à l’effectif mentionné des 1500 personnels du ministère.

  • NB : l’effectif allemand a nettement augmenté depuis le début de l’année (le dernier bilan de la Minusma, datant de décembre, indique toujours 425 personnels). L’effectif autorisé (théorique) par le Bundestag est de 1100 personnels. La relève venant de la 12e Panzerbrigade appuyée par la 2e brigade d’infanterie de montagne se prépare

Du côté bilatéral, le chiffre donné de 300 semble correct avec notamment une petite centaine de Belges dans la mission de formation ‘Nero’ au Niger (atteinte récemment par le Covid-19), et un peu moins de 200 Allemands dans la mission de formation ‘Gazelle’ (qui vont être intégrés dans la mission EUTM Mali).

Conclusion : Parly 1, Canard 0

Au final, si on additionne le tout (environ 400 Barkhane-Takuba + 800 Eutm + 1500 Minusma + 300 bilatéral), on arrive largement au-dessus du chiffre des 2500 cité par la ministre Florence Parly. Et dans la zone des 2900 personnels donnés par le ministère (même légèrement au-dessus). Et, encore, on n’a pas compté les effectifs de soutien aux forces de sécurité intérieure, présents dans les deux missions européennes EUCAP au Mali et au Niger, souvent composés de personnels policiers ou gendarmerie aguerris. Si on les prend en compte, on dépasse largement le chiffre de 3000. Ce n’est pas négligeable du tout !

Si on reste sur la dimension Takuba, on est loin du compte. Avec un peu plus de 200 hommes aujourd’hui en fait, on est très loin de l’objectif de 600 personnels (si mes souvenirs sont bons) affiché au début de la réflexion sur la mise en place d’une task-force de forces spéciales européennes par l’état-major des armées).

Un engagement de seconde ligne, non sans risques

Les Européens s’engagent au Sahel, c’est un fait, et de façon assez notable. Mais ils restent sur des missions de seconde ligne (formation, logistique, transport, sécurisation). Peu s’engagent de fait en première ligne (moins de 10%). Mais cet engagement n’est pas à négliger. S’engager au Sahel n’est pas de tout repos. Les forces sont toutes exposées à un risque. Des diplomates européens l’ont payé de leur vie à Bamako. Ce n’est pas identique à déployer des forces en Bosnie-Herzégovine ou au Kosovo, qui ressemble (soyons honnêtes) à une promenade de santé.

Un dossier délicat pour Paris

La France se retrouve cependant au Sahel dans la même position que les Américains en Afghanistan, obligée, régulièrement, d’aller sonner les cloches de ses alliés pour leur demander du personnel et des moyens. Sauf que Paris n’a pas les moyens de Washingon, il faut user de persuasion, d’échanges de bons procédés (tu viens au Sahel, je t’aide sur telle ou telle mission). La communication publique est donc essentielle, surtout au plan européen. D’où la grande sensibilité (soudaine) du ministère dès qu’on prononce le mot Européen. Sensibilité qui va aller s’accentuant. Car au 1er semestre 2022, c’est-à-dire rapidement, viendra la présidence française de l’Union. Où le gouvernement entend briller de mille feux (mantra européen de E. Macron… mais surtout échéance électorale présidentielle obligent).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

(mis à jour) Article mis à jour et corrigé avec les derniers chiffres fournis par la Bundeswehr et EUTM Mali (à jour au 11.02). Commentaires revus en conséquence.

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La menace terroriste se déplace vers le Golfe de Guinée

Tue, 09/02/2021 - 08:23

(B2) Pour Bernard Emié, le chef de la DGSE, le chef du renseignement extérieur français, on n’en a pas fini avec le terrorisme en Afrique. À partir du Sahel, les groupes terroristes essaiment et étendent leur influence vers le Sud et l’Ouest de l’Afrique

Le général François Lecointre (Chef d’état-major des armes) et Bernard Emié (directeur de la DGSE), aux côtés de la ministre des Armées, Florence Parly (crédit : DICOD France)

En expansion vers l’Ouest de l’Afrique, voire l’Europe

Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) développe actuellement un « projet d’expansion » vers le golfe de Guinée, en particulier la Côte d’Ivoire et le Bénin. Depuis le Mali, les terroristes « réfléchissent à des attaques dans la région et en Europe » a lâché le directeur général du renseignement extérieur français (DGSE), Bernard Emié, lors d’un déplacement de la ministre sur la base aérienne des forces spéciales à Orléans, pour un comité exécutif anti-terroriste lundi (1.02).

