Les sanctions qualifiées d’historiques imposées par les États-Unis contre les Forces de défense rwandaises (RDF), la vive réaction de Kigali ainsi que le satisfecit exprimé par Kinshasa dominent la Une des médias congolais ce mardi 3 mars 2026.
Une scène insolite et jugée choquante par de nombreux témoins s'est produite ce lundi 2 mars sur l’avenue Poids-Lourds, dans la commune de Limete, à Kinshasa. Des témoins rapportent que des agents commis au contrôle technique automobile ont dégonflé les pneus d’un corbillard qui transportait une dépouille mortelle, immobilisant le véhicule en pleine chaussée.
Depuis le 1er janvier 2024, les associations, Organisations non-gouvernementales (ONG), fondations, structures religieuses et projets de développement sont soumis au Système comptable des entités à but non lucratif (SYCEBNL). Cette réforme majeure impose désormais rigueur, traçabilité financière et nouvelles obligations déclaratives, dans un contexte de renforcement du contrôle financier et de lutte contre le blanchiment de capitaux. Pour mieux cerner les implications du sujet, nous sommes allés à la rencontre de l'expert-comptable Badjoa Lompo. Inscrit au Tableau de l'Ordre national des experts-comptables et comptables agréés du Burkina Faso (ONECCA-BF), président du cabinet CEMCAF BF SAS, Badjoa Lompo est doté d'une dizaine d'années d'expériences en audit, commissariat aux comptes et accompagnement de projets financés par des bailleurs internationaux. Eclairage sur les enjeux, les défis et les opportunités de cette nouvelle discipline comptable qui marque un tournant décisif dans la gouvernance financière des entités à but non lucratif au Burkina Faso.
Lefaso.net : Le Système comptable des entités à but non lucratif (SYCEBNL) est devenu obligatoire depuis le 1er janvier 2024. Pouvez-vous présenter ce référentiel ?
Badjoa Lompo : À l'instar des sociétés commerciales, des banques et compagnies financières, des institutions de microfinance, des sociétés d'assurance et de réassurance, etc., qui avaient leurs propres référentiels comptables les EBNL disposent à partir du 1er janvier 2024 de leur propre référentiel comptable qu'est le SYCEBNL.
Comme son nom l'indique, c'est le système comptable destiné aux entités à but non lucratif. On parle donc des associations, des fondations, des ONG, des syndicats, bref toutes les organisations qui ont des objectifs d'intérêt général ou altruistes.
Avant ce référentiel, comme indiqué, chaque secteur avait ses propres normes. On avait le Système comptable OHADA (SYSCOHADA) qui s'applique à la majorité des sociétés commerciales dans les pays membres de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), le Plan comptable bancaire révisé pour les banques et compagnies financières dans l'Union monétaire ouest africaine (UMOA), le référentiel des Systèmes financiers décentralisés (SFD) pour la microfinance, le code CIMA pour les sociétés d'assurance et de réassurance, et même les normes CIPRES pour les organismes de prévoyance sociale. Le SYCEBNL, lui, vient standardiser les pratiques pour toutes les entités à but non lucratif.
Quelles sont les entités concernées par l'application du SYCEBNL au Burkina Faso ?
En fait, on peut distinguer deux grandes catégories. D'abord, les associations et ordres professionnels : ça inclut toutes les associations, les fondations, les ordres professionnels, les organisations religieuses, les ONG (Organisations non-gouvernementales), mais aussi les partis politiques, syndicats, clubs sportifs et mutuelles sociales qui ont le statut d'association. Ensuite, il y a les projets de développement : ce sont les entités qui gèrent ou administrent des projets financés par des bailleurs bilatéraux, multilatéraux, privés ou étatiques, y compris certaines agences d'exécution de l'État.
Cette obligation s'applique-t-elle également aux organisations religieuses, aux fondations et aux structures communautaires. Qu'en est-il, exactement ?
Oui, absolument. Ces entités tombent dans la catégorie des associations et doivent se conformer aux mêmes obligations que les autres structures à but non lucratif.
Quelles sont les principales exigences comptables introduites par ce nouveau système ?
Pour beaucoup de ces entités, il y avait déjà un système de reddition, c'est-à-dire une présentation de la gestion financière, pour rendre compte à leurs membres et ou aux bailleurs, mais sans cadre uniforme. Avec le SYCEBNL, ce qui change, c'est que désormais il faut : mettre en place une organisation comptable complète avec notamment ordinateurs et logiciel comptable, établir un bilan d'ouverture qui servira de point de départ pour la comptabilité, disposer d'un personnel comptable outillé et ou se faire assister si besoin par un professionnel inscrit à l'Ordre national des experts comptables et comptables agréés du Burkina Faso (ONECCA-BF).
Quels sont les normes ou principes spécifiques que ces organisations doivent-elles respecter dans la tenue de leur comptabilité ?
Les états financiers doivent respecter le principe de continuité d'exploitation, c'est-à-dire que l'on part du principe que l'entité continuera ses activités au-delà de la clôture des comptes, généralement pour les 12 mois à venir.
Ensuite, il y a des conventions arrêtées par le référentiel : le coût historique, la prudence, la transparence et la régularité, l'intangibilité du bilan et l'importance significative.
