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B2 Le Blog de l'Europe géopolitique. Actualités. Réflexions. Reportages
Updated: 2 months 1 week ago

[En bref] La réserve d’EUFOR Althea déployée en Bosnie-Herzégovine

Fri, 10/05/2024 - 09:49

(B2) Depuis le 22 avril, le bataillon multinational de la Strategic Reserve Force est déployé à Orasje (nord de la Bosnie-Herzégovine).

Des patrouilles dans les villages et des entraînements

Formés d'éléments français, roumains et italiens, ils vont patrouiller durant plusieurs semaines, à bord de véhicules blindés légers (VBL), en zone urbaine et dans les campagnes. Cet exercice a deux objectifs officiellement : premièrement, « aller à la rencontre de la population locale pour expliquer les missions de EUFOR », deuxièmement : effectuer avec l’armée de Bosnie-Herzégovine des exercices en commun, de tirs notamment.

Préserver la stabilité dans les Balkans

Au-delà de ces objectifs assez banaux en soi, ce déploiement exceptionnel a surtout une vertu stratégique : rappeler la présence militaire européenne de stabilisation du pays pour éviter les tentations sécessionnistes surtout du côté de la Republika Sprska. La décision avait été prise par les ministres des Affaires étrangères des 27, lors d'une réunion d'urgence, le 25 février 2022, au lendemain de la décision russe d'intervenir militairement en Ukraine. À titre de précaution. « Nous allons assister à des provocations dans les Balkans », avait averti le haut représentant de l'UE, Josep Borrell, qui présidait la réunion.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Categories: Défense

[Actualité] Relève en mer Rouge pour l’opération Aspides

Mon, 06/05/2024 - 07:47

(B2) La frégate belge Louise-Marie a enfin rejoint l'opération européenne déployée en mer Rouge samedi (4 mai). Le QG de l'opération Aspides vient de le confirmer. Ce qui permet de disposer d'au moins trois navires sur zone. Ce qui n'était plus le cas depuis plusieurs semaines après le départ des frégates française et allemande. 

Une arrivée quelque peu retardée

Partie le 10 mars de Zeebruge, la frégate belge aura mis quelque temps à rejoindre sa zone d'opération. Avant l'engagement même, l'équipage et la frégate étaient restés en Méditerranée pour s'entraîner. Mais début avril, l'état-major indique que la période d'entrainement serait prolongée. « Les entraînements et tests techniques n'ont pas donné entière satisfaction » indiquait-il dans un communiqué adressé à l'agence Belga. « Les manquements identifiés font actuellement l'objet d'analyse et de mesures correctives seront prisent en vue de l'engagement de la frégate vers sa zone d'opération ». Les anomalies étant résolues, au bout de plusieurs longues semaines, la frégate est entièrement opérationnelle.

Pas d'hélico à bord

Malgré la possibilité pour la frégate d'accueillir un hélicoptère, celle-ci n'en sera pas dotée. « Après une analyse approfondie, il a été décidé que le déploiement d'un NH90 à bord de la frégate Louise- Marie n'était pas nécessaire » selon la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, répondant à une séance de questions-réponses à la Chambre. La marine belge dispose d'un seul hélicoptère NH90 en service ! La frégate sera en revanche dotée d'un dispositif anti-drones. « Des systèmes de défense supplémentaires contre les aéronefs et les appareils de surface de petite taille et sans pilote ont été acquis en collaboration avec les Pays-Bas » indique la ministre.

Deux frégates FREMM, italienne et française

Le navire italien ITS Caio Duilio, navire amiral de l'opération a été relayé par la frégate ITS Virginio Fasan (F591). Tandis que la frégate française Lorraine vient remplacer la frégate française Alsace, rentrée un peu plus tôt que prévu à Toulon, début avril, faute de munitions. Deux frégates sœurs de type FREMM, frégates multi-missions. Le navire néerlandais, le Karel Doorman, qui doit arriver début mai, assurera le soutien et le ravitaillement des navires européens engagés dans Aspides comme des navires américains ou britanniques de l'opération Prosperity Guardian (lire : [Actualité] Les Pays-Bas vont déployer un navire logistique en mer Rouge en soutien à l’opération Aspides).

Pas de frégate allemande

La frégate allemande Hessen présente dans l'opération depuis février a terminé sa mission le 20 avril dernier. Mais n'a pas été remplacée immédiatement. Une nouvelle frégate allemande, le Hamburg, va prendre le relais dans l’opération Aspides. Mais uniquement à partir de début août.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

Categories: Défense

[A lire] La défense européenne à l’heure de la guerre d’Ukraine. Des tabous tombent

Sun, 05/05/2024 - 09:40
(B2) Le 24 février 2022 restera dans les mémoires. Un moment clé de l'histoire européenne qui a engendré nombre de changements. Une petite révolution. Du temps de la quiétude au temps de l'inquiétude, comment s'est adaptée l'Europe ? Notre dernier manuel fait le tour du sujet.

L'intervention militaire massive russe le 24 février 2022 en Ukraine est un choc pour la défense et pour l'Union européenne. Incontestablement, il y aura un avant « 24 février » et un après « 24 février ». Non sans surprise pour certains peu connaisseurs de l'esprit national ukrainien, Kiev résiste face aux troupes russes. Et l'Europe se range, en bloc, derrière la bannière bleue et jaune de l'Ukraine. De façon unie, solidaire, et sans barguigner. Un à un, les tabous tombent. Les Européens décident de réinvestir dans la défense. Ensemble, ils fournissent un soutien militaire et financier conséquent à l’Ukraine et mettent en place un dispositif inégalé de sanctions. La défense devient une priorité. La Russie, hier partenaire, devient adversaire.

Cet ouvrage de 250 pages est conçu selon la méthode habituelle de B2 : lisible par tous, précis, sourcé et annoté. Il parcourt quelques unes des principales évolutions stratégiques : la semaine qui a révolutionné l’Europe, le défi de l’unité, la transformation stratégique du continent, le retour en force de l’OTAN. Il raconte comment des mesures exceptionnelles ont été mises en place : le fonds d’assistance pour l’Ukraine, le plan munitions, l'effort de défense, les engagements de sécurité, l’assistance financière, la réutilisation des avoirs immobilisés russes, les paquets de sanctions, l'aide aux réfugiés, les réseaux de transport et les corridors de solidarité.

Tout n'est pas rose cependant. L'Europe subit quelques déboires notoires, particulièrement en Afrique. Le refus d'une bonne partie de l'Afrique de se ranger aux côtés de l'Ukraine illustre les limites de l'outreach européen. L'offensive méthodique de la Russie contre la présence militaire européenne et française, et plus largement de son influence diplomatique, au Sahel et en Afrique centrale, aboutissant à l'éviction de cette zone pourtant investie à grands renforts de millions d'euros et de milliers de militaires investis sur le terrain. Derrière les apparences d'unité entre les Alliés, se cachent aussi de sévères rivalités entre OTAN et Union européenne, il y a plus qu'un zeste de divergence. Entre Européens et USA également. Entre France et Allemagne surtout.

Sortie prévue : 1er juin 2024

Une vingtaine de chapitres, intertitrés pour faciliter la lecture, avec les habituelles références utiles (plus de 400 notes), commentaires et anecdotes qui sont la touche habituelle de B2. Le tout préfacé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et Josep Borrell. À quelques encablures des élections européennes et de l'été, une lecture indispensable. Vous pouvez d'ores-et-déjà réserver un (ou plusieurs exemplaires) au prix spécial adhérent/abonné de B2. Ils vous seront livrés directement dès l'impression des livres

(Nicolas Gros-Verheyde)

« La défense européenne à l'heure de la guerre en Ukraine. Des tabous tombent », Nicolas Gros-Verheyde, préfaces : Ursula von der Leyen et Josep Borrell, 252 pages, 25 euros, Éditions du Villard, collection Manuel.

A commander sur le site des Éditions du Villard

Categories: Défense

[Actualité] Les attaques des Houthis continuent. Deux navires marchands atteints légèrement en mer Rouge. Un autre visé en plein Océan indien

Sun, 05/05/2024 - 08:25

(B2) Ces derniers jours, les attaques des Houthias n'ont pas cessé. Un pétrolier britannique et un cargo grec ont été atteints. Avec des dégâts mineurs. Un porte-container britannique a été visé en plein océan indien. Les forces américaines et européennes ont répliqué détruisant plusieurs drones.

Un pétrolier britannique transportant du pétrole russe

Vendredi 26 avril, à 18h00 (heure locale), deux missiles anti-navires ont atteint un pétrolier, le Andromeda Star, un navire propriété britannique (enregistré aux Seychelles) et battant pavillon panaméen, à 14 nautiques au sud-ouest d'Al Mukha, en mer Rouge. Il transportait une cargaison de pétrole venant de Russie vers l'Inde. Attaque revendiquée par les Houthis. « Nos forces navales ont pris pour cible (vendredi) un navire pétrolier britannique, l'Andromeda Star, en mer Rouge, avec plusieurs missiles  et l'ont directement atteint », a déclaré le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Sarea, sur la chaîne de télévision al-Masirah.

Un autre missile tombe en mer à proximité du navire marchand Mv Maisha, navire battant pavillon d'Antigua et Barbuda et opéré par une société basé au Liberia. Sans dégât pour l'équipage, selon des sources américaines.

NB : il sera intéressant de préciser si ce navire britannique a bien respecté les conditions de l'embargo fixé par les pays duG7 (dont le Royaume-Uni) sur l'exportation de pétrole russe. Les conditions de son immatriculation aux Seychelles, fin 2023, avaient peut-être pour objectif d'échapper aux sanctions britanniques contre la Russie.

Un porte-containers visé en mer d'Arabie

Une autre attaque a eu lieu, le même jour. Mais, cette fois, en plein Océan indien. Elle vise dans la nuit du 26 avril au 27 avril, vers 1 heure du matin (heure locale), le MSC Orion, un porte-containers battant pavillon portugais, propriété de Zodiac Maritime, une société basée au Royaume-Uni, mais propriété de l'homme d'affaires israélien Eyal Ofer, établi à Monaco. L'attaque a lieu à 170 nautiques au sud de l'île yéménite de Socotra, à 300-400 nautiques des côtes somaliennes (à hauteur de Eyl au Puntland), selon le centre de surveillance maritime britannique UKMTO. Un autre navire de la même compagnie, le MSC Aries, avait déjà été saisi par les gardiens de la révolution iranien, le 13 avril dernier.

NB : cet incident prouve que les Houthis enclenchent un autre type d'action, visant des navires en haute mer, avec des missiles plus performants, d'une portée de plusieurs centaines de km. L'incident était en effet hors de la zone habituelle (mer Rouge ou golfe d'Aden à proximité des côtes yéménites). Pour autant, ce n'est pas tout à fait le premier incident hors de la zone habituelle. Un navire marchand avait rapporté une explosion au large du navire, à tribord, alors qu'il était en plein Océan indien, un peu plus à l'est de l'île de Socotra, le 15 mars dernier. Sans dommage .

Un navire grec atteint

Lundi (29 avril), entre 10h02 et 17h30 (heure locale), un cargo grec battant pavillon maltais, le MV Cyclades, est la cible de trois missiles anti-navires et trois drones tirés depuis le Yémen, selon le commandement américain US CentCom. Quelques dégâts légers, le navire peut poursuivre sa route.

Selon certaines informations maritimes, les missiles se sont abîmés en mer. Un des drones est abattu, apparemment par la frégate italienne ITS Fasan, qui était en mission de protection rapprochée d'un navire marchand. La frégate a « repoussé avec succès plusieurs attaques venant des territoires contrôlés par les Houthis au Yémen. Au cours de cette opération de protection, ITS FASAN a abattu un drone avec son canon de 3 pouces » indique le QG de la mission maritime européenne EUNAVFOR Aspides.

Un peu plus tôt dans la même journée, à 07h49 (heure locale), un drone Houthi est abattu alors qu'il se dirigeait en direction de deux navires américains, l'USS Philippine Sea et l'USS Laboon, précise le commandement américain.

Plusieurs autres incidents dans les derniers jours

Jeudi (25 avril), la frégate grecque Hydra, qui opère dans le cadre de l'opération EUNAVFOR Aspides, en protection d'un navire marchand dans le Golfe d'Aden, repère deux drones représentant « une menace imminente pour la liberté de navigation » selon le QG d'Aspides. Le premier drone a été abattu, tandis que le second a changé de cap.

Dimanche (28 avril), dans la nuit entre 1h48 et 2h27 (heure locale), cinq drones sont repérés au-dessus de la mer Rouge et abattus par un navire américain.

Mardi (30 avril), vers 13h52 (heure locale), un navire de surface sans équipage (USV) est détruit par les forces américaines.

Jeudi (2 mai), vers 14h (heure locale), un drone est détruit annonce le commandement US (CentCom).

Vendredi (3 mai), une frégate française (la Lorraine) s'interpose « pour protéger un groupe de trois navires marchands » qui remontent dans le détroit de Bab El Mandeb vers le nord, indique l'état-major des armées, le 4 mai au matin. Un drone kamikaze est intercepté et abattu par la frégate « avant qu'il n'atteigne sa cible ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Categories: Défense

[Editorial] Incapables d’assurer la défense antiaérienne de l’Ukraine. L’OTAN une puissance de l’impuissance ?

