L’aide internationale a été pensée, dans son architecture, pour répondre aux populations en détresse face aux crises, aux conflits et aux catastrophes naturelles. Elle s’est progressivement structurée autour de trois dimensions complémentaires : la réponse humanitaire d’urgence, le développement à long terme visant à garantir la stabilité et la cohésion sociale, et les enjeux de paix durable (sustaining peace). Au-delà de sa fonction opérationnelle, l’aide internationale constitue un prisme d’intelligibilité des crises mondiales. Elle permet une mise en perspective des responsabilités collectives et encourage la coopération transnationale, tant entre acteurs étatiques (politiques étrangères bilatérales, mécanismes multilatéraux, cadre de coordination humanitaire onusien (Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Fonds central d’intervention d’urgence (CERF)) qu’entre acteurs non étatiques (à travers le soutien à la société civile, les partenariats avec le secteur privé, mobilisation de réseaux académiques et d’expertise).
À mesure que les tensions internationales s’intensifient, l’aide au développement et l’action humanitaire sont progressivement détournées de leur vocation première et réinscrites dans des logiques sécuritaires et géostratégiques. Ce processus de « sécuritisation » dont le 11 septembre 2001 a marqué le tournant décisif, redéfinit en profondeur les conditions dans lesquelles l’aide est pensée, financée et déployée. Les États donateurs, au premier rang desquels les États-Unis et les pays européens, ont progressivement aligné leurs politiques d’aide sur leurs priorités en matière de lutte contre le terrorisme, de gestion des flux migratoires et de stabilisation des « États fragiles »…
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Depuis mars 2026, l’idée d’une hypothétique « République Populaire de Narva » à la frontière estonienne circule sur les réseaux russophones. Mèmes, drapeaux fictifs, blasons… tous les ingrédients sont là. Si ces provocations numériques ravivent les tensions entre la Russie et l’Estonie, cette mise en scène informationnelle pose une question : Narva pourrait-elle devenir un laboratoire de la guerre hybride menée par Moscou dans les États baltes ?
Narva, une frontière géopolitique sous tensionDepuis le début du mois de mars 2026, un narratif inhabituel circule dans l’espace numérique russophone. Sur Telegram, VK ou TikTok, plusieurs comptes évoquent l’apparition d’une prétendue « République Populaire de Narva », à l’instar des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk à l’est de l’Ukraine. Drapeaux imaginaires, cartes stylisées, insignes pseudo-militaires et mèmes politiques composent l’iconographie d’un État fictif dont les contours rappellent immédiatement les entités séparatistes apparues dans l’espace post-soviétique depuis la fin de la guerre froide. À première vue, l’affaire pourrait prêter à sourire : quelques centaines d’abonnés, des visuels parfois ironiques et une esthétique volontairement provocatrice. Pourtant, ici, les fictions géopolitiques sont prises au sérieux à l’heure de la guerre d’Ukraine.
Narva n’est pas une ville comme les autres. Située à l’extrême est de l’Estonie, elle marque la frontière orientale de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Son fleuve éponyme sépare la ville de la cité russe d’Ivangorod. Vestiges d’un passé impérial devenu aujourd’hui une ligne de fracture stratégique, deux forteresses médiévales se font face de part et d’autre de la rivière. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, ce paysage frontalier s’est chargé d’une signification nouvelle. Narva est devenue l’un des points d’observation privilégiés des tensions entre la Russie et l’Occident. La ville compte environ 55 000 habitants et possède une particularité démographique majeure : sa population est massivement russophone. Selon les données du recensement estonien de 2021, à peine 2 % des habitants déclarent l’estonien comme langue maternelle. Héritage direct de l’époque soviétique, Narva constituait en effet un centre industriel attirant une main-d’œuvre venue de différentes républiques de l’URSS. Depuis l’indépendance de l’Estonie en 1991, la question de l’intégration politique et linguistique de cette population russophone demeure un sujet sensible. Moscou n’a jamais hésité à mobiliser la rhétorique de la protection de ses « compatriotes de l’étranger » couplée à celle de son « étranger proche » pour dénoncer ce qu’elle présente comme une marginalisation des russophones dans les États baltes et justifier son influence sur l’espace post-soviétique, une argumentation déjà utilisée en Géorgie ou en Ukraine. Dans ce contexte, Narva apparaît régulièrement dans les scénarios stratégiques occidentaux comme un point de vulnérabilité potentiel dans la confrontation entre la Russie et l’OTAN.
La fabrique numérique d’une « république populaire »C’est dans ce paysage qu’est apparu le narratif de la « République Populaire de Narva ». Les contenus diffusés depuis mars 2026 reprennent de manière presque méthodique l’imagerie des entités séparatistes du Donbass apparues en 2014. On y retrouve un drapeau vert, noir et blanc – parfois inversé selon les versions –, un blason et des insignes militaires imaginaires. Certaines cartes présentent la ville de Narva ou la région d’Ida-Viru comme un territoire distinct du reste de l’Estonie, tandis que d’autres visuels insinuent l’abandon de la ville par ses alliés occidentaux. L’un des messages diffusés affirme par exemple que « NATO will not come ». L’objectif ? Semer le doute sur le fait que l’Alliance atlantique viendrait défendre la région en cas de crise.
La diffusion de ces contenus s’effectue principalement sur Telegram avant d’être relayée sur VK et TikTok. Certains comptes encouragent la distribution de tracts ou proposent un contact anonyme via des bots Telegram. Un canal intitulé « Нарвская Народная Республика » revendique même explicitement la dimension provocatrice de l’initiative, affirmant vouloir « épater » et attirer l’attention médiatique. L’analogie avec les « républiques populaires » du Donbass est assumée comme un ressort narratif central. Pour les autorités estoniennes, le phénomène reste néanmoins limité. Le Estonian Internal Security Service (KAPO) considère qu’il s’agit avant tout d’une opération informationnelle simple et peu coûteuse destinée à provoquer et à tester les réactions de la société estonienne. Les premières observations semblent confirmer cette lecture : l’audience des comptes impliqués reste relativement faible, les contenus reposent largement sur des codes mémétiques et humoristiques et aucun signe d’organisation locale structurée n’a été identifié. A ce stade, le phénomène relève davantage d’un test de résonance informationnelle que de l’émergence d’un véritable mouvement séparatiste. En d’autres termes, il s’agit moins de créer une nouvelle entité politique que d’observer la capacité d’un narratif à circuler, à polariser et à provoquer.
Narva, un laboratoire de la guerre hybrideMême marginal, ce type de narratif peut toutefois remplir plusieurs fonctions stratégiques. Il peut servir de sonde politique, permettant de mesurer la réaction des autorités, des médias et de l’opinion publique face à un scénario fictif de sécession. Il peut également contribuer à polariser le débat interne autour des politiques linguistiques et de la place de la minorité russophone. Enfin, il peut alimenter un récit plus large sur la prétendue discrimination des russophones dans les États baltes, un thème régulièrement mobilisé par Moscou dans sa communication stratégique. Dans les scénarios prospectifs de guerre hybride, Narva apparaît d’ailleurs comme un cas d’école. Une ville russophone située à la frontière russe et au cœur d’un État membre de l’OTAN constitue un terrain idéal pour tester des stratégies de déstabilisation ambiguë. Un incident local, qu’il s’agisse de manifestations, d’actes de sabotage ou de la présence de forces non identifiées, pourrait créer une situation dans laquelle la confusion informationnelle précéderait l’escalade politique.
Pour déterminer si ce narratif reste un simple phénomène numérique ou s’inscrit dans une dynamique plus large, plusieurs signaux méritent d’être surveillés avec attention : le passage de la grammaire visuelle numérique à des consignes opérationnelles concrètes, l’amplification du narratif par des relais pro-Kremlin à forte audience, l’apparition de structures locales identifiables ou encore une synchronisation avec les discours officiels russes sur la protection des russophones. Pour l’instant, aucun de ces indicateurs n’est véritablement observable. Dès lors, l’hypothèse la plus probable reste celle d’une provocation informationnelle opportuniste et bon marché, tandis que l’idée d’une campagne d’influence plus coordonnée demeure plausible mais moins probable et que l’hypothèse d’un pré-signal d’action physique reste marginale. Autrement dit, la « République populaire de Narva » semble relever pour l’instant davantage de la guerre cognitive que d’une préparation insurrectionnelle.
Mais dans les stratégies contemporaines de confrontation hybride, la bataille se joue souvent bien avant toute confrontation militaire. Elle se joue dans l’espace informationnel. Au-delà de Narva elle-même, l’enjeu est donc systémique. Une crise fabriquée et volontairement ambiguë pourrait viser non pas à conquérir un territoire mais à tester la cohésion et la crédibilité de l’Alliance atlantique, ralentir la prise de décision collective, compliquer l’attribution des responsabilités et semer le doute dans l’opinion publique. Dans cette perspective, la « République populaire de Narva » ressemble pour l’instant à une provocation numérique limitée. Mais dans l’espace post-soviétique, les provocations ne sont jamais totalement innocentes. La question n’est peut-être pas de savoir si Narva deviendra une nouvelle « république populaire ». La véritable interrogation est plus large : jusqu’où la Russie est-elle prête à tester les lignes rouges de l’OTAN dans les États baltes ?
