En quelques mois, les robots humanoïdes sont devenus l’une des vitrines de l’accélération technologique et de la course mondiale en matière d’innovation, sur fond de poussée de l’intelligence artificielle d’un côté et de rivalités sino-états-uniennes de l’autre.
Plusieurs éléments concourent à relier le développement des humanoïdes avec les enjeux de l’agriculture et de l’alimentation, de la recherche à la production, de la transformation à la consommation, en passant par la logistique et la distribution. Tour d’horizon synthétique et prospectif d’un espace de réflexions appelé à s’élargir[1] et qui interrogera fortement l’interaction entre les machines et les humains dans les mondes de demain, notamment agricoles et alimentaires.
Tenir compte du contexte globalPour comprendre en quoi l’irruption des humanoïdes dans l’univers agricole et alimentaire n’est pas à sous-estimer, prenons le soin de rappeler certaines dynamiques actuellement à l’œuvre, en se limitant à cinq d’entre elles qui nous paraissent déterminantes :
D’abord, un constat. Nourrir la planète constitue le premier secteur d’emploi mondial. Près de 1,4 milliard de personnes travaillent dans les systèmes agricoles et alimentaires, soit environ quatre actifs sur dix. L’agriculture primaire en mobilise à elle seule près de 900 millions, auxquels s’ajoutent les métiers de la pêche et de l’aquaculture, de la transformation, de la logistique, de la distribution ou encore de la restauration. C’est massif en valeur absolue, même si la part de l’agriculture dans l’emploi mondial recule progressivement : supérieure à 40 % au début des années 1990, elle se situe désormais autour du quart. Imaginer l’arrivée de robots humanoïdes dans ces secteurs, c’est donc se pencher sur l’avenir du travail, des compétences et des revenus de centaines de millions d’êtres humains.
Ensuite, une tendance. La population mondiale vieillit et les secteurs agricoles et alimentaires, dans toutes leurs composantes, n’échappent pas à la tendance. Complétons par l’érosion de l’attractivité, depuis de nombreuses années, pour les métiers productifs agricoles et ceux de l’industrie. Nous avons encore beaucoup de monde dans l’agriculture et l’agroalimentaire, comme indiqué au point précédent, mais ces personnes prennent de l’âge, ne sont pas souvent valorisées sur le plan sociétal et des salaires alors qu’elles exercent des métiers indispensables et difficiles, et leurs compétences ou savoir-faire peinent de plus en plus à être transmis ou renouvelés. Parler des humanoïdes en agriculture et dans l’agro-industrie, c’est inévitablement évoquer le défi du rapport au travail, dans des secteurs exigeants et pour lesquels peu de jeunes gens se tournent désormais…
En outre, un rappel. La technologie, le numérique et l’intelligence artificielle sont depuis longtemps très présents dans les secteurs agricoles et alimentaires. Pour entrer en détail dans ce jeu relationnel et en saisir à la fois l’amplitude et l’intérêt, il suffit de se pencher sur quelques travaux globaux récents[2] ou même certaines publications pédagogiques à l’échelle de la France[3]. Se projeter avec les humanoïdes, c’est anticiper le passage d’une intelligence artificielle (IA) qui assiste l’agriculteur ou le salarié d’une usine à une IA qui potentiellement agira seule, de manière autonome et pourrait même décider des tâches à accomplir. C’est aussi une IA qui oriente et structure les comportements alimentaires, avec pourquoi pas des robots en cuisine qui combinent recommandations nutritionnelles et capacités à préparer la juste ration pour servir les personnes…
Par ailleurs, une demande. Les attentes envers l’agriculture et l’alimentation sont immenses à l’heure des grandes transitions écologiques à mener. Préservation et régénération des écosystèmes, optimisation et résilience des rendements, décarbonation des activités, économie circulaire, réduction des pertes et des gaspillages sont autant de cadres stratégiques avec lesquels les acteurs agricoles et alimentaires doivent composer. Introduire la perspective d’humanoïdes dans ce registre, c’est se demander s’ils seraient plus à même que les humains à conduire ces transitions, accepter les changements et savoir s’y adapter. Ils pourraient travailler lorsque les températures deviennent difficiles, modifier instantanément leurs pratiques, optimiser l’usage de l’eau et de l’énergie ou appliquer sans résistance des protocoles nouveaux. Dit autrement, faire parfois mieux, plus vite et plus systématiquement ce que les humains, attachés à leurs habitudes, leurs intérêts et leurs contraintes économiques ou sociales, peinent à accomplir.
