(B2) Vous êtes une jeune femme journaliste, et souhaitez bénéficier d’un coup de pouce pour développer votre passion : le journalisme européen. Vous pouvez bénéficier du Fonds Lénaïc pour un journalisme de qualité. A l’appui : une bourse de 5000 euros au maximum et une place de six mois maximum dans un média européen.
Envoyer une lettre de motivation ainsi qu’un CV en anglais à : candidate(a)lenaic.eu Date limite pour candidater : 31 décembre 2017. Autres informations ici. Ce programme se déroulera entre mars et juillet 2018.
If you are interested in becoming the next fellow of the Lénaïc Fund for Quality Journalism, please send your motivation letter and CV in English at: candidate(a)lenaic.eu Deadline for application: 31st December 2017. All informations here
Le Fonds Lénaïc a été créé par la famille et les amis de Lénaïc en la mémoire de cette excellente confrère, morte trop tôt, d’un cancer foudroyant, à 28 ans, en septembre 2015. Lénaïc était non seulement une collègue intelligente, cultivée, attachante. Mais elle était aussi devenue très rapidement, à force de travail, de ténacité, une des meilleures journalistes à Bruxelles dans le domaine de la politique commerciale, notamment avec « EU Trade Insights », une lettre quotidienne spécialisée (mis en place par notre ami David Thual) qu’elle a portée de tout son talent.
(NGV)
(BRUXELLES2 – à Bangui) Franchissement d’obstacle, combat au corps à corps, tir, montage et démontage de son arme, orientation topographique, secourisme… ce sont quelques uns des entraînements que les Forces armées centrafricaines (FACA) reçoivent de la mission européenne de formation EUTM RCA. Cette formation, ils devront démontrer qu’ils l’ont acquise ce vendredi 3 novembre, lors d’un premier test (1). En visite à Bangui, B2 a pu assister aux derniers entrainements et préparatifs.
Première étape : le bac à sable
Dès 8h du matin, les premiers instructeurs européens arrivent au camp Kassaï. Malgré la pluie, le point de rendez-vous avec les officiers FACA est le “bac à sable“. C’est ici, de manière très graphique, que les Européens expliquent l’exercice dans sa globalité au capitaine qui dirige le Bataillon 3. Passé par l’école de Saint-Cyr (2012-2015), le capitaine Ulrich Yamande comprend vite la nature des épreuves par lesquelles ses hommes vont être testés. C’est maintenant à lui de prendre en main la suite, en donnant des instructions à ceux qui dirigeront les pelotons (10-12 hommes). Afin de les motiver, les groupes sont placés dans une situation de compétition. L’unité qui fera la meilleure ponctuation sur l’ensemble des 12 épreuves sera la gagnante. Sont en jeu « l’orgueil de gagner, mais également un “petit“ prix », nous explique le colonel espagnol, Antonio R. Bernal Martín, qui commande le pilier entrainement (“Training“).
Le capitaine donne des instructions à ses hommes sous la supervision d’un instructeur d’EUTM. Le « bac à sable » permet aux FACA de resituer une situation de mouvement (© LH/B2)
Savoir s’orienter
C’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour les soldats centrafricains. La première question du questionnaire de l’épreuve du jour l’illustre bien. « A quoi servent les courbes de niveau sur une carte? » Et pour cause, peu d’entre eux avaient manipulé une carte topographique avant d’arriver à Kassaï. Aujourd’hui, boussole en main, ils doivent donner l’azimut de trois points que l’instructeur leur a signalé. Pour la plupart, c’est réussi. Le sourire, souvent discret, qu’ils s’accordent laisse voir leur satisfaction.
(© LH/B2)
… et se déplacer en groupe
Épreuve suivante : se déplacer en groupe. A la façon d’une épreuve de team-building, c’est un parcours d’obstacles que les Européens ont choisi de monter… avec une difficulté ajoutée. Le parcours doit être franchi en portant une boite de cinq kilos, contenant théoriquement des obus de mortier. L’unité que je suis choisit rapidement sa stratégie. Celui qui est le plus en forme portera la caisse. En première position est placé un des plus jeunes, armé. Il devra être le premier à franchir chacun des obstacles et assurer la sécurité de l’autre coté. Le chef d’unité, qui devrait se positionner au milieu de son équipe, choisit de fermer la file, afin d’accompagner un de ses soldats blessé au genou. Finalement, après quelques erreurs, ils terminent le parcours en 11 minutes… bien loin des 7 minutes 30 fixées comme objectif. « Pour l’épreuve de vendredi, ils seront prêts » affirme l’instructeur français en charge de l’atelier. « Les autres groupes ont tous fait mieux » me souffle, en anglais, le Suédois qui l’accompagne.
