De faux emplois de chauffeur, de cuisinier ou d'agent de sécurité, des promesses de salaires élevés et parfois de nationalité russe. Une enquête d'Amnesty International décrit les méthodes utilisées pour attirer des étrangers vers l'armée russe avant de les envoyer combattre en Ukraine. Plusieurs pays africains sont directement concernés.
Ils pensaient travailler dans la logistique, l'informatique ou la construction. Certains se sont retrouvés, quelques semaines plus tard, sur le front ukrainien. Dans une enquête publiée le 10 septembre, Amnesty International estime que la Russie a recruté des milliers d'étrangers issus principalement de pays à faibles revenus, en ayant recours dans de nombreux cas à la tromperie, à la coercition et à l'exploitation. Pour l'organisation, certaines de ces pratiques répondent aux critères de la traite des êtres humains définis par le Protocole de Palerme.
Des offres d'emploi qui conduisent au front
L'enquête s'appuie notamment sur des témoignages de ressortissants africains d''Égypte, de Sierra Leone, de Somalie, d'Afrique du Sud. Amnesty décrit un mécanisme récurrent. Des recruteurs proposent à l'étranger des emplois civils bien rémunérés ou exploitent la vulnérabilité de migrants déjà présents en Russie. Les contrats sont parfois signés dans une langue que les recrues ne comprennent pas. Les passeports et les téléphones peuvent ensuite être confisqués, tandis que les déplacements sont restreints. Un Sud-Africain cité dans l'enquête croyait ainsi avoir été recruté comme chauffeur en Pologne. Un intermédiaire contacté sur WhatsApp lui aurait demandé de rejoindre Moscou pour récupérer son camion. Selon son épouse, ses affaires lui ont été retirées à son arrivée et il lui a été annoncé qu'il deviendrait soldat. D'autres recrues interrogées par Amnesty affirment avoir été envoyées sur le front après seulement deux semaines d'entraînement.
Plus de 1 000 Kényans recrutés
Le phénomène dépasse les cas recueillis par Amnesty. En février 2026, un rapport des services de renseignement kényans présenté au Parlement estimait à plus de 1 000 le nombre de Kényans recrutés pour combattre aux côtés de la Russie. Parmi eux, 89 se trouvaient alors sur le front ukrainien, 39 étaient hospitalisés et 28 portés disparus. Des réseaux de traite auraient ciblé des anciens militaires, des policiers et des chômeurs avec des promesses de rémunérations élevées. L'ambassade russe à Nairobi a nié tout recrutement illégal, tout en rappelant que des étrangers pouvaient s'engager volontairement dans l'armée russe.En Afrique du Sud, le gouvernement avait déjà annoncé en novembre 2025 avoir reçu des appels de détresse de 17 ressortissants âgés de 20 à 39 ans, bloqués dans le Donbass après avoir rejoint des forces engagées dans le conflit. Pretoria avait ouvert une enquête sur les conditions de leur recrutement.
Une armée toujours à la recherche d'hommes
Ces recrutements interviennent alors que Moscou cherche à maintenir ses effectifs sans recourir à une nouvelle mobilisation générale. Plus de 422 000 personnes ont signé un contrat avec l'armée russe en 2025, après environ 450 000 en 2024, selon les autorités russes. Aucun chiffre officiel ne permet toutefois de connaître la part exacte des étrangers dans ces recrutements. Amnesty demande aux pays concernés de multiplier les avertissements contre les fausses offres d'emploi et d'identifier les victimes comme telles. Dans des pays où le chômage et la précarité poussent de nombreux jeunes à chercher un emploi à l'étranger, une simple annonce sur Internet peut désormais devenir la porte d'entrée vers une guerre à plusieurs milliers de kilomètres.