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Bonne nouvelle pour les amateurs de justice africaine : la Cour de la CEDEAO a tranché. Mauvaise nouvelle pour ceux qui croyaient encore que « trancher » voulait dire « couper quelque chose ».
Dans son arrêt du 29 janvier, le tribunal communautaire a solennellement déclaré que la réforme constitutionnelle togolaise de mars 2024 (celle qui a permis au régime en place de se réinstaller confortablement sous une étiquette toute neuve) violait l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie. Magnifique. Le mot « violation » est même écrit en toutes lettres dans l’arrêt. On y est presque. Sauf que non. Parce qu’avoir raison et avoir un effet, ce sont deux choses différentes, et la CEDEAO maîtrise très bien la première sans jamais s’encombrer de la seconde.
L’affaire remonte à mars 2024, lorsque l’Assemblée nationale togolaise, dont le mandat avait pourtant expiré depuis le 31 décembre 2023, a adopté une réforme transformant la Quatrième République en Cinquième République. Le texte, voté à 89 voix pour, une contre et une abstention, a fait basculer le pays d’un régime semi-présidentiel vers un système parlementaire, abolissant l’élection directe du président de la République au suffrage universel.
Les requérants, parmi lesquels figurent plusieurs partis d’opposition (ANC, CDPA, FDR, PSR) ainsi que des organisations de défense des droits humains (LTDH, ASVITTO…), ont saisi la Cour pour dénoncer des “violations graves des principes démocratiques”. Ils estimaient que la manœuvre visait avant tout à permettre au président sortant de conserver le pouvoir sous une nouvelle casquette, celle de président du Conseil.
La Cour a tranché sans détour sur ce point précis. Examinant le calendrier et le contenu de la réforme, les juges ont estimé que son objectif premier était de contourner les limites imposées au mandat présidentiel, permettant ainsi au président sortant de conserver le pouvoir sous une nouvelle forme institutionnelle. Selon l’arrêt, cette manœuvre constitue un abus de la réforme constitutionnelle visant à consolider le contrôle politique, contraire aux principes démocratiques consacrés par la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG). La Cour a donc formellement constaté une violation de l’article 23 de cette Charte, qui interdit tout amendement portant atteinte aux principes de l’alternance démocratique.
Mais ce constat de violation reste largement symbolique. Sur le volet le plus concret de la requête, celui du droit des citoyens à participer aux affaires publiques, la Cour s’est montrée bien plus prudente. Elle a relevé que des élections législatives s’étaient tenues le 29 avril 2025, réunissant plus de deux millions d’électeurs inscrits, et qu’aucune preuve concrète n’établissait que les requérants ou d’autres citoyens auraient été empêchés de voter ou de se présenter. La Cour a ainsi jugé que la simple adoption d’un amendement constitutionnel, même politiquement controversé, ne constitue pas en soi une violation du droit de participer aux affaires publiques.
Autre limite procédurale notable : deux requérants, l’Association des victimes de la torture au Togo (ASVITTO) et l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), ont vu leur recours déclaré irrecevable pour défaut de capacité juridique, n’ayant pas produit de certificat d’enregistrement attestant leur existence légale.
En guise de réparation, la Cour s’est contentée d’ordonner à la République togolaise de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir que toute future réforme constitutionnelle soit conforme à ses obligations internationales, sans annulation du texte ni sanction tangible. Chaque partie devra par ailleurs supporter ses propres dépens.
Un arrêt qui, en creux, illustre les limites du droit communautaire ouest-africain face aux recompositions institutionnelles engagées par les pouvoirs en place.
En intégralité, la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO
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Des déclarations émanant des corps habillés à la retraite suscitent une vive controverse au Togo. Prononcés autour de l’anniversaire de Faure Gnassingbé, célébré le 6 juin, ces propos, ont fait réagir l’opposition. Ces militaires à la retraite ont choisi de s’afficher publiquement en uniforme, arborant fièrement leurs insignes et leurs grades pour porter un message dans l’arène publique.
Pour de nombreux acteurs politiques, cette mise en scène franchit une ligne rouge républicaine. Face à la montée de la colère et des inquiétudes en ligne, la députée Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, figure de proue de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), a décidé de porter le fer sur le terrain institutionnel. Elle a adressé, le 16 juin 2026, une question orale au gouvernement par l’intermédiaire du président de l’Assemblée nationale.
Facebook et dans les boucles de messagerie WhatsApp, les réactions de citoyens et de figures de la société civile oscillent entre stupéfaction et colère. Les critiques se cristallisent sur l’usage des attributs de l’armée à des fins de communication politique par des civils. En effet, le statut de retraité conférant constitutionnellement le retour à la vie civile.
