Cette note est publiée en partenariat avec The Nepal Institute for International Cooperation and Engagement (NIICE) et est disponible dans sa version anglaise sur Khabarhub.
L’Indo-Pacifique est devenue la région la plus dynamique et la plus disputée du XXIe siècle.
Englobant 60 % de la population mondiale et contribuant à plus de 65 % du PIB mondial, c’est un foyer d’innovation, de commerce et de connectivité. S’étendant de la côte orientale de l’Afrique aux rivages occidentaux des États-Unis, l’Indo-Pacifique relie les océans Indien et Pacifique, deux artères du commerce mondial et de la sécurité internationale. Plus de la moitié du commerce maritime mondial, notamment le pétrole, le gaz et les matières premières, transite par ces eaux, ce qui en fait le cœur stratégique de la géopolitique mondiale.
Pour le Népal, bien qu’enclavé, l’Indo-Pacifique n’est pas une réalité lointaine. C’est une réalité interconnectée qui influence l’économie, la diplomatie et la sécurité du pays d’une manière souvent sous-estimée. Alors que de nouvelles rivalités entre grandes puissances se déploient dans la région, notamment entre les États-Unis et la Chine, et que des cadres comme le QUAD et l’AUKUS redéfinissent l’ordre régional, le Népal a besoin d’une vision claire et prospective de l’Indo-Pacifique, ancrée dans ses intérêts nationaux, ses valeurs démocratiques et ses aspirations en matière de développement.
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La politique internationale revient au premier plan du débat public français et occupera une place centrale dans les programmes présidentiels à venir. Face aux reconfigurations géopolitiques majeures engendrées par le second mandat de Donald Trump, parmi lesquelles une remise en cause du système international et de la relation transatlantique, la France et l’Union européenne ne peuvent aujourd’hui plus compter sur leur allié historique. Par ailleurs, les dépendances stratégiques auxquelles elles sont soumises ainsi que les accusations de doubles standards à son encontre viennent éroder leurs influences sur la scène internationale. Si la France souhaite conserver sa souveraineté stratégique, l’heure est donc à l’indépendance géopolitique pour la France et l’Union européenne, tant sur le plan politique à travers la diversification de ses partenaires que sur le plan industriel en relocalisant les industries jugées stratégiques pour le pays.
Quelle posture la France doit-elle adopter sur la scène internationale ? Peut-elle réellement retrouver une marge d’autonomie stratégique sans soutien états-unien ? La France doit-elle négocier avec la Chine ? Comment renouer avec les pays du Sud ?
Dans ce podcast, je reçois François Ruffin, candidat à l’élection présidentielle.
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Vue de loin, en tout cas d’ici, en Europe et en France, parler de l’Iran, c’est mettre l’accent sur les Mollahs, les centrifugeuses, les missiles et les milices. À en oublier parfois les massacres de population, terribles ces dernières semaines, mais qui sont hélas récurrents dans ce régime autoritaire hyper-répressif. La République islamique vient de célébrer son 47e anniversaire et nous commentons, en raison des parades militaires à Téhéran et de l’armada états-unienne qui s’avoisine, les déclarations de l’Ayatollah Ali Khamenei et du président Donald Trump. Le premier aura bientôt 87 ans ; le second 80 ans. De nombreux analystes redoutent le pire, notamment une escalade non souhaitée qui mécaniquement engendrerait une guerre ou des frappes ciblées de grande ampleur, bien plus périlleuses pour la région que celles déjà effectuées sur l’Iran par les bombardiers américains l’an dernier. D’autres mettent en avant le jeu économique qui se trame en coulisses dans les négociations actuelles entre ces deux pays. La République islamique d’Iran se dit prête à discuter de son programme nucléaire, comme l’exige la Maison-Blanche, à condition d’une levée des sanctions commerciales qui pèsent sur le pays depuis des années. Le pays veut se réinsérer sur la scène internationale en raison d’un besoin de développement économique considérable. Les États-Unis savent aussi que ce marché de près de 100 millions d’habitants n’est pas insignifiant en perspective. Le business n’est jamais oublié dans leur action diplomatique, règle d’or que galvanise le transactionnalisme de l’administration Trump.
Pourtant, la bombe la plus dangereuse qui menace l’Iran n’est peut-être ni atomique ni balistique. Elle est hydrique. Et elle est déjà amorcée. Depuis des années, ce pays glisse vers une pénurie structurelle d’eau. Plus de 70 % de ses principaux aquifères sont surexploités. Les nappes phréatiques s’effondrent et les réservoirs atteignent des seuils critiques. Les ressources en eau renouvelables ont chuté d’un tiers en deux décennies. Certaines régions approchent le seuil de pénurie absolue. Dans plusieurs provinces, les sécheresses répétées ne sont plus des accidents climatiques, mais des réalités cruelles, générant des tensions entre usagers, notamment agricoles. 2025 a probablement été l’année la plus sèche depuis le début du siècle. L’Iran a longtemps fait de l’autosuffisance alimentaire un impératif, avec d’ailleurs un ministère de l’Agriculture qui est celui dit du Djihad (« combat ») agricole. Les sanctions internationales ont renforcé cette doctrine : produire chez soi pour ne pas dépendre de l’extérieur.
Blé, riz, betterave à sucre : des cultures exigeantes en eau ont été encouragées dans des territoires arides. L’eau a été massivement subventionnée. L’énergie bon marché a favorisé le pompage intensif. Des centaines de milliers de puits ont été creusés, souvent sans contrôle rigoureux. Le résultat est implacable : l’extraction dépasse largement la capacité de régénération naturelle, des sols s’affaissent et les systèmes traditionnels d’irrigation, comme les qanats, se dégradent. En voulant sécuriser son alimentation, l’Iran a fragilisé sa ressource vitale. Cette contradiction est au cœur d’un dilemme stratégique cependant spécifique : comment concilier sécurité alimentaire, stabilité sociale et durabilité environnementale dans un pays soumis à des sanctions commerciales internationales, à une pression démographique urbaine et à un climat de plus en plus instable ? Dit autrement, les Iraniens sont enfermés : par l’idéologie du régime d’un côté ; par la géographie sous contraintes de l’autre.
Cette insécurité hydrique n’est pas un problème uniquement environnemental. Il s’agit d’un enjeu de stabilité nationale. La crise de l’eau se voit et se ressent. Dans plusieurs provinces, des manifestations ont éclaté sous le slogan « Nous avons soif ». Des agriculteurs voient leurs vergers mourir, leurs troupeaux décliner. Des populations rurales migrent vers des villes déjà saturées, accentuant le chômage et les tensions sociales. Les transferts d’eau interprovinciaux, destinés à alimenter des centres industriels ou des métropoles comme Téhéran, sont perçus comme des injustices territoriales. Et dans la capitale même, le stress hydrique et l’accès à l’eau potable sont devenus des sujets critiques ces derniers mois, à mettre en écho à cette inflation considérable des produits alimentaires, plus de 70 % en 2025… Il faut avoir ces éléments à l’esprit pour comprendre pourquoi des Iraniens descendent aussi dans la rue exprimer leur colère.
L’Iran a appris à vivre sous la menace d’une frappe militaire et a développé une stratégie de dissuasion. Mais face à la dégradation progressive de ses ressources en eau, aucune dissuasion n’est possible. La bombe atomique relève du calcul stratégique. La bombe hydrique relève de la réalité physique. L’eau conditionne la trajectoire d’un pays. Dans le cas iranien, elle est le facteur silencieux qui redessine, en profondeur, l’équilibre intérieur et la posture extérieure. Cette bombe hydrique n’explose pas en un instant. Elle se diffuse lentement, depuis des années, fragilise les territoires iraniens et érode les bases minimums de la sécurité humaine, dans un pays où tout est déjà compliqué, codé et conditionné. La crise déborde des frontières iraniennes, l’eau étant un facteur de divisions et de compétitions dans un Moyen-Orient qui en manque cruellement.
Un pays confronté à une pénurie structurelle d’eau est un pays dont la marge de manœuvre intérieure se réduit. Un pays dont les zones rurales se désertifient est un pays dont la stabilité sociale devient plus précaire. Que se passera-t-il si les pénuries s’aggravent ? Si les migrations internes s’accélèrent ? Si la production agricole chute durablement ? Si la dépendance aux importations alimentaires augmente dans un contexte où l’Iran ne serait pas réinsérée sur la scène géoéconomique internationale ? Quoique fasse Donald Trump, quoiqu’il advienne ces prochaines semaines, pour le régime des Mollahs comme pour la région entière, la rareté de l’eau constituera un invariant géopolitique majeur. Ne pas regarder cette problématique, c’est s’extirper du temps long et du stratégique. La sécurité alimentaire et hydrique fait partie intégrante de la sécurité tout court. Cela vaut pour l’Iran, comme pour le reste du monde. En Europe, nous aurions tort de sous-estimer cette équation.
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Dix ans après son adoption, dans quelle mesure le Grand Bargain a-t-il permis de modifier les rapports de pouvoir au sein du système humanitaire international (notamment dans le réajustement des partenariats entre organisations du Nord et du Sud) ? Du point de vue d’ALIMA, quels sont aujourd’hui les mécanismes politiques, financiers et institutionnels qui continuent de freiner le transfert effectif de ressources et de leadership vers les organisations de la société civile locale ? Dans quelle mesure les cadres de gestion
du risque, de redevabilité et de conformité participent-ils à la reproduction de ces déséquilibres ? Un an après les évolutions récentes des politiques et modalités de financement d’USAID, observe-t-on une dynamique de recentralisation du pouvoir décisionnel ou, au contraire, des ouvertures concrètes en faveur d’une plus grande autonomie des acteurs locaux ? Quels effets ces changements produisent-ils sur la capacité des organisations de la société civile locales à se projeter sur le long terme ?