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Le Moyen-Orient est une fois de plus plongé dans la violence. Depuis le 28 février dernier, Israël et les États-Unis ont lancé une attaque contre l’Iran, qui a débuté par l’élimination d’un grand nombre de leaders dont le Guide suprême Ali Khamenei. Si l’élimination de Khamenei, chef suprême du pays depuis des décennies, a porté un coup dur au régime, ce dernier semble continuer de résister, en particulier sous l’impulsion des gardiens de la révolution (pasdarans), la garde prétorienne du régime. L’Iran jette ainsi ses forces dans la bataille, mettant en œuvre les recettes de la guerre asymétrique, dont le principe est simple : contre un adversaire plus puissant militairement (les États-Unis et Israël), le but n’est pas de vaincre, mais de survivre, et d’augmenter autant que possible le coût de la confrontation pour l’adversaire pour le forcer à abandonner le combat, ou du moins cesser le feu. L’Iran maintient ainsi une posture défiante, tout en continuant de bombarder l’ensemble de la région, en visant aussi bien les forces états-uniennes qu’Israël et l’ensemble des États du golfe. Téhéran menace également de fermer le détroit d’Ormuz par où transitent un cinquième des exportations de pétrole mondiales. L’objectif est clair : menacer de provoquer une crise énergétique internationale, et de paralyser l’économie régionale. L’Iran maintient également le flou sur le sort réel de ses stocks de combustible nucléaire enrichi.
D’un autre côté, si le régime iranien tente de faire le dos rond face à une machine de guerre plus puissante et qui détruit méthodiquement centres de commandement, usines d’armement et rampes de missiles, sa stratégie comporte cependant une faiblesse : elle convient mieux à des mouvements de guérilla et de résistance décentralisés et qui se fondent dans la population, du type des Viêt-Cong ou du Hezbollah, qu’à un État centralisé. Combien de temps le régime pourra-t-il tenir ainsi ? Les pasdarans ont-ils envisagé des scénarios alternatifs ? La question reste posée.
En parallèle, le Hezbollah libanais, l’un des principaux alliés régionaux de l’Iran, s’est lancé à son tour dans la bataille le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, lequel a répondu durement sur l’ensemble du territoire libanais. Le Hezbollah s’appuie lui aussi sur la guerre asymétrique : « tant qu’il nous restera un fusil pour nous battre, nous nous considérerons victorieux » avait déclaré en son temps le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah, tué par Israël en septembre 2024. Si l’État hébreu a éliminé un grand nombre de leaders et de responsables du Hezbollah, la formation semble avoir été reprise depuis en mains directement par les gardiens de la révolution iraniens, qui ont délégué sur place au Liban des responsables pour tenir les rênes du mouvement libanais, en particulier son aile militaire.
Les capacités réelles du Hezbollah sont toutefois l’objet d’incertitudes. Si nombre d’observateurs affirmaient, avant septembre 2024, que ce dernier disposait de dizaines de milliers de combattants et de missiles, il a cependant enregistré de lourdes pertes, plusieurs milliers de ses membres ayant été tués, auxquels s’ajoutent environ cinq mille membres mis hors de combat lors de « l’attaque des bipeurs » par Israël en septembre 2024. L’aviation israélienne a en outre continué de pilonner le Hezbollah entre novembre 2024 et mars 2026, lors de la période d’accalmie relative sur le front libanais, éliminant plusieurs centaines de membres et de responsables dont le chef militaire de la formation Haytham Tabatabai (de père iranien). Si le Hezbollah semble avoir perdu, selon certaines analyses, jusqu’à 70 % de ses capacités initiales, il reste toutefois toujours capable de tirer des missiles sur Israël, tout en tentant d’opposer sur le terrain libanais un maximum de résistance aux forces israéliennes. En outre, à travers leur base libanaise, les gardiens de la révolution iraniens pourraient éventuellement menacer l’Europe elle-même : si Chypre (membre de l’Union européenne), distante d’environ 200 kilomètres, est à portée de tir des missiles et des drones, les missiles balistiques iraniens de plus longue portée (jusqu’à 2500 km), pourraient, eux, toucher la Grèce, l’Italie voire la lisière des côtes françaises ainsi que la Corse. La question est donc de savoir si les pasdarans ont implanté ce type de missiles au Liban (notamment dans les contreforts montagneux au nord du pays), et quelle serait la réaction de l’Europe face à une telle éventualité.
Si l’issue du conflit avec l’Iran est donc encore incertaine, et dépend aussi bien des intentions états-uniennes et israéliennes que de l’évolution interne en Iran même, plusieurs scénarios sont ainsi envisageables pour le Liban. En premier lieu, le gouvernement libanais a tenté, lui, de mettre en place une solution « diplomatique », en prenant pour cela deux décisions importantes (même si sans doute tardives), à savoir, d’une part, interdire officiellement les activités militaires du Hezbollah, et, d’autre part, demander l’ouverture de négociations officielles avec Israël. Quelle que soit leur portée immédiate, ces deux initiatives montrent ainsi que le Liban officiel a fait, lui, son choix, qui le place, sur le plan politique et diplomatique, hors du camp pro-iranien. Il est toutefois à craindre que l’armée libanaise, conçue depuis la fin de la guerre de 1975-1990 pour être avant tout une force de maintien de la paix interne, n’ait pas aujourd’hui les capacités de désarmer elle-même le Hezbollah, dont les combattants sont fortement aguerris par des années de luttes, notamment en Syrie – l’armée hésitant en outre à s’opposer au Hezbollah pour ne pas risquer un conflit inter-libanais.
Si la posture de l’État libanais peut donc servir des objectifs diplomatiques de long terme, à savoir tenter de « sauver les meubles », et de ménager au pays une place à la table des négociations régionales futures, il est donc à craindre qu’Israël privilégie, lui, à court terme la solution militaire, pour venir lui-même à bout de la milice pro-iranienne. Mais jusqu’où irait l’armée de l’État hébreu ? Après avoir forcé la quasi-totalité des habitants du Liban-Sud et de la banlieue sud de Beyrouth, soit près d’un million de personnes en majorité chiites, à fuir sous les bombardements pour venir s’entasser dans d’autres régions, va-t-elle décider d’envahir le Liban pour pourchasser le Hezbollah et le forcer à évacuer le pays, comme elle l’avait fait avec les forces de Yasser Arafat en 1982 ? Sachant que les combattants du Hezbollah sont, avant tout, libanais et non pas palestiniens.
Un autre scénario pourrait donc se profiler, lequel, s’il se matérialise, aurait de lourdes conséquences pour le Liban. Il consisterait pour Israël à occuper une vaste zone du Liban-Sud, qui serait largement détruite, de manière similaire à Gaza, tout en repoussant définitivement les populations à majorité chiite de cette région vers Beyrouth et le nord. Israël créerait ainsi un glacis au sud, tout en continuant de pilonner le Hezbollah dans le reste du pays. L’État hébreu, ayant fortement réduit les capacités du Hezbollah, continuerait également (comme il le fait déjà) de menacer le gouvernement libanais de représailles, notamment sur l’infrastructure civile, si l’armée libanaise ne se décide pas à désarmer le Hezbollah. Tout en frappant durement la communauté chiite pour tenter de retourner cette dernière contre la milice pro-iranienne (en particulier le président du parlement Nabih Berri). Le Liban, qui n’est pas encore remis de son effondrement économique depuis fin 2019, et qui ploie sous les destructions, se retrouverait pris au piège, dans une posture similaire à celle du président palestinien Mahmoud Abbas, contraint de pourchasser en Cisjordanie les factions qui s’opposent à Israël, dont le Hamas, sans en avoir réellement les moyens. Ce scénario « Gaza au sud, Cisjordanie ailleurs », couplé à un émiettement sécuritaire, poserait, pour le Liban, un dilemme lourd de conséquences, d’autant que la carte démographique et confessionnelle du pays, relativement stable depuis 1990, se retrouverait de nouveau brouillée, avec un million de réfugiés s’entassant dans des régions à coloration confessionnelle et politique différente, souvent anti-Hezbollah, et cela dans le dénuement le plus total. Dans ce contexte, l’on se demande ainsi si le Liban, très fragilisé, pourra affronter seul l’ensemble des difficultés sociales, économiques, politiques et sécuritaires qui l’attendent, et s’il aura urgemment besoin que la communauté internationale, et notamment l’Europe, vienne lui apporter un soutien multiforme dont les contours demeurent à définir.
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Après 18 jours de conflit au Moyen-Orient, le Liban se retrouve de nouveau plongé dans une crise humanitaire et politique de grande ampleur. Entre les bombardements israéliens et la menace d’une offensive terrestre massive, près d’un million de Libanais sont contraints à l’exil, tandis que les victimes civiles se comptent déjà par centaines.
Israël, soutenu par son opinion publique et sa classe politique, justifie ses actions par la réponse aux attaques du Hezbollah. Pourtant, derrière les discours de « légitime défense » se cachent des crimes de guerre dont des déportations forcées et des frappes disproportionnées, et un mépris affiché pour le droit international.