Thu, 18/04/2024 - 16:45

(B2) Le président ukrainien V. Zelensky et les Ukrainiens ont raison d'être en colère. La lenteur du soutien européen, et surtout allié, à fournir à l'Ukraine de quoi défendre son ciel est patente. Et inadmissible. Car cette demande est connue depuis le début de la guerre.

Un besoin connu, répertorié, financé

Depuis le début, la défense anti-aérienne a constitué, une demande des forces ukrainiennes. La flotte aérienne ukrainienne ayant été clouée rapidement au sol. Il s'agissait en effet de pouvoir protéger les villes, les civils, les infrastructures critiques des bombardements russes. Dès la fin février, les Ukrainiens dans la liste transmise aux alliés mentionne (avec les armes anti-chars) la défense anti-aérienne (code ML4 dans la nomenclature d'armes de l'UE). Elle est incluse, dès le début, dans la première mesure de soutien prise par l'Union européenne le 27 février, quatre jours après le début du conflit (lire : [Confidentiel] Les besoins en armes de l'Ukraine. La liste de courses remise à l'UE) (1).

Une demande répétée à de multiples reprises

Tous les officiels ukrainiens, président, ministres comme haut gradés à leurs interlocuteurs, dans toutes les enceintes, sur tous les tons le disent. « Vous savez de quel type de systèmes de défense nous avons besoin. (...) J'ai un rêve. J'ai un besoin. Je dois protéger nos cieux. J'ai besoin de votre aide » supplie, quasiment à genoux, le président ukrainien V. Zelensky devant le Congrès US le 16 mars 2022 ! Le fameux « des armes, des armes, des armes » de Dmytro Kuleba prononcé devant les ministres des Affaires étrangères de l'Alliance le 5 avril 2022, résonne encore dans toutes les têtes (lire : L’objectif de l’OTAN : réarmer les Ukrainiens ! dixit Stoltenberg).

Un plan B

Cette demande constitue fait le plan B de la défense ukrainienne. Kiev demandait à l'origine une zone d'exclusion aérienne au-dessus de son territoire. Mais l'OTAN ne veut pas être impliquée « directement ». Jens Stoltenberg, le dit clairement par les ministres des Affaires étrangères de l'Alliance le 5 mars 2022. Le soutien des Alliés restera donc cantonné à « intensifier le soutien » en équipements de l'Ukraine et à défendre les Alliés, « notre tâche principale ». (lire : Guerre en Ukraine. L’OTAN se limitera à défendre ses États membres. Pas de no fly zone. Mais des avions ?).

Des Alliés confortables dans leurs pantoufles

Or, aujourd'hui, plus deux ans après, les Alliés ont échoué à fournir les équipements nécessaires en nombre suffisant. Certes le territoire ukrainien est vaste, ses villes nombreuses. Mais une telle impréparation, un tel manque de suivi des engagements est difficile à comprendre et à justifier. Si les préventions pour fournir à Kiev des avions est assez logique — vu la dimension militaire et symbolique —, fournir des armes de défense anti-aérienne n'emporte pas la même question idéologique et stratégiques. Quoi de plus défensif et de moins co-belligérant en effet qu'un système de défense anti-aérienne...

Israël et Ukraine, deux poids deux mesures ?

Même si les situations ne sont pas tout à fait comparables, on ne peut s'empêcher de comparer l'attitude alliée avec celle que viennent d'assumer trois des principaux membres de l'OTAN (USA, Royaume-Uni, France) en réponse à l'attaque iraniennes lancée contre l'État hébreu le dernier week-end. Certes la configuration du terrain légèrement différente (les drones iraniens devant traverser ou frôlant des territoires où ces alliés ont des forces prépositionnées). Certes Israël n'est pas l'Ukraine, doté depuis longtemps d'un dôme de fer. Mais V. Zelensky n'a pas tort quand il s'interroge pourquoi la protection d'Israël est plus chère aux yeux des occidentaux que celle de l'Ukraine (2). Pourquoi les Alliés n'ont pas livré à Kiev de quoi réaliser son dôme de fer ? Pourquoi n'utilisent pas les armes de défense anti-aérienne prépositionnées autour de l'Ukraine pour prêter main force à la défense ukrainienne ?

Arrêter de causer et agir

Cette inaction appelle plusieurs séries de questions. Où sont les États qui proclament, tous les jours, vouloir « fournir un soutien militaire durable aussi longtemps qu'il faudra » ? (3) Pourquoi n'ont-ils pas fourni ces équipements ? À défaut, pourquoi n'ont-ils pas été capables de les commander en nombre aux industriels ? À quoi ont servi les 35 milliards de dollars d'augmentation des budgets de la défense des Alliés en 2023 ? (4) Que fait cette Alliance atlantique qui affirme avoir l'expérience, au travers de son agence NSPA, « des procédures d'achat en commun », se vante de fixer des objectifs capacitaires, des normes », de disposer de plans de défense et d'objectifs capacitaires efficaces ? (5) Pourquoi a-t-il fallu attendre que Kiev demande formellement une réunion du Conseil OTAN-Ukraine pour convoquer celui-ci à cette fin ? (6) Etc.

Une OTAN Manneken Pis ?

Aujourd'hui, l'Union européenne, mais surtout l'Alliance atlantique — qui dispose de davantage de moyens en défense anti-aérienne — sont donc placées devant leurs propres contradictions. Soit ils avancent de façon décisive, audacieuse et déterminée en fournissant très rapidement (dans les jours et semaines qui suivent) les systèmes nécessaires à assurer la défense anti-aérienne à l'Ukraine (il en manque 25 selon V. Zelensky). Soit ils renoncent, continuent à s'occuper de petites choses » — comme habiller le Manneken-Pis à Bruxelles (7), faire des déclarations à l'emporte-pièces sur la nécessité d'avoir des troupes au sol en Ukraine ou faire quelques exercices de démonstration de force, bien tranquilles à l'abri de ses frontières, en pantoufles.

La puissance de l'impuissance

Si les Européens et Alliés ne sont pas capables, immédiatement, d'assurer le minimum (la protection des civils et infrastructures ukrainiennes), si l'engagement pris il y a deux ans par Jens Stoltenberg « de réarmer, de ravitailler les forces ukrainiennes » avec une « priorité aux [...] systèmes de défense aérienne » (8) n'est pas tenu aujourd'hui, ... ce serait non seulement une grave faillite morale et politique, mais un grave aveu d'impuissance. Et aux yeux du Kremlin, est un sacré aveu de faiblesse. Déjà mis à rude épreuve au Proche-Orient, l'Europe et les USA seraient alors en passe de devenir une puissance de l'impuissance.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Décision qui a une conséquence concrète. Tout pays qui fournit à Kiev un tel système d'armes a droit à un remboursement d'environ 40% du montant du système.
  2. Message quotidien à la nation de V. Zelensky le 16 avril 2024. Lire : [Actualité] Ukraine cherche désespérément Patriot et autres systèmes antiaériens. Une réunion de l’OTAN
  3. Cf. conclusions du Conseil européen du 30 juin 2023, formule classique reprise de sommet en sommet.
  4. Lire : année faste pour l'OTAN en 2023. Dépenses de défense en hausse).
  5. Propos du secrétaire général de l'OTAN, le 14 mars 2024, lors de la présentation de son rapport annuel.
  6. La réunion est (enfin) prévue ce vendredi (19 avril).
  7. Clin d'oeil au selfie de la directrice de la diplomatie publique, M. D. Besansenot, le 3 avril 2024, jour de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance.
  8. Propos du secrétaire général de l'OTAN, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance, le 8 avril 2022.

Categories: Défense

[Actualité] Le navire Abdullah et son équipage libérés. Contre une rançon

Mon, 15/04/2024 - 16:15

(B2) L'opération maritime militaire européenne au large de la Somalie a confirmé lundi (15 avril) la libération des 23 membres d'équipage du navire marchand Adbullah et du navire. Mais elle n'a rien précisé sur les conditions de cette libération.

Le navire Abdullah escorté par les navires européens (Photo : EUNAVFOR Atalanta)

Un vraquier du Bangladesh suivi à la trace par Atalanta

Ce navire qui transportait plus de 55 000 tonnes de charbon du Mozambique vers les Émirats arabes unis (1) avait été  capturé le 12 mars dernier (lire : [Actualité] Un navire bangladais piraté dans l’Océan indien. Ancré au large de la Somalie). Tout au long des 32 jours de captivité des marins, EUNAVFOR Atalanta « s'est activement engagée », assurant notamment la surveillance continue du navire, indique le QG de l'opération à La Rota.

Une rançon de cinq millions de dollars

Cette libération n'est pas inopinée. Les propriétaires bangladais auraient payé une rançon de 5 millions de dollars (environ 4,7 millions d'euros), indique l'agence de presse Reuters. « L'argent nous a été apporté il y a deux nuits. Comme d'habitude... nous avons vérifié si l'argent était faux ou non. Ensuite, nous avons divisé l'argent en groupes et sommes partis en évitant les forces gouvernementales », a déclaré Abdirashiid Yusuf, l'un des pirates à l'agence britannique.

Versée par avion

« Un avion a largué trois sacs remplis de dollars américains sur le navire » a précisé Fahmida Akter Anny l'épouse du capitaine du navire, Mohammed Abdur Rashid à l'Agence France Presse, repris par le Marin. « Les pirates nous ont appelés lorsqu'ils sont arrivés près des côtes somaliennes ». Et l'un d'eux parlait anglais, a confirmé dimanche Meherul Karim, PDG de KSRM aux journalistes à Chittagong, au Bangladesh. « Il a communiqué avec nous jusqu'à ce que nous finalisions les négociations », a-t-il ajouté. Ne voulant pas confirmer le montant de la rançon.

Une autre libération

Selon nos informations, un autre navire, le Al-Kambar battant pavillon iranien, capturé le 28 mars a été libéré également, peu de temps après sa capture.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. L'exportation du charbon somalien aux mains des terroristes d'Al Chabab est interdit par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies

Categories: Défense

[Actualité] Les Pays-Bas vont déployer un navire logistique en mer Rouge en soutien à l’opération Aspides

Sun, 14/04/2024 - 12:39

(B2) Le navire amphibie Zr.Ms. Karel Doorman va participer à l'opération européenne Aspides en mer Rouge de protection de la marine marchande dans le détroit de Bab-el-Mandeb et la mer Rouge.

Pour Aspides comme Prosperity Guardian

Début mai à mi août

Navire de soutien logistique, Zr.Ms.Karel Doorman (A-833) sera déployé de début mai à mi-août. Il permettra d'approvisionner en carburant, diverses fournitures les navires de l'opération européenne EUNAVFOR Aspides. Il sera équipé d'un centre médical, de Rôle 2, pouvant assurer les soins médicaux d'urgence et interventions chirurgicales. Le navire dispose d'un hélicoptère de transport Cougar pour ce type d'évacuations médicales. 

Un soutien à Prosperity Guardian

Les unités participant à l’opération Prosperity Guardian menée par les États-Unis pourront également y faire appel. C'est « une contribution supplémentaire à l'ordre juridique international et à la protection du transport maritime sur cette importante route commerciale » a mis en avant la ministre de la Défense, Kajsa Ollongren.

En dehors des zones à risque sauf si...

Le navire de soutien logistique opèrera « en dehors des zones à haut risque » indique-t-on côté néerlandais. S'il est néanmoins nécessaire de naviguer dans cette zone, il bénéficiera « du guidage et de la protection des autres navires de guerre ». C'est le second navire engagé par la marine néerlandaise dans la mer Rouge depuis le début des hostilités des Houthis

Un navire logistique

Rescapé des coupes budgétaires

Construit sur le chantier naval du Néerlandais Damen à Vlissingen (Pays-Bas) et en Roumanie, le Karel Doorman a failli ne jamais entrer en service. Victime des coupes budgétaires sévères décidées dans le budget de défense par le gouvernement de Mark Rutte II en 2013 (lire : La marine néerlandaise vend un de ses fleurons). Des coupes qui seront finalement annulées. Le même gouvernement fait machine arrière après l'intervention de la Russie en Crimée et le sommet du Pays de Galles de l'OTAN en septembre 2014. Les pays de l'Alliance s'engagent alors à renverser la vapeur et ne plus faire de réductions de dépenses sur la défense. Il a finalement été mis en service en avril 2015.

Un navire exploitable par l'Allemagne

C'est l'un des premiers navires européens à avoir fait l'objet d'une utilisation commune entre deux États. En 2016, les deux ministres de la Défense, la Néerlandais Jeanine Hennis-Plasschaert et l'Allemande Ursula von der Leyen, signent une lettre d'intention permettant son utilisation par l'Allemagne (lire : Ursula et Jeanine sur un bateau).

Multi usages

Ce navire peut servir à de multiples usages, un peu comme les BPC ou porte-hélicoptères amphibies français. Il dispose ainsi d'une soute de 8000 m3 de carburant (et de carburant aviation), d'une possible réserve de 450 m3 d’eau potable et peut héberger 400 tonnes de nourriture et équipements divers, dont des munitions. Équipé d'un radier, cela permet le départ du navire barges de débarquement (deux péniches de débarquement LCVP).