Dans un communiqué officiel publié à Lomé jeudi 18 juin 2026, Brigitte Adjamagbo-Johnson recadre le débat autour des principes fondamentaux de l’État de droit. Sa démarche parlementaire, rappelle-t-elle, s’inscrit strictement dans la mission de contrôle de l’action gouvernementale dévolue aux élus du peuple.
L’élue de l’opposition ne cache pas ses préoccupations face à des propos qui, selon elle, menacent l’équilibre républicain. ‘’Cette démarche vise à obtenir des clarifications sur plusieurs interrogations soulevées par le fait que d’anciens agents des forces de défense et de sécurité […] aient tenu publiquement sur des réseaux sociaux, des propos qui suscitent des inquiétudes quant au respect du principe de neutralité républicaine qui s’impose à eux dans ce cas d’espèce.’’
Pour la parlementaire, le statut de retraité n’affranchit pas ces anciens serviteurs de l’État de l’obligation morale et juridique de neutralité. Elle exige désormais que l’exécutif se prononce clairement sur la légalité et l’opportunité d’une telle sortie publique.
Dans son communiqué, la députée de la DMP tape du poing sur la table et dénonce un déni de démocratie parlementaire.
‘’Il est souhaitable que les mécanismes de contrôle parlementaire puissent pleinement jouer leur rôle, dans le respect mutuel des institutions de la République’’, martèle Kafui Adjamagbo-Johnson.
Avant Brigitte Adjamagbo-Johnson, Nathaniel Olympio demandait le 15 juin dernier si la jeunesse togolaise était devenue l’ennemi à abattre. Le responsable du front ‘Touche Pas à Ma Constitution’ a dénoncé les menaces proférées par des militaires à la retraite qui évoquait l’idée de combattre les ennemis de Faure Gnassingbé ‘’jusqu’au dernier souffle’’.
‘’Des paroles d’une gravité extrême. Qui les autorise à tenir un tel discours ? Le chef d’état-major ? Le ministre des Armées ? Les Togolais méritent qu’on leur réponde’’, avait posté l’opposant sur X.
En rappelant l’exécutif à ses « exigences de transparence et de redevabilité », l’opposition togolaise cherche à savoir si le gouvernement osera, cette fois-ci, rompre le silence sur un sujet qui touche au cœur même de la sécurité et de la neutralité de l’État. L’affaire est désormais à suivre de près dans les couloirs du Parlement à Lomé.
Une affaire révélatrice des tensions actuelles
Selon une vidéo largement relayée, des retraités des forces de défense et de sécurité dans une déclaration publique de soutien au président du conseil des ministres togolais, ont utilisé des formules particulièrement engagées, telles que ‘’vos ennemis sont nos ennemis’’, ‘’notre champion’’, ou encore l’idée de ‘’combattre jusqu’à la dernière goutte’’. Ces expressions, dans un pays où l’armée occupe historiquement une place centrale dans la vie politique, ont été perçues par plusieurs observateurs comme un glissement préoccupant entre hommage personnel, engagement partisan et intimidation symbolique.
La polémique intervient dans un contexte politique sensible. Depuis la réforme constitutionnelle de 2024, le Togo a basculé dans une Ve République qui a profondément modifié l’architecture du pouvoir. Faure Gnassingbé n’est plus président de la République depuis mai 2025, mais président du Conseil des ministres, une fonction désormais placée au cœur du pouvoir exécutif. La présidence de la République, occupée par Jean-Lucien Savi de Tové, est devenue essentiellement honorifique.
Dans ce nouvel ordre institutionnel, toute prise de parole publique en faveur de Faure Gnassingbé, surtout lorsqu’elle émane de personnalités issues de l’univers militaire ou sécuritaire, prend une portée politique particulière. Les critiques estiment que le vocabulaire employé renvoie moins à une loyauté envers les institutions qu’à une fidélité personnelle envers l’homme qui concentre l’essentiel du pouvoir exécutif.
Le choix du moment a également renforcé la sensibilité du dossier. Le 6 juin correspond à l’anniversaire de Faure Gnassingbé, mais cette date est aussi associée à une séquence de contestation récente. En juin 2025, des manifestations avaient éclaté dans un climat de tension autour de la réforme constitutionnelle, de la vie chère et des restrictions de l’espace civique. Le Mouvement du 6 juin, ou M66, s’est ensuite inscrit dans cette dynamique protestataire.
