Face aux défis croissants liés au changement climatique et à la sécurité alimentaire, l'agriculture burkinabè est appelée à se réinventer. Agroéconomiste de formation et spécialiste des questions agricoles et environnementales, Wenmanegda Elie 2e Jumeau Dipama revient, dans une interview accordée à Lefaso.net, sur son parcours, ses engagements et sa vision d'une agriculture durable. Actuellement en Allemagne, où il poursuit ses recherches, il plaide pour une meilleure mise en œuvre des politiques publiques, la promotion d'une agriculture climato-intelligente et un rôle accru des jeunes dans la transformation du secteur.
Lefaso.net : Pouvez-vous revenir sur votre parcours universitaire et professionnel ?
Wenmanegda Elie 2e Jumeau Dipama : Merci beaucoup pour l'opportunité qui m'est offerte à travers votre média de partager mon expérience. Tout d'abord je veux rendre toute la gloire à Dieu, et aussi apprécier toutes ces personnes qu'il a utilisées et continue d'utiliser pour me façonner. Mon parcours est avant tout une histoire de résilience, d'adaptation et de passion pour le développement. Après l'obtention de mon baccalauréat en 2011, je rêvais de devenir pilote de ligne. J'avais entrepris des démarches auprès de l'aéroclub du Burkina Faso et j'avais commencé à tisser des liens avec plusieurs pilotes, aussi bien dans l'aviation civile que dans l'armée de l'air du Burkina Faso. Mais ce projet n'a pas pu se concrétiser, notamment en raison des coûts élevés de la formation.
Face à cette réalité, j'ai dû redéfinir mon projet de vie. J'ai d'abord intégré la filière Sciences et technologies à l'université de Ouagadougou (aujourd'hui université Joseph Ki-Zerbo). Cependant, à la suite de certaines difficultés administratives et académiques, je n'ai pas pu poursuivre ce cursus comme prévu. J'ai alors pris la décision de me réorienter vers une formation en agroéconomie à l'Institut polytechnique privé Shalom (IPS), où j'ai complété le programme de la première année (Licence 1) jusqu'au Master avec une spécialisation en analyse des politiques et planification des projets agricoles.
C'est véritablement à ce moment que j'ai découvert ma vocation pour le secteur agricole. Au fil de mes études, j'ai travaillé et aussi réalisé des stages au Burkina, en Allemagne et en Tunisie, notamment au sein d'une entreprise agroalimentaire et de structures intervenant dans le développement rural. Ces expériences m'ont permis de mieux comprendre les réalités du terrain, les défis auxquels sont confrontés les producteurs, mais aussi les opportunités de transformation du secteur agricole.
Elie Dipama a un frère jumeau que voiciEn parallèle de mes études, je me suis fortement engagé dans des actions de volontariat et de développement communautaire. J'ai notamment servi comme volontaire national au sein du Programme national de volontariat au Burkina Faso (PNVB), où j'ai contribué à la conception et à la mise en œuvre d'initiatives agricoles au profit des ménages et des Personnes déplacées internes (PDI). Cet engagement m'a permis de travailler directement avec des producteurs et des jeunes, et de mieux comprendre les besoins des communautés rurales.
Je me suis également impliqué dans des initiatives environnementales à travers l'ONG Greening Africa Together, où j'ai participé à des projets de reforestation, de formation de femmes et jeunes à la mise en place de pépinières de plantes, de recyclage des déchets plastiques et à des activités de sensibilisation sur la gestion durable des ressources naturelles.
Animé par la volonté d'apporter des solutions concrètes aux défis agricoles, j'ai cofondé par la grâce de Dieu en 2021 Green Field Consortium, une entreprise sociale. Nous sommes spécialisés dans l'accompagnement dans l'entrepreneuriat agricole et dans la promotion de solutions innovantes pour une agriculture durable et résiliente, et sur aussi les technologies environnementales.
Ces engagements m'ont également ouvert les portes de plusieurs opportunités internationales. J'ai participé à des programmes d'échanges et de formation dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, au Togo et au Bénin, autour de l'agroécologie et de l'innovation agricole. En 2023, j'ai eu l'honneur d'être sélectionné comme Mandela Washington Fellow dans le cadre du programme Young African Leaders Initiative (YALI) du gouvernement des États-Unis, où j'ai suivi une formation en leadership et en entrepreneuriat à l'université Purdue dans l'État d'Indiana.
Elie Dipama préconise une collaboration étroite entre chercheurs et agriculteurs afin d'obtenir des résultats plus probantsAujourd'hui, je poursuis mes activités de recherche et d'innovation dans le domaine de l'agriculture durable et du climat. Je conduis mes travaux au Centre de développement rural (SLE) de l'université Humboldt de Berlin où je suis également associé de recherche. Cette opportunité m'a été offerte grâce à une bourse du gouvernement allemand, à travers la Fondation Alexander von Humboldt, dans le cadre du programme International Climate Protection Fellowship. Ce programme d'excellence permet à une dizaine de jeunes professionnels repartis sur l‘Afrique, l'Asie et l'Amérique latine engagés dans la protection du climat de mener des travaux de recherche développement en Allemagne. J'ai intégré ce programme en 2025 avec l'ambition de développer des solutions innovantes pour renforcer la résilience de l'agriculture face aux changements climatiques, en particulier en Afrique.
Qu'est-ce qui a motivé votre engagement dans votre domaine d'expertise ?
Je dirais que ma motivation est à la fois de Dieu et aussi de ma famille. Après le baccalauréat mon père que je salue au passage, m'avait encouragé à m'orienter vers des études en agronomie. À l'époque, mon rêve était plutôt de devenir pilote, et je ne me projetais pas du tout dans ce domaine.
Au fil du temps et de mon parcours universitaire, mon orientation vers l'agriculture s'est progressivement imposée, notamment à travers mes études en agroéconomie. Le contact direct avec les agriculteurs et les réalités du terrain a été déterminant. C'est à ce moment que la passion pour ce secteur est réellement née.
Aujourd'hui, avec le recul, je suis convaincu que l'agriculture est le domaine dans lequel je peux avoir un impact concret, notamment en travaillant avec les communautés, en apprenant et partageant des connaissances pour contribuer à la transformation du secteur. Même si le métier de pilote reste fascinant, je pense que mon engagement dans l'agriculture me permet d'apporter une contribution plus utile et durable à la société.
Qu'est-ce que cette opportunité en Allemagne représente pour vous, tant sur le plan professionnel que personnel ?
Sur le plan professionnel, cette expérience m'offre l'opportunité d'intégrer un réseau particulièrement riche. En matière de recherche, l'Allemagne figure parmi les pays les plus avancés en Europe, ce qui constitue pour moi un cadre idéal d'apprentissage et de perfectionnement.
L'institut au sein duquel je mène mes travaux de recherche dispose d'une expertise reconnue dans le domaine agricole, notamment en matière de formation, de développement et de coopération internationale. Fort d'une longue expérience, il se distingue par l'excellence de ses approches et de ses interventions.
Elie Dipama a renforcé ses compétences à travers des séjours dans plusieurs paysCette immersion m'a permis de progresser significativement, notamment grâce à la qualité de mes collègues et des collaborations établies. J'ai également eu l'opportunité de participer à des rencontres scientifiques, des conférences et d'y faire des présentations. Ces expériences m'ont permis de découvrir d'autres réalités, aussi bien en Europe qu'en Asie. À titre d'exemple, j'ai pris part à une conférence en Indonésie, où j'ai pu échanger avec des chercheurs et des agriculteurs, et confronter mes analyses à d'autres contextes.
L'ensemble de ces échanges, qu'ils se déroulent lors de colloques ou à travers des plateformes de recherche, contribue à enrichir considérablement mon parcours.
