À moins de 100 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui bâtissent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours, cent inspirations. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Issifou Sorgho, entrepreneur social, formateur en informatique accessible et Parrain de Le Faso Digital 2026.
Son parcours rappelle une évidence : l'innovation n'a de sens que lorsqu'elle est accessible à tous.
Devenu malvoyant en 1992, Issifou Sorgho aurait pu voir son avenir se refermer. Il a choisi d'en faire une force. Depuis plus de dix ans, il œuvre pour que les technologies numériques deviennent un puissant levier d'autonomie, de formation et d'insertion professionnelle pour les personnes vivant avec un handicap visuel.
Coach en entrepreneuriat, spécialiste de l'informatique accessible et promoteur de l'innovation sociale, il accompagne des jeunes entrepreneurs, des associations et des porteurs de projets dans la concrétisation de leurs idées, tout en développant des solutions numériques adaptées aux besoins des personnes déficientes visuelles.
À travers SOBATIC SAS, qu'il préside, il conçoit des outils numériques favorisant l'accessibilité des personnes non voyantes et dispense des formations en informatique adaptée. À l'Institut Régional des Aveugles des Hauts-Bassins, il forme également de futurs professionnels à l'utilisation des technologies numériques, démontrant que le handicap ne constitue pas une limite à l'apprentissage ni à l'innovation.
Lauréat de plusieurs programmes d'incubation et de soutien à l'entrepreneuriat, il intervient aussi comme coach auprès de jeunes créateurs d'entreprises, notamment dans l'élaboration de modèles économiques et de plans d'affaires. Son engagement en faveur de l'entrepreneuriat inclusif illustre sa conviction que les solutions les plus innovantes naissent souvent de celles et ceux qui transforment les difficultés en opportunités.
Son parcours est également marqué par un engagement associatif de longue date. Ancien président de l'Association des élèves et étudiants handicapés du Burkina Faso, puis du Comité national pour l'insertion professionnelle des diplômés handicapés visuels, il milite depuis de nombreuses années pour une société plus inclusive, où les compétences priment sur les limitations physiques.
Lors de la première édition de Le Faso Digital, il avait déjà marqué les esprits en animant une conférence consacrée aux innovations favorisant l'inclusion numérique des personnes non voyantes au Burkina Faso, rappelant que la transformation digitale ne sera véritablement réussie que si elle n'oublie personne.
En le choisissant comme Parrain de Le Faso Digital 2026, le comité d'organisation a voulu adresser un message fort : l'inclusion n'est pas un thème secondaire, elle est au cœur de la transformation numérique.
Le parcours d'Issifou Sorgho démontre que les technologies numériques peuvent réduire les inégalités, ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles et permettre à chacun de participer pleinement à la construction du Burkina de demain.
Il incarne parfaitement l'esprit de cette édition : un numérique qui rassemble, qui émancipe et qui crée des opportunités pour tous.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
✔ Il est un pionnier de l'informatique accessible au Burkina Faso.
✔ Il développe des solutions numériques au service des personnes vivant avec un handicap visuel.
✔ Il forme et accompagne les jeunes entrepreneurs et les innovateurs.
✔ Il fait de l'inclusion numérique un levier d'autonomie, de dignité et de développement.
✔ Il rappelle que la transformation digitale doit bénéficier à tous les citoyens, sans exclusion.
Sa conviction : « Un Burkina digital ne sera véritablement moderne que lorsque chaque citoyen, quelles que soient ses capacités, pourra accéder aux opportunités offertes par le numérique. »
Face aux défis sociaux actuels, Ibrahim Traoré, juriste et directeur régional des Droits humains et de la promotion de la citoyenneté et de la paix des Tannounyan (ex-région des Cascades), rappelle que les valeurs telles que l'intégrité, la tolérance, la solidarité et le patriotisme constituent le socle du vivre-ensemble. Dans cet entretien, il explique pourquoi leur transmission aux jeunes est aujourd'hui une nécessité.
Lefaso.net : Qu'entend-on par valeurs sociales au Burkina ?
