À 30 ans, Fabroni Bill Yɔclounon s'est donné la mission ambitieuse : faire exister les langues béninoises en commençant par le fɔngbè dans l'univers de l'intelligence artificielle. Fondateur de IamYourClounon, une startup dédiée à la valorisation du patrimoine linguistique national, il a présenté son projet lors de l'édition 2025 de la Semaine du Numérique.
En juillet 2025, il a lancé le premier dictionnaire numérique des langues béninoises, une application qui réunit déjà plus de 20 000 mots et expressions. Mais pour lui, ce n'est qu'un début. Le constat est clair : l'Afrique est largement absente des technologies vocales et des assistants intelligents, faute de données suffisantes. Sur plus de 2 000 langues africaines, seules 49 figurent aujourd'hui dans les grands modèles d'IA. Une marginalisation accentuée par la particularité des langues du continent. « Les langues africaines sont des langues tonales. Pour marquer cette tonalité, il faut des accents et des caractères spécifiques que les moteurs entraînés en langues étrangères reconnaissent mal », explique-t-il.
Créer nos propres données : la solution choisie
Pour combler ce retard, Fabroni mise sur une démarche participative : fabriquer localement les données nécessaires. C'est l'objectif du projet jaimemalangue.bj, mis en place avec plusieurs partenaires. Sur la plateforme, les citoyens sont invités à décrire des images en fɔngbè. Les enregistrements sont ensuite vérifiés par des validateurs linguistiques, puis transcrits avec précision. Ces milliers d'échantillons vocaux et textuels serviront à entraîner de futurs modèles d'intelligence artificielle adaptés aux langues béninoises.
Un impact qui pourrait transformer le quotidien
L'enjeu dépasse le domaine technologique : il touche à l'inclusion numérique et culturelle. Grâce à ces modèles, il sera bientôt possible de traduire, transcrire ou effectuer des recherches directement dans les langues nationales. « Imaginez demander le prix du maïs ou envoyer de l'argent en parlant simplement dans votre langue », illustre Fabroni Yɔclounon.
Convaincu que le Bénin peut devenir un acteur majeur dans l'IA tout en préservant son héritage linguistique, Fabroni Yɔclounon incarne une nouvelle génération d'innovateurs décidés à faire entrer les langues africaines dans le futur numérique et à s'assurer qu'elles y trouvent enfin leur place.
Fabroni Yɔclounon est convaincu que le Bénin peut jouer un rôle crucial dans l'IA tout en conservant son patrimoine linguistique. Ce dernier représente une nouvelle génération d'inventeurs résolus à intégrer les langues africaines dans le domaine numérique et à garantir qu'elles y obtiennent enfin leur position.
Akpédjé AYOSSO (24 Heures au Bénin)
Production réalisée dans le cadre d'une rédaction éphémère de MEDIAOS (menée par CFI) »