Alors que la communauté internationale appelle à la désescalade, les appels restent lettre morte. La France, qui se revendique garante du droit des peuples et du respect des normes internationales, se contente d’actions humanitaires. De plus, des bruits de couloir émergent ; la France pousserait le Liban à reconnaître Israël pour stopper l’offensive, et ce au risque de récompenser l’agresseur. Ceci soulève des questions majeures, à la fois juridiques, politiques et morales.
Mon analyse dans cette vidéo.
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L’analyse proposée repose sur l’intégration de plusieurs bases de données majeures dans le domaine des études sur les conflits, notamment le Uppsala Conflict Data Program, le projet Correlates of War, la Peace Accords Matrix de l’Université de Notre-Dame et les Country Indicators for Foreign Policy développés à l’Université Carleton. Cette combinaison permet d’articuler l’étude empirique des dynamiques de conflit avec l’analyse structurelle de la résilience étatique et la construction de scénarios prospectifs. D’autres analyses seraient possibles, centrées sur « l’essence de la décision », la question de la rationalité limitée prenant tout son sens et son envergure en raison du profil du président étatsunien…
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Le deuxième Sommet mondial sur l’énergie nucléaire organisé à Paris le 10 mars 2026 en partenariat avec l’Agence internationale de l’énergie atomique s’est tenu dans un contexte de tensions énergétiques et d’incertitudes géopolitiques majeures. Alors que la guerre en Ukraine et le blocage du détroit d’Ormuz impactent directement les cours du pétrole et du gaz naturel liquéfié, la relance du nucléaire soutenue par la France apparait comme un enjeu stratégique. Quel bilan géopolitique et énergétique peut-on tirer de ce deuxième Sommet mondial sur l’énergie nucléaire ? Quelles priorités diplomatiques la France poursuit-elle dans le développement du nucléaire civil ? De quelle manière, le premier sommet organisé à Bruxelles en 2024 avait d’ores et déjà reconfiguré le secteur du nucléaire ? Le point avec Teva Meyer, chercheur associé à l’IRIS et maître de conférences en géopolitique et géographie à l’Université de Haute-Alsace.
Dans un contexte marqué par la hausse des besoins en électricité, les impératifs de décarbonation et les enjeux de souveraineté énergétique, quel bilan géopolitique et énergétique peut-on dresser de ce sommet ?
Ce sommet arrive dans un double contexte géopolitique favorable aux messages de soutien au nucléaire. Le premier est évidemment le blocage du détroit d’Ormuz. Ses conséquences sur l’inflation du prix des hydrocarbures permettent de souligner l’importance des stratégies de décarbonation privilégiant des systèmes énergétiques qui ne reposent pas, géographiquement, sur le Moyen-Orient.
Le second reste celui de la guerre en Ukraine. Pour rappel, le mouvement actuel de relance du nucléaire précède l’invasion russe. Le discours de Belfort d’Emmanuel Macron, marquant ce tournant stratégique en France, arrive 12 jours avant l’attaque. À l’échelle mondiale, ce changement est d’abord motivé par la crise des prix de l’énergie qui suit la récession liée à la pandémie de Covid-19 en 2021. Pour autant, Moscou reste absente de ce deuxième sommet mondial, comme elle l’avait été lors de la première édition à Bruxelles en 2024. Rosatom, l’entreprise publique qui chapeaute la filière nucléaire russe, reste toujours le premier acteur du secteur à l’échelle globale. Le groupe contrôlait en 2025 toujours plus de 40 % des capacités de conversion et d’enrichissement de l’uranium, quand près de la moitié des réacteurs nucléaires exportés depuis 2020 dans le monde étaient russes. Il n’y a bien que dans le secteur de l’extraction de l’uranium que la Russie peine. Rosatom représente environ 12 % de la production mondiale, dont 5 % proviennent des mines russes et 7 % du Kazakhstan, où sa position est contestée par la Chine. Ce deuxième Sommet du nucléaire marque alors aussi l’absence d’un consensus global sur la place à donner à Moscou dans la filière.
Les tensions stratégiques existantes dans le secteur, que ce soit entre la Russie et les pays occidentaux, mais aussi entre les États-Unis et l’Europe, ont été mises au second plan derrière le message central, celui de la relance du nucléaire. Plus symbolique que réaliste au vu de l’appareil industriel global, l’objectif de triplement des capacités nucléaires d’ici à 2050, lancé à l’occasion de la COP28 de Dubaï en 2023, est renforcé avec l’arrivée de la Belgique, du Brésil, de la Chine et de l’Italie, portant le nombre de pays signataires de cette déclaration à 38.
Ce message devait soutenir le thème central de cette rencontre, à savoir le financement des nouveaux projets nucléaires. Dans une note de novembre 2025, le cabinet de conseil Ernst & Young évaluait à 3 600 milliards de dollars les besoins en investissements nécessaires pour simplement doubler la capacité nucléaire mondiale. L’enjeu n’est pas qu’économique, mais aussi stratégique. Pour les industriels européens et nord-américains, disposer d’outils de financement est central afin de concurrencer l’offre russe dans les pays émergents. En dépit des messages d’ouverture venant de grandes banques, dont BNP Paribas, Bank of America, Citi ou Barclays, le secteur peine toujours à attirer des capitaux privés. En affichant un soutien fort, ce sommet visait, en grande partie, à rassurer les investisseurs échaudés par les fluctuations des politiques nucléaires nationales.
Directement lié à cet objectif, le sommet a également insisté sur les innovations technologiques. Celles-ci doivent assurer l’ouverture de nouveaux marchés pour l’énergie nucléaire, à l’image des petits réacteurs modulaires devant s’intégrer dans des pays où les systèmes électriques ne peuvent pas assumer des réacteurs de grande puissance, ou répondre aux besoins de nouveaux consommateurs : data centers, producteurs d’hydrogène, industriels à la recherche de chaleur. Enfin, l’innovation a aussi été au cœur des discussions pour son rôle de vecteur de résilience géopolitique. Le développement de nouveaux modèles de réacteurs, au premier titre desquels les réacteurs à neutrons rapides, est présenté comme une nécessité pour diminuer la dépendance aux importations d’uranium naturel.
Quelles sont les priorités diplomatiques de la France en matière de nucléaire civil et quels sont ses partenaires internationaux privilégiés sur le sujet ?
L’objectif du gouvernement français est de créer le cadre international d’une relance du nucléaire qui profite à son tissu industriel et facilite la mise en œuvre de la stratégie nationale de construction de six nouveaux réacteurs pressurisés européens (EPR) d’ici à 2042. Pour rappel, le Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (GIFEN) estime à 3 200 le nombre d’entreprises participant en France à la filière nucléaire, dont environ 200 pour lesquelles le secteur est structurant pour les carnets de commandes. L’organisation comptabilisait également près de 220 000 emplois directs, un niveau comparable à celui de l’aéronautique.
Paradoxalement, l’existence de ce tissu industriel complet, mais complexe fait émerger des intérêts stratégiques parfois divergents, que la diplomatie française doit concilier. Le cas d’Orano et d’EDF en offre une illustration révélatrice. Les dirigeants d’Orano, qui extrait, convertit et enrichit de l’uranium pour une clientèle diversifiée et majoritairement non française, ont à plusieurs reprises soutenu l’adoption d’une politique plus stricte vis-à-vis des importations de combustibles nucléaires en provenance de Russie. Afin d’engager de nouveaux investissements, dont l’amortissement dépasse généralement la décennie, l’entreprise a besoin de visibilité quant aux volumes de matières que Rosatom pourra, ou non, continuer à vendre sur les marchés européens et nord-américains.
EDF, de son côté, a historiquement privilégié une stratégie de diversification de ses approvisionnements, en s’appuyant sur plusieurs fournisseurs s’approvisionnant eux-mêmes auprès de mines différentes. Si la Russie ne figure plus dans le portefeuille traditionnel d’importations d’uranium enrichi, Rosatom intervient encore dans la conversion de l’uranium de retraitement appartenant à EDF et utilisé pour alimenter la centrale nucléaire de Cruas, dans le sud de la France. Parallèlement, EDF maintient une relation industrielle avec Rosatom par l’intermédiaire de sa filiale Arabelle Solutions, basée à Belfort, qui fabrique des turbines à vapeur dont certaines équipent des centrales exportées par la Russie.
La diplomatie française adopte donc une approche différenciée, adaptée à la diversité des enjeux. Au sein de l’Union européenne, l’objectif premier consistait à modifier les cadres institutionnels qui limitaient le financement du nucléaire. Cela concernait notamment l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie verte permettant l’accès à la finance durable, l’éligibilité aux contrats pour différence (mécanisme de soutien public visant à stabiliser les prix de l’électricité) ainsi que l’évolution de la position de la Banque européenne d’investissement. Dans ce cadre, la France s’est d’abord appuyée sur les gouvernements suédois, finlandais et tchèque afin de constituer l’Alliance du nucléaire, destinée à contrebalancer l’influence des positions antinucléaires portées par l’Allemagne, l’Autriche, le Luxembourg et l’Irlande.