Ibrahim Traoré : Alors, il faut dire que valeur sociale, c'est toute fait ou toute pratique sociale ou culturelle conforme à la raison, à la nature de l'homme et qui répond positivement aux besoins fondamentaux des membres d'une communauté humaine par son développement.
Quelles sont les principales valeurs sociales du Burkina Faso ?
Il y en a plusieurs ! Il y a notamment la solidarité et l'entraide. Dans les zones rurales, il y a par exemple l'aide mutuelle dans les champs et lors de cérémonies aussi bien heureuses que malheureuses. Il y a aussi la tolérance et le respect mutuel. La tolérance, c'est tout simplement le fait d'accepter et de respecter l'autre dans sa différence. La différence peut être du point de vue ethnique, du point de vue religieux ou du point de vue social.
La cohabitation pacifique aussi des communautés, le dialogue et le compromis en cas de conflit sont des valeurs de chez nous. Et surtout la tolérance est le ciment du vivre-ensemble. Il y a aussi l'intégrité qui est une valeur reconnue dans nos cultures. C'est avoir le sens de la parole donnée, dire la vérité, quoi qu'il en coûte, et demeurer déterminé face aux défis, comme dans le contexte actuel. Être intègre, c'est être d'une droiture absolue, incorruptible et honnête.
Il y a le respect du bien public, c'est-à-dire tout simplement utiliser rationnellement le matériel public, éviter l'abus, le gaspillage, s'abstenir de tout acte de vandalisme, poser des actes en faveur de la protection, de la restauration et de la réhabilitation en cas d'usure ou de dégradation. Je parlerai aussi du patriotisme qui est le fait d'aimer sa patrie. C'est le dévouement du citoyen envers le pays qu'il considère comme sa patrie, la terre de ses ancêtres. Au Burkina Faso, il y a le pardon. Ce sont des comportements liés également aux valeurs qui permettent de renoncer à toute vengeance en raison d'un tort subi et de surmonter les déchirures liées à un conflit pour une bonne cohésion sociale.
Pourquoi est-il important de transmettre les valeurs sociales aux jeunes générations aujourd'hui ?
Il est important de transmettre ces valeurs, comme vous l'avez si bien dit, surtout à la jeune génération pour plusieurs raisons. D'abord, la raison première, c'est de préserver notre identité culturelle. Vous savez, les valeurs comme le respect des aînés, la solidarité, l'hospitalité permettent de conserver l'héritage culturel du Burkina Faso. Et ça permet aussi de renforcer la cohésion sociale, le vivre-ensemble, la cohabitation pacifique en partageant les mêmes valeurs. Les citoyens vivent plus facilement dans l'entente, le respect mutuel et la paix. Les valeurs traditionnelles encourageant l'honnêteté, le travail, la discipline, le sens des responsabilités qui sont des qualités essentielles pour le développement de notre pays. Ça permet aussi de prévenir les comportements négatifs, qui nuisent à la jeunesse.
Quels sont les principaux canaux de transmission des valeurs sociales ?
Alors, les principaux canaux de transmission, c'est déjà la famille, parce que tout commence dans la famille. Il y a aussi l'école, les leaders traditionnels, religieux, la communauté, les cérémonies, les pratiques culturelles et les rites traditionnels que nous avons. On peut transmettre ces valeurs tout simplement par l'éducation des enfants. On peut transmettre ces valeurs à travers aussi l'information, la formation et la sensibilisation des populations.
Peut-on dire qu'il y a aujourd'hui une diminution des valeurs sociales ?
Oui, malheureusement, il y a une crise profonde et préoccupante des valeurs sociales à plusieurs niveaux, notamment à travers les manifestations. Par exemple, il y a des propos et discours des jeunes avec des injures, des humiliations sur les médias, les réseaux sociaux contre des citoyens, y compris même malheureusement les personnes âgées. Il y a aussi des attitudes avilissantes envers les citoyens ou les communautés que l'on remarque. Il y a aussi des actes de corruption souvent, ça concerne aussi bien le secteur privé que le secteur public. On voit des actes d'incivisme en milieu scolaire, en circulation routière, sur le plan économique et sur d'autres aspects importants du quotidien.