Et puis, il y a des postulats, qui définissent le modèle des états financiers : le concept d'entité, la comptabilité d'engagement, la spécialisation des exercices, la permanence des méthodes, et la prééminence de la réalité économique sur l'apparence juridique applicable dans le cadre des contrats de crédit-bail, la location-vente, le personnel intérimaire ou les effets escomptés non échus.
Existe-t-il des obligations particulières concernant l'organisation interne de la gestion financière au sein de ces entités ?
Oui ! Il est vivement recommandé que chaque organisation dispose d'un manuel des procédures administratives, financières et comptables. Ce document sert de référence et structure le fonctionnement de l'entité : il définit les rôles, les responsabilités, les circuits d'information, et garantit à la fois transparence, conformité légale et bonne gestion des ressources.
Quelles sont les échéances légales pour l'élaboration et la transmission des états financiers ?
Selon la loi de finances 2026, chaque entité doit produire sa déclaration annuelle avant le 31 mai de l'année suivant la clôture de l'exercice. Cette déclaration doit inclure les recettes, les dépenses et les excédents, ainsi que les états financiers SYCEBNL et les états complémentaires définis par la loi.
Quelles sont les exigences relatives à la conservation des pièces comptables et justificatives ?
Tous les documents comptables – livres, journaux, états financiers – ainsi que les pièces justificatives comme les factures, reçus ou contrats, doivent être conservés pendant au moins 10 ans après la clôture de l'exercice.
Le texte prévoit la publication des états financiers ; pouvez-vous expliquer les modalités et la portée de cette obligation ?
Effectivement, la loi impose la publication annuelle des états financiers, soit au Journal Officiel, soit dans un journal d'annonces légales. Cela vise à prévenir le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Le principal point de vigilance reste le coût de cette publication, car certaines structures fonctionnent avec des ressources limitées provenant uniquement des projets.
Quels sont les liens entre le SYCEBNL et les obligations fiscales auxquelles ces entités peuvent être soumises ?
Le système comptable permet de donner une image fidèle de la situation financière et des performances de l'entité. Les règles fiscales, elles, servent à calculer l'impôt. L'administration fiscale se base sur la comptabilité pour évaluer des impôts comme la retenue à la source sur prestataires de service, l'Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS), la contribution au Fonds de soutien patriotique (FSP), ou la retenue sur revenus fonciers (IRF).
Les textes récents encadrent également la gestion des ressources financières, notamment en relation avec la Banque du Trésor. Quelles dispositions les organisations doivent-elles respecter dans ce cadre ?
Le décret N°2025-1440/PF/PRIM/MEF impose que toutes les ONG et associations agréées ouvrent leurs comptes exclusivement à la Banque des Dépôts du Trésor (BDT). Toutes les opérations, recettes ou dépenses, doivent passer par ces comptes. Cela permet de garantir la traçabilité et de renforcer le contrôle financier et lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Les entités à but non lucratif sont désormais intégrées dans le dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Quelles obligations cela implique-t-il, concrètement ?
Les EBNL doivent adopter une politique de Lutte contre le blanchiment de capitaux et le Financement du terrorisme (LBC/FT) qui suit une approche basée sur les risques, conformément à la loi n°046-2024/ALT et aux recommandations du Groupe d'action financière (GAFI) et du Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (GIABA). Cela implique de connaître ses donateurs, d'assurer la transparence financière, de former le personnel et de rester vigilant pour éviter l'utilisation des fonds à des fins criminelles. Toute opération suspecte doit être signalée à la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF).
Quels mécanismes de contrôle peuvent être exercés pour vérifier la conformité des organisations aux nouvelles dispositions ?
Outre le contrôle de l'État, l'acte uniforme OHADA exige qu'un auditeur légal soit désigné lorsque l'entité dépasse certains seuils : total bilan supérieur à 100 millions de FCFA, ressources annuelles supérieures à 200 millions FCFA, ou effectif permanent supérieur à 20 personnes. L'auditeur vérifie la conformité des états financiers et le respect de toutes les obligations légales.
Quelles sont les conséquences administratives ou fiscales en cas de non-respect des obligations prévues par le SYCEBNL ?
Fiscalement, les entités qui ne respectent pas leurs obligations s'exposent à des redressements. Parallèlement, l'acte uniforme OHADA prévoit des sanctions pénales pour les dirigeants qui ne dressent pas l'inventaire, établissent des états financiers inexacts, ne tiennent pas le registre des donateurs ou omettent de désigner l'auditeur légal.
Quelles sont les principales difficultés que peuvent rencontrer les entités lors de la mise en application de ces nouvelles règles ?
Les principales difficultés sont liées aux coûts induits et au manque de personnel qualifié pour assurer la mise en conformité avec ces nouvelles règles.
Vers quelles structures, institutions ou catégories de professionnels les entités peuvent-elles se tourner pour obtenir des conseils et un accompagnement dans leur mise en conformité ?
Pour la comptabilité et l'audit, seuls les membres de l'ONECCA-BF sont habilités à fournir ces prestations. Pour le reste, les EBNL peuvent faire appel à des experts spécialisés dans leurs domaines respectifs.