Déployé dans des missions humanitaires

Il a été déployé à plusieurs reprises dans le cadre de missions de secours ou d'assistance médicale : en Afrique de l'Ouest (Sierra Leone, Guinée) en 2014 lors de l'épidémie d'Ebola (lire : Le Karel Doorman envoyé contre Ebola), aux Antilles après l'ouragan Irma en 2017 et à nouveau dans les Caraïbes en 2020 pour pallier à l'épidémie de Covid-19 et aux ouragans (lire : France, Pays-Bas et Royaume-Uni se coordonnent dans les Caraîbes). C'est son premier déploiement dans une zone de tension armée.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Une frégate déjà engagée sur zone

Les Pays-Bas ont déployé le 27 mars dernier un navire, la frégate de défense aérienne et de commandement Zr.Ms. Tromp (F-803) qui participe à l'opération Prosperity Guardian menée sous direction américaine. Elle peut aussi apporter un soutien à l'opération européenne Aspides, si nécessaire.

Sa mission est en passe de se terminer. Ce déploiement étant temporaire — pour 25 jours — et plutôt inopiné. Le navire qui se dirigeait vers l'orient a en fait ajusté « son plan initial » pour participer aux opérations en mer Rouge.

Le HNLMS Tromp continue ensuite son voyage vers l'Indo-Pacifique, où il va participer à « divers exercices et opérations avec des alliés et des partenaires ». Les Pays-Bas se sont engagés à avoir un navire présent dans la zone Indo-Pacifique une fois tous les deux ans, en coordination avec d'autres pays (France et Allemagne principalement).

Categories: Défense

[Actualité] Les journalistes ne sont plus bienvenus au siège de l’OTAN ! (v2)

Fri, 05/04/2024 - 16:30

(B2) L'Alliance atlantique a décidé de jouer avec le feu en revoyant ses critères d'accréditation des journalistes. Et en prenant des décisions au déboté, accordant à l'un ou à l'autre, selon son bon vouloir et selon son humeur.

J'en ai été le témoin. Il y a quelques semaines je reçois la réponse à ma demande d'accréditation permanente à l'Alliance. Un mail standard d'habitude m'informe de la disponibilité de la carte. Cette fois-ci c'est Non. Refus. Motif avancé : je ne couvre pas régulièrement l'Alliance. Étonnant vu le nombre d'articles produits par B2 que je signe parfois, cosigne souvent et relit toujours. Étonnant aussi est le format du mail en anglais uniquement. Une contravention à tous les usages dans une Alliance officiellement bilingue.

Mail reçu

L'Alliance en mode bug

Aucune explication

Interloqué, je demande des explications. Une bête erreur peut-être. La tournure même du mail indique une sorte d'automatisme. Que nenni ! La même réponse survient, pas davantage justifiée ni argumentée. Je redemande au cas où. Le chef du service média de l'OTAN M. Sanders prend alors la plume, ânonnant le même message. Message sous-jacent : je n'assiste pas assez aux briefings du secrétaire général de l'Otan. « Mais vous êtes toujours bienvenus, il suffit de faire un Media Pass Day » lâche-t-il en fin de message. Joli mensonge en fait...

L'illusion du Media Pass Day

Le Media Pass Day est une procédure tout sauf pratique. D'une part, elle ne joue que pour les ministérielles. Il faut s'accréditer au préalable plusieurs jours avant. Impossible de le faire en dernière minute, malgré les dires de l'OTAN (1). Même si vous avez fait l'accréditation à l'avance, et que tout est en règle, l'accueil (géré par le service de sécurité) est d'une lenteur pharamineuse (2). C'est simple, à côté, même les « douanes » de Transnistrie, pourtant éduquées à la soviétique, sont plus rapides ! Enfin, en dehors des réunions, par exemple pour des briefings avant réunion ou rencontres informelles, il faut faire une demande spéciale et avoir un accompagnateur, etc. Et encore celui-ci devra montrer patte blanche sous l'œil soupçonneux du gardien de sécurité. Bref tout est fait pour rendre impossible aux journalistes de travailler tranquillement et rapidement.

Une surdité administrative

Derrière mon cas personnel, d'autres collègues se retrouvent dans des situations clownesques. Dans le meilleur des cas, leur demande est refusée. Parfois ils ne reçoivent aucune réponse à leur demande. Trois mois après le début de l'année ! Et, à chaque foisn on leur fait le coup du "Media pass day". L'administration de l'OTAN est une bureaucratie lourde. C'est connu. Avec ses fonctionnaires en surnombre, bien payés, elle ne brille pas par sa productivité. Ce n'est pas nouveau. Mais, à ce point, Courteline est battu.

Le royaume de l'absurde

Lors de la dernière ministérielle, mon tweet puis ce post font remonter toute une série de dysfonctionnements. Plusieurs collègues ont ainsi dû attendre un long moment : 45 minutes environ avant de pouvoir entrer lors de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères mercredi et jeudi. Un collègue italien arrive devant le siège de l'Alliance jeudi matin. Il se fait refouler. Tout le monde connait pourtant Lorenzo Consoli à Bruxelles, un journaliste réputé, sérieux, avec plusieurs années de compteur auprès de l'UE et l'OTAN, fouineur certes mais gentil comme une crème. L'Écossaise du service d'accréditation, butée, ne veut rien entendre, et refuse d'intervenir : « envoyez un mail, send an email ! ». Refusant de régler le cas.

Le journaliste, pas le cameraman !

Bis repetita l'après-midi avec une équipe de télévision d'un pays asiatique. Se présente : le journaliste et le cameraman. Ils travaillent pour une télévision asiatique. La journée est primordiale pour eux. L'OTAN a invité les pays de l'Indo-Pacifique pour parler coopération. « Nous sommes venus à l’Otan pour la conférence de presse du secrétaire général — me raconte-t-il, un rien dépité. Près d’une heure d'attente ! Et, finalement, on n’a distribué le badge qu'à l’un d’entre nous. Motif : mon collègue caméraman n’a pas reçu le mail de confirmation après son accréditation. Nous sommes deux pour faire le reportage télévisé. Sans le caméraman, on ne peux rien faire. Nous avons alors dû quitter le siège de l’Otan. »

Une OTAN sans tête, une bureaucratie qui règne

En fait, les responsables politiques, saisis, sont aux abonnés absents. Le porte-parolat, la secrétaire générale chargée de la diplomatie publique, etc. ont été informés. Ils n'ont pas bougé leur petit doigt, laissant faire... En réalité, les responsables de l'Alliance ont lâché la bride à leur administration et n'ont plus aucun pouvoir sur elle, qui erre comme une poule sans tête. Le secrétaire général, le Norvégien Jens Stoltenberg, tout affairé à parfaire son futur sommet de Wasshington, clou de sa carrière de dix ans, a totalement délaissé la gestion du secrétariat de l'Alliance. Et contrôler l'administration reste le cadet de leur souci. Laissant ce lourd souci au successeur : un nouveau secrétaire général est en passe d'être nommé (peut-être le Néerlandais Mark Rutte). Son seul objectif semble plutôt être de gonfler les effectifs. Un moyen aussi « d'acheter » la paix avec la plupart des (petits) pays membres.

Une sérieuse entaille à la réputation de l'Alliance

Pour une organisation qui affirme vouloir défendre « collectivement la liberté et la démocratie », ce cas de figure est pour le moins troublant, où l'administratif prime sur le politique, l'obscurantisme sur le droit.

Écouter religieusement ou travailler ?

Toutes ces règles sont autant d'entraves en fait au travail journalistique moderne. En effet, il n'est pas obligatoire pour un journaliste de couvrir la conférence de presse du secrétaire général de l'OTAN, ennuyeux à souhait. En pratique, pour un journaliste digne de ce nom, il vaut mieux aller dans le patio écouter un ministre faire une déclaration, croiser un diplomate, demander une explication technique à un expert, voire se rendre à un briefing de l'un ou de l'autre (si on est invité), qu'écouter religieusement la sainte prose de Stoltenberg retransmise sur internet (cf. encadré).

Une manière inquisitoriale de contrôler les journalistes

En refusant la délivrance des accréditations permanentes non seulement à moi mais à d’autres journalistes, l’Alliance se permet d’être inquisitoriale dans le travail des journalistes, de vérifier quelles sont leurs méthodes de travail. Or, pour reprendre l'expression d'une collègue : l'Alliance n'a pas à s'interposer dans la façon dont un journaliste organise son travail.

Une atteinte claire aux libertés

Ce qui est en jeu ici en effet n’est pas une bête question administrative, c’est une question fondamentale : les journalistes sont-ils bienvenus ou non à l’OTAN ? Leur permet-on de faire leur travail de façon honnête et objective ? Les journalistes sont-ils libres, de penser, d'écrire, de dire ce qu'ils veulent, ce qu'ils voient, en respectant les règles habituelles de déontologie journalistique ? Sont-ils autorisés à écouter toutes les voix à l'intérieur de l'Alliance, voix diverses qui ne disent pas toujours la même chose, tout simplement car chaque pays a son histoire et ses intérêts ? Ou sont-ils juste des machines bonnes à reproduire fidèlement les communiqués et propos officiels ? Sont-ils contrôlés, surveillés, écoutés tout le long de leur présence dans les bâtiments de l'Alliance (NB : on peut le supposer vu le contenu du mail) ? Si l’OTAN n’arrive pas à répondre à ces questions, inutile de mettre des millions d’euros dans la communication, elle verra ruinée un de ses fondamentaux : la liberté.

Une grave entorse à l'État de droit

Se pose une autre question : l'Alliance respecte-t-elle les principes de bonne gouvernance, d'État de droit ? La réponse est là aussi clairement Non. Dans tout État digne de ce nom, une décision qui porte préjudice doit être sérieusement motivée, étayée par des faits, faire l'objet d'une appréciation au regard d'une règle de droit, être authentifiée par une personne qui prend la décision. Et, au besoin, permettre un recours ou un réexamen. Aucune de ces règles, pourtant fondamentales, n'est respectée en l'espèce. Le secrétariat général de l'OTAN agit comme toute structure ou État autoritaire, sans rendre compte ni respecter la moindre règle de droit.

Une erreur stratégique

Au final, cette manière de faire, en ces temps de tension internationale ou de guerre, apparait surtout comme une énorme erreur stratégique. En laissant l'impression de faire le tri entre les "bons" journalistes et les autres, de considérer comme mineur le travail journalistique, elle sème le trouble et la confusion. On voudrait donner du crédit à ceux qui accusent l'OTAN d'être opaque ou anti-démocratique qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Priver les journalistes patentés de faire leur travail, au besoin critique, c'est donner libre cours à toutes les rumeurs, donner une prime en fait à la désinformation sur l'information. Cela pourrait laisser des traces durables que ne pourront effacer les millions de dollars consacrés à la communication. Une bêtise sans nom.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Comment se déroule une conférence de Stoltenberg

La conférence de presse est très organisée, bien fléchée, bien réfléchie, bien contrôlée. La parole est rituellement attribuée à 1. un journaliste américain ou britannique, 2. un journaliste allemand, 3. un journaliste ukrainien (c'est logique), 4. un journaliste d'un pays proche (Géorgie, Balkans, Moldavie, etc.) — Histoire souvent de pouvoir justifier un propos supplémentaire du secrétaire général (1) — 5. un journaliste de l'Est européen. Et s'il reste du temps, on prendra un journaliste italien, espagnol, au besoin un Français... Mais vaiment s'il reste du temps.

Concrètement, si vous n'appartenez pas aux catégories Prime, il vaut mieux avoir prévenu que vouliez poser une question, que vous la posiez en anglais (n'essayez pas le Français, le secrétaire général ne le parle pas, et il ne faut pas l'embêter). Les journalistes français ont peu à peu déserté l'exercice d'ailleurs...

Un exercice bien calibré, prévu d'avance, où il n'y a aucune spontanéité ni imprévu. Mécanique avec ses mouvements de balanciers de mains, une fois à droite, une fois à gauche, Jens Stoltenberg répète doctement son message, inversant parfois les phrases pour donner l'impression qu'il dit quelque chose de nouveau. Mais rien de plus que ce qui a été préparé d'avance. Tout est rediffusé en live. Et un script fourni très rapidement (en anglais au moins).

Une fois la conférence de presse finie, il ne reste d'ailleurs pas pour papoter deux ou trois minutes hors micro. Ce qui était davantage le cas de son prédecesseur, le Danois A.F. Rasmussen, qui avait d'autres défauts. Le Norvégien n'est pas très à l'aise en fait face à la presse.

(1) Ceux-ci ont une place surdimensionnée lors du jeu de questions-réponses.

  1. Lors d'une rencontre, où nous étions cependant "chaperonnés" par un diplomate, pour faire passer 7 journalistes, il a fallu plus de 40 minutes au service de sécurité pour faire les badges.
  2. Cette organisation est la conséquence des nouveaux locaux modernes : l'entrée est située très loin (à plusieurs centaines de mètres des bureaux). Dans l'ancien bâtiment, en préfabriqué, un attaché de presse venait là en permanence (lors des ministérielles) ou n'était pas loin (hors des ministérielles). Il facilitait le travail du parfait inconnu débarquant à l'Alliance, un peu perdu, comme du plus expérimenté qui a "oublié son badge". Reconnaissant les uns et les autres, ce système avait le mérite de la simplicité et de la convivialité. Efficace aussi car l'officier de presse en profitait pour faire passer un message.

