« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. » Montesquieu écrivait cela en 1748, dans De l’esprit des lois, sans savoir qu’il décrivait par anticipation un problème de plomberie institutionnelle togolaise : que faire lorsque les limites, précisément, approchent ? La réponse est venue de Lomé, le 25 mars 2024, et elle est d’une élégance que le baron de La Brède n’avait pas prévue : on déplace les limites. Ou mieux : on déménage avant qu’elles n’arrivent.
Il fallait oser. Prendre un Parlement dont le mandat avait expiré le 31 décembre 2023 — un Parlement périmé, donc, comme un yaourt oublié au fond du frigo institutionnel — et lui faire voter rien de moins qu’une nouvelle Constitution. La Cinquième République togolaise est née ainsi : d’une assemblée hors délai, sans référendum, sans consultation nationale, à quelques semaines d’élections législatives. Un exploit de gestion des stocks : on écoule la marchandise avant l’inventaire. Les commerçants du Grand Marché de Lomé, qui savent qu’« on ne vend pas le poisson d’hier au prix de celui du matin », apprécieront la leçon inverse : au sommet de l’État, le poisson d’avant-hier a rédigé le menu des vingt prochaines années.
Et voilà que la Cour de justice de la CEDEAO, dans un arrêt du 29 janvier 2026 discrètement rendu public fin juin — la discrétion, cette politesse des institutions —, vient gâcher la fête. Les juges communautaires, ces rabat-joie diplômés, ont osé qualifier l’opération de « changement inconstitutionnel de gouvernement » au sens de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Ils sont allés jusqu’à écrire que le moment choisi, le contenu et l’effet escompté de la réforme trahissaient son objectif premier : contourner les limites de mandat présidentiel prévues par l’ancienne Constitution.
Contourner ? Quel vilain mot. Nous, à Lomé, on préfère dire « innover ». Le caméléon, dit le proverbe, change de couleur, jamais de peau. Nos juristes de cour ont fait mieux : ils ont changé la peau de la République pour que le caméléon n’ait même plus à se donner la peine de changer de couleur.
Reconnaissons l’ingénierie, le génie de la manœuvre, et rendons à César ce qui appartient à César — d’autant que César, ici, a rédigé lui-même l’acte de donation. Le problème était simple : la limitation des mandats présidentiels. Deux solutions s’offraient au juriste ordinaire : quitter le pouvoir (grotesque, ne perdons pas de temps là-dessus), ou violer frontalement la Constitution (vulgaire, et surtout démodé depuis que les coups d’État se font en toge plutôt qu’en treillis). Le Togo a choisi la troisième voie, la plus raffinée : garder le pouvoir mais changer l’étiquette sur la porte du bureau.
Machiavel conseillait au Prince de paraître avoir toutes les qualités sans s’embarrasser de les posséder. Nos modernes ont perfectionné le précepte : il suffit désormais de paraître avoir changé de régime sans s’embarrasser de changer de dirigeant. Exit le président élu au suffrage universel — ce rituel encombrant, coûteux, où le peuple s’imagine avoir son mot à dire, cette superstition du XXᵉ siècle. Place au « Président du Conseil des ministres », chef du parti majoritaire, concentrant l’essentiel du pouvoir exécutif, sans limite sérieuse à l’horizon, et — pure coïncidence cosmique, alignement des planètes que les astronomes étudieront longtemps — taillé aux mesures exactes de l’homme qui dirige le pays depuis 2005, lui-même héritier d’un père installé aux affaires depuis 1967.
Faisons le compte, puisque l’arithmétique est la seule science que le pouvoir ne parvient jamais tout à fait à réformer : bientôt soixante ans de continuité familiale. Dans n’importe quelle autre organisation humaine, on appellerait cela une PME dynastique, avec transmission du fonds de commerce et clientèle captive. Au Togo, on appelle cela une République. La cinquième, pour être précis — ce qui laisse penser qu’on garde les quatre premières en pièces détachées, au cas où celle-ci tomberait en panne avant l’échéance. Héraclite enseignait qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ; le constituant togolais a démontré qu’on peut se baigner cinq fois dans la même eau, pourvu qu’on repeigne la baignoire entre chaque bain.