Entretien avec Dr Moumouni Kinda, directeur général d’ALIMA.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale.
Aujourd’hui, échange avec Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS et ancien ambassadeur de France en Russie, pour dresser le bilan après quatre années de guerre en Ukraine et analyser la situation actuelle de la Russie.
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Tout d’abord, sur le plan humain, il s’agit d’une catastrophe. La guerre a vraisemblablement fait des centaines de milliers de tués, de blessés et de mutilés de part et d’autre. Un bilan humain absolument détestable.
Sur le plan géopolitique, qui en tire avantage ? Qui en paye le prix ? Du côté de la Russie, le crime n’a pas payé. Déjà, en 2014, Vladimir Poutine avait gagné la Crimée mais avait « perdu » l’Ukraine. Depuis 2022, il a gagné des territoires qu’il ne restituera pas mais il a beaucoup plus perdu en termes de statut et de puissance. La Russie est affaiblie par cette guerre. Vladimir Poutine avait pour ambition de restaurer la grandeur de la Russie lorsqu’il a pris le pouvoir. Il y est parvenu jusqu’en 2022, parce qu’effectivement, année après année, il pouvait affirmer que la Russie se portait mieux depuis qu’il exerçait le pouvoir qu’avant qu’il n’y arrive. Mais depuis 2022, la Russie marque un recul : elle ne poursuit plus le développement de sa puissance. La guerre l’a affaiblie et, durablement, la Russie « pèse » moins en Europe et dans le monde qu’avant le déclenchement de la guerre : elle perd des hommes sur le front, mais aussi à l’arrière, avec des jeunes diplômés qui ont fui la mobilisation, les restrictions de liberté et la répression. Une perte couteuse, particulièrement dans certains secteurs, comme celui des nouvelles technologies. La Russie est également en recul sur le plan économique. Si son économie n’a pas été mise à genou par les sanctions – en grande partie grâce à la mise en place d’une économie de guerre – elle paye le prix de la guerre et le paiera dans les années à venir. Si elle n’est pas coupée du reste du monde, contrairement à ce qu’avaient espéré les Occidentaux, elle a beaucoup perdu en termes d’image et de relations. Certes, Donald Trump est un appui sérieux et fort utile. Il a même fait exploser le concept de mon occidental. Mais cette guerre a beaucoup plus coûté à Vladimir Poutine qu’elle ne lui a rapporté. Dans le jugement de l’histoire, cela sera porté à son discrédit. Il sera difficile pour la Russie de sortir de cette économie de guerre. Sa dépendance à la Chine se renforce et donc sa place relative est affaiblie.
L’Ukraine est un pays martyre qui a beaucoup souffert sur le plan des destructions humaines et physiques. Mais si elle a de facto perdu des territoires qu’elle ne récupérera pas, elle a gagné un statut. C’est un pays qui était jugé peu fréquentable, qu’on voulait éviter du fait d’une corruption endémique. Un pays dont le PIB par habitant ne s’était guère amélioré depuis 30 ans parce que les élites, qu’elles soient pro-russes ou pro-européennes, étaient unies dans une gabegie et la corruption. Désormais, c’est un pays qui a obtenu le statut de candidat à l’Union européenne et qui est devenu fréquentable. Elle a le soutien indéfectible des Européens qui se sont beaucoup engagés en sa faveur. La difficulté pour elle, c’est de devoir accepter une perte de territoire qui est illégale et immorale, mais qui reflète le rapport de force après quatre ans de guerre qu’il semble difficile de modifier fondamentalement quelle que soit la poursuite de la guerre.
L’Ukraine devra certainement faire face aux divisions d’une société après des années de guerre. Toute la population a-t-elle été soumise aux mêmes obligations par rapport à la menace russe ? Se pose enfin le défi du développement économique. La société civile ukrainienne, forte et développée, l’emportera-t-elle sur les oligarques ? Est-ce qu’elle fera le choix du développement et mettra vraiment fin à la corruption ? Dans ce cas, elle a des potentialités, même avec une partie de son territoire en moins, de se développer.
Les grands perdants de la guerre sont sans aucun doute les Européens. Ils seront tombés loin en arrière en termes de dépendances. Fini le gaz bon marché qui venait de Russie. Ils ont abandonné pour des milliards d’avoirs en Russie pour ne pas soutenir l’effort de guerre russe. Une manne qui est allée directement dans les mains des oligarques russes proches de Vladimir Poutine. Les pays de l’Union européenne ont augmenté leurs dépenses militaires au détriment d’autres secteurs. Elle a augmenté sa dépendance aux États-Unis en terme énergétique, en termes d’équipement militaire et donc en terme géopolitique. Désormais, alors Donald Trump répète, régulièrement mais sans constance, qu’il va arrêter l’aide à l’Ukraine, et qu’il considère par ailleurs l’Union européenne comme un ennemi, les pays européens continuent de faire semblant de croire qu’il est un allié indispensable. Ils sont tellement focalisés sur l’idée de maintenir la présence stratégique américaine en Ukraine qu’ils sont prêts à faire toutes les concessions. C’est pour cela qu’ils ont accepté un objectif de dépenses militaires très élevé fixé par l’administration Trump. C’est pour cela qu’ils ont accepté un accord commercial tout à fait déséquilibré et qu’ils ne cessent de faire des concessions à l’égard de Donald Trump. La préservation de la souveraineté de l’Ukraine est venue en quelques sortes limiter leur propre souveraineté à l’égard des États-Unis. Si les pays européens ne pouvaient pas faire autrement que de soutenir l’Ukraine pour des questions de principes et des questions d’intérêt, ils ont repris entièrement les buts de guerre de Kiev. Ils auraient pu en discuter le bien fondé et surtout la faisabilité. Volodymyr Zelensky a par ailleurs toujours donné la priorité aux États-Unis, même si l’Europe a finalement beaucoup aidé, et désormais plus que les États-Unis. Il y a eu une perte de crédibilité stratégique pour l’Europe puisqu’à force de dire que la Russie ne pouvait pas gagner la guerre, qu’il fallait qu’elle rende tous les territoires conquis, que c’était une question de crédibilité pour l’Europe, alors que cela apparait depuis longtemps maintenant comme impossible, elle a perdu cette crédibilité. Surtout, elle a perdu sa crédibilité morale entre la dénonciation des violations du droit international et des crimes de guerre et contre l’humanité commis par la Russie en Ukraine, condamnations immédiatement assorties de véritables sanctions de plus en plus lourdes, et d’un autre côté l’absence totale de sanctions pour les violations du droit international et les crimes de guerre et contre l’humanité commis par Israël à Gaza. L’insistance que les pays européens ont eu à demander aux pays du Sud global de prendre des sanctions contre la Russie alors qu’aucun ne l’a fait a aussi contribué à souligner les limites de leurs pouvoirs.
La Chine est également le vainqueur de cette guerre. Le conflit a initialement constitué un facteur déstabilisant. Une surprise stratégique venue de Russie qui contrevenait à la vision et aux intérêts de Pékin, puisqu’elle venait augmenter dans un premier temps les dépenses d’importations alimentaires et énergétiques, les deux principaux pôles d’importation pour la Chine. In fine, Pékin y gagne en renforçant d’un côté son influence sur la Russie, mais aussi en apparaissant comme une puissance pacifique aux yeux du reste du monde, puisqu’elle peut souligner qu’elle n’est pas impliquée dans le conflit, contrairement aux Européens et aux Occidentaux. Elle peut s’afficher comme une puissance qui veut la paix, favorable à un cessez-le-feu, ce qui coïncide avec les intérêts de nombreux pays du Sud global. La Chine apparait comme un pays qui évite les mauvais coups et qui tient ses engagements.
Quant aux pays du « Sud global », ils ne se sont pas sentis concernés par cette guerre. Ils ont renvoyé souvent dos à dos l’Ukraine et la Russie, même si les deux tiers d’entre eux ont condamné l’agression de la Russie lors des votes à l’ONU, sans pour autant vouloir s’engager dans une politique de sanctions à l’égard de la Russie, affirmant qu’il s’agit là d’une affaire occidentale. Ils ont été agacés par l’attitude des Occidentaux qui voulaient les voir les suivre sur les sanctions, alors qu’ils n’avaient pas été associés au processus de décision qui conduisait aux sanctions. Ils se sont, au cours de cette guerre, de plus en plus affirmés, dans leur diversité, dans leur complexité, mais pour refuser ensemble de prendre des sanctions à l’égard de la Russie. Ils ont encore un peu plus affirmé leur identité, certes gazeuse, mais non moins collective par rapport à l’Occident.
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Les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina viennent de se clôturer ce 22 février 2026, révélant une nouvelle fois combien le sport demeure un espace profondément politique. En 25 éditions, les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver ont été façonnés par les rapports de force internationaux, la question de la neutralité olympique, les enjeux de genre et les lignes de fracture entre puissances. Cette édition n’a pas échappé à la règle : contestations en Italie, débats sur la liberté d’expression des athlètes, réintégration progressive des délégations russe et biélorusse, et interrogations persistantes sur les inégalités Nord–Sud. Le point avec Carole Gomez, assistante-diplômée en sociologie du sport à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne et chercheuse associée à l’IRIS.
Quel bilan géopolitique peut-on dresser de cette édition ?
À l’instar des éditions précédentes, la politique nationale comme internationale s’est invitée au programme, que ce soit en marge des compétitions comme au cœur même de l’arène olympique, constituant par la même un test important pour Kirsty Coventry, nouvelle présidente du Comité international olympique (CIO).
