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Diplomacy & Crisis News

Iran and the United States Can’t See Each Other Clearly

Foreign Affairs - Fri, 26/06/2020 - 23:35
Domestic political dynamics in the two countries risk fueling a cycle of escalation. Meanwhile, the odds of a diplomatic resolution dwindle by the day.

La politique européenne et américaine d’Israël

Politique étrangère (IFRI) - Fri, 26/06/2020 - 10:06

La rédaction de Politique étrangère vous offre de (re)lire des textes qui ont marqué l’histoire de la revue. Nous vous proposons aujourd’hui un article de Paul Giniewski, intitulé « La politique européenne et américaine d’Israël », et publié dans le numéro de printemps 1971.

Depuis la guerre des Six jours, la politique étrangère d’Israël a subi des changements évidents. La rupture par la France de son alliance non écrite avec l’Etat juif en a été le point de départ et le signe le plus visible. L’interruption des relations diplomatiques avec l’URSS, à l’initiative de celle-ci, et l’appui de plus en plus résolu qu’Israël a dû prendre sur les Etats-Unis, en ont été les conséquences, avec une portée probablement plus profonde. Sans aborder ici l’analyse de ces trois phénomènes, on veut définir les lignes de force de l’actuelle politique européenne d’Israël. On remarquera d’emblée qu’elle est hypothéquée dans une certaine mesure par les rapports israélo-américains. Et limitée, presque au sens géographique du terme, par le blocage, à l’Ouest de l’Europe par la France, à l’Est, par le bloc soviétique, de ses possibilités de manœuvre.

Il en résulte qu’Israël, après juin 1967, a dû rechercher en Europe à élargir ses relations avec ceux des pays, déjà amis, qui n’avaient pas occupé pendant l’idylle franco-israélienne, Tavant- plan de son champ visuel.

L’axe Jérusalem-Rome

L’Italie a été le principal objectif et bénéficiaire de cette réorientation. L’Italie a d’ailleurs elle-même pris un certain nombre d’initiatives économiques et politiques, afin de diversifier sa présence au Moyen-Orient, et dont les moyens coïncident avec les objectifs d’Israël. C’est ainsi qu’en novembre 1968, une délégation gouvernementale italienne a visité l’Egypte, la Jordanie et Israël, pour se documenter sur les perspectives de paix, et étudier les possibilités ouvertes à la présence italienne au Moyen-Orient. C’était très nettement le résultat de l’évolution des relations franco-israéliennes, qui ont créé un vide politique, et de l’affaiblissement de la position française, écartée comme interlocuteur objectif par l’une des parties au conflit.

L’Italie est géographiquement parlant presque limitrophe du Moyen-Orient. La réorientation israélienne s’est déjà traduite par d’importants marchés passés à l’industrie italienne, notamment la construction navale et l’équipement ferroviaire. Dans plusieurs domaines (notamment liés à la défense), l’Italie est devenue un facteur important. Depuis l’occupation du Sinaï, certains gisements pétroliers liés à l’Italie se trouvent sous domination israélienne. Israël se trouve donc, de facto, associé à l’une des formes de la présence italienne au Moyen-Orient. L’Italie joue d’ailleurs un jeu diplomatique et politique habile. Elle maintient des liens très étroits avec l’Egypte, la Jordanie, l’Irak et la Syrie d’un côté, avec Israël de l’autre. Le rythme de l’expansion de la présence italienne est très rapide. Elle commence, objectivement, à concurrencer la présence française, d’autant plus qu’elle se sert des mêmes « armes » de pénétration que la France : les relations culturelles. Cette forme de présence n’a jamais joué un rôle déterminant dans la pénétration des influences britannique ou américaine, mais a toujours constitué le moyen principal d’expansion de la présence politique française au Moyen-Orient. Si l’Italie ne remplace pas encore la France, elle utilise cependant ses méthodes, avec le bénéfice, dans le cas d’Israël, d’un contexte politique excellent.

L’Italie cherche d’ailleurs à pratiquer, entre Israël et les Etats arabes, une politique équilibrée. Dans ses rapports économiques, elle a cherché à s’implanter chez les deux adversaires (Fiat possède d’importants intérêts en Egypte). Dans ses prises de position politiques, elle s’est alignée sur les positions européennes, jamais sur celles de l’URSS. Ce climat serein s’est traduit par la visite officielle de M. Eban en Italie, en juin 1970, peu après la visite du ministre des Affaires étrangères italien en Egypte : les commentateurs ont souligné, à cette époque, qu’aucun ministre israélien n’avait effectué de voyage officiel en France depuis plusieurs années.

Cette politique équilibrée constitue une sorte de compromis entre les tendances d’une opinion publique largement pro-israé- lienne, et la prise en considération, par le gouvernement, du poids des pays arabes dans l’arène gouvernementale. L’amitié pour Israël a aussi de profondes racines dans tous les partis politiques italiens, bien que la gauche (parti communiste et nouvelle gauche) prenne des positions anti-israéliennes de plus en plus prononcées. Le parti communiste italien est certainement plus anti-israélien que son homologue français. Mais il ne semble pas que les rapports entre les deux pays doivent, dans le proche avenir, en souffrir.