La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, s’étonnait que des millions d’hommes servent « un seul tyranneau » qui n’a « que deux yeux, que deux mains, qu’un corps ». Il n’avait pas envisagé le cas où le tyranneau dispose, en sus, d’un bureau d’études constitutionnelles. Le génie moderne n’est plus de faire obéir le peuple : c’est de réécrire le contrat pendant que le peuple dort, et de lui présenter au réveil la nouvelle édition, reliée cuir, comme un cadeau.
Le plus beau, dans cette affaire, tient pourtant en un détail de procédure que les manuels de droit devraient enseigner au chapitre de la rhétorique. Devant la Cour, saisie par la Ligue togolaise des droits de l’homme et douze autres requérants, l’État togolais n’a tout simplement pas présenté de défense. Aucune conclusion, aucun acte de procédure, malgré les notifications régulières. Jugement par défaut. On imagine la réunion stratégique au sommet : « Si nous ne répondons pas, peut-être que la CEDEAO croira que nous avons déménagé. » Après tout, la méthode avait fonctionné avec la Constitution.
Pascal l’avait pressenti : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » L’État togolais, lui, sait demeurer en repos. Il a fait du silence un système de gouvernement et de l’absence une plaidoirie. Il faut dire que répondre aurait exigé d’expliquer, arguments à l’appui, pourquoi un Parlement en fin de vie était habilité à réécrire le contrat social de tout un peuple — exercice périlleux, car Rousseau veille au grain depuis 1762 : une loi que le peuple en personne n’a point ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Plutôt que d’affronter le Genevois, on a préféré la politique de la chaise vide. Qui ne dit mot consent, prétend l’adage ; le régime en a inventé la variante souveraine : qui ne dit mot espère que le dossier se perdra.
Le silence était, au fond, la plaidoirie la plus honnête jamais produite par ce pouvoir. Car que dire ? Que le calendrier était fortuit ? Que la suppression de l’élection présidentielle au suffrage direct, votée à quelques encablures d’une échéance électorale, relevait du pur amour de la doctrine parlementaire, d’une passion soudaine pour Westminster contractée un soir de lecture ? Il y a des mensonges que même un mémoire en défense ne sait pas porter. La parole est d’argent, le silence est d’or : à Lomé, on connaît le cours des métaux.
Rassurons maintenant les inquiets du Palais : l’arrêt n’a aucune force coercitive. La Cour n’a ni annulé la Constitution de 2024, ni prononcé de sanctions. Elle a simplement invité les autorités à veiller, à l’avenir, à conformer leurs réformes à leurs engagements internationaux — formule exquise, qui revient à demander au renard, après l’inventaire du poulailler, de bien vouloir tenir compte du règlement intérieur lors de ses prochaines visites. C’est une victoire « morale » pour l’opposition, c’est-à-dire, en langage réaliste, une victoire qu’on peut encadrer et accrocher au mur pendant que rien ne change. Le mur, lui au moins, est décoré.
Mais méfiance. Les victoires morales ont une fâcheuse habitude : elles s’accumulent, comme l’eau derrière un barrage dont on ne surveille plus les fissures parce qu’on a réformé le service de surveillance. Un jour, c’est un arrêt de cour régionale ; le lendemain, une déclaration d’opposition parlant de « coup d’État constitutionnel » et de « sévère désaveu » ; bientôt, tout un continent qui prend des notes. Car si le tour de passe-passe togolais devient jurisprudence de l’impunité, chaque président en fin de mandat sait désormais que la sortie de secours ne passe plus par l’aéroport, mais par une réécriture express de la loi fondamentale. Il suffit d’un Parlement docile, d’une imprimerie nationale et d’un chiffre romain disponible. Camus l’écrivait sans rire, lui : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. » Ici, on a inventé la démocratie inverse : la protection d’une minorité d’un seul, par la loi d’une majorité expirée.