Commençons par évoquer le pays hôte, l’Italie, qui accueillait ses 3e Jeux d’hiver. Après avoir connu de fortes mobilisations – manifestants qualifiés « d’ennemis de l’Italie » par la Première ministre, Giorgia Meloni, en amont des Jeux dénonçant notamment l’usage des fonds publics, l’impact écologique ou encore la présence de la police anti-immigration états-unienne ICE, ces mouvements se sont progressivement atténués, engloutis par le spectacle sportif. Élément crucial dans l’expression du soft power d’un État, la cérémonie d’ouverture a cherché à marquer une rupture avec celle des Jeux de Paris 2024, mettant en scène une représentation patrimoniale et traditionnelle de l’Italie.
Au-delà de la scène nationale, plusieurs évènements ont rythmé la quinzaine, notamment autour de la question de la neutralité olympique. Revenons sur trois d’entre eux.
Tout d’abord, la disqualification du skeletoneur ukrainien Vladislav Heraskevytch, porte-drapeau de sa délégation, a été particulièrement commentée. Son tort : avoir voulu porter en compétition un casque commémorant des coéquipiers tués dans le conflit avec la Russie. Cet épisode rappelle des précédents récents, et notamment la disqualification de l’athlète afghane Manizha Talash aux Jeux de Paris pour avoir déployé le slogan « Free Afghan Women ». Ici, pas de slogan, uniquement des visages d’anciens coéquipiers. Pourtant, à l’instar de sa décision concernant la danseuse engagée avec l’équipe olympique des réfugiés, le CIO a estimé que cette forme de liberté d’expression de l’athlète constituait une manifestation politique sur un site de compétition, allant donc à l’encontre de la Charte olympique. Après avoir tenté de trouver un terrain d’entente, l’instance lausannoise a finalement disqualifié le skeletoneur. Cette décision fut confirmée par la chambre ad hoc du Tribunal arbitral du sport, considérant que si la liberté d’expression des athlètes demeurait garantie dans certains espaces, elle était limitée sur le terrain de jeu afin de préserver la neutralité des compétitions et l’attention portée aux performances sportives. Ce cas illustre une fois encore la périlleuse ligne de crête sur laquelle marche le CIO : chercher à concilier l’impératif de neutralité, constitutif de son identité institutionnelle, avec le respect des droits humains, à commencer par la liberté d’expression des athlètes, s’avère être une tâche particulièrement ardue. Et risquée. En effet, cette position d’équilibriste se trouve régulièrement mise en délicatesse face aux accusations de double standard à laquelle le CIO doit faire face, concernant la neutralité supposée d’autres athlètes, notamment israéliens, ayant participé par exemple à des opérations militaires.
Ensuite, et bien qu’il ne s’agisse pas d’épreuves sportives à proprement parlé, la question de la neutralité s’est également posée, non par pour un ou une athlète mais bien pour un de ses membres élu depuis 2020 : Gianni Infantino, président de la FIFA. En effet, à l’occasion de la première séance du « Board of Peace » créé par le président états-unien, Donald Trump, la présence d’Infantino aux côtés de chefs d’État et de gouvernement a questionné. Or, selon la Charte du CIO (article 16), ses membres sont tenus d’agir « toujours indépendamment des intérêts commerciaux et politiques ainsi que de toute considération raciale ou religieuse ». Si le soutien de la FIFA à la reconstruction du football à Gaza a finalement été jugé, par l’instance olympique, conforme au rôle d’une fédération internationale, quid de la proximité affichée d’Infantino avec Donald Trump, au regard de cette exigence d’indépendance des intérêts politiques. Interrogé sur la possibilité de rejoindre lui aussi le Board of Peace, le CIO s’est borné à répéter une nouvelle fois sa position de neutralité, soulignant d’autant plus en creux le caractère politique de la démarche.
Enfin, liée à la question de la place de la Russie (et du Bélarus) sur la scène sportive internationale, la perspective des Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026 prolonge ces questions. La décision du Comité international paralympique (indépendant du CIO, rappelons-le) d’autoriser les athlètes russes et biélorusses à concourir sous leurs drapeaux marque une étape supplémentaire dans leur réintégration progressive au sein du sport international, après leurs exclusions à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022. Annoncée pendant les Jeux, cette décision n’a pas manqué de faire réagir, revoyant fleurir des annonces de boycott diplomatique de la cérémonie d’ouverture par des responsables et athlètes ukrainiens et tchèques. Le Commissaire européen, en charge des Sports, Glenn Micallef, a également réagi, indiquant avoir décidé de ne pas assister à l’évènement. Aussi, de manière intéressante, les Jeux paralympiques s’annoncent être aussi chargés politiquement et diplomatiquement que les Jeux olympiques.
En conséquence, le bilan géopolitique de Milan-Cortina 2026 révèle moins une rupture qu’une continuité des tendances observées depuis des décennies : une politisation des Jeux de plus en plus médiatisée, une revendication de neutralité et d’apolitisme de plus en plus complexe à conserver pour les instances sportives internationales et un environnement international fragmenté qui fait du sport une caisse de résonnance. Au regard de ces enjeux, les prochains Jeux d’été de Los Angeles, organisés aux États-Unis, sous la présidence de Donald Trump et ceux d’hiver en France en 2030 seront évidemment à suivre de très près.
Dans quelle mesure les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver viennent renforcer un certain « clivage Nord – Sud » sur la scène internationale sportive ?
Concernant les JOP d’hiver, ce clivage « Nord/Sud », même si le terme est trop générique pour être tout à fait pertinent, s’exprime à, au moins, deux égards.
D’une part, en termes d’accueil des grands événements sportifs internationaux, rappelons qu’en 25 éditions de Jeux olympiques (14 en paralympiques), 15 se sont déroulés sur le continent européen, 6 en Amérique du Nord et 4 en Asie. Laissant donc l’Océanie, l’Amérique du Sud et l’Afrique vierge de tout JOP d’hiver. Cette géographie pousse toutefois à réfléchir à deux perspectives : d’une part, l’apparition de nouveaux pôles, notamment en Asie, Pyeongchang en 2018 et Pékin en 2022 en témoignent, tout comme l’appétit de certains États cherchant désormais à investir dans le domaine des sports d’hiver. À ce titre, l’Arabie saoudite, qui était jusqu’à peu pays hôte des jeux asiatiques olympiques de 2029 (finalement organisé par Almaty), méritait toute notre attention, même si cela est sans commune mesure avec l’accueil d’un méga-événement sportif comme les Jeux olympiques et paralympiques. D’autre part, cette géographie soulève aussi les interrogations concernant son avenir. En 2024, deux chercheurs estimaient que sur 93 sites de montagne à même d’accueillir des sports d’hiver de compétition aujourd’hui, il pourrait n’en rester qu’une petite trentaine dans les années 2080[1], selon l’évolution des émissions mondiales d’ici là. Le CIO lui-même considère qu’à l’horizon 2040, seuls 10 pays pourront encore être en capacité d’accueillir des Jeux.
D’autre part, en termes de participation, les JOP d’hiver sont incontestablement moins universels que ceux d’été. Alors que ceux de Paris avaient réuni 204 comités nationaux olympiques, l’équipe des réfugiés et l’équipe des Athlètes individuels neutres, ceux de Milan ne réunissaient « que » 93 délégations avec une majorité de comités nationaux olympiques issus du continent européen (47). À noter que trois délégations ont participé pour la première fois : le Bénin, la Guinée Bissau et les Émirats arabes unis. Le tableau des médailles confirme ce peu de diversité, 29 délégations (dont 20 du continent européen) seulement ayant décroché une médaille.
À noter le cas intéressant de la Chine, qui était classée 4e lors de « ses » Jeux en 2022 et qui dégringole à la 12e place. Cela témoignerait-il d’un désintérêt chinois une fois les Jeux passés ? Rien n’est moins sûr et il s’agit plutôt d’y regarder à deux fois, puisque le nombre de médailles récoltées est identique (15) avec un nombre total d’épreuves quasiment similaire. Surtout, l’absence d’une délégation russe conséquente (20 athlètes en 2026 sous la bannière des « athlètes individuels neutres », contre 212 en 2022 sous l’acronyme ROC (Russian Olympic Committee)) rebat quelque peu les cartes en termes de distribution de médailles par les autres nations : 32 médailles remportées en 2022, aucune en 2026.
Le Comité international olympique a annoncé que cette édition de Milan-Cortina était la « plus équilibrée en termes de parité des genres » et a promu un engagement en matière d’égalité de genre. Qu’en est-il réellement de l’égalité des genres et de la prise en charge des violences de genre aujourd’hui dans le sport international et notamment lors des jeux olympiques et paralympiques ?
Commençons par l’égalité de genre. Effectivement, le CIO a très largement communiqué sur le fait que ces Jeux d’hiver étaient les plus équilibrés de l’histoire, avec 47 % des athlètes et l’introduction de nouvelles épreuves féminines permettant d’ancrer Milan un peu plus dans cette dynamique. Cela s’inscrit dans la droite ligne des Jeux de Paris qui, eux, ont été parfaitement égalitaires (après 128 ans d’existence, rappelons-le). Ces chiffres appellent plusieurs remarques.
D’une part, cela représente indéniablement un progrès notable au regard de l’histoire des Jeux d’hiver. Dans un rapport[2] publié en 2021, nous pointions justement du doigt, avec Pascal Boniface, la très lente évolution des effectifs, notamment dans les sports d’hiver. À titre d’exemple, lors des Jeux d’Albertville en 1992, seul 27 % des participants étaient des femmes. En d’autres termes, en l’espace de trois décennies, ce gap a été, en partie, comblé. En conséquence, le suivi de l’évolution de ces chiffres lors des prochains Jeux mais plus largement de la pratique féminine au sein des fédérations nationales dans les prochaines années sera particulièrement important.