Je tiens, à cet égard, à exprimer ma gratitude au gouvernement allemand ainsi qu'à la Fondation Alexander von Humboldt pour cette opportunité. Ce programme offre non seulement un réseau solide, mais également des moyens conséquents pour mener à bien des travaux de recherche dans de bonnes conditions.
Sur le plan personnel, cette expérience est tout aussi enrichissante. Il s'agit de mon deuxième séjour en Allemagne dans le cadre de la recherche, ce qui me permet de consolider mes acquis tout en découvrant de nouvelles perspectives. Vivre dans un environnement différent favorise l'ouverture d'esprit, renforce la capacité d'adaptation et de résilience, et offre l'opportunité d'apprendre des autres cultures.
Les interactions quotidiennes et les rencontres que je fais contribuent également à mon épanouissement personnel. Elles me permettent d'intégrer de nouvelles idées, de partager mes expériences et de tirer profit des échanges humains.
Selon vous, quels sont aujourd'hui les principaux défis liés à l'adaptation de l'agriculture burkinabè face aux changements climatiques ?
Les défis sont effectivement importants, mais il faut aussi reconnaître les efforts déjà engagés par les différents acteurs du secteur agricole. Le ministère en charge de l'agriculture, les services techniques de l'État, les instituts de recherche, le secteur privé ainsi que les organisations de la société civile travaillent activement pour accompagner les producteurs face aux effets du changement climatique.
Malgré ces avancées, plusieurs défis majeurs persistent. Le premier concerne la gestion durable des ressources naturelles, notamment l'eau et les sols. L'agriculture burkinabè reste encore très dépendante des pluies, dont la variabilité devient de plus en plus marquée avec les changements climatiques. À cela s'ajoutent la dégradation des terres, la baisse de la fertilité des sols et la pression sur les ressources forestières.
Un autre défi important concerne la diffusion des connaissances et des innovations agricoles. Le Burkina Faso dispose de chercheurs et d'institutions de recherche de grande qualité, notamment au sein de l'Institut de l'environnement et de recherches agricoles (INERA) et d'autres centres. Cependant, l'enjeu principal réside souvent dans la vulgarisation et l'appropriation de ces innovations par les producteurs.
C'est d'ailleurs sur cet aspect que portent en partie les travaux de recherche que je mène actuellement en Allemagne, dans le cadre de mon programme. Mon travail s'intéresse notamment aux approches de renforcement des capacités, en particulier au modèle Training of Trainers (ToT), qui consiste à former des formateurs capables à leur tour de transmettre efficacement les connaissances et les bonnes pratiques aux producteurs sur le terrain. Cette approche permet de multiplier l'impact des formations et d'accélérer la diffusion des innovations agricoles adaptées au changement climatique.
Selon l'expert, l'agriculture durable constitue un levier essentiel pour le développement du continent africainPar ailleurs, la question de la restauration des écosystèmes et de la gestion des ressources forestières demeure également cruciale. Les campagnes de reboisement existent déjà, mais il est important de renforcer le suivi, l'entretien et la responsabilisation des acteurs afin d'assurer la survie et l'impact réel des arbres plantés. En ce sens on pourrait introduire des concepts comme “le parrainage des plantes”, où des parrains contribuent à l'entretien des jeunes plants qu'ils auraient plantés ou non en mettant à disposition les ressources nécessaires pour leur survie. Ils pourront passer à souhait les entretenir, cueillir les fruits à maturité, et un rapport leur sera fait sur la croissance des plantes.
En résumé, les principaux défis se situent à trois niveaux : la gestion durable des ressources naturelles, le renforcement des mécanismes de vulgarisation agricole et l'accompagnement des producteurs dans l'adoption de pratiques plus résilientes face aux changements climatiques.
Vous êtes un expert en agriculture climato-intelligente. Pouvez-vous nous expliquer ce concept ? Et comment percevez-vous son rôle dans la transformation durable du secteur agricole au Burkina Faso ?
L'agriculture climato-intelligente est une approche spécifique qui vise à transformer les systèmes agricoles afin de les rendre à la fois plus productifs, plus résilients et plus durables. Elle s'inscrit dans une logique de sécurité alimentaire, en mettant l'accent sur l'amélioration des rendements, l'optimisation des intrants, l'adoption de variétés améliorées et la promotion des cultures associées.
Par exemple, l'association du maïs et du niébé constitue une pratique pertinente. Le niébé, en tant que légumineuse, a la capacité de fixer l'azote atmosphérique grâce aux nodosités présentes au niveau de ses racines. Ce processus enrichit le sol et permet aux autres cultures de mieux se développer en bénéficiant de cet apport nutritif.
Au-delà de la productivité, l'agriculture climato-intelligente intègre également une dimension essentielle d'adaptation aux changements climatiques. Elle repose, dans ce sens, sur la promotion de pratiques agroécologiques, la gestion durable de l'eau et la diversification des cultures. Cette diversification est particulièrement importante, car elle permet de réduire les risques liés aux aléas climatiques. En effet, en cultivant plusieurs spéculations, les agriculteurs augmentent leurs chances de sécuriser une production, même en cas de sécheresse ou de perturbations climatiques.
Un troisième pilier de cette approche concerne l'atténuation des effets du changement climatique à travers la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cela passe par des pratiques telles que la séquestration du carbone, notamment grâce à l'agroforesterie, l'utilisation d'intrants organiques comme le biochar, la réduction de l'usage des engrais chimiques, ainsi que la gestion durable des déchets agricoles. Ces actions s'inscrivent dans une logique de bioéconomie et d'économie circulaire au niveau des exploitations.
Ainsi, l'agriculture climato-intelligente repose sur trois axes principaux : l'augmentation de la productivité, le renforcement de la résilience et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Son rôle est particulièrement déterminant dans la transformation durable du secteur agricole burkinabè. En effet, la hausse du coût des intrants, exacerbée par des crises internationales comme celle liée au conflit en Ukraine, a mis en évidence la dépendance des systèmes agricoles aux ressources extérieures, notamment en matière d'engrais.
Depuis l'Allemagne, Elie Dipama mène de nombreuses initiatives en faveur du développement agricole et de la protection de l'environnement au Burkina FasoDans ce contexte, promouvoir l'agriculture climato-intelligente revient à valoriser davantage les ressources locales, à renforcer l'autonomie des producteurs et à réduire cette dépendance. Il s'agit également de revisiter certaines pratiques traditionnelles, longtemps utilisées par les générations précédentes, mais progressivement abandonnées au profit d'une agriculture plus conventionnelle.
Aujourd'hui, l'enjeu est donc de réhabiliter ces pratiques, de les améliorer grâce aux connaissances scientifiques actuelles et de les adapter aux réalités contemporaines, afin de garantir un impact durable sur le secteur agricole.
Les politiques agricoles actuelles au Burkina Faso sont-elles suffisamment adaptées aux enjeux climatiques et économiques ? Si non, que faudrait-il améliorer ?
Le pays dispose déjà de plusieurs cadres stratégiques et programmes, notamment en matière d'adaptation aux changements climatiques, de sécurité alimentaire et de développement agricole. Des initiatives existent également pour intégrer les dimensions climatiques et économiques dans les politiques publiques notamment celles agricoles.
Le principal défi se situe au niveau de la mise en œuvre et de l'efficacité des dispositifs sur le terrain. Un des enjeux importants concerne l'orientation des investissements dans le secteur agricole. En effet, il est nécessaire d'améliorer la cohérence et l'efficacité des investissements, notamment en matière de gestion de l'eau, de restauration des sols et de modernisation des systèmes de production.