Quels mécanismes votre direction a-t-elle mis en place pour former des citoyens responsables ?
Alors, il faut dire que la direction régionale en charge de la promotion de la citoyenneté de chaque région a pour attribution la promotion de ces valeurs sociales. Nous passons généralement par le renforcement de l'éducation civique et morale. Nous travaillons aussi à valoriser le rôle de la famille, comme nous l'avons dit un peu plus tôt, et à sensibiliser les parents à leur responsabilité de transmission de ces valeurs.
Et nous encourageons aussi les populations à promouvoir le civisme à travers les médias en diffusant des campagnes de sensibilisation sur la citoyenneté, le civisme et la protection des biens. À la direction, nous travaillons, encourageons le développement de l'éducation numérique, à former les enfants à l'usage responsable des réseaux sociaux afin de lutter contre la désinformation.
À votre avis, quel rôle concret chaque citoyen peut-il jouer dans la transmission des valeurs sociales ?
Chaque citoyen peut jouer plusieurs rôles dans la transmission des bonnes valeurs sociales. Mais l'élément premier, c'est que chacun de nous puisse montrer le bon exemple autour de lui. À travers sa façon de faire et de pratiquer le respect et la tolérance envers les autres. Si vous voulez que l'on vous respecte, il faut aussi rendre le respect aux autres. Il faut éduquer également les plus jeunes dans ce sens pour qu'ils fassent preuve d'intégrité. Aussi éduquer les gens à utiliser les réseaux sociaux de façon très responsable. Chacun de nous peut donc jouer un rôle dans la chaîne de transmission.
Est-ce que vous avez un message à ajouter particulièrement aux gens de la région des Tannounyan ou à l'ensemble des Burkinabè sur la question de la citoyenneté ?
Alors, à tous les Burkinabè et spécifiquement aux populations de notre région des Tannounya, je les exhorte à s'inscrire dans une dynamique de tolérance et de patriotisme. Que chacun soit dans une dynamique d'utilisation responsable des réseaux sociaux en respectant autrui, aussi bien de façon physique qu'en ligne. Savoir que les réseaux sociaux ne sont pas des zones de non-droit.
Ce sont des zones aussi où la loi s'applique rigoureusement et strictement. Et aussi, s'inscrire dans la dynamique d'intégrité parce que le Burkinabè, c'est celui-là qui a le sens de la parole donnée. Le jeune Burkinabè que l'on souhaite est celui qui respecte les personnes âgées. Celui qui se respecte et respecte ses pairs. Et je pense qu'avec ce comportement nous atteindrons les objectifs de valeurs sociales souhaitables pour le Burkina.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Les autorités burkinabè ont officiellement accueilli l'ensemble du personnel diplomatique et consulaire de l'ambassade et du consulat général du Burkina Faso en France, de retour au pays après la fermeture de la représentation diplomatique burkinabè à Paris. C'était ce lundi 13 juillet 2026, à Ouagadougou.
Cette arrivée met également fin aux rumeurs relayées ces derniers jours sur les réseaux sociaux, selon lesquelles certains diplomates auraient sollicité l'asile auprès des autorités françaises. Le ministère des affaires étrangères dément catégoriquement ces informations, précisant que l'ensemble des agents est rentré au Burkina Faso conformément à la décision de fermeture de la mission diplomatique.
Au total, douze diplomates et agents consulaires ont été reçus, dans l'après-midi de ce 13 juillet, au siège du ministère des affaires étrangères. Ils ont été accueillis par le ministre des affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, la ministre déléguée, Bêbgnasgnan Stella Eldine Kabré/Kaboré, ainsi que leurs proches collaborateurs.