Mis à jour avec les autres cas qui remontent tous plus absurdes les uns que les autres. Passage du papier en Actualité (au lieu de Editorial)

Categories: Défense

[Analyse] L’Alliance atlantique : un colosse aux pieds d’argile. Une OTAN empêchée (v2)

Fri, 29/03/2024 - 09:30

(B2) Avec la récente adhésion de la Suède, devenue le 32e pays membre, on aurait pu croire au triomphe de l'OTAN. Il n'en est rien. Malgré des airs de solidité, l'Alliance atlantique connait aujourd'hui à 75 ans certaines fragilités et des difficultés d'existence inégalées. Un peu aigrie et jalouse des avancées de l'Union européenne, elle marche clopin-clopant. Explications...

L'OTAN fêtera jeudi (4 avril), en grande pompe, le 75e anniversaire du Traité de Washington comme les vingt ans de l'adhésion des douze pays d'Europe de l'Est et des Balkans (lire : [Avant-première] À l’agenda de la ministérielle Affaires étrangères de l’OTAN (3 et 4 avril 2024). Préparer le sommet de Washington). De quoi auto-célébrer sa solidité et sa force. L'organisation n'est pas en « mort cérébrale » comme Emmanuel Macron l'avait indiquée. Mais elle n'est plus l'organisation dominante des années 2000.

Une OTAN faible dans le soutien concret à l'Ukraine

Même si le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, n'a pas de mots assez durs sur l'action de la Russie, et si l'action de défense du territoire des pays de l'Alliance est indéniable, les résultats concrets de l'organisation dans le soutien à l'Ukraine sont plutôt limités, voire nuls.

Pas d'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN

L'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN, c'est Non. Les principaux membres de l'Alliance l'ont dit à Vilnius en juillet 2023. Et il ne semble pas question de faire évoluer ce point de vue, logique du côté de l'Alliance. Mais en comparaison avec l'Union européenne, qui accélère le processus d'adhésion, la sensation d'immobilisme est prégnante. Ce qui est une première. D'ordinaire, les adhésions à l'OTAN précédaient ou étaient simultanées à celles à l'Union européenne. Du moins pour les pays non neutres.

L'assistance militaire... non létale

Pour l'assistance militaire à l'Ukraine, l'Alliance apparait aussi en mode « pause ». L'aide militaire est faite par ses États membres, en marge des réunions de l'OTAN, lors de réunions ad hoc, type Ramstein ou Paris. L'Alliance n'a pas réussi à mettre sur pied un vrai fonds d'assistance, se résignant uniquement à faire de l'assistance non létale » (cf. les conclusions du sommet de Vilnius). À l'inverse, l'Union européenne a pris le taureau par les cornes. Rien que sur l'aide militaire stricto sensu, le budget engagé en commun atteint aujourd'hui plus de 11 milliards € : 5,6 milliards déjà engagés au titre de la facilité européenne pour la paix auxquels s'ajoutent désormais les cinq milliards approuvés le 18 mars. Sans compter l'aide civile (aide humanitaire, protection civile, aide aux réfugiés), l'aide budgétaire, etc.

Absente de la formation des militaires ukrainiens

Idem pour la formation des forces ukrainiennes, assurées soit par les Britanniques et Canadiens, soit par les Européens. Ceux-ci auront formé d'ici la fin de l'année 2024 pas moins de 60.000 militaires ukrainiens dans le cadre de la mission EUMAM Ukraine, établie en Pologne et en Allemagne, mais aussi en Espagne, France ou Tchéquie. Un nombre jamais atteint dans des formations de pays tiers dans la période moderne.

Une faiblesse bien ressentie à la tête de l'OTAN

Chez Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'OTAN, on est si conscient de cette faiblesse qu'on cherche par tous les moyens à récupérer un rôle notable sur l'Ukraine, que ce soit par la formation des militaires ukrainiens ou par la reprise en main du groupe de contact Ramstein. Un sujet qui sera à l'agenda de la réunion des ministres des Affaires étrangères des 32 ce mercredi, comme du sommet de Washington de l'Alliance en juillet.

Une OTAN empêchée d'agir dans le monde

Dans la foulée du retrait d'Afghanistan, l'OTAN a aujourd'hui renoncé à être le « gendarme du monde » et une organisation multipolaire, comme elle en rêvait dans les années 2000.

Une protection réduite aux bordures de l'Alliance

Pour protéger les pays en bordure de l'Alliance (Moldavie, Géorgie, Arménie, etc.), l'OTAN reste un peu aux abonnés absents. C'est l'Union européenne qui a déployé des missions civiles ou militaires d'observation ou d'assistance cyber et intérieure. En Géorgie et Arménie, des observateurs européens patrouillent aux frontières, pour éviter tout incident : avec les Russes d'un côté, avec les Azéris de l'autre. En Moldavie, c'est une mission civile mais visant à renforcer la lutte contre l'espionnage russe, ses menaces hybrides ou cyber, qui a été mise en place. Autrement dit une mission civile à haut potentiel militaire.

Un soutien politique a minima et militaire réduit à zéro

L'Union européenne et certains États membres de l'UE fournissent également à ces pays voisins de la Russie, et possibles cibles de Moscou, les dizaines de millions d'euros nécessaires pour s'équiper et moderniser leurs armées. Un soutien qui n'est pas mineur. Le seul soutien européen à la Moldavie, un des pays les plus pauvres d'Europe, aboutit à quasiment presque à doubler son budget militaire. Enfin la Moldavie et la Géorgie sont déjà intégrés dans un processus d'adhésion, à forte visée intégratrice. Là où Tbilissi comme Chisinau ne peuvent ou ne veulent pas le faire avec l'Alliance atlantique (1).

Absence maritime dans le Golfe et le Moyen-Orient

Face aux autres risques dans le monde, par exemple face aux Houthis en mer Rouge, les Américains et Britanniques ont préféré partir seuls de leur côté plutôt que d'attendre une action de l'Alliance. Idem pour les Européens avec l'opération EUNAVFOR Aspides. Comble du malheur pour l'Alliance, personne n'a demandé, ni même songé à transformer l'opération maritime en une opération de l'OTAN. Une certaine dégringolade dans l'échelon opérationnel, à comparer avec la présence d'une opération anti-piraterie de l'OTAN en 2008-2009 ou de l'action maritime au large de la Libye en 2011.

Honnie en Afrique

En Afrique, malgré quelques tentatives (Tunisie...), l'Alliance reste aussi sur la touche. Le souvenir de l'opération de bombardement en Libye de 2011 reste amer. Opération d'intermédiation entre des forces rebelles et un gouvernement central, au départ, au nom d'impératifs « humanitaires », elle se transforme en opération de transformation de régime, et finit en queue de poisson par un arrêt de l'opération, « objectif atteint », mais laissant un trou noir : un pays failli. L'exemple à ne pas suivre en matière d'intervention. Et un mémorable échec politico-militaire.

L'échec mémorable de l'opération en Libye

Plus de dix ans après, la Libye reste plus instable et plus pauvre que sous le régime de M. Kadhafi, à peine plus démocratique, et toujours en recherche de sa paix intérieure. Pire, elle demeure un foyer d'instabilité pour les pays européens les plus proches (Italie, Malte, ...). Il ne faut pas s'étonner aujourd'hui des méfiances résurgentes en Afrique vis-à-vis de la France et plus généralement du monde occidental ou d'une présence russe (et turque) accrue sur plusieurs pays. L'OTAN leur a tissé un boulevard.

La gardienne du territoire

Le seul résultat crédible et réel à mettre au crédit de l'Alliance est finalement son rôle primaire. Ce pour quoi elle a été créée : sa ferme défense du territoire européen. Là, les résultats sont notables : nouveaux plans intégrés de l'Alliance ; parapluie nucléaire persistant ; déploiements de bataillons à l'Est du territoire de l'Alliance face à la Russie ; surveillance aérienne des pays baltes, de l'Islande, comme de certains pays baltes ; patrouilles maritimes en Méditerranée, en Baltique et en mer du Nord ; intégration de la Finlande et de la Suède permettant de "fermer" la frontière au Nord et sur la Baltique, etc.

Le nœud de l'intégration des armées européennes

L'interopérabilité accrue entre toutes les armées alliées - des Américains aux Estoniens — est un atout certain aujourd'hui. Au prix d'efforts et d'exercices quasi-permanents, il permet aujourd'hui à toute armée de l'OTAN de se fondre dans une opération multinationale (OTAN, UE, ONU) assez facilement, chacun des alliés partageant les mêmes standards, procédures, voire les mêmes matériels. Une qualité certaine de l'Alliance qui n'est égalable dans aucune structure militaire aujourd'hui.

Une petite jalousie des réussites du voisin européen

Jens Stoltenberg au rapport (Photo : OTAN)

Cette réussite, incontestable et précieuse par les Européens, n'empêche pas les récriminations de l'Alliance vis-à-vis de l'Union européenne.

Pas touche à ma compétence

« Il est important bien sûr que l'UE se concentre sur les domaines où elle apporte en fait de la valeur ajoutée à l'OTAN. Mais sans entrer en compétition avec l'OTAN lorsqu'il s'agit de responsabilités fondamentales, comme la planification de défense, la fixation des normes, des objectifs capacitaires » lâche ainsi le secrétaire général Jens Stoltenberg venu présenter à la mi-mars face à la presse son bilan annuel (lire : [Actualité] Année faste pour l'OTAN en 2023 : dépenses de défense en hausse, fort soutien public). « Nous avons encore besoin de nombreuses acquisitions conjointes menées dans le cadre de l'OTAN » ajoute-t-il un rien aigri face à l'efficacité des fonds de défense de l'UE.

Une industrie européenne ouverte aux Alliés

Un propos particulièrement vindicatif vis-à-vis de l'UE chez le Norvégien, d'habitude plus consensuel, qui n'est pas de façade et  traduit une certaine jalousie envers l'institution européenne. Et de façon plus profonde, une volonté de miner toute velléité d'autonomie stratégique de l'Union européenne, notamment au niveau industriel. Déjà en mai dernier (2023), Jens Stoltenberg avait averti les Européens de ne pas « créer de nouvelles barrières entre les Alliés de l'OTAN » et d'avoir  « une base industrielle transatlantique ». Une critique directe aux différents projets européens de soutien à l'industrie de défense (lire : [Verbatim] Entre OTAN et UE, un zeste de divergence sur la base industrielle).

Un double langage persistant

Ce propos apparait en contradiction totale avec les injonctions américaines et euro-atlantiques à dépenser davantage pour la défense, à faire un effort pour partager la charge de la défense, à renforcer le tissu industriel. Tout effort notable des Européens est immédiatement contrecarré par cette obligation posée par l'Alliance atlantique : ouvrir (encore plus) ses marchés aux Alliés. Une maxime qui ne connait pas l'équilibre. L'opacité du marché turc, le protectionnisme affiché du marché américain de défense ne sont jamais remis en cause de façon équivalente par le secrétaire général de l'OTAN. Jamais ! Trop risqué. En fait, le motto est clair : dépensez européen, achetez américain !

Une fragilité politique

Solide dans l'apparence, l'Alliance se révèle en effet un colosse aux pieds d'argile. Minée par certaines divisions intérieures.

La fin du consensus d'apparence

Le blocage assez régulier par la Turquie - que ce soit sur les plans de l'Alliance, son refus de sanctionner la Russie, ou son retard à donner son accord à l'adhésion de la Finlande et de la Suède - , même s'il a été à chaque fois surmonté, ne peut pas être négligé. S'il est habituel pour Ankara d'afficher une position singulière, cette constance dans la résistance à la centralité euro-atlantique n'est pas anodine. D'autant que l'ancien empire ottoman n'est plus seul sur cette position ambigüe.

Des fêlures visibles

La Hongrie l'a rejoint affichant clairement sa « neutralité » dans le soutien à l'Ukraine et contre la Russie, retardant jusqu'au bout les deux adhésions de pays nordiques, sous différents prétextes. D'autres fêlures apparaissent. La récente candidature ouverte du président roumain Klaus Iohannis, contre le candidat soutenu par les Allemands ou Américains, illustre la fin du consensus d'apparence qui marquait l'Alliance jusqu'à récemment.

Le complexe américain

Le possible retour de Donald Trump à la tête des USA, mais surtout le raidissement du camp républicain, auparavant le plus fidèle tenant de la fermeté par rapport à la Russie, est un autre signe de fragilité politique. Il ne faut pas se leurrer : le tournant américain ne semble pas un épiphénomène. La timidité américaine vis-à-vis de la Russie comme de l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN est bien réelle également sous un gouvernement démocrate.

Une habitude de discussion ouverte difficile à gérer

Ces débats ne sont pas étonnants. Qu'ils soient plus ouverts n'est pas négatif. Mais l'Alliance n'a pas eu, contrairement à l'Union européenne, le loisir de les organiser, de les discipliner. Au final la gestion des divisions internes apparait plus négatif dans une  que dans une organisation avant tout politico-militaire, et où la discipline doit régner, que dans une organisation politico-économique comme l'est l'Union européenne où le mot d'ordre est "unis dans la diversité". On pourrait même dire : d'abord divers, puis unis...

(Nicolas Gros-Verheyde)

Qui est Mars, qui est Vénus ?