Mais, ce qui est tout aussi intéressant, ce n’est pas tant ce que dit ce chiffre, mais au contraire, ce qu’il occulte. Si la parité de genre semble être presque acquise pour les athlètes, quid des entraineuses, quid des dirigeantes ? Et au-delà de cela, quels moyens sont aujourd’hui donnés aux sportifs et sportives dans le cadre de leur sport ? Si les primes sont ici les mêmes pour tous et toutes, quid des rémunérations de sponsoring ? Ou en termes de médiatisation ?
D’autre part, il est toujours important de rappeler que certaines disciplines sont toujours interdites aux femmes. Ici, le combiné nordique[3], au programme depuis les premiers Jeux de 1924, demeure le seul sport olympique d’hiver exclusivement masculin. Et ce, alors que la première Coupe du monde féminine a eu lieu en 2020 et que des athlètes pourraient se qualifier.
Concernant la question des violences interpersonnelles[4], depuis les années 2000, le monde du sport a été profondément ébranlé par la révélation de scandales majeurs. La médiatisation d’affaires d’ampleur (pensons ici aux 265 gymnastes américaines victimes de Larry Nassar) conjuguée aux dynamiques liées au mouvement #MeToo a favorisé un tournant dans la manière dont les organisations sportives appréhendent ces enjeux. Plus précisément, le CIO s’est engagé dans la lutte contre les violences dans le sport depuis 2007, avec une montée en puissance notable à partir de 2016/2017. La publication d’un Consensus Statement en 2016 puis 2024, la mise en place de différents dispositifs à l’attention des athlètes dès Rio 2016, tout comme la création en 2022 d’une « Safe Sport Unit » témoignent de cette institutionnalisation progressive, renforcée par l’Agenda 2020+5.
Plus que de violence, le CIO parle plus volontiers de « safeguarding » et de « safe sport », permettant de passer d’une attention initialement centrée sur la protection des mineurs et les violences sexuelles (abus et harcèlement), à une approche plus holistique de l’environnement sportif, incluant les enjeux de santé mentale. Depuis Paris, cela s’est concrétisé par la création de l’Athlete 365 « Mind Zone » au sein du village olympique. Parallèlement, le CIO a investi le champ de l’intelligence artificielle pour lutter contre le cyberharcèlement, dans un contexte marqué par des millions de publications sur les réseaux sociaux. Toutefois, des cyberharcèlements comme celui visant par exemple en 2024, Imane Khelif, championne olympique algérienne de boxe, ont mis à l’épreuve l’efficacité de ces dispositifs.
Plus largement, si différentes initiatives (mises en place de politiques, de formations, de sensibilisation, de personnes chargées de mener les dossiers) de la part des instances sportives internationales sont évidemment à accueillir positivement, l’hétérogénéité des dynamiques soulève de nombreux questionnements quant à la réalité et la crédibilité de cette lutte contre les violences[5].
[1] Steiger, R., & Scott, D. (2025). Climate change and the climate reliability of hosts in the second century of the Winter Olympic Games. Current Issues in Tourism, 28(22), 3661–3674. https://doi.org/10.1080/13683500.2024.2403133
[2] Sport mondialisé : les défis de la gouvernance. (2021). In IRIS. https://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2021/03/Rapport-_-Sport-mondialise_les-defis-de-la-gouvernance_Light.pdf
[3] Le CIO indique vouloir réfléchir à la suppression de cette discipline lors des prochaines échéances.
[4] Terme utilisé pour désigner les différentes formes de violences physiques, psychologiques, sexuelles et la négligence.
[5] Gomez, C., & Schoch, L. (2026). Safeguarding in sport: Toward a performative compliance of international sports federations? International Review for the Sociology of Sport.
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Quatre ans se sont écoulés depuis que la Russie a lancé une guerre à grande échelle contre l’Ukraine. Tandis que les conséquences humaines sont catastrophiques, sur le plan géopolitique, Vladimir Poutine a gagné des territoires mais a considérablement affaibli la Russie, rendant les pertes bien plus importantes que les gains. L’Ukraine, de son côté, a bénéficié du soutien indéfectible de l’Europe mais fait face au défi majeur de la reconstruction économique et de l’acceptation de ses pertes territoriales.
Qu’en est-il du rôle des pays européens, qui apparaissent comme les grands perdants, et de celui des États-Unis ou de la Chine, qui pourraient en sortir renforcés ? Qu’en est-il également des pays du Sud global, qui se tiennent en retrait d’un conflit qu’ils perçoivent comme une affaire occidentale, et qui constatent plus que jamais le deux poids, deux mesures des puissances occidentales : fermeté envers la Russie d’un côté, silence quasi total envers Israël face aux crimes commis à Gaza de l’autre ?
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Moins populaires que les Jeux olympiques et paralympiques d’été, les Jeux d’hiver n’en représentent pas moins un événement majeur du sport international. Peut-on pour autant vraiment parler de sport international ? Les Jeux d’hiver constituent principalement un terrain de compétition entre des délégations issues de pays majoritairement occidentaux, plus largement dits « du Nord ». Une explication relativement évidente relève de la répartition géographique des régions froides et montagneuses, lieux traditionnels de la pratique des sports d’hiver. Si le nombre de délégations présentes a augmenté au fil du temps – avec à chaque édition de nouveaux États qui envoient des athlètes concourir, comme les Émirats arabes unis (É.A.U) ou le Bénin en 2026 –, l’écrasante majorité des athlètes sont issus de d’États occidentaux. Il en va de même des lieux d’organisations des Jeux d’hiver, dont l’ensemble des éditions se sont déroulées dans treize pays, quasi exclusivement du Nord. Ce constat remet en question la volonté de représentativité et d’universalité d’une telle compétition sportive.
Les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver n’en demeurent pas moins un événement au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux. La question de l’exclusion de certaines délégations a à nouveau été un sujet brûlant à Milan-Cortina : si les délégations officielles russes et bélarusses n’ont pas été autorisées à concourir sous leurs drapeaux aux Jeux olympiques – quelques athlètes ayant participé sous bannière neutre – des délégations officielles participeront aux Jeux paralympiques, ce qui pourrait annoncer une réintégration graduelle de la Russie et du Bélarus dans les compétitions sportives internationales [1]. La question de la participation d’athlètes ayant participé à des conflits a également concerné la délégation israélienne, dans laquelle était notamment présent un athlète ayant activement soutenu l’action militaire à Gaza, mais qui a néanmoins été autorisé à concourir. Preuve que les instances olympiques peinent à tenir une ligne claire, au-delà de la traditionnelle volonté de compétitions apolitiques.
Outre les enjeux de représentativité et d’inclusion ou d’exclusion de certaines délégations liées aux réalités géopolitiques, s’impose également la question de la durabilité. Si les Jeux de Milan-Cortina ne fournissent pas autant que de précédentes éditions l’image d’une olympiade se déroulant sur de fines bandes de neiges dessinées sur des montagnes verdoyantes, le recours à la neige artificielle y a été massif, et le bilan carbone de l’édition, estimé dans un rapport [2] de Scientists for Global Responsibility et du New Weather Institute à 930 000 tonnes de gaz à effet de serre, vient lui aussi aggraver le phénomène de dérèglement climatique. Dans ce contexte, l’étude Climate change and the future of the Olympic Winter Games: athlete and coach perspectives [3] vient souligner les risques qui pèsent sur le futur des olympiades d’hiver. À travers différents scénarii d’émission de gaz à effet de serre, et en fonction de quatre critères, il s’agit d’évaluer la possibilité d’organiser à l’avenir les Jeux d’hiver dans les mêmes lieux. Dans l’ensemble des scénarii, de nombreuses villes ne pourraient plus accueillir dans les mêmes conditions la compétition aux horizons 2050 et 2080. Derrière cet enjeu climatique apparaît celui de l’acceptabilité sociale de telles compétitions. L’organisation des Jeux de Milan-Cortina a donné lieu à des manifestations en marge de la cérémonie d’ouverture pour dénoncer les conséquences environnementales de l’événement. Il en va de même des coûts économiques, qui ont souvent dépassé les projections initiales lors des différentes éditions, et qui pèsent sur les finances nationales des États organisateurs. C’est ce que souligne notamment les études An evaluation of the sustainability of the Olympic Games et Sustainability at stake: evaluating the Beijing Winter Olympics through a conceptual model [4], qui proposent un modèle d’évaluation de la durabilité des Jeux d’hiver en fonction de trois critères : environnemental, économique et social.
Manque de diversité et de représentativité des délégations et des villes organisatrices, tensions géopolitiques qui imprègnent la compétition, dérèglements climatiques et conséquences environnementales et financières qui en interrogent l’acceptabilité : les facteurs qui pèsent sur la durabilité des Jeux d’hiver sont à la fois multiples et le reflet des grandes tendances géopolitiques à l’œuvre.
[1] Lukas Aubin. « La Russie de retour dans le sport mondial ? », IRIS, février 2026. https://www.iris-france.org/la-russie-de-retour-dans-le-sport-mondial/.
[2] S. Parkinson et A. Simms, How the Winter Olympics being a platform for polluters is melting the snow it depends on, New Weather Institute, Scientists for Global Responsibility, and Champions for Earth, (2026).