La fusion des portefeuilles de l'agriculture et de l'eau apparaît comme une avancée pertinente, ces deux domaines étant étroitement liés. À ce titre il convient de saluer les actions du ministère de l'Agriculture, de l'eau, des ressources animales et halieutiques sous le leadership du ministre d'État le commandant Ismaël Sombié. Les actions menées par ses équipes sur le terrain pour soutenir le secteur sont à encourager. Opérer de telles transformations nécessitent des réformes structurelles, à moyen et à long terme. Elles ne sauraient se faire à court terme.
Par ailleurs, la question de la vulgarisation agricole et du renforcement des capacités des producteurs avec des formations techniques adaptées sur la question demeure centrale. De nombreuses innovations existent, notamment en matière de stratégies d'adaptation au changement climatique, mais leur diffusion reste encore limitée.
En outre, Il est également important de renforcer le lien entre la recherche et le terrain. Le Burkina Faso dispose d'institutions de recherche solides, mais il est essentiel de favoriser davantage la co-construction des solutions avec les producteurs et les autres acteurs afin que les innovations répondent réellement aux besoins des exploitations agricoles.
Il est aussi important de repenser l'équilibre des dépenses publiques dans le secteur agricole, notamment en ce qui concerne les subventions des intrants. Si ces subventions sont nécessaires à court terme, une vision à moyen et long terme doit privilégier le renforcement de la recherche agricole en la matière. Cela permettra de développer des solutions locales, capables de réduire la dépendance extérieure.
Enfin, la structuration des chaînes de valeur agricoles et l'accès au marché restent des enjeux majeurs. Une meilleure organisation des filières permettrait de renforcer la compétitivité du secteur et d'améliorer les revenus des producteurs.
En somme, les politiques agricoles existantes sont globalement pertinentes. Toutefois, leur impact dépendra surtout de la capacité à renforcer leur mise en œuvre, à améliorer la diffusion des innovations et à accompagner davantage les producteurs dans la transition vers une agriculture plus résiliente face aux changements climatiques.
Qu'entend-on par décarbonation dans le secteur agricole, et quelles solutions concrètes pourraient être mises en œuvre dans le contexte burkinabè ?
La décarbonation de l'agriculture n'est pas un concept aussi complexe qu'on pourrait le penser. Elle repose essentiellement sur deux axes stratégiques : d'une part, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et d'autre part, le renforcement de la capacité des systèmes agricoles à stocker le carbone.
Dans le secteur agricole, plusieurs sources d'émissions peuvent être identifiées. Le dioxyde de carbone (〖CO〗_2) provient notamment de l'utilisation d'équipements motorisés, tels que les tracteurs, mais aussi les activités de déforestation, qui réduisent considérablement la capacité des écosystèmes à stocker le carbone. La dégradation des sols constitue également un facteur important, dans la mesure où le carbone est en grande partie stocké dans la matière organique des sols.
Par ailleurs, les arbres jouent un rôle essentiel dans la séquestration du carbone. Grâce au processus de photosynthèse, ils captent le dioxyde de carbone et le stockent dans leur biomasse ainsi que dans le sol. Ils constituent ainsi de véritables puits de carbone.
D'autres gaz à effet de serre sont également en cause, notamment le méthane (〖CH〗_4), principalement issu de l'élevage des ruminants, et le protoxyde d'azote (N_2 O), lié à l'utilisation d'engrais azotés, tels que le NPK.
Ainsi, la décarbonation de l'agriculture consiste à agir simultanément sur ces deux leviers : réduire les émissions de gaz à effet de serre et accroître la séquestration du carbone.
Pour y parvenir, plusieurs actions peuvent être envisagées. Il s'agit notamment de réduire l'usage des intrants chimiques, en privilégiant des approches progressives comme la microdose, plutôt que leur suppression brutale. L'optimisation des systèmes d'élevage est également essentielle, tout comme la lutte contre la déforestation. Les prélèvements au niveau des forêts qui doivent être strictement encadrés par les services compétents.
En parallèle, il est nécessaire de renforcer les mécanismes de séquestration du carbone. Cela passe par la promotion de la reforestation et de l'afforestation (planter des arbres sur des terres qui n'étaient pas des forêts auparavant), mais aussi par l'amélioration de la gestion des sols, notamment à travers l'augmentation de la matière organique.
Deux principaux leviers de séquestration peuvent ainsi être mobilisés : les sols, via leur teneur en matière organique, et les arbres, à travers leur biomasse.
Dans le contexte du Burkina Faso, certaines pratiques apparaissent particulièrement pertinentes. L'agroforesterie constitue un levier majeur, dans la mesure où elle permet de concilier production agricole et stockage du carbone. L'utilisation d'intrants organiques, tels que le biochar combiné au compost, représente également une alternative intéressante.
À titre d'exemple, des espèces comme le Faidherbia albida présentent de nombreux avantages. En plus de contribuer au stockage du carbone, elle améliore la fertilité des sols et participent à la lutte contre l'érosion, ce qui en fait un atout précieux pour les systèmes agricoles.
Il est important de souligner que le Burkina Faso ne figure pas parmi les grands émetteurs de gaz à effet de serre. Toutefois, le pays subit de plein fouet les effets du changement climatique, comme l'ensemble des pays de la zone tropicale.
Dans ce contexte, il est essentiel d'anticiper et d'intégrer dès à présent les principes de décarbonation dans la transformation du secteur agricole. Contrairement à certaines régions du monde où les systèmes agricoles sont déjà fortement industrialisés, le Burkina Faso dispose encore d'une marge de manœuvre pour adopter des pratiques durables.
Cela représente une opportunité stratégique : celle de construire un modèle agricole productif, résilient et respectueux de l'environnement, tout en évitant les erreurs observées ailleurs.
L'expert encourage les jeunes entrepreneurs agricoles à se former davantage pour relever les défis du secteurSelon vous, quel rôle stratégique les entrepreneurs agricoles peuvent-ils jouer dans la modernisation et la transition vers une agriculture durable en Afrique et particulièrement au Burkina Faso ?
Je pense que les entrepreneurs agricoles ont un rôle déterminant à jouer dans la transformation du secteur. En effet, dans de nombreux pays africains, et particulièrement au Burkina Faso, le système agricole reste majoritairement dominé par une agriculture de subsistance.
La taille moyenne des exploitations agricoles y est relativement petite, généralement comprise entre 3 et 5 hectares. Bien que certains producteurs disposent de superficies plus importantes, cette réalité traduit un modèle orienté principalement vers l'autoconsommation.
Dès lors, l'enjeu majeur consiste à faire évoluer ce modèle vers une agriculture plus productive et tournée vers le marché. Il ne s'agit plus seulement de produire pour nourrir sa famille, mais également de générer des excédents destinés à la commercialisation, voire à l'exportation. Cette transition est essentielle pour dynamiser le secteur agricole et renforcer son rôle dans l'économie nationale.
Dans ce processus, les entrepreneurs agricoles apparaissent comme des acteurs clés. Ils ont la capacité d'impulser une dynamique de modernisation, en introduisant de nouvelles pratiques, des technologies adaptées et des modèles économiques plus performants.
L'un des défis majeurs reste toutefois l'attractivité du secteur pour les jeunes. Pendant longtemps, l'agriculture a été perçue comme une activité pénible, reposant essentiellement sur des outils rudimentaires tels que la daba ou la houe. Cette pénibilité a contribué à l'exode rural et au désintérêt des jeunes pour ce secteur.
Cependant, on observe aujourd'hui un regain d'intérêt, porté notamment par les initiatives du gouvernement, du secteur privé et de divers acteurs du développement, qui œuvrent à redynamiser l'agriculture.