Au cours de la cérémonie, l'ancien chargé d'affaires de l'ambassade du Burkina Faso à Paris, Jean Marie Bakouan, a procédé à la remise officielle du drapeau national qui flottait sur les locaux de la représentation diplomatique ainsi que des clés de l'ambassade au chef de la diplomatie burkinabè. Ce geste symbolique marque la fermeture effective de l'ambassade du Burkina Faso en République française.
Cet acte vient concrétiser la décision souveraine prise par les autorités burkinabè de mettre un terme aux relations diplomatiques avec la République française, décision annoncée le 26 juin 2026.
Prenant la parole, le ministre Karamoko Jean Marie Traoré a indiqué que le retour définitif des diplomates constitue une étape importante du processus de rupture des relations diplomatiques. Il a précisé que cette démarche englobe également plusieurs aspects administratifs qui se poursuivent.
Le chef de la diplomatie burkinabè a par ailleurs, salué la célérité avec laquelle le chargé d'affaires et son équipe ont assuré le traitement des différents dossiers relevant de leur compétence, un travail accompli dans un délai de sept jours.
De son côté, Jean Marie Bakouan a qualifié ce retour de « retour en toute dignité ». Il a expliqué que toutes les dispositions nécessaires avaient été prises afin d'informer et de rassurer les autres partenaires du Burkina Faso relevant de cette juridiction diplomatique, notamment les organisations internationales installées en France ainsi que les autres États couverts par l'ambassade de Paris.
L'ancien chargé d'affaires a également tenu à démentir avec fermeté les informations faisant état d'une prétendue demande d'asile déposée par les diplomates burkinabè auprès des autorités françaises. « Nous sommes rentrés fiers, fatigués mais pas malheureux », a-t-il déclaré.
Il a poursuivi en soulignant la fierté de l'équipe d'avoir regagné le Burkina Faso dans l'honneur, après avoir participé à l'exécution d'une décision souveraine prise par les plus hautes autorités du pays. « Nous sommes fiers de retrouver notre chère patrie avec tous les honneurs et fiers d'avoir contribué à mettre en œuvre une décision souveraine de nos plus hautes autorités », a-t-il ajouté.
S'agissant de la situation des ressortissants burkinabè vivant en France, l'ancien consul général du Burkina Faso à Paris, Éric Zoungrana, a assuré que des mesures ont été arrêtées en collaboration avec le Haut Conseil des Burkinabè de l'Extérieur afin d'assurer le traitement des dossiers encore en cours. Ces dispositions concernent notamment la remise des passeports déjà produits aux citoyens concernés.
Une synthèse de Erwan Compaoré
Lefaso.net
Source : Ministère des affaires étrangères
L'intelligence artificielle redéfinit les pratiques universitaires et interroge la pertinence des modes d'évaluation traditionnels. Dans la tribune ci-après publiée sur sa page Facebook, Dr Julien Coomlan Hounkpe alerte sur l'absence de règles encadrant l'usage de l'IA dans les universités africaines. Selon lui, l'enjeu dépasse la technologie : il s'agit de préserver la crédibilité de la formation, de l'évaluation et de la certification académique, surtout dans un domaine comme celui du Droit car dit-il : " L'IA peut produire la forme. Elle ne peut pas produire le juriste".
Le mémoire impressionne : plan rigoureux, style fluide, références abondantes. Le jury feuillette les pages avec l'attention satisfaite qu'on réserve aux bons travaux. Puis les questions commencent. Pourquoi ce choix méthodologique ? Silence. Comment interprétez-vous cette position doctrinale ? Hésitation. Pouvez-vous développer la référence citée en page 47 ? Nouveau silence. En quinze minutes, la soutenance révèle ce que cent pages avaient masqué : l'étudiant ne maîtrise pas son propre document.
En tant que membre du jury, je ne suis pas surpris. J'ai souvent vu la même scène, sous des formes différentes, depuis deux ans. Ce n'est pas une crise de la paresse étudiante. C'est une crise de gouvernance académique. Pour la première fois, les institutions universitaires font face à un outil capable de produire, en quelques minutes, un document qui ressemble exactement à ce qu'elles ont toujours demandé : plan structuré, style académique, références apparentes, argumentation cohérente en surface.