À l’échelle mondiale, la stratégie française poursuit un double objectif. D’une part, il s’agit de sécuriser l’approvisionnement en uranium naturel en consolidant les relations avec les fournisseurs historiques (Kazakhstan, Ouzbékistan et Canada) tout en développant de nouveaux partenariats, notamment avec la Mongolie ou le Brésil. D’autre part, la France participe au groupe dit « Sapporo-5 », aux côtés du Canada, du Japon, de la Grande-Bretagne et des États-Unis, afin de réduire l’influence russe dans les chaînes d’approvisionnement du combustible nucléaire.
Quelles sont les principales reconfigurations géopolitiques autour du nucléaire depuis le premier sommet mondial du nucléaire organisé à Bruxelles en 2024 ?
On peut identifier trois principales reconfigurations géopolitiques. La première, déjà évoquée, est la transformation des cadres financiers mondiaux du nucléaire. Il est aujourd’hui beaucoup plus simple pour un pays européen d’intervenir sur son marché national afin d’assurer des conditions économiques favorisant l’investissement. La stabilisation des prix de vente sur plusieurs décennies grâce à ces mécanismes a été cruciale dans le feu vert donné à la construction des réacteurs de Lubiatowo, en Pologne, et de Dukovany II, en République tchèque. Ces évolutions découlent d’abord d’un travail diplomatique mené au sein de l’Union européenne.
La deuxième reconfiguration tient à la prise de conscience de la géopolitisation du nucléaire, en Amérique du Nord comme en Europe. L’administration Trump a fait du nucléaire l’un des piliers de son agenda de « domination énergétique », visant à autonomiser sa chaîne du combustible, accélérer le développement de nouveaux réacteurs en réduisant les procédures d’autorisation, mais aussi développer de nouveaux accords de coopération destinés à exporter ses technologies, à l’image du dernier 123 Agreement signé avec l’Arménie en février 2026. En Europe, les efforts portent d’abord sur la réautonomisation des chaînes industrielles, à l’image du rachat de la filiale Arabelle Solutions par EDF en 2024 à l’entreprise états-unienne General Electric, ou du rapatriement au Creusot par Framatome de la fabrication de composants de cuves de réacteurs auparavant sous-traités à l’étranger.
La dernière reconfiguration concerne les efforts de découplage stratégique vis-à-vis de la Russie dans le secteur du combustible nucléaire. Les investissements engagés dans le secteur de l’enrichissement devraient augmenter les capacités de production en Europe et en Amérique du Nord d’environ 20 % d’ici à la fin de la décennie. Si d’autres projets sont en discussion, particulièrement aux États-Unis, cette augmentation ne compensera pas entièrement les volumes actuellement importés de Russie par les pays occidentaux. Enfin, les deux dernières années ont également été marquées par la diversification des pays d’Europe centrale qui ont tous, y compris la Hongrie, signé des contrats d’approvisionnement en combustible nucléaire avec d’autres fournisseurs que Rosatom pour leurs centrales de technologie soviétique.
Mais plusieurs éléments demeurent en suspens. Premièrement, l’Union européenne reste toujours divisée quant à la position à adopter face à la Russie. Il n’existe, à ce jour, aucune sanction contre les importations russes dans le secteur nucléaire comparable à celles qui touchent les hydrocarbures. Qui plus est, les pays d’Europe centrale continuent à privilégier des acteurs états-uniens pour leurs nouveaux programmes nucléaires, au détriment de partenaires européens.
Deuxièmement, la question de l’approvisionnement futur en uranium naturel demeure incertaine, en dépit des déclarations émanant d’institutions internationales qui craignent que l’accroissement de la part du nucléaire à l’échelle mondiale ne soit limité par un manque d’extraction. Ici, l’enjeu est à nouveau de rassurer les industriels du secteur quant à la pérennité des politiques nucléaires et de stabiliser les prix de la matière à un niveau suffisant pour justifier de nouveaux investissements.
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Comment l’armée de l’Air et de l’Espace s’approprie-t-elle les défis associés aux changements climatiques ? Quels en sont les impacts stratégiques, capacitaires et opérationnels ? Dans ce nouvel épisode, Mathilde Jourde, chercheuse et responsable du programme « Climat, environnement et sécurité » à l’IRIS, et Maxime Thuillez et co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat, rédacteur en chef du Greenletter Club, s’entretiennent avec le Général de corps aérien Dominique Tardif, major général de l’Armée de l’air et de l’espace. Ils reviennent ensemble sur les conséquences du dérèglement climatique sur les missions de l’armée de l’Air et de l’Espace, en particulier concernant ses équipements, ses infrastructures, mais aussi sur les stratégies mises en place pour lutter contre ces effets.
Crédits :
« Sur le front climatique » est un podcast de l’Observatoire Défense & Climat produit par l’IRIS pour le compte de la DGRIS du ministère des Armées. Cet entretien a été enregistré au ministère des Armées.
Le Greenletter Club est un média qui réalise de longues interviews – en vidéo et en podcast – pour décortiquer les grands sujets écologiques.
Édition : Mathilde Jourde et Maxime Thuillez
Prise de son, communication : Coline Laroche
Montage : Coline Eisele
Générique : Near Deaf Experience
L’article L’Armée de l’air et de l’espace face au défi climatique. Avec le Général de corps aérien Dominique Tardif est apparu en premier sur IRIS.
En 2024, Donald Trump promettait de faire des États-Unis le champion de l’extraction pétrolière avec son slogan « Drill, baby, drill ». Aujourd’hui, son obsession pour le pétrole a pris une tournure plus violente en suivant plutôt la logique du « Bomb, baby, bomb ».
Après avoir trahi sa promesse de non-interventionnisme, d’abord au Venezuela le 3 janvier 2026, suivi par la guerre lancée en Iran le 28 février. Donald Trump semble privilégier une logique de puissance et de bombardements pour atteindre ses objectifs stratégiques, notamment dans des régions riches en pétrole.
Pourtant, après 17 jours de conflit, l’issue reste incertaine. L’Iran résiste, et le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce mondial de pétrole, est menacé.
Dans le même temps, des divisions apparaissent au sein même du camp politique de Trump, entre partisans de l’intervention et défenseurs de la doctrine « America First ». De l’autre côté, le Liban s’enfonce dans le chaos, et l’Europe, divisée, peine à jouer un rôle diplomatique.
Cette guerre révèle une nouvelle ère géopolitique, où la force prime sur le droit, où les alliances se fissurent, et où chaque décision pourrait déclencher un embrasement régional. Mon analyse dans cette vidéo.
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Dans un monde marqué par le retour des rivalités entre puissances, la multiplication des conflits et l’intensification des interdépendances économiques, l’économie s’impose désormais comme un instrument de puissance mais aussi de dépendance dans les rapports de force internationaux.
Comment l’économie est-elle devenue un outil central pour analyser les enjeux géopolitiques contemporains ? De quelle manière les conflits et les tensions internationales influencent-ils les dynamiques économiques mondiales ? Quel rôle jouent les acteurs économiques non étatiques sur la scène internationale ? Et en quoi le changement climatique constitue-t-il un défi économique susceptible de transformer les équilibres internationaux ?
À l’occasion de la réédition de son livre « Géopolitique de l’économie » (Eyrolles, février 2026), Sylvie Matelly, directrice de l’Institut Jacques Delors, répond à nos questions :
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Les guerres ne détruisent plus seulement des territoires ou des infrastructures. Elles perturbent désormais les systèmes écologiques dont dépend la stabilité des sociétés. La guerre en Iran illustre cette évolution. Les frappes visant des installations pétrolières, les incendies industriels et les atteintes aux infrastructures énergétiques ont provoqué d’importantes pollutions atmosphériques et hydriques, exposant les populations à des risques sanitaires immédiats et à long terme.
Dans un monde déjà soumis à de fortes pressions environnementales, ces destructions écologiques liées aux conflits peuvent fragiliser durablement les écosystèmes, les ressources naturelles et les conditions de vie des populations civiles.
Des incendies industriels aux effets atmosphériques majeursLes frappes qui ont touché plusieurs dépôts pétroliers situés à proximité de Téhéran ont généré d’importants panaches de fumée noire au-dessus d’une agglomération de près de dix millions d’habitants.
Les impacts atmosphériques de ce type d’événement peuvent aujourd’hui être observés et documentés par satellite. Les instruments embarqués sur le satellite Sentinel-5P du programme européen Copernicus permettent notamment de mesurer plusieurs polluants atmosphériques, tels que le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre ou le monoxyde de carbone, et de cartographier les panaches générés par des incendies industriels ou des infrastructures énergétiques endommagées. Les conflits contemporains deviennent ainsi de plus en plus observables dans leurs dimensions environnementales depuis l’espace, contribuant à objectiver les dommages écologiques associés aux opérations militaires.
Ces panaches contiennent notamment du benzène, du formaldéhyde, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et autres particules fines. Ces dernières peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires et aggraver des pathologies préexistantes, notamment respiratoires et cardiovasculaires[1]. Lorsque l’exposition se prolonge, ces atteintes s’inscrivent dans la durée et peuvent s’accompagner d’une augmentation du risque de cancers, ainsi que de certains troubles neurologiques.