Cette recherche, par Israël, de toutes les politiques méditerranéennes actives entreprises par les pays européens pourrait aussi impliquer la Grèce, l’Espagne, et même, en vue d’un renouveau ou d’une seconde jeunesse de ses « premières amours », la France, qui joue un jeu politique méditerranéen serré. On verra plus loin quelles sont les possibilités sur le plan français, où l’expérience israélienne, véritablement traumatique, paralyse dans un certain sens ses efforts et son imagination. Les relations $vec la Grèce existent : diplomatiques, aériennes, commerciales. Le changement de régime en Grèce n’a pas constitué, aux yeux d’Israël, un encouragement à accroître ses relations avec ce qu’on appelle (trop sommairement sans doute) la Grèce des colonels. De plus, ce qui compte surtout pour les Grecs, c’est l’intérêt de la communauté hellénique établie en Egypte. […]

La France, encore une fois ?

Reste la puissance méditerranéenne et européenne par excellence, la France.

Les plus optimistes, comme les plus pessimistes, sont d’accord en Israël pour assigner des objectifs très modestes à la réanimation des relations avec la France, du moins dans l’immédiat : atteindre un modus vivendi, accepté de part et d’autre, qui permette au courant de repasser dans les deux sens.

Il est certain qu’on est sur la voie de ce modus vivendi. Les grandes controverses verbales et publiques sont probablement terminées, Israël n’est plus traité de « peuple dominateur » après avoir été appelé « notre ami, notre allié », l’étalage réciproque des torts et des griefs est relégué au magasin aux accessoires. On est conscient, de part et d’autre, que malgré les vifs courants de sympathie intellectuelle et politique existant dans lés deux pays, une coordination des politiques gouvernementales n’est pour le moment pas possible, étant donné que les cartes politiques de la France sont clairement sur table. Les intérêts économiques et commerciaux français sont affirmés sans réticence, et l’on se tromperait si l’on espérait un changement dans les circonstances actuelles. On a en somme accepté le fait d’un désaccord fondamental et la situation n’est pas sans rappeler cette idée de Valéry, que souvent la clef d’un accord repose sur la conscience d’une divergence fondamentale. Etre d’accord pour constater qu’on ne l’est pas, vous libère de l’amertume.

Il faut ajouter que la détente du climat politique n’a pas constitué le seul fruit du lent processus de normalisation franco-israélienne. Des faits tangibles se sont quand même inscrits au tableau. Il y a quinze mois, la France a changé sa position vis-à-vis de la candidature israélienne à un accord avec le Marché Commun, et cet accord a pu se faire.

On a l’impression, en Israël, que l’insistance de la France sur la nécessité de la concentration à quatre constitue une sorte de leitmotiv politique, sans contenu réel. Certains échanges franco-israéliens s’étoffent, et portent notamment sur la fourniture de matériels d’un grand intérêt pour Israël.

L’amélioration du climat permet aujourd’hui des discussions fructueuses, sur des sujets spécifiques, sans que les divergences conduisent à la polémique. La discussion n’était pas possible il y a dix-huit mois. Il existe aujourd’hui un certain désir français de jouer le jeu politique avec un peu plus d’équilibre dans les affaires du Moyen-Orient.

Bien entendu, on ne se leurre pas, en Israël, sur les raisons objectives qui ont conduit à ces légers mieux. On ne pense pas qu’ils puissent conduire à une modification de la politique arabe de la France. Mais on pense que la France ne refuse plus, par principe et par politique, qu’Israël remporte un avantage, si cet avantage se présente sous la forme d’une retombée.

C’est ainsi que l’accord de la France pour l’accès d’Israël au Marché Commun a été le fruit, non pas d’un changement de la politique moyen-orientale du Quai d’Orsay, mais d’une évolution de sa politique européenne. La politique d’expansion de l’Europe des Six a subi, depuis le départ du général de Gaulle» le développement que l’on sait, et le même changement d’attitude est intervenu à l’égard de la Grande-Bretagne, et au sujet des accords préférentiels à conclure avec l’Autriche, l’Espagne, la Yougoslavie, le Danemark.

La récente remarque publique du Président Pompidou (« II faut des frontières sûres et des relations normales avec les voisins… Il faut un traité de paix par lequel tout le monde se reconnaisse en paix… Il faut que les Arabes reconnaissent Israël ») a été accueillie en Israël avec la surprise et l’attention que l’on devine. Elle représente une formulation presque identique au langage diplomatique israélien. Sans doute elle ne constitue pas une déviation de la ligne politique française, dont M. Léo Ha- mon devait préciser quelques jours après qu’elle est toujours basée sur la résolution de novembre 1967. Cette résolution implique des frontières sûres, la paix, et également, une évacuation des territoires occupés. Mais la déclaration du Président Pompidou semble indiquer que la France pourrait ne plus s’en tenir à une adhésion rigide à l’interprétation arabo-soviétique de la résolution, et reconnaître aux autres aspects du texte onusien une valeur égale.

II y a là un déplacement d’accent. Peut-être s’agit-il d’un avertissement voilé, à la fois en direction d’Alger, voire une anticipation de la déception politique et commerciale que l’affaire des Mirage libyens pourrait réserver à la firme Dassault, si cette commande, comme on le chuchote, venait à être fortement réduite par le colonel Khadafi.

On est d’autre part persuadé, en Israël, que des modifications de la politique européenne ou atlantique de la France contiennent des possibilités de dégel franco-israélien. On y observe certainement avec attention les démarches de la politique étrangère française, et notamment son évolution sur le plan américain.

L’hypothèque américaine

Gar la politique américaine est dans une large mesure mal comprise en Europe. La plupart des pays européens ont longtemps considéré le Moyen-Orient comme le champ clos de la rivalité USA-URSS, et ont tendance à interpréter toute manifestation de la politique moyen-orientale des Super-Grands comme un élément de leur affrontement, lié accessoirement seulement à leur politique arabe ou israélienne. Par conséquent, certains pays européens réagissent à telle ou telle démarche politique américaine en fonction de leur attitude dans la lutte américano-soviétique, plutôt qu’en fonction des mérites propres de cette démarche. Certains pays européens ont soutenu la dernière résolution afro-asiatique et anti-israélienne à l’ONU, faute de bien comprendre les intentions de l’initiative Rogers qui amorçait les « négociations » israélo-arabes : l’incompréhension européenne coûte à Israël des appuis, sa cause étant confondue avec celle de son « protecteur » américain.