Interview réalisée en ligne par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net
Abordant la situation nationale, le chef du Gouvernement, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a reconnu que le Burkina Faso fait face à un défi historique majeur, tout en se disant confiant dans la capacité collective à ouvrir une nouvelle page de l'histoire nationale, orientée vers le développement, la souveraineté et le rayonnement du pays. C'était lors de la cérémonie de montée des couleurs nationales, ce lundi 02 mars 2026, à la Primature.
Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de consolider et d'amplifier la dynamique de la Révolution progressiste populaire (RPP), rappelant la métaphore aéronautique du chef de l'État selon laquelle, l'année 2026 doit correspondre à l'atteinte de la vitesse « V1 », seuil décisif qui engage irréversiblement le décollage.
Aussi, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a appelé à intensifier l'action gouvernementale au service des populations. À cette occasion, il a salué l'engagement des forces combattantes et invité l'ensemble des acteurs publics à accélérer la mise en œuvre des priorités nationales, conformément aux orientations du président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré.
Le Premier ministre a adressé ses vœux de bon et fructueux mois de mars aux travailleurs de la Primature, ainsi qu'à tous les Burkinabè. Il a ensuite souligné la portée spirituelle de cette période marquée par des temps de pénitence au sein des communautés musulmane et chrétienne catholique. Il a également formulé le souhait que les prières contribuent au raffermissement de la paix dans les familles et sur l'ensemble du territoire national. Son appel a également consisté à manifester de la reconnaissance envers les forces de défense et de sécurité et les volontaires pour la défense de la patrie, rendant hommage aux combattants tombés et exprimant ses vœux de prompt rétablissement aux blessés.
Tout en saluant les avancées enregistrées dans les secteurs sociaux, notamment la santé et l'éducation, ainsi que dans des domaines stratégiques tels que l'agriculture, l'élevage et les infrastructures, le Premier ministre a invité à ne pas se satisfaire des acquis. Il a exhorté les acteurs publics à faire preuve d'audace, d'innovation et d'engagement afin de produire des résultats plus significatifs en 2026, à l'image des forces combattantes qui ont récemment réaffirmé l'autorité de l'État dans plusieurs zones du territoire. Selon lui, l'année en cours doit être celle de victoires majeures et de transformations profondes et durables dans tous les secteurs de développement.
Lefaso.net
Source : Primature du Burkina Faso
A l'occasion de ce moment de carême pour les chrétiens catholiques, Lefaso.net est allée à la rencontre de l'ancien aumônier et directeur de l'école des catéchistes de Tougouri, actuellement aumônier de la pastorale du mariage et de la famille du diocèse de Kaya. A travers cette interview, ce prêtre, préparé pour former et accompagner les couples et fiancés, nous éclaire sur le sens profond de cette période de grâce pour le couple chrétien, sur ce qu'elle peut représenter dans la vie de couple et bien d'autres aspects.
Lefaso.net : Quel est le sens profond du Carême pour un couple chrétien ?
Abbé Pascal N. Ouédraogo (PNO) : Le temps de carême est une période importante pour le chrétien en général, et un temps propice pour le couple chrétien en particulier. Mais, notons effectivement que chaque jour de l'année est très précieux pour tout homme et pour tout couple chrétien… Pour le carême, il faut rappeler ces petits éléments : c'est un temps d'entraînement pour mieux vivre après. Il ne s'agit pas de faire beaucoup d'efforts, et après Pâques, on se détend pour se reposer.
C'est un entraînement pour vivre en homme et femme libre, en participant activement et saintement à la construction du Royaume. Pour nous, ce qui est important, c'est le jeu qui va advenir après. Ça doit être une vie de liberté, de qualité, de sainteté et d'amitié…Le couple chrétien est invité à approfondir sa vie de don de soi, pour que ça soit un lieu de paix, de joie, de reconnaissance de l'autre, d'acceptation réciproque, d'élévation et de considération mutuelle.
Dans l'engagement matrimonial, il y a une réalité importante appelée « chasteté conjugale. » Ce n'est pas une matière à option. Elle est obligatoire ! Il s'agit du rapport ajusté à avoir par rapport à Dieu, aux personnes, aux choses, aux événements, à l'autre. Dans le foyer, il s'agit en fait de considérer l'autre comme personne tout le temps. Il faut tout faire pour avoir une relation ajustée envers votre premier ami ou votre première amie : voici le secret de la chasteté conjugale. C'est facile à dire, mais c'est en même temps très difficile car, cela touche directement la qualité de la relation à développer par rapport à l'autre, pour lui permettre de vivre et de ne pas mourir. Oui, tu es le gardien de ton frère (Cf. Gn 4.). Il s'agit pour l'homme de considérer la femme comme une personne, d'avoir une relation ajustée, honnête et équilibrée envers elle au moment de la fertilité comme aux moments de non fertilité, au moment où ils peuvent vivre des actes intimes et au moment où ils vivent des temps de qualité sans acte de don de soi.
En clair, il est question de ne pas utiliser l'autre pour se défouler ou pour avoir du plaisir égoïste. C'est une personne, donc un don, une fille de Dieu comme nous. Je dois être juste envers elle ; autrement j'évolue dans une injure au Créateur… Même chose pour la femme. Elle est invitée à prendre soin de son mari dans l'ordinaire, sans colère, sans ruse, avec beaucoup de bienveillance, car il vient de la terre (adama.) L'homme ou la femme doit montrer qu'il est assez mûr et qu'il peut aider l'autre à vivre. Chacun demeure toujours la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même : c'est un DON, un cadeau du Créateur pour aider l'autre à arriver au ciel.