Dans un contexte où la qualité de l’air constitue déjà l’un des principaux problèmes environnementaux en Iran[2], ces incendies industriels viennent ainsi renforcer l’exposition de millions d’habitants à des niveaux élevés de pollution atmosphérique.
Pollution des sols et débris toxiques : l’héritage invisible des conflitsAu-delà des incendies ou autres destructions spectaculaires, les explosions de munitions et les débris militaires peuvent également contaminer durablement les sols. Des analyses menées dans plusieurs zones de conflit ont mis en évidence la présence de métaux lourds[3] tels que le plomb, le cadmium, le nickel ou le chrome dans les zones bombardées. Ces contaminants peuvent être persistants dans les sols et pénétrer progressivement les chaînes alimentaires.
Les destructions urbaines constituent une source majeure de contamination, à travers les débris pouvant contenir amiante, produits chimiques industriels et/ou des restes de munitions non explosées. La gestion de ces matériaux représente souvent l’un des principaux défis environnementaux de l’après-guerre.
Les conflits récents illustrent l’ampleur de ces phénomènes. En Ukraine, les bombardements d’infrastructures industrielles et de zones urbaines ont entraîné la dispersion de nombreux polluants dans l’environnement. Dans la bande de Gaza, les destructions massives d’immeubles et d’infrastructures ont généré des millions de tonnes de décombres, qui vont fortement compliquer les opérations de dépollution et de reconstruction.
Ces formes de contamination, souvent moins visibles que les destructions immédiates, peuvent prolonger les impacts environnementaux et sanitaires d’un conflit pendant des décennies, bien après la fin des combats.
Une crise hydrique aggravée par le conflitLes risques environnementaux liés à la guerre en Iran concernent également les ressources hydriques.
Les explosions et les incendies ont provoqué des écoulements d’hydrocarbures dans les systèmes de drainage urbains et dans certains cours d’eau, pouvant contaminer les sols et les nappes phréatiques. Une pollution susceptible d’altérer durablement la qualité de l’eau.
Cette dégradation intervient dans un pays déjà confronté à une crise de l’eau particulièrement sévère. L’Iran connaît depuis plusieurs années une combinaison de sécheresses plus fréquentes, de surexploitation agricole et de politiques hydrauliques contestées. La surexploitation des nappes phréatiques[4] constitue une autre vulnérabilité majeure.
Dans ce contexte de stress hydrique extrême, les infrastructures liées à l’eau deviennent des éléments particulièrement sensibles. Des accusations d’attaques contre une usine de dessalement sur l’île de Qeshm ont également émergé au cours du conflit, révélant la vulnérabilité croissante des infrastructures hydriques dans les guerres contemporaines.
Dans un contexte de stress hydrique extrême, ces atteintes aux infrastructures de l’eau illustrent la manière dont les conflits peuvent transformer des vulnérabilités environnementales préexistantes en facteurs de déstabilisation sanitaire et sociale.
Des infrastructures environnementales devenues cibles stratégiquesLe conflit iranien révèle une transformation progressive de la nature des affrontements contemporains. Les infrastructures environnementales deviennent des cibles stratégiques.
Les installations énergétiques, les systèmes hydriques, les réseaux d’assainissement ou les routes maritimes constituent aujourd’hui des points névralgiques dont la destruction peut provoquer des perturbations systémiques dans les sociétés.
Les incidents impliquant plusieurs pétroliers dans le Golfe et la mer d’Oman illustrent cette vulnérabilité. Chaque attaque fait planer le risque de marées noires dans une région qui concentre des routes énergétiques majeures et des écosystèmes marins sensibles.
Dans des sociétés fortement dépendantes d’infrastructures complexes pour l’accès à l’eau, à l’énergie ou à l’alimentation, ces installations deviennent des leviers stratégiques majeurs. Leur destruction ne vise pas seulement à affaiblir les capacités militaires de l’adversaire, mais aussi à exercer une pression sur les conditions de vie des populations et sur la stabilité des États.
Le ciblage d’infrastructures environnementales s’inscrit ainsi de plus en plus dans les logiques contemporaines de coercitions et de dissuasions indirectes. En menaçant l’accès à des ressources essentielles comme l’eau ou l’énergie, les belligérants peuvent chercher à fragiliser durablement les équilibres économiques, sanitaires et sociaux de leur adversaire.
Cependant, les atteintes aux écosystèmes dans les zones de conflit ne produisent pas uniquement des effets locaux. Dans un monde déjà confronté aux limites planétaires, ces destructions peuvent fragiliser des systèmes écologiques dont dépend la stabilité globale, transformant certains conflits en perturbations environnementales susceptibles de dépasser largement les zones de combat.
Conflits récents : une tendance mondialeLes guerres ne se déroulent plus dans des espaces isolés, loin des infrastructures et des populations. Les affrontements se déroulent désormais au cœur de territoires densément urbanisés et industrialisés, ce qui amplifie leurs impacts environnementaux et sanitaires.
La dimension écologique des conflits n’est pourtant pas nouvelle. Lors de la guerre du Golfe en 1991, les forces irakiennes avaient incendié plus de six cents puits de pétrole au Koweït[5], provoquant pendant plusieurs mois d’immenses panaches de fumée qui avaient obscurci le ciel de la région et généré l’une des plus grandes catastrophes environnementales liées à un conflit.
Plus récemment, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a entraîné de multiples pollutions industrielles. Les bombardements d’infrastructures énergétiques et d’installations industrielles ont contaminé l’air, les sols et les ressources hydriques. La destruction du barrage de Kakhovka en 2023 a provoqué des inondations massives dans le bassin inférieur du Dniepr, submergeant de vastes zones naturelles et agricoles. La vidange du réservoir a perturbé les écosystèmes aquatiques et dispersé des polluants industriels ainsi que des sédiments contaminés, avec des impacts environnementaux susceptibles de se prolonger pendant de nombreuses années.
Ces exemples montrent que les conflits contemporains ne détruisent pas seulement des infrastructures ou des territoires : ils peuvent également provoquer des perturbations environnementales durables.
Guerres, pollution et limites planétaires : une nouvelle question de sécurité.La guerre en Iran s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par des pressions environnementales croissantes. Plusieurs limites planétaires identifiées par le Stockholm Resilience Centre sont aujourd’hui dépassées ou fortement perturbées, notamment celles liées au climat, à la pollution, à la biodiversité et aux cycles biogéochimiques.
Dans ce contexte, les conflits armés peuvent agir comme des accélérateurs de dégradation environnementale : incendies industriels, contaminations des sols, pollutions maritimes ou atteintes aux ressources hydriques viennent amplifier des pressions écologiques déjà existantes.
Les conflits armés constituent également une source directe d’émissions de gaz à effet de serre. En 2022, les forces armées et leurs chaînes d’approvisionnement représentaient 5,5 % des émissions mondiales[6]. Un niveau comparable, voire supérieur, à celui de certains secteurs civils fortement médiatisés comme l’aviation. Dans un contexte de réarmement accéléré et de multiplication des conflits, cette empreinte carbone est probablement aujourd’hui encore plus élevée.
Pourtant, ces dimensions restent largement absentes des débats publics sur les responsabilités environnementales. La stabilité des sociétés dépend pourtant de plus en plus du bon fonctionnement des systèmes écologiques qui soutiennent la vie humaine. Lorsque ces systèmes sont dégradés, les conséquences sont multiples : crises sanitaires, pénuries d’eau, insécurité alimentaire, déplacements de population… mettant en péril la résilience de l’après-conflit.
Dans un monde déjà contraint par les limites planétaires, les destructions environnementales liées aux conflits constituent ainsi un facteur supplémentaire d’instabilité globale. Elles rappellent que la sécurité humaine ne dépend pas uniquement de l’équilibre des puissances ou des capacités militaires, mais aussi de la préservation des systèmes écologiques dont dépendent les sociétés.
Dans ce contexte, la guerre apparaît de plus en plus comme un facteur de crise écologique à part entière.
À l’heure où l’on débat des responsabilités écologiques et sanitaires des secteurs aérien, agricole ou routier, le coût environnemental des conflits et de l’incapacité persistante de nos sociétés à résoudre leurs différends autrement que par la violence reste largement sous-estimé.
[1] WHO, Air pollution and health risk assessment, 2021.
[2] Taghizadeh, F., Mokhtarani, B. & Rahmanian, N. “Air pollution in Iran: The current status and potential solutions”. Environ Monit Assess 195, 737 (2023). https://doi.org/10.1007/s10661-023-11296-5
[3] Altahaan, Z.; Dobslaw, D. “The Impact of War on Heavy Metal Concentrations and the Seasonal Variation of Pollutants in Soils of the Conflict Zone and Adjacent Areas in Mosul City”. Environments 2024, 11, 247. https://doi.org/10.3390/environments11110247
[4] Jasechko, S., Seybold, H., Perrone, D. et al. “Rapid groundwater decline and some cases of recovery in aquifers globally”. Nature 625, 715–721 (2024). https://doi.org/10.1038/s41586-023-06879-8
[5] UNEP, Desk Study on the Environment in Iraq, 2003.
[6] Conflict and Environment Observatory, Estimating the Military’s Global Greenhouse Gas Emissions, 2022.