L’une des tâches, et non des moindres, de la diplomatie israélienne en Europe est donc d’exposer son cas en le dissociant des positions américaines, malgré le fait qu’Israël s’appuie de fïlus en plus sur les Etats-Unis:

‘ Cette tâche est d’autant plus délicate que l’effort diplomatique israélien a récemment presque totalement été orienté vers les Etats-Unis. […]

>> Lire la suite de l’article sur Persée <<

China’s Sovereignty Obsession

Foreign Affairs - Fri, 26/06/2020 - 04:37
Facing pressure at home and criticism abroad, China wants to telegraph strength even on its rugged Himalayan border with India.

The Secret to a Safe Reopening

Foreign Affairs - Thu, 25/06/2020 - 21:04
Why the end of lockdown looks so different around the world.

How to Forecast Outbreaks and Pandemics

Foreign Affairs - Thu, 25/06/2020 - 18:51
The United States needs the contagion equivalent of the National Weather Service.

Algérie, la nouvelle indépendance

Politique étrangère (IFRI) - Thu, 25/06/2020 - 11:45

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2020).
Denis Bauchard propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Pierre Filiu
Algérie, la nouvelle indépendance (Le Seuil, 2019, 184 pages).

Ce nouvel ouvrage de Jean-Pierre Filiu se veut, selon l’auteur même, un « essai », « un cadre d’interprétation » du mouvement de fond que représente le Hirak qui, depuis le 22 février 2019, n’en finit pas de mobiliser les foules à Alger comme dans la plupart des villes algériennes. En fait, par-delà ce propos, il s’agit bien d’une réflexion sur l’Algérie d’aujourd’hui, les raisons qui ont conduit à cette « révolution populaire, inclusive et non violente », à la revendication en faveur d’une « deuxième indépendance », et à ses perspectives d’avenir.

L’auteur montre bien comment « l’armée des frontières », basée en Tunisie, a écarté à l’indépendance les combattants de l’intérieur. Le coup d’État de 1965 formalise cette emprise avec Houari Boumediene. Depuis lors, c’est toujours l’Armée nationale populaire qui a assuré la réalité du pouvoir, a mené la lutte contre les islamistes pendant la décennie noire des années 1990, et a mis en place Bouteflika, qui a essayé de se ménager un espace de manœuvre sans mettre en cause la prééminence et les prébendes des militaires.

Le Hirak est l’œuvre d’une génération, celle des jeunes urbains, qui rassemble chaque mardi les étudiants des universités à l’avenir incertain, faute d’emploi en perspective, et qui sont le noyau des foules qui défilent chaque vendredi. Cette « jovialité pacifiste », où les femmes prennent une place grandissante, n’est pas sans efficacité, puisque Bouteflika renonce dès avril 2019 à se représenter pour un cinquième mandat, que la date de l’élection présidentielle est repoussée, et que la lutte contre la corruption se développe, visant notamment le clan de l’ancien président. Mais ceci ne satisfait pas les manifestants « dégagistes » qui veulent le départ des « décideurs », la fin d’un système corrompu et répressif.

Depuis la rédaction de ce livre, en septembre 2019, plusieurs évènements sont intervenus, mais ils n’affectent en rien la pertinence de l’analyse proposée par Jean-Pierre Filiu, bien au contraire. Un président, Abdelmadjid Tebboune, a été élu, mais avec un taux d’abstention important qui affaiblit sa légitimité, et le général Gaïd Salah, qui incarnait le pouvoir militaire, est mort. Le nouveau président, assisté d’un chef de l’armée plus discret, s’efforce non sans un certain succès de calmer le jeu en libérant des manifestants détenus, et en faisant un certain nombre de gestes symboliques ou de concessions cosmétiques. L’élaboration d’une nouvelle Constitution et de réformes politiques est annoncée, le mouvement se divise et s’essouffle, certains leaders d’opinion comme Kamel Daoud annoncent l’échec du Hirak. L’épidémie de coronavirus a rendu plus difficiles les manifestations dans la rue. Mais, même si la perspective d’une deuxième république s’éloigne,  les jeux ne sont pas encore faits. Comme le souligne l’auteur, « rien n’est acquis, tout est possible ».

On lira avec intérêt ce livre qui brosse un portrait empathique et nuancé de l’Algérie d’aujourd’hui. Le fait que, en dépit de l’extrême prudence de Paris, l’influence de la France ait été mise en cause, aussi bien par le pouvoir qui dénonce un complot venu de l’extérieur que par les manifestants qui l’accusent de soutenir le système, montre bien que ce qui se passe en Algérie nous concerne directement.

Denis Bauchard

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Corruption in a Global Context

Politique étrangère (IFRI) - Wed, 24/06/2020 - 12:33

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2020). Carlos Santiso propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Melchior Powell, Dina Wafa et Tim A. Mau, Corruption in a Global Context: Restoring Public Trust, Integrity, and Accountability (Routledge, 2019, 336 pages).