La CEDEAO, elle, aura au moins mis les mots sur la chose, et nommer, disaient les Anciens, c’est déjà juger. Il ne s’agissait pas d’une réforme. Il s’agissait d’un déménagement : le pouvoir a changé d’adresse constitutionnelle en gardant le même occupant, les mêmes meubles et le même portrait au mur. Et comme tout déménagement effectué à la sauvette, il s’est fait de nuit institutionnelle, sans prévenir les voisins — pardon, les citoyens, ces colocataires qu’on avait oubliés d’inscrire sur le bail.
Le proverbe éwé enseigne que « le mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour ». L’arrêt du 29 janvier 2026 aura mis vingt-deux mois : la vérité, elle aussi, subit les lenteurs de greffe. Mais elle est arrivée, et elle est écrite, et les écrits restent — verba volant, scripta manent — quand les mandats, eux, étaient censés passer.
On attend maintenant, avec la gourmandise du chroniqueur, la Sixième République. Les paris sont ouverts sur l’intitulé du prochain poste : « Gardien perpétuel de la stabilité » a une certaine allure ; « Curateur à vie de l’héritage » ne manque pas de panache. Montesquieu, décidément prophète, avait prévenu que « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». À Lomé, on a préféré une disposition plus simple : que le pouvoir hérite du pouvoir. C’est plus court, et cela tient sur une plaque de bureau.
Par : Ben Djagba, L’Encre Saignante de Kpédomé, Notsé
13 juillet 2026
The post Togo : Le Pouvoir du Pouvoir qui Pourvoit tout appeared first on Togo Actualite - Premier site d'information du Togo.
Le Ministre de la communication, de la culture, des arts et du tourisme (MCCAT) Pingdwendé Gilbert Ouédraogo a officiellement installé le comité scientifique de la 15e édition des Universités Africaines de la Communication de Ouagadougou, (UACO) le mardi 14 juillet 2026, rapporte la direction de la communication du MCCAT.
Le comité scientifique installé comprend dix membres parmi lesquels des hommes de lettres et de culture, des enseignants-chercheurs et des professionnels du domaine de l'information et de la communication. Il aura pour mission de définir les orientations scientifiques de cette 15e édition à travers la formulation du thème général et des axes de réflexion.
Dans son discours, le ministre a rappelé les fondements de cet évènement majeur du secteur de la communication et de l'information en Afrique : " les UACO, depuis leurs institutions en 2004, constituent un espace majeur de réflexions, d'échanges et de production d'idées sur les enjeux et les défis de la communication en Afrique. Elles réunissent des experts, des chercheurs, des journalistes et communicants autour des grandes problématiques liées à l'évolution des médias, des technologies de l'information et des pratiques communicationelles ", a-t-il indiqué.
Pour la 15e édition des UACO, prévue du 7 au 9 octobre 2026 à Ouagadougou, le chef du département de la Communication a annoncé deux grandes innovations : le forum des acteurs des médias de l'AES et la " Nuit du Communicateur" qui est l'apothéose du concours "Zama d'or". Il a donc invité les membres du Comité à inscrire les travaux dans une dynamique de réflexion exigeante, capable d'éclairer les choix futurs et de nourrir une pensée africaine sur les questions d'information et de communication.
Organisées tous les deux ans, les UACO se tiendront désormais chaque année sur une période de cinq ans.
www.lefaso.net
Source : DCRP/MCCAT
Ferdinand Wafula (left) explains a point to farmers during an exchange visit in Makueni, Kenya. Credit: Isaiah Esipisu/IPS
By Isaiah Esipisu
MAKUENI, Kenya, Jul 15 2026 (IPS)
At Yumbuni Village in Kenya’s Makueni County, farmers from Vihiga and Kakamega counties have travelled over 560 kilometres to join their colleagues in Kathonzweni Ward and see the progress of experiments being carried out on different homemade organic fertilisers and other farm inputs.
“In a special way, we are conducting community-led agroecology research, comparing the performance of different on-farm-made biofertilisers in three counties: Kakamega, Vihiga and here in Makueni,” said Ferdinand Wafula, Coordinator of Bio Gardening Innovations (BIOGI), a local non-profit organisation coordinating the activity with support from the Agroecology Fund and the Drylands Natural Resource Centre (DNRC).