Entre les deux organisations européennes (UE et OTAN), n'est pas Mars qui croit finalement, si on reprend la belle formule de Kagan, politologue américain.

Concrètement face à la Russie, l'Union européenne qui n'a pas à souffrir ni des réticences turques, ni des atermoiements américains, agit finalement plus vite, plus fort, plus loin. Les sanctions prononcées par les Européens contre la Russie ont un effet plus réel que celles prononcées par les Américains, qui restent avant tout symboliques, les relations économiques entre USA et Russie étant à peine de un dixième de celles prévalant entre Europe et Russie.

L'aide militaire européenne (fonds d'assistance, formation, ...) est équivalente voire supérieure à celle des USA, et sans commune mesure avec celle de l'Alliance. Le positionnement politique, aussi, est, malgré des discussions, plus ferme finalement que celui des Américains qui semblent vouloir terminer ce conflit, ou du moins revenir à une position gelée, comme après 2014, finalement plus confortable.

Si on fait l'addition de tous ces éléments, l'Alliance atlantique représente certes Mars, mais un Mars antique, défensif, immobilisé politiquement. Tandis que l'Union européenne reste effectivement une Vénus dans l'âme, mais qui s'est armée, solidifiée, a montré ses capacités de réaction... En fait, si hier Vénus n'était rien sans ce Mars. Aujourd'hui Mars n'est rien sans cette Vénus nouvelle mouture.

  1. Sans oublier la Communauté politique européenne qui réunit une fois tous les six mois, les pays de la bordure, avec leurs homologues européens au sens large (Balkans et Turquie, Ukraine et Moldavie, Royaume-Uni, Norvège et Suisse, y compris les pays du large : Arménie, Azerbaïdjan).

Mis à jour : complété sur la partie double langage et de la section "jalousie", précision apportée sur le 75e anniversaire de l'alliance en contre-chapô.

Categories: Défense

[A Lire] Sommes-nous prêts pour la guerre de Jean-Dominique Merchet

Thu, 28/03/2024 - 17:24

(B2) Si la France était attaquée demain, aurait-elle les moyens de se défendre ? C'est autour de cette question que Jean-Dominique Merchet, journaliste de l'Opinion, ex de Libération, et tenancier du blog Secret Défense nous emmène.

Question fondamentale à l'heure de la guerre en Ukraine qui a dépassé ses deux ans. Et alors que le président E. Macron n'a pas exclu, car il faut étudier toutes les options, la présence de « troupes au sol » en Ukraine.

Une formule qu'il décline en une dizaine d'interrogations : faut-il se préparer à une guerre comme en Ukraine ? La France est-elle à l'abri de son parapluie nucléaire ? Sommes-nous assez capables de produire assez d'armes ? Qui sont nos alliés, nos ennemis ? Etc. Sur chaque sujet, de sa plume trempée et vibrante, l'auteur discute chaque élément, l'émaillant de souvenirs historiques, de chiffres, de faits. Il décortique, analyse, commente les faiblesses, les failles de la défense française, mais aussi certaines de qualités, de ses forces. Sans concession.

« A l'abri de sa géographie, de sa dissuasion nucléaire » la France semble protégée. Mais son armée reste une « armée bonsaï ». Un peu de tout, mais pas assez pour faire face à un affrontement de masse, comme celui subi par l'Ukraine face à la Russie en février 2022. « Si l'armée française était déployée demain » dans une situation identique, « elle pourrait tenir un front de 80 km ». Et elle pourrait subir des pertes notables : « 1700 morts et 11 000 blessés ». Sur « une armée de terre de 25 000 hommes et femmes », la taille serait sévère. Et les services de santé des armés, sous dotés, seraient incapables d'y faire face.

La guerre en Ukraine a aussi secoué tous les présupposés de l'armée française qui a toujours minoré certaines armes : le génie, l'artillerie sol-air. L'analyse des premiers jours s'est trouvée faussée par un travers idéologique : la France se sentait plus proche des Russes que des Ukrainiens. Une réalité dont il a fallu se sortir... En matière d'armes, la France est « trop petite pour être indépendante ... seule. Son industrie doit impérativement exporter ». Une source de revenus, mais aussi de faiblesse, en termes de politique étrangère. Le client est « roi ». Et la France a une « certaine complaisance » envers certains pays, tels l'Égypte.

La France a une force, son régime présidentiel, et sa verticale du pouvoir. Mais c'est aussi une faiblesse remarque l'auteur. « Tenir pour acquis que le pouvoir politique serait, par principe à la hauteur d'une situation » est une erreur au regard de l'histoire. Le pouvoir français est solide. Mais sa nature « hyper-présidentialiste » peut se révéler « dans l'épreuve, une nouvelle ligne Maginot : solide, mais finalement contournable ».

Sur un autre sujet, la guerre contre qui ? » l'auteur rappelle ce constat, reprenant le propos de Gérard Challiand : « L'Occident ne gagne plus les guerres ». Le résultat des interventions extérieures de ces vingt dernières années, de l'Afghanistan au Sahel, « n'est pas brillant ». Pire, c'est une certaine cécité sur le résultat. « Les armées soutenues dans leur aveuglement par le pouvoir politique, refusent de parler d'échec de Barkhane. (...) Autant dire que, faute de regarder la réalité en face, on prépare les prochaines défaites ».

C'est cela l'essentiel de ce livre, selon ma lecture, regarder la réalité en face. Car Jean-Do Merchet est tout sauf défaitiste, ou sombre. « J'ai confiance dans les ressources de mon pays et de ses habitants, et dans ses capacités à surmonter les épreuves » conclut-il. L'exemple de la pandémie de Covid-19 ou du terrorisme l'a prouvé. Encore faut-il mettre de côté « certaines chimères de la grandeur et des illusions de la puissance ». Ou pour reprendre la formule de prêtée au Belge Paul-Henri Spaak, « Il n'y a que deux types d'États en Europe: les petits… et ceux qui ne savent pas encore qu'ils le sont. »

(Niolas Gros-Verheyde)

« Sommes-nous prêts pour la guerre. Un essai sur l’illusion de la puissance française », Jean-Dominique Merchet, 216 pages, 18 euros, éditions Robert Laffont

Categories: Défense

[Actualité] Mer Rouge : hélicoptère allemand en action, missiles balistiques abattus, navire chinois touché, drones détournés

Wed, 27/03/2024 - 20:01

(B2) Les actions continuent en mer Rouge où les flottes française, allemand et américaine œuvrent de concert pour abattre ou détourner les drones et missiles balistiques ennemis. Ils ont réussi cependant à toucher un navire chinois sans que la marine US puisse intervenir à temps pour interrompre son action

Une autre action à bord d'un hélicoptère

L’hélicoptère de bord Sea Lynx Mk.88A de la frégate allemande Hessen (F-221) qui participe à l'opération européenne EUNAVFOR Aspides) a repéré et détruit avec succès un drone marin Houthi en mer Rouge. C'était jeudi (21 mars) au matin. Une action légèrement différente de celle de l'hélicoptère français (lire : un drone houthi détruit abattu par un hélicoptère de la marine), puisqu'il s'agit ici de détruire un drone sur l'eau. Ce qui démontre cependant que c'est désormais un mode opératoire partagé du moins par les Européens dans les actions contre les drones, et plus économique que les missiles.

Trois missiles balistiques détruits

Le même jour, vers midi (locales), la frégate française Alsace (D-656) « engage et abat », selon les termes consacrés, trois missiles balistiques (ASBM) lancés par les Houthis en mer Rouge. Ce grâce à des missiles Aster 30 lancés depuis la frégate. NB : une première utilisation en réel pour une frégate française. Des Aster 15 (d'autodéfense) avaient déjà été utilisés pour abattre des drones par la frégate Languedoc.

Un dhow à l'abordage ?

A peu près à la même heure, un navire marchand signale une petite embarcation à proximité. Quatre personnes à bord. Le dhow s'approche à moins d'un nautique. L'équipe de sécurité du navire tire des coups de semonce et la petite embarcation a riposté. La petite embarcation quitte alors la zone.

Nouveau tir de missiles balistiques

Le lendemain, vendredi 22 mars, les Houthis tirent pas moins quatre missiles balistiques depuis la terre en direction de la mer Rouge. Aucun blessé ni dommage signalé.

Drones détournés de leur usage

Samedi (23 mars), au petit matin entre 6h50 et 9h50 (heure locale), les forces américaines, notamment le destroyer USS Carney (DDG 64), repèrent six drones en vol au sud de la mer Rouge. « Cinq se crashent ainsi dans les flots, en mer. Le sixième repart vers l'intérieur des terres, vers les zones du Yémen contrôlées par les Houthis » selon le commandement américain US CentCom.

NB : Une sorte retour à l'envoyeur... Le mode d'action n'est pas précisé. A priori, on peut présumer que des moyens de lutte électronique ont été utilisés pour stopper l'effet de ces drones.

Un navire chinois touché en mer Rouge

Le même jour, samedi (23 mars), dans la nuit, une première vague de tir de quatre missiles balistiques (ASBM) est effectuée par les Houthis en direction du MV Huang PU, selon le commandement US CentCom. Mais ce pétrolier panaméen battant pavillon chinois et exploité par des Chinois n'est pas atteint. Dans l'après midi, nouveau tir, à 23 milles marins à l'ouest de Mukha, le port yéménite de mer Rouge. Le navire lance un appel de détresse. Un incendie s'est déclaré à bord. Mais il est éteint en 30 minutes par l'équipage. Le navire et l'équipage se déclarent sains et saufs, « ne demandent pas d'aide », et continuent sa route jusqu'au prochain port d'escale.

NB : trois éléments sont intéressants à noter. 1° Les Houthis avaient précédemment déclaré qu'ils ne viseraient pas de navire chinois ont, apparemment, visé un navire clairement identifié comme chinois. 2° La flotte US comme européenne pourtant active dans la région n'a pas réussi à intervenir et détruire le missile. 3° Les Chinois n'ont pas tenu à requérir à une aide d'un navire militaire de la zone, ce qui peut s'expliquer soit par l'aspect mineur des dégâts (un feu de 30 minutes tout de même !), soit par la volonté de ne pas retarder son trajet... ou de ne pas voir un oeil inquisiteur à bord. Les relations militaires Chine-USA n'étant pas au beau fixe.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour : précision sur le drone détruit par l'hélicoptère allemand (un drone marin)

Categories: Défense

[Éditorial] Europe de la défense : ne pas baisser la garde

Tue, 26/03/2024 - 08:30

(B2) Il ne faut pas s'y tromper. Face à des menaces qui s'aiguisent, l'impulsion donnée pour la défense européen au dernier sommet européen reste modeste, la dynamique entamée au printemps 2022 s'émousse, l'ambition reste limitée.

Des progrès ont été inclus dans les conclusions adoptées jeudi (21 mars) au soir. Un changement de braquet sûrement comme nous l'avons constaté (Lire : [Décryptage] Industrie et capacités de défense. Les Vingt-sept changent de braquet). Mais pas ce « changement de paradigme » tant vanté par les uns (Charles Michel) ou cette « révolution copernicienne » tant désirée par les autres (Emmanuel Macron).

Des avancées intéressantes

Les dirigeants européens ont avalisé en effet jeudi (21 mars) une série d'avancées en matière d'Europe de la défense : l'appel à la banque européenne d'investissement pour assouplir sa politique de prêts, la volonté d'avancer sur la réutilisation des revenus exceptionnels des avoirs gelés publics russes, un mandat donné à la Commission d'étudier toutes les options pour trouver d'autres sources de financement pour la défense, et la bénédiction donnée à la nouvelle stratégie pour l'industrie de défense proposée par Thierry Breton, etc. Des avancées auxquelles il faut ajouter la hausse du budget de la facilité européenne pour la paix de cinq milliards €, déjà engagée.

Des projets qui datent

Tous ces projets de réforme sont, en fait, sur la table depuis à peu près deux ans, depuis le sommet de Versailles qui s'est tenu en mars 2022, juste après le déclenchement de l'intervention militaire russe en Ukraine. Ils en sont l'aboutissement pour certains, une étape pour d'autres. Et pour avoir de nouvelles idées, notamment sur le financement, il faudra attendre juin prochain pour un premier rapport, encore quelques mois donc pour préciser ces idées et avoir des propositions concrètes, et sans doute encore un ou deux ans avant leur mise en place. Si tout va bien ! Car l'année 2024 est déjà « gelée », les Européens étant en campagne électorale et les institutions européennes en plein renouvellement.

Une révolution à demi-copernicienne

Affirmer « le principe que les Européens ont besoin de produire davantage et de bâtir une industrie de défense qui permette de (se) fournir (eux-mêmes) », est certes « une petite révolution copernicienne » si on reprend les mots d'Emmanuel Macron, à l'issue du sommet le 22 mars. Car jusqu'à présent le consensus « implicite était que les Européens (...) achetaient toujours à l'extérieur ». Mais c'est oublier la réalité géopolitique.

Un sens de l'urgence loupé

Avec une possible nouvelle offensive russe d'ici cet été, le blocage toujours latent du paquet d'aide américaine pour l'Ukraine, voire le retour de Trump au pouvoir aux USA, le résultat peut ainsi apparaitre assez faible et manque d'ambition. Le fameux « sens de l'urgence » vanté par quelques dirigeants européens est peu présent. L'impression est plutôt de revivre la seconde partie de 2021 ou début 2022, quand chacun attendait, en se disant que le pire ne va pas arriver. Les Européens retournent ainsi à leur pêché mignon : le procrastinage, la remise à plus tard des décisions délicates, le manque d'audace.