La corruption est un fléau aussi persistant qu’impénétrable, qui balafre aussi bien les économies émergentes que les pays plus développés. Le défi est ici conceptuel et politique, dans la mesure où une meilleure compréhension du phénomène doit aider à discerner les causes et les remèdes, au-delà des symptômes et des conséquences. Cet ouvrage relève ce défi, mais manque de boussole conceptuelle pour encadrer les dix cas d’études et en extraire des conclusions sur les stratégies déployées pour y faire face.

Une typologie distingue entre la capture de l’autorité publique, la « grande corruption » et la « petite corruption ». Ces trois sortes de corruption ont différentes caractéristiques, et relèvent de solutions différentes. Concernant le Nigeria, David Enweremadu montre l’étendue de la capture de l’État et du pillage des ressources pétrolières par les élites, notamment locales. Le cas de la Tunisie sous Ben Ali révèle la façon dont un cartel familial s’approprie des leviers publics pour systématiser la corruption en détournant les règles. Trancher ces nœuds gordiens suppose de réformer le financement politique, et de mieux réguler les conflits d’intérêts.

La « grande corruption », quant à elle, est plus transactionnelle et affecte notamment les grands marchés publics, comme dans le cas du scandale d’Odebrecht en Amérique latine. Dans ce cas, des réformes institutionnelles telles que la création de commissions anticorruption suivant les modèles prometteurs de Hong Kong et Singapour, le renforcement de la transparence budgétaire et de l’open data, ou encore l’ouverture des marchés publics, sont plus efficaces. Cette corruption intervient lorsque certains hommes politiques peuvent extraire des rentes du pouvoir qu’ils centralisent et de l’information qu’ils contrôlent, et que les checks and balances sont trop faibles pour être dissuasifs.

Enfin, la « petite corruption », ou « corruption bureaucratique », n’en est pas moins néfaste pour la culture démocratique et l’État de droit. Elle affecte la vie quotidienne des personnes et des entreprises dans leurs interactions avec les pouvoirs publics – pour obtenir une carte d’identité, un permis de construire, ou payer ses impôts. Elle n’en est pas moins pernicieuse, gangrenant la confiance des citoyens dans les institutions. Les solutions passent ici par la réforme de la fonction publique, la refonte des prestations salariales, le renforcement de la méritocratie, et la dématérialisation des services publics.

L’analyse de la corruption repose souvent sur les asymétries d’information et de pouvoir entre le « principal » (les citoyens) et ses « agents » (les politiques). Ces asymétries de savoir et d’information tendent à expliquer la corruption dans les démocraties, alors que les asymétries de pouvoir et d’influence peuvent l’expliquer dans les régimes autoritaires. La loi devient un instrument de contrôle, plus que d’autocontrôle. Plus récemment, cette approche institutionnelle s’est enrichie des apports de la psychologie des comportements.

Corruption in a Global Context montre comment la corruption constitue un phénomène global dans un monde devenu globalisé, notamment avec l’émergence de conventions internationales chaque fois plus contraignantes. L’ouvrage offre des cas d’études fascinants, mais manque de la rigueur qui permettrait d’en tirer des conclusions pour agir.

Carlos Santiso

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Déni français. Notre histoire secrète des liaisons franco-arabes

Politique étrangère (IFRI) - Tue, 23/06/2020 - 13:09

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2020). Anne-Clémentine Larroque propose une analyse de l’ouvrage de Pierre VermerenLe Déni français. Notre histoire secrète des liaisons franco-arabes (Albin Michel, 2019, 288 pages).

Le Déni français est paru fin 2019, quelques mois après la sortie d’un petit essai du même auteur La France qui déclasse. Les Gilets jaunes, une jacquerie au XXIe siècle (Tallandier). Ainsi Pierre Vermeren, historien et arabisant érudit, ouvre-t‑il son champ de spécialiste du monde arabe – maghrébin en particulier – à des considérations plus nationales.

Le Déni français présente un état des lieux très critique de tout ce que les élites françaises n’ont pas voulu voir depuis la mise en place de la politique arabe coloniale jusqu’à… ce qu’il en reste aujourd’hui. L’expansion de l’islamisme et la toxicité des investissements des pays du Golfe en France ne sont pas passées sous silence.

Le sous-titre – qui n’apparaît pas en couverture – Notre histoire secrète des liaisons franco-arabes, induit une contribution assumée à l’observation des transformations des relations entre la France et le monde arabe. L’auteur traite de nombreux pays, même si sa réflexion s’appuie sur un socle de connaissances plus développé sur le Maghreb, à l’exception de la Tunisie, peu suivie.

Pierre Vermeren tient à mettre en lien les territoires et les systèmes de pensée tissés entre la France et ses anciennes colonies. Il explique avec beaucoup de clarté comment la nécessité d’échapper au rôle du colonisateur a produit une forme d’aveuglement des dirigeants français sur les ressorts actuels des crises du monde arabe, et de la crise politique et identitaire de notre pays. Son constat sans concession éclaire trois formes de déni qui constituent autant de parties de l’ouvrage.