Apprendre à combattre… avec des armes et à mains nues
Pour être un vrai soldat, il faut avoir des armes. C’est donc logiquement qu’EUTM forme les FACA au tir. Pourtant, les moyens sont limités. « Ils doivent apprendre à prendre soin de leurs armes. » C’est pour cela qu’une des épreuve est le démontage et montage d’un AK-47. Pour réussir, il faut le faire en moins de cinq minutes. Peu d’armes et également peu de munitions. Pour l’exercice d’aujourd’hui, seules deux personnes par équipe ont tiré. Et chacun n’a disposé que de dix cartouches. Mais les FACA doivent également savoir affronter des attaquants utilisant des armes blanches (couteau ou coupe-coupe). Objectif : se défendre mais également neutraliser l’ennemi.
(© LH/B2)
… dans le respect des droits de l’Homme
Les Européens insistent sur cela. « Neutraliser et non tuer ». C’est un des éléments clés, former une armée qui respecte le droit international, que ce soit dans leurs interactions avec les prisonniers armés ou des civils. C’est l’experte en droits de l’Homme, Cynthia Petrigh, de l’ONG Beyond Peace, qui est chargée d’expliquer les règles de la guerre.
Secourisme : ne laisser personne derrière
Évacuer un blessé tout en assurant une protection de zone, établir le meilleur endroit pour donner les premiers soins, faire un tourniquet… C’est un élément essentiel de la formation européenne. D’autant plus que cela n’a rien de naturel pour les FACA. « Pour eux, lorsque quelqu’un est blessé, on le laisse derrière… car il porte en lui un mauvais esprit. Lors des premiers exercices, la plupart refuse de toucher les personnes qui jouent les blessés » nous explique Barothi Hambursin. Cette Belge utilise sa propre expérience, notamment en Afghanistan et en Irak, pour démontrer comment quelques secondes peuvent faire la différence et sauver une vie. Apparait alors un défi plus général, celui de la gestion du temps. « Ils n’ont pas de montre », explique-t-elle.
Des FACA fiers
Les soldats, sous-officiers et officiers que j’ai pu rencontrer ont tous une chose en commun. Ils sont fiers d’appartenir aux FACA, et encore plus d’être dans un des bataillons formés par EUTM.
… malgré des conditions difficiles
Il a plu jusqu’au lever du jour, à 5h du matin. Les routes, envahies par des courants d’eau, puis de l’eau stagnante, sont difficilement praticables. Malgré cela, certains se sont levés avant l’aube pour venir jusqu’au campement. Ils ont fait entre 10 et 20 km. Souvent à pied… car leur salaire ne leur permet pas de prendre des moto-taxi. Si tous portent des uniformes militaires, aucun ne se ressemble. Aux pieds, certains ont des bottes, d’autres des baskets originalement rouges, vertes ou bleues. Et pour cause, le ministère de la défense ne leur a pas fourni d’équipement. Ce qu’ils portent, ils se le sont achetés eux-mêmes. EUTM, qui n’a pas le droit de fournir ce matériel, travaille pour trouver un donateur. Pour la cérémonie de certification du bataillon dans son ensemble, en décembre, les effectifs du BIT 1 pourraient porter des uniformes (et l’équipement) fournis … par la Chine !
(Leonor Hubaut)
A suivre…
(1) Trois compagnies composent le Bataillon 3 (BIT3). Chacune passe au camp Kassaï, le camp d’entrainement d’EUTM RCA, pour une formation de trois mois. Après six mois, ce sont donc seulement deux compagnies qui seront mises à l’épreuve cette semaine. La certification finale pour l’ensemble du bataillon est prévue pour décembre.
(crédit : présidence estonienne de l’UE)
(B2) En ne cautionnant pas ni ne soutenant d’une manière ou d’une autre l’autonomie catalane, l’Europe est en passe de changer de position idéologique sur l’autodétermination comme sur l’autonomie régionale. Finis les soutiens express ou en sous-main aux indépendances fractionnant les États, mis sous le boisseau l’idée d’une Europe des régions. L’Europe s’aligne sur une position très traditionnelle en matière de souveraineté et de respect des frontières, assez proche somme toute de la position traditionnelle de… Pékin. Explications…
Une position pro indépendantiste ?