Enfin, la compétition géopolitique constitue la cinquième dynamique qui conditionne notre réflexion générale sur le sujet. Derrière les humanoïdes se cachent des jeux de puissance entre la Chine et les États-Unis notamment, mais pas uniquement. Le Japon, confronté à des virages sociodémographiques et agricoles considérables, ou encore l’Arabie saoudite, soucieuse d’investir le futur avec de l’IA et d’avoir une armée de travailleurs à domicile, participent d’ores et déjà, et à leur manière, à cette grande aventure technologique en cours. Pékin semble augmenter la cadence pour industrialiser sa production d’humanoïdes[4]. Tesla effectue un mouvement important pour passer de l’automobile aux robots. L’IA physique, avec des humanoïdes déployés, sera à la fois un bouleversement dans le monde du travail mais également un terrain majeur de compétition entre puissances, États comme entreprises. D’ailleurs, Bill Gates vient de souligner combien l’essor fulgurant de l’IA bouleversera les sociétés en profondeur, au point de plaider pour que certains emplois demeurent réservés aux humains. Il liste néanmoins le potentiel incroyable de l’IA dans certains secteurs stratégiques, dont l’agriculture[5].
De la curiosité à l’anticipationDémographie, emploi, climat, technologie et rapports de force suffisent pour cadrer l’essentiel des enjeux qui gravitent autour de l’arrivée d’humanoïdes dans nos existences, à court et à moyen terme. Il serait conseillé de s’y préparer. Pour l’agriculture et l’alimentation, cinq domaines balisent potentiellement le champ des réflexions : la recherche, la production, la transformation, la distribution et la consommation.
L’IA dope les capacités scientifiques. Pour la recherche agronomique et végétale, pour la performance des biotechnologies, pour la santé du Vivant et le bien-être animal, pour la fertilisation raisonnée des sols, les progrès pourraient s’avérer significatifs. Réduire le temps de l’expérimentation, accélérer l’analyse des résultats, favoriser le développement de solutions plus rapidement applicables sur le terrain : autant d’avancées concrètes d’ores et déjà constatées. L’arrivée des humanoïdes pourrait ouvrir une étape supplémentaire. Capables de manipuler, tester, observer, mesurer et répéter des expérimentations, éventuellement en continu, ils pourraient contribuer à rapprocher davantage l’IA du travail physique de laboratoire ou de terrain. Que deviendront les stratégies de recherche et développement (R&D) lorsque l’IA ne se contentera plus d’analyser les résultats des expériences, mais pourra aussi participer physiquement à leur réalisation ? Entreprises, instituts techniques et organismes scientifiques seraient alors concernés. Après l’automatisation du calcul scientifique pourrait ainsi venir celle d’une partie du geste scientifique. Si les humanoïdes permettent aux laboratoires de fonctionner plus longtemps, de multiplier les expérimentations et de raccourcir les cycles de R&D, alors la compétition géopolitique sur la robotique devient aussi une compétition sur la vitesse de production de l’innovation. Celui qui possède les meilleurs modèles d’IA et les meilleures capacités physiques d’expérimentation pourrait apprendre plus vite que ses concurrents.