Au niveau de l'éducation des enfants et de la présence en famille. Une dame qui fuit son mari, et qui est à la grotte ou au calvaire à chaque fois. Elle n'a plus de temps pour sa famille. Il y a un problème de chasteté… Quel moment de qualité va-t-elle donner à son mari, et surtout aux enfants que Dieu leur a confiés ? Un homme qui revient du travail à 18h. Il prend une douche, et il ressort pour aller passer le temps avec ses amis jusqu'à 23h23. On dirait que cet homme risque d'être un père absent. Ne sera-t-il pas toujours surpris par ce qui se passe dans sa famille ?
Au niveau des paroles qu'on prononce. Tenez ces paroles : « Dire par exemple à quelqu'un : un âne vaut mieux que toi. Tu es une étrangère… Les enfants sont le fruit de mon corps et toi, tu es l'enfant d'une autre personne. »
En un mot, chaque membre du couple doit connaître la mesure de ses jours , chercher à mieux connaître l'autre, à l'aimer simplement. Vivre une relation ajustée avec Dieu, la nature, la nourriture, la boisson, la voiture, l'argent… La chasteté, ce n'est pas une question de sexe, mais bien une question de qualité des personnes. La noce est un engagement de maturité et de prise de service. Ce sont des adultes qui se marient…
En quoi le Carême peut-il être un temps particulier de renouveau conjugal ?
Nous allons parler plutôt de la qualité de la communion conjugale. Oui, le couple chrétien est appelé à veiller et à donner du crédit à chaque fois à sa communion conjugale. Les époux sont constamment appelés à travailler ardemment pour devenir une seule chair. Dans la noce, chacun a donné à l'autre son unicité : ce que nous avons d'unique et que nous ne pouvons pas donner à une autre personne, sauf à notre époux ou à notre épouse. Nous avons choisi de lui donner ça dans la liberté. Et, quand on donne et on se donne, c'est pour toujours, en comptant beaucoup sur le Créateur, Celui-là même qui a créé la noce. Il ou elle devient notre premier ami, notre confident, notre soutien, notre frère ou notre sœur, notre bien aimé, notre époux ou épouse .
Ne pas penser qu'avec le mariage, tu as tous les droits sur l'autre. Il doit faire ce que je veux, et rien que ce que je veux. Je le domine, je suis le sexe fort… Vouloir que l'autre change son identité pour conformer sa vie à la mienne : sa façon de raisonner, de faire avec les autres. C'est comme si tu dois passer une gomme sur ta vie précédente. C'est quelqu'un qui décide pour toi. Tu dois obéir, tu n'as pas de parole à donner, tu n'as pas le choix… Rappelons que l'homme ou la femme reste libre avant, pendant et après le mariage. C'est le premier pilier de la noce.
Il donne du sens aux trois autres piliers comme l'unité, la fidélité et l'acceptation de la fécondité. L'engagement dans la noce est comme un permis de construire. Il faut simplement faire effort pour aimer au lieu d'imposer des choses à l'autre. Cela rend malade, et ça entame la beauté et la fraîcheur de l'engagement matrimonial… On entre dans le mariage pour rendre l'autre heureux, pour lui donner la joie de vivre et d'espérer. Il faut faire attention pour ne pas blesser l'autre, le manipuler ou le traumatiser… Il faut simplement apprendre à se convertir, apprendre à aimer. Il faut se convertir pour prendre Marie comme femme ou Paul comme époux.
Il semble que nous sommes tous des « malades d'amour . » On ne demande que de la reconnaissance et de l'estime pour avancer, et construire le foyer pour que ça soit une Eglise, une maison de pain, un hôpital de proximité . Nous avons eu des moments de fiançailles. Nous nous sommes préparés pour le mariage. Nous avons eu la bénédiction nuptiale le jour de notre noce. Nous avons donné notre parole (dit OUI) et notre corps (à travers la première rencontre intime, don de soi à l'autre…). Et depuis lors, le temps passe et repasse. Nous partageons tout depuis 10 ans, 15 ans et parfois plus : toilettes, chambre, repas, projets, soucis, joie et désir d'avancer, désir de sainteté… Donc normalement, notre amitié conjugale, notre désir d'être ensemble et notre don de soi doivent s'approfondir constamment. Songez-vous souvent à dire merci au Créateur pour cela ? N'oublions pas que c'est Lui qui est à l'origine de la noce. C'est Lui qui a voulu cette belle alliance entre le masculin et le féminin… Quand on se marie, on ne devrait plus dire « mon, » mais plutôt notre : notre parcelle, notre argent, notre enfant, notre fils, notre amour, notre don de soi, nos souffrances, notre effort de conversion…
Des questions pour aider les époux : Nous sommes appelés à devenir une seule chair. Et tous les jours, nous travaillons pour cela. Pourquoi le « tu ? » Autant dire souvent « nous. » C'est un nous de qualité et de construction. Il faut qu'il soit vrai… Pourquoi vouloir garder certaines choses pour moi ? J'ai tout donné à l'autre, tout… Mon tout. Logiquement, je ne devrais plus rien garder pour moi-même ! Tout devrait être au bénéfice de toute la famille, de notre couple… Si vous entrez dans la noce avec le gros défaut de l'égoïsme, ne risquez-vous pas de vite vous essouffler ?