Dans les années 1990-2000, et même dans les années 2010, au niveau international, l’Europe a souvent soutenu les mouvements sécessionnistes : en Slovénie ou Croatie (vis-à-vis de la Yougoslavie), au Kosovo (vis-à-vis de la Serbie), en Erythrée (vis-à-vis de l’Ethiopie), au Sud Soudan (contre le pouvoir de Khartoum). Quant la Tchécoslovaquie s’est séparée en 1991, alors qu’elle avait déjà amorcé un mouvement de rapprochement avec la CEE, Bruxelles n’a pas été sur aucun front pour tenter de contrer le mouvement. Sur le Somaliland (face à la Somalie), elle a été beaucoup plus prudente, amorce d’un changement.
Le retournement libyen
Le retournement européen, on peut l’observer clairement sur la question libyenne. Lors du conflit civil de 2011, les Européens se sont montrés plutôt hostiles à toute séparation entre l’Est et l’Ouest. Une position qui a tenu malgré des positions très différentes entre les Italiens, les uns soutenant plutôt Tripoli, les autres plutôt Benghazi.
L’interventionniste russe
Entretemps, étaient survenus plusieurs évènements. Tout d’abord, l’interventionnisme russe, en 2008 d’abord, en Ossétie du Sud et Abkhazie (provinces géorgiennes) puis en 2014, Crimée, et dans les provinces de l’Est de l’Ukraine, montre tout le danger ou la versalité du droit à l’autodétermination.
Un faible résultat des indépendances portées par l’Europe
Ensuite, les premiers résultats des nouveaux régimes ou nouveaux États portés à bout de bras par l’Europe (Kosovo et Sud Soudan notamment ) n’a pas été vraiment éclatant. Le Kosovo s’est fait rongé par une corruption ambiante et des querelles politiques sans fin, malgré un soutien humain et financier notable. Le Sud Soudan s’est enfoncé dans la guerre et l’anarchie, sans compter l’Erythrée tombé dans une vraie dictature.
Tous ces éléments n’ont fait que renforcer cette attitude européenne revenant à un dogme de respect des frontières internationales. UN point consacré par le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui a dans un tweet de principe après l’auto proclamation de l’indépendance de la Catalogne répète que « cela ne change rien pour l’UE. L’Espagne demeure notre seul interlocuteur » (1).
La fin d’une idée régionaliste
L’affaire catalane est en passe de faire taire également les prétentions européennes qui existaient jusqu’à présent, très présentes dans les années 1990 et 2000 d’une Europe des régions, d’un exécutif européen dialoguant certes avec les États mais ne s’interdisant pas non plus de discuter avec les régions, prônant même un dialogue en direct, notamment avec la gestion des fonds structurels.
Cette tendance avait déjà été atténuée depuis la crise économique de 2008-2010 où on a vu l’intérêt d’avoir des structures étatiques plus solides. Mais aussi devant le risque d’émiettement européen très réel avec des tendances centrifuges existants dans plusieurs pays (au nord de l’Italie, en Belgique, au Royaume-Uni, voire même en Allemagne avec la Bavière, etc.). Une résurgence de cette tendance « girondine » (régionaliste) reste néanmoins perceptible, ainsi que l’a montré l’accueil en grande pompe de la dirigeante écossaise au lendemain du Brexit.
Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne n’a pas dit autre chose lors d’un déplacement en Guyane, selon l’AFP. « Il faut éviter les fissures parce qu’il y a suffisamment de fissures, de fractures. Nous n’avons pas besoin d’autres fissures et d’autres fractures. […] je ne voudrais pas que demain l’Union européenne se compose de 95 États ».
(Nicolas Gros-Verheyde)
(1) Il a ajouté comme un écho à l’inquiétude européenne sous-jacente face à un durcissement de la position de Madrid : « J’espère que le gouvernement espagnol privilégiera la force des arguments et non les arguments de la force ».
(B2 à Helsinki) Le Finlandais a la défense territoriale inscrit dans son ADN. Toute l’histoire de ce pays ballotté entre Suède et Russie le prouve.