[3] D. Scott, N. L. B. Knowles, S. Ma, M. Rutty, et R. Steiger, “Climate change and the future of the Olympic Winter Games: athlete and coach perspectives”. Current Issues in Tourism, 26(3), 480–495, (2023). https://doi.org/10.1080/13683500.2021.2023480
[4] M. Müller, S.D. Wolfe, C. Gaffney, et al. “An evaluation of the sustainability of the Olympic Games”. Nature Sustainability n°4, 340–348, (2021). https://doi.org/10.1038/s41893-021-00696-5
G. Chen, X. Liu, S. Jing, D. Ma, Z. Jiang, et Y. Sun, “Sustainability at stake: evaluating the Beijing Winter Olympics through a conceptual model”. Sport in Society, 1–21, (2025) https://doi.org/10.1080/17430437.2025.2518099
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Alors que l’Iran a été secoué par des mobilisations d’une ampleur inédite depuis la révolution islamique, les discussions sur le nucléaire ont repris entre Washington et Téhéran. Malgré un climat diplomatique légèrement apaisé et le constat, côté iranien, d’une position américaine jugée « plus réaliste », les obstacles demeurent majeurs, les deux parties maintenant pour l’heure des positions particulièrement rigides. Cependant, dans un contexte où se croisent sanctions économiques, rapports de force militaire et vulnérabilités internes iraniennes, les perspectives restent profondément incertaines, et certaines lignes pourraient évoluer. Le point avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran.
Où en sont les négociations sur le nucléaire iranien et quels sont les rapports de force entre les principaux acteurs ?
Il y a eu récemment deux séances de négociations, l’une à Mascate, la capitale d’Oman, l’autre à Genève, entre le ministre des Affaires étrangères iranien, Steve Witkoff et Jared Kushner pour la partie états-unienne, avec l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères d’Oman. On note tout d’abord des avancées : après une rencontre de Genève, les deux parties ont exprimé un avis positif sur le déroulé des discussions. Le ministre des Affaires étrangères iranien a même dit que la position américaine était plus réaliste. Il semble que les deux camps se soient mis d’accord sur les principes qui doivent encadrer les négociations. Cependant, nous sommes très loin de voir ces dernières aboutir. Le principal problème tient à l’ampleur des sujets à traiter. Téhéran est prêt à discuter de son programme nucléaire, notamment des plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, mais ils refusent d’aborder leur programme balistique et leur politique de soutien à leurs alliés régionaux. Washington de son côté insiste pour que tous ces sujets soient inclus.
Le rapport de force penche clairement en faveur des États-Unis. Donald Trump utilise sa méthode habituelle pour faire pression sur l’Iran : d’un côté, il met en avant la « carotte » des négociations, se montrant prêt à négocier plutôt qu’à faire la guerre, de l’autre, il montre les muscles en déployant des porte-avions dans le golfe Persique et en affirmant être prêt à attaquer si les négociations n’avancent pas.
Par ailleurs, même sur la question dunucléaire, des divergences persistent : les États-Unis souhaitent un arrêt complet de l’enrichissement, alors que l’Iran semble prêt à envisager une suspension, mais seulement si son droit à l’enrichissement est reconnu. La question d’un consortium régional reste également sur la table. Pour ce qui est des plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, la solution proposée par l’Iran serait de les diluer. Certains évoquent aussi la possibilité de transférer cet uranium – peut-être vers la Russie – mais les points de vue divergent. En tout cas, l’Iran est prêt à avancer sur le nucléaire à condition d’obtenir une levée des sanctions, qui pèsent très lourdement sur son économie. Les Iraniens ont compris comment Donald Trump fonctionne : ils sont prêts à ouvrir davantage leur marché aux entreprises états-uniennes si les sanctions sont levées.
Les mobilisations internes en Iran ont-elles fragilisé le régime ou sa posture dans les négociations ?
Il est difficile de répondre de manière tranchée. La position iranienne dans les négociations n’a pratiquement pas changé. Elle est quasiment similaire à celle avant l’attaque israélienne. Je ne crois donc pas que les manifestations ou la répression aient modifié leur posture diplomatique.
En revanche, la crise interne a eu un impact conséquent en Iran : le nombre de morts, la répression, qui était d’une ampleur inédite depuis la révolution de 1979, tout cela a créé un traumatisme qui touche toute la société. D’après ce que l’on entend en provenance d’Iran, on peut penser que même le régime semble avoir conscience de la gravité de ce qui s’est passé. Il est difficile de mesurer précisément comment cela joue sur les négociations. Néanmoins, cette crise peut pousser les autorités iraniennes à faire preuve d’un peu plus de flexibilité, notamment sur la question du nucléaire en échange d’une levée des sanctions, car les difficultés économiques — largement causées par ces sanctions — sont au cœur des mécontentements populaires. Si un accord nucléaire avec Donald Trump permettait la levée des sanctions, cela pourrait améliorer la situation économique et apaiser certaines tensions internes, et c’est un calcul que les autorités iraniennes peuvent avoir en tête.
Quels scénarios peuvent être envisagés à court et moyen terme ?
Il est très compliqué de prévoir ce qui pourrait advenir par la suite. Tout dépendra de l’évolution des négociations entre Téhéran et Washington, et il y a encore beaucoup d’incertitudes à ce sujet. Malgré les propos contradictoires de Donald Trump, qui évoque parfois le changement de régime, il est en même temps en train de négocier avec ce même régime. Pour l’instant, les États-Unis semblent privilégier les négociations. La grande question est de savoir s’ils accepteront de se concentrer uniquement sur le nucléaire , ou s’ils refuseront tout compromis si l’Iran refuse d’aborder le balistique et sa politique régionale. Du côté iranien, il paraît très difficile d’imaginer une concession sur le programme balistique, surtout après la guerre avec Israël où leurs missiles ont été leur seule capacité de défense, leur aviation étant inexistante et leurs systèmes antiaériens détruits.
Une autre question est de prévoir à quel point un accord sur le nucléaire sera différent de celui de 2015 afin que Donald Trump puisse le présenter comme « bien meilleur que celui obtenu par Obama en 2015 ».
Concernant l’éventualité d’une guerre dont tout le monde parle, il faut être très réservé sur la question. Reza Pahlavi, le fils du Shah, appelle explicitement à une intervention états-unienne, dans l’idée de faire tomber le régime et d’ouvrir la voie à une transition démocratique, mais la situation demeure grandement incertaine. Les guerres ne conduisent presque jamais au changement de régime espéré, comme on l’a vu en Syrie, en Irak ou en Libye, et il faut rappeler le coût humain considérable qu’elles entraînent.De plus, bien que le régime iranien soit affaibli, il reste solide. Les forces de sécurité ne montrent aucun signe de désobéissance, au contraire, le système politique, à quelques exceptions, reste globalement uni autour du pouvoir et reprend le narratif officiel présentant les manifestants comme soutenus par l’étranger, et, il n’existe pas de véritable opposition organisée à l’intérieur du pays. Les seules forces d’opposition structurées sont en exil ou situées aux marges (Kurdes d’Irak ou Baloutches opérants depuis le Pakistan). Ces éléments rendent incertain un scénario de changement de régime induit par une intervention militaire.
C’est pourquoi toute analyse liant intervention américaine, chute du régime et démocratisation de l’Iran repose sur des incertitudes immenses et sous-estime les coûts humains.
Une autre hypothèse que l’on évoque de plus en plus serait une intervention militaire états-unienne plus limitée dont l’objectif serait de forcer la main à l’Iran sur les négociations en cours. Le risque dans ce cas serait que l’Iran réponde et que l’on rentre dans une guerre de plus grande ampleur.
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Le second mandat de Donald Trump et ses appétits de puissance assumés sont venus rebattre les cartes sur le plan géopolitique. Malgré une rupture avec ses partenaires traditionnels européens, un usage assumé de la force par les États-Unis et un avancement des idées ultraconservatrices, les États-Unis ne se retrouvent pas pour autant isolés sur la scène internationale. Bien au contraire.
Dans cette recomposition des rapports de force, l’Afrique n’est plus perçue par Washington comme un simple espace périphérique. La priorité pour le continent est désormais à la diversification : il ne s’agit pas de s’aligner sur un seul partenaire, mais de multiplier les instruments diplomatiques, sécuritaires et économiques.
Comment le retrait états-unien d’Afrique a-t-il modifié les rapports de force au sein du continent ? Quels sont les intérêts américains en Afrique, et quels sont les intérêts africains vis-à-vis du reste du monde ? Devons-nous considérer que l’arrivée au pouvoir de Donald Trump marque la fin du multilatéralisme, ou seulement de la fin de sa conceptualisation telle que nous, Européens, l’avions portée ?
Dans ce podcast, Pascal Boniface reçoit Niagalé Bagayoko, présidente de l’African Security Sector Network.
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Ce 14 février, la Chine a déclaré qu’à partir du 1er mai 2026, elle supprimera les droits de douane sur les importations en provenance de 53 pays africains, soit l’ensemble de ses partenaires diplomatiques sur le continent, à l’exception de l’Eswatini. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin visant à consolider sa position de premier partenaire économique de l’Afrique, dans un contexte de rivalité accrue avec les États-Unis et de concurrence croissante pour l’accès aux marchés et aux ressources du continent. Quels sont les intérêts économiques poursuivis par Pékin et Washington en Afrique ? Quel positionnement peut adopter l’Europe face à la rivalité sino-américaine sur le continent ? Le point avec Émilie Laffiteau, chercheuse associée à l’IRIS.
Quelles pourraient être les conséquences de cette suppression des droits de douane sur les économies et les politiques commerciales des pays du continent ?