Au mariage, j'ai dit oui à Marie Désiré, un homme de mon cœur. Après avoir scellé notre engagement devant Dieu et les hommes mortels, je me suis remise totalement dans les bras de mon époux, et nous nous sommes unis… Avec bien-sûr des risques, des peurs, des interrogations, des doutes, mais aussi dans l'espérance et une bonne dose de confiance et de positivité… Nous nous sommes mariés pour honorer la Parole. « L'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme… Ils deviendront une seule chair . »
Cela fonde notre communion et notre désir de communion… Il ne relève pas des caprices d'un homme ou d'une femme. C'est le désir du Créateur pour le premier couple, Adam et Eve. C'est Lui qui a voulu cela pour tous les couples : faire une seule chair … Il est vraiment question de communion conjugale . Qu'est-ce qu'on en fait ? Est-ce qu'on y croit ? Le temps de carême est un temps de désir. Les époux peuvent s'interroger sur la qualité de leur don de soi…
Comment relier les trois piliers du Carême (prière, jeûne, aumône) à la vie à deux ?
Chaque année, au mercredi des cendres, la liturgie nous propose ce texte de Mathieu 6. Ces points sur lesquels la Parole de Dieu insiste concerne tout le monde, chacun à son niveau. Le couple aussi pourra trouver plus de temps pour prier ensemble, mettre l'accent sur les œuvres de charité ou de partage, et accepter souffrir dans son corps… C'est une union de prière, de partage et de sacrifices pour la gloire du Créateur…
Peut-on parler d'une conversion conjugale pendant le Carême ?
On se marie pour rester ensemble, pour célébrer la vie et l'amour, pour s'améliorer l'un par l'autre. On avance ensemble, l'un avec l'autre, jamais l'un contre l'autre. C'est une amitié conjugale qui doit s'améliorer avec le temps, et se perdurer surtout quand les années passent et repassent… L'autre est fils de Dieu comme vous, c'est un don de Dieu pour vous. Le carême est un bon moment pour redoubler d'effort, et avoir alors une attitude ajustée envers lui, pour ne pas le tuer. On me l'a confié pour que je l'aide à vivre.
Je dois aussi prendre tout le temps pour essayer d'avoir une attitude juste, vraie, honnête envers ceux et celles qui sont sur notre route : nos enfants, la bonne, la belle-famille, les collègues, les amis de la famille. Il faut apprendre à bonifier les relations durant ce temps favorable. Il faut que les personnes consacrées, les époux et même les fiancés en profitent pour améliorer la vie relationnelle. Comment je considère l'autre ou les autres ? L'autre est une personne, en chair et en os, parfois blessée, mais avec de la valeur, de la qualité… Il faut apprendre tout simplement à l'aimer. C'est un grand apprentissage comme nous apprend le philosophe personnaliste Karol Wojtyla.
Quelle attitude par rapport à vos enfants, votre mari, votre femme, avec vos voisins ? Le Créateur me les a donnés. Chaque personne qu'Il met sur notre route est un cadeau… Les filles dans la dépendance de la prostitution, les personnes qui ont sombré dans la fragilité de l'alcool, les techniciens de surface, les vrais et les faux-amis… Oui, chacun est un don .
Dieu nous l'a donné. Beau cadeau certes ! Mais, parfois cadeau empoisonné, peut-être cadeau de trop et pourtant, Dieu nous les a donnés. Toute personne est un don. Il faut qu'elle apprenne à se donner. Il faut que j'apprenne aussi à me donner à elle. Votre mari est un don pour vous. Votre femme est un don inédit pour vous. Vos enfants sont un don permanent… Deux dons de l'Esprit peuvent aider les couples pour qu'ils se convertissent pour mieux accepter les autres : le don de Piété et le don de Crainte du Seigneur. Avec ce dernier don, on reconnaît Dieu comme Père, et on Le loue pour cela… Il est une Grande Source pour nous aider à intérioriser cette grâce de paix, pour accepter le visage de l'autre comme une visitation . Une telle attitude accompagne les époux à mieux vivre l'harmonie conjugale.
Pour certains, c'est une utopie ! Mais, essayons de recevoir cela comme un don du Créateur. On doit s'accorder en couple, toujours travailler pour vivre et évoluer dans une logique de consensus. Le foyer mûrit, s'érode au fur et à mesure. Ne pas passer le temps à se frapper, à s'accuser, à se maudire, à se justifier, à se plaindre, à contrôler l'autre, à se méfier de lui… Prendre toute la vie pour travailler à cette harmonie. Pour qu'il n'y ait pas affaire de « devoir conjugal » mais plutôt don de soi dans une logique d'union de qualité, d'acte honnête et digne des époux, communion et désir de communion…Cette harmonie est comme un art à construire et à reconstruire.
