Le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi a présidé, ce lundi 13 juillet 2026, à la Cité de l’Union africaine, la 4e réunion de la Task Force nationale de riposte contre Ebola, à la suite de la persistance de cette épidémie dans la province de l’Ituri et de la tendance à son extension dans d’autres provinces de la République démocratique du Congo. C’est ce que rapporte le compte X de la Présidence de la République.
À moins de 100 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui bâtissent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours, cent inspirations. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Issifou Sorgho, entrepreneur social, formateur en informatique accessible et Parrain de Le Faso Digital 2026.
Son parcours rappelle une évidence : l'innovation n'a de sens que lorsqu'elle est accessible à tous.
Devenu malvoyant en 1992, Issifou Sorgho aurait pu voir son avenir se refermer. Il a choisi d'en faire une force. Depuis plus de dix ans, il œuvre pour que les technologies numériques deviennent un puissant levier d'autonomie, de formation et d'insertion professionnelle pour les personnes vivant avec un handicap visuel.
Coach en entrepreneuriat, spécialiste de l'informatique accessible et promoteur de l'innovation sociale, il accompagne des jeunes entrepreneurs, des associations et des porteurs de projets dans la concrétisation de leurs idées, tout en développant des solutions numériques adaptées aux besoins des personnes déficientes visuelles.
À travers SOBATIC SAS, qu'il préside, il conçoit des outils numériques favorisant l'accessibilité des personnes non voyantes et dispense des formations en informatique adaptée. À l'Institut Régional des Aveugles des Hauts-Bassins, il forme également de futurs professionnels à l'utilisation des technologies numériques, démontrant que le handicap ne constitue pas une limite à l'apprentissage ni à l'innovation.
Lauréat de plusieurs programmes d'incubation et de soutien à l'entrepreneuriat, il intervient aussi comme coach auprès de jeunes créateurs d'entreprises, notamment dans l'élaboration de modèles économiques et de plans d'affaires. Son engagement en faveur de l'entrepreneuriat inclusif illustre sa conviction que les solutions les plus innovantes naissent souvent de celles et ceux qui transforment les difficultés en opportunités.
Son parcours est également marqué par un engagement associatif de longue date. Ancien président de l'Association des élèves et étudiants handicapés du Burkina Faso, puis du Comité national pour l'insertion professionnelle des diplômés handicapés visuels, il milite depuis de nombreuses années pour une société plus inclusive, où les compétences priment sur les limitations physiques.
Lors de la première édition de Le Faso Digital, il avait déjà marqué les esprits en animant une conférence consacrée aux innovations favorisant l'inclusion numérique des personnes non voyantes au Burkina Faso, rappelant que la transformation digitale ne sera véritablement réussie que si elle n'oublie personne.
En le choisissant comme Parrain de Le Faso Digital 2026, le comité d'organisation a voulu adresser un message fort : l'inclusion n'est pas un thème secondaire, elle est au cœur de la transformation numérique.
Le parcours d'Issifou Sorgho démontre que les technologies numériques peuvent réduire les inégalités, ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles et permettre à chacun de participer pleinement à la construction du Burkina de demain.
Il incarne parfaitement l'esprit de cette édition : un numérique qui rassemble, qui émancipe et qui crée des opportunités pour tous.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
✔ Il est un pionnier de l'informatique accessible au Burkina Faso.
✔ Il développe des solutions numériques au service des personnes vivant avec un handicap visuel.
✔ Il forme et accompagne les jeunes entrepreneurs et les innovateurs.
✔ Il fait de l'inclusion numérique un levier d'autonomie, de dignité et de développement.
✔ Il rappelle que la transformation digitale doit bénéficier à tous les citoyens, sans exclusion.
Sa conviction : « Un Burkina digital ne sera véritablement moderne que lorsque chaque citoyen, quelles que soient ses capacités, pourra accéder aux opportunités offertes par le numérique. »
Face aux défis sociaux actuels, Ibrahim Traoré, juriste et directeur régional des Droits humains et de la promotion de la citoyenneté et de la paix des Tannounyan (ex-région des Cascades), rappelle que les valeurs telles que l'intégrité, la tolérance, la solidarité et le patriotisme constituent le socle du vivre-ensemble. Dans cet entretien, il explique pourquoi leur transmission aux jeunes est aujourd'hui une nécessité.
Lefaso.net : Qu'entend-on par valeurs sociales au Burkina ?
Ibrahim Traoré : Alors, il faut dire que valeur sociale, c'est toute fait ou toute pratique sociale ou culturelle conforme à la raison, à la nature de l'homme et qui répond positivement aux besoins fondamentaux des membres d'une communauté humaine par son développement.
Quelles sont les principales valeurs sociales du Burkina Faso ?
Il y en a plusieurs ! Il y a notamment la solidarité et l'entraide. Dans les zones rurales, il y a par exemple l'aide mutuelle dans les champs et lors de cérémonies aussi bien heureuses que malheureuses. Il y a aussi la tolérance et le respect mutuel. La tolérance, c'est tout simplement le fait d'accepter et de respecter l'autre dans sa différence. La différence peut être du point de vue ethnique, du point de vue religieux ou du point de vue social.
La cohabitation pacifique aussi des communautés, le dialogue et le compromis en cas de conflit sont des valeurs de chez nous. Et surtout la tolérance est le ciment du vivre-ensemble. Il y a aussi l'intégrité qui est une valeur reconnue dans nos cultures. C'est avoir le sens de la parole donnée, dire la vérité, quoi qu'il en coûte, et demeurer déterminé face aux défis, comme dans le contexte actuel. Être intègre, c'est être d'une droiture absolue, incorruptible et honnête.
Il y a le respect du bien public, c'est-à-dire tout simplement utiliser rationnellement le matériel public, éviter l'abus, le gaspillage, s'abstenir de tout acte de vandalisme, poser des actes en faveur de la protection, de la restauration et de la réhabilitation en cas d'usure ou de dégradation. Je parlerai aussi du patriotisme qui est le fait d'aimer sa patrie. C'est le dévouement du citoyen envers le pays qu'il considère comme sa patrie, la terre de ses ancêtres. Au Burkina Faso, il y a le pardon. Ce sont des comportements liés également aux valeurs qui permettent de renoncer à toute vengeance en raison d'un tort subi et de surmonter les déchirures liées à un conflit pour une bonne cohésion sociale.
Pourquoi est-il important de transmettre les valeurs sociales aux jeunes générations aujourd'hui ?
Il est important de transmettre ces valeurs, comme vous l'avez si bien dit, surtout à la jeune génération pour plusieurs raisons. D'abord, la raison première, c'est de préserver notre identité culturelle. Vous savez, les valeurs comme le respect des aînés, la solidarité, l'hospitalité permettent de conserver l'héritage culturel du Burkina Faso. Et ça permet aussi de renforcer la cohésion sociale, le vivre-ensemble, la cohabitation pacifique en partageant les mêmes valeurs. Les citoyens vivent plus facilement dans l'entente, le respect mutuel et la paix. Les valeurs traditionnelles encourageant l'honnêteté, le travail, la discipline, le sens des responsabilités qui sont des qualités essentielles pour le développement de notre pays. Ça permet aussi de prévenir les comportements négatifs, qui nuisent à la jeunesse.
Quels sont les principaux canaux de transmission des valeurs sociales ?
Alors, les principaux canaux de transmission, c'est déjà la famille, parce que tout commence dans la famille. Il y a aussi l'école, les leaders traditionnels, religieux, la communauté, les cérémonies, les pratiques culturelles et les rites traditionnels que nous avons. On peut transmettre ces valeurs tout simplement par l'éducation des enfants. On peut transmettre ces valeurs à travers aussi l'information, la formation et la sensibilisation des populations.
Peut-on dire qu'il y a aujourd'hui une diminution des valeurs sociales ?
Oui, malheureusement, il y a une crise profonde et préoccupante des valeurs sociales à plusieurs niveaux, notamment à travers les manifestations. Par exemple, il y a des propos et discours des jeunes avec des injures, des humiliations sur les médias, les réseaux sociaux contre des citoyens, y compris même malheureusement les personnes âgées. Il y a aussi des attitudes avilissantes envers les citoyens ou les communautés que l'on remarque. Il y a aussi des actes de corruption souvent, ça concerne aussi bien le secteur privé que le secteur public. On voit des actes d'incivisme en milieu scolaire, en circulation routière, sur le plan économique et sur d'autres aspects importants du quotidien.
Quels mécanismes votre direction a-t-elle mis en place pour former des citoyens responsables ?
Alors, il faut dire que la direction régionale en charge de la promotion de la citoyenneté de chaque région a pour attribution la promotion de ces valeurs sociales. Nous passons généralement par le renforcement de l'éducation civique et morale. Nous travaillons aussi à valoriser le rôle de la famille, comme nous l'avons dit un peu plus tôt, et à sensibiliser les parents à leur responsabilité de transmission de ces valeurs.
Et nous encourageons aussi les populations à promouvoir le civisme à travers les médias en diffusant des campagnes de sensibilisation sur la citoyenneté, le civisme et la protection des biens. À la direction, nous travaillons, encourageons le développement de l'éducation numérique, à former les enfants à l'usage responsable des réseaux sociaux afin de lutter contre la désinformation.
À votre avis, quel rôle concret chaque citoyen peut-il jouer dans la transmission des valeurs sociales ?
Chaque citoyen peut jouer plusieurs rôles dans la transmission des bonnes valeurs sociales. Mais l'élément premier, c'est que chacun de nous puisse montrer le bon exemple autour de lui. À travers sa façon de faire et de pratiquer le respect et la tolérance envers les autres. Si vous voulez que l'on vous respecte, il faut aussi rendre le respect aux autres. Il faut éduquer également les plus jeunes dans ce sens pour qu'ils fassent preuve d'intégrité. Aussi éduquer les gens à utiliser les réseaux sociaux de façon très responsable. Chacun de nous peut donc jouer un rôle dans la chaîne de transmission.
Est-ce que vous avez un message à ajouter particulièrement aux gens de la région des Tannounyan ou à l'ensemble des Burkinabè sur la question de la citoyenneté ?
Alors, à tous les Burkinabè et spécifiquement aux populations de notre région des Tannounya, je les exhorte à s'inscrire dans une dynamique de tolérance et de patriotisme. Que chacun soit dans une dynamique d'utilisation responsable des réseaux sociaux en respectant autrui, aussi bien de façon physique qu'en ligne. Savoir que les réseaux sociaux ne sont pas des zones de non-droit.
Ce sont des zones aussi où la loi s'applique rigoureusement et strictement. Et aussi, s'inscrire dans la dynamique d'intégrité parce que le Burkinabè, c'est celui-là qui a le sens de la parole donnée. Le jeune Burkinabè que l'on souhaite est celui qui respecte les personnes âgées. Celui qui se respecte et respecte ses pairs. Et je pense qu'avec ce comportement nous atteindrons les objectifs de valeurs sociales souhaitables pour le Burkina.
Farida Thiombiano
Lefaso.net