Cette annonce intervient alors que les échanges sino-africains n’ont cessé de croître au cours des dernières années : en 2025, le commerce bilatéral a atteint environ 348 milliards de dollars. Cette progression reste toutefois marquée par un déséquilibre structurel et croissant en faveur de la Chine, les exportations chinoises vers l’Afrique dépassant largement les ventes africaines vers la Chine, ce qui s’est traduit par un déficit d’environ 102 milliards de dollars pour le continent. Pékin demeure ainsi le premier partenaire commercial de l’Afrique, représentant près d’un cinquième de ses échanges, alors que le continent ne pèse encore qu’environ 4 % du commerce extérieur chinois.
L’objectif affiché de cette mesure est d’augmenter les exportations africaines et de renforcer les liens économiques avec le continent. Elle pourrait en effet offrir une opportunité à certains pays d’accroître leurs ventes vers le marché chinois grâce aux gains de compétitivité liés à la suppression des droits de douane. Les pays disposant déjà d’une base industrielle ou agro-exportatrice — comme l’Afrique du Sud, le Maroc, le Kenya ou encore l’Éthiopie et la Tunisie — pourraient ainsi bénéficier davantage de cet accès préférentiel, ce qui contribuerait à réduire, au moins partiellement, leurs déficits commerciaux vis-à-vis de la Chine. En revanche, pour les pays dont les exportations restent dominées par des matières premières brutes, des hydrocarbures ou des produits agricoles non transformés, les effets risquent de rester limités, la demande pour ces produits étant moins sensible aux variations tarifaires (les produits extractifs sont par exemple peu taxés et leur demande dépend surtout des cours mondiaux, moins des tarifs).
Sans diversification industrielle, la suppression des droits de douane risque donc de faire perdurer un modèle d’échanges asymétrique : les exportations africaines augmenteraient en volume, mais sans transformation structurelle, tandis que les importations chinoises continueraient de croître rapidement. À moyen terme, seuls les pays capables de transformer localement leurs ressources ou de développer des secteurs industriels pourraient améliorer leur balance commerciale — des gains qui dépendront toutefois de leur capacité à répondre aux normes, à produire à grande échelle et à s’insérer dans les chaînes logistiques vers la Chine — tandis que les économies plus dépendantes des matières premières pourraient voir leurs déséquilibres persister, voire s’accentuer.
Alors que Donald Trump a imposé des droits de douane supplémentaires, variant de 10 % à 30 % selon les pays, à la quasi-totalité du continent, l’Afrique risque de se retrouver au cœur de la guerre commerciale que se livrent Washington et Pékin. Quels sont leurs intérêts économiques et stratégiques dans la région ?
La hausse des droits de douane décidée par l’administration états-unienne — avec des taux compris entre environ 10 % et 30 % pour plusieurs pays africains, notamment l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya ou encore l’Égypte selon les catégories de produits — s’inscrit dans la stratégie protectionniste globale de l’« America First », visant à réduire le déficit commercial et à relocaliser la production industrielle. Dans le même temps, les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais stratégiques, tels que le cobalt, le cuivre ou le lithium, indispensables aux technologies vertes et aux semi-conducteurs. Cette orientation se concrétise notamment par le soutien à des projets d’infrastructures comme le corridor ferroviaire de Lobito, destiné à relier la « ceinture de cuivre » de la République démocratique du Congo et de la Zambie au port angolais de Lobito afin de faciliter l’exportation de minerais vers les chaînes de valeur occidentales.
De son côté, la Chine poursuit une stratégie double : sécuriser l’accès aux matières premières essentielles à son industrie et élargir ses débouchés commerciaux dans un marché en forte croissance de plus de 1,3 milliard d’habitants. En supprimant les droits de douane sur la quasi-totalité des importations africaines, Pékin cherche à consolider son statut de premier partenaire économique du continent tout en renforçant son influence au sein du « Sud global ». Cette politique s’inscrit dans une présence plus large, fondée sur le financement d’infrastructures, le développement de zones industrielles et des projets ferroviaires ou portuaires, souvent liés aux Nouvelles routes de la soie, à l’image de la ligne ferroviaire Addis-Abeba–Djibouti ou du port de Doraleh à Djibouti.
Longtemps marquée par des logiques d’extraction et de dépendance, l’Afrique apparaît aujourd’hui comme un théâtre de compétition géoéconomique entre Washington et Pékin. Les États-Unis privilégient la sécurisation des ressources critiques et l’endiguement de l’influence chinoise, tandis que la Chine mise sur l’intégration commerciale, les investissements et l’accès aux matières premières. Cette rivalité pourrait offrir aux pays africains une marge de manœuvre accrue pour négocier investissements, infrastructures et accès aux marchés, mais elle comporte aussi le risque de nouvelles dépendances ou de pressions politiques contradictoires, dans un contexte où les enjeux commerciaux, énergétiques et stratégiques sont étroitement imbriqués, avec parfois des logiques divergentes.
Face à cette rivalité sino-américaine, quelle place occupe l’Union européenne en matière d’échanges commerciaux avec le continent africain ? Quelles perspectives économiques pourraient se dessiner entre les deux continents face à ces deux puissances susmentionnées ?
L’Union européenne occupe une place centrale dans les échanges commerciaux africains, malgré la montée en puissance de la Chine et la pression commerciale américaine. En 2024, les échanges de biens entre l’UE et l’Afrique ont atteint environ 355 milliards d’euros, avec près de 189 milliards d’importations européennes et 165 milliards d’exportations vers le continent, soit un solde globalement excédentaire pour l’Afrique. L’UE reste ainsi un partenaire commercial stratégique, représentant environ un tiers du commerce extérieur africain. En outre, plus de 90 % des exportations africaines entrent sur le marché européen sans droits de douane grâce à plusieurs régimes préférentiels, à l’instar des accords de partenariat économique (APE) conclus avec différentes régions africaines, ce qui offre un accès commercial relativement favorable par rapport à d’autres grandes puissances.
Les échanges restent cependant structurés par un schéma qui évolue difficilement : l’Afrique exporte majoritairement des matières premières, des hydrocarbures et des produits agricoles, tandis que l’Europe exporte surtout des machines, des produits chimiques et des biens manufacturés. Ce modèle, qui présente des similitudes avec les relations commerciales du continent avec la Chine ou les États-Unis, engendre des interdépendances marquées : l’UE dépend des ressources africaines, notamment énergétiques et minières, tandis que de nombreux pays africains restent dépendants des importations industrielles européennes. En parallèle, l’Europe demeure le premier investisseur sur le continent, avec environ 239 milliards d’euros de stocks d’investissements directs étrangers (IDE) en 2023, ce qui lui confère un poids économique durable.
Face à la rivalité sino-américaine, l’Union européenne cherche à se positionner comme un partenaire intermédiaire et stabilisateur, misant sur des accords commerciaux, des investissements et des projets de transition énergétique, notamment via l’initiative Global Gateway. Lancée en 2021, elle vise à mobiliser jusqu’à 300 milliards d’euros d’ici 2027 pour financer des infrastructures durables, notamment en Afrique, afin de proposer une alternative aux financements chinois fondée sur des standards environnementaux et sociaux plus élevés et des partenariats avec le secteur privé. Cette stratégie pourrait offrir aux pays africains une alternative : plutôt qu’un alignement exclusif sur la Chine ou les États-Unis, ils pourraient diversifier leurs partenaires et tirer parti de la concurrence entre les grandes puissances pour obtenir de meilleurs accès aux marchés, financements et transferts technologiques. À moyen terme, les perspectives les plus favorables concernent surtout les pays capables d’intégrer les chaînes de valeur euro-africaines (énergies renouvelables, transformation agricole, minerais critiques), ce qui pourrait contribuer à rééquilibrer leurs balances commerciales et à réduire leur dépendance aux exportations de matières premières.
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Les drones constituent une véritable révolution aéronautique en ce sens qu’une seule technologie, utilisant une voilure fixe ou tournante, permet tout à la fois des usages récréatifs, industriels ou de services mais aussi pour les administrations publiques, notamment pour la défense et la sécurité. Toutes ces applications ont un dénominateur commun dans la mesure où l’utilisation de ces biens à double usage (civil et militaire) relève d’une activité aérienne à part entière. La réglementation européenne désigne sous l’appellation d’« Unmanned Aircraft Systems » (ou UAS) tout aéronef sans équipage à bord et l’équipement servant à le contrôler à distance. Les normes applicables aux drones sont très nombreuses : dès avant le législateur
européen avec les règlements de 2019, une loi du 24 octobre 2016, ainsi qu’une série d’arrêtés ont défini la notion de télépilote, précisé leurs obligations en matière d’immatriculation, d’enregistrement ou de signalement (électronique, lumineux et sonore) et permis de réprimer les usages illicites ou malveillants qui peuvent en être faits. Les enjeux juridiques des drones dépassent toutefois le seul cadre du droit aérien. Ainsi des règles relatives au respect de la vie privée, au traitement des données à caractère personnel, à la
sûreté, voire au droit international humanitaire s’agissant des drones dans les conflits armés, lorsqu’elles ont vocation à s’appliquer à ce type d’aéronef, prennent une dimension particulière.
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Chaque mardi, retrouvez en live Pascal Boniface et un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS, autour des temps forts et des enjeux de la Conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenue du 13 au 15 février 2026
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Loin de constituer un bloc homogène, ces mouvances idéologiques se distinguent par l’entrelacement de quatre écoles de pensées dont les frontières, à la fois floues et évolutives, se redéfinissent en permanence au sein du Parti républicain : la néoréaction, le libertarianisme autoritaire, le post-libéralisme et le conservatisme chrétien. Ces courants se sont en effet constitués dans un contexte de recomposition idéologique marqué par deux événements politiques majeurs :
Cette infographie est extraite de la note Cartographie des courants idéologiques au sein du Parti républicain de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis rédigée par Camille Boulenguer, chercheuse à l’IRIS.