« Avoir les conscrits est la seule possibilité de maintenir des effectifs complets, surtout dans le nord du pays. N’avoir que des professionnels cela reviendrait trop cher. » indique le lieutenant-colonel Rainer Kuosmanen, commandant adjoint du régiment de Chasseurs de la garde. « Nous n’avons pas suivi la Suède quand ils ont supprimé la conscription. Ce qui a dégradé leur potentiel de défense. »
1400 km de frontières avec la Russie
C’est un élément majeur de la doctrine militaire finlandaise dont le mot-clé est : « être prêt au cas où » (le fameux ‘readiness’ en anglais). Un point focal de la dissuasion à la finlandaise, pour ce pays qui n’est pas membre de l’OTAN mais a près de 1400 km de frontières terrestres avec la Russie. « Nos ennemis impossibles doivent vraiment croire que toute action leur coutera cher en pertes. Notre défense, aujourd’hui, est forte, si importante qu’ils hésiteront ensuite. »
Un sentiment patriotique important
C’est un élément à fort ressenti psychologique également. Il y a un fort sentiment chez les Finlandais de devoir défendre le pays le cas échéant. « Vous devez avoir fait votre service ». Il y a une grande pression de la part des familles, des pères qui ont fait leur service. Et dans les sondages, il se dégage une nette majorité (plus de 70% de la population), qui a la « volonté de défendre le pays ».
Un service de six mois minimum
Chaque conscrit (le service est obligatoire pour les jeunes gens, basé sur le volontariat pour les jeunes femmes) passe par un cycle de six mois : deux mois d’entraînement basique, deux mois d’entraînement plus spécifique et deux mois d’entraînement en unités. L’occasion aussi de repérer les futurs chefs d’équipes et officiers qui auront une formation supplémentaire (jusqu’à six mois supplémentaires).
Un test de conscription
A la fin du service, un test est réalisé sur les conscrits qui a pour objectif de mesurer leurs aptitudes (1) mais aussi la qualité de l’enseignement comme le vécu dans l’armée. Aujourd’hui, ils peuvent courir en 12 minutes approximativement 2560 mètres (qui a été amélioré de 300 mètres). Le test de tir est coté avec une note de 3 sur une échelle de 1 à 4. Quant aux volontés de défendre la nation et de vivre de l’armée comme une « expérience », elles sont notées respectivement 4,2 et 4,1 (sur une échelle de 1 à 5).
Un service « intéressant, utile, attractif »
C’est un « test que l’on fait à la fin du service. Cela nous conforte dans notre approche que le temps de service n’est pas du temps perdu ». Les officiers finlandais y tiennent. Il faut chercher un équilibre entre un entraînement efficace (demandeur, convainquant, crédible pour les Finlandais et les pays étrangers) et l’acceptation par les Finlandais (en respectant certains principes, à commencer par la sécurité des conscrits, un traitement correct, un service « intéressant, utile, attractif ».)
(Nicolas Gros-Verheyde)
A suivre sur B2 Pro : la politique de défense finlandaise et un entretien avec le président finlandais
La brigade des chasseurs de la garde
La brigade des chasseurs de la garde est un régiment de l’armée finlandaise, basée dans la périphérie d’Helsinki, dédiée à la défense territoriale. Comme tous les régiments finlandais, une bonne partie de son effectif est composé de conscrits. La conscription reste, en effet, obligatoire en Finlande. Et personne n’a l’intention d’y renoncer, pour des arguments à la fois économiques, politiques et militaires. De par son environnement urbain (2), ce régiment dédie une bonne part de ses entraînements au combat urbain.
Une spécialité : le combat urbain
Le régiment compte 400 militaires, et 900 à 1500 conscrits, ainsi que 1600 réservistes. Il compte deux bataillons : le bataillon de chasseurs d’Uusimaa et le bataillon de la Garde et une école sportive qui forme tous les militaires. Sa spécialité, est cependant le combat urbain. C’est le centre d’excellence pour le combat urbain de l’armée finlandaise qui a notamment pour tâche de défendre la capitale Helsinki et la région d’Uusimaa. Il compte aussi une unité de musiciens militaires, une autre qui assure la garde présidentielle. Et quelques spécialités, plus « geek », comme les systèmes d’information (TI), le cyber, le Combat camera.
(1) Pour les conscrits qui ont été considérés aptes. Ceux-ci sont classés selon cinq catégories : de A (compétent pour toutes tâches) à T (libéré pour raisons de sécurité), en passant par B (capable avec quelques limitations), C (libéré du service en temps de paix), E (à définir plus tard).
(2) La zone urbaine est complexe car il y a beaucoup d’offices publics, d’aéroports et usines. Dans le district, il y a le Commandement et le Quartier général (HQ), les bataillons de chasseurs, les bataillons locaux et un régiment anti-aérien, un détachement d’artillerie, et une unité d’intervention (readiness).