Un an plus tard, l’apparition de déclarations de soutien au chef du pouvoir exécutif, avec des références aux « ennemis » et au « combat », a ravivé les inquiétudes d’une partie de l’opinion. Pour les détracteurs de cette prise de parole, le problème ne réside pas seulement dans le soutien exprimé à Faure Gnassingbé, mais dans la manière dont le désaccord politique semble être présenté comme une forme d’hostilité à combattre.
À ce stade, aucune réaction officielle précise et directement liée à cette controverse n’a été faite. Les autorités togolaises n’ont pas publiquement clarifié si ces propos relevaient d’une initiative privée, d’un collectif structuré ou d’une prise de position organisée. Cette absence de clarification nourrit, elle aussi, les interrogations.
Source: afriquinfos
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Le Togo risque un décrochage progressif si les réformes tardent et que les mêmes pratiques persistent. Le renouvellement des élites, l’amélioration de la gouvernance et une gestion publique efficace sont nécessaires pour l’avenir.
Par N’djo
Les nations ne tombent pas toujours de manière spectaculaire dans le déclin. Souvent, elles s’enfoncent progressivement dans des pratiques qui finissent par étouffer leurs potentiels, leurs capacités. Et c’est là que vient le déclin, brusquement.
C’est pourquoi les comparaisons avec les pays voisins doivent être observées avec attention, non pas dans un esprit de rivalité, mais comme un exercice de lucidité.
Au cours des dernières années, plusieurs pays de la sous-région ont entrepris des réformes visant à améliorer la gestion des finances publiques et à renforcer l’efficacité de l’action gouvernementale. Le débat sur la qualité de la gouvernance, la maîtrise des dépenses publiques et la responsabilité des dirigeants y occupe une place de plus en plus importante.
Mais au Togo, la question demeure : avons-nous réellement engagé les transformations nécessaires pour préparer l’avenir ? Le constat est préoccupant. Depuis des décennies, les mêmes personnes occupent les postes stratégiques de l’État. Les responsables passent d’un ministère à un autre, d’une présidence d’institution à une préfecture, d’une société publique à une ambassade, puis reviennent à d’autres fonctions de premier plan. Cette circulation permanente des mêmes acteurs crée un système fermé sur lui-même.
Le problème n’est pas seulement une question de personnes, il s’agit avant tout d’un problème de gouvernance. Lorsqu’un nombre limité d’individus conserve durablement le contrôle des principaux leviers administratifs, les mécanismes de contrôle, d’évaluation et de remise en question s’affaiblissent forcément. L’innovation recule, les nouvelles compétences sont étouffées, la culture de la responsabilité et de l’excellence finit par cesser d’exister.
Certains me diront que le Togo continue de fonctionner et que les écarts avec les voisins ne sont pas alarmants. C’est vrai. Mais l’histoire montre que c’est SOUDAINEMENT que les retards accumulés pendant de longues années deviennent visibles et hautement préjudiciables. Les mauvaises gouvernances produisent rarement leurs effets du jour au lendemain ; elles agissent lentement avant de se traduire par des écarts importants en matière de prospérité et de niveau de vie.
Le véritable risque pour le Togo n’est donc pas seulement la stagnation, c’est la chute, le décrochage. Un décrochage qui pourrait survenir brusquement si d’autres pays de la sous-région poursuivent leurs réformes tandis que nous restons prisonniers des mêmes méthodes et des mêmes réflexes primitifs. Dans un tel scénario, le coût serait supporté non par les dirigeants, mais par les citoyens. Il va y avoir davantage de pauvreté, moins d’opportunités pour les jeunes et une dépendance accrue vis-à-vis des étrangers.
Aimer son pays, ce n’est pas applaudir systématiquement tout ce qui est fait en son nom. Aimer son pays, c’est aussi avoir le courage d’identifier les erreurs, de dénoncer les blocages et d’exiger des changements lorsque l’intérêt général l’impose. La loyauté envers une nation ne consiste pas à défendre le statu quo, mais à préparer un avenir meilleur.
C’est pourquoi la perspective d’une chute du Togo devrait nous préoccuper collectivement. Elle devrait nous pousser à réfléchir à la qualité de nos institutions, à la gestion de nos ressources publiques et à la nécessité d’un renouvellement des élites administratives et politiques. Les pays qui progressent sont ceux qui savent se remettre en question avant que les difficultés ne deviennent insurmontables.
Il est encore temps de corriger la trajectoire. Mais le temps est une ressource qu’aucune nation ne peut se permettre de gaspiller.
Source : Sikaajournal
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