En matière de production, le secteur agricole affiche déjà de fortes connexions avec les machines et les robots. Ne revenons pas sur la mécanisation (dont le tracteur est le symbole) qui sur le temps long aura été l’un des moteurs des révolutions agricoles passées, et qui reste encore attendue dans de nombreux pays, où la précarité technique prive de nombreux agriculteurs de meilleurs rendements et de solutions à même de réduire la pénibilité du travail. D’ailleurs, à ce sujet, soyons attentifs au développement des exosquelettes, qui permettent de soulager des douleurs, de faciliter des tâches et de prolonger l’effort dans l’agriculture. Il s’agit d’innovations regardées de près dans des sociétés où le vieillissement des producteurs s’accroît. Au Japon, leur moyenne d’âge frôle désormais les 70 ans ! Pas étonnant que le conglomérat Panasonic, via sa filiale Atoun, s’était activé sur ce registre dès la décennie 2010, comme le font désormais des universités et des start-ups nipponnes. Si le Japon semble vouloir habiller l’homme en robot avant d’envisager de mettre le robot à sa place, ce modèle questionne l’efficacité d’un tel dispositif et son coût. Car in fine, pour effectuer des activités difficiles, potentiellement dangereuses et surtout répétitives, le robot l’emportera. Au Japon, comme ailleurs. À noter aussi que si les grandes cultures (céréales, oléagineux, etc.) sont déjà très équipées en machines et robots, d’autres filières misent sur ces dynamiques pour aller de l’avant. Ainsi notamment du secteur des fruits et légumes, où beaucoup de choses restent à faire. La fragilité de ces productions, en plein champ ou sous serres, explique en partie cette situation. Mais la concentration des récoltes sur de courtes périodes, où des mois de culture se jouent, exige de pouvoir compter sur une main d’œuvre disponible, compétente et capable d’efforts fournis sur quelques jours. Nul doute que des innovations robotiques y seront déployées, surtout si le recours à des travailleurs étrangers s’estompe et qu’il faille maintenir des volumes sur les étals de consommateurs avides de végétal. Nul doute que l’entreprise Unitree Robotics sera aux aguets à ce sujet, à moins qu’elle ne le soit déjà.
Au niveau de la transformation, la robotisation progressera certainement plus nettement dans les dédales des usines agroalimentaires ou agro-industrielles. Reste à déterminer quelle place spécifique y prendront les humanoïdes. Leur avantage ne résidera probablement pas dans la répétition d’un geste standardisé, où le robot industriel classique excelle déjà, mais dans leur polyvalence et leur capacité à évoluer dans des espaces conçus pour les humains. Mais à la différence de ces derniers, ils auront sans doute l’avantage de ne jamais devoir s’arrêter, sauf pour changer de batteries ou les recharger…Vaste question donc quant à l’automatisation accrue demain dans ces usines, quand bien même les femmes et les hommes n’y disparaitront pas, mais seront davantage dans la supervision, le contrôle et la gestion. Nous aurons une coexistence, robots et humains, où chacun devra trouver sa place, son rôle et sa valeur ajoutée. C’est là aussi le défi : savoir identifier les moments, les lieux et les actions où la décision humaine restera primordiale, ou décisive, alors que l’IA physique et des humanoïdes seront à la manœuvre. Mais comme l’ont bien expliqué deux spécialistes de ces enjeux[6], l’essentiel du débat devrait surtout se polariser sur la faisabilité d’une part, et l’acceptabilité d’autre part. Dans le cas d’industries agroalimentaires, où les produits transformés proviennent du Vivant et dans lesquelles les problématiques de sécurité et traçabilité sanitaire sont immenses, serons-nous tous à l’aise si ce qui deviendra nourritures ne passe plus du tout dans les mains des êtres humains ? Certains y verront peut-être une rassurance, là où d’autres seront à l’inverse contrariés. Comme dans la santé et la médecine, les puissances de calcul, l’IA et les robots améliorent des diagnostics, des cadences et des rapidités d’exécution dans l’univers de l’agroalimentaire. Mais l’imbrication avec l’espèce humaine s’avère nécessaire, encore, sauf à concevoir que tout est remplaçable progressivement, y compris la responsabilité. Or dans le champ alimentaire, le consommateur est-il prêt à ne plus pouvoir connaître les origines, les processus et les interlocuteurs si les machines brouillent les cartes, rendent peu de comptes et ne répondent pas aux services après-ventes ?