Faire face aux lacunes et à une possible défaillance américaine

Or, les défis sont intenses. Les Européens doivent tout d'abord mettre les bouchées doubles pour pallier leurs lacunes industrielles, rattraper leur "retard à l'allumage" sur la production de munitions qui a entrainé un déficit de 500.000 obus environ sur la promesse d'en fournir un million à l'Ukraine. Ils doivent aussi se préparer à assumer la défaillance - ou pire le blocage total - de leur allié américain. Attendre encore deux ans pour que les pistes ébauchées lors de ce sommet soient mises en œuvre parait hors du temps.

Garder un cap et une unité interne

Le sens de l'unité qui a été bien utile jusqu'à présent pourrait défaillir. Viktor Orban, le premier ministre hongrois, diverge régulièrement de l'intérêt général. Son voisin slovaque le suit à mi-mot. Le consensus fort sur le soutien à l'Ukraine de 2022 n'est plus tout à fait présent parmi les 27. La montée en puissance d'une droite nationale (RN en France, FPÖ en Autriche, AFD et consorts en Allemagne) moins dure sur la Russie, voire conciliante, ne laisse pas augurer une discussion aussi aisée à l'avenir. Enfin, il n'est pas sûr que le futur quintet de direction européenne soit aussi déterminé et harmonieux, du moins sur la défense, que l'actuel (1).

Garder le rythme et l'audace

Les risques sont multiples. L'agressivité russe n'est pas le seul défi des Européens. Le retour des menaces maritimes ou de conflits localisés en Afrique ou au Moyen-Orient est bien présent. Sans compter un possible retour du terrorisme. Baisser la garde, affaiblir le rythme est donc très risqué. La rapidité de décision doit s'imposer. Quitte à innover et sortir des carcans habituels. Les Européens doivent retrouver le dynamisme, l'audace et l'ambition qui les avait caractérisés, au printemps 2022.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Une task-force spéciale défense

Aucun dispositif n'a été mis en place pour pallier le vide institutionnel durant la période électorale (un Parlement européen en vacances durant trois mois). Aucune solution n'a non plus été proposée pour résoudre la fragmentation du pouvoir qui existe bien entre les différentes institutions sur les questions de défense : Commission européenne, Haut représentant, Parlement (pour la partie législative), Conseil des ministres, Conseil européen, etc.

Sans changer un iota des traités, une task-force spéciale pourrait facilement être mise en place sous l'autorité conjointe des trois principaux concernés (Conseil européen, Commission européenne, Haut représentant), avec l'aide des experts militaires de l'état-major de l'UE et experts capacitaires de l'agence européenne de défense. À l'image de ce qui s'est fait au début de la crise.

  1. Il y a entre l'Allemande Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne, l'Espagnol Josep Borrell chef de la diplomatie et défense européenne, le Français Thierry Breton en charge du marché intérieur et de l'industrie de défense, le Belge Charles Michel du côté du Conseil européen et la Maltaise Roberta Metsola, une sorte de quintet assez cohérent, convergent pour avancer, proposer, décider sur la partie défense et le soutien à l'Ukraine. Assez exceptionnel à signaler. Car sur le reste, tout les divises, les caractères, les appartenances politiques jusqu'à des egos qui se frottent de temps à autre en public.

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[Actualité] Un navire bangladais piraté dans l’Océan indien

Wed, 13/03/2024 - 21:04

(B2) Un navire marchand a été capturé par les pirates somaliens a confirmé ce mercredi (13 mars) le QG de l'opération anti-piraterie de l'UE, EUNAVFOR Atalanta.

L'incident s'est produit en plein océan indien, à 600 nautiques à l'est de Mogadiscio. Le vraquier Abdullah, battant pavillon bangladais, parti des Émirats arabes unis vers le Mozambique, a alors été abordé par plusieurs pirates présents dans deux navires, l'un plus large et l'autre un simple dhow.

Les pirates sont montés à bord et ont pris le contrôle du navire. Les 23 membres d'équipage sont sains et saufs selon le QG d'Atalanta. Mais ils ont été pris en otage. Le navire contrôlé par les pirates a pris la direction des côtes somaliennes, suivi à la trace par la marine européenne.

Un navire de pêche iranien avait été capturé le 2 mars dernier. Procédé classique pour les pirates afin de se procurer un navire plus puissant permettant de servir de bateau-mère pour partir à l'attaque de navires plus gros ou plus loin. Le centre de veille maritime européen (MSCHOA) avait signalé d'ailleurs son départ de Jiffle en Somalie avec 11 personnes armées à bord.

La force maritime européenne est actuellement commandée sur zone par le contre-amiral italien Francesco Saladino à bord de la frégate de type FREMM, l'ITS Federico Martinengo (F-596). Elle dispose d'un autre navire, la frégate espagnole Canarias. Et un avion de patrouille maritime espagnol de type Vigma D4.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour : correctif sur l'avion disponible

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[En bref] En mer Rouge, les navires européens répliquent aux drones houthis

Wed, 13/03/2024 - 12:25

(B2) Les navires participant à l'opération européenne EUNAVFOR Aspides continuent de faire face à la menace Houthis pour protéger les navires marchands entre mer Rouge et golfe d'Aden.

La frégate grecque Hydra (F-452) a ouvert le feu contre deux drones « représentant une menace imminente pour la liberté de navigation » ce mercredi (13 mars), annonce le QG de l'opération européenne. La veille, le destroyer italien  et assurant la protection d'un navire marchand. L'action a été efficace pour éviter tout dommage aux marins et à la marine marchande.

Mardi (12 mars), vers 2h UTC (5h locales), le destroyer italien Caio Duilio (D-554) — qui est le navire-amiral de l'opération — a « repoussé une attaque de drones venant des territoires contrôlés par les Houthis au Yémen ». Les drones ont été abattus.

Durant ce temps, la frégate allemande Hessen (F-221) a mené une escorte, accompagnant un navire marchand de Djibouti vers la partie orientale du golfe d'Aden. Il avait déjà mené une mission d'accompagnement de navires dans le sud de la mer Rouge et le détroit de Bab-el-Mandeb.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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[Actualité] Pluie de drones interceptée par les navires en mer Rouge

Tue, 12/03/2024 - 07:35

(B2) C'est une véritable attaque en règle à laquelle ont du faire face samedi (9 mars) les navires des deux coalitions, américaine et européenne, présents en mer Rouge et Golfe d'Aden

En l'espace de quelques heures, entre 4h et 8h30 (local), les navires de guerre et des avions américains et britanniques ont intercepté et abattu 28 drones kamikazes lancés depuis les zones contrôlées par les Houthis du Yémen vers la mer Rouge et le golfe d'Aden, selon une source militaire. Le navire britannique HMS Richmond a ainsi abattu deux drones à l'aide de missiles Sea Ceptor. « La première fois que ce type d'armes est utilisé par un navire britannique au combat » signale le ministère britannique de la Défense.

Quatre drones abattus par une frégate française

Action identique de la frégate française FS Alsace, qui participe à l'opération européenne ASPIDES qui a abattu dans le même temps quatre drones kamikazes. La frégate « qui patrouillait dans le golfe d’Aden a détecté quatre drones de combat progressant vers elle en vol tactique » indique un communiqué du ministère français des Armées. « Ces drones ont été détruits en légitime défense par la frégate et des chasseurs français. » Jeudi (7 mars), déjà un destroyer américain avait abattu trois drones dans le Golfe d'Aden.

Deux autres attaques échouent

Les navires marchands continuent d'être visés. Deux missiles anti-navire ont visé vendredi (8 mars), en milieu d'après-midi (16h14 locales) un navire marchand alors qu'il se trouvait à 50 nautiques au sud-sud-est d'Aden (12°04 Nord et 045°23 Est). Le navire a signalé deux explosions à 200 mètres du tribord du navire. Sans faire de dégâts apparemment. L'équipage est sain et sauf.

Lundi (11 mars), entre 8h50 et 12h50, c'est un navire marchand singapourien, le MV Pinocchio, battant pavillon libérien, qui a été visé. Toujours avec la même technique. Les deux missiles balistiques antinavires tirés par les Houthis « n’ont pas touché le navire et aucun blessé ni dommage n’a été signalé » indique le commandement US CentCom.

Commentaire : des Houthis toujours déterminés et menaçants

La présence militaire comme les frappes menées essentiellement par les Américains sur le sol du Yémen ne semblent en rien avoir ralenti le rythme d'action des rebelles yéménites. Sans doute réapprovisionnés en missiles anti-navires, les attaques des Houthis ne cessent guère. Ce malgré la présence des navires de guerre, des coalitions américano-britannique et européenne. Au contraire. On pourrait même dire qu'un palier, dans l'escalade a été franchi, avec les premiers morts faits parmi un équipage de la marine marchande, la semaine dernière. Lire : [Actualité] Premier tir mortel des Houthis dans le golfe d'Aden. Un navire gravement atteint (v2). Il va sans doute falloir changer de tactique, au moins au plan politique, et négocier...

(Nicolas Gros-Verheyde)

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[Analyse] Un commissaire européen chargé de la défense : une bonne idée ?

Mon, 11/03/2024 - 11:45
Ursula von der Leyen et Thierry Breton à l'entrée de la réunion du collège mardi (5 mars). Dernière occasion où les deux personnalités sont côte à côte avant leur entrée en campagne (Photo : Commission européenne)

(B2) L'idée d'avoir un commissaire européen dans le prochain collège spécifiquement en charge de la Défense a refait surface. Critiquée immédiatement. À tort...

Un débat ouvert

L'idée d'un commissaire défense est défendue ardemment par Ursula von der Leyen, l'actuelle présidente de la Commission européenne, les chrétiens-démocrates du PPE (le parti populaire européen) mais aussi plusieurs autres responsables européens d'autres tendances (telle la ministre néerlandaise de la défense, libérale de gauche, Kajsa Ollongren). Elle est combattue par certains autres. A l'image du commissaire Thierry Breton qui a cette compétence, parmi d'autres, au sein de la Commission européenne, voire par Josep Borrell, le Haut représentant de l'UE chargé (aussi) de la politique de défense et de sécurité.

Une certaine logique

Premièrement, la défense européenne est devenue une priorité, une évidence, même pour ceux qui ne le croyaient pas jusqu'ici... Certes des nuances s'expriment. Mais on est plutôt dans un débat classique sur la répartition de compétences. Est-ce au niveau communautaire ou au niveau national ? Qu'est-ce qui doit être fait au niveau communautaire ? La compétence communautaire est-elle juste une instance de débat, ou d'encouragement, de soutien, ou davantage ? Deuxièmement, il y aujourd'hui une série d'instruments à gérer (fonds européen de défense pour la recherche, programme d'investissement pour les acquisitions, etc.) et une direction générale chargée de les gérer (la DG DEFI). Troisièmement, il y a nécessité pour les Européens d'affirmer haut et fort que leur défense leur appartient. Une nécessité vis-à-vis d'alliés prompts à les critiquer (cf. Trump) comme d'adversaires (Russie, Chine) qui n'ont qu'idée : réduire le poids des Européens dans le monde.

Une terminologie assez claire

Le terme de "commissaire défense" est un raccourci. Tous ceux qui l'utilisent — que ce soit pour le souhaiter ou le critiquer —, le savent. Par ce terme, on entend surtout la politique industrielle de défense, le soutien au monde de la défense par tout ce qui de près ou de loin touche aux compétences communautaires (TVA, recherche, mobilité et transport, politique maritime, etc.). Il ne s'agit en aucune façon de toucher aux prérogatives des États membres : alliances internationales (OTAN) ou neutralité, taille et format de l'armée, conscription, puissance nucléaire ou classique, volonté expéditionnaire ou intégration dans une structure internationale (ONU, OTAN, UE). Il ne s'agit pas non plus de toucher à la compétence dévolue (de par le traité) au Haut représentant de l'UE. Celui-ci ayant surtout la compétence "défense", de par le traité, dans son volet externe (PESC).

Un partage des tâches

Le partage des tâches entre un éventuel commissaire et le Haut représentant est en effet assez clairement fixé : à l'un la partie extérieure de la défense (notamment les opérations, mais aussi les contacts avec les pays tiers), à l'autre la partie intérieure de la défense. On pourrait bien évidemment imaginer que le Haut représentant, par ailleurs vice-président de la Commission européenne puisse aussi s'occuper des questions intérieures et industrielles de la défense. Mais ce serait lui confier un portfolio au-delà de ce qui a été conçu dans les traités. Et surtout le Haut représentant a déjà une mégacompétence, assurant toute la représentation extérieure et la diplomatie européenne, présidant les conseils des ministres, etc. Une tâche qui, à elle seule, mobilise une attention à 100% (lire : Les pouvoirs du Haut représentant, d’après le Traité de Lisbonne ?).

Une réforme du traité ?