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La guerre en Iran aura des répercussions à l’échelle internationale, et notamment indirectement sur le conflit russo-ukrainien. En s’engageant dans cette guerre, les États-Unis risquent d’accroître la vulnérabilité de l’Ukraine puisqu’ils ne seront pas en mesure d’assurer un approvisionnement simultané en matière d’armement pour les deux conflits. Or après plus de quatre années de guerre, le bilan de la guerre en Ukraine ne cesse de s’alourdir. D’une part, si l’Ukraine a fait preuve de résistance et de résilience face à une armée russe bénéficiant d’un avantage démographique considérable, les coûts humains et économiques de ce conflit sont conséquents. D’autre part, la Russie a subi des pertes importantes, n’a pas atteint les objectifs qu’elle s’était fixés, et a connu un isolement relatif sur la scène internationale. En ce qui concerne les perspectives de paix, celles-ci semblent aujourd’hui encore lointaines. L’Europe n’a pas su pleinement s’imposer comme médiateur du conflit et la tentative états-unienne de résolution du conflit en 24h n’a pas porté ses fruits. Ainsi, quel bilan peut dresser à propos de la guerre en Ukraine ? La Russie sortira-t-elle affaiblie ou renforcée de ce conflit ? Quel rôle les États-Unis et l’Europe ont-ils réellement joué dans l’évolution de la guerre ? L’Ukraine a-t-elle encore les moyens de restaurer son intégrité territoriale ? À quels enjeux le pays risque-t-il d’être confronté à la fin de la guerre ?
Autant d’enjeux abordés dans ce podcast aux côtés d’Hugues Pernet, ancien ambassadeur de France en Ukraine.
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La séquence ouverte le 28 février 2026 restera dans les livres d’histoire comme une nouvelle rupture de ce qui subsistait des règles régissant le rapport entre les États.
Outre l’illégalité que constitue cette agression caractérisée au regard du droit international qui ne reconnait pas le « concept » de guerre préventive, il est de plus impossible de connaitre précisément les buts de guerre supposés du tandem Trump-Netanyahou tant ils apparaissent contradictoires, et finalement jamais véritablement revendiqués.
Prétendre affirmer que des tirs balistiques iraniens de longue portée auraient pu atteindre le sol étatsunien ? Aucun spécialiste militaire digne de ce nom ne prête ne serait qu’une once de crédibilité à cette affirmation. Nous sommes ici de plain-pied dans le monde des vérités alternatives désormais endossées par nombre de responsables politiques de premier plan.
Stopper le programme nucléaire iranien ? Cela avait déjà été le prétexte avancé lors de la guerre des douze jours au mois de juin 2025, avec les résultats que l’on connait… puisque ce sont environ 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % qui ont été cachés et sur lesquels l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a plus désormais aucun moyen de contrôle.
Abattre le régime iranien ? C’est sous-estimer la résilience et la complexité de l’organisation de la République islamique d’Iran ainsi que l’interférence multiscalaire des réseaux d’influence qui la structurent. Le pouvoir des Pasdaran sera affaibli, mais pas éradiqué, car il se trouve dans une logique de survie existentielle.
Couper la société iranienne de ses dirigeants et la pousser à la révolte contre ces derniers ? C’est méconnaitre le patriotisme iranien qui dans les périodes d’agression a maintes fois prouvé qu’il resserrait les rangs en défense du pays. En outre, la société civile iranienne est, malheureusement, habituée à souffrir et a déjà souvent vécu des périodes d’économie de guerre en serrant les dents.
Apporter la démocratie au peuple iranien ? Que le régime de Téhéran soit rejeté par une grande partie de la population est une certitude, la brutalité inouïe de la répression contre les manifestants au mois de janvier 2026 le rappelle. Pour autant jamais la démocratie n’a été amenée dans les soutes des bombardiers ou à cheval sur les missiles. Certes, des infrastructures militaires sont prises pour cibles, mais c’est avant tout la population civile qui est visée jour après jour et qui est donc considérablement affaiblie. Comment imaginer dans ces conditions un mouvement de révolte qui mettrait le régime à bas ?
Il est donc raisonnablement impossible de prêter crédit à ces fumeuses tentatives de justifications. Pour autant, les résultats catastrophiques des décisions israélo-étatsuniennes sont déjà à l’œuvre :
La liste n’est pas exhaustive… pour des buts de guerre qui ne sont pas explicités ou qui changent au gré des déclarations erratiques de Donald Trump. Benyamin Netanyahou semble pour sa part plus cohérent, car ce n’est pas tant le régime iranien qu’il veut abattre que la volonté de ramener l’Iran au niveau le plus faible qu’il le peut.
L’État d’Israël se comporte tel un forcené ivre de violences se déchaînant sur les populations civiles sans distinction ni retenue comme il l’a déjà fait durant des mois dans son entreprise génocidaire contre la bande de Gaza. Nous avons la confirmation d’une fuite en avant dont nul ne sait où elle s’arrêtera à l’heure ou des membres du gouvernement de Tel-Aviv évoquent de plus en plus fréquemment la perspective d’un grand Israël. Rêve halluciné de suprémacistes juifs pour lesquels seule la force militaire brute semble devoir s’imposer.
Jouissant depuis des années d’une impunité complète dans leurs multiples exactions, les dirigeants israéliens se sentent légitimes à poursuivre leur œuvre mortifère. Si les États-Unis peuvent concevoir d’éventuelles divergences avec ce projet, il n’en demeure pas moins qu’ils agissent à ce stade pleinement aux côtés d’Israël sans exprimer la moindre critique.
Ce sont peu à peu les quelques règles du droit international prétendant réguler les relations entre les États qui sont méthodiquement battus en brèche sans que finalement les « maîtres du monde » s’en émeuvent véritablement. Le droit international n’a certes en aucun temps été parfait et n’est en réalité jamais parvenu à s’affranchir de la dure réalité des rapports de force, mais nous sommes désormais dans une autre séquence. Plus rien ne paraît juguler ou ralentir les politiques promus par les États expansionnistes et leurs soutiens.
En ce sens, la diplomatie du « en même temps » est non seulement inefficiente, mais apporte de facto une caution aux entreprises impérialistes. On ne peut affirmer du bout des lèvres que l’attaque du 28 février est une entorse au droit international, mais ne prendre aucune initiative tangible pour tenter d’en juguler les effets. Il est certes loisible de condamner la décision du Hezbollah de lancer missiles et drones sur Israël le 2 mars, mais alors pourquoi n’avoir pas fait de même à propos des bombardements israéliens quasi quotidiens sur le Liban et l’occupation d’une partie du territoire national en contravention absolue des dispositions du cessez-le-feu de novembre 2024 ? Deux poids – deux mesures.
De manière plus générale, l’Union européenne est une nouvelle fois spectatrice et complice devant l’indicible. Elle a visiblement abandonné pour longtemps toute velléité de tenter d’influer sur les désordres du monde pour contribuer à réactiver quelques principes structurants de la vie internationale. Seul l’État espagnol sauve l’honneur et ne baisse pas la tête.
Nous sommes dans un moment de bascule et la situation apparait pour le moins préoccupante. Un sursaut s’avère nécessaire avant qu’il ne soit trop tard. La France s’honorerait en multipliant les initiatives diplomatiques, notamment en direction des États du Sud qui comprennent mieux que quiconque les dangers de la désagrégation du droit international et de la généralisation de la loi du plus fort. La partie est infiniment complexe, mais il n’y a que les batailles non engagées qui sont sûres d’être perdues.
On peut malheureusement craindre que ce souhait ne soit qu’un vœu pieux.
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Malgré la guerre, l’Ukraine a préservé une capacité de production agricole remarquable, réinventé ses routes logistiques et maintenu son rôle clé dans la sécurité alimentaire internationale. À la croisée des dynamiques géopolitiques, agricoles et énergétiques, le pays incarne bien plus qu’un simple fournisseur de matières premières. À l’heure où l’UE repense son autonomie, où les États-Unis réévaluent leurs priorités et où la Russie mobilise son influence via le blé et les engrais, l’Ukraine s’affirme comme un espace décisif pour les équilibres agricoles, diplomatiques et économiques du XXIᵉ siècle.
À l’occasion de la sortie du Déméter 2026, Arthur Portier, consultant senior chez Agritel – Argus Media France, agriculteur, répond à nos différentes questions :
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According to the Hungarian approach, defence procurement and domestic defence industry development are closely linked. Defence acquisition serves not only the goal of modernising the country’s army and military capabilities, long overdue, but also of launching domestic weapons manufacturing and development, which contributes to industrial growth and economic progress. Defence equipment is mostly procured from European partners, nevertheless, the country pays attention to obtaining material from other countries in order to diversify its sources. As defence procurement and comprehensive capability development had been ongoing for years, the outbreak of the war in Ukraine in 2022 has not caused any major change in procurement practices, it has rather reinforced some of Hungary’s already declared commitments.