D’abord, « L’idéologie du déni » : l’historien insiste sur la responsabilité de la gauche, de l’Église catholique, des chercheurs et des « médias irresponsables » de ne pas avoir su lire les mutations régionales du monde arabe avec plus de nuances et de réalisme. Ces derniers auraient pu alerter les responsables politiques dont les actions ou inactions sont visées, plus loin, dans « La mécanique du déni ». L’auteur y pointe la politique néoconservatrice de l’exécutif français et de ses conseillers sur le dossier syrien, induisant une relative passivité du Quai d’Orsay et des armées. Au niveau de la politique intérieure, il montre la fébrilité et l’inculture religieuse de politiques négociant avec les Frères musulmans en échange de votes communautaires. Enfin, la troisième partie, « Le déni extérieur et intérieur » dépeint l’intrication des idéologies émanant du monde arabe et de leurs relais dans l’Hexagone, au fil d’une analyse intéressante sur la mécanique ambiguë des acteurs de l’islam de France. L’auteur relie une mauvaise compréhension de l’islam (notamment algérien) au jaillissement de l’islamisme radical. Les lacunes des élites françaises dans leur appréhension de la place de l’islam dans les systèmes de valeurs des sociétés arabes, expliquent en partie, selon lui, les attaques de Mohammed Merah, les attentats de 2015, et les suivants. Pierre Vermeren ne mentionne d’ailleurs pas les attentats du Groupe islamique armé (GIA) de 1995-1996, qui font pourtant partie des conséquences du déni de réalité de la puissance du djihad armé dans le monde arabe, et en France.

Ce livre s’inscrit dans la continuité des travaux de Pierre Vermeren, avec un ton plus critique encore à l’égard de certaines compromissions françaises, ce qui pourrait expliquer son trop modeste écho dans les médias.

Anne-Clémentine Larroque

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The Growing White Supremacist Menace

Foreign Affairs - Tue, 23/06/2020 - 04:27
COVID-19 has been a boon for far-right extremists.

Interview de Laurence Nardon

Politique étrangère (IFRI) - Mon, 22/06/2020 - 09:42

Auteure de l’article « Quelle politique étrangère américaine après 2020 ? », paru dans le numéro d’été de Politique étrangère (2/2020)Laurence Nardon, responsable du Programme Amérique du Nord de l’Ifri, répond en vidéo à 3 questions, en exclusivité pour politique-etrangere.com.

Retrouvez l’article de Laurence Nardon ici. Retrouvez le sommaire du numéro d’été de Politique étrangère ici.

When the CIA Interferes in Foreign Elections

Foreign Affairs - Sun, 21/06/2020 - 02:19
A behind-the-scenes look at how the United States' Cold-War Strategy of election meddling has evolved in the twenty-first century.

L’Iran et ses rivaux entre nation et révolution

Politique étrangère (IFRI) - Fri, 19/06/2020 - 10:00

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2020). Mohammad-Reza Djalili propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Clément ThermeL’Iran et ses rivaux entre nation et révolution (Passés composés, 2020, 208 pages).

Clément Therme, spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Iran, réunit ici une dizaine de contributions consacrées à la diplomatie de la République islamique, une diplomatie à la fois islamiste, chiite et révolutionnaire.

Après une brève et éclairante introduction, les trois premiers chapitres sont consacrés aux relations de l’Iran avec les États-Unis, la Chine et la Russie. Le texte d’Annick Cizel, « L’obsession iranienne : les États-Unis au défi des (dés) équilibres régionaux », analyse la politique de Trump à l’égard de Téhéran, la volonté de celui-ci de défaire l’héritage de son prédécesseur, et sa politique de sanctions destinées à isoler, voire à renverser, le régime islamique. La contribution de Thierry Kellner, « La Chine : vers une intégration de l’Iran dans la sphère d’influence de Pékin ? », voit en l’Iran un partenaire, sinon un allié de Pékin qui, en l’absence d’alternative, est contraint à se tourner de plus en plus vers la Chine. Le troisième chapitre, « La Russie dans la politique régionale de l’Iran : allié ou concurrent ? » – de Clément Therme – fait le constat que, tout en étant cobelligérants en Syrie, Téhéran et Moscou ne sont pas alliés sur le plan régional.

Les quatre chapitres suivants sont plus centrés sur les dimensions régionales de la politique iranienne. Après une étude de Hayk A. Martirosyan « L’Iran et le Caucase du Sud : la prudence de Téhéran », le chapitre de Massoud Sharifi Dryaz « État et minorités en Iran : les enjeux de la question kurde », évoque la question de la relation entre l’oumma et la nation, que pose l’arrivée du clergé au pouvoir en Iran. Au chapitre 6, « La Turquie et l’Iran : deux navires amiraux dans la tempête du Proche-Orient », Michel Duclos met en évidence le rôle et l’impact des deux anciennes puissances régionales. Élisabeth Marteu traite dans le chapitre 7, « L’Iran vu d’Israël : de la doctrine de la périphérie à la menace existentielle », de l’évolution de l’image d’un Iran perçu jusqu’en 1979 comme proche, à celle d’un pays désormais présenté comme une menace existentielle.

Avec le chapitre 9, « La France, l’Iran et la prolifération nucléaire », François Nicoullaud livre une étude stimulante sur la relation tourmentée, mais jamais indifférente, de la France et de l’Iran. Le chapitre 10, « Les relations Iran-Arabie saoudite : la rivalité structurante » de Louis Blin, analyse les relations entre les deux États riverains du golfe Persique, l’un chiite et l’autre sunnite. Les deux derniers chapitres sont consacrés à des régions plus éloignées. Les relations contrastées entre l’Amérique latine et l’Iran sont analysées par Élodie Brun ; quand Marc-Antoine Pérouse de Montclos s’attache à la politique de « l’Iran en Afrique subsaharienne ».

La publication de cet ouvrage, qui rassemble des textes de qualité et évoque un grand nombre de problématiques, est bienvenue : elle contribue à une meilleure évaluation de la politique extérieure d’un important pays du Moyen-Orient, et dont certains aspects restent mal connus, particulièrement dans le monde francophone. Un regret cependant : on aurait aimé lire une ou deux contributions sur les pays d’Asie centrale et du sous-continent indien, dont les liens avec l’Iran ne sont pas négligeables, tant sur le plan historique que géopolitique.