C'est l'argument défendu par l'équipe du commissaire Thierry Breton. Il n'est pas exact. En aucune façon, le traité prévoit une quelconque répartition des portefeuilles au sein de la Commission européenne ou même des interdictions. En aucune façon le traité — contrairement à certaines croyances — n'interdit d'ailleurs à l'Union européenne de s'occuper de défense. Au contraire... Il l'encadre, définit certaines limites, notamment la préservation de l'autonomie de chaque État de définir sa politique de défense, mais rien de plus (lire : Principales dispositions du Traité de Lisbonne sur la PSDC, la PESC, la Défense et le Haut représentant ? - extraits). Il n'interdit même pas d'utiliser le budget communautaire pour certains aspects de la défense, notamment l'aspect industriel. Seul est interdit le financement sur le budget des opérations militaires (lire : Comment financer en commun l’achat d’armements ? Ce que dit le Traité).

Un portfolio pérenne ... ou non

La répartition des portefeuilles au sein de la Commission européenne fluctue au cours des législatures. Elle dépend en bonne partie de la volonté de la présidence de la Commission mais aussi de celles de chaque État membre qui indique, lors de la constitution du collègue des commissaires, leur préférence pour tel ou tel portefeuille. Libre ensuite à la présidence de la Commission d'inviter une répartition, voire de scissionner des portfolios ou d'en inventer, à l'image de ce commissaire au multilinguisme, constitué de toutes sortes.

Des intitulés très variables

Certains portefolios sont directement issus des compétences historiques pleines et entières (agriculture, pêche, budget, concurrence, économie, marché intérieur, transport, commerce extérieur etc.) ; d'autres viennent de compétences plus récentes davantage d'appui (éducation, santé, environnement, justice et affaires intérieures...). Enfin d'autres viennent de nouvelles terminologies. Souvent les intitulés varient. On a ainsi aujourd'hui un vice-président chargé du Mode de vie, un autre chargé du Pacte vert pour l’Europe, un troisième des Valeurs et transparence. Autant de termes qui ne recouvrent pas systématiquement une compétence communautaire ou sont mêmes par le traité.

Une obligation de coopération

Alors pourquoi pas un commissaire défense. Tout aussi nécessaire. Ce découpage oblige cependant à une bonne coopération entre le Haut représentant et le commissaire Défense. Mais c'est déjà une nécessité aujourd'hui entre un haut représentant et un commissaire chargé du marché intérieur. Ceux qui ont de la mémoire se souviennent du débat "défense" au sein de cette Commission, long et difficile (lire : La cohérence, à la Commission et ailleurs, c’est moi ! Josep Borrell)

(Nicolas Gros-Verheyde)

Categories: Défense

[Actualité] Premier tir mortel des Houthis dans le golfe d’Aden. Un navire gravement atteint (v2)

Wed, 06/03/2024 - 23:30

(B2) Le MV True Confidence, un vraquier libérien battant pavillon de la Barbade, a été touché mercredi (6 mars), vers 11 h 40 (locales), par un missile balistique antinavire (ASBM) alors qu'il transitait par le golfe d'Aden à environ 54 nautiques au sud-ouest d'Aden.

Trois morts, trois blessés graves

Les dégâts sont importants en termes humains : « trois morts, au moins quatre blessés, dont trois dans un état critique » selon le CentComUS. L'équipage a dû abandonner le navire via des canots de sauvetage. Ils ont été recueillis à bord du navire de guerre indien Kolkata. Plusieurs navires de guerre de la coalition s'étant portés au secours du navire, notamment pour aider l'équipage. NB : Peu de temps auparavant, vers 3h locales, le navire avait reçu un appel radio par VHF venant d'une entité se prétendant de la marine yéménite, selon le centre britannique de surveillance maritime (UKMTO).

Dégâts importants, incendie à bord

Les dégâts sont aussi « importants » pour le navire. En soirée du même jour (6 mars), le vraquier a été « signalé à la dérive avec un incendie persistant à bord » signale une source militaire. L'objectif est de le remorquer. Si les informations se confirment, ce serait le deuxième navire détruit ou mis hors d'usage par les Houthis. Ce qui démontre une certaine escalade dans la tension entre Houthis et forces de guerre sur place.

Le 100e incident

C'est le 100e incident de ce type recensé par les forces internationales depuis le début des attaques des Houthis, notamment la spectaculaire prise d'un navire marchand en mer Rouge en novembre (lire : [Actualité] Les Houthis détournent en mer Rouge un navire « israélien ». Plusieurs marins européens capturés).

Une autre attaque dans le golfe d'Aden

C'est le cinquième tir de missile balistique anti-navire tiré par les Houthis dans les deux derniers jours selon le CentCom. Un autre navire marchand, le MSC Sky II, un porte-conteneurs appartenant à la compagnie italo-suisse MSC et battant pavillon libérien, a été atteint lundi (4 mars) par un missile à 85 nautiques au Sud-Est d'Aden, qui a provoqué un incendie (vite maitrisé). Attaque revendiquée par les Houthis. Un dernier missile a été abattu par le navire américain USS Carney (DDG 64).

Une course-poursuite dans le golfe d'Oman

Plus à l'Est, à 21°02 Nord et 061°54 Est, mardi (5 mars), un navire marchand a signalé avoir été approché « de manière suspecte » par une embarcation rapide. Malgré le fait d'avoir augmenté sa vitesse, la poursuite a continué, « durant près d'une heure » selon des sources maritimes. Poursuite qui « n'a cessé qu'à la tombée de la nuit ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour sur les dégâts au navire True Providence et l'attaque dans le golfe d'Oman

Categories: Défense

[Actualité] Mer Rouge. Plusieurs drones abattus par les navires d’Aspides. Mais les Houthis font mouche (v2)

Mon, 04/03/2024 - 11:30

(B2) Les navires français, italien et allemand présents en mer Rouge et dans le Golfe d'Aden se sont mis en position pour atténuer les attaques sur les navires marchands. Mais la menace reste bien présente. Plus présente que jamais. Les frappes US sur le territoire yéménite ne semblent pas l'amoindrir. Au contraire.

Un drone abattu par un navire italien

Le navire de la marine italienne Caio Duilio (D-554) a abattu un drone en mer Rouge samedi (2 mars) dans l'après midi). Le drone, aux caractéristiques similaires à ceux déjà utilisés lors des attaques précédentes, « se trouvait à environ 6 kilomètres du navire italien et volait dans sa direction » indique le ministère italien de la Défense dans un communiqué. C'est la troisième action de ce type dans un cadre européen (1).

Deux drones détruits par la frégate allemande

La frégate allemande Hessen (F-221), engagée dans le cadre de l'opération de EUNAVFOR Aspides a détruit, mardi soir (27 février), deux drones Houthis qui se dirigeaient sur elle, indique la Bundeswehr. Un tir réussi contrairement au précédent, heureusement raté, les marins allemands ayant failli viser un drone américain (lire : [Actualité] Boulette allemande en mer Rouge. Un drone américain pris pour cible).

Deux autres par la frégate française

Une semaine auparavant, mardi 20 février, les frégates multi-missions françaises (FREMM) avaient détecté « des attaques multiples de drones » en provenance du Yémen « dans leurs zones de patrouille respectives dans le golfe d’Aden et dans le sud de la mer Rouge », indiquait un communiqué de la Défense française. La frégate française FS Alsace (D-656) détruisant deux drones, tandis que le destroyer américain USS Mason (DDG-87) a détruit, le même jour, un missile balistique anti-navire.

Les attaques continuent, parfois mieux ajustées

Jeudi 22 février, le MV Islander, un cargo britannique battant pavillon de Palau, parti de Singapour, est atteint par deux missiles anti-navires (ASBM) qui provoquent un feu à bord et blesse légèrement un des membres d'équipage, selon les autorités maritimes. Il est obligé de faire escale à Djibouti. Samedi 24 février, le MV Torm Thor, un pétrolier propriété américaine et battant pavillon américain, est visé par un missile balistique anti-navire (ABM), dans le Golfe d'Aden, à 70 nautiques de Djibouti, sans dégât ni blessés. Dimanche (25 février), trois drones sont détectés dans le détroit de Bab-el-Mandeb, ciblant un vraquier battant pavillon des Barbades, le MV True Harmony. Deux d'entre eux sont détruits par un avion américain, le troisième tombe suite à une panne technique. Mardi (27 février), un autre tanker, le MV Lady Youmna, battant pavillon du Panama, est visé par un missile anti-navire qui explose dans l'eau à 60 nautiques en mer Rouge, à l'Ouest de Hodeidah. Le même jour, c'est un roulier porte-conteneurs battant pavillon de Madère (Portugal), MV Jolly Vanadio, de la compagnie italienne Linea Messina, qui est visé par des drones, abattus par un navire de guerre.

Le naufrage définitif du Rubymar

Samedi (2 mars), est venue la confirmation du CentCom, le commandement militaire US pour la région, que le Rubymar, a finalement coulé, en mer Rouge vers 2h15 du matin (heure locale). Touché de façon grave le 18 février dernier par un missile anti-navires (lire : [Actualité] Un navire marchand atteint par un missile dans le détroit de Bab-el-Mandeb), ce vraquier britannique, battant pavillon du Belize, n'a pas pu être remorqué vers un port. Il prenait l'eau régulièrement et a sombré à 13°21 Nord et 042°57 Est précise le centre britannique UkMto. Au large du port yéménite de Mokha.

Le naufrage du vraquier britannique (photo : CentComUS)

C'est le premier navire marchand atteint de manière définitive. « Les quelque 21.000 tonnes d’engrais au sulfate de phosphate d’ammonium » que transportait le navire présentent un « risque environnemental » en mer Rouge, dénonce le CentCom. Il estime aussi que cela peut représenter un obstacle « souterrain » pouvant menacer « les autres navires transitant par les voies de navigation très fréquentées de la voie navigable ».

Commentaire : un semi-échec de la tactique offensive US

Ce naufrage, comme les attaques récentes, est une escalade claire. C'est le premier navire marchand atteint de plein fouet dans la zone depuis le début des attaques houthis en octobre. La tactique offensive des Américano-britanniques, à l'aide de frappes préventives sur le territoire yéménite, ne semble donc pas vraiment avoir l'effet escompté. Au contraire. La stratégie purement défensive des Européens — moins tape-à-l'oeil — est finalement tout aussi efficace, voire plus.

Certes les frappes américaines (et britanniques) ont dégradé quelque peu la capacité des Houthis. Mais elles n'entament en rien la détermination des rebelles yéménites. Tirant régulièrement, ils menacent navires marchands comme militaires. Les drones et missiles qui passent au travers des filets de défense européen et américano-britannique paraissent mieux ciblés. Faisant mouche à plusieurs reprises.

Les cibles semblent aussi mieux choisies. Au lieu d'un tir tous azimut des débuts, on peut remarquer que les navires atteints sont généralement propriété britannique ou américaine. Ce qui n'est pas tout fait un hasard. Les Houthis semblent bien conseillés et bien aidés par leurs alliés iraniens (ou d'autres).

Notons que trois des navires visés récemment — le Rubymar, le Lady Youmna, et le MV True Harmony — ont participé aux exportations ukrainiennes en décembre 2022 (cf. Interfax) et en janvier 2023, dans le cadre de la Black Sea Grain Initiative menée sous égide de l'ONU et gérée depuis Istanbul par un centre coordination conjointe cogéré par la Turquie, la Russie et l'Ukraine. Il est trop tôt pour en tirer des conséquences, le transport de marchandises maritime étant largement mondialisé. Mais gardons un oeil...

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Officiellement le navire italien agit à titre national, tant que la chambre des députés italienne n'a pas approuvé son intégration dans l'opération européenne. Ce qui devrait être fait normalement ce 5 mars (cf. Carnet 05.03.2024).

Mis à jour sur la nature des missiles et le statut du navire italien

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[Actualité] Boulette allemande en mer Rouge. Un drone américain pris pour cible

Thu, 29/02/2024 - 18:55

(B2) L'opération Aspides commence bien pour les Allemands. La frégate Hessen qui vient tout juste d'arriver dans la zone d'opération a failli abattre un drone américain de type Reaper lundi (26 février). Heureusement elle a raté le tir...

La salle de commandement de la frégate Hessen (crédit : Bundeswehr)

C'était lundi (26 février), quelques jours à peine après que le Bundestag ait approuvé (le vendredi précédent) son engagement en mer Rouge et dans le golfe d'Aden pour défendre les navires de la marine marchande contre les attaques houthis dans le cadre de l'opération européenne EUNAVFOR Aspides.

Un drone inconnu s'approche de la frégate Hessen

« Un drone a été aperçu, mais il n’était pas clair s’il pouvait être dangereux » rapporte Michael Stempfle, le porte-parole du ministère de la Défense, lors du point de presse gouvernemental mercredi (28 février). « Une interrogation a été faite auprès des partenaires ou alliés déployés ». Sans réponse apparemment.

Un tir sans succès

La frégate a alors « tenté d'abattre le drone ». Sans succès... « Les deux missiles intercepteurs à longue portée Standard Missile 2 (SM2) ont raté leur cible pour des raisons techniques », selon notre confrère Thomas Wiegold de Augengeradeaus, Un heureux hasard ! Car le fameux drone inconnu était en fait un drone de surveillance de type MQ-9 Reaper américain. Le fait « que le drone n'était pas hostile n'est devenu clair que plus tard » reconnait le porte-parole du ministère.

Explication : une faute américaine ?

L'explication est technique. Le drone américain se déplaçait « à grande vitesse dans la zone opérationnelle (...) sans que le transpondeur pour l'identification ami-ennemi (IFF, Identification Friend-Foe) soit allumé et sans information des centres d'opérations alliés » explique notre confrère citant un officiel allemand. Dans une zone dans laquelle se trouvaient 15 navires marchands, donc un potentiel risque pour ceux-ci, le commandant du Hessen, a donc ordonné le tir. Si on écoute les Allemands, ce serait en quelque sorte la faute des Américains.

Comme dans le manuel

Pour le chef d'état major de la marine allemande, l'inspecteur général Jan Christian Kaack, en effet, il n'y a pas eu d'erreur. Les marins ont bien réagi, « en appliquant la procédure comme dans le manuel ». Le drone était clairement classé comme hostile. « La décision de tirer a été prise conformément aux règles convenues et après consultation du commandement », a-t-il précisé. « J'aurais agi exactement de la même manière en tant que commandant », a déclaré Kaack à l'agence de presse DPA, selon l'hebdomadaire Spiegel. Depuis « l'incident a été analysé et la faiblesse a été corrigée » précise le porte-parole du ministère.

Commentaire : une coordination à revoir

Cet incident recouvre en fait deux erreurs. La première est l'erreur d'identification du drone Reaper. D'une valeur d'environ 15 millions $, ce serait dommage s'il s'abime en mer sur une incompréhension mutuelle. L'autre, moins relevée, est l'erreur de tir. Si le drone avait été réellement hostile, ce pouvait être soit pour la frégate Hessen, soit pour les navires marchands à côté, une erreur tragique. En gros, le destin politique du ministre Boris Pistorius a tenu à un cheveu. Cette double erreur montre en tout cas que la coordination entre Alliés de l'OTAN n'est pas vraiment au top, alors que les navires s'entrainent régulièrement ensemble. Cela démontre aussi un certain amateurisme des Allemands qui découvrent le combat en mer.

Bref, tout cela n'est pas très sérieux... et va sûrement mériter, derrière les portes closes, de sérieuses explications : au sein de la marine allemande et entre alliés.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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[Analyse] Envoyer des troupes au sol en Ukraine. Que voulait dire Emmanuel Macron ? Dans quel objectif ? (v2)

Wed, 28/02/2024 - 10:30
Emmanuel Macron répondant à la question sur l'envoi de troupes (Flux images : Elysée, Sélection : B2)

(B2) Une petite phrase à l'issue d'un sommet spécial sur l'Ukraine au sortir de l'Élysée. Et l'Europe s'enflamme. Aussitôt s'enclenche une machine bien rodée, consistant à réinterpréter la parole présidentielle, à l'amoindrir. Revenons aux sources exactes. Avant de les interpréter et les expliquer.

Quel propos ? Comment les interpréter ?

Qu'a dit exactement Emmanuel Macron, dans quel contexte ?

C'était au sortir de la réunion au sommet qu'il a convoquée à l'Élysée afin de franchir un cran dans le soutien à l'Ukraine (lire : [Verbatim] Face au durcissement russe, les Européens disposés à accélérer le mouvement).

Répondant à une question d'une journaliste (de l'agence Bloomberg) qui l'interroge sur la phrase du Slovaque Robert Fico parlant de son refus d'accepter l'envoi de troupes au sol, le président français répond illico, sans hésiter : « Tout a été évoqué ce soir de manière très libre et directe. Il n'y a pas de consensus aujourd'hui pour envoyer de manière officielle, assumer et endosser des troupes au sol. Mais en dynamique, rien ne doit être exclu. » Et d'ajouter : « Nous ferons tout ce qu'il faut pour que la Russie ne puisse pas gagner cette guerre. »

Et il justifie ensuite cette locution : « Beaucoup de gens qui disent : « jamais, jamais » aujourd'hui, étaient les mêmes qui disaient : « jamais, jamais des tanks, jamais, jamais des avions, jamais, jamais des missiles de longue portée, jamais, jamais ceci ... » il y a deux ans ». Avant de conclure : « Tout est possible si c'est utile pour atteindre notre objectif. »

Des forces au sol ?

Premièrement, chaque mot indiqué est pesé. Il ne s'agit pas d'un dérapage. Mais d'une explication claire, longue (plusieurs phrases), argumentée (but, moyens, justification). Emmanuel Macron parle bien ainsi de « troupes », « au sol », avec un objectif fixé : « que la Russie ne gagne pas la guerre ». Il n'est pas question d'envoyer quelques formateurs à l'arrière, des spécialistes de l'appui cyber, dans un coin de Kiev ou d'ailleurs (1), voire des personnels chargés de la maintenance des équipements militaires fournis aux Ukrainiens (Caesar, SAMP/T, Amx, etc.) ou de quelques officiers d'état-major ou d'agents de renseignement (2). Il n'y a pas de doute possible. Il s'agit, a priori, de forces de combat. Il le répète d'ailleurs clairement ensuite, l'objectif est bien de franchir une étape conséquente : « tout est possible si c'est utile pour atteindre notre objectif ».

Une option plus qu'un projet

Deuxièmement, on parle d'éventualité, « d'option ». Dans l'esprit d'Emmanuel Macron, c'est une idée à travailler, issue d'un brain storming : « tout a été évoqué ce soir de manière très libre et directe ». Il le précise d'ailleurs : « il n'y a pas de consensus » sur la question. On pourrait même dire : il n'y a aucun consensus. Mais a priori, pour la France, c'est une possibilité sérieuse. A la question négative, de savoir « pourquoi la France n'y est pas favorable à ce stade » il répond immédiatement par une double négation (qui est positive) : « alors je n'ai absolument pas dit que la France n'y était pas favorable ». Mais il se refuse au nom de « l'ambiguïté des débats » de dire qui est pour. « Je dis que cela a été évoqué parmi les options. » En clair, on est dans une option à travailler (en fait déjà travaillée).

Des forces d'accompagnement

Bien sûr, on peut réinterpréter les propos, comme l'a fait le ministre des Armées. Sébastien Lecornu, devant la commission Défense de l'assemblée nationale mardi (27 février), évoque ainsi plutôt une « réflexion » engagée pour « faire différemment des choses dans notre accompagnement et notre aide à l'Ukraine », avec « quelques idées autour du déminage et autour de la formation ». C'est exact. Il y a bien plusieurs réflexions engagées, notamment dans le cadre de la mission de formation de l'UE (EUMAM Ukraine) pour tenir certaines formations sur place. Elle n'est pas encore aboutie. De même, une coalition « déminage » a été constituée entre vingt Alliés (dont la France), conduite par la Lituanie et l'Islande. Et une action est déjà démarrée en trio par les Roumains, Bulgares et Turcs pour le déminage maritime (mer Noire). Mais ce n'est pas de cela auquel fait référence le président de la République.

Pourquoi un tel propos ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce qui n'est pas juste un « bon mot ». J'en vois six qui peuvent s'additionner.

1° Un signal stratégique plutôt qu'un coup de fusil ?

Il y a tout d'abord une volonté de répondre aux rodomontades de menace de la Russie. Le principe est de dire : nous sommes capables d'aller plus loin dans notre coopération. De la même manière que la France (et les alliés) ont déjà envoyé plusieurs signaux stratégiques à la Russie depuis le début de l'intervention militaire de 2022 : une sortie pas trop discrète de sous-marins nucléaires de l'Ile Longue, des vols d'avions de chasse bien conditionnés, des manœuvres militaires, etc. Une sorte de dissuasion morale. La terminologie « « tout est possible si c'est utile » remplit cet objectif. Ce signal politique est intéressant à condition qu'il soit pris au sérieux.

2° Une préparation de l'opinion publique ?

Pour être dissuasif, ce message doit être crédible. Pour faire la différence et peser sur le terrain, il faudrait que la France et les Européens envoient plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d'hommes. Il faudrait aussi accepter un taux de perte notable, largement supérieur aux autres opérations extérieures (Balkans, Afghanistan, Sahel), de l'ordre de 10% à 20% des personnels envoyés. Les Français, Britanniques et Canadiens sont-ils prêts à assumer dans leurs rangs des centaines de morts et milliers de blessés ? Pas sûr. Du moins en l'état des opinions aujourd'hui.

3° Des options à travailler ?

L'envoi de troupes en nombre limité, par exemple de moniteurs (mentoring) qui accompagnent les troupes « de manière officielle » sur le terrain pourrait être possible, à terme. Idem dans le domaine maritime : il n'est pas interdit de penser à une aide de commandos marines à leurs homologues ukrainiens pour cibler la flotte russe et reconquérir la Crimée. Etc. Le point fondamental du raisonnement d'Emmanuel Macron, il ne faut pas dire « jamais, jamais ». Enfin, il pourrait être possible de déployer des forces en nombre en Moldavie, à titre bilatéral (le pays n'est pas membre de l'OTAN) afin de protéger ce territoire où les Russes ont créé une enclave militaire (la Transnistrie). Cette option fait d'ailleurs partie des « points de consensus » de la réunion. On passerait ainsi de la « planification froide » (comme diraient les militaires), c'est-à-dire toutes les idées possibles même les plus inimaginables, à de la planification chaude — des options réalistes.

4° Replacer la France dans la tête du peloton ?

Cette annonce permet concrètement à Emmanuel Macron de redorer un peu le blason terni par quelques déclarations précédentes dénonçant une OTAN en mort cérébrale en 2019 et surtout sa sortie sur la nécessité de « ne pas humilier la Russie » en juin 2022, en pleine présidence française de l'UE (lire : [Analyse] Un bon mot incompris qui laissera des traces). Ce qu'on appelle un « leurre » en termes militaires. Emmanuel Macron peut ainsi s'enorgueillir d'avoir été le premier à en parler et d'apparaitre aujourd'hui comme « un faucon ». Tous les autres pays sont obligés de dire : Non. La France apparait "premier de la classe" à moindre frais. On en oublierait presque que la France se classe aujourd'hui parmi les mauvais élèves en matière de soutien militaire à l'Ukraine (2), surclassée par le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne en chiffres nets, et plusieurs autres pays (Danemark, Pays-Bas, Suède...) en chiffres relatifs (ratio PIB ou rang militaire). Objectif réussi ! Chacun ne parle plus que de l'envoi de troupes. Opération de com' réussie. Chapeau bas l'artiste.

5° Apprendre à penser en Européens, sans l'OTAN ?

L'Alliance atlantique est la grande oubliée. Pas un seul mot d'Emmanuel Macron sur le sujet. Le président français parle d'Européens ou d'Alliés. Mais de l'organisation en tant que telle, rien, zéro, nada. Il le reconnait lui-même : « le but de la réunion » c'était de « décider en Européens ». Interrogé sur l'OTAN, le président français répond Europe. « L'Union européenne, c'est 30 % aujourd'hui de l'effort et de l'investissement militaire. » Cette guerre « est une guerre européenne ». C'est « aux Européens » de s'organiser (NB : Britanniques compris). Cela « fait partie de ce sursaut stratégique que j'évoque depuis sept ans ». Il ne faut pas « déléguer notre avenir à l'électeur américain » (une référence à une possible élection de Trump). Et d'ajouter : « Je crois dans une Europe de la défense. Je pense que c'est notre sol et notre continent. » NB : Une constante chez Emmanuel Macron qui retrouve un certain vibrato laissé de côté ces derniers temps.

6° La politique

Enfin, il ne faut pas oublier la donne électorale actuelle. La politique interne étant rarement absente dans les prises de position qu'Emmanuel Macron se plait à rendre parfois iconoclastes. En se mettant en position de chef des armées, comme l'ardent soutien de l'Ukraine, le président français point chez ses adversaires notamment le rassemblement national, mais aussi les Républicains (dans une certaine mesure) ou la France insoumise, leur « timidité » à soutenir l'Ukraine, voire une tendance russophile, faisant oublier ainsi sa propre timidité en faveur de l'Ukraine au début de l'intervention de 2022.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Des troupes non officielles bien présentes ?

Point à ne pas oublier, au passage, le président de la République confirme de manière explicite que de « manière non officielle », des troupes de plusieurs pays européens sont déjà au sol. Ce qui n'était pas tout à fait assumé depuis le début de la guerre. Par ce geste, Emmanuel Macron a ainsi franchi un pas. D'où la vigueur des dénégations dans plusieurs pays — des USA à la Suède en passant par le Royaume-Uni ou l'Allemagne. On sait aussi que la Pologne a envoyé des équipes de déminage de policiers, certes civils mais plutôt "costauds", en Ukraine en 2023.

  1. La réaction cyber est une des premières offres qu'a fait l'Europe, dès le début des tensions en janvier 2022 ! (lire : Cyberattaque en Ukraine. L’Europe et la France offrent leurs services. L’Unité de réaction rapide lituanienne prête à être déployée).
  2. Quelques uns de ces éléments sont déployés en toute discrétion.
  3. Si le chiffre donné par l'institut Kiel est un peu bas, il a le mérite de la méthodologie, ce que n'a pas le chiffrage donné par l'Assemblée nationale ou le ministère des Armées. Ce chiffre officiel est tout sauf fiable. Il ne déduit pas les remboursements à attendre de la facilité (500 millions d'euros) et il prend en compte de la valeur de remplacement au lieu de la valeur réelle ou de stock.

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