Le problème n'est pas que l'étudiant a utilisé l'IA. Le problème est que personne (ni l'université, ni la faculté, ni le jury) n'avait de règle claire sur ce qu'il avait le droit de faire. Et sans règle, l'absence de règle devient la règle. Pour les facultés de droit africaines, l'enjeu est particulièrement aigu. Un mémoire juridique n'est pas un exercice de style. C'est la démonstration d'une capacité à raisonner sur des normes, à interpréter des textes, à construire une argumentation qui résiste à l'examen critique.
L'IA peut produire la forme. Elle ne peut pas produire le juriste. Mais si nos dispositifs d'évaluation ne savent plus faire la différence, c'est l'ensemble de la certification universitaire qui perd sa valeur. La vraie question n'est pas si l'IA transforme l'université africaine. Elle le fait déjà. La question est de savoir si nos institutions vont subir cette transformation ou la gouverner.
Dr Julien Coomlan Hounkpe
Un forum provincial s’est ouvert ce lundi à Butembo (Nord‑Kivu) pour réfléchir aux difficultés d’accès à l’eau potable et à l’électricité dans cette ville de plus de deux millions d’habitants.
Pendant deux jours, autorités, opérateurs du secteur, partenaires techniques et représentants des consommateurs échangent sur les solutions à mettre en place.
Objectifs du forum :
"En matière de noms de domaines, la règle est simple : premier arrivé, premier servi", c'est sur cette réalité, souvent méconnue, que Izaï Toé, directeur exécutif de l'Alliance burkinabè des domaines d'Internet (ABDI), a conclu sa communication lors de la première session de travail du Salon international des professionnels de l'économie numérique de l'UEMOA (SIPEN-UEMOA). Pour lui, réserver un nom de domaine en .bf n'est plus une simple formalité technique, mais un enjeu de souveraineté numérique, de visibilité et d'anticipation.
Placée sous le thème « Gouvernance de l'Internet, souveraineté numérique et coopération régionale des CCTLD dans l'espace UEMOA », cette première session permet aux participants de mieux comprendre les mécanismes qui régissent Internet ainsi que les défis auxquels les États de l'Union sont confrontés.
Pour poser les bases de son intervention, Izaï Toé est revenu sur l'histoire d'Internet. Il rappelle que le réseau mondial est né en 1969 d'une collaboration entre des chercheurs universitaires et des militaires américains souhaitant disposer d'un système de communication plus fiable. Au fil des décennies, les innovations technologiques ont transformé ce projet expérimental en une infrastructure mondiale reliant aujourd'hui près de cinq milliards d'utilisateurs.
Mais si Internet est désormais omniprésent dans la vie quotidienne, son fonctionnement reste largement méconnu du grand public. C'est précisément ce qui justifie, selon le directeur exécutif de l'ABDI, la nécessité de vulgariser la notion de gouvernance de l'Internet.
"Contrairement à une idée répandue, Internet n'appartient ni à un État ni à une entreprise. Sa gouvernance repose sur un modèle multipartite dans lequel interviennent les gouvernements, les entreprises privées, les organisations techniques, les universités, les chercheurs, les organisations de la société civile ainsi que les citoyens", précise Izaï Toé durant la session.
Cette approche, selon lui est essentielle pour garantir un développement équilibré du numérique. Les règles qui encadrent Internet doivent être élaborées collectivement afin de répondre aux attentes de tous les utilisateurs. Cette gouvernance collaborative constitue également un levier pour préserver un Internet ouvert, stable et accessible à tous, dans un contexte où les usages numériques ne cessent de se développer.
La cybersécurité, un défi devenu incontournable
L'intervenant a également insisté sur l'un des grands défis de la cybersécurité. Aujourd'hui, Internet irrigue pratiquement tous les secteurs de la société. Les administrations, les banques, les entreprises, les écoles, les hôpitaux et les particuliers dépendent quotidiennement des services numériques. Cette dépendance accrue expose cependant les utilisateurs à de nombreuses menaces : cyberattaques, vols de données, usurpations d'identités ou encore escroqueries en ligne. Selon lui, protéger les infrastructures numériques et sécuriser les utilisateurs est devenu une priorité pour les États. Cette protection passe aussi bien par des investissements techniques que par la sensibilisation des populations aux bonnes pratiques numériques.