Dans ce contexte, les entrepreneurs agricoles ont un rôle stratégique à jouer. Ils peuvent contribuer à transformer les pratiques, même à partir de moyens modestes, en introduisant progressivement des innovations et en structurant les activités agricoles.
Toutefois, cette modernisation doit impérativement intégrer une dimension de durabilité. Il ne s'agit pas uniquement d'accroître la production ou de recourir à des équipements plus performants, mais aussi de repenser les modes de production afin de construire une agriculture respectueuse de l'environnement et viable sur le long terme.
Dans vos travaux, comment intégrez-vous les dimensions économiques et climatiques dans la planification des projets agricoles ?
Dans la planification des projets agricoles, il est essentiel d'intervenir dès la phase amont, afin d'anticiper les besoins et de maximiser les chances de succès, notamment au niveau des sources de financement. En effet, de nombreux projets dépendent de partenaires financiers dont les orientations influencent fortement les choix stratégiques.
Dans ce contexte, il est primordial d'intégrer, dès la conception des projets, les dimensions climatiques et économiques. Cela implique une allocation judicieuse des ressources, afin de répondre efficacement aux besoins liés à la production, à la transformation et à la commercialisation.
Toutefois, l'analyse ne doit pas se limiter seulement à la rentabilité financière et/ou économique. Il est également indispensable de prendre en compte d'autres dimensions, notamment les aspects sociaux et environnementaux. L'intégration de ces différents paramètres permet d'adopter une approche plus globale et cohérente.
Ainsi, l'élaboration des projets agricoles doit reposer sur une vision holistique, prenant en compte l'ensemble des enjeux, afin de garantir leur durabilité et leur efficacité à long terme.
En tant que jeune burkinabè de la diaspora, quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confronté ?
L'une des principales difficultés, dans certains contextes, réside dans le fait de retrouver ses compatriotes. Pour ma part, lorsque je séjourne à l'étranger, j'ai pour habitude de me rapprocher de l'ambassade du Burkina Faso dans le pays d'accueil. Cela me permet de créer un lien avec la communauté burkinabè et de maintenir le sentiment d'appartenance.
La vie en communauté est en effet très importante. Toutefois, il est tout aussi essentiel de savoir s'ouvrir aux autres. Il ne faut pas se limiter à son seul cercle communautaire, mais également aller à la rencontre d'autres cultures et d'autres horizons. Cette ouverture peut représenter un défi pour certaines personnes.
Par ailleurs, l'adaptation à l'alimentation constitue une autre difficulté non négligeable. Les plats locaux comme le tô, peuvent parfois nous manquer. Néanmoins, lorsque les conditions le permettent, il est possible de recréer ces habitudes culinaires.
De manière générale, les défis portent donc à la fois sur la capacité à s'intégration et à s'ouvrir à d'autres environnements. Pour les jeunes Burkinabè à l'étranger, il est recommandé de prendre attache avec nos représentations diplomatiques dans leur pays d'accueil, tout en développant leur réseau au-delà de leur communauté d'origine.
Il est important de ne pas se renfermer. Certains jeunes éprouvent encore des difficultés à s'affirmer ou à aller vers les autres. Pourtant, nombreux sont ceux qui parviennent à s'intégrer pleinement, à avoir un impact dans leur pays d'accueil, tout en contribuant également au développement du Burkina Faso à travers leurs initiatives et leurs actions.
Quelles actions menez-vous pour contribuer au développement socio-économique du Burkina Faso ?
Je travaille avec une excellente et compétente équipe de jeunes au sein d'une entreprise sociale que nous avons cofondée, Green Field Consortium. Cette initiative vise à accompagner les acteurs locaux, principalement au Burkina Faso, avec l'ambition d'étendre progressivement nos actions à d'autres pays de la sous-région.
Nos interventions se concentrent principalement sur deux domaines : l'agriculture et l'environnement. À travers nos activités, nous cherchons à promouvoir une agriculture durable et à contribuer à la production de denrées agricoles saines, accessibles aux populations locales tout en répondant, à terme, aux exigences des marchés plus larges.
Concrètement, Green Field Consortium mène plusieurs types d'actions sur le terrain. Nous accompagnons des producteurs et les agripreneurs dans la mise en place et la gestion de leurs exploitations agricoles, à travers des services de conseil, de suivi technique et de planification des activités agricoles. Nous intervenons également dans la conception de fermes intégrées et dans la promotion de pratiques agroécologiques telles que l'agroforesterie, la production de biofertilisants et l'utilisation de techniques de gestion durable des sols.
Parallèlement, nous développons des initiatives en faveur de la protection de l'environnement et de la gestion durable des ressources naturelles, notamment à travers des actions de sensibilisation, de formation et d'accompagnement des communautés rurales sur les enjeux liés au changement climatique.
Nous collaborons étroitement avec différents acteurs locaux, notamment des ONG, des organisations communautaires et des porteurs de projets agricoles. Nous organisons également des sessions de formation destinées aux jeunes et à certains groupes vulnérables, afin de leur permettre d'acquérir des compétences pratiques et de développer des activités génératrices de revenus dans le secteur agricole.
Dans cette dynamique, nous avons également mis en place une ferme-école, qui sert de cadre d'apprentissage pratique pour les jeunes stagiaires et les porteurs de projets agricoles. À travers cet espace, nous mettons l'accent sur la transmission de compétences en agriculture durable, en entrepreneuriat agricole et en gestion des exploitations.
Je tiens également à saluer l'engagement de notre équipe basée au Burkina Faso, qui poursuit les activités sur le terrain avec beaucoup de détermination malgré les contraintes. Même lorsque je suis à l'étranger, nous continuons à travailler de manière coordonnée grâce à cette équipe compétente et à l'appui de partenaires locaux qui accompagnent nos initiatives.
Pour toute prise de contact avec l'expert :dipelie@yahoo.frPar ailleurs, dans le cadre de mes travaux de recherche actuels, je développe un “training package”, un ensemble structuré de modules de formation destinés à renforcer les capacités des jeunes agripreneurs souhaitant s'engager dans une agriculture durable. Cet outil pédagogique, actuellement en phase de finalisation, comprend plusieurs modules portant notamment sur les fondements de l'agriculture durable centrée sur la communauté, les principes et pratiques de l'agroécologie, les stratégies d'économie d'eau, les modèles d'agribusiness intelligents face au changement climatique, l'agroforesterie, les opportunités liées aux mécanismes de finance carbone communautaire et bien d'autres.
L'objectif est de mettre ces ressources à la disposition d'institutions nationales, notamment le ministère en charge de l'agriculture, ainsi que des structures d'accompagnement des acteurs du monde rural. À travers ce dispositif, nous souhaitons contribuer à la formation d'une nouvelle génération d'entrepreneurs agricoles capables d'innover, de créer de la valeur et de participer activement au développement socio-économique du Burkina Faso.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent poursuivre leurs études ou se former à l'étranger ?
Je dirais qu'il est toujours bénéfique de sortir de son environnement habituel dans la mesure du possible. Voyager et découvrir d'autres contextes permet d'élargir considérablement son ouverture d'esprit. Être confronté à de nouvelles réalités, rencontrer d'autres personnes et observer ce qui se fait ailleurs constituent de véritables sources d'apprentissage.
Ces expériences offrent l'opportunité de s'inspirer de pratiques innovantes, sans pour autant tomber dans une simple reproduction. Il s'agit plutôt d'adapter ces acquis aux réalités locales afin d'impulser une nouvelle dynamique, notamment au Burkina Faso.
J'encourage donc vivement les jeunes à multiplier les expériences à l'international, que ce soit à travers des voyages d'études, des séjours de courte durée ou des formations spécialisées dans des domaines pointus.