Autant de défis que les acteurs de la logistique et de la distribution alimentaire auront aussi à préparer, vu la vitesse avec laquelle pour eux aussi les dynamiques d’IA embarquée se déploient. Forçons la fiction : des humanoïdes demain partout en magasin ? Après tout, les caisses sont devenues de plus en plus automatiques, scannant seules et efficacement les produits du client, tout heureux parfois de ne pas devoir échanger un mot avec l’interface machine qui froidement identifie les achats, présente l’addition et propose plusieurs modes de paiement. Nous avons encore néanmoins des personnes dans les rayons…même si en Chine ou ailleurs, des géants du numérique ont déjà mis en place des supermarchés sans présence humaine. Est-ce le souhait de tous les consommateurs ? Jusqu’où cette tendance peut-elle aller ? Allons-nous voir des humanoïdes s’installer en caisse, pour redonner un peu d’âme à ce passage obligé ? Ou allons-nous surtout les voir aller faire les courses, pour celles et ceux qui n’aiment pas cela, n’ont pas le temps et cherchent à diversifier leurs canaux d’approvisionnement à la maison ? Les livraisons à domicile explosent depuis quelques années, notamment pour les jeunes générations, mais aussi pour des personnes ou des couples qui veulent optimiser leur quotidien sans devoir cuisiner ou sans devoir aller acheter à manger. Osons même renverser le raisonnement : remplacer l’humain par la machine est-il toujours synonyme de déshumanisation ? Les conditions de travail parfois très précaires des livreurs des plateformes numériques invitent à nuancer cette évidence[7]. Un robot effectuant une tâche pénible, dangereuse ou socialement dévalorisée ne détruit pas nécessairement de l’humanité. Tout dépend de ce que la société fait des femmes et des hommes ainsi libérés de cette tâche. En tout cas, il sera assurément intéressant de voir comment les entreprises de la distribution comme celles de la restauration se comporteront avec la révolution humanoïde. Imaginons la plus grande enseigne mondiale de repas rapide, d’origine états-unienne, présente sur tous les continents, employant 2,5 millions de personnes actuellement, dont 75 000 en France, faire le choix de tout numérique, du tout robotique et d’un Ronald humanoïdisé à l’accueil du restaurant ou à la fenêtre du passage en drive…
Quant à la maison…faut-il encore des espaces pour cuisiner ou manger diront certains ? Si tout est livré et si plus personne ne partage de repas en même temps, dans une pièce dédiée, les architectes ont de belles conceptions inédites à envisager. Avant cela, constatons avec lucidité que les appareils électroménagers ont envahi nos cuisines bien avant l’invention du smartphone, mais que des robots sans cesse plus performants y prennent une place grandissante depuis quelques années ! Ne citons que le Thermomix pour ne pas y aller par quatre chemins, dont chaque nouvelle édition est augmentée de fonctions numériques. Qui sait, les prochaines versions proposeront peut-être un Thermomix à deux pattes, deux bras, à la fois capables de cuisiner, servir, ranger, nettoyer et commander en ligne tous les produits alimentaires qui commencent à manquer au domicile du propriétaire. À moins que cela soit cela le projet de Tesla avec Optimus, son humanoïde censé apporter une aide inédite à la maison. Que dira-t-il de nos sociétés, de nos relations sociales qui souvent s’animent autour d’un repas et qu’enregistra-t-il de nos vies les plus intimes, si tant est qu’il en existe encore. D’ailleurs, publier la photographie de son assiette constitue déjà l’une des images les plus abondantes sur Instagram. Alimentation, santé et assistance vont alors converger. Le robot connaîtrait nos goûts, nos allergies, nos objectifs nutritionnels et éventuellement certaines données médicales. Il pourrait adapter les portions, réduire le sel, surveiller le sucre, limiter le gaspillage ou ajuster un menu à l’activité physique de chacun. Nous passerions alors de l’alimentation personnalisée à l’alimentation personnellement administrée. Sinon des frais supplémentaires pour se soigner ou s’assurer, faute de comportements appropriés !