Le .bf, une identité numérique encore sous-exploitée
L'un des points centraux de la communication concernait les Country Code Top Level Domain (ccTLD), c'est-à-dire les extensions nationales des noms de domaines. Chaque pays dispose de son propre espace numérique, à l'image de son territoire physique. Au Burkina Faso, cette identité est matérialisée par l'extension .bf. Le Sénégal dispose du .sn, la Côte d'Ivoire du .ci, le Niger du .ne, le Bénin du .bj ou encore le Togo du .tg. Pourtant, Izaï Toé constate que de nombreuses entreprises, institutions et organisations burkinabè continuent d'utiliser des extensions génériques telles que .com ou .org, au détriment du .bf.
Selon lui, promouvoir cette extension nationale contribue pourtant à renforcer la visibilité du Burkina Faso sur Internet, à affirmer son identité numérique et à mieux valoriser ses ressources digitales.
"Toutes les ressources numériques utilisées au Burkina devraient idéalement être hébergées dans notre espace numérique ", a-t-il expliqué, invitant les organisations publiques comme privées à privilégier le .bf.
Au-delà de l'aspect technique, cette démarche participe à la souveraineté numérique des États. Dans un monde où les échanges économiques, administratifs et sociaux passent de plus en plus par Internet, disposer d'une identité numérique forte devient un enjeu stratégique.
Pour le directeur exécutif de l'ABDI, les noms de domaines nationaux constituent un patrimoine numérique qu'il convient de protéger au même titre que les autres ressources stratégiques d'un pays.
Il rappelle d'ailleurs que l'enregistrement d'un nom de domaine obéit à une règle universelle : premier arrivé, premier servi. Ainsi, si une institution tarde à réserver son nom en .bf, une autre personne pourrait légalement l'obtenir avant elle, ouvrant ensuite la voie à des procédures longues et parfois coûteuses pour récupérer cette identité numérique. Il prend l'exemple de l'UEMOA qui, selon lui, gagnerait à réserver ses différentes déclinaisons nationales, comme uemoa.bf ou uemoa.sn, afin d'éviter d'éventuels litiges.
Une coopération régionale pour peser davantage
"Face aux grands enjeux mondiaux de l'Internet, les États de l'UEMOA ne peuvent agir isolément", estime Izaï Toé.
Il plaide pour un renforcement de la coopération régionale entre les gestionnaires des domaines nationaux afin de défendre des positions communes dans les instances internationales chargées de la gouvernance de l'Internet. Une telle coordination permettrait également aux pays de mutualiser leurs expériences, d'améliorer la protection de leurs espaces numériques et de promouvoir ensemble leurs extensions nationales. Cette solidarité régionale apparaît d'autant plus nécessaire que les décisions prises au niveau international influencent directement le développement du numérique dans les pays africains.
Pour clore sa session, Izaï Toé a utilisé une image parlante pour illustrer l'importance des noms de domaine. "Les gens courent pour acquérir des parcelles physiques, mais ils oublient souvent leur parcelle sur Internet ", a-t-il fait remarquer. Selon lui, si l'espace numérique est invisible, il n'en demeure pas moins stratégique. Réserver dès aujourd'hui son nom de domaine, c'est protéger son identité, préparer son activité future et offrir aux générations suivantes une place dans l'économie numérique. Son plaidoyer s'adresse aussi bien aux administrations qu'aux entreprises, aux associations, aux médias et aux particuliers. Tous sont invités à considérer le .bf comme un outil de souveraineté, de crédibilité et de développement. Au-delà d'une simple extension web, le .bf symbolise désormais la présence du Burkina Faso dans le cyberespace.
Farida Thiombiano
Lefaso.net