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Loin de constituer un bloc homogène, ces mouvances idéologiques se distinguent par l’entrelacement de quatre écoles de pensées dont les frontières, à la fois floues et évolutives, se redéfinissent en permanence au sein du Parti républicain : la néoréaction, le libertarianisme autoritaire, le post-libéralisme et le conservatisme chrétien. Ces courants se sont en effet constitués dans un contexte de recomposition idéologique marqué par deux événements politiques majeurs :
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Tout d’abord, prenons acte que l’état du monde a changé radicalement depuis le début de ce millénaire et qu’il n’y aura vraisemblablement pas de retour en arrière, en particulier pour ce qui est de la relation transatlantique. Certes, nombreux sont les leaders européens qui espèrent encore que la présidence de Donald Trump ne soit qu’un mauvais moment à passer. Ils sont dans le déni de la fin d’une relation si longue et si profitable pour tous. Pourtant force est d’admettre que le « pivot vers l’Asie », l’isolationnisme ou la mise à l’écart du droit international ne datent pas de 2025. Gardons les yeux grands ouverts !
Deuxième constat : l’Union est dans l’incapacité de tirer profit de ses atouts tels la taille de sa population ou la force de son économie. Cela parce qu’elle n’a pas su ou pas voulu parachever sa construction dans le domaine économique et encore moins s’intégrer dans le domaine de la politique étrangère et de la défense. Il n’y a en effet aucune raison que 360 millions d’Américains protègent 500 millions d’Européens contre 130 millions de Russes. De même il n’y a aucune raison que les entreprises européennes les plus innovantes soient contraintes de se financer sur les marchés financiers d’Outre atlantique alors même que les Européens financent la plus grande part de leur déficit abyssal.
Troisième constat, parce qu’elle est faible, l’Union est attaquée. Elle est devenue une proie géopolitique, tenue à l’écart de la marche du monde : l’Ukraine, Gaza, le Venezuela, l’Iran. Vladimir Poutine lui a déclaré une guerre hybride depuis 2007 et Donald Trump se comporte en parrain mafieux exigeant paiement contre protection. Ils ont en commun la détestation de l’Union en tant qu’entité politique et soutiennent activement tous les partis politiques européens qui cherchent sa désintégration. Xi Jinping est plus habile mais pas moins redoutable.
On peut donc répondre à la première question : qu’est-ce que l’Union sur le grand échiquier ? Pour l’instant, elle n’est qu’un pion que les grandes puissances déplacent à leur guise. Elle reste, selon la formule consacrée, un géant économique, un nain politique et un vermisseau militaire.
Qu’est-ce que l’Union a accompli pour pallier ses faiblesses et contrer les attaques dont elle fait l’objet ?Commençons par l’économie et le commerce. Face aux sanctions extraterritoriales qui ont touché les grandes entreprises européennes, depuis 2014 et encore tout récemment, l’Union n’a rien fait. Face à l’espionnage américain des grandes entreprises voire des chefs d’État et de gouvernement, elle n’a pas réagi. Face à la trahison anglo-américaine dans l’affaire des sous-marins australiens (AUKUS), rien non plus. Personne n’aurait donc dû être surpris qu’elle ne fasse pas grand-chose lorsque Donald Trump l’a menacé d’une augmentation drastique des droits de douane. Et que fera-t-elle si elle doit entrer en guerre ouverte avec les géants de la tech américaine pour faire respecter les lois qu’elle a elle-même votées ?
S’agissant de la défense et de la sécurité, le tableau est plus contrasté. Depuis 2014, et l’invasion de la Crimée par la Russie, les instances européennes ont été les premières à réagir afin d’inciter les États membres à coopérer davantage. Ce sont les nombreuses initiatives prises par Jean-Claude Juncker et poursuivies par Ursula von der Leyen afin d’inciter les États membres à consolider la demande par des achats conjoints d’armement.
Mais, si l’Union européenne s’est reconnue, sur le tard, une modeste compétence en matière d’industrie de défense, elle ne dispose d’aucune compétence en matière de forces armées. Il a du reste fallu l’électrochoc de l’invasion de l’Ukraine en février 2022 et plus encore des palinodies de Donald Trump dans la guerre en Ukraine pour que les États membres prennent la mesure des dangers qui les guettent.
Du côté des points positifs, les dirigeants européens semblent avoir compris que la guerre en Ukraine est aussi la leur et que la meilleure façon de contrer les tentations hégémoniques russes est d’aider l’Ukraine. Ils semblent également avoir compris qu’il est critique de s’émanciper des États-Unis (et des autres États) non seulement dans la défense, mais dans tous les secteurs critiques qui forgent nos dépendances, afin de gagner une « souveraineté européenne » : armement, monnaie et marchés financiers, l’espace et son accès, communications, technologies numériques, systèmes de paiement, l’énergie et les matières premières…
Du côté des points négatifs, les Européens ont accepté d’augmenter leurs dépenses de défense. Mais cette augmentation, dans le seul but de complaire à Donald Trump, ne signifie pas nécessairement une plus grande efficacité militaire. En effet, l’augmentation des dépenses, dispersée sur chacun des États européens, ne produira que des effets militaires limités. Sans garantie nucléaire, qu’elle soit américaine ou française, sans les catalyseurs stratégiques tels que les satellites, la fusion du renseignement, les centres de commandement et de contrôle, ou les stocks de munitions adéquats, que valent vraiment les armées européennes face à une armée russe capable de perdre un million d’hommes pour achever ses objectifs ?
À quoi aspire vraiment l’Union européenne ?À la suite des guerres de Yougoslavie où ils avaient été incapables de stopper un génocide à « deux heures d’avion de Paris » sans l’aide des Américains, les gouvernements britanniques et français avaient apporté une réponse convaincante à cette question le 4 décembre 1998, à Saint-Malo. Cette réponse est : « l’Union européenne doit être en mesure de jouer tout son rôle sur la scène internationale ». Admirons au passage la concision du propos. Quel doit être ce rôle ? On ne peut le définir à l’avance mais il consiste au minimum à défendre ses intérêts propres.
Comment y arriver ? Là encore la déclaration de Saint-Malo est d’un grand secours : « dans cet objectif (jouer tout son rôle sur la scène internationale) l’Union européenne doit avoir une capacité autonome d’action, reposant sur des forces militaires crédibles, les moyens de décider de leur emploi et la volonté de le faire, afin de répondre aux crises internationales ». L’équation de la défense européenne, et plus largement de sa politique étrangère, peut ainsi être résumée sous la forme d’une multiplication : défense et politique étrangère européennes = volonté politique x aptitude à décider x capacité d’action. Si l’un de ces éléments est nul, l’ensemble le devient à son tour.
On peut du reste voir dans l’un des derniers documents du commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius la reprise de ce triptyque : « notre état de préparation en matière de défense repose sur trois piliers fondamentaux. Si l’un de ces trois piliers venait à s’effondrer, c’est tout notre état de préparation en matière de défense qui s’effondrerait. Et le développement de chaque pilier soulève ses propres questions : le pilier de la préparation matérielle de la défense (la capacité autonome d’action) ; le pilier de la préparation institutionnelle de la défense (l’aptitude à décider) ; le pilier de la préparation politique à la défense (la volonté politique) ».
En conclusion, et pour parodier la célèbre formule de l’abbé Sieyès (qu’est-ce que le Tiers État ?) : qu’est-ce que l’Union européenne pour nous : tout. Que représente-t-elle sur la scène internationale ? Rien. À quoi aspire-t-elle ? À devenir « quelque chose ». Pour cela, les États membres doivent avant tout résoudre la question de leur intégration politique. Et pour y arriver, ils doivent le vouloir vraiment que ce soit dans le cadre des traités européens si possible, en dehors plus probablement. Au fond, c’est toujours la même histoire : United we stand, Divided we fall.
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Le Vietnam dispose d’un territoire exigu et escarpé stratégiquement situé en Asie du Sud-Est, au carrefour de différentes influences. En découle une histoire dense, marquée par la domination chinoise, puis française, avant que le pays ne devienne l’un des points chauds de la guerre froide et de l’affrontements entre forces communistes et occidentales.
Depuis, le régime vietnamien s’est engagé dans une politique de renouveau qui a permis l’ouverture de l’économie vietnamienne au monde et un développement rapide du niveau de vie, parallèlement à une importante croissance démographique. Le parti-État est désormais confronté à de multiples défis. Le vieillissement de la population le pousse à repenser son modèle de développement. Il s’agit de transformer son économie pour poursuivre sa montée en puissance économique et commerciale. Parallèlement, le Viêtnam doit faire face aux risques climatiques qui pèsent sur son agriculture, un secteur économique central.
L’émergence du pays se traduit également d’un point de vue stratégique et diplomatique. Membre actif de l’ASEAN, le Viêtnam est également au cœur des rivalités sino-américaines en Asie Pacifique. Hanoï doit naviguer entre son imposant voisin, aux revendications territoriales contradictoires aux siennes en mer de Chine, son principal fournisseur et Washington, principale destination de ses exportations, qui cherche à se rapprocher d’Hanoï dans sa rivalité avec Pékin. Face à cela, le Viêtnam développe la «diplomatie du bambou» et cherche à diversifier ses partenaires à l’échelle régionale et internationale pour réduire sa dépendance à l’égard des deux superpuissances.
Comment l’histoire du Viêtnam a-t-elle façonné sa géopolitique contemporaine ? À quels défis Hanoï fait-elle face pour préserver sa croissance économique ? Quel est son rôle sur les scènes régionale et internationale ?