Ouvertures en conscienceJusqu’à présent, nous avons surtout adapté l’environnement aux machines : chaînes de production, entrepôts automatisés, robots de traite, tracteurs autonomes ou bras robotisés. Avec l’humanoïde, la logique peut s’inverser. Nous cherchons désormais à fabriquer une machine capable de s’adapter à un monde conçu pour le corps humain. Peu de secteurs permettent d’observer cette révolution aussi bien que l’agriculture et l’alimentation. Pour nous nourrir, il faut semer, observer, récolter, traire, soigner, pêcher, porter, trier, découper, transformer, transporter, stocker, cuisiner et servir. Bref, mobiliser presque toute la palette des gestes humains.
La robotisation agricole est déjà une réalité. C’est également vrai dans l’élevage. Ces technologies répondent à plusieurs défis simultanés : productivité, manque de main-d’œuvre, pénibilité, réduction des intrants ou adaptation au changement climatique. À ce titre, et si les robots s’adaptaient plus vite que nous ? Les systèmes agricoles et alimentaires doivent simultanément réduire leurs émissions, économiser l’eau, protéger les sols, limiter certains intrants, préserver la biodiversité et maintenir une production suffisante. Or le paradoxe des transitions est connu : nous savons souvent ce qu’il faudrait modifier, mais les choses changent… lentement. La machine, le robot et l’humanoïde ne craindront pas de modifier des habitudes. Cela ne signifie évidemment pas qu’ils résoudront la crise climatique, d’autant que leur fabrication et leur utilisation seront énergivores… Mais ils pourraient devenir de puissants accélérateurs d’adaptation. La question écologique rejoindrait alors celle de la délégation : sommes-nous prêts à laisser les machines effectuer plus rapidement certaines transformations que nous n’arrivons pas collectivement à accomplir ?
Alors oui, le futur de l’agriculture robotisée ne sera pas nécessairement humanoïde. Pourquoi donner deux jambes à une machine lorsqu’un système roulant est plus stable ? Pourquoi reproduire une main humaine lorsqu’un outil spécialisé est plus efficace ? Dans une parcelle céréalière de plusieurs centaines d’hectares, le tracteur autonome conservera probablement longtemps l’avantage. Mais dans une serre, un élevage, une cave, un laboratoire, un atelier ou une exploitation horticole conçus autour des déplacements humains, la polyvalence de l’humanoïde pourrait faire sens, plus rapidement sans doute que ce que l’on pense. Et pourquoi s’arrêter à la terre ? Pêche et aquaculture connaissent elles aussi une automatisation croissante : surveillance des poissons, alimentation automatisée, inspection des cages, robots sous-marins, tri, manutention ou transformation. Dans une ferme aquacole ou un port, les environnements difficiles et parfois dangereux constituent un puissant moteur de robotisation. L’expérience en mer, sur un navire, peut s’avérer en revanche moins favorable, sauf si les humanoïdes font preuve d’un pied marin inattendu…
Après l’agriculture de précision pourrait ainsi venir l’agriculture de délégation. Dans l’industrie agroalimentaire, l’IA incarnée devrait également s’exprimer. Les robots servent déjà des plats et des boissons dans certains restaurants et l’humanoïde se prépare à entrer dans le domicile. Préparons tout cela, si nous voulons trouver le bon équilibre, car il ne s’agit pas de refuser l’évolution technique, mais bien d’anticiper au mieux ces ruptures potentielles et de définir les contours de la responsabilité future. C’est d’ailleurs le message principal de l’Encyclique du Pape Léon publiée cette année[8], à lire sans hésiter même si l’on n’est pas croyant. Le Pape y rappelle que les systèmes d’IA, aussi performants soient-ils, ne possèdent pas de conscience morale et ne peuvent « assumer le poids des conséquences » (paragraphe 99). Les humanoïdes ne vont pas envahir demain matin nos champs, nos usines, nos magasins et nos cuisines. Mais ils nous obligent dès aujourd’hui à poser une question essentielle : non pas seulement ce que nous accepterons de leur faire faire, mais ce que nous accepterons de leur laisser décider. Car produire, transformer, transporter ou préparer notre alimentation engage toujours une responsabilité. À mesure que les machines deviendront plus autonomes, il faudra donc déterminer où s’arrête la délégation et où doit demeurer la décision humaine.