Un art à apprendre et à découvrir entre époux, à cultiver patiemment. Il faut de la fidélité pour y arriver. Se remettre en cause à chaque fois. Il faut du temps, de la créativité, de l'effort…Vivre la qualité du don de soi dans la communication, le plaisir partagé, le respect du bien commun, le dialogue. Besoin de tendresse et non de brutalité ! On apprend ensemble…Vivre ensemble la satisfaction est un gros cadeau d'une union harmonieuse. Apprendre à être un couple qui n'est pas médiocre, mais qui s'améliore l'un par l'autre. Arriver à manger ensemble si possible, même si c'est une fois par semaine. Prier ensemble souvent, aller si possible en couple à la prière.
Des époux qui craignent Dieu comme Sarah et Tobie, comme Prisquille et Aquilas…Evitons d'élever le ton, déposons la balle à terre ! Regarder l'autre comme personne tout le temps. Chercher à voir la beauté intérieure de l'autre. Lui dire merci pour cela ! Cet effort pour une vie harmonieuse débouche sur l'harmonie sociale. C'est-à-dire être en harmonie avec Dieu, soi-même, avec sa femme, les enfants, les voisins… Soigner sa relation avec sa femme pour faire la paix. Être en paix avec ses voisins, avec son patron…Être homme, c'est apprendre à regarder une femme. Admirer votre femme, ses qualités, s'émerveiller devant votre mari…
Comment le Carême peut-il aider à guérir les blessures dans le couple ?
Oui, il faut se rappeler que c'est devant Dieu que les époux s'aiment. Le miroir où ils se regardent chaque jour est entouré de petits médaillons représentant la Passion et la Résurrection du Christ. Le salut est au cœur de ce portrait. « Ote tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte » (Cf. Ex 3, 5.). Et si l'amour et la vie de ce couple étaient la terre sainte où Dieu les invitait ? Ne pas encombrer la chambre ; c'est le lieu où les époux célèbrent l'amour…
L'autre n'est pas là pour soigner mes blessures. Vous vous êtes choisis, vous avez cheminé, vous avez demandé la bénédiction pour pouvoir construire un projet de vie ensemble, dans la paix, la joie et le désir de vous apprivoiser. Vous avez choisi de cheminer à travers des fiançailles et pour finir, vous avez pris le risque de célébrer vos épousailles. Personne ne vous a forcés être ensemble. C'est par choix et par mûre décision que vous avez décidé de vous unir pour le meilleur et contre le pire.
Il ne s'agit pas alors de venir dans le mariage, et d'avoir trop d'attentes envers l'autre. Il ne s'agit pas de venir être au service de l'autre. Là, c'est comme une relation d'un esclave à son maître. Cela est chaotique comme conviction…Ce qui est vrai et constructif, il s'agit pour la femme, d'apprendre à s'émerveiller devant son homme (il est fort, c'est mon protecteur, c'est le meilleur homme du monde…) Ne pas laisser la femme à votre ceinture, mais l'élever jusqu'à votre visage. Il s'agit aussi pour la femme, de prendre soin de votre époux, de tout faire pour l'amener au ciel, laver les pieds les uns les autres. Et si on va plus loin, il s'agit d'accepter mourir pour l'autre dans la logique d'Ephésiens 5 (Christ a accepté gratuitement mourir pour son épouse l'Eglise.). Le mariage devient alors un lieu de construction et de reconstruction.
Nous pouvons reconnaître cela comme un bienfait qui nous a été donné par le Créateur, Celui-là même qui fait toute chose nouvelle (sens du benedicite.) Soyons toujours reconnaissants et rendons-Lui grâce, car Il nous fait du bien à chaque fois. Redoublons d'effort pour passer d'un acte de consommation vers un acte de contemplation… Oui, ce temps de grâce que nous offre la communauté de foi et d'amour est un tremplin pour aimer l'autre, une bonne manière de l'accompagner à résoudre ses blessures, ou mieux lui apprendre à vivre avec…
Entretien réalisé par Yvette Zongo
Lefaso.net
Il ne savait pas que sa voix pouvait devenir un jour une voix artificielle. Pendant des années, Khalil Traoré fumait sans imaginer un seul instant que ce geste, en apparence anodin, et imitatif au départ, finirait un jour par lui coûter la voix. Aujourd'hui, il s'exprime à l'aide d'un laryngophone car atteint d'un cancer de la gorge. Cependant, plutôt que de s'apitoyer sur son sort, il a transformé son épreuve en combat. En effet, il sensibilise les jeunes aux dangers de la cigarette à travers ses réseaux sociaux et rêve désormais d'un monde sans tabac qu'il estime possible avec l'engagement de tous. Dans cet entretien qu'il a accordé à Lefaso.net ce lundi 16 février 2026, le sexagénaire raconte son histoire, ses regrets mais aussi le désir qui l'anime désormais dans cette lutte contre le tabac.
Lefaso.net : Pouvez-vous nous faire un petit résumé de votre parcours de fumeur ?
Khalil Traoré : Pour ce qui est de la cigarette, j'ai commencé autour des années 72 au lycée par imitation. Puis, je suis devenu addictif. C'est après avoir passé 4 à 5 ans en fumant quotidiennement la cigarette que je me suis rendu compte qu'il était difficile pour moi d'arrêter de fumer. Et là ce n'était plus pour faire le malin. C'était carrément devenu une drogue légale, mais à laquelle j'étais déjà accoutumée. Et ça, chaque jour, j'exprimais l'engagement ferme d'arrêter à une date quelconque. Par exemple le 30 décembre d'une année ou bien le jour de mon anniversaire. Et c'était des reports à n'en point finir pendant 32 ans.