Les deux réseaux terroristes. L’un descendu plutôt des ‘poches’ rebelles du Nord Mali, proche frontière Algérienne, l’autre (Daesh) plus endogène, qui a pris sa croissance dans le Liptako, dans la zone des trois frontières entre Mali, Niger et Burkina Faso (Source Carte : DGSE)

Pris en étau, les réseaux s’étendent

En plus de « financer déjà des hommes qui se disséminent » dans ces deux pays, « des combattants ont été envoyés aux confins du Nigéria, du Niger, du Tchad, où plusieurs groupes issus de Boko Haram continuent de tisser leur toile et d’assassiner », a-t-il décrit. « Ces pays sont désormais une cible » pour les terroristes. La raison ? Selon lui, les terroristes sont en fait « pris en étau » et donc « s’étendent vers le Sud ».

La menace venue du Moyen-Orient et d’Afghanistan se répand en Afrique (Source Carte : DGSE)

Direction l’Afrique de l’Est et australe, voire l’Europe

Toutefois, la dispersion des forces terroristes ne s’arrête pas aux frontières sahéliennes. Et ne doit pas être prise à la légère. Le chef de la DGSE est formel : « La situation en Afrique orientale, depuis les Shebabs de Somalie [Al Qaïda NDLR] jusqu’aux infiltrations récentes de l’État islamique au Mozambique », deux pays sur la côte Est du continent africain « nous préoccupent également beaucoup ».

Des chefs d’AQMI pris sur le fait

Le clou de la conférence est la présentation d’une vidéo. On peut y voir un groupe d’hommes réunis sous la tente pour discuter de leurs opérations futures. Sont là les principaux chefs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, notamment Lyad ag-Ghali, le chef du GSIM (Groupe de soutien de l’islam et des musulmans) la filiale ‘Sahel’ d’AQMI (avec le turban rouge), le chef de la Katiba Macina, Amadou Kouffa (considéré comme le numéro 2 d’Al Qaida au Sahel) (avec le turban noir), Abdelmalek Droukdel, le chef dAQMI (avec le turban, tué par les forces Barkhane le 3 juin 2020).

Commentaire : cette sortie publique d’un directeur du renseignement, qui reste traditionnellement dans l’ombre, est loin d’être anodine, d’autant qu’elle n’a rien d’improvisé.

Sur le plan des informations, il n’y a pas grand chose de concret à glaner, à part cette vidéo. Sur le plan des menaces, on sait déjà que la Somalie n’est pas un havre de paix et qu’il y a un risque terroriste au Mozambique, comme en Afrique de l’Ouest. « Il y a toujours des risques majeurs de développement de djihadistes dans la zone qui va de la Corne de l’Afrique à la Guinée-Bissau » disait déjà Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, en juillet 2014, lors de la transformation de l’opération Serval en opération Barkhane, évoquant déjà un risque pour l’Europe.

« Le but de cette présence, c’est d’empêcher que [le nord des cinq pays du Sahel] ne devienne une filière, un lieu de passage permanent de reconstitution des groupes djihadistes entre la Libye et l’océan Atlantique, ce qui entraînerait ensuite des conséquences graves pour notre sécurité ». Effectivement quand un directeur du renseignement le dit face caméras, cela peut avoir plus de poids qu’un responsable politique, qu’on pourrait soupçonner d’arrières pensées.

Comment l’analyser alors ? Le premier message est à but interne. Il s’agit d’indiquer que la menace n’est pas vaincue, mais qu’elle est suivie. Cela permet de contrer les quelques critiques sur l’utilité de Barkhane, comme les tentations d’en réduire le spectre. Le deuxième objectif est à usage externe, vis-à-vis des Européens comme des Américains, au moment où l’administration Biden révise ses objectifs de présence en Afrique.

(Nicolas Gros-Verheyde, avec Aurélie Pugnet)

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