Sur le terrain géopolitique, la course est lancée entre une Chine qui se veut championne mondiale de la robotique industrielle et entend distancer les États-Unis sur la gamme d’humanoïdes performants et peu coûteux. Quid de l’Europe, qui voudra assurément moraliser ces sujets tout en explorant les avantages de ces innovations technologiques pour les secteurs qu’elle jugera stratégiques. Sans doute sera-t-elle tentée de vouloir mettre en œuvre une robotique humaniste et tracer des frontières hermétiques pour limiter le champ d’action des humanoïdes. Une question de souveraineté se posera également. Qui maîtrisera les données captées par ces machines, les modèles d’IA qui les pilotent, leurs composants, leurs mises à jour et éventuellement leur contrôle à distance ? La souveraineté alimentaire pourrait donc demain intégrer la maîtrise des machines intelligentes qui concourent à nous nourrir. Quant à l’Afrique, allons-nous robotiser un continent jeune, où l’agriculture reste le premier employeur et où des millions d’emplois seront à créer dans les prochaines années au regard de la dynamique socio-démographique ? Les robots et les humanoïdes n’y seront pas une réponse à la raréfaction de la main-d’œuvre. S’ils se déploient là-bas, préparons-nous en Europe à devenir plus humanistes.
[1] L’édition 2028 du Déméter, ouvrage annuel de prospective sur les questions agricoles et alimentaires, réalisé et édité conjointement par le Club DEMETER et IRIS Éditions, portera précisément sur la dialectique humanités / humanoïdes. Cet ouvrage paraîtra en février 2028.
[2] FAO, The State of Food and Agriculture, Leveraging automation in agriculture for transforming agrifood systems, SOFA Report, 2022 ; Drew Ashton, AI-Powered Agriculture : the next green revolution, eBookklt, 2024 ; Alka Arora, Rajender Parsad, Rajni Jain, Sudeep Marwaha, Harvesting Intelligence: The AI Revolution in Agriculture. From Fields to Algorithms, Cultivating Future Harvests, Springer, 2026.
[3] Manon Longvixay, François Brun, Christian Germain, Nouha Jeema, Guy Waksman, Intelligence Artificielle Générative en agriculture Enjeux, principes et applications, Rapport conjoint de l’Académie d’Agriculture de France, ACTA et Chaire AgroTic, 2026 ; Karine Cailleaux-Breton, David Joulin et Hervé Pillaud, L’IA des champs. Les graines d’un futur possible, La France Agricole Editions, 2026.
[4] The Economist, « China is training up thousands of humanoid robots », 23 August 2026.
[5] Bill Gates, « The turbulent AI era is here. The choices we make now are critical », Blog, Gates Notes, 26 August 2026.
[6] Eric Hazan et Olivier Sibony, Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, Flammarion, 2026.
[7] Marwân-Al-Qays Bousmah, Kevin Poperl, Anne Gosselin, Katy Fenech, Ana Rivadeneyra, et al., Santé et conditions de vie et de travail des livreurs des plateformes numériques en France : rapport de l’enquête Santé-Course, Ined, CoopCycle-Association, Maison des Coursiers, Maison des Livreurs, Médecins du Monde, Ville de Paris, 2026.
[8] Pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, Lettre encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle (Édition française, Artège, 2026).
L’article Humanoïdes : révolutions agricoles et alimentaires ? est apparu en premier sur IRIS.
Credit: UNESCO
By Thalif Deen
UNITED NATIONS, Sep 10 2026 (IPS)
First, it was the mass deportations of undocumented aliens, then a crackdown on liberal-minded academics from prestigious US Universities, and now, restrictions on foreign journalists based in the US.
The proposed restrictions may also affect scores of journalists covering the UN, including those who are part of national delegations scheduled to arrive in New York next week for the high-level segment of the 81st session of the General Assembly, with over 130 world political leaders in attendance.