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Comme je l’écrivais récemment dans une tribune pour La Croix, Donald Trump s’est piégé lui-même en Iran. Affaibli par l’humiliation que lui a infligée la Cour suprême le 20 février en déclarant illégaux ses tarifs douaniers, le président a eu besoin de prouver qu’il restait le boss. Résultat : une guerre sans but stratégique clair, qui pourrait s’enliser pendant des semaines, chaque mort de soldat américain se payant dans les urnes en novembre. Trump cherche désormais désespérément sa sortie de secours, possiblement une pirouette à la vénézuélienne où il déclarera avoir obtenu toutes ses exigences auprès de nouveaux dirigeants iraniens « modérés ».
Mais le plus inquiétant dans cette affaire ne se trouve pas dans les calculs électoraux d’un président en difficulté. Le véritable danger réside ailleurs : dans la contamination idéologique que cette administration d’ultra-droite américaine propage à travers l’Occident. Et contrairement à l’année dernière, Elon Musk n’a même plus besoin d’intervenir ouvertement dans les élections britanniques ou allemandes. L’idéologie trumpiste se diffuse désormais d’elle-même, trouvant un terreau fertile dans les opinions publiques comme dans certaines élites politiques européennes.
Le cas français est particulièrement édifiant. Selon un sondage du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) publié la semaine dernière, 49 % des Français approuvent l’intervention militaire américaine en Iran. Près d’un Français sur deux soutient donc une guerre qui bafoue le droit international, menée sans mandat de l’ONU et sans consultation des instances internationales.
Qu’il n’y ait aucun malentendu ici : je ne pleurerai évidemment pas la chute de Khamenei et j’espère que la démocratie finira par s’imposer en Iran. Mais là n’est pas la question.
Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’a rien à voir avec le devoir d’ingérence (responsabilité de protéger) auquel j’ai toujours été assez favorable. Lorsqu’un gouvernement met en péril la sécurité de sa population ou commet un massacre ou un génocide, la communauté internationale peut et doit agir. Mais cela se décide via les instances internationales — l’ONU au premier chef — ou, si elles sont paralysées comme c’est souvent le cas, via une concertation entre grandes puissances et États concernés. Pas de manière unilatérale comme c’est ici le cas, où deux pays décident seuls d’attaquer un troisième.
Et ce qui est véritablement alarmant, c’est d’entendre Gabriel Attal, qui se présente pourtant comme l’un des chantres de l’humanisme et des valeurs de l’ordre international post-1945, déclarer tranquillement qu’il faut « assumer de parler le langage de la force » et que « le droit international ne peut pas être un totem d’immunité pour ceux qui ne le respectent pas ». Autrement dit : faire fi du droit international lorsqu’il s’agit de faire tomber des dictateurs. L’ancien Premier ministre va même jusqu’à estimer qu’il est temps pour sa génération de « réformer le droit international » et d’« inventer une nouvelle gouvernance internationale ».
Traduisons : si une grande puissance juge qu’un régime doit tomber, elle peut l’attaquer militairement sans mandat international. C’est la porte ouverte à tous les excès. Si l’on accepte ce principe pour l’Iran, comment reprocher à Vladimir Poutine son invasion de l’Ukraine ? Ou à Trump une très possible annexion du Groenland sous prétexte du danger chinois ? Sur quel fondement moral et juridique condamner une intervention qui bafoue la souveraineté d’un État ? Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a bien tenté de nuancer en regrettant que l’intervention n’ait pas « été débattue dans les instances collectives prévues à cet effet », mais sa déclaration n’a guère eu d’impact.
Il y a ici une confusion : beaucoup de ceux qui espèrent la chute du régime iranien en viennent aussi à cautionner les frappes américaines et israéliennes sans en mesurer pleinement l’illégalité, ni surtout la boîte de Pandore qu’elles ouvrent. Mais cette confusion elle-même est révélatrice : elle montre à quel point la violence intrinsèque à l’administration Trump — qui se déploie aussi bien à l’intérieur avec la mise en place d’un régime autoritaire qu’à l’extérieur avec ces guerres unilatérales — trouve aujourd’hui un écho dans les populations occidentales.
Pendant ce temps, à Rome, c’est l’extrême droite qui dit regretter l’illégalité de cette guerre. Le paradoxe est total : ceux qui devraient défendre l’ordre international vacillent, tandis que d’autres, pour des raisons qui leur sont propres, rappellent les principes du droit.
Le constat s’impose : la doctrine Trump, qui consacre le rapport de force brut comme seule loi des relations internationales, est en train de gagner l’Occident.
Et le plus triste dans tout cela, c’est de voir des responsables politiques que l’on croyait progressistes soutenir ces actions au nom d’un prétendu pragmatisme, pendant que c’est à Rome qu’on dénonce leur illégalité.
Le monde à l’envers.
Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.
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Dix jours après la mort de l’ayatollah Khamenei lors des frappes israélo-américaines du 28 février, l’Iran a déjà organisé sa succession en nommant un nouveau guide suprême, le fils de l’ancien dirigeant. L’hypothèse d’un effondrement rapide ou d’un changement de régime à court terme semble écartée. Par ailleurs, l’argument central de la prolifération nucléaire, invoqué pour justifier l’opération israélo-américaine, apparaît de plus en plus contesté.
La situation soulève plusieurs questions majeures : quelle place reste-t-il au droit international et qui est encore en mesure de le défendre ? Sommes-nous entrés dans un engrenage de guerre susceptible d’élargir le conflit ? Les Européens, divisés entre leurs alliances et leurs principes, peuvent-ils encore peser sur la situation ou préserver leur crédibilité diplomatique ? Plus largement, assiste-t-on à un affaiblissement durable des principes fondamentaux de l’ordre international au profit d’une logique de rapports de force ? Mon analyse dans cette vidéo.
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D’un point de vue de géopolitique des médias, la République populaire de Chine (RPC) utilise ainsi son agence de presse comme un acteur géopolitique, un levier de puissance informationnelle en Afrique, participant à la visibilité des récits pro-Pékin promouvant le développement d’un Sud global. En effet, les médias ont un rôle géopolitique dans la mesure où ils peuvent influer sur les relations et rivalités entre États ou autres acteurs non-étatiques, et être instrumentalisés par ces acteurs à des fins géopolitiques. Ils sont également des reflets, puisqu’ils traitent des événements géopolitiques et en proposent des représentations, à travers les contenus qu’ils véhiculent. Ces représentations géopolitiques reflètent le point de vue des acteurs étudiés, et le récit qu’ils se font des événements ou qu’ils veulent présenter au monde.
Pourquoi et comment la Chine a-t-elle utilisé le concept de Sud global pour soutenir sa stratégie d’influence informationnelle en Afrique de l’Ouest francophone ? Et quelles sont les limites de cette stratégie ? L’étude géopolitique des récits médiatiques développés par la Chine dans cette région met en évidence une manipulation des représentations liées au Sud global, visant à couvrir les caractéristiques impérialistes de la présence chinoise dans le champ informationnel ouest-africain.
À téléchargerL’article Le « Sud global » : une « couverture informationnelle » au service de l’influence médiatique de Pékin en Afrique de l’Ouest francophone est apparu en premier sur IRIS.
Les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran ont profondément bouleversé l’équilibre géopolitique au Moyen-Orient et au-delà. Si l’opération apparaît, sur le plan militaire, comme un succès incontestable, la véritable question concerne désormais ses conséquences politiques et stratégiques.
Quel premier bilan géopolitique de la guerre déclenchée le 28 février 2026 peut-on dresser ? Quelles dynamiques cette intervention a-t-elle déclenchées et quelles pourraient être ses répercussions à plus long terme ? De multiples dynamiques sont simultanément à l’œuvre : Washington et Tel-Aviv, qui mènent la guerre de concert, pourraient en réalité avoir des objectifs divergents à moyen et long terme. Les pays du Golfe, ciblés par l’Iran, sont hostiles à une instabilité prolongé, quel rôle pourront-ils jouer ? Les Européens de leur côté font à nouveaux preuve de division à propos du conflit. Qu’en est-il pour les autres acteurs majeurs de la scène internationale, en particulier la Russie et la Chine, partenaires de l’Iran ?
Retrouvez mon premier bilan de la situation géopolitique en Iran dans cette vidéo.
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Une trentaine de kilomètres sépare l’Iran d’Oman. Un passage maritime étroit, quand on place le curseur sur Ormuz. Un détroit qui connecte l’immense océan Indien avec l’exigüe golfe Persique. La guerre qui embrase l’Iran et le Moyen-Orient, derrière les bombes, les drames et les communications politiques, nous propose une formation accélérée de géoéconomie contemporaine.
Le golfe Persique d’abord, parlons-en. Un espace de 250 000 km2, dix fois moindre que la Méditerranée, représentant à peine 1 % de l’espace océanique mondial. Mais 50 % des réserves prouvées en pétrole et 40 % dans le cas du gaz[1]. Une taille énergétique et économique colossale, concentrée dans une piscine aux dimensions restreintes, à la profondeur maximale d’une centaine de mètres et à la largeur de 300 kilomètres environ dans son étirement le plus prononcé. Dans ce golfe Persique, huit États riverains, peuplés de 200 millions d’habitants dans leur ensemble, dont 60 à 70 millions de personnes vivant au bord de la mer, sur ces littoraux convoités, où l’eau rassure quand on a un vaste désert dans le dos. Même les champs énergétiques dominants, exploités ou en devenir, sont off-shore, au fond de la mer. La conquête du maritime, pour ces pays riverains, c’est donc avant tout de l’économique. On dessale l’océan pour disposer d’eau potable ou irriguer les quelques cultures agricoles qui peuvent composer avec l’aridité du milieu. On fore les profondeurs pour pomper ces hydrocarbures dont la planète raffole, et qui enrichissent mécaniquement les nations riveraines. Et puis on aspire au maritime car c’est l’accès au grand large, pour exporter ou pour importer. À condition que le robinet du détroit d’Ormuz soit ouvert.
Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour ces pays du Golfe persique et un poumon énergétique d’une bonne partie du globe. Quand les flux s’organisent sans anicroches, ce qui est généralement le cas, car il est rarement intéressant de se priver d’oxygène économique, ce détroit s’exprime avec amplitude : un tiers du commerce mondial en pétrole (avec 12 à 13 millions de barils par jour !), 20 % en gaz naturel liquéfié (GNL), 30 % en gaz de pétrole liquéfié, 15 % en produits pétroliers raffinés ou encore 30 % en engrais azotés[2], pour prendre la moyenne annuelle sur la période 2023-2025. Pour ces matières premières, le déplacement se fait par tankers, méthaniers ou vraquiers. Chaque navire de commerce présente une valeur qui se chiffre vite en plusieurs millions de dollars. La majorité d’entre eux font route vers l’Asie. La Chine capte près de 40 % du pétrole qui sort du Golfe persique, 80 % même de l’or noir iranien depuis quelques années[3]. Ne sous-estimons pas les volumes de pétrole qui transitent par Ormuz et vont en Inde (15 %), en Corée du Sud et au Japon (10 % chacun)[4]. Dans le cas du gaz et des engrais azotés, les destinations sont moins polarisées sur l’Asie, prennent la route de l’Afrique ou de la mer Rouge, pour remonter vers les marchés européens. L’Union européenne importe 8 % de son GNL grâce aux ressources qataries[5], à titre d’exemple. L’importance stratégique de ce passage maritime est considérable pour les économies des nations riveraines du Golfe persique. Les exportations d’hydrocarbures du Koweït et du Qatar dépendent entièrement du détroit d’Ormuz, tandis que celles de l’Irak et de l’Iran y transitent à près de 95 %[6]. L’Arabie saoudite, dont l’essentiel des champs pétroliers est situé sur sa façade orientale, dépend également de cette voie maritime pour environ 90 % de ses exportations[7]. Les Émirats arabes unis sont légèrement moins exposés grâce à leur accès direct à l’océan Indien et leur port commercial de Khor Fakkan, d’où partent 25 % environ des flux émiratis[8]. La géographie dicte sa loi à la logistique, tout comme l’économique, car ces matières premières ne circulent ni par le ciel ni par voies terrestres ferroviaires ou routières, sauf sur les derniers kilomètres à parcourir afin d’éclater en de multiples points les volumes. Mais sinon, c’est bien l’océan qui connecte l’offre et la demande.
Les événements en cours transforment Ormuz en goulet d’étranglement pour l’économie locale, régionale et potentiellement mondiale. L’Iran prétend pouvoir fermer le détroit. En tout cas, les risques s’y démultiplient suffisamment pour que l’on observe un arrêt brutal des échanges. Le ballet de navires se croisant laisse place à des ronds dans l’eau de la part de bateaux coincés dans le golfe Persique, chargés et loin des quais (près de 500), ou stationnaires dans le golfe d’Oman, car le danger est tel qu’il n’est plus sage de traverser le détroit. Les États-Unis annoncent de potentielles actions sur site pour débloquer le détroit d’Ormuz. D’autres pays y songent, les retombées économiques pouvant cascader à mesure que cette situation perdure. D’ores et déjà, les primes d’assurance explosent. Il est vivement conseillé d’éviter le détroit d’Ormuz, où des navires ont été touchés par des tirs militaires ou des drones sous-marins kamikazes. Après Maersk et MSC, le géant chinois du transport maritime Cosco a suspendu ses services à destination et en provenance de pays du Golfe. La donne géostratégique pourrait s’aggraver si des mines flottantes sont posées pour rendre le détroit d’Ormuz encore moins praticable. Par ailleurs, une marée noire, en cas de tanker coulé, serait une catastrophe écologique dans cette mer quasi-fermée.
Depuis le 28 février 2026, ces tensions géopolitiques extrêmes ont déjà entraîné une hausse significative du prix du pétrole et du gaz. Si le détroit d’Ormuz devait être bloqué pendant un mois, ou plus, un choc énergétique et donc économique mondial est à redouter, sachant qu’il s’inscrit dans un contexte de marchés déjà particulièrement volatiles, nerveux et de plus en plus opaques. Du Covid-19 à l’Ukraine, en passant par d’autres secousses depuis 2020, l’inflation s’est réinvitée dans le vocabulaire du quotidien. Une hausse de plusieurs centimes à la pompe est attendue en Europe d’ici quelques jours. Avec un gaz plus cher, les factures d’électricité pour des pays très dépendant comme l’Allemagne devraient se renchérir. Ormuz est aussi ce détroit vital pour nourrir les populations du golfe Persique, hyper-dépendantes d’approvisionnements extérieurs, venant de loin, pour répondre aux besoins alimentaires d’une zone dépourvue d’agricultures consistantes. Ce sont 15 à 20 millions de tonnes de grains (céréales, soja) qui entrent dans le Golfe persique chaque année[9], avec des fournisseurs principaux nommés Brésil, Russie, Australie, Turquie ou encore Ukraine. Pour plusieurs États membres de l’UE, là aussi, une présence essentielle dans une zone aux consommations croissantes. L’Italie, la France et les Pays-Bas, pour ne citer qu’eux, vendent des biens agro-alimentaires sur ces marchés structurellement importateurs. Les flux en grains, en janvier et février 2026, entrant dans le golfe Persique, ont été deux fois supérieurs aux moyennes. Chaque pays a visiblement anticipé la crise et accru ses stocks, mais ces derniers ne couvrent a priori pas plus d’un semestre.
Le détroit d’Ormuz nous rappelle à la fragilité de ces chaines longues pour des ressources à utilisation mondiale mais extrêmement localisées à la source. Ce qui se joue en ce moment avec l’Iran, le golfe Persique et ce détroit, c’est donc aussi une guerre géoéconomique qui de loin déborde du périmètre régional. Le passage en mer Rouge, déjà complexe depuis deux ans, en raison de tirs Houthis sur les navires de commerce qui passent par Bab el-Mandeb, va de nouveau être sous tensions, puisque le régime iranien réactive les dernières forces de ses proxys. Le commerce maritime se redéploie donc vers le sud de l’Afrique et ce cap de Bonne-Espérance. Le temps est rallongé, le coût du transport est augmenté. Comme souvent, nous devons intégrer ces variables géoéconomiques dans nos grilles de lecture globale sur les conflits ou les rivalités entre puissances. Si la stratégie des Mollahs iraniens est d’aller dans une logique jusqu’au-boutiste, c’est-à-dire de jouer un va-tout dans ce grand soir d’affrontements avec l’ennemi israélien et états-unien, il n’est pas exclu de provoquer le plus de dégâts possibles sur ce terrain économique, quand bien même le blocage ou le saccage du détroit d’Ormuz pénalise l’Iran directement.
Que vont faire les nations voisines, notamment ces monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, qui semblaient plaider pour une non-intervention ces dernières semaines, sans doute par crainte d’une boite de Pandore aux instabilités multiples ? N’oublions pas que le rabibochage entre Téhéran et Riyad est tout frais, qu’il fut réalisé sous l’égide d’une Chine qui pourrait sur cette guerre s’activer en raison de facteurs géoéconomiques, et que par ailleurs peu de nations du golfe Persique ont un appétit coopératif avec leurs voisines. On dialogue, on se compare mais on crée peu de solidarités durables, par primauté d’intérêts souverains et par sécurité… Donc n’oublions pas que le Moyen-Orient est l’un des plus grands magasins d’armements de la planète et que si des journées portes ouvertes sont annoncées, nous pourrions aussi voir l’embrasement s’intensifier et changer de registre. Les vacances à Dubaï, bye-bye.
[1] US – Energy Information Administration
[2] Argus-Media
[3] World Energy Council
[4] Eurostat
[5] US – Energy Information Administration
[6] US – Energy Information Administration
[7] US – Energy Information Administration
[8] US – Energy Information Administration
[9] International Grain Council
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Depuis le coup d’État militaire de 2021 au Myanmar, l’Armée d’indépendance kachin (KIA) a consolidé son emprise sur les principaux sites d’extraction de dysprosium et de terbium dans les régions de Chipwi et Pangwa, générant plus de 200 millions de dollars de revenus annuels en imposant taxes et redevances aux entreprises chinoises opérant sur son territoire. Ainsi, les terres rares birmanes, indispensables aux moteurs électriques et aux éoliennes, sont désormais contrôlées par une entité proto-étatique en guerre ouverte avec son gouvernement central. De ce fait, le contrôle des gisements de terres rares au Myanmar par des groupes armés non étatiques devient une question stratégique majeure pour la sécurité d’approvisionnement en minerais critiques.
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