Ces opportunités d'apprentissage et d'ouverture doivent ensuite servir un objectif plus large : contribuer au développement de leur pays, en mettant à profit les connaissances et les compétences acquises ailleurs.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes burkinabè qui aspirent à évoluer dans les domaines de l'agriculture et de l'environnement ?
Le secteur agricole offre aujourd'hui de réelles opportunités. C'est un domaine passionnant, qui regorge encore de nombreuses possibilités, aussi bien sur le plan de la production agricole que dans les domaines liés à la protection de l'environnement et à l'innovation.
J'encourage donc les jeunes à ne pas hésiter à s'y engager, tout en acceptant de commencer modestement. Il n'est pas nécessaire de disposer dès le départ de moyens financiers très importants. L'essentiel est de poser des bases solides. Cela passe avant tout par la formation, qui demeure un facteur déterminant pour réussir dans ce secteur.
Il est également important d'évoluer progressivement, en mobilisant des moyens adaptés à son niveau de développement et en faisant preuve de patience. La persévérance est une qualité essentielle pour construire un projet agricole durable.
Aujourd'hui, on observe une multiplication des initiatives, notamment le long de certains grands axes routiers où de nouvelles exploitations agricoles voient le jour. Cette dynamique est encourageante. Toutefois, on constate aussi que certaines de ces initiatives ne parviennent pas toujours à se maintenir dans la durée. Après quelques années, certaines fermes cessent leurs activités, souvent en raison d'un manque de préparation au départ.
Dans bien des cas, cela s'explique par des investissements réalisés dans la précipitation, sans une formation suffisante des porteurs de projets, sans une planification rigoureuse de l'utilisation des ressources financières et matérielles, et parfois sans une véritable étude de marché préalable. Or, ces éléments sont essentiels pour assurer la viabilité et la pérennité d'un projet agricole.
À celles et ceux qui sont déjà engagés dans ce secteur, j'adresse mes encouragements. Les défis sont nombreux, mais les perspectives le sont tout autant. L'agriculture reste un secteur stratégique, porteur d'avenir et riche en opportunités pour les jeunes.
En somme, il est important de se lancer, mais surtout de bien se préparer, de se former continuellement, d'avancer étape par étape et de construire des projets solides, capables de durer dans le temps.
Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs publics pour une agriculture burkinabè plus durable et respectueuse de l'environnement ?
Avant tout, je tiens à saluer les efforts déjà engagés par les autorités publiques, les ministères sectoriels, le secteur privé et les organisations non gouvernementales qui œuvrent au quotidien pour le développement du secteur agricole et la protection de l'environnement. Les initiatives mises en place sur le terrain témoignent d'une réelle volonté d'accompagner la transformation du secteur.
Toutefois, il me semble important d'insister sur la nécessité de renforcer la mise en œuvre effective des politiques publiques. Les stratégies existent et plusieurs résultats sont déjà visibles, mais leur impact pourrait être encore plus important si la coordination entre les différents acteurs était davantage consolidée.
Dans cette perspective, il est essentiel de promouvoir une approche plus participative dans l'élaboration et la mise en œuvre des politiques agricoles et environnementales. La co-construction avec les acteurs de terrain, notamment les agriculteurs, est fondamentale. Une politique, aussi pertinente soit-elle, ne peut produire des résultats durables que si elle prend pleinement en compte les réalités locales et implique directement les communautés concernées.
Il est également important de reconnaître et de valoriser la résilience du monde rural, qui continue de faire face à de nombreuses contraintes climatiques, économiques et sécuritaires. Les producteurs jouent un rôle central dans la sécurité alimentaire du pays et méritent d'être davantage accompagnés et soutenus.
Par ailleurs, j'encourage un renforcement du dialogue et de la collaboration entre les différents acteurs du développement à savoir les pouvoirs publics, le secteur privé, les institutions de recherche, les organisations de la société civile et partenaires techniques afin de créer une véritable dynamique collective autour de la transformation durable de l'agriculture.
Enfin, je réitère mes félicitations à l'ensemble des acteurs engagés sur le terrain, en particulier aux autorités en charge du ministère de l'Agriculture, de l'eau, des ressources animales et halieutiques, pour les efforts consentis quotidiennement. Depuis l'extérieur, les avancées sont perceptibles et suscitent même l'admiration de l'avis de certains observateurs.
Il est donc essentiel de poursuivre les actions dans cette dynamique, en renforçant l'engagement de tous les acteurs, car le développement durable du pays repose avant tout sur l'implication collective de ses citoyens.
Propos recueillis en ligne par Samirah Bationo
Lefaso.net
La Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes (BMCRF) a annoncé, ce lundi 13 avril 2026 à Ouagadougou lors d'une conférence de presse, la saisie d'une importante quantité de cigarettes non conformes à la réglementation en vigueur. Cette opération d'envergure, menée sur toute l'étendue du territoire national, révèle de nombreuses irrégularités dans le secteur du tabac.
La BMCRF hausse le ton et promet de mettre en branle la machine de répression contre les contrevenants. « Tout contrevenant verra ses produits saisis et sera sanctionné conformément à la réglementation en vigueur », a-t-elle averti.
Adoptée en mars 2025 par le gouvernement burkinabè, la réglementation impose aux acteurs du secteur l'installation d'équipements spécifiques permettant d'apposer des stickers sécurisés sur les paquets, les cartouches et les cartons de cigarettes, aussi bien dans les unités de production locales que chez les fournisseurs étrangers.
Cependant, sur le terrain, regrette le coordonnateur général de la BMCRF, Sanibè Faho, cette réglementation peine à être appliquée. La date limite de mise en conformité, initialement fixée au 10 janvier 2026, a été prolongée jusqu'au 28 février 2026 à la suite d'inspections préliminaires ayant révélé de nombreux manquements.
Le coordonnateur général de la BMCRF, Sanibè Faho, annonce des mesures fortes pour traquer les contrevenantsÀ l'issue de ce délai, une mission de contrôle de la BMCRF a été conduite du 31 mars au 1ᵉʳ avril 2026 auprès des producteurs, importateurs, grossistes et détaillants de produits du tabac, afin de vérifier l'application effective de la réglementation. Celle-ci institue le Système de marquage, d'authentification, de suivi et de traçabilité (SMAT) des produits du tabac.
Le bilan de l'opération
Les opérations de contrôle ont permis de saisir 18 595 cartons de cigarettes, dont 3 451 avec stickers conformes, 2 332 avec stickers non conformes et 12 812 sans aucun sticker ; 8 526 cartouches, dont 4 232 conformes, 945 non conformes et 3 349 sans sticker ; 521 paquets, dont 38 conformes, 111 non conformes et 372 sans sticker.
Selon le coordonnateur général de la BMCRF, Sanibè Faho, l'opération a concerné 115 acteurs, dont trois producteurs, six importateurs et 106 grossistes et détaillants. Parmi eux, seuls six étaient en règle, contre 109 en infraction. S'agissant des producteurs, précise-t-il, un a entièrement achevé la mise en place du dispositif de marquage, tandis que deux autres sont en cours d'achèvement.
Un échantillon de la saisieAu regard de ces résultats, les responsables de la BMCRF notent une faible adhésion de certains acteurs aux exigences réglementaires. En conséquence, ils annoncent un renforcement des contrôles et des sanctions.
L'institution invite par ailleurs les fabricants, importateurs et distributeurs à se conformer sans délai aux dispositions en vigueur. Elle salue également la collaboration de la population avec les structures de contrôle et l'encourage à dénoncer toute pratique frauduleuse via les numéros verts suivants : 80 00 11 84 / 80 00 11 85 / 80 00 11 86.