According to the UN’s Media Accreditation and Liaison Unit (MALU), close to 5,000 media representatives are accredited by the UN,, including long term and temporary IDs, (the latter mostly for the annual General Assembly sessions).
The Foreign Press Association (FPA), the Society of Professional Journalists (SPJ), and the Committee to Protect Journalists (CPJ) have jointly expressed strong opposition to the July 2026 U.S. Department of Homeland Security (DHS) proposed regulation that heavily restricts foreign media “I” visas.
“Together with the SPJ and the CPJ, we have drafted a letter to congress setting out our case against the impending changes and asking them to intervene promptly. We thank our sister organization, the Arab and Middle Eastern Journalists Association AMEJA, for its prompt and effective support in getting attention on the Hill”.
These restrictions are an arbitrary and unilateral tariff wall against the exchange of ideas and information, says Ian Williams, FPA President.
“We ask all our members to enlist other signatories to the letter and to approach legislators who can help stop these pernicious proposals. We have been here before. Last time such proposals were raised, FPA and SPJ led the battle to thwart the proposals – but they are back, and we are pleased this time to be backed by so many other organizations.”
At a press briefing August 31, UN Spokesperson Stephane Dujarric was asked whether the Secretary-General is aware of the proposed visa restrictions due to go into effect on 15 September that will impact international journalists.
“Is he concerned that this could impact coverage – not only of the United States, but of the United Nations, given it limits journalists to 240 days and many journalist’ organizations are very concerned about the impact that this will have on journalists?”
In his response, Dujarric said: “Look, of course, countries have the right to decide on visa policies. But we would hope that we see here in our (UN) host country a policy that allows for the maximum number of international journalists to cover, including to cover the UN. “
Despite the 1947 Headquarters Agreement between the US and the UN, which calls on Washington to facilitate the functioning of the UN, the US has denied visas to several heads of governments planning to visit the UN, or those accredited as diplomats.
The US State Department says: “Our mission is to enhance the United States’ global influence by helping foreign journalists develop a deeper understanding of U.S. policy, society, and values through programs and services that connect them with authoritative American information sources. Our mission reflects a commitment to fostering informed global dialogue, ensuring that international coverage of U.S. affairs goes beyond the surface and captures the complexity of American life.”
With over 1,500 accredited foreign journalists in the U.S., “our offices connect U.S. policy and cultural experts with audiences worldwide. Journalists credentialed with us are leading voices in their home countries, thus amplifying with their own credibility the access we curate and facilitate.”
According to the FPA, the US proposals also have broader implications for free speech and movement beyond just journalists; they also affect academics, students and other skilled professionals, so it is heartening to see a growing list of organizations from other sectors joining in opposition.
These proposed regulations will restrict both the numbers and the freedoms of international reporters in the US. We urge you persuade colleagues to join the FPA to help us to combat the proposals and assist colleagues who might be affected, said Williams.
Last week U.S. District Judge F. Dennis Saylor called out the Trump administration for imposing new restrictions on the duration of visas impacting international journalists and students. The changes impact F, J, and I visas and change how long students or journalists can stay, adding massive barriers if they need to extend their time in the United States.
“I think that the uncertainty point in terms of the impact of the potential irreparable harm is enormous,” Judge Saylor said.
Williams told Inter Press Service (IPS): “It is good that our issue is tied with other educational and work visas, so there are some influential litigants fighting this in the courts. The administration seems prejudicially impervious to reality”.
All our sources suggest that they did not consult with relevant officials in the State Department, which issues the visas, he said. “It’s apparent that the framers of the visa restrictions ignored the overwhelming majority to the request for feedback which opposed the proposals.”
As a result, the foreign press are caught in a “very Imperfect Storm.” The MAGA operatives making the moves combine ignorance and arrogance. They are profoundly suspicious of ALL media and of foreigners making the foreign press a dual target, and these people have no idea how the media work beyond recycling corporate and White House press releases.
In effect they are telling journalists whose beat is STEM, Wall Street, Media, Art, American politics and industry, that they can amass all the expertise all they need to know in less than 240 days – and that they face the chance of being excluded if their work does not reflect the administration’s view, declared Williams..
