Ces dernières années, nous assistons à une uniformisation progressive du paysage médiatique mainstream. La concentration des médias entre les mains de milliardaires politisés à droite ou à l’extrême droite et la pression de plus en plus forte sur le service public entrainent la disparition des voix critiques, de plus en plus exclues des plateaux de télévision, des radios et même de la presse écrite. Face à ce phénomène, des médias indépendants émergent sur Internet, portant un discours plus contestataire, en phase avec les aspirations d’un nombre croissant de citoyens. Blast, fondé en 2020 par Denis Robert, fait partie de ces nouveaux canaux d’information qui cherchent à « peser dans la bataille de l’information » et à être « accessibles au plus grand nombre pour aiguiser l’esprit critique et donner envie de résister et d’agir » face à la standardisation des discours.
Comment lutter contre l’uniformisation des discours portés par les médias dominants ? La profession de journaliste est-elle en danger face à la multiplication des entorses à la déontologie ? Est-il possible de fournir une information rendant compte de la « réalité » ? Comment expliquer l’omniprésence du soutien à Israël au sein des médias français ?
Autant d’enjeux abordés avec Denis Robert, journaliste et fondateur du média Blast.
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Présentes sur les territoires de quatre États, les populations kurdes partagent une histoire millénaire. Néanmoins, leur division physique en Turquie, en Syrie, en Irak et en Iran, à la suite du traité de Lausanne de 1923 a formé des modes de socialisation politique différents marqués par des contradictions internes et des aspirations contrastées.
À l’occasion de la sortie de son ouvrage « Comprendre la question kurde » (Éditions Armand Colin, 2026), Didier Billon, conseiller scientifique et responsable du Programme Moyen-Orient/Afrique du Nord de l’IRIS répond à nos questions
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Le 3 novembre, les électeurs américains se rendront aux urnes pour les élections de « mi-mandat » (midterms). Sont en jeu les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat, ainsi que de nombreux mandats locaux. La très courte majorité républicaine à la Chambre et la majorité, un peu plus confortable, au Sénat sont toutes deux menacées. À en juger par les indicateurs disponibles, les démocrates semblent bien partis pour réaliser une bonne performance.
Il n’est pas inhabituel que le parti du président sortant essuie un revers lors de ces élections, mais les sondages sont particulièrement défavorables aux républicains pour cette échéance de 2026. Le président lui-même affiche des niveaux de popularité historiquement faibles — les sondages récents situent son taux d’approbation autour de 38 % — et les perspectives de la plupart des candidats républicains au Congrès sont étroitement liées au sort politique de Trump. La campagne militaire de l’administration en Iran, impopulaire, ainsi que les questions liées au coût de la vie ont rendu les électeurs américains particulièrement mécontents ces derniers mois. Dans les sondages « génériques », les démocrates devancent les républicains de 8 points ou davantage, soit bien au-delà de la marge d’erreur. Plus révélateur encore, les républicains consacrent de plus en plus de ressources à défendre des sièges dans des territoires que Trump avait remportés largement en 2024. Dans des États comme le Texas, l’Iowa, l’Ohio et l’Alaska, où les républicains ont largement dominé ces dernières années, le parti du président est désormais sur la défensive. Les démocrates ont eux aussi leurs difficultés, et l’image du parti est loin d’être excellente auprès de nombreux électeurs, mais ils devraient néanmoins réaliser une bonne performance.
Les chances des démocrates de reprendre la Chambre des représentants sont très bonnes. Il leur suffit de gagner trois sièges nets pour obtenir la majorité, et ils semblent bien placés pour y parvenir. Le Sénat est plus compliqué. Initialement, la carte électorale de cette année n’était pas particulièrement favorable à la minorité démocrate, mais, ces derniers mois, la dynamique semble s’être retournée contre plusieurs candidats républicains vulnérables. Certains pronostics donnent désormais un léger avantage aux démocrates, qui pourraient, tout juste, parvenir à remporter les quatre sièges nécessaires pour faire basculer le Sénat. Ce sera extrêmement serré.
Si les démocrates parviennent à s’imposer dans les deux chambres, le changement sera probablement plus progressif que radical. Le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, serait bien placé pour devenir président de la Chambre (Speaker). Jeffries est politiquement situé au centre-gauche et est étroitement lié à l’establishment démocrate. Au Sénat, le chef de la minorité, Chuck Schumer, qui a déjà occupé le poste de chef de la majorité, convoite clairement cette fonction. Il rencontrera probablement une certaine opposition, mais il est le favori présumé. Schumer est lui aussi un pragmatique et un institutionnaliste. Ces deux dirigeants sont assez éloignés de certains des progressistes les plus en vue du parti, comme Bernie Sanders ou Alexandria Ocasio-Cortez.
Pour Donald Trump, en revanche, le retour de l’une ou des deux chambres du Congrès sous contrôle démocrate constituera presque certainement un casus belli. Avec une majorité démocrate au Congrès, les deux dernières années de la présidence Trump seront sans doute exceptionnellement houleuses et conflictuelles.
Voici trois pronostics pour la période qui suivra les midterms :
En cas de victoire démocrate, Donald Trump contribuera davantage encore à saper la confiance dans le système démocratique américain. Le président est certainement conscient des perspectives médiocres des républicains et semble avoir eu du mal à trouver un message susceptible d’améliorer leurs chances tout en prenant ses distances avec une éventuelle défaite électorale. Au lendemain d’une mauvaise élection pour les républicains, il est toutefois très probable que Trump et son administration mettent en cause la fiabilité du système électoral lui-même. Trump a attaqué à plusieurs reprises le vote par correspondance, affirmé que des non-citoyens, supposément favorables aux démocrates, votaient en grand nombre, et accusé de fraude toute une série de responsables électoraux locaux dans des circonscriptions favorables aux démocrates. Il a même été question de déployer des agents fédéraux, notamment du FBI et de l’ICE, dans les bureaux de vote à travers le pays. Si son parti perd, il faut s’attendre à des accusations virulentes de « vol » de l’élection de la part de Trump, avec les effets corrosifs que l’on peut imaginer sur la culture démocratique américaine lorsqu’un président des États-Unis formule de telles accusations. Les recours judiciaires infondés que les républicains pourraient engager contre les résultats électoraux n’auraient guère plus de chances d’aboutir que ceux de 2020, lorsque Trump avait déjà cherché à « stop the steal » après avoir perdu l’élection présidentielle. Mais le mal, lui, serait déjà fait.
La paralysie gouvernementale sera inévitable. En cas de victoire démocrate, les chances de parvenir à un accord bipartisan sur les éléments fondamentaux de la gouvernance au cours des deux années qui resteront à Trump à la Maison-Blanche seraient pratiquement nulles. On peut notamment s’attendre à des affrontements persistants et perturbateurs autour du processus budgétaire. Des shutdowns de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, sont très probables. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump semble avoir une grande tolérance pour le fait de mettre à l’arrêt une grande partie du gouvernement plutôt que de parvenir à un compromis négocié avec le Congrès, et il a déjà utilisé la menace d’un shutdown comme arme dans ses affrontements avec le Congrès. On peut espérer qu’il n’ira pas jusqu’à provoquer un défaut de paiement de la dette américaine, mais le président a démontré qu’il était à l’aise avec le recours au bras de fer autour du relèvement du plafond de la dette, avec des risques potentiellement considérables pour l’économie internationale si un différend avec le Congrès sur cette question restait sans solution. En cas de shutdown, Trump pourrait également recourir à des moyens juridiques contestables pour poursuivre certaines opérations gouvernementales qu’il juge prioritaires — la guerre en Iran ou les opérations de l’ICE contre les immigrés, par exemple.
Le Congrès contre-attaquera. Les chances de voir Donald Trump faire une nouvelle fois l’objet d’une procédure de destitution sont élevées. Le Congrès pourrait invoquer plusieurs motifs, mais l’une des voies d’attaque qui présenterait certains avantages politiques pour les démocrates pourrait concerner les opérations militaires controversées menées par Trump en Iran. En vertu du War Powers Act, le président est légalement tenu d’informer le Congrès dans les 48 heures suivant le lancement d’opérations militaires et de solliciter une autorisation du Congrès dans un délai de 60 jours. Trump n’a fait ni l’un ni l’autre. La Chambre disposerait très certainement des voix nécessaires à une mise en accusation — l’équivalent, aux États-Unis, d’un acte d’accusation contre le président — et, si les démocrates contrôlent également la chambre haute, un procès se tiendrait au Sénat. Compte tenu de la majorité des deux tiers nécessaire pour condamner le président, une destitution effective paraît très improbable. À la Maison-Blanche comme au Congrès, cependant, une grande partie du travail quotidien risque de s’arrêter tandis que les deux branches du gouvernement se livreront une véritable guerre institutionnelle. Parallèlement, le Congrès mènera des auditions hostiles et pourrait même engager des procédures de destitution contre d’autres responsables de l’administration.
En cas de victoire démocrate aux midterms, la fin de la présidence Trump risque donc d’être particulièrement difficile.
Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department.
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Arrivé à Moscou en septembre 2021, quelques mois seulement avant le déclenchement de l’offensive russe contre l’Ukraine, Sylvain Tronchet a vu ses conditions de travail profondément évoluer au fil de la guerre. Restrictions de déplacement, difficultés d’accès aux sources, surveillance, accréditations refusées : exercer le métier de correspondant étranger en Russie est devenu de plus en plus complexe. Dans un pays où les derniers journalistes indépendants ont progressivement cessé leur activité ou quitté le territoire, comment continuer à informer ? Comment confronter le discours du pouvoir aux faits sans mettre en danger ses interlocuteurs ? Et comment raconter une société russe bouleversée par plusieurs années de guerre ?
De retour en France après cinq années passées en Russie, Sylvain Tronchet revient sur son expérience dans cet entretien exclusif accordé à l’Observatoire de l’information et des stratégies d’influence.
Entretien réalisé en juillet 2026.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, autour des résultats du premier tour de l’élection présidentielle au Brésil qui placent Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, en tête avec 47,03 % des voix devant le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva qui obtient 45,16 % des suffrages. Les deux candidats se retrouveront au second tour, le 25 octobre. Le Brésil va-t-il à son tour s’inscrire dans le virage conservateur observé dans plusieurs pays d’Amérique du Sud ?
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Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Denis Mukwege, gynécologue et militant des droits de l’Homme kino-congolais et lauréat du prix Nobel de la paix 2018 ; il revient sur sa note stratégique pour une sortie de crise pour la République démocratique du Congo (RDC), à l’occasion de la Conférence « 30 ans de guerre, 30 ans d’impunité » à Bruxelles.
L’Est de la République démocratique du Congo est le théâtre de violents conflits depuis trente ans, guerre la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale. Différents groupes s’affrontent pour le contrôle des ressources de la région, plaque tournante d’une industrie minière indispensable à la révolution numérique, mais en réalité « rouge du sang des femmes et des enfants congolais ». Le plus important de ces groupes est le M23, soutenu par l’État rwandais, qui sévit en RDC au détriment de la souveraineté du pays.
Dans sa note stratégique, Denis Mukwege propose une série de mesures pour un processus de sortie de crise vers une paix juste et durable. Il souligne notamment l’importance de l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité : cessez-le-feu immédiat, retrait immédiat du M23 et démantèlement des administrations parallèles.
Ainsi, pour Denis Mukwege, la sortie de crise en RDC ne peut se limiter à un simple cessez-le-feu : elle doit s’accompagner d’une véritable réponse politique et sécuritaire, mais aussi d’une lutte contre l’exploitation illégale des ressources et l’impunité, afin de construire une paix durable et de rendre justice aux populations congolaises.
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Le changement le plus significatif de la diplomatie des sommets franco-coréens en 2026 ne réside pas dans la multiplication des rencontres. Il tient au fait que, cinq mois à peine après avoir élevé leur relation au rang de « partenariat stratégique global » à Séoul le 3 avril, les deux pays ont commencé, le 8 septembre à Paris, à donner une traduction concrète à ce partenariat par des accords, des dialogues de haut niveau, des coopérations entre entreprises et des échanges militaires. Au lendemain du sommet d’avril, j’avais souligné que la tâche suivante de la relation franco-coréenne ne consistait pas à forger une nouvelle rhétorique, mais à mettre en place des mécanismes opérationnels pérennes : instances de concertation diplomatique et de défense, feuille de route de la coopération de défense, concrétisation industrielle de la coopération nucléaire et coopération en matière de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). Le sommet de septembre a répondu en grande partie à cette exigence, tout en mettant clairement en lumière les lacunes institutionnelles qui restent à combler.
Réduire ce sommet au simple renforcement d’une relation bilatérale ne permet pas d’en saisir pleinement la portée stratégique. Lors de la déclaration conjointe à la presse, le président Emmanuel Macron a souligné qu’en cette période de recomposition du monde, la Corée et la France devaient agir ensemble dans les domaines de la défense, de la sécurité, de la technologie et de l’énergie, tout en préservant chacune leur « souveraineté » et leur « autonomie stratégique ». L’autonomie stratégique ne signifie pas ici rejeter les alliances ni adopter une neutralité mécaniquement équidistante entre les États-Unis et la Chine ; elle renvoie plutôt à la capacité de juger et d’agir par soi-même, ainsi qu’à l’élargissement de ses marges de choix dans les domaines touchant aux intérêts nationaux essentiels, aux chaînes d’approvisionnement, à la technologie et à la sécurité. Le président français est allé jusqu’à affirmer que l’action commune des deux pays leur permettait d’échapper à toute « vassalisation » par quelque grande puissance que ce soit, qualifiant cette démarche de « coalition des indépendants » et estimant que la relation franco-coréenne en offrait une illustration exemplaire.
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Les incendies de forêt ne sont plus seulement une question de protection des massifs forestiers. À mesure que le risque s’étend géographiquement, que les saisons propices aux feux s’allongent et que plusieurs territoires peuvent être confrontés simultanément à des incendies majeurs, ils interrogent désormais la capacité des États à protéger leurs populations, leurs infrastructures et leurs fonctions essentielles.
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La Cour pénale internationale (CPI) fait aujourd’hui l’objet de nombreuses tentatives de déstabilisation de la part de l’administration Trump, qui a fait de son démantèlement « brique par brique » une mission. L’hostilité des États-Unis à l’égard de la CPI n’est pas nouvelle : cette offensive intervient en réaction aux enquêtes et procédures engagées par la Cour concernant d’un côté la situation en Afghanistan, risquant de mettre en cause l’armée américaine ; de l’autre la situation en Palestine, procédure qui a donné lieu à l’émission d’un mandat d’arrêt à l’encontre notamment de Benyamin Netanyahou en novembre 2024.
L’administration Trump a néanmoins franchi un nouveau cap depuis son retour aux affaires, en imposant des sanctions d’ampleur à l’encontre de plusieurs magistrats de la Cour et en multipliant les appels aux États parties au statut de Rome à s’en retirer. Face à cette offensive contre une institution au cœur du droit international, la réaction européenne reste timorée.
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Le 4 octobre, les Brésiliens redéfiniront leur paysage politique lors d’élections générales. Dans ce contexte, 13 candidats s’opposeront pour la présidentielle.
Ce scrutin attire tous les regards. Deux enjeux majeurs le caractérisent : une forte polarisation entre la gauche de Luiz Inácio Lula da Silva et l’extrême droite de Flávio Bolsonaro ; une ingérence de Washington dans la campagne.
Une victoire de Flávio Bolsonaro, soutenu par l’administration Trump, pourrait ainsi faire basculer toute la région du côté des projets du président américain visant à repositionner l’Amérique latine comme zone d’influence des États-Unis.
Quels sont les véritables enjeux de ces élections ? Alors que la polarisation domine la vie politique nationale, l’influence de Washington pose une question cruciale : jusqu’où l’ingérence américaine peut-elle aller ? Nouvelle chronique de l’Amérique latine avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS et responsable du Programme Amérique latine/Caraïbe.
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Les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 sous l’égide des États-Unis, avaient porté l’espoir d’un règlement pacifique du conflit israélo-palestinien après des décennies de violence. L’échec des accords de Camp David II et l’éclatement de la deuxième Intifada en 2000 ont cependant démontré l’ampleur des divisions qui persistaient entre les deux camps. Aujourd’hui, le choc des attentats du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas, la riposte israélienne à Gaza – régulièrement qualifiée de génocide – et l’intensification de la colonisation israélienne en Cisjordanie rendent plus improbable que jamais toute perspective de paix durable. La poursuite des violences est-elle pour autant inévitable ?
Comment l’histoire du conflit israélo-palestinien éclaire-t-elle la situation actuelle ? En quoi les accords d’Oslo peuvent-ils être qualifiés d’échec ? Quelles leçons peut-on tirer des précédentes tentatives de règlement du conflit ? La solution à deux États est-elle la seule option réaliste ? Comment l’opinion évolue-t-elle à ce sujet aux États-Unis ?
Autant d’enjeux abordés avec Robert Malley, enseignant à l’université de Yale et ancien conseiller des présidents Bill Clinton et Barack Obama sur le Proche-Orient.
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Pierre-Antoine Donnet, ancien rédacteur en chef central de l’Agence France-Presse et correspondant à Pékin, Tokyo et New York, a répondu aux questions de Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, à propos de son ouvrage Chine, la défaite de l’Occident paru aux éditions de l’Aube en 2026. Extrait :
« Après le premier choc chinois des années 2000, lorsqu’un véritable tsunami de marchandises chinoises s’est déversé sur les marchés occidentaux à la suite de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 2001. Un « deuxième choc chinois » ou « choc chinois 2.0 » a déjà commencé, la première cible étant le secteur automobile. Je prends l’exemple de l’Allemagne qui a perdu 420 000 emplois industriels entre 2019 et 2025. Depuis les années 1970, tous les chanceliers allemands avaient parié sur la Chine et son marché qui donnait l’image trompeuse d’un eldorado infini. Volkswagen avait été l’un des précurseurs des délocalisations des majors de l’industrie européenne en Chine dans les années 70 et je me souviens très bien de ces Passat Volkswagen qui circulaient dans les rues de Pékin, prisées des cadres du Parti et de la haute administration, qui représentaient l’essentiel des voitures que l’on pouvait voir dans la capitale.
Aujourd’hui, ce pari chinois est largement perdu avec l’exemple le plus frappant de Volkswagen pour qui le marché chinois a longtemps été son premier marché mondial, avant même son marché domestique allemand. Le patron de Volkswagen, Oliver Blume, a publiquement annoncé en juillet la suppression de 100 000 emplois sur ses 660 000 employés dans le monde d’ici 2030, du fait principalement de la concurrence des véhicules électriques chinois. Déjà, ceux-ci envahissent les marchés mondiaux à des prix au moins 35 % moins chers que ceux de leurs concurrentes occidentales à qualité égale ou supérieure. La Chine compte près de 230 constructeurs automobiles employant 1,3 million d’ouvriers qui se livrent une concurrence acharnée pour survivre en réduisant au maximum les coûts de production de même que leurs marges. Les usines du géant BYD sont pour certaines presque entièrement robotisées et fonctionnent la nuit presque sans présence humaine. BYD construit en ce moment une méga-usine en Hongrie qui produira, à partir de la fin de cette année, des centaines de milliers de véhicules électriques par an sans craindre les sanctions commerciales ou les droits de douane puisque sa production sera localisée sur le sol de l’Union européenne. Pourquoi ce raz-de-marée ?
On le sait, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le président chinois Xi Jinping donne à la stabilité politique la priorité absolue sur l’économie. Mais comme la demande intérieure en Chine stagne depuis quelques années avec une hausse du chômage importante dont surtout celui des jeunes, l’économie s’essouffle au point que le doute s’installe et avec lui la consommation intérieure qui stagne. En période d’insécurité ou de doute, traditionnellement les Chinois épargnent pour faire face à de possibles lendemains difficiles. De ce fait, la surproduction industrielle est énorme en Chine et ne peut trouver de débouchés que sur les marchés extérieurs en exportant à prix cassés et en inondant les marchés mondiaux. La Chine est engagée dans un cercle vicieux où le régime doit absolument garantir un certain seuil de prospérité à sa population au risque sinon d’une instabilité sociale qu’il redoute. C’est là son « mandat du ciel » non écrit conclu avec la population : vous nous laissez conduire les affaires du pays en échange d’une prospérité minimale. Produire et exporter, même à perte, est de ce fait une nécessité absolue. »
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La guerre en Ukraine a eu pour effet de conduire les instances européennes, à la demande du conseil de l’Union européenne (l’UE) et de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, à proposer de nouvelles mesures pour permettre à l’Europe de se réarmer en augmentant les dépenses de défense, en faisant l’acquisition de nouvelles capacités et en accroissant les capacités de production d’armement de l’Union européenne.
Historiquement, l’action de l’Union européenne en matière de financement de la défense et notamment de l’industrie de défense peut se diviser en trois périodes.
La première période s’ouvre en 2016 et voit la Commission européenne proposer les premières actions en faveur de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) de manière à accroitre la compétitivité de celle-ci, de financer notamment de la recherche et technologie (R&T) et de la recherche et développement (R&D) de défense, domaines qui ont été le plus affectés par la baisse des budgets de défense après la chute du mur de Berlin. Cette période qui s’achève avant le début de la guerre en Ukraine voit éclore trois programmes majeurs de l’Union européenne : le Prepatory Action on Defence Research (PADR) en 2017, l’European Defence Industrial Development Programme (EDIDP) en 2018 et l’European Defence Fund (EDF) en 2021. Les deux premiers programmes étant les initiatives pilote de l’EDF en matière de R&T et de R&D. Ces trois programmes encouragent, par ailleurs, les entreprises bénéficiaires à coopérer, la règle selon laquelle il est nécessaire de présenter des projets réunissant trois entreprises de trois pays différents pour obtenir des financements européens étant fixée dans l’EDIDP en 2018. Par ailleurs, les conditions d’éligibilité conduisent à privilégier la préférence européenne pour avoir accès aux crédits européens.
La deuxième période s’ouvre avec le début de la guerre en Ukraine et se prolonge jusqu’à la publication du plan Readiness 2030 du 19 mars 2025. Durant cette période, la Commission européenne présente, à la demande du conseil européen, un certain nombre de mesures d’urgence destinées à acquérir des capacités dans un cadre collectif European Defence Industry Reinforcement through Common Procurement Act (EDIRPA) pour permettre la remontée en puissance de l’industrie munitionnaire Act in Support of Ammunition Production (ASAP), ainsi qu’une initiative que l’on pourrait qualifier de mixte European Defence Industry Programme (EDIP). En effet, EDIP tend à prolonger les dispositions prévues dans EDIRPA et ASAP, comprenant aussi des dispositions en faveur de l’Ukraine qui est en guerre. EDIP prolonge la philosophie d’EDF au stade des acquisitions et prévoit également des dispositions en matière de sécurité d’approvisionnement et de financement des petites ou moyennes entreprises (PME). On peut considérer EDIP comme une action pilote qui devrait trouver son prolongement dans le futur fonds de compétitivité.
Du fait de son agenda d’adoption qui a pris du retard, le projet de règlement instituant EDIP a mis plus d’un an à être adopté, mais aussi de son objet ; EDIP peut être considéré comme étant à cheval entre la deuxième période qui débute après le début de la guerre en Ukraine et la 3e période qui s’est ouverte avec le plan ReArm Europe dénommé Readiness 2030 présenté le 19 mars 2025. Il a d’ailleurs été nécessaire de coordonner EDIP avec Security Action for Europe (SAFE), car certaines des règles qui régissaient ce dernier instrument devaient être appliquées à SAFE.
C’est pour cette raison qu’il apparait nécessaire d’inclure EDIP dans l’analyse des mesures du plan Readiness 2030, car la temporalité de l’exécution des dispositions de ces divers instruments se recoupe.
Les deux autres instruments à prendre en compte ont été présentés dans le plan Readiness 2030.
Il s’agit de l’Escape clause qui permet aux États qui l’invoquent de pouvoir, durant quatre ans, augmenter leur budget de défense jusqu’à hauteur de 1,5 % du produit intérieur brut (PIB) sans que cela ne soit comptabiliser dans les obligations du pacte de croissance et de stabilité. L’Escape clause ne fixe pas de conditions dans son utilisation. Le surcroît de crédits budgétaires peut être affecté tout aussi bien à des dépenses d’investissement et d’acquisitions que pour les infrastructures ou pour augmenter le format des armées. Les règles gouvernant l’Escape clause ont été fixées dans une communication du 19 mars 2025 avec comme date limite pour activer l’Escape clause fixée à la fin du mois d’avril 2025, seize pays ayant demandé à bénéficier de cette dérogation à cette date.
Finalement, le 8 juillet 2025, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour quinze États membres : la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, la Tchéquie, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie.
Le 10 octobre 2025, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour l’Allemagne.
Le 17 février 2026, le Conseil a également activé la clause d’exemption nationale pour l’Autriche.
Enfin, bien après l’échéance, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour l’Espagne à la suite d’une demande formulée par ce pays, le 13 avril 2026.
Il faut noter que le bénéfice de l’Escape clause couvre l’année durant laquelle la demande pour bénéficier de cette initiative a été faite pour les dix-huit États qui ont finalement fait la demande en 2025.
SAFE consiste en des prêts sur dix ans octroyés pour l’Union européenne. D’un montant total de 150 milliards d’euros, SAFE ne peut être affecté que pour des dépenses relatives à des acquisitions d’armement, que ce soit pour financer des projets en cours de réalisation ou pour procéder à des acquisitions sur étagère. Ces acquisitions doivent être conjointes à deux États au minimum. Les paiements dans le cadre de SAFE doivent s’achever au plus tard le 31 décembre 2030. Le règlement SAFE a été adopté le 27 mai 2025, les États devaient exprimer leur intérêt pour SAFE au plus tard le 15 août 2025. Suite à cela, la Commission européenne a notifié le 9 septembre 2025, le montant des prêts qui pouvaient être accordés aux dix-neuf États ayant émis le souhait de bénéficier de SAFE. Dans une troisième étape, ces États ont déposé leur plan d’investissement avec comme date limite le 30 novembre 2025.
La question que l’on doit se poser est de savoir si ces initiatives vont conduire à influer sur la structure de la BITD européenne notamment avec un objectif de consolidation de celle-ci comme c’était le cas avec les initiatives antérieures, PADR, EDIDP, EDF et EDIRPA. Mais n’ont-elles pas simplement pour but que de faciliter le réarmement européen pour faire face à la guerre en Ukraine et à la menace grandissante qui pèse sur l’Europe grâce à des incitations financières avec des conséquences qui potentiellement peuvent, à l’inverse, contrarier les objectifs d’organisation du marché intérieur européen qui a pour objectif une structuration plus efficiente de l’European Defence Technological and Industrial Base (EDTIB).
L’article Les effets potentiels du plan « ReArm Europe » sur la consolidation de la base technologique et industrielle de défense européenne est apparu en premier sur IRIS.
Si la protection des mineurs ne fait pas débat, nous péchons sur les moyens. Aucun système n’a la réponse parfaite. Mais entre le pouvoir des juges et celui de la technocratie, les approches américaine et européenne n’essaient-elles pas de répondre différemment aux mêmes problématiques ? Et ces deux approches ne sont-elles pas aujourd’hui en train de converger ? L’élaboration de la norme relèverait principalement de la case law (l’équivalent de notre jurisprudence) aux États-Unis, tandis qu’elle serait davantage le fait des administrations et des régulateurs en Europe. La formule est séduisante. Elle est aussi de moins en moins exacte. Des deux côtés de l’Atlantique, la régulation se façonne, affaire après affaire, dans les parlements et au sein des autorités de régulation et des tribunaux comme une sculpture que l’on dégrossit – ou que l’on grossit – par touches successives. Reste encore à trouver le graal de sa mise en œuvre.
Concluant trois années de procédure, Meta et une coalition de 47 États américains ont déposé une requête visant à homologuer un accord transactionnel inédit, susceptible de changer la manière dont les mineurs accèdent aux plateformes en ligne à grande échelle.
Sans reconnaître sa responsabilité, Meta s’est engagée à remodeler en profondeur le fonctionnement de Facebook et d’Instagram pour les utilisateurs mineurs, ainsi qu’à verser 12,1 milliards de dollars, voire 17,1 milliards si sa proposition a un effet systémique sur le secteur. Elle s’engage à une série de mesures : plafond cumulé de deux heures de connexion par jour sur les deux plateformes, coupure d’accès entre minuit et six heures du matin, algorithmes de fils de contenus personnalisés repensés pour en diminuer le caractère addictif et bien sûr techniques de vérification de l’âge des utilisateurs renforcées.
Le prétoire, une arme de régulation redoutable, plutôt qu’un raccourciMême au pays de l’innovation, la liberté d’entreprendre trouve ses limites.
Le paradoxe n’est qu’apparent. La protection des enfants figure parmi les rares sujets capables de fédérer responsables républicains et démocrates. Elle survient, de surcroît, à un moment où l’opinion publique américaine se montre moins enthousiaste à l’égard des nouvelles technologies, à commencer par l’intelligence artificielle.
Surtout, le système américain fait du contentieux un véritable levier de régulation, avec ses actions collectives, les « punitive damages » qui peuvent se chiffrer à des millions voire des milliards et les actions des procureurs généraux qui disposent d’un corpus juridique moins prescriptif qu’en Europe mais accompagné d’une panoplie d’outils de mise en œuvre mobilisable à leur guise. La perspective d’un procès, de coûts financiers considérables et de la divulgation de documents internes place les entreprises sous une épée de Damoclès qu’elles n’ont pas envie de voir tomber. L’accord Meta intervient aussi trois ans après le dépôt des plaintes et à l’issue de plus de deux années de négociations, surtout après un revers judiciaire essuyé par l’entreprise dans l’État du Nouveau-Mexique à l’été 2026.
L’accord en cours d’approbation n’est donc pas le fruit d’un simple coup de baguette magique du gendarme américain, il s’appuie aussi sur un cadre législatif, certes plus général qu’en Europe, ainsi que sur l’aboutissement d’un long bras de fer judiciaire.
Le DSA rapproche l’Europe d’une régulation par l’« enforcement »Le droit européen repose sur une architecture différente, privilégiant un corpus légal et réglementaire prescriptif et détaillé. Mais en matière de régulation du numérique, il a aussi intégré des règles issues des pratiques de régulation et de supervision, notamment avec le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA).
Le législateur européen ne s’est pas borné à dresser une liste de pratiques interdites, ni à organiser la seule réparation de préjudices déjà survenus. Il impose aux très grandes plateformes d’évaluer et de maîtriser en permanence les risques systémiques liés à leurs services, y compris pour les mineurs.
Le système européen n’est pas le système américain et n’a pas vocation à le devenir. Ce n’est pas sa tradition et il n’en a pas les outils. Mais il s’en rapproche par un trait essentiel : la règle opérationnelle se précise affaire après affaire, au fil du dialogue entre le régulateur et les parties prenantes jusqu’aux décisions de la Commission européenne, responsable de la mise en œuvre des règles pour les plus grands acteurs.
La puissance normative européenne, à l’épreuve du chronomètreSur le fond, les autorités américaines et l’Union européenne visent les mêmes rouages économiques et techniques de l’architecture des plateformes numériques.
Les calendriers, eux aussi, se rapprochent. La procédure américaine a été engagée en octobre 2023 et a débouché sur un accord en août 2026. La Commission européenne a ouvert une enquête visant Meta en mai 2024 et présenté ses conclusions préliminaires sur la conception addictive de Facebook et d’Instagram en juillet 2026.
La différence majeure ne tient donc pas à la vitesse, mais à la forme de la contrainte. Aux États-Unis, la menace du procès et de conséquences financières considérables crée un rapport de force immédiat, presque frontal. Dans l’Union européenne, la pression s’exerce par une procédure administrative fondée sur l’évaluation et la réduction des risques, plus feutrée, mais tout aussi contraignante.
Il n’y a dès lors pas lieu de décréter la supériorité d’un modèle sur l’autre. La voie américaine peut produire des accords spectaculaires au terme de procédures longues et parfois incertaines. Le modèle européen, lui, s’appuie sur un cadre préventif dont l’efficacité reste à démontrer sur la durée.
Si la protection des mineurs ne fait pas débat, elle ne peut se contenter de slogans, ni s’abstenir de dialoguer avec les plateformes pour trouver des solutions intelligentes et opérationnelles. L’accord conclu avec Meta, s’il est encore loin de sa phase opérationnelle, renforce la pression pesant sur la Commission européenne pour démontrer, dans un délai politiquement acceptable, sa capacité d’action.
Si les promesses d’action immédiate gagnent du terrain, à l’image des propositions d’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs, elles ne sont pas forcément ni pertinentes ni efficaces. Le précédent français de la majorité numérique montre les limites de ces réponses d’affichage. En matière de régulation numérique, l’instantanéité politique et l’obsession législative sont de faux amis. Cherchons plutôt à travailler sur la mise en œuvre effective de nos règles et procédures.
Cette analyse a préalablement été publiée au sein de La Revue politique et parlementaire.
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Le chef des renseignements égyptiens aurait averti Benyamin Netanyahou d’une attaque imminente du Hamas 11 jours avant les attentats du 7 octobre 2023, d’après le journal états-unien The Atlantic. Des révélations incriminantes qui viennent s’ajouter à celles du journal Haaretz sur l’avertissement adressé à Benyamin Netanyahou par le dirigeant émirati Mohammed ben Zayed, dix jours avant l’attaque. Il est révélé que le Premier ministre israélien avait déplacé les soldats positionnés autour de Gaza vers la Cisjordanie, et ce, en connaissance du risque d’une attaque d’ampleur depuis Gaza. Cela soulève des hypothèses, notamment sur les motivations réelles de Benyamin Netanyahou d’ignorer de tels renseignements. Mon analyse dans cette vidéo.
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Tous les cinq ans, des élections régionales ont lieu dans la République fédérale d’Allemagne pour renouveler les parlements des 16 länder. Ces assemblées jouent un rôle crucial à l’échelle nationale : elles élisent les gouvernements régionaux qui, à leur tour, nomment les représentants siégeant au Conseil fédéral (Bundesrat). Ces scrutins locaux ont donc des retombées politiques majeures sur la Fédération. En septembre 2026, trois élections majeures ont eu lieu : à Saxe-Anhalt, à Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin, où le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) est arrivé en tête dans l’État de la Saxe-Anhalt et de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tandis que le parti de la gauche radicale, Die Linke, a remporté la majorité à Berlin. La poussée de l’extrême droite dans le pays et la percée de la gauche radicale dans la capitale fragilise l’autorité du chancelier allemand Friedrich Merz et son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), qui incarne la droite traditionnelle. Aussi comment analyser les résultats des dernières élections ? D’où vient la montée de l’extrême droite ? Et quelles sont les répercussions sur le gouvernement du chancelier Friedrich Merz ?
Le point avec Jacques-Pierre Gougeon, professeur des universités et directeur de recherche à l’IRIS, auteur de « L’Allemagne, un enjeu pour l’Europe » (Eyrolles, 2024).
Quel bilan peut-on dresser des élections qui se sont déroulées dans les différents länder allemands au mois de septembre ?
Les trois dernières élections dans les Länder de Saxe-Anhalt, Mecklembourg-Poméranie et Berlin comportent des points communs et des différences. Les points communs concernent la percée et l’implantation dans la durée du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), avec des scores très élevés dans les deux premiers cas, soit respectivement 43,8 % et 38,2 %, et un résultat moins imposant dans le troisième cas avec 16,2 %. Dans les trois situations, la progression des scores est impressionnante par rapport aux dernières échéances : +23 %, +21 % et +7 %. Il s’agit donc d’une véritable dynamique. L’autre point commun à ces élections est l’effondrement des grands partis traditionnels qui ont structuré la vie politique allemande depuis la création de la République fédérale en 1949 : l’Union chrétienne-démocrate (CDU) du chancelier Friedrich Merz et le parti social-démocrate (SPD) du vice-chancelier Lars Klingbeil. En Mecklembourg-Poméranie, la situation est tellement dramatique pour la CDU qu’avec 4,9 % elle ne pourra même pas siéger au parlement régional, une première depuis 1949 et même 1946 si l’on prend en considération les premières élections organisées par les Alliés. Sans compter la disparition du parti libéral qui a dans l’histoire souvent servi d’appoint aux grands partis pour former une coalition. Quant aux Verts, ils arrivent à se maintenir avec un score non négligeable, par exemple 14,3 % à Berlin, devançant le SPD.
Les différences sont liées aux résultats obtenus par le SPD et par la gauche radicale Die Linke. Le parti social-démocrate réalise un score très faible en Saxe-Anhalt, soit 9 %, et mauvais à Berlin, soit 12,1 %, capitale longtemps dirigée par cette même formation, avec des personnalités marquantes, comme Willy Brandt et Ernst Reuter. En Mecklembourg-Poméranie, les 35,5 %, bien qu’inférieurs au résultat de l’AfD, doivent beaucoup à la personnalité de la ministre-présidente sortante Manuela Schwesig qui a personnalisé la campagne et n’a pas hésité à critiquer la politique nationale de son propre parti au sein de la grande coalition, notamment en ce qui concerne la réforme des retraites qu’elle juge injuste, d’abord pour les personnes qui ont travaillé au moins 45 ans et ne pourraient plus partir en retraite à 63 ans. D’ailleurs, ce point fait partie des sujets qu’une partie des parlementaires sociaux-démocrates souhaitent voir rediscuter avec le chancelier. Elle a pu également mettre en avant ses bonnes relations avec les milieux économiques dans un Land, le plus faible économiquement d’Allemagne, qui repense son économie maritime et voit se développer les industries d’armement.
Quant à la situation de Die Linke, elle apparaît paradoxale. Longtemps parti favori dans les Länder de l’Est, dont elle se voyait les défenseurs, elle est maintenant largement dépassée dans cette revendication par l’AfD, ne réalisant que 9 % en Saxe-Anhalt et 6,5 % en Mecklembourg-Poméranie. En revanche à Berlin, elle réalise avec 25,7 % une percée, en étant le parti de la jeunesse puisque 43 % des 16-24 ans ont voté en sa faveur. Avec sa cheffe de file Elif Eralp, fille de réfugiés turcs, qui a mis l’accent sur les difficultés de logement dans la capitale allemande et défendu l’idée d’une politique d’expropriation, elle fait émerger une nouvelle génération de responsables politiques qui devra sans doute faire des compromis pour gouverner. On le voit, le paysage politique allemand est en plein bouleversement et en mutation.
Comment expliquer la percée de l’AfD dans certains Länder ?
Il faut lire le résultat de l’AfD lors de ces dernières élections régionales à deux niveaux. D’une part, il y a une spécificité proprement est-allemande puisque 63 % des Allemands de l’Est se perçoivent comme des « citoyens de seconde classe » et que la convergence économique et sociale entre les deux parties Est et Ouest de l’Allemagne a certes bien avancé depuis l’unification mais connaît depuis plusieurs années un rythme plus lent. En juin 2026, des économistes allemands ont publié une étude au titre évocateur « Le processus de rattrapage est en danger », relevant le manque d’investissements privés et de main-d’œuvre qualifiée qui sont des freins au développement économique. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant n’atteint à l’Est que 75 % du niveau de l’Ouest, la productivité par actif 85 % et les investissements en équipements seulement 64 %. En ce qui concerne les revenus, le salaire moyen brut en Allemagne orientale est inférieur de 800 euros à celui de l’Ouest, soit 17 %, alors que la différence entre les niveaux de vie n’est que de 8 %. Ces écarts, qui créent une vraie désillusion, sont l’un des leviers utilisés par l’AfD pour souligner le manque de considération des « partis du système ».
Cela ne suffit pas à expliquer la percée de ce parti qui domine dans les sondages nationaux et réalise aussi des scores importants lors d’élections régionales à l’Ouest, comme dans le Bade Wurtemberg le 8 mars 2026, avec 18,8 %, ou en Rhénanie-Palatinat le 22 mars 2026, avec 19,5 %. Outre un mécontentement fort à l’égard du gouvernement dont seulement 13 % des Allemands approuvent l’action, une lame de fond touche les deux grands partis traditionnels, la CDU et le SPD, qui perdent des électeurs au profit de l’AfD. Le premier perd des électeurs qui jugent la CDU trop « centriste » et insuffisamment engagée sur la question de l’identité. Le second décroche dans les catégories populaires, chez les ouvriers et les employés, qui ne voient plus en lui le parti de la justice sociale. Lors des élections fédérales de 2025, 38 % ouvriers ont voté pour l’AfD contre seulement 12 % pour le SPD. En Saxe-Anhalt, 60 % des ouvriers ont voté pour l’AfD. La question identitaire et la question sociale sont au cœur de cette évolution.
Quelles réactions ces résultats ont-ils suscité auprès de Freidrich Merz et de son parti le CDU ? L’affaiblissement de la CDU pourrait-il aboutir à une rupture progressive du « cordon sanitaire » (Brandmauer) en vue d’envisager une coalition inédite avec l’AfD pour rester au pourvoir ?
Pour Friedrich Merz, le résultat de ces élections régionales constitue un camouflet, lui qui était arrivé à la chancellerie en voulant réduire de moitié le score de l’AfD. Il est affaibli à la fois comme chancelier, donc chef du gouvernement d’une grande coalition, et comme président de la CDU dont une partie de la base a manifesté son mécontentement. Une aile de ce parti, proche du patronat et de tradition libérale, estime que les réformes de l’État providence engagées dans les domaines des retraites et de la santé ne vont pas assez loin, notamment du fait du blocage du SPD, tout comme la réforme fiscale. D’où chez certains l’idée d’un gouvernement minoritaire qui laisserait davantage les coudées franches au chancelier. Quant à l’aile sociale de la CDU, elle revendique davantage de concertation avec les syndicats et une plus grande attention aux personnes les plus défavorisées qui devraient bénéficier de correctifs.
Une partie de la CDU, pour l’instant davantage à l’Est qu’à l’Ouest, commence à douter de la stratégie du « pare-feu », du « cordon sanitaire », mise en place à l’égard de l’AfD. Certains élus locaux de la CDU observent qu’au niveau local il est possible de travailler avec les élus de l’AfD, souvent proches de la population et de ses revendications. D’ailleurs l’opinion publique est partagée au sujet d’une possible coopération avec l’AfD. Dans une enquête d’opinion d’août 2026, 27 % des Allemands se sont dits favorables à une coopération avec l’AfD, 32 % approuvent une coopération avec l’AfD « au cas par cas » et 37 % rejettent toute forme de coopération, tandis que le reste est indécis. On peut noter que 48 % des sympathisants de la CDU sont favorables à une coopération avec l’AfD « au cas par cas », ce qui montre que les lignes à ce sujet sont en train de bouger. Cette dimension est explosive pour la CDU et risque de fracturer le parti.
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Le Canada pourrait-il devenir le 28e membre de l’Union européenne et ainsi remplacer le Royaume-Uni, qui l’a quittée en 2020 ? Cette hypothèse est impossible juridiquement, puisque le Canada n’est pas situé sur le continent européen, ce qui est une condition sine qua non d’une adhésion. Le rapprochement, politique, géopolitique et économique entre l’Union européenne et le Canada n’en demeure pas moins spectaculaire.
Le Premier ministre canadien, Marc Carney, a assisté au discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Parlement européen par la présidente de la commission Ursula von der Leyen le 16 septembre. Ce discours se veut la réplique du traditionnel, mais beaucoup plus suivi, discours sur l’état de l’Union que le président des États-Unis prononce chaque année en janvier. Le lendemain, Marc Carney s’est adressé au Parlement européen où il a été chaleureusement applaudi.
48 heures plus tard, il était reçu par le président Macron dans le territoire français de Saint-Pierre-et-Miquelon, situé au large du Canada. Ils ont affiché leur complicité et leur solidarité. Le Premier ministre canadien a appelé à une conclusion rapide d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.
Comment expliquer un rapprochement si appuyé ?
En réalité, c’est Donald Trump qui sert d’accélérateur et d’amplificateur de ce phénomène. Le Canada est souvent perçu comme un pays européen, situé sur le continent américain. Il a les mêmes valeurs que les pays européens, le même socle civilisationnel, le même attachement au multilatéralisme et au droit international, et il n’a pas la capacité d’être une puissance impériale comme les États-Unis. Il existe par ailleurs un lien fort unissant le Canada au Royaume-Uni et à la France. Cette proximité se base sur des liens coloniaux anciens, qui ont été dénoués de façon harmonieuse et non conflictuelle.
Le Canada et les Européens sont des alliés des États-Unis au sein de l’Alliance atlantique, et l’un comme l’autre est désemparé par l’attitude de Donald Trump par rapport aux partenaires traditionnels de Washington. Pour le président états-unien, l’alliance est une source d’obligations automatiques dont il veut se défaire, car il estime que cela entrave la souveraineté de son pays.
Par ailleurs, il a affiché ouvertement sa volonté d’annexer le Canada ainsi que le Groenland, qui appartient au Danemark, pays de l’Union européenne.
Dans une carte qu’il a publiée récemment, les territoires français des Caraïbes et Saint-Pierre-et-Miquelon sont également affichés comme rattachés aux États-Unis.
Ces attaques de Washington expliquent l’idée selon laquelle il faudrait front commun pour opposer une résistance à un allié qui pourrait se transformer en prédateur.
Le 20 janvier, Marc Carney avait fait un discours remarqué au sommet de Davos, plaidant pour l’alliance des puissances moyennes, afin de résister aux puissances impériales dans lequel il intégrait également la Russie et la Chine.
Il a fait même preuve de plus de fermeté que les Européens. Ces derniers ont accepté un accord commercial inégal dans lequel les exportations américaines vers le Vieux Continent ne sont pas taxées, tandis que les exportations européennes vers les États-Unis subissent une taxation de 15 %. À l’opposé, lorsque Donald Trump a décidé de taxer les produits canadiens à hauteur de 50 %, Marc Carney a déclaré qu’il ferait la même chose « au dollar prêt ».
C’est extrêmement courageux de sa part dans la mesure où l’économie du Canada est très largement dépendante du marché américain qui reçoit 75 % des exportations canadiennes. Marc Carney veut diversifier son économie et est parvenu à faire baisser ce taux à 70 %.
Le Canada et les pays européens espèrent qu’en faisant front commun, ils pèsent plus par rapport à Washington.
Cela n’a pas empêché Donald Trump d’annoncer la semaine dernière qu’il avait pris le contrôle total du Groenland. C’est une façon très particulière de présenter les choses. Les États-Unis avaient déjà des bases militaires sur ce territoire et l’accord signé reconnaît toujours la souveraineté pleine et entière du Danemark sur ce territoire. Il prévoit qu’il n’y aura pas de base militaire, russe ou chinoise sur le Groenland, ce qui était de toute façon inconcevable pour Copenhague.
Les Européens ont décidé de laisser Trump triompher médiatiquement, l’essentiel étant pour eux le fait qu’il est de plus en plus impopulaire les opinions publiques, tant européenne que canadienne.
Les gouvernements font donc contre mauvaise fortune, bon cœur, pensant qu’il est indispensable de garder des liens avec le président américain, même si cela implique certaines déconvenues.
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Dans la nuit du 16 et 17 septembre 2026, le Congrès américain promulgue, pour la première fois depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, de nouvelles sanctions économiques contre la Russie, visant particulièrement ses hydrocarbures et sa « flotte fantôme », comprenant ainsi les pays importateurs de gaz et de pétrole russes dont l’Inde et la Chine. Ce nouveau projet de loi soulève alors de nouvelles questions sur les relations russo-américaine. Quels sont les objectifs majeurs des nouvelles sanctions économiques imposées par Donald Trump ? Comment la Russie y réagit-elle ? Peuvent-elles alors fragiliser les relations avec ses alliés ? Enfin, que peut-on alors en déduire de la relation russo-américaine ? Le point avec Igor Delanoë, chercheur associé à l’IRIS, spécialisé sur la géopolitique de la Russie.
Quelles sont les objectifs principaux de ces nouvelles sanctions économiques engagés par Donald Trump ? Quelle position la Russie adopte-t-elle face aux sanctions ?
Ces sanctions ont un double objectif. D’une part, à l’approche des élections de mi-mandat qui s’annoncent mal pour Donald Trump, elle vise à faire taire les critiques de ceux qui affirment, outre Atlantique, que le président américain « capitule » devant Vladimir Poutine. Rappelons que le taux d’approbation de l’action de Donald Trump a dégringolé à 32 %, le niveau le plus bas jamais mesuré pour l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Deuxièmement, ces sanctions « infernales », comme les nomme la presse américaine, ont aussi pour but que la Chine et l’Inde, les deux principaux acheteurs de brut russe, diminue considérablement leurs achats. Il s’agit aussi pour l’administration américaine de se créer un levier supplémentaire sur ces pays avec qui elle a engagé un rapport de force au sujet du déficit commercial et des tarifs douaniers. Cette manœuvre fait écho aux pressions exercées fin 2025 par Washington sur l’Inde notamment, sous forme de menaces, afin que New Delhi, alors premier client de la Russie pour les achats de pétrole, baisse ses approvisionnements en brut russe. Alors que la guerre contre l’Iran se poursuit de manière plus ou moins larvée et que la circulation dans le détroit d’Ormuz reste dangereuse, on peut imaginer que le président américain souhaite favoriser les pétroliers américains auprès des clients asiatiques. Ceci dit, ces sanctions sont de nature à accroître les tensions sur le marché international et, notamment, la hausse des prix de l’essence et de l’énergie en Europe.
Face à cette décision, Moscou ne peut que prendre acte et critiquer. Même si cela reste peu probable, il faudra voir si la Russie prendra des mesures de rétorsion dans le domaine du nucléaire civil et de l’exportation de métaux rares vers les États-Unis ; il s’agit de deux domaines où la coopération russo-américaine se poursuit. En revanche, Vladimir Poutine a signé le lundi 21 septembre un oukase qui vise à placer « sous administration externe » les actifs de la filiale russe d’une société américaine de l’Illinois, AptarGroup, spécialisée dans la fabrication d’emballages. Les actifs ont été saisis et transférés « provisoirement » a une société russe, H&N. Il s’agit clairement d’une rétorsion à la suite de l’adoption de ces nouvelles sanctions par Donald Trump. Cela constitue aussi un tournant car jusqu’à présent, les entreprises américaines étaient à l’abri à l’égard de ces confiscations décidées par le Kremlin, contrairement aux entreprises européennes, qui en ont fait les frais, et continuent d’être occasionnellement visées.
Quelles sont les marges de manœuvre dont dispose la Russie face à ces sanctions au regard de sa situation économique ? Alors que la Russie avait mis en place des stratégies de contournement face aux précédentes sanctions occidentales, celles-ci pourraient-elles perdurer alors que ces sanctions états-uniennes visent également les cinq principaux pays importateurs de gaz et de pétrole russes, dont l’Inde et la Chine ?
Hormis le fait que le prix du pétrole a augmenté ces derniers jours et que la demande en Asie reste soutenue, les marges de manœuvre russes sont minces. Dernièrement, les ventes de pétrole russe ont bondi, notamment en Extrême-Orient, sur fond d’instabilité au Moyen-Orient, et notamment à la suite de l’attaque de l’oléoduc est-ouest en Arabie saoudite. Ainsi, au cours de la semaine du 7 septembre, les recettes d’exportations de brut ont bondi à 2,4 milliards de dollars, soit une augmentation de 620 millions de dollars hebdomadaires, ce qui a ramené le niveau des exportations russes de pétrole à ce qu’il était fin mai 2026. Le pétrole ESPO (Eastern Siberia – Pacific Ocean), chargé en Extrême-Orient et vendu aux raffineries chinoises, était vendu 12,5 dollars au-dessus du prix du Brent, soit 117,1 dollars le baril. L’Urals, qui est la marque de référence pour le pétrole russe, se vendait quant à lui avec une surprime de 6 dollars par baril, et même jusqu’à 20 dollars au-dessus du prix du Brent, mi-septembre. On est donc bien loin du prix plafond décrété par le G7, fixé à 44,1 dollars par baril depuis le 1er février 2026. Selon cette mesure, tout pays qui achète du pétrole russe au-dessus de ce prix s’expose à des sanctions…
Autrement dit, la marge de manœuvre russe se situe dans la forte demande asiatique – et c’est aussi pour cela que Donald Trump a adopté ces sanctions – et le peu d’alternative existante pour les importateurs. Reste donc à voir si les Indiens et les Chinois vont obtempérer, ou braver le risque et s’exposer à des sanctions américaines en poursuivant leurs achats au même rythme. Ils peuvent aussi les poursuivre en réduisant les volumes. Les Chinois ont déjà montré l’an dernier qu’ils étaient prêts à courir le risque en achetant du pétrole transbordé dans des ports chinois à partir de navires sous sanctions. Finalement, la discussion se déplace plus du côté des relations bilatérales entre Washington et les acheteurs de pétrole russe, qu’entre Moscou et Washington. La poursuite ou la baisse des achats de brut russe reflètera, au fond, plus un rapport de force entre les Américains et les acheteurs de brut russe, qu’autre chose.
Alors que Donald Trump semblait épargner davantage Vladimir Poutine ces derniers mois, comment peut-on expliquer ce revirement ? Quel bilan peut-on plus largement dresser de l’évolution de la relation russo-américaine ?
Il faut distinguer les affaires de personne et les rapports de force entre États. Donald Trump a en effet toujours affirmé qu’il « s’entendait » avec Vladimir Poutine, et il doit certainement lui en vouloir de ne pas avoir accepté les conditions américaines pour un cessez-le-feu en Ukraine au printemps 2025. Toutefois, ces nouvelles sanctions visent tout autant à offrir un meilleur positionnement aux pétroliers américains qu’à fournir à la Maison-Blanche un nouveau levier sur Pékin et New Delhi. Relevons que Donald Trump les a adoptées juste avant l’Assemblée générale des Nations unies – institution internationale qu’il abhorre –, et après le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OSC), qui s’est tenu à Bichkek le 1er septembre, et celui des BRICS, qui a eu lieu le 13 septembre à New Delhi. Même s’il ne comprend pas nécessairement le fonctionnement de ces organisations, il doit certainement discerner une forme d’hostilité dans leurs agendas respectifs à l’égard de la domination américaine, et notamment celle du dollar. Autrement dit, ces sanctions sont aussi censées, selon moi, rappeler à l’ordre ces pays eurasiatiques – Russie comprise – vis-à-vis de leur prétention à remodeler l’ordre international en faveur de plus de multipolarité et à la dédollarisation des échanges commerciaux (sauf pour l’Inde, qui est plus prudente sur ce sujet).
Quant à la relation russo-américaine, elle a traversé trois phases depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche : une phase de reprise du dialogue et de stabilisation de la confrontation, au cours de l’hiver et au début du printemps 2025. Cette première phase est clef car elle met un terme à l’envenimement incontrôlé de la relation qui prévalait depuis 2022, sous l’administration Biden. La relation russo-américaine a ensuite traversé une zone de turbulence provoquée par la désillusion du côté des Américains, concernant leur capacité à régler la guerre en Ukraine rapidement. Menaces et ultimatums ont été brandis par Washington à l’endroit de Moscou au cours de l’été 2025, et cette phase a trouvé son terme lors de la rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump à Anchorage. Ce sommet a permis d’enrayer cette dynamique négative et de faire repartir les contacts entre Russes et Américains. Une troisième phase s’est ainsi ouverte, caractérisée par des contacts occasionnels entre représentants russes et américains, la stérilité du trialogue – Russie, États-Unis, Ukraine – sur le dossier ukrainien, sans que cela provoque pour autant une escalade dans la relation russo-américaine. Cette phase a toutefois provoqué une autre désillusion, celle des Russes cette-fois, qui se sont pris à croire, après Anchorage, à un accord même tacite avec Washington sur les modalités du règlement de la guerre en Ukraine. Nous nous trouvons toujours, d’une certaine manière, dans cette phase aujourd’hui.
En fonction du résultat des élections américaines de mi-mandat, on pourrait rentrer soit dans une nouvelle phase de tensions russo-américaines, caractérisées pourquoi pas par une reprise de l’aide directe des États-Unis à l’Ukraine. On peut aussi imaginer que la relation reste dans cette phase plateau post-Anchorage, jusqu’à la fin du mandat de Donald Trump, avec un trialogue qui aura le mérite d’exister. Ce qui est sûr, c’est qu’à Moscou, on n’attend plus grand-chose de l’actuelle administration américaine concernant le règlement de la guerre en Ukraine.
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Publié le 4 août 2026, le dernier livre blanc japonais sur la défense s’inscrit dans la continuité du tournant stratégique engagé par le gouvernement de l’archipel depuis la diffusion des trois documents de sécurité nationale de 20222 et dont la mise à jour est attendue avant la fin de l’année 2026. Ragaillardi par l’écrasante majorité dont dispose la Première ministre Sanae Takaichi au sein des deux chambres du pays et en dépit d’une situation financière préoccupante, l’actuel gouvernement estime pouvoir mettre en œuvre le renforcement militaire décidé, tout en notant l’urgence d’une adaptation du Japon à un environnement régional jugé plus dangereux que jamais. Début septembre 2026, le ministère de la Défense a demandé un budget de l’ordre de 48 milliards d’euros pour 2027.
Ainsi, le Japon cherche moins à annoncer une nouvelle stratégie qu’à justifier l’accélération de sa mutation militaire et à désamorcer le narratif relayé par la Chine et ses principaux relais médiatiques sur la renaissance d’une forme de « militarisme nippon ». Ces derniers se montrent extrêmement virulents depuis les déclarations de la Première ministre japonaise en novembre 2025 reconnaissant l’impact qu’aurait une crise dans le détroit de Taïwan sur la sécurité de l’archipel. Une « situation de menace pour la survie » du Japon selon ses propos et pouvant justifier la mise en œuvre des Forces d’Autodéfense (FAD).
Le document repose sur trois idées de fond : la Chine constitue désormais le principal défi stratégique, la guerre est entrée dans une phase de transformation technologique rapide, et la sécurité du Japon exige un effort durable de modernisation militaire, industrielle et technologique.
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À l’occasion de la parution de « Comment l’Amérique a donné l’Iran aux mollahs » signé par le grand reporter états-unien Scott Anderson (éditions Saint-Simon), Pascal Boniface revient sur les grands moments qui ont mené la chute du Shah d’Iran en 1979. D’après l’auteur, les États-Unis, aveuglés par leur confiance en leur allié et sourds aux revendications de la population iranienne, portent une lourde responsabilité dans l’arrivé au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny.
L’ouvrage de Scott Anderson nous plonge dans les rouages qui ont contribué à la fin du régime monarchique : perception d’une soumission de l’Iran vis-à-vis de Washington, société fracturée entre un Téhéran bourgeois et une ruralité déstabilisée par une modernisation à marche forcée, et surtout méconnaissance totale par les diplomates états-uniens du pays dans lequel ils évoluaient.
Une lecture précieuse qui permet de percevoir sur un nouveau jour les errements de la stratégie de Washington dans la guerre actuellement menée à l’encontre de la République islamique.
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