Mohammad-Reza Djalili

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Fighting for Peace in Somalia

Politique étrangère (IFRI) - Thu, 18/06/2020 - 11:06

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2020).
Jean-Bernard Véron propose une analyse de l’ouvrage de Paul D. Williams
Fighting for Peace in Somalia: A History and Analysis of the African Union Mission (AMISOM), 2007-2017 
(Oxford University Press, 2018, 400 pages).

Cet ouvrage traite de l’intervention multidimensionnelle de l’Union africaine en Somalie, sous le nom d’AMISOM (African Union Mission in Somalia). Sur une décennie, de 2007 à 2017, il en expose le parcours historique et les multiples défis auxquels elle a été confrontée.

Le parcours se divise en six étapes. La première est l’entrée en lice de l’AMISOM dans un pays privé d’État depuis la chute du régime de Siad Barre, et livré à l’insécurité du fait de la multiplication des groupes armés (seigneurs de la guerre, milices claniques, acteurs politico-militaires dont les Shabaab).

Suivent deux années d’impasse marquées par des affrontements non conclusifs pour le contrôle de Mogadiscio, où les Shabaab sont solidement implantés. L’AMISOM passe ensuite à l’offensive, et parvient à en chasser ces derniers. Mais cette victoire militaire n’est pas suivie d’avancées sur le plan politique et pour le fonctionnement de l’État.

L’AMISOM se lance alors dans la reconquête du centre et du sud du pays. Mais, bien que sur le repli, les Shabaab ne s’avouent pas vaincus, et font d’ailleurs allégeance à Al-Qaïda. Et pas plus que lors des périodes précédentes, les succès militaires remportés contre eux n’induisent des progrès significatifs dans les domaines du politique et de la couverture des besoins des populations. À mi-mandat, donc en 2012, c’est le passage à la consolidation dans les régions reconquises.

Enfin, dans les années suivantes, l’AMISOM élargit les régions sous son contrôle, mais avec un éparpillement de ses forces qui les rend vulnérables, et une stabilisation fragile dans les territoires reconquis.

Cette analyse historique éclaire quelques points cruciaux. L’AMISOM mène une guerre et non pas une opération de peace building classique. Certains des pays participants sont souvent motivés par leurs intérêts nationaux. La reconstruction d’un appareil d’État, y compris des forces de sécurité, ainsi que la couverture des besoins des populations, sont toujours en retard par rapport aux succès sécuritaires.

Dans une seconde partie, l’auteur revient en détail sur les défis auxquels a été confrontée l’AMISOM.

– La diversification des missions qui lui sont assignées ;

– la multiplicité des contributeurs financiers, aux modes d’intervention différents ;

– la reconstruction des forces de sécurité somaliennes ;

– la protection des populations et la délivrance de services de base ;

– la communication, domaine dans lequel les Shabaab sont très actifs ;

– la stabilisation des régions reconquises, où le politique et la gouvernance importent plus que le militaire ;

– la préparation d’une stratégie de sortie, sans créer un vide sécuritaire.

En conclusion, l’auteur rappelle que cette mission a été la plus longue, la plus chère, et la plus meurtrière de toutes celles diligentées par l’Union africaine. Mais aussi l’une des plus ambitieuses, vu l’état du pays et l’objectif d’articuler conduite de guerre et reconstruction d’un État. Cet ouvrage est incontestablement une analyse très détaillée de la problématique traitée. Analyse pour laquelle l’auteur s’est appuyé sur un grand nombre de sources et plus de 200 interviews. Ce qui renvoie d’ailleurs à la complexité et à la durée de la crise somalienne – soit aujourd’hui un demi-siècle depuis le début de la guerre civile au début des années 1980 -, à ce jour toujours non résolue.

Jean-Bernard Véron

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The Age of Illusions: How America Squandered Its Cold War Victory

Politique étrangère (IFRI) - Wed, 17/06/2020 - 13:22

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2020). Laurence Nardon, responsable du Programme Amérique du Nord à l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Andrew BacevichThe Age of Illusions: How America Squandered Its Cold War Victory (Metropolitan Books, 2020, 256 pages).

Aux yeux d’Andrew Bacevich, deux consensus politiques différents, chacun décliné sous les angles de l’économie, de la politique étrangère et de la moralité individuelle, se sont succédé à Washington depuis 1945.

Le premier – celui de la guerre froide – est fondé sur une forte mobilité sociale pour les classes moyennes dans un contexte de prospérité ; sur une présence militaire américaine forte dans le monde, justifiée par la menace soviétique ; enfin une morale stricte, appuyée d’une pratique religieuse soutenue et d’une domination des « mâles blancs hétérosexuels ».

La chute du mur de Berlin a fait basculer les États-Unis dans un nouveau consensus, inspiré par la théorie de Francis Fukuyama sur le triomphe définitif du modèle américain. Dès lors, les États-Unis ont imposé au monde un libéralisme économique débridé ; des interventions militaires inconsidérées ; et une morale individualiste excessive, débarrassée de tout cadre social. Or ces excès ont appauvri les classes moyennes et détruit le contrat social américain. Ainsi les élites boudent‑elles l’armée par défaut de patriotisme, seuls les fils de familles pauvres s’engageant pour des raisons financières. C’est cette trahison des idéaux américains qui a conduit à l’élection de Trump.

Ancien militaire devenu universitaire, Bacevich appartient à l’espèce rare des conservateurs anti-Trump. Déjà, ses critiques de l’invasion de l’Irak en 2003 avaient été appréciées des Démocrates, tandis que les Républicains ne pouvaient complètement le désavouer. Il montre beaucoup d’attachement pour l’âge d’or de la guerre froide, et beaucoup de méfiance envers le consensus des années 1989-2016.

Si George Bush père a admirablement négocié la fin de l’URSS au début des années 1990, Bacevich blâme également Bill Clinton, Bush fils et Barack Obama : tous trois sont coupables à ses yeux d’hubris militariste, et d’une mondialisation économique fondée sur le profit à tout prix. Si Clinton s’est montré hypocrite quant à ses promesses progressistes (refusant en 1992 de gracier Ricky Ray Rector, condamné à mort noir aux graves troubles psychiques, pour ne pas nuire à sa carrière politique), Obama a été plus actif pour faire respecter les engagements sociétaux du Parti démocrate.

Le fil rouge du livre est l’évocation, parallèlement à la grande histoire, des carrières respectives de l’auteur, né en 1947, et de Trump, né en 1946. L’ouvrage propose de nombreuses comparaisons historiques, et la démonstration des deux consensus est convaincante, même si elle reste un peu scolaire et recèle quelques angles morts : les années 1960 n’avaient‑elles pas, déjà, secoué le consensus de l’après-guerre, bien avant 1989 ? Le racisme des années 1950 est mentionné plusieurs fois par l’auteur, mais ne suffit manifestement pas à ses yeux à disqualifier le consensus social de la guerre froide.

À part la piste (peu détaillée) de la lutte contre le changement climatique, le livre fait peu de recommandations. Pour en savoir plus, il faudra se tourner vers le Quincy Institute for Responsible Statecraft, ce nouveau think tank de Washington que préside Bacevich. S’inspirant du président John Quincy Adams qui, en 1821, exhortait son pays, à « ne pas aller à l’étranger chercher des monstres à abattre », le Quincy défend une politique étrangère non interventionniste pour les États-Unis.

Laurence Nardon

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Cisjordanie : embarras dans les chancelleries arabes et européennes

Politique étrangère (IFRI) - Tue, 16/06/2020 - 09:00

Le 14 juin, Libération a publié un article, Cisjordanie : l’embarras des chancelleries arabes et européennes, dans lequel est cité l’article d’Elisabeth Marteu, « Les pays du Golfe et Israël : une convergence d’intérêts ? », publié dans le numéro de printemps de Politique étrangère (n° 1/2020).

Si de nombreux pays de la Ligue arabe ou de l’Union européenne désapprouvent le projet de Nétanyahou, peu ont les moyens diplomatiques de l’exprimer au grand jour, et encore moins de concert.

Même s’ils continuent de soutenir la solution à deux Etats dans le respect des résolutions de l’ONU, ni les pays arabes ni l’Europe n’ont les moyens de s’opposer à l’annexion par Israël de pans de la Cisjordanie. Car, tout contraire qu’il soit au droit international, ce projet est le premier fruit du plan Trump pour la paix au Proche-Orient. Par crainte de compromettre leurs relations compliquées, mais nécessaires, avec Washington, Arabes et Européens réaffirment leur position de principe et alertent les Israéliens des risques de dégradation de leurs relations de coopération.

Quelle réaction des pays arabes ?

Par une opération de communication comme il les affectionne, l’influent ambassadeur des Emirats arabes unis à Washington, Yousef al-Otaiba, a appelé vendredi Israël à renoncer à son projet d’annexion, au risque de compromettre une « normalisation » des relations avec les pays arabes. La tribune, publiée en hébreu à la une du quotidien israélien Yediot Aharonot, est une première pour un diplomate arabe, qui de surcroît a rang de ministre dans son pays, le plus engagé dans le rapprochement avec Israël. Venant de la part d’un homme connu pour sa proximité avec l’administration et la famille Trump, partisan du plan du président américain pour la paix au Proche-Orient, l’avertissement à Israël paraît sévère. Or, « le plus incroyable, c’est combien la barre a été abaissée », relève l’éditorialiste israélien Anshel Pfeffer dans Haaretz, rappelant que « l’exigence d’un Etat palestinien n’est plus le prix » réclamé par les Arabes.

Depuis près de vingt ans, le consensus adopté par les pays arabes conditionne l’établissement de relations avec Israël à la création d’un Etat palestinien sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale. Ces conditions ont été réitérées en février lorsque la Ligue arabe a rejeté « l’accord du siècle américano-israélien, étant donné qu’il ne respecte pas les droits fondamentaux et les aspirations du peuple palestinien ». Jeudi, le secrétaire général de l’organisation a mis en garde Israël, considérant « l’annexion de toute partie de la terre palestinienne comme une agression contre les nations arabes et islamiques, compromettant toute possibilité de paix dans la région pour les prochaines décennies ».

Mais si la rhétorique du soutien « aux droits inaliénables » des Palestiniens perdure, il y a longtemps que la question palestinienne n’est plus «la cause centrale arabe», selon la formule consacrée.

Les bouleversements dans la région depuis les soulèvements de 2011, suivis des guerres civiles, émergences terroristes inédites ou autres conflits, ont imposé de nouvelles priorités à l’ensemble des pays arabes, reléguant le conflit israélo-palestinien à une moindre préoccupation. L’expansion politique et militaire de l’Iran sur les différents terrains de guerre a attisé les craintes des pays du Golfe, lesquels ont trouvé en Israël un allié objectif et proactif. Or, ces pays arabes longtemps désignés comme «modérés» du fait de leurs bonnes relations avec les Etats-Unis, pouvaient exercer dans le passé leur influence diplomatique auprès de Washington sur le dossier palestinien. Mais avec leur nouvelle obsession anti-iranienne partagée par Donald Trump, ils ont encouragé et applaudi celui-ci quand il a déchiré l’accord nucléaire avec Téhéran.