The joint letter said It is good that our issue is tied with other educational and work visas, so there are some influential litigants fighting this in the courts. The administration seems prejudicially impervious to reality.
All our sources suggest that they did not consult with relevant officials in the State Department, which issues the visas.
It’s apparent that the framers of the visa restrictions ignored the overwhelming majority to the request for feedback which opposed the proposals.
As a result, the foreign press are caught in a “very Imperfect Storm.” The MAGA operatives making the moves combine ignorance and arrogance. They are profoundly suspicious of ALL media and of foreigners making the foreign press a dual target, and these people have no idea how the media work beyond recycling corporate and White House press releases.
In effect they are telling journalists whose beat is STEM, Wall Street, Media, Art, American politics and industry, that they can amass all the expertise all they need to know in less than 240 days – and that they face the chance of being excluded if their work does not reflect the administration’s view.
IPS UN Bureau Report
Kamikawa Yoko, MP for Japan and Chair of AFPPD at the opening of the Asian Forum of Parliamentarians on Population and Development (AFPPD) annual conference held in Kuala Lumpur, Malaysia. Credit: APDA
By Cecilia Russell
KUALA LUMPUR & JOHANNESBURG, South Africa, Sep 10 2026 (IPS)
“As parliamentarians, we should understand that behind every demographic indicator is a human story,” Kamikawa Yoko, MP Japan and Chair of AFPPD, reminded lawmakers in her opening address to the Asian Forum of Parliamentarians on Population and Development (AFPPD) annual conference held in Kuala Lumpur, Malaysia.
The conference, with the theme of ‘Parliamentary Leadership for the Future: An All-of-Society Approach to the Care Economy and Demographic Resilience,’ took place in the shadow of the devastating floods in Nepal, which Dr. Toshima Karki, MP Nepal, described as an “alarm from the roof of the world.” The impact of climate change on women, the elderly, and youth underpinned the concerns of many of the parliamentarians over the two-day conference.
Alexander Nanta Linggi, Minister of Works, Malaysia, opened with a strong statement about what parliamentary leadership means for the future.
“An all-of-society approach to the care economy and demographic resilience is ultimately about people,” he said.
“Parliamentarians have a unique role. We are not merely lawmakers. We are voices for our communities. We see the struggles of families caring for aging parents. We hear the concerns of young people uncertain about their future. We witness the inequalities that still affect women and vulnerable groups. This is why parliamentary leadership matters. We have the responsibility to translate lived realities into meaningful policy,” Linggi elaborated, adding that “a caring society is not a cost to be borne; it is an investment in social stability, economic resilience, and national well-being.”
Pio Smith, Deputy Executive Director of UNFPA and UN Assistant Secretary-General, noted the stark reality of fewer resources and the growing global polarization that parliamentarians were caught in.
“Doing more with less cannot mean doing less for those who need us most. It means making smarter choices, strengthening systems, improving efficiency, and ensuring that limited resources are directed toward investments that deliver lasting impact,” Smith said.
Dr. Toshima Karki, a member of Nepal’s House of Representatives, speaking at the AFPPD annual conference held in Kuala Lumpur, Malaysia. Credit: APDA
Officially opening the conference, the President of the Senate of Malaysia, Dato Awang Bemee Awang Ali Basah, argued that “Demographic resilience requires an all-of-society approach. No single ministry or government can solve these challenges—we need government, parliament, the private sector, civil society, academia, communities, families, and individuals working together.”
During the two-day conference, there were many powerful presentations, intertwining social challenges of youth, women, and the elderly and climate change.
Howard Lee Chuan How, MP Malaysia and Secretary-General of AFPPD Global, said the organization’s move to Kuala Lumpur should mark a new phase of globalization. AFPPD’s 30 national committees represent countries with a combined population of more than 4.3 billion people, over half of humanity.
“The stories of our people are therefore not peripheral to the global debate. They are a major part of the human story. The solutions we develop across our region, from aging and fertility to youth, gender, care, and climate resilience, have the potential to help shape solutions for the world,” Lee said.
For Syerleena Abdul Rashid, MP Malaