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B2 Le Blog de l'Europe géopolitique. Actualités. Réflexions. Reportages
Updated: 2 months 1 week ago

Les socialistes européens en quête d’un sursaut salvateur

Thu, 23/05/2019 - 19:35

(B2)  Les élections européennes vont être une étape douloureuse pour les socialistes européens, dont le nombre de députés au Parlement européen va chuter. Mais du fait des nouvelles distributions des groupes, les élus de la rose rêvent toujours d’isoler le parti populaire européen (PPE) et de s’imposer comme la première force dans l’hémicycle

Pedro Sanchez au soir de la victoire du PSOE espagnol aux élections législatives (28 avril). Victoire socialiste qui pourrait bien ne pas se reproduire au niveau européen (Crédit : AFP)

Les socialistes en perte d’influence en Europe

Si le groupe remonte dans les sondages depuis deux semaines, cela ne doit pas cacher une tendance de fond en Europe : le déclin des partis sociaux-démocrates et socialistes. Le groupe va perdre du poids, passant de 185 députés actuels à 150 maximum, selon les dernières prévisions. L’effondrement du Pasok grec, tombé sous la barre des 5% en 2015, n’était qu’un tir de semonce. Depuis, le recul s’est généralisé : aux Pays-Bas, en France, et dimanche dernier encore en Italie. Au sein de l’Union européenne, la famille socialiste ne participe plus au pouvoir que dans dix États membres.

Chute du noyau dur : Italie, Allemagne et Royaume-Uni

Aujourd’hui, trois pays dominent le groupe : l’Italie avec 31 députés, l’Allemagne avec 27 députés et le Royaume-Uni avec 18 députés. Cet équilibre va évoluer, avec une chute conséquente des partis socialistes dans ces trois pays. Si les Italiens devraient rester la première nationalité dans le groupe, ils n’obtiendraient que 18 sièges, selon les meilleurs pronostiques. Même constat chez les Allemands. Le SPD, jusqu’ici maillon structurant de la famille socialiste européenne, devrait perdre plus de 10 sièges. Pour le Parti travailliste britannique, la chute devrait être plus réduite, avec une délégation pouvant aller jusqu’à 15 députés.

Les Espagnols en position de force ?

Selon les derniers sondages, les socialistes espagnols pourraient obtenir jusqu’à 18 sièges, soit cinq de plus qu’actuellement. Fort de cette probable victoire, le PSOE se place en leader de la social-démocratie européenne. Après des présidences italiennes et allemandes, un Espagnol pourrait prendre la tête du groupe politique. La liste menée par le ministre Josep Borrell travaille déjà à Bruxelles pour tenter une telle ascension.

Les socialistes français, futurs grands absents ?

Pour les socialistes français, mai 2019 pourrait être une véritable hécatombe. En mars 2019, le Parti socialiste a choisi de se ranger derrière Place Publique pour les Européennes, renonçant ainsi à présenter son propre candidat comme il le faisait pourtant depuis 1979. Malgré cette union, les sondages créditent la liste PS-Place publique d’à peine plus de 5% des voix, passant ainsi à la limite le seuil pour envoyer des députés à Strasbourg. Plusieurs anciennes figures socialistes, telles que François Hollande ou Lionel Jospin ont, depuis, exprimé ouvertement leur soutien au parti du poing et de la rose, tentant d’assurer une présence socialiste au Parlement. Même s’ils parviennent à être représentés, les socialistes perdrons vraisemblablement leur influence. Les Irlandais pourraient également ne pas atteindre la barre des 5%.

L’inconnue roumaine

Les socialistes roumains passeraient de 13 à moins de 10 sièges, selon les sondages. Mais les relations avec Liviu Dragnea, le dirigeant controversé du parti socialiste au pouvoir en Roumanie, sont particulièrement tendues. Celui-ci pourrait mener son parti, le PSD, au sein de l’alliance d’extrême droite. De son côté, l’ancien Premier ministre roumain Victor Ponta, qui a quitté le PSD pour former son propre parti pro-roumain, devrait intégrer les conservateurs de l’ECR.

Pologne, Tchéquie, Portugal, Belgique, … en chute également

La tendance à la chute des socialistes se confirme aussi dans les pays de l’Est. En Hongrie, MSZP perd plus de quatre points dans les sondages, et devrait donc n’avoir que deux sièges, contre quatre actuellement. En République tchèque, le ČSSD n’obtiendrait que 7% des votes et un seul député (contre quatre pour la période antérieure). Pour le Parti socialiste belge, la chute devrait être moins forte, passant de quatre à trois députés.

Des hausses dans certains pays

Les tendances ne sont pas à la baisse dans tous les pays. Le groupe profite de la poussée de certains de ses membres. Les socialistes bulgares pourraient obtenir jusqu’à six sièges (+2), les Lettons deux sièges (+1), les Maltais quatre sièges (+1), les Slovènes deux (+1) et les Finlandais trois (+1). Dans plusieurs cas, c’est le statut quo qui est prévu : Danemark (trois députés), Estonie (un député), Irlande (un député), Lituanie (deux députés), Autriche (cinq députés).

Rester un partenaire incontournable … pour une nouvelle alliance avec les libéraux ?

Le groupe socialiste pourrait tout de même avoir entre 140 et 150 députés, se maintenant donc comme la seconde force dans l’hémicycle, à seulement une vingtaine de sièges du PPE. Et restant ainsi un partenaire incontournable pour une coalition. C’est d’ailleurs vers de nouveaux alliés que les socialistes se tournent, sachant que l’accord de 2014, entre S&D et PPE, ne pourra être renouvelé. Le chef de file des socialistes, le néerlandais Frans Timmermans, a tendu la main à la gauche européenne, aux Verts et aux Libéraux.

En marge de leur réunion de Sibiu, le 9 mai dernier, les socialistes Pedro Sanchez (Espagne) et Pedro Costa (Portugal) ont rencontré les libéraux belge et néerlandais Charles Michel et Mark Rutte pour tenter de créer une alliance et renverser les espoirs du PPE pour prendre le contrôle de la Commission européenne (lire : Les 27 ouvrent le bal des prétendants à la présidence de la Commission européenne (V2)).

Ce processus a été prolongé avec les appels de plusieurs responsables socio-démocrates à faire front commun contre les nationalistes et les conservateurs du PPE. Le dernier en date étant le Premier ministre portugais, António Costa. Venant de l’un des rares dirigeants d’un PS en bonne santé, cette complicité affichée est un précieux argument à la possible future coalition. Autre soutien, celui de l’ex-chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. Celui-ci est plus symbolique, puisque Matteo Renzi n’a plus aucun poste politique, pas même au sein de son parti, et n’est plus vraiment en odeur de sainteté parmi ses camarades.

(Leonor Hubaut)

Lire aussi :

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(B2 Pro) Un Finlandais bientôt à la tête de la mission EUAM Ukraine

Thu, 23/05/2019 - 14:05
(B2) Un nouveau chef va être nommé à la mission de l'UE de conseil aux forces de sécurité intérieure basée à Kiev (EUAM Ukraine) : le Finlandais Antti Hartikainen Antti Hartikainen est nommé à compter du 1er juin pour un an (renouvelable) jusqu’au 31 mai 2020. Et ce alors que mission EUAM Ukraine vient tout […]

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(B2 Pro) Projet Pesco n°9 : la boite à outils des futurs drones sous-marins anti-mines

Thu, 23/05/2019 - 10:30
(B2) Un essaim de drones air, surface et sous-marins détecteurs et destructeurs de mines autour d'un navire. C'est le futur pour plusieurs pays maritimes qui ont développé un projet avec cet objectif au sein de la coopération structurée permanente. Dirigé par la Belgique, ce projet est parmi les plus avancés de la PESCO Adopté lors […]

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Entretiens européens de la défense 2019 (1) : une ‘grand strategy’ pour l’Europe (J. Howorth)

Thu, 23/05/2019 - 10:16

(B2) L’Union européenne doit reconsidérer sa relation avec les Etats-Unis et l’OTAN pour faire émerger une stratégie de défense européenne. C’est ce qu’a défendu Jolyon Howorth, professeur émérite à la Harvard Kennedy School, durant les seconds entretiens européens de la défense à Paris jeudi (16 mai)

Les 2e entretiens européens de la Défense – Panthéon-Sorbonne © NGV / B2

Face à la création d’une armée européenne, trois obstacles…

Les Américains s’inquiètent des conséquences d’une défense européenne pour leur leadership. Les Britanniques jouent l’ambivalence pour ne pas froisser les États-Unis. Les Européens peinent à se mettre d’accord sur la marche à suivre. Trois obstacles qui ont fait « échouer » les deux premières tentatives de forger une armée européenne, la Communauté Européenne de Défense (CED) dans les années 1950 et la première version de la politique de défense (la PESD ou politique européenne de sécurité et de défense) à la fin des années 1990 début 2000, et qui continuent à freiner les nouvelles initiatives.

Les Américains, d’accord sur le principe d’une défense européenne

Les Américains, souvent critiqués pour le retard que prennent les initiatives européennes en matière de défense, n’étaient pas toujours défavorables à l’idée et ne s’y « opposent pas par principe, au contraire ». Mais une question les taraude, celle des « conséquences pour le leadership de l’Alliance, voire pour son avenir » si une défense européenne crédible devait se former. D’où l’ambivalence des États-Unis sur cette idée que Eisenhower regardait pourtant en 1951 comme un des objectifs de l’Alliance, idée légitimée par les multiples injonctions américaines à augmenter les budgets européens de défense. Cette position confuse s’inscrit dans le débat existentiel qu’est la définition de la prochaine « grand strategy américaine », explique Jolyon Howorth.

… mais des inquiétudes subsistent sur leur leadership au sein de l’Alliance

Après « quarante ans de leadership incontesté des alliés européens », le courant « liberal hegemon » qui définit la politique des Etats-Unis depuis longtemps se voit contester par les partisans de « l’offshore balancing ». Lesquels prônent un repli américain sur « un nombre fort limité de bases stratégiques » et un « transfert aux Européens de la responsabilité principale de leur propre sécurité ». La question reste ouverte alors que Donald Trump « semble s’y associer », sans toutefois « comprendre un instant le sens profond de ce débat stratégique ».

Les Britanniques, réfractaires à toute intégration européenne

Les Britanniques ont été, eux, « beaucoup plus réfractaires que les Américains au projet dès le début ». Et ils continueront de « freiner l’avancée des Européens vers une autonomie stratégique », rendant l’axe Paris-Berlin « d’autant plus urgent ». La vision britannique est celle d’une sécurité européenne bâtie sur une « clé de voûte » : l’OTAN. Les Européens étant simplement relégués à un rôle « complémentaire ». C’est pourquoi « Londres a bloqué toute avancée » qui aurait pu mener à une armée européenne tout en réclamant pourtant « à cor et à cri » un « engagement inconditionnel » à la sécurité européenne, selon le professeur, lui-même British. Pourtant fermement soutenue par Winston Churchill dès le début, la défense européenne a vite inquiété outre-Manche, le Royaume-Uni anxieux de « préserver le partenariat avec les États-Unis ». Le pays avait par exemple refusé la CED dès 1953, craignant que « le succès de l’armée européenne n’entraîne le désengagement américain ».

Les Européens indécis et divisés

Mais au final, les Européens sont leurs propres ennemis. Les divisions nationales sur la manière de construire l’Europe persistent et se retrouvent, « de façon profonde, au sein des familles politiques ». Mais avec le nouveau contexte géostratégique, de plus en plus complexe et multidimensionnel, « l’Union européenne ne peut plus se permettre le luxe de ses divisions internes ». Il faut repenser notre stratégie pour « passer de l’Europe de la défense, à la défense de l’Europe ». Ces divisions cristallisent l’opposition entre « l’intégrationnisme » prôné par Monnet et « l’intergouvernementalisme », selon le modèle gaullien. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) a, depuis Saint-Malo,  et la déclaration franco-britannique de 1998, été développée dans le cadre de ce dernier, un modèle « de plus en plus mis en question ». Les dernières évolutions en matière de défense nous placent à nouveau « face à la confrontation de ces deux méthodologies contradictoires ».

Trois défis majeurs aujourd’hui

Définir une stratégie européenne propre 

Il faut développer une « grand strategy » à l’européenne martèle Jolyon Howorth. L’un des problèmes fondamentaux de la première version de la PSDC fut son « manque d’ambition » par « crainte de froisser » les Américains. Pourtant, « la seule ambition qui vaille pour l’Union européenne est d’assumer sa propre défense collective ». Et donc d’arrêter de penser qu’il est impossible pour l’Europe de se défendre sans le soutien américain. Et il faut « pouvoir s’adapter à la nouvelle donne planétaire ». « Après Trump, il n’y aura pas de retour à la case départ ».

À quel prix

« L’armée européenne ne s’achètera pas parmi les soldes de chez Tati ». Les États membres de l’OTAN ont dépensé « 264 milliards de dollars » sur les questions de défense en 2018. Si tous les pays avaient atteint l’objectif fixé par l’OTAN de 2% du PIB, cela aurait majoré la somme de « près de 102 milliards de dollars ». Mais une armée européenne autonome pourrait représenter jusqu’à « 467 milliards de dollars supplémentaires » rappelle l’universitaire, se basant sur une étude récente du International Institute for Security Studies (IISS) qui fait l’hypothèse d’un retrait américain d’Europe. Un engagement conséquent donc.

Et avec qui ?

Si beaucoup pensent que l’armée européenne sera forgée « à l’extérieur de l’OTAN, sans les Américains, voire contre », Jolyon Howorth n’en est pas persuadé. Une armée européenne ne doit pas être construite contre les Américains, mais « en bonne intelligence avec eux ». Car l’Alliance ne va pas se dissoudre de sitôt. Et elle peut avoir un rôle moteur alors qu’il existe actuellement « quatre-vingt projets de coopération » entre l’OTAN et l’UE, et que les Américains « n’arrêtent pas de nous demander des efforts accrus, de nous encourager à assumer le leadership stratégique dans notre voisinage ». Il faudrait plutôt revenir au scénario initial : une alliance « rééquilibrée » dans laquelle les Européens « prennent graduellement la part du lion » et les Américains jouent « le rôle de facilitateurs ». Pour former une alliance qui ne soit pas « structurée par la dépendance, encore moins par la servitude ».

(Coline Traverson st.)

B2 est partenaire média des seconds entretiens. Le programme de la journée : Les 2e entretiens de la défense. C’est le 16 mai. D’autres articles suivent…

Lire aussi

L’occasion ratée de la CED. La France suscite la Communauté européenne de défense puis la tue

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Top chef : Finis les petits arrangements à l’européenne. Les neuf critères de sélection d’Emmanuel Macron

Wed, 22/05/2019 - 15:45

(B2) Notre collègue du Soir, Jurek Kuczkiewicz, a obtenu une interview (exclusive) très intéressante d’Emmanuel Macron. Le président français décrit non seulement l’avenir européen, mais aussi le futur des institutions après les élections européennes. On a ainsi une vision un peu plus claire des différents critères qu’il entend suivre pour la nomination du futur ‘Top Chef’ européen

Charles Michel et Donald Tusk dans une embrasure de fenêtre au Conseil européen en mars 2019 : ils ne discutent sans doute pas de la bonne recette de ragoût (crédit: Conseil de l’UE)

Même si le président français, fidèle à lui-même, prêche pour… plusieurs paroisses, superposant plusieurs noms, on peut distinguer une petite dizaine de critères (numérotés entre crochets ci-dessous) qui sont utiles pour discerner les profils des futurs dirigeants européens selon lui.

Parité, engagement européen, légitimité forte…

Les trois premiers critères indiqués par le chef de l’État sont ceux de la parité, de l’engagement politique, européen, et de la ‘forte légitimité’.

« On a besoin de femmes et d’hommes [1] qui connaissent bien l’Europe [2], ont une légitimité forte [3] et correspondent au projet de coalition de progrès [4] que je souhaite […] »

Si les deux premiers (parité, engagement européen) sont des critères déjà formalisés, ceux de la légitimité et de la majorité de progrès apparaissent comme étant nouveaux.

… membres d’une coalition de progrès

Ce quatrième critère, le leader du parti La République en Marche le détaille. Il appelle à la formation d’une nouvelle coalition regroupant libéraux et démocrates (ALDE – En Marche), socio-démocrates (S&D), écologistes (Verts) et certains chrétiens-démocrates, tentant au passage de fracturer au maximum l’axe de la grande coalition (PPE / S&D) actuellement au pouvoir au plan européen.

« Aujourd’hui le Parlement européen connaît une majorité entre les socialistes et les conservateurs. Il faut une coalition plus large, et où les équilibres seront beaucoup mieux respectés. Il faudra œuvrer à construire cette coalition de progrès et d’avenir, avec des dirigeants comme Charles Michel, Mark Rutte, Antonio Costa et d’autres encore. […], en travaillant avec les sociaux-démocrates, avec une partie des chrétiens-démocrates et des écologistes. »

Le président français entend éclater le parti populaire européen (PPE), avec la mise à l’écart de ses éléments moins progressistes (hongrois mais aussi autrichiens ou croates). Il refuse aussi tout lien automatique fait entre le candidat du PPE aux élections européennes et la future tête de la Commission européenne. « Il ne faut pas faire de mauvais compromis d’appareil » indique-t-il, refusant ainsi tout ‘petit arrangement à l’européenne’ (pour paraphraser un ministre des Affaires étrangères).

Cinquième critère : pas de Spitzenkandidat

Emmanuel Macron répète ainsi son refus du système des têtes de liste.  « Je ne me sens pas engagé par le système des « spitzenkandidaten ». « Il y a des dirigeants parmi ces candidats qui ont les qualités que j’ai évoquées » dit-il poliment, histoire de ne pas insulter l’avenir. Mais on voit très bien que ce n’est pas vraiment vers là qu’il tourne son regard. « Il y a aussi des dirigeants autour de la table du Conseil qui peuvent y prétendre. »

Sixième critère : une expérience gouvernementale nécessaire pour la Commission européenne

Emmanuel Macron redit surtout son critère préféré, celui de réserver le poste de président de la Commission européenne à un ancien responsable de premier plan européen… Un critère respecté jusqu’ici (1), mais qu’il élargit à l’expérience au niveau européen.

« A mes yeux, l’expérience au plus haut niveau gouvernemental ou de la Commission européenne est indéniablement un critère important. »

NB : ce critère élimine quasiment tous les Spitzenkandidaten, à commencer par Manfred Weber, mais aussi Margrethe Vestager, un temps pressentie par les libéraux et démocrates pour être leur candidate à la tête de la Commission et devenue l’égérie de la presse. Un seul pourrait passer entre les gouttes : Frans Timmermans, aujourd’hui vice-président de la Commission européenne.

Deux critères supplémentaires : équilibre et consensus à ne pas oublier

Le président rappelle les deux critères, très politiques, qui font que le système de Spitzenkandidat est irrationnel : la nécessité d’avoir un équilibre géographique (Nord Centre / Sud, Est / Ouest) et géopolitique (petits et grands pays), et d’avoir le consensus entre les chefs d’État et de gouvernement.

« Ce sera une question d’équilibre le jour d’après [7], et de capacité à construire un consensus entre nous [8]. »

Neuvième critère : la mixité générationnelle

Le président ajoute à cette notion d’équilibre celui de la mixité générationnelle qui ne figurait pas jusqu’alors dans les critères écrits ou non écrits pour les présidences européennes.

« Une expérience [peut être] plus ou moins longue car je souhaite que toutes les générations soient représentées. »

Des noms, quels noms ?

Plusieurs noms sont cités par le chef de l’État : le Portugais Antonio Costa (socialiste) ou le Néerlandais Mark Rutte (libéral), mais il y en a deux autres qu’il commente particulièrement (sur question du journaliste).

Michel Barnier dans la short list

Le critère générationnel parait pouvoir éliminer la candidature de Michel Barnier. Mais le président rattrape le fil…

« Indéniablement, Michel Barnier est un homme qui a de grandes qualités. [Il] l’a encore démontré dans la manière de gérer les négociations avec les Britanniques. Il fait donc partie des dirigeants européens qui ont des qualités éminentes et qui peuvent faire partie de cette liste. »

… mais le Belge Charles Michel a plus la cote apparemment

L’hôte de l’Elysée fait un éloge particulièrement appuyé du Premier ministre belge, Charles Michel.

« Ses qualités comme son parcours le qualifient totalement pour faire aussi partie des personnes qui pourraient avoir de légitimes ambitions européennes. […] Sur le dossier migratoire et sur la relation avec l’Afrique, qui sont pour moi un sujet essentiel, et sur les sujets de coopération en matière de sécurité, de la zone euro et de la solidarité à l’intérieur de cette zone, sur la politique climatique, nous avons une ambition commune, une vraie communauté de vues. »

C’est normal, on est dans un journal belge. Un quotidien portugais l’aurait interrogé, on aurait sûrement eu un hommage appuyé à Antonio Costa (socialiste). Mais de façon objective, le dirigeant belge réunit plusieurs des critères susmentionnés (2) : légitimité européenne, majorité de progrès, expérience, jeunesse, …

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un critère suivi inexorablement depuis plus de vingt ans : le Luxembourgeois Jacques Santer en 1994, l’Italien Romano Prodi en 1999, le Portugais José-Manuel Barroso en 2004 et 2009, et à nouveau un Luxembourgeois Jean-Claude Juncker en 2014, étaient tous d’anciens Premiers ministres.

(2) Le dirigeant belge a un handicap, son alter ego au sein du Mouvement réformateur (les libéraux belges), Didier Reynders, qui est candidat au poste de secrétaire général du Conseil de l’Europe. Cela pourrait faire un peu beaucoup… A moins que les deux rivaux de toujours aient choisi d’exporter leurs rivalités sur le terrain européen.

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Deux outils de gestion de crise à l’extérieur

Wed, 22/05/2019 - 13:05

(B2) Le déploiement de la première opération extérieure de l’agence Frontex en Albanie n’est pas anodin. Ce n’est pas une simple évolution. C’est un peu plus

Policiers slovènes au premier plan, le directeur de l’agence Frontex Fabrice Leggeri à droite, en Albanie au lendemain de l’opération (crédit : Agence frontex)

Une perte de primauté extérieure pour la PSDC ?

Cette étape revêt, en effet, une grande signification politique au niveau des outils de l’Union européenne utilisés en matière de politique extérieure. Jusqu’à présent, la gestion de crise en matière de stabilisation ou de renforcement de l’Etat de droit en dehors de l’Union européenne était plutôt du domaine de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). L’Union européenne a ainsi déployé, sous ce vocable, des missions civiles d’assistance aux frontières en Libye (EUBAM Libya) ou des missions Etat de droit avec un volet frontières (EULEX Kosovo). Une mission mixte est aussi déployée en Ukraine et Moldavie, autour de la Transnistrie sécessionniste (sous contrat de la Commission européenne mais assimilable aux missions PSDC). EUBAM Moldova Ukraine est typiquement une mission de type Frontex.

Un subtil distinguo

Un subtil distinguo semble se dessiner aujourd’hui : les opérations de Frontex sont plutôt des missions de courte durée, de renfort et de sécurité intérieure, dans les pays du voisinage Balkans, tandis que les missions de la PSDC semblent être de plus longue durée, dans des pays ‘plus à risque’, où l’instabilité sécuritaire prime. Mais ce distinguo n’est indiqué nulle part. Et rien n’interdit de penser que ces missions pourraient aussi se déployer en Tunisie, au Liban… si la nécessité s’en fait sentir. Chacun pourra aussi se rappeler que ce sont dans les Balkans qu’ont démarré les missions PSDC…

Une coordination nécessaire

Il faudra bien veiller à ce qu’il y ait une bonne coordination entre les missions de sécurité intérieure, type Frontex, et les missions d’État de droit, type PSDC. Ce n’est pas une pure théorie : les deux structures vont se retrouver très rapidement dans la même zone, en Serbie (où EULEX est déployée de l’autre côté de la frontière, au Kosovo) ou en Bosnie-Herzégovine (avec EUFOR Althea).

Commentaire : une bonne nouvelle au final

Ces remarques mises à part, cette irruption de l’agence Frontex dans le champ ‘extérieur’ semble une bonne chose. Il est logique qu’un corps européen de garde-frontières projette son expertise là où il peut être le plus utile : le voisinage immédiat ou proche. Cela va sans doute obliger la politique de sécurité et de défense commune à recentrer ses activités sur son objectif primaire : la stabilisation de zones de crise, voire le maintien de la paix, dans des zones complexes, instables.

Une mission militaire ou civile de crise n’est pas faite pour se déployer dans un pays où on peut se promener dans les rues les mains dans les poches… ou faire ce que peuvent faire très bien une petite équipe de conseillers au sein d’une délégation (ambassade) de l’Union européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour : la partie ‘analyse’ a été détachée de l’article originel, pour plus de lisibilité, et complétée.

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Première opération extérieure de l’agence Frontex

Wed, 22/05/2019 - 12:44

(B2) Pour le corps européen de garde-frontières, plus connu sous son acronyme Frontex, c’est un peu une première aujourd’hui (22 mai), avec un premier déploiement hors des frontières européennes en Albanie

Policier européen déployé en Albanie (crédit Frontex)

L’agence européenne va déployer 50 agents, 16 voitures de patrouille et 1 véhicule équipé d’un appareil de vision thermique, venant d’une douzaine d’États membres de l’UE. Des moyens qui viennent des pays voisins (Autriche, Croatie, Roumanie et Slovénie) bien sûr mais aussi d’ailleurs. Ont ainsi contribué des pays du Nord-est de l’Europe (Lettonie, Estonie, Finlande), de l’Est (Pologne, Tchéquie), la France, l’Allemagne et les Pays-Bas.

Sécuriser la frontière albanaise

Objectif, comme le précise son directeur, Fabrice Leggeri : « aider l’Albanie en matière de contrôle aux frontières et de lutte contre la criminalité transfrontalière ». « Nous ouvrons un chapitre entièrement nouveau dans notre coopération avec l’Albanie et avec l’ensemble de la région des Balkans occidentaux en matière de migration et de gestion des frontières » a indiqué de son côté, dans un communiqué, le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos.

Des opérations à venir dans la zone Balkans

C’est la première opération conjointe des garde-frontières européens sur le territoire d’un pays non membre de l’UE, mais certainement pas la dernière. Elle symbolise le passage d’une étape pour l’agence de garde-frontières. L’agence intervenait déjà en renfort des États membres, mais exclusivement sur le territoire de ces derniers. Désormais, elle pourra intervenir en dehors. Ces interventions auront lieu, pour l’instant, uniquement dans les pays du voisinage des Balkans. Outre l’Albanie, des accords ont déjà été signés ou sont en passe de l’être avec la plupart des pays de la région (Serbie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord). Des accords permettant le déploiement de policiers et garde-frontières européens, à la demande de ces pays, sur des tâches bien assignées et une durée limitée.

La souveraineté albanaise préservée

Soyons précis : les garde-frontières européens n’ont pas de mandat exécutif. C’est l’Albanie qui reste « responsable en dernier ressort de la protection de ses frontières ». Le corps européen de garde-frontières et de garde-côtes est seulement là pour « lui prêter soutien et assistance en matière tant technique qu’opérationnelle » ainsi que le précise l’agence Frontex. Mais les Européens ne resteront pas juste dans des bureaux. Ils seront là aux frontières « pour aider leurs collègues albanais à effectuer des vérifications aux points de passage frontaliers, par exemple, et à empêcher les entrées non autorisées ». Précision supplémentaire apportée par l’agence Frontex : « Toutes les opérations et tous les déploiements à la frontière entre l’Albanie et la Grèce seront effectués en plein accord avec les autorités albanaises et grecques ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire commentaire : deux outils de gestion de crise à l’extérieur

Mis à jour : la partie ‘analyse’ a été complétée et fait l’objet d’un article à part pour plus de lisibilité

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(B2 Pro) Les drones américains Reaper, incontournables dans les opérations européennes

Wed, 22/05/2019 - 10:52
(B2) Les drones se sont imposés dans les conflits contemporains. Largement utilisés par les Américains, ils servent désormais aussi bien au renseignement qu’à la destruction d’objectifs. Faute de parvenir à développer leurs propres machines, les Européens ont été contraints de suivre le mouvement et de s’approvisionner en Reaper, seul engin au monde à offrir un […]

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(B2 Pro) Un amiral français nommé chef de l’état-major de l’Union européenne

Wed, 22/05/2019 - 02:50
(B2 - exclusif) C'est un nom bien connu des lecteurs de B2 qui va prendre la direction générale de l'état-major de l'Union européenne (EUMS ou EMUE), l'amiral Hervé Bléjean. Il va remplacer le général finlandais Esa Pulkkinen nommé en mai 2016. C'est un retour de la France à un poste de premier plan de la […]

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(B2 Pro) Focus sur le conseil de la Défense (14 mai 2019)

Tue, 21/05/2019 - 22:00
(B2) Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des 28 se sont retrouvés à Bruxelles mardi (14 mai). La coopération avec le G5 Sahel a retenu toute leur attention. Et les sujets habituels d'un Conseil défense (capacités, opérations, partenariat) se sont résumés à un état de la mise en œuvre de la PESCO […]

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(B2 Pro) En 2030, quel avenir pour l’Europe ? S’investir davantage dans le monde répondent les chercheurs

Wed, 24/04/2019 - 14:00
(B2) L’exercice de la prospective stratégique est toujours délicat. Les chercheurs des différentes institutions européennes, regroupés au sein de ESPAS (1) s'y sont essayés. Le résultat mérite le détour Une force de proposition, plutôt que d'inquiétude Dès l’introduction de cette étude, les auteurs (1) notent que les exercices de prospective sont souvent pessimistes… et pas […]

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La base de Florennes se fait belle pour l’arrivée de ses premiers F-35 belges

Wed, 24/04/2019 - 10:30

(B2 à Florennes) L’arrivée programmée du F-35A, le nouvel avion de combat de la Belgique, va impliquer des changements majeurs, à la fois en infrastructures et en recrutement, pour la force aérienne belge. A commencer par la base aérienne de Florennes qui va accueillir l’appareil américain

Le général F. Vansina (au premier plan) avec le ministre de la Défense Didier Reynders (au micro) (crédit : Mil.Be / Erwin Ceuppens)

« La sécurité va être augmentée avec l’arrivée des F-35 » indique un militaire à un petit groupe de journalistes, qui a ‘oublié’ de s’inscrire à l’avance. D’emblée, le ton est donné. Les premiers F-35A arriveront « en 2025 » à Florennes *, une des principales bases aériennes belges, située à quelques km de la frontière française, dans ce qu’on appelle l’entre Sambre-et-Meuse. Tandis que les 4 drones Reaper MQ-9B SkyGuardian arriveront en 2023.

Un défi ‘structures’ et personnel

L’arrivée de ces appareils made in US représente un « défi » note le ministre de la Défense Didier Reynders. L’arrivée de ces nouveaux outils nécessite « de gros travaux d’investissement » pour aménager la base en conséquence. Il nécessite également de nouveaux recrutements : de l’ordre « d’une centaine par an » sur la seule base de Florennes.

Durcir la base

Un « Special Access Program » va être mis en place pour assurer une sécurisation accrue du site. L’idée est de créer de nouveaux bâtiments qui vont abriter le cœur du système des F-35 : les simulateurs de vol et la maintenance. On ne reprend pas un bâtiment ancien. « Les contraintes en matière de sécurité sont telles que l’on ne peut construire que du neuf » nous explique le général Frederik Vansina, chef de la composante aérienne belge. Les Américains ont exigé des mesures drastiques pour éviter toute possibilité de ‘pillage’ de leur nouvel avion.

300 millions d’euros pour les infrastructures au minimum

La clôture extérieure va ainsi être renforcée. Une clôture sera installée autour de chaque installation à l’intérieur de la base. Il n’est pas question d’avoir une irruption d’activistes pacifistes comme la dernière fois à Kleine Brogel. Ces travaux s’étaleront sur plusieurs années. Ils devraient, idéalement, être finalisés en 2026. Montant prévu pour les infrastructures : 300 millions d’euros, au bas mot.

Le club F-35 prend le relais du club F-16

La Belgique n’est pas seule dans ce ‘challenge’. Six pays en Europe ont déjà adopté le F-35, notamment les Pays-Bas et le Danemark, et ont dû procéder à des travaux identiques. Un atout pour la Belgique car ce sont les « partenaires habituels » de la Belgique. « On peut parler d’une standardisation autour de cet appareil » argumente le général belge. Si les techniciens seront formés aux États-Unis, en Floride, la création d’un « centre européen » est une idée sur la table…

(Coline Traverson, st., révision : NGV)

* D’autres seront stationnés à partir de 2027 sur la base de Kleine Brogel

Des équipements plus performants

Le F-35 est un avion de cinquième génération avec une durée de vie de « 40 à 50 ans » et une capacité de « fusionner les données ». Un vrai « Iphone volant » vante le général Frederik Vansina, pas peu fier des dernières acquisitions. Les données de vol seront donc « disponibles sur un seul et même écran et analysées » alors qu’elles sont, aujourd’hui, compartimentées. Cette liaison permanente des données et la « furtivité » de l’appareil sont une vraie nouveauté par rapport au F-16. Quant aux MQ-9B Sky Guardian (deux appareils et deux stations au sol), construits par General Atomics, il sont plus puissants que les anciens modèles avec « 40 heures d’endurance ». Et, pour la première fois, ils pourront « évoluer dans le même espace aérien que les appareils civils » car ils seront équipés d’un radar spécifique dans leur nez.

 

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(B2 Pro) Carnet (24.04.2019). Confidentiels (Concept C2). Défense (Mirages grecs). Diplomatie (Sri Lanka attentats, Iran JCPOA, Ukraine présidentielle, Chypre négociations, Multilatéralisme). Pouvoirs (Brexit Pelosi). Elections 2019 (Allemagne, Merkel)...

Wed, 24/04/2019 - 09:39
(B2) Parus récemment : (blog) Les pirates repartent à l’attaque. Un bateau-mère stoppé plein net dans l’Océan indien Il est temps de légiférer sur la sécurité de l’information (K. Karins) Une politique étrangère qui peine à être commune ? Retour sur trois cas, très différents, de blocage (blog) La politique étrangère doit-elle être à voix […]

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Les pirates repartent à l’attaque. Un bateau-mère stoppé net dans l’Océan indien (V2)

Tue, 23/04/2019 - 21:45

(B2) La frégate espagnole ‘Navarra’ (F-85), le navire amiral de l’opération européenne de lutte contre la piraterie dans l’océan Indien (EUNAVFOR Atalanta), a intercepté, ce mardi (23 avril), un bateau de pêche yéménite utilisé par des pirates somaliens, a annoncé le QG de l’opération Atalanta basé à Rota (Espagne).

Le bateau mère utilisé par les pirates et ses deux skiffs (crédit : EUNAVFOR Atalanta)

Un dhow yéménite détourné

Tout avait commencé en fait quatre jours plus tôt, vendredi (19 avril). Cinq pirates somaliens détournent alors un boutre de pêche yéménite dénommé ‘Al Azham‘ dans les eaux territoriales somaliennes près de la ville de Adale (ou Cadaley). A bord du dhow, les pirates mettent ensuite le cap sur la côte somalienne. Destination : un camp de base des pirates. Là, ils complètent leur équipage avec des membres supplémentaires, selon les informations obtenues par B2.

Deux navires de pêche attaqués dimanche

Avec ce renfort, les pirates reprennent alors la mer, en chasse de navires. Deux jours plus tard, dimanche (21 avril), ils lancent leurs deux skiffs vers un navire de pêche, battant pavillon sud-coréen FV Adria. Le thonier espagnol FV Txori Argi, basé à Bermeo (pays Basque), qui opère dans les environs à ce moment-là, se rapproche alors du FV Adria pour lui proposer son aide. Les navires mettent en œuvre plusieurs manœuvres de diversion — issues des ‘bonnes pratiques’ contre la piraterie. L’action combinée dure environ une heure.

Un tir au lance roquette ?

Pour en finir, les skiffs pirates tirent sur deux navires « à l’aide de ce qui semblait être une grenade d’un lance-roquettes » précise-t-on au QG d’Atalanta. Les équipes de sécurité armées privées (PAST) à bord des deux navires de pêche répliquent. Les skiffs attaquants n’attendent pas leur reste et prennent le large. Mais ils n’abandonnent pas pour autant leur chasse. Un autre navire de pêche, le FV Shin Shuen Far 889, a ainsi signalé avoir été approché par deux skiffs, à 280 nautiques, au large des côtes somaliennes, au sud-est de Mogadiscio. Les skiffs attaquants se sont retirés lorsque l’équipe de sécurité à bord a montré le bout des armes, avec tirs de sommation à l’appui.

En l’air et sur mer

Un avion de surveillance P3 Orion C de la marine allemande, basé à Djibouti, décolle alors pour se rendre sur la zone de l’attaque afin de pouvoir localiser les attaquants. Le contre-amiral Ricardo A. Hernández López ordonne aussi à la frégate Navarra, qui était alors au port de Mombassa, de lever l’ancre et rejoindre au plus vite la zone, pour participer aux opérations de recherche et d’interception. Opération couronnée de succès.

23 otages libérés, cinq suspects arrêtés

Les 23 otages (l’équipage du bateau yéménite) et le navire sont libérés. « Sains et saufs » précise-t-on au QG d’Atalanta. Et cinq suspects pirates sont appréhendés. On ignore encore, si certains ont été blessés durant l’attaque (1). Et leur sort futur, notamment s’ils seront remis devant une juridiction. Cette question pourrait être tranchée prochainement (2). « L’opération est toujours en cours » indiquait l’état-major de l’armée espagnole ce mardi un peu avant 18h.

Une piraterie qui n’est pas éradiquée

« Le démantèlement d’un groupe de pirates, la libération d’un boutre détourné comme l’attaque de deux navires de pêche, montre que la piraterie dans les eaux somaliennes n’est pas éradiquée » a commenté mercredi matin (24 avril) le contre-amiral Antonio Martorell, commandant de l’opération EUNAVFOR Atalanta. « [Nous] continuerons à agir avec détermination pour contrer ce business ».

The dismantling of the Pirate Group, after the release of the hijacked dhow from which they had carried out attacks on 2 fishing vessels, shows piracy in the waters of Somalia is not erradicated. EUNAVFOR Atalanta will continue acting with determination to counter this matter. pic.twitter.com/defqZN9RnN

— Rear Admiral Antonio Martorell (@OpComd_EUNAVFOR) 24 avril 2019

Commentaire : Le nouveau dispositif de commandement testé

C’est la première attaque, sorte de test grandeur nature pour le nouveau QG européen basé désormais en Espagne (lire : Opération Atalanta : Rota prend le commandement). Cela faisait bien longtemps que la force navale européenne n’avait pas saisi et arrêté des pirates sur le fait. La dernière attaque recensée date d’octobre 2018 selon la base de données ‘piraterie’ de B2 (lire : Un bateau pirate repéré par les forces d’Atalanta détruit près des côtes somaliennes). Mais à l’époque aucun navire n’avait été capturé ni poursuivi. Il faut remonter à novembre 2017 pour avoir une opération similaire combinée air + mer, ayant abouti à une arrestation (lire : Deux attaques pirates disséquées par le contre-amiral Pérez de Nanclares de Badajoz).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Le nombre exact de pirates à bord reste encore à éclaircir : cinq pirates ont en effet attaqué le dhow yéménite. Mais ils ont bénéficié d’un renfort en personnel, ensuite. Et pour partir à l’attaque à bord de deux skiffs, sans compter la garde du dhow, les pirates auraient dû au moins être au total une petite dizaine, selon la ‘norme’ de piraterie.

(2) Si le thonier basque a été victime d’un tir, la justice espagnole pourrait être saisie, voire la justice sud-coréenne, comme cela a été le cas dans le passé. Mais il faudra avoir suffisamment de preuves et de lien avec le pays concerné pour effectuer le transfert. Sinon ils pourraient être transférés en Somalie. Ce qui est plus compliqué.

Mis à jour le 24.2 9h30 et 10h30 avec détails sur l’attaque + déclaration du commandant d’opération

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(B2 Pro) Il est temps de légiférer sur la sécurité de l’information (K. Karins)

Tue, 23/04/2019 - 11:11
(B2 à Strasbourg) Pour le Premier ministre letton, la menace majeure en terme de sécurité n'est plus militaire mais porte sur l'information.  Krišjānis Kariņš était le vingtième et dernier chef d'État ou de gouvernement à se prêter au débat sur l'avenir de l'Europe avec les députés du Parlement européen, ce mercredi 17 avril 2019. Un hémicycle qu'il […]

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(B2 Pro) Une politique étrangère qui peine à être commune ? Retour sur trois cas, très différents, de blocage

Tue, 23/04/2019 - 09:15
(B2) Coup sur coup, au sortir de l'hiver 2019, les '28' n'arrivent pas à définir une position commune, sur trois sujets aussi différents que les relations avec les pays arabes, le Venezuela ou le traité INF. Le 4 février devient un 'lundi noir' pour la diplomatie européenne. Une panne symptomatique de la machine à définir […]

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La politique étrangère doit-elle être à voix unique ?

Mon, 22/04/2019 - 17:03

(B2) Peut-on avoir une politique étrangère décidée à la majorité qualifiée ? Cette proposition faite par la Commission Juncker en septembre dernier parait enterrée. A juste titre

(crédit : MOD Pays-Bas, février 2016, archives B2)

Une idée séduisante… sur le papier

L’objectif de la proposition Juncker (lire : La Commission propose de révolutionner la politique étrangère de l’UE : abandonner l’unanimité) était de résoudre certains blocages en série constatés récemment avec un ou deux pays en position d’opposition systématique pour des raisons qui semblaient peu liées au fond de la politique étrangère, mais à d’autres sujets. La position de Budapest, notamment, qui pose souvent un veto à des conclusions dès que le mot ‘migrations légales’ apparait, a beaucoup irrité au Berlaymont (lire : La Hongrie bloque le mandat de négociation sur le post Cotonou. Les Européens maugréent). Cette proposition est intéressante car elle permettrait aussi de rendre un peu plus commune la politique étrangère. D’un point de vue de la technique politique, le grand intérêt de la majorité qualifiée est … de ne pas être utilisée. Les États membres sont plus enclins au compromis, sachant qu’ils ne peuvent mettre un veto à une décision. Tandis que l’unanimité pousse plutôt les États récalcitrants à durcir leur position, sachant que la menace même du veto, sans être utilisée, est déjà suffisante pour éviter d’adopter une position. La politique étrangère se décide en effet généralement par consensus, sans avoir vraiment recours au vote. Quand une ou plusieurs oppositions sont détectées, on essaie généralement de résoudre le problème, plutôt que de passer à la confrontation.

Une politique difficilement partageable

Ces qualités sont indéniables. Mais elles reposent sur un fondement erroné. Il n’y a pas aujourd’hui une politique étrangère de l’Union unique et commune à tous les pays membres, mais ’28’ politiques étrangères propres à chaque pays à laquelle s’ajoute une politique étrangère qui leur est commune sur tous les points où ils peuvent trouver un accord. Même les positions communes cachent bien souvent des divergences importantes, structurelles, qui ne peuvent être résolues par une simple technique de vote. La politique étrangère est en effet la résultante de l’histoire d’un pays (1), de son positionnement par rapport à ses voisins (2), par rapport au monde (3). Elle est souvent si consubstantielle à l’existence même d’un pays, à son ciment intérieur (4), à sa psychologie intime, qu’elle ne peut être imposée de ‘force’.

Une politique commune, pas unique

Cette position pourrait entraîner davantage de problèmes qu’en résoudre. Quel pays se laisserait aller à se rallier à une position commune qu’il ne partage pas ? On se heurterait très vite à des prises de position, plus ou moins publiques, pour indiquer que telle ou telle capitale ne partage pas la position commune adoptée. Le bien serait alors l’ennemi du mal, d’autant que plusieurs dispositifs permettent de rallier l’unanimité avec des oppositions (cf. encadré). La politique étrangère peut être commune, elle ne peut pas être unique.

Une politique commune forte de ses différences

L’Union européenne, au contraire, aurait intérêt à ‘cultiver’ ses différences, à en être fière même. C’est cela qui fait sa richesse et son rôle irremplaçable dans le monde. Toutes les autres ‘forces’ présentes dans le monde (USA, Russie, Chine, Japon, Inde…) sont représentées par des États, qui ont une politique unique, décidée de façon centrale, bien identifiée, même si elles oscillent parfois au gré de certains changements politiques. L’intérêt de l’Union européenne est de rassembler des pays qui ont de fortes différences, différences qui resteront et, malgré cela, de pouvoir parler d’une voix commune.

Pouvoir parler avec tout le monde

Certains sont de fidèles soutiens des Israéliens, depuis le début de la création de l’État hébreu, et d’autres plus proches des Palestiniens. Certains sont des ennemis déclarés de la Russie, d’autres ont sinon des affinités du moins du respect pour le gouvernement russe. Certains sont des amis de Juan Guaido au Venezuela, d’autres peuvent parler à Nicolas Maduro. Des gouvernements se retrouvent dans l’axe du gouvernement de Tripoli en Libye, d’autres dans celui du général Haftar. Au plus fort de la guerre en Syrie, quelques pays gardaient un lien officiel avec le gouvernement de Bachar, tandis que d’autres le combattaient, plus ou moins directement, etc. Le grand intérêt de l’Union européenne est de pouvoir ainsi, malgré toutes ses différences, parler d’une voix commune et… discuter avec tout le monde.

Un rôle inné pour les Européens

Les Européens auraient intérêt à ne pas passer leur temps à se chamailler pour savoir qui a raison, mais à se glorifier d’être le médiateur, le (ré)conciliateur de tous les conflits. L’Europe doit apprendre à prendre ses responsabilités et se proposer comme un intermédiaire, un ‘honnest broker‘ des crises qui l’intéressent au plus haut point. Être un héros du multilatéralisme ne signifie pas se réfugier derrière le soutien à un envoyé spécial de l’ONU. Cette position, trop souvent tenue par l’Union européenne aujourd’hui (5), apparaît en fait comme le ‘comble de la lâcheté’. L’Union européenne, forte de ses différences, doit prendre toute sa place dans le monde, prendre réellement à bras le corps certaines crises et être prête à assumer ses risques.

(Nicolas Gros-Verheyde)

D’autres dispositifs

Le Traité prévoit en matière de politique étrangère un dispositif spécifique : l’abstention constructive. Un État montre son désaccord, mais n’empêche pas l’adoption d’une position ou d’une stratégie commune. Elle peut aussi se manifester par une déclaration qui est jointe normalement au procès-verbal de discussion. C’est une pratique possible qui pourrait être développée. Rien n’empêcherait de mentionner cette déclaration, en bas de la position commune, de façon claire, transparente, voire publique. Une petite note de bas de page, dans une déclaration commune, mentionnant que tel pays a un ‘problème’ particulier avec tel paragraphe de la position.

  1. Les divisions anciennes entre pays ‘colonialistes’ et pays anti-colonialistes, entre pays ‘interventionnistes’ et ‘non-interventionnistes’, ‘commerçants’ ou ‘militaristes’ ressurgissent souvent.
  2. Chypre – Turquie, Pays baltes – Russie, Espagne – Maroc, etc.
  3. Les relations étroites entre l’Irlande et les USA, ou entre Malte et la Libye, etc.
  4. La neutralité ou le non-alignement de certains pays (Autriche, Irlande…) par exemple.
  5. Syrie, Libye, Yemen, Birmanie… les exemples sont nombreux

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Un camp militaire malien attaqué. Des casques bleus également

Mon, 22/04/2019 - 11:00

(B2) Onze soldats maliens et 15 assaillants sont morts suite à l’attaque d’un camp des forces armées maliennes à Guiré, dans la région de Koulikoro, à environ 360 kilomètres de la capitale Bamako, dimanche 21 avril, a confirmé le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, lors du point de presse. La veille, samedi (20 avril), c’était un convoi de Casques bleus qui avait été attaqué dans la région de Mopti sur l’axe Douentza-Boni. Une attaque à l’engin explosif improvisé. Au bilan : un soldat de la paix égyptien a été tué et quatre autres blessés. Les militaire de la MINUSMA « ont riposté, tuant un assaillant et réussissant à en appréhender huit autres ».

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(B2 Pro) Le mécanisme Instex de troc avec l’Iran (fiche)

Sat, 20/04/2019 - 14:27
(B2 Pro) Le SPV (Special Purpose Vehicle), le fonds spécial de créances, a été créé par les Européens début 2019. Objectif : contourner les sanctions américaines pour permettre de payer les contrats conclus avec l'Iran hors de la zone Dollar. Grâce à un système de troc Les trois principaux pays européens, partenaires de la négociation sur […]

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