« Les pays du Golfe ont montré à quel point ils étaient complaisants avec l’administration américaine », écrit Elisabeth Marteu, dans la revue Politique étrangère de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Dans un article sur la « convergence d’intérêts » entre les pays du Golfe et Israël, la chercheuse souligne : « Soit parce qu’ils cherchent à satisfaire leur allié occidental, soit parce qu’ils sont lassés de la question palestinienne (ou les deux), ils n’arrivent plus à cacher leur envie d’en finir avec ce vieux conflit qui ne leur semble plus prioritaire au Moyen-Orient. » […]

>> Lire l’article dans son intégralité ici. <<

Une histoire mondiale de la paix

Politique étrangère (IFRI) - Mon, 15/06/2020 - 11:19

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2020). Dominique David, rédacteur en chef de la revue, propose une analyse de l’ouvrage de Philippe Moreau DefargesUne histoire mondiale de la paix (Odile Jacob, 2020, 224 pages).

À vrai dire, il s’agit là moins d’une histoire de la paix – quelle chronologie établir d’une multiplicité de phénomènes mal définissables ? –, que d’un démontage des conditions de paix correspondant à chaque temps de l’histoire des sociétés humaines.

Regrettera-t‑on les empires ? Sans doute, si l’on en croit Philippe Moreau Defarges, qui voit dans la paix impériale le produit, instable mais appréciable, du croisement de la force, d’un équilibre passager entre l’aspiration à l’ordre et l’aspiration à l’autonomie, et d’une certaine poursuite de l’universel. La paix impériale a ainsi sa grandeur et son efficacité, au-delà d’incarnations très diverses.

Dernier avatar de la paix impériale, la domination oligarchique qui a marqué le temps de la guerre froide a sombré avec la liquidation des empires coloniaux et l’effondrement de l’empire soviétique. Le survivant américain semble lui-même condamné avec la fin d’un système qu’il dominait. Et son déclin n’adoube nul successeur. La puissance chinoise est impressionnante, mais son intégration au monde soulève trop de problèmes, son universalisme est trop contestable, pour qu’elle puisse prétendre à un rapide imperium.

Force est donc d’imaginer un autre montage que celui d’une paix d’empire, un montage contemporain correspondant à l’état d’ouverture du monde actuel – un monde que l’auteur caractérise surtout par la fin d’une multiséculaire sédentarisation. La mondialisation instaure et encourage la circulation de tous partout, le défi symbolique de la migration venant remplacer celui de l’affrontement entre territoires définis et fermés. Le temps s’ouvrirait donc de la paix par consentement, basée sur une culture universellement partagée, sur l’égalité formelle entre États, sur un système de pactes liant ces derniers, et sur un entrecroisement de coopérations entre sociétés civiles.

Et pourtant, relève l’auteur, le spectre de la guerre n’a pas disparu. Il peut revenir, produit d’un progrès technologique qui stimule les courses aux armements, ou d’emballements immaîtrisés entre puissances : on croit contrôler les crises, puis elles échappent à qui se croyait démiurge. L’affrontement Chine/États-Unis revêt pour l’heure des formes non guerrières, mais qui peut jurer qu’il ne dérapera pas ? Contre le risque mortel, plaide Moreau Defarges, une seule issue : un « contrat planétaire interétatique, transétatique, infra-étatique » garantissant la paix.

On objectera à l’auteur que sa vision d’un monde déjà unifié, qui relèverait de solutions elles-mêmes globales, sent fort son occidentalo-centrisme. Qu’en pensent les puissances montantes d’Asie, les populations d’Afrique, le Moyen-Orient divisé ? L’espoir de l’auteur est que les États soient terrassés par une vision des biens communs de l’humanité, et qu’ils produisent ensemble une sorte de légitimité universelle porteuse de paix. N’est-ce pas là ignorer la têtue diversité du monde ? Le rapport à l’État, au territoire, à la guerre, est‑il universel, la mondialisation a-t‑elle gommé la diversité des sociétés humaines ?

La complexité de la réflexion sur la « gouvernance mondiale » découle de cette diversité. À croire que la paix, ou plutôt les paix de demain, seront toujours produites d’équilibres précaires plus que de systèmes ? Ce qui ne dissuade pas de s’organiser. Le sommet est très loin, mais « il faut imaginer Sisyphe heureux »…

Dominique David

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How to Compensate the Pandemic’s Victims

Foreign Affairs - Wed, 10/06/2020 - 22:53
But before enacting a publicly funded compensation program that would require individuals to surrender their right to sue, Congress should carefully consider the challenges—and some alternatives.

Une autre organisation du commerce international était possible…

Le Monde Diplomatique - Sat, 06/06/2020 - 15:52
Les négociations du cycle de Doha de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), entamées en 2001, se sont soldées par un échec. Certains, en Europe, proposent d'en revenir à un protectionnisme national ou régional. Mais pourquoi ne pas adapter à notre siècle l'idée originale de Keynes d'une (...) / , , , , , - 2007/01 Puissances et impuissances

Industrie, socle de la puissance

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En dépit des discours sur la « société de loisirs post-industrielle » des années 1990 et 2000, l'industrie joue toujours un rôle majeur dans l'organisation des territoires, la dynamique des systèmes productifs et les rapports de puissance structurant la mondialisation. / Allemagne, Chine, États-Unis, (...) / , , , , , , , , , , , , , , - 2012/03

Victoire historique au procès de l'amiante

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