À l'époque, vous fumiez quel type de cigarettes ? Et combien de cigarettes vous fumiez par jour ?
Lorsque j'ai été déclaré fumeur, je fumais les cigarettes ordinaires qu'on trouve sur la place. Les bâtons de cigarettes. Il y avait plusieurs marques. Et j'aimais une marque française. Et puis, quand j'ai voulu arrêter, je me suis déporté complètement sur une marque qui n'avait rien à voir avec celle que je fumais déjà depuis 25 ans environ. Je suis donc rentré dans les cigarettes pendulées. On m'avait avoué que ça, c'était pire encore. J'ai dit oui, même la cigarette simple n'est pas facile à porter. Mais c'est la volonté d'arrêter jusqu'à présent qui m'anime. Sauf que je n'arrive pas à me contrôler. Donc, je fumais pratiquement toutes les marques jusqu'à préférer une marque telle que Gauloises ou Gitanes. Jusqu'à aller contracter une maladie.
Comment avez-vous découvert votre maladie ?
C'est suite à une radio que je me suis rendu compte que je faisais le pneumothorax. C'est suite à cela que j'ai cessé de fumer car je m'étais toujours dit, depuis que je tentais d'arrêter de fumer, que le jour où je vais faire 72 heures sans fumer, ce sera parti. Pour ce qui est du pneumothorax, j'ai été hospitalisé le 23 septembre 2004. Et quand je suis sorti le 15 octobre 2004, j'avais réalisé mon vœu, à savoir abandonner la cigarette. Mais dans un premier temps, quand j'ai été hospitalisé, c'était parce que j'avais un problème de respiration.
Et qu'en est-il du cancer de la gorge ?
C'est une autre chose. J'avais arrêté de fumer. J'ai eu un souci dans la famille avec la disparition de ma maman. À l'époque, j'ai certainement sangloté. Et puis, comme on m'appelait un peu de partout pour avoir les nouvelles, les détails sur les obsèques et tout ça, j'avais commencé à perdre de la voix. Après le décès, j'ai cru que c'était passager. Donc, j'ai pris certains produits comme d'ordinaire, croyant que ça allait passer. Et à la faveur d'une toux nocturne, j'ai eu à rejeter du sang. Alors, dans mes glaires que j'expectore, on a vu des traces de sang. Alors, je me dis qu'on ne s'amuse plus parce que ça fait six mois que ça dure. Depuis janvier 2011, quand même, ça commence à trop bien faire. Et c'est comme ça que j'ai été remis entre les mains des spécialistes qui ont procédé étape par étape jusqu'à aller diagnostiquer un début de cancer.
Quelle a été votre réaction lorsqu'on vous a diagnostiqué un cancer de la gorge ?
En 2011, au bout de six mois, on ne m'a pas dit exactement que c'était le cancer, mais avec les rapports des différents examens, et les termes utilisés, j'ai compris quand même que le diagnostic avait un rapport avec le cancer. Mais qu'à cela ne tienne, je devais aller en Europe, donc j'ai décidé de poursuivre mes investigations là-bas. Une fois en Europe, en décembre 2011, on m'a reçu parce que j'avais pris les rendez-vous à l'avance. Et on m'a dit : « Bon, écoute, on va essayer de reprendre les examens. » C'est toujours comme ça. Je ne sais pas pourquoi, mais quand tu arrives chez un nouveau professionnel de la santé, lui aussi veut que tu reprennes les examens, mais c'est lui qui prescrira. Donc on a dû balayer tout ce qu'on avait fait au Burkina et puis reprendre. Et les résultats se sont avérés là-bas.
Et l'ORL que j'ai rencontré, lui, il m'a lancé : « Mais M. Traoré, vous aviez le cancer. Qu'est-ce que vous foutiez là-bas ? » J'ai dit : « mais comment ça ? » Il me dit : « Ah non, non, non, vous avez un cancer à un stade très avancé. J'ai dit, quoi ? Alors ? », il me demande : « Mais vous n'avez pas fait d'examens là-bas ? » Je lui ai dit non. J'étais là, je bricolais comme je pouvais avec mes connaissances basiques. C'est en ce moment qu'il me dit : « Écoutez, nous sommes le 12 janvier 2012. Si on ne vous opère pas ce mois-ci, vous ne verrez pas le mois de juin ». Lorsque j'ai quitté l'hôpital, je ne sentais plus mes jambes. J'ai pris le métro, mes larmes coulaient car généralement lorsqu'on parle de cancer, cela rime avec la mort. Je me suis dit alors que c'était foutu, là.
Et, lorsque j'ai recouvré mes esprits une fois à la maison, j'ai dit : bon, on rentre en contact avec Ouagadougou car j'ai aussi assez de connaissances dans le domaine de la santé. Et, lorsque j'ai exposé le problème, ils étaient tous unanimes sur le fait que je devais me faire opérer. À l'origine, J'étais allé en Europe pour quelques jours à l'épisode touriste et je me suis retrouvé en train de faire 10 mois. J'ai été opéré le 18 janvier 2012. Et là encore je croyais que ça serait juste passager, qu'on allait juste me l'enlever au scanner. C'est là que le spécialiste m'a fait comprendre qu'on me ferait une grosse entaille autour de la gorge comme un collier et qu'on me ferait un trou par lequel je vais respirer désormais. Ce n'est pas tous les jours qu'on me dit ça donc je leur ai tout simplement dit « sauvez ma vie et le reste on verra après ».