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Ce dimanche 9 février 2026, les électeurs japonais se sont rendus aux urnes à la suite des élections anticipées provoquées par Sanae Takaichi qui escomptait redonner la majorité à son parti, le Parti libéral-démocrate (PLD). Un défi largement gagné : un premier décompte montre que le PLD et son partenaire, le Parti de l’innovation du Japon, ont dépassé les 310 sièges nécessaires pour obtenir la majorité des deux tiers à la Chambre des représentants, qui compte 465 membres.
Les enjeux de politique intérieure ont dominé ce scrutin : le coût de la vie, la question de l’immigration et de la place des « étrangers » dans la société, la rancœur contre les scandales de pots-de-vin pesant sur les élites politiques de l’archipel et l’objectif plus large d’une réforme politique réelle. Toutefois, les questions de sécurité nationale et la relation avec les États-Unis et la Chine, demeurent très présentes dans l’agenda de la Première ministre, soucieuse de renforcer au plus vite la dissuasion militaire de l’archipel.
Un succès sans appel dû à la personnalité volontariste de Sanae TakaichiLa Première ministre dispose désormais d’un mandat fort pour s’attaquer à la reprise économique et au renforcement de la défense de l’archipel. Ce succès constitue un revirement spectaculaire, après deux défaites consécutives aux élections nationales de 2024-2025 qui ont laissé le PLD dans l’incapacité de former un gouvernement. La victoire éclatante de Madame Takaichi peut être comparée à celle de Shinzo Abe, son modèle et mentor, qui fut le Premier ministre japonais ayant exercé le plus longtemps. Après avoir ramené le PLD au pouvoir en décembre 2012 grâce à une victoire électorale écrasante qu’il avait lui-même orchestrée, Shinzo Abe est resté en fonction pendant près de huit ans.
L’élection de Sanae Takaichi à la tête du parti en octobre 2025 a captivé l’opinion publique, en particulier les jeunes électeurs. Le large soutien dont a bénéficié cette femme politique atypique associée à l’aile la plus radicale du PLD montre qu’elle a su prouver qu’elle était une dirigeante pragmatique et avisée, capable de traiter des questions difficiles telles que l’immigration et les déficits budgétaires tout en tenant une ligne ferme face à la Chine. Tout en inscrivant sa trajectoire au sein d’un parti traditionnel et passéiste, l’énergie politique de la Première ministre lui permet d’incarner un avenir possible pour l’archipel, amenant un nouveau souffle au cœur d’un système dominé par des hommes âgés aux mentalités « d’héritiers ».
Face à madame Takaichi, l’opposition représentée par la nouvelle Alliance centriste pour la réforme, formée par le Parti constitutionnel démocratique et le Komeito, n’a pas réussi à créer une dynamique suffisante et a perdu un nombre important de sièges.
Le virage néo-conservateur du PLD sur une scène politique en cours de mutationLe PLD a bénéficié d’un effet « d’entraînement », profitant de la côte de popularité élevée de la Première ministre. Cette dernière, qui a adopté un ton plus nationaliste que ses prédécesseurs récents, semble avoir rallié les électeurs conservateurs, dont certains avaient déserté le parti lors des élections précédentes. Sanae Takaichi a clairement donné la priorité à des questions telles que la constitution et sa position forte en matière de politique étrangère et de sécurité a été très bien accueillie par les électeurs les plus radicaux. Ce virage a intensifié la concurrence entre les partis néo-populistes qui rivalisent avec le PLD et sa ligne la plus dure, notamment sur l’immigration, dont le Sanseito et le Parti démocratique pour le peuple, qui ont tous deux eu du mal à augmenter leur nombre de sièges.
Un train de réformes devrait contribuer à redorer l’image très écornée du personnel politique nippon. Le premier est la demande d’une réglementation plus stricte du financement politique. Le PLD a longtemps été sujet à des scandales liés à l’argent et des règles plus strictes en matière de financement des campagnes électorales ont été instaurées. En 2023, l’ancien Premier ministre Kishida Fumio a enquêté sur des informations faisant état de caisses noires non déclarées, provenant principalement de collectes de fonds, et de nombreux membres du PLD ont été reconnus coupables ont été sanctionnés.
L’autre réforme politique, qui devrait avoir un impact important sur les petits partis concerne la réduction des sièges législatifs. Dans le cadre de l’accord de coalition avec le PLD, le Parti de l’Innovation a plaidé en faveur d’une réduction du nombre de sièges à la Diète et d’une réduction de la taille du gouvernement. Tout en luttant contre la bureaucratie japonaise, jugée particulièrement lourde par l’opinion publique, le Parti de l’Innovation entend diminuer les dépenses publiques et accroitre l’efficacité de l’appareil d’État. Le nombre de sièges à la Chambre basse devrait évoluer de 465 à 420, soit une diminution d’environ 10 % du total actuel.
Des priorités économiques et sociétales pressantesSanae Takaichi dispose désormais d’un grand pouvoir législatif et d’un capital politique important pour mettre en œuvre ses programmes de stimulation budgétaire. Elle s’est ainsi engagée à geler pendant deux ans la taxe à la consommation de 8 % sur les produits alimentaires pour aider les ménages à faibles et moyens revenus qui souffrent de la stagnation des salaires dans un contexte de forte inflation. Mais cette réduction de la taxe sur la consommation alimentaire devrait entraîner une baisse des recettes fiscales annuelles de 5 000 milliards de yens et contrarier la reprise de la croissance escomptée. L’endettement du pays dépasse les 230 % du PIB, le taux le plus élevé parmi les économies développées.
Par ailleurs, l’un des principaux points de discorde entre les forces au pouvoir et l’opposition reste la question, très débattue et instrumentalisée, de la présence d’étrangers au Japon. La question du « surtourisme » s’y mêlant sans discernement. Le gouvernement a déjà pris des mesures pour renforcer les règles relatives à la résidence permanente et à la propriété foncière. Le Parti de l’Innovation demande que le nombre d’étrangers soit « limité ». Or la réalité des chiffres évoque 2,7 % d’étrangers pour une population totale d’environ 125 millions d’habitants, ce qui apparait assez faible. Les pays les plus représentés étant la Chine, le Vietnam, la Corée du Sud et les Philippines.
Le triangle Chine-États-Unis-Japon et le réarmement inéluctable de l’archipelSur le plan diplomatique, la manière dont la Première ministre Takaichi gérera les relations de l’archipel avec l’allié américain et la Chine s’avère cruciale. Il est clair que Sanae Takaichi entend réaffirmer le primat de l’Alliance de sécurité entre le Japon et les États-Unis. Le 19 mars 2025, elle devrait se rendra aux États-Unis pour rencontrer Donald Trump, dans le but de renforcer la relation bilatérale. Quelques jours avant les élections japonaises, le président américain avait déclaré sur Truth Social que Sanae Takaichi avait son « soutien total et absolu ». Cependant, il doit lui-même rencontrer le dirigeant chinois Xi Jinping lors d’une visite officielle en Chine en avril 2025 et définir avec Pékin des relations qu’il a souhaité « respectueuses ».
Madame Takaichi se trouve ainsi dans une situation où les États-Unis et la Chine cherchent à se rapprocher, contrairement au Japon et à la Chine, ce qui place Tokyo dans une position incertaine. La Première ministre avait déclenché des tensions avec le gouvernement chinois en novembre 2025 en laissant entendre que le Japon pourrait intervenir en cas d’agression future de la Chine contre Taïwan, une déclaration par ailleurs dans la ligne des précédents commentaires de ses prédécesseurs, conscients que le Japon ne pourrait rester à l’écart en cas de crise dans le détroit. Sans surprise, Pékin – voyant l’occasion de tester la détermination de la nouvelle Première ministre- avait surréagi en imposant des restrictions sur les expéditions de terres rares vers l’archipel et en mettant en garde ses nationaux contre les voyages dans ce pays.
Si l’opinion publique japonaise se révèle partagée quant à l’opportunité de venir en aide à Taïwan en cas de conflit avec la Chine, la fermeté de madame Takaichi face au déclenchement de la virulence chinoise, tout comme l’augmenter le budget de la défense à 2 % du PIB d’ici mars 2026, soit deux ans plus tôt que prévu, bénéficie désormais d’un large soutien. En décembre 2025, le gouvernement nippon a approuvé une augmentation de 9,4 % des dépenses de défense pour atteindre cet objectif, en privilégiant la production nationale et les capacités avancées (cyberdéfense, spatial, frappes à longue portée). Plus largement, face à la montée des menaces émanant de la Chine, de la Corée du Nord et de la Russie, le gouvernement prévoit également de réviser rapidement les principales stratégies de sécurité et de défense du Japon.
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Alors que l’aide publique au développement fait face à une contraction sans précédent, entre coupes budgétaires annoncées, montée des urgences humanitaires et aggravation des crises de la dette, les débats sur son efficacité se réactivent. Depuis vingt ans, les réformes impulsées par la Déclaration de Paris ont profondément transformé les pratiques : aide plus ciblée, projets évalués, redevabilité accrue et partenariat renforcé avec les pays récipiendaires. Pourtant, la baisse des financements menace ces acquis, au moment même où les besoins structurels (éducation, santé, adaptation climatique) n’ont jamais été aussi élevés. Entre impératifs de court terme, risques de dépendance, fragilité institutionnelle et arbitrages imposés par le surendettement, un dilemme se pose : comment préserver une aide efficace, soutenable et tournée vers le long terme, lorsque les moyens se réduisent, que les urgences s’accumulent et que les créanciers privés jouent un rôle grandissant dans les négociations ?
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