Serge Ika Ki
Lefaso.net
« Nous ne voulons pas d'entreprises saprophytes, mais des entreprises qui constituent de véritables bassins de développement pour les populations qui les accueillent », a déclaré le Premier ministre, Jean Emmanuel Ouédraogo, ce lundi 13 avril 2026, à Ouagadougou. C'était au cours d'une audience que le chef du gouvernement a accordée au comité d'organisation du symposium national sur la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Menée par le Dr Alain Siri, directeur exécutif du Centre d'analyse des politiques économiques et sociales (CAPES), la délégation est venue faire le point sur les préparatifs de cet événement majeur qui s'ouvre ce mardi 14 avril à Ouagadougou.
A cette occasion Jean Emmanuel Ouédraogo a fermement cadré les attentes de l'État vis-à-vis du secteur privé. Il a exhorté les participants à tenir un discours de vérité pour identifier les réels freins à une RSE efficace.
Le Premier ministre a insisté pour que les conclusions du symposium débouchent sur des actions concrètes et structurées, intégrées aux politiques publiques. Ce symposium vise à fédérer les initiatives éparses pour créer une plateforme d'entreprises engagées, capables de transformer leurs pratiques quotidiennes en leviers de croissance sociale et économique durable pour le pays.
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Source : Primature du Burkina Faso
Le « Consommer local », une recommandation de tous les temps, a pris une proportion supplémentaire à travers surtout la troisième édition des Journées nationales d'engagement patriotique et de participation citoyenne qui s'est déroulée du 26 au 9 avril 2026 et placée sous le slogan évocateur : « Mon assiette, ma fierté ». Depuis le lancement de l'édition, le message a été porté par les autorités à tous les échelons, pour sensibiliser les Burkinabè à davantage adopter le réflexe de consommer les produits locaux. Si la pertinence de l'initiative et ses enjeux résistent à toute observation, les messages diffusés semblent, à l'observation générale, avoir omis de prendre en compte le principal maillon de la chaîne : le producteur. C'est à lui qu'incombe en premier lieu, la responsabilité d'adopter les pratiques culturales qui respectent les normes requises par les agents de l'agriculture et qui rassurent le consommateur, surtout en ce qui concerne les considérations sanitaires.
La troisième édition des Journées nationales d'engagement patriotique et de participation citoyenne (du 26 au 9 avril 2026) a certes refermé ses portes, mais l'esprit reste le même, au regard du rôle central du sujet dans la vie au quotidien. Mieux, elle se voit renforcée par le lancement officiel du « Mois du Patrimoine burkinabè », 18 avril-18 mai 2026. C'est dire qu'il faut se donner les moyens de maintenir la flamme allumée.
Les Burkinabè sont friands de produits locaux, il suffit d'observer dans les cérémonies, qu'elles soient officielles ou privées, dans les restaurants et même les habitudes dans les familles, pour s'en convaincre. À juste titre donc, lorsqu'on sait que « produire et consommer local » revêt plusieurs enjeux, notamment socio-économiques. C'est pourquoi faut-il apprécier à sa juste valeur, l'élan supplémentaire à travers la troisième édition des Journées nationales d'engagement patriotique et de participation citoyenne. Message relayé à tous les échelons par les représentants de l'État et autres personnes-ressources. Chaque Burkinabè est encouragé à l'appropriation du « consommer local ».
Dans cette quête, le message gagnerait en portée en prenant suffisamment en compte l'artisan principal, c'est-à-dire le producteur. Son rôle est crucial dans la vision enclenchée. Autant dire donc que sa responsabilité est grande dans un contexte où des méthodes de productions et/ou de transformations constituent de réels défis à relever. Malgré les consignes et conseils donnés par les agents de l'agriculture, dont il faut louer les efforts continus sur le terrain, des pratiques non adéquates ont toujours la peau dure. Des paysans aux petits producteurs de légumes, ils sont nombreux, par ignorance ou boulimie, à exposer leurs productions aux pesticides/herbicides frauduleux ou à leur usage excessif. Ce qui entretient, à tort ou à raison, la crainte des risques sur la santé humaine.
On a souvenance de ce rapportage d'un agent de l'agriculture, qui explique qu'au cours d'une visite inopinée dans des champs dans une région, son équipe, attirée par les odeurs dégagées par les pesticides, a voulu connaître l'identité de ceux-ci avec le producteur concerné. Après avoir vainement tenté d'esquiver, ce dernier finit par faire sortir les boîtes vides de pesticides qu'il avait pris le soin de camoufler sous les herbes, lorsqu'il a aperçu l'équipe. Confronté donc à sa propre attitude et à la dangerosité de son choix, le paysan va rétorquer à ses interlocuteurs : « comme ce n'est pas pour manger, c'est pour vendre ».
Sans présager de la proportion que représentent de telles attitudes, on peut tout de même relever que l'ampleur du travail continu des acteurs de l'agriculture sur le terrain contre les pesticides et herbicides non homologués, montre qu'il y a encore fort à faire à ce sujet. Céréales, fruits, légumes, feuilles ou autres produits transformés, n'échappent pas aux mauvaises pratiques en la matière. Tout le monde, sans exception, est ainsi exposé.
C'est pourquoi, il faut souhaiter que le message de ces troisièmes journées nationales d'engagement patriotique et de participation citoyenne se poursuive et en faisant focus sur le producteur, auquel il faut associer les transformateurs et les commerçants des produits locaux. Des sensibilisations de masses envers ces acteurs seront tout bénef, pour les consommateurs, ces acteurs de productions que pour l'État.
Si « consommer local » est un devoir patriotique, produire en toute conscience et en toute responsabilité l'est encore plus, car il constitue le point de départ. Autant les autorités portent haut l'idéal, autant les producteurs et même les commerçants des produits locaux se doivent de se sentir davantage interpellés sur la nécessité de bien produire et de bien transformer/conserver. L'exhortation à consommer local ne doit donc pas être perçue par eux comme un acquis pour dormir sur ses lauriers. Cela est d'autant fondamental que les produits locaux sont appelés à conquérir le marché international. La qualité doit donc être une marque des produits issus du Burkina, et cela est bien possible !
O.L
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Au cours de la matinée du 11 avril 2026, le village de Kissan a vibré au rythme de la culture dans le canton de Yaba. Femmes, enfants, jeunes, hommes et vieux étaient mobilisés pour accompagner la ferveur culturelle et traditionnelle ravivée par le Douti de Kissan Lawamagô Somozena. Les populations de Kissan et des villages voisins et environnants étaient fortement mobilisées pour célébrer la communion fraternelle, la solidarité autour des valeurs culturelles.
Pour sa 5ᵉ édition, la cérémonie coutumière annuelle n'a pas seulement célébré le passé ; elle a ravivé, avec une intensité rare, la culture, la flamme de la cohésion sociale indispensable au Burkina Faso. Entre effervescence culturelle et profondeur spirituelle, Kissan a prouvé que la tradition, loin d'être un vestige, demeure le socle le plus solide contre l'effritement social.
Un rendez-vous annuel d'une dignité exemplaire dont les échos résonneront longtemps dans le pays san. La fièvre culturelle était intense dans le village de Kissan avec une cérémonie riche en couleurs et en émotions. En effet, venus de l'ensemble des villages de la communauté san dans la province du Nayala, les populations n'ont pas voulu se faire conter cet événement qui est devenu une manifestation culturelle de référence en pays san.
Sur son cheval blanc et vêtu lui-même en blanc, une harmonie qui en dit long sur la noblesse de la manifestation et en compagnie des plus proches du trône ainsi que d'une partie des populations, le Douti de Kissan a procédé à la procession marquée par la visite des tombes des défunts chefs traditionnels.
Sous la clameur des femmes du village de Kissan et des populations dans leur ensemble, le Douti Lawamagô Somozena a pris place sur le trône bien dressé pour la cérémonie.
Autour de lui, les autres Douti des autres villages qui sont venus soutenir le village frère de Kissan dans le cadre de la cérémonie coutumière.
Parmi les chefs présents, le chef de Canton de Yaba, le chef de canton de Toma, le chef de canton de Kougny et plusieurs autres chefs de village, sans oublier les chefs traditionnels coutumiers mossi qui étaient également présents.
Pour l'occasion et à cause de la parenté à plaisanterie qui existe depuis des siècles entre Samos et Mossis, la cérémonie a connu la présence de la communauté Mossi. En guise d'une amitié et d'une fraternité entre le Douti de Kissan et le Larlé Naaba Tigré, une délégation a représenté le Larlé Naaba Tigré à cette cérémonie.
Sous un soleil de plomb mais dans une atmosphère empreinte de sérénité, l'invocation des ancêtres et les bénédictions rituelles ont ouvert un pont entre l'histoire et l'avenir. Face à toute l'assemblée, le Douti de Kissan, Lawamagô Somozena, a été honoré pour son rôle de bâtisseur de ponts et son dévouement absolu à la valorisation de la culture san par ses pairs.
S'exprimant au nom du chef de canton de Yaba, le Douti du village de Sena a tenu à saluer cette détermination, tout en soulignant la résonance culturelle et traditionnelle de cet événement. Il a ainsi exprimé la gratitude des autorités coutumières envers le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, dont les réformes législatives récentes redonnent à la chefferie traditionnelle sa place légitime au sein de l'État. Sous un soleil bien accablant mais qui n'entache en rien la mobilisation populaire, le représentant du chef de terre de Kissan a donné sa bénédiction pour la bonne réussite de l'événement.
Après lui, les différents chefs de quartier ont emboîté le pas pour implorer les ancêtres pour un bon déroulement de la cérémonie. Le chef de canton de Yaba a donné ses bénédictions ainsi que le chef de canton de Toma. Après eux, le chef de Kougny, un village voisin, a loué l'engagement du Douti de Kissan pour la valorisation des coutumes et traditions san.
Pour lui, le Douti de Kissan est un exemple de rassembleur qui honore la communauté san pour sa détermination à cultiver les valeurs ancestrales. Le Douti de Kissan par ses actions nobles en faveur de la culture et de la tradition inspire une véritable fierté d'appartenir à la communauté san, a dit le chef de canton de Kougny.
C'est l'intervention de l'hôte du jour, Lawamagô Somozena, qui a véritablement marqué les esprits. Par un plaidoyer remarquable, il a réitéré son engagement sans faille à faire des valeurs ancestrales le socle d'une résilience nationale. Pour le Douti de Kissan Lawamagô Somozena, cette cérémonie annuelle est un engagement pris depuis son intronisation de faire en sorte que la culture et la tradition soient célébrées et respectées. Pour le Douti de Kissan, sa détermination et son engagement pour la valorisation de la culture s'inscrivent dans la dynamique du serment pris officiellement devant les populations, les mânes des ancêtres, le 10 avril 2021, lors de son intronisation.
Pour lui, il s'agit de promouvoir la cohésion sociale et la paix au sein de la communauté. Cinq est symbolique et témoigne de la résilience des populations et de la proximité des populations, a martelé le Douti de Kissan. Il a indiqué qu'il y a deux ans, le village de Kissan a accueilli des déplacés internes, mais avec le travail acharné des plus hautes autorités du Burkina sur le terrain, tous les déplacés internes ont pu regagner leurs villages d'origine. Cela témoigne du travail abattu de jour comme de nuit par les forces de défense et de sécurité ainsi que les volontaires de la défense de la patrie pour une assise forte de la paix. Grâce à leur travail, les populations en détresse ont regagné leur village et arrivent ainsi à travailler à leur tour pour le développement du Burkina Faso.
Le Douti de Kissan Lawamagô Somozena a salué avec vigueur l'engagement des plus hautes autorités à valoriser les chefferies traditionnelles et coutumières au Burkina Faso, notamment depuis l'adoption de la loi sur le statut des chefs coutumiers et traditionnels, le 14 janvier 2026.
Pour lui, la loi relative au Bu Kaore qui permet une meilleure implication des chefferies traditionnelles et coutumières dans le règlement des conflits et la pacification des rapports en société constitue une initiative salutaire qui réjouit énormément. Cela consacre une victoire et représente une consécration véritable de la paix sociale à travers le travail des chefferies coutumières et traditionnelles.
Le Douti Lawamagô Somozena a rappelé que le canton de Toma a initié des actions de sensibilisation au profit des chefferies coutumières et traditionnelles afin de permettre à ces chefs de s'approprier toutes ces lois en vue d'une meilleure mise en œuvre.
Cette initiative de sensibilisation va se poursuivre dans le canton de Yaba et ensuite dans le canton de Kougny. « Ce qui me réjouit, c'est le fait que cette reconnaissance officielle du statut et des attributs des chefs coutumiers et traditionnels nous a trouvé dans une dynamique qui nous donne aujourd'hui les instruments nécessaires pour mieux nous engager pour continuer le combat aux côtés des autres chefs de notre contrée », a laissé entendre le Douti Lawamagô Somozena de Kissan.
Prenant la parole au nom de la famille princière, le frère aîné du Douti de Kissan, le colonel Christophe Ky, a salué l'engagement du Douti pour la paix et surtout la valorisation des coutumes et traditions dans le village et au sein de la communauté san. Pour lui, cette posture confère toute la fierté à la communauté san. Ainsi, il a invité l'ensemble des populations à faire leur cette fierté san et à œuvrer pour la paix et la cohésion sociale.
Chants et danses traditionnels ont eu lieu pour égayer le grand public qui a fait le déplacement de Kissan. C'est sous une note de grande satisfaction que le rendez-vous a été pris pour l'édition prochaine avec la même ferveur.
R. K. (correspondance particulière)
Le ministère de l'Économie et des finances a publié ce lundi 13 avril 2026, la liste officielle des structures habilitées à exercer des activités de microfinance sur l'ensemble du territoire national. Cette mesure fait suite à l'application de la loi n°001-2025/ALT du 13 février 2025, qui renforce le cadre réglementaire du secteur au Burkina Faso.
Le Ministère précise que seules ces 120 institutions sont légalement autorisées à effectuer la collecte de l'épargne auprès du public, l'octroi de crédits aux particuliers et entreprises, et les engagements par signature.
Cette publication vise à protéger l'épargne des citoyens et à assainir le secteur financier en écartant les structures illégales ou non reconnues. Le gouvernement invite les populations à la plus grande vigilance et à ne traiter qu'avec les établissements figurant sur cette liste officielle pour garantir la sécurité de leurs transactions.
Consulter la liste de ces 120 institutions de microfinance autorisées ci-dessous.
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Ouagadougou accueille, du 13 au 15 avril 2026, un atelier régional consacré au renforcement du leadership féminin au sein des Forces de défense et de sécurité (FDS) du Sahel. Initiée par le Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité, Genève (DCAF), cette rencontre a réuni une vingtaine de femmes issues du Burkina Faso, du Mali et du Niger, membres de l'Alliance des États du Sahel (AES).
Cet atelier s'inscrit dans une dynamique de promotion de la participation effective des femmes dans les institutions sécuritaires. Il vise également à outiller les points focaux genre afin qu'elles deviennent de véritables actrices de changement, capables d'influencer les orientations stratégiques de leurs structures respectives face aux inégalités de genre et aux obstacles structurels persistants.