Comment s'est passée la rééducation ?
Après mon séjour hospitalier, j'utilisais une ardoise. Lorsque je rentrais dans le bus, dans le métro, j'écrivais où j'allais, je montrais aux chauffeurs, qui avaient visiblement l'habitude de voir des passagers comme moi. Quelques temps après, on m'a fait comprendre qu'il faut que je rencontre des orthophonistes pour une rééducation de la voix. C'est ainsi que j'ai rencontré l'orthophoniste qui nous apprenait à inspirer. Nous avons essayé de respecter jusqu'à ce qu'on nous annonce qu'il y a un démarcheur qui allait nous approcher aussi. Il est donc venu. Lui aussi était laryngectomisé comme nous mais parlait à travers la voix œsophagienne. Lorsqu'il s'est exprimé, nous étions tous surpris car nous ne savions pas qu'on pouvait subir cette opération et recouvrer encore la voix. Le démarcheur a donc fait sortir des laryngophones et nous a expliqué le fonctionnement. Moi qui étais pressé de retourner au pays et qui n'étais là que pour les besoins de l'orthophonie, j'ai opté pour la machine afin de pouvoir retrouver ma famille mais aussi reprendre mes activités car tout était perturbé. C'est ainsi que je suis rentré au pays avec le laryngophone, qui ne réussit pas à tout le monde d'ailleurs.
Durant votre séjour à l'hôpital, est-ce que les médecins vous ont révélé que votre situation est liée à la cigarette ?
Avec moi, en tout cas, ils ont été catégoriques en m'informant que 50% des causes de la maladie sont liées à la consommation de la cigarette. Ils m'ont aussi informé que je ne pouvais plus fumer même d'ailleurs. Les spécialistes m'ont expliqué qu'avec l'opération que j'ai subie, lorsque je fume, cela va sortir par la trachéotomie car le canal a été déjoué.
Qu'est-ce qui a été le plus difficile à accepter pour vous ?
C'est le fait de regretter d'avoir fumé. Parce que, quelque part, cela a eu des impacts sur ma vie. Tous les jours, j'ai dû me réorienter pour pouvoir survivre. Sinon, il n'y a vraiment pas eu d'autres soucis. Je regrette tous les jours d'avoir fumé une seule cigarette de ma vie parce que la santé est le plus grand bien que l'on puisse avoir. Et moi, je suis condamné à porter cette séquelle jusqu'à la fin de mes jours. Rien ne peut y remédier.
Comment vos proches ont-ils vécu cette épreuve ? Est-ce que leur regard a changé ?
Tout s'est bien passé car lorsque j'étais toujours en Europe après l'opération, ma benjamine est venue avec sa maman et nous avons séjourné ensemble sans soucis. De retour au pays, l'insertion était également facile car j'échangeais déjà avec mes proches qui ont tous remarqué le changement de ma voix. En plus de cela, j'ajoutais des photos lors de certaines conversations pour me faire comprendre.
Quel regard portez-vous sur votre nouvelle manière de parler ?
Je suis tout de même satisfait de pouvoir parler avec l'appareil. Et je suis persuadé que le contraire serait dramatique car j'ai connu des gens qui se sont laissés pratiquement aller à la mort parce qu'ils ne pouvaient plus parler, l'appareil ne réussissant pas à tout le monde.
Quelle leçon tirez-vous de cette situation ?
Juste dire à ceux qui fument d'arrêter pendant qu'il est temps parce que s'ils contractent la maladie que j'ai contractée, peu importe ta richesse, tu le sentiras dans la balance car le traitement coûte extrêmement cher et moi j'ai eu beaucoup de chance. Il ne faut pas vous adonner à la cigarette car dans plusieurs cas comme le mien, la probabilité de passer de la vie au trépas est très forte. Certes il y a les moyens, mais aussi la main de Dieu.
Quel message avez-vous à l'endroit des jeunes fumeurs qui ignorent encore les conséquences de la cigarette ?
Qu'ils arrêtent pendant qu'il est encore temps parce que ça ne pardonne pas. Sur deux fumeurs, il y en a un qui en meurt, et les statistiques l'ont prouvé. J'ai créé mon Association de lutte contre le cancer tabagique (ABACT). C'était une bonne idée mais on n'a jamais pu démarrer parce que cela coûtait très, très cher. L'État nous a fait savoir qu'il avait un fonds qui a été voté en 2010 mais qui n'est pas alimenté. J'avais même proposé de donner mes photos pour qu'on les mette sur les paquets de cigarettes moyennant 1 franc le paquet vendu. Et ce qu'on gagnera sera reversé aux associations de lutte contre le cancer lié au tabac pour prendre en charge tous ceux qui sont dans cette situation et qui n'arrivent pas à honorer l'ordonnance. Mais là aussi je n'ai pas eu le soutien qu'il faut.
Interview réalisée par Muriel Dominique Ouédraogo
Élysée Nikièma (stagiaire)
Lefaso.net
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