On Daniel Mulinge’s farm, members of the Yumbuni Community-Based Organisation (CBO) have strategically planted some of the most commonly used drought-tolerant crops, such as pigeon peas, cowpeas, bush beans, and open-pollinated maize varieties, among others, on different small blocks and in rows.
Each row is labelled based on the type of biofertiliser used during planting, among them bokashi, solid biostimulants, inoculated compost and composted manure, with a control line, planted without any form of fertiliser.
“Unlike in conventional farming, where nutrients from synthetic fertilisers are introduced to dead soils so as to feed the plant directly, here, we are giving life to the soil using organic fertilisers so that the soil can eventually feed the plant,” said Mulinge, who is one of the Lead Farmers in Makueni.
After planting, each row is monitored from the time of germination, with all features recorded in terms of germination rate for each row and the strength and length of the shoots. The next record is taken during flowering, to determine which lines flower first and at maturity. For bush beans for example, they count the number of healthy plants in each row at maturity, the number of pods on each bush, and the number of beans in each pod.
They also record the weight of 100 beans from each row to determine which biofertiliser delivered the best quality.
“This is a practical farm model for agroecology transition, and through this exercise, farmers are finding practical answers through hands-on, farmer-led experimentations that strengthen their understanding and their confidence,” said Wafula. “Our objective is to identify practical actions that are needed to scale successful agroecolocal innovation from the existing few farmers to the entire community,” he said.
According to the Heinrich Böll Foundation, soil degradation in East Africa is a silent crisis. The organisation points out that over 40 percent of soils are degraded, which threatens the region’s agricultural foundation and resilience. Yet, among other reasons, the problem is caused by unsustainable farming practices.
But according to BIOGI, use of biofertilisers can easily heal the soil over time, reduce and eventually eliminate dependence on expensive synthetic fertilisers, conserve soil moisture and facilitate adaptation to the climate crisis.
So far, in the first season, bokashi biofertiliser is emerging as one of the best inputs in both the Makueni dryland ecosystem and the tropical environment of Kakamega and Vihiga counties.
Unlike traditional composters, bokashi is a fertiliser made by fermenting organic matter in an oxygen-free environment. The process uses an activator made of micro-organisms like lactic acid bacteria or yeasts to help decompose waste by promoting fermentation. They break down organic matter while inhibiting the proliferation of bacteria responsible for putrefaction.
This is a technique that originated from Japan, with farmers using kitchen wastes to make small quantities of bokashi for kitchen gardens. But in Kenya, farmers are now producing it in larger quantities and even selling it in agro-vets.
“For the beans, lines that were planted using bokashi were able to give between 20 and 25 pods per bush, followed by those planted using compost manure, which yielded up to 18 pods per bush on average,” said Mulinge. The same trend was observed in Vihiga and Kakamega.
“Bokashi has performed well on vegetables such as kale, pumpkin and scallions in Vihiga County,” said Julius Asitiba, one of the farmers who travelled for the knowledge exchange trip.
According to Wafula, these findings will be of great value to county governments that have unveiled their agroecology policies. “I call upon county governments to invest in such farm inputs and research so that farmers do not have to depend on imported inputs that are often affected by geopolitics,” he said.
The ongoing community-led research was designed for three long rainy seasons for both ecologies of Western and Eastern Kenya, considering that seasons are not constant in terms of amount of rainfall, among other climatic factors.
“This is just the first season,” said Wafula. “We intend to repeat the experiments for two more seasons so that we generate as much data as possible.”
Beyond documenting the performance of biofertilisers, farmers are also sharing indigenous knowledge on pest control and the conservation of biodiversity.
According to Mulinge, pests in all the trials in Makueni are controlled using biopesticides made from locally available materials that include hot chilli, leaves from the neem tree, garlic and onions, Mexican marigold and even tobacco leaves.
IPS UN Bureau Report
Follow @IPSNewsUNBureau
Related Articles
L’affaire Louisa Hanoune-Mohamed-Seghir Saâdaoui est close. Ce mercredi, le tribunal correctionnel de Sidi M’hamed a prononcé l’extinction de l’action publique dans la procédure engagée contre […]
L’article Affaire Hanoune – ministre Saâdaoui : le tribunal clos le dossier est apparu en premier sur .