La puissance économique, financière, numérique et militaire alliée à leur modèle démocratique a fait des États-Unis les défenseurs du monde occidental durant la guerre froide puis les régulateurs du monde depuis 1990. Balkans, Afrique, Proche-Orient, Pacifique, Europe et Ukraine, ils agissent, à l’appel de la communauté internationale ou sans son assentiment. Même si une opposition significative s’élève contre le projet de guerre contre l’Irak (2003), les États-Unis ont réussi à réunir une coalition prête à agir en dehors de tout mandat du Conseil de sécurité des Nations unies.
Désormais, l’exercice solitaire de la puissance exercée « Urbi et Orbi » par Donald Trump et le cheminement erratique de sa dynamique décisionnelle incitent la communauté occidentale à plus de retenue autant dans le soutien que dans la critique des gesticulations américaines. L’idée est assez partagée qu’il faut aider la population iranienne dans sa lutte contre une tyrannie théocratique meurtrière oui, mais comment ? Les leviers des sanctions sont émoussés : l’Iran peut encore vendre son pétrole sans que la flotte fantôme qui le permet soit pourchassée ; l’Union européenne a certes pris des sanctions contre les Gardiens de la Révolution, pilier et coacteur du pouvoir des Mollahs, mais hésite encore sur son classement comme organisation terroriste ; le reste du monde n’est pas concerné ou livre de l’armement à l’Iran.
Restent donc les États-Unis, sa puissance et son CINC (commandant en chef)Une armada est arrivée dans l’océan Indien, son engagement serait-il la bonne réponse ? Les États-Unis murissent leur décision en fonction de trois objectifs politiques :
Les Américains refusent le premier objectif ; trouvent le rapport coût/efficacité du second non rentable ; mais s’orientent ouvertement vers le troisième : NO NUCLEAR WEAPONS (@realDonaldTrump). Quelques échanges sont en cours avec le régime iranien, sans que de réelles négociations ne soient ouvertes et les déclarations sont toujours incendiaires de part et d’autre. Tentatives de dissuasion réciproques par le verbe, mais seul importe le rapport de force.
Quelles capacités iraniennes après la guerre de juin 2025 ?Les États-Unis et Israël ont conduit, en juin 2025, une guerre aérienne méthodique avec un volume de moyens conséquent qui a permis de supprimer les défenses anti-aériennes, d’affaiblir les capacités iraniennes de frappe à longue distance et de pénétrer dans l’espace aérien pour attaquer les sites nucléaires stratégiques sans subir une seule perte. La réaction iranienne s’est concentrée sur Israël, et une frappe sans conséquence sur la base américaine d’Al-Udeid au Qatar. Cette fois-ci, l’Iran affirme être prêt à riposter avec violence et s’y préparer : outre que les Mollahs et les Pasdarans ne sont pas pris par surprise, ils comprennent bien qu’ils seront plus particulièrement visés à travers leurs intérêts économiques et leurs capacités militaires. Les Gardiens de la Révolution tiennent en main la quasi-totalité des infrastructures productives et de commerce et sont une véritable armée très bien équipée, autant de cibles qui toucheraient à leur cœur actif.
Leurs unités de défense anti-aériennes ont été en partie reconstituées avec le soutien de la Chine, leurs capacités de riposte reposent sur des stocks de missiles longue portée, des drones Shahed en quantité, une flotte de sous-marins (classe Kilo de 3 000 T armés de Kalibr et 23 de classe Gahdir de 123 T avec missiles, torpilles), des bateaux rapides, des proxys (Houthis, Hezbollah, Hamas). Cela leur donne la capacité de semer le désordre dans le Proche-Orient par les proxys, de bloquer le détroit d’Ormuz, de tenter d’atteindre les bateaux (civils et militaires) américains et bien sûr de couvrir Israël d’une pluie de missiles.
Quelles « cartes » pour les Américains ?Les capacités de rétorsion iraniennes effrayent les alliés des Américains dans la région. Ils sont en contact avec les Iraniens et ont annoncé leur refus de voir des actions conduites depuis les emprises américaines sur leurs territoires (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis). La Turquie dénonce des flux migratoires en cas de chute du pouvoir iranien. Or, les moyens de combat et logistique prépositionnés sont indispensables pour soutenir une campagne aérienne qui peut durer. Des moyens de défense anti-aérienne ont été acheminés sur ces bases, mais les craintes vont au-delà des ripostes par missiles. Israël émet des doutes sur toute action contre les Mollahs qui ne serait pas définitive, son état-major certainement associé à une planification, au minimum pour le renseignement. En conséquence :
En se donnant comme objectif politique la renonciation par les Iraniens à ce qu’ils considèrent comme leurs intérêts majeurs (programme nucléaire et capacités d’action par proxys), et sans rassembler une coalition de volontaires autour de lui, le président Trump s’est fixé une tâche difficile à accomplir avec les moyens actuels dans la zone d’opération. Car, l’hypothèse la plus contraignante est de devoir aller au bout du bras de fer avec l’Iran. Pour l’instant il n’a pas réellement les cartes. Veut-il se les donner ou continuer une partie de poker dont il quittera la table s’il se lasse ?
Nous serons fixés si le GAN George W Bush entre en Méditerranée ou si d’autres moyens sont acheminés sur la zone (Frégates Tomahawk ; forces spéciales). Sinon le canon peut tonner, mais les effets ne seront pas à la hauteur des objectifs. Il s’agira de frappes punitives qui ne déstabiliseront pas le régime dans sa volonté de résister aux exigences sur le nucléaire militaire. Pour l’heure, nous en sommes à une planification méticuleuse et donc longue pour une opération majeure qui pourrait se vouloir déterminante et que l’on ne peut réduire à des frappes comme celles contre l’Afghanistan (2001) voire la Serbie (1999). L’ennemi est d’une autre pointure et le plan d’opération autrement plus complexe.
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- Le fil de l'Info / Courrier des Balkans, Bosnie-Herzégovine, Personnalités, Srebrenica