Durant trois jours, les participantes bénéficieront donc de sessions de formation axées sur le développement du leadership, le plaidoyer institutionnel et le partage d'expériences.
La conseillère technique, représentant le ministre en charge de la sécurité, a souligné la pertinence de cette initiative, inspirée par les constats issus d'études sur l'importance de l'égalité des sexes dans la gouvernance sécuritaire. Selon elle, la prise en compte du genre dans l'espace AES est un levier essentiel pour faire des femmes de véritables sentinelles de la paix afin de contribuer à la résilience et à la souveraineté des États. Elle a également insisté sur la nécessité d'une réflexion sans complaisance afin d'identifier les actions concrètes à mener pour une meilleure intégration des femmes dans les processus décisionnels, malgré les avancées déjà enregistrées sur les plans législatif et réglementaire.
Une vingtaine de participantes ont pris part à l'atelier« Le gouvernement du Faso, à travers le ministère de la Sécurité serait très intéressé des résultats de vos travaux. Mon département n'hésitera pas à examiner avec toute l'attention requise les pistes de solution que vos réflexions produiront. À observer la qualité des participantes à ce forum, je reste convaincu que la moisson sera belle. Le constat du ministère de la Sécurité est lucide et constant : dans le contexte actuel, la menace terroriste cherche à déconstruire nos liens sociaux,notre solidarité d'actions et notre cohésion sociale. Pour vaincre cette menace, nous avons besoin d'une réponse totale. Et cette réponse totale ne peut être formulée uniquement par des hommes. Le leadership féminin apporte une approche holistique de la sécurité humaine. Il intègre la dimension psychosociale, la protection des vulnérables et une intelligence situationnelle que nous ne pouvons plus nous permettre d'ignorer », a indiqué la représentante du ministre, Fatoumata Nana Benon/Yatassaye.
De son côté, le conseiller national du DCAF, Sadou Sidibé, a rappelé que la problématique du leadership féminin dans le secteur de la sécurité est une réalité mondiale. Toutefois, l'accent a été mis sur le contexte spécifique de l'AES, où des dynamiques encourageantes existent déjà. Il a notamment salué la réputation des forces de sécurité burkinabè à l'international, ainsi que l'engagement de structures comme l'association des femmes de la police nationale, partenaire du DCAF dans cette initiative.
L'atelier regroupe des femmes de l'armée issues du Mali, du Niger et du Burkina FasoPour le DCAF, cet atelier se veut un cadre d'échanges, de capitalisation des bonnes pratiques et de formulation de recommandations concrètes.
À l'issue des travaux, plusieurs résultats sont attendus, notamment le renforcement de l'influence des femmes au sein des FDS, la mise en réseau des participantes autour de stratégies communes et une meilleure intégration des enjeux de genre dans les politiques et décisions sécuritaires.
Hanifa Koussoubé
Crédit photo : Bonaventure Paré
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Derrière le nom de scène Kaboré l'intellectuel se cache Kaboré Nongma Hamado, un comédien et humoriste burkinabè dont le parcours force l'admiration. Entre satire sociale, finesse d'analyse et enracinement culturel, il s'est imposé comme l'une des voix les plus singulières de l'humour africain contemporain.
Né avec une passion précoce pour la parole et la scène, il fait ses premiers pas à l'école Centre de Mogtédo puis au lycée provincial de Zorgho. Mais c'est en 1998, lors de son installation en Côte d'Ivoire, que son destin artistique prend véritablement forme. Ce déplacement marque le début d'un long chemin fait de persévérance et de rencontres déterminantes.
Sa carrière démarre officiellement en 2008 avec la troupe théâtrale de Grand-Bassam. Très vite, son talent est reconnu. La même année, il décroche le Prix national du Festival des arts et culture islamique avec la troupe de l'Association des jeunes musulmans de Côte d'Ivoire. Une distinction qui révèle un artiste capable de mêler humour, engagement et profondeur.
À partir de 2010, Kaboré l'intellectuel élargit son champ d'expression. Il apparaît au cinéma dans La Part de l'Homme, joue dans la série La Robe noire et devient chroniqueur à la radio islamique Al Bayane. Une polyvalence qui témoigne de sa capacité à s'adapter à différents formats tout en conservant son identité artistique.
L'année 2012 constitue un véritable tournant. Repéré par des réalisateurs, il intègre progressivement les grands circuits de l'humour ivoirien. Son entrée au sein du célèbre groupe Les Zinzins de l'Art marque le début d'une ascension fulgurante. Sur scène comme à l'écran, il s'impose par un style unique, mêlant ironie, intelligence sociale et critique subtile des réalités africaines.
Son personnage « Robot Robot », dans la série Sicobois, ainsi que ses canulars radiophoniques sur Radio Nostalgie Côte d'Ivoire contribuent à asseoir sa popularité auprès du grand public. Mais c'est en 2016 que sa carrière prend une dimension internationale. Appelé à remplacer un humoriste au Parlement du Rire, il livre une prestation remarquée qui lui ouvre les portes d'un contrat avec Gondwana City Productions.
Le 13 mai 2026, Kaboré l'intellectuel présentera un one-man exclusivement en langue mooré au Musée national de OuagadougouDès lors, Kaboré l'intellectuel enchaîne les grandes scènes africaines et internationales comme le Marrakech du Rire, Africa du Rire, FIRHO, Africa Comedy ou encore Slam et Humour de Niamey. Il devient ainsi une figure incontournable, portant haut les couleurs d'un humour africain engagé et réfléchi.
Son talent est régulièrement salué par de nombreuses distinctions, parmi lesquelles le Prix RFI Talent du Rire, la Coupe d'Afrique du Rire ou encore le Prix du meilleur humoriste à Abidjan, capitale du rire en 2025.
Au-delà de la scène, Kaboré l'intellectuel est aussi un homme de transmission. Auteur, metteur en scène et formateur, il écrit pour d'autres humoristes et accompagne la relève à travers des formations et des masterclass, notamment au Burkina Faso. Une manière pour lui de redonner à l'humour africain ce qu'il lui a offert.
Aujourd'hui, Kaboré l'intellectuel incarne bien plus qu'un simple humoriste. Il est un observateur lucide de la société, un passeur de messages et un artisan du rire intelligent. À travers ses mots et ses personnages, il raconte l'Afrique avec justesse, dérision et profondeur.
Anita Mireille Zongo
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Le Pape Léon XIV s'est confié aux journalistes sur le sens profond de sa mission, ce lundi 13 avril 2026, à Alger. Interrogé sur les propos virulents du président américain via le réseau Truth Social, le Souverain Pontife a tenu à clarifier sa posture face aux tensions internationales et aux critiques venues de Washington.
« C'est un voyage spécial, le premier que je souhaitais faire. Une occasion très importante de promouvoir la réconciliation et le respect des peuples. Je ne suis pas un homme politique, je parle de l'Évangile », a-t-il déclaré, refusant d'entrer dans une joute avec l'administration Trump. Il a réaffirmé que son seul rôle est de porter le message des « artisans de paix » et de s'élever contre la guerre, indépendamment des agendas de politique étrangère des grandes puissances.
Léon XIV a révélé que ce voyage en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée Équatoriale aurait dû être le tout premier de son pontificat. Il a exprimé une joie particulière à l'idée de marcher sur les traces de Saint Augustin (à Annaba), y voyant un trait d'union essentiel pour le dialogue entre christianisme et islam.
Contre la loi du plus fort, le Pape a plaidé pour le dialogue et le respect de la souveraineté des peuples. Pour lui, ce voyage est une « bénédiction » visant à construire des ponts là où d'autres érigent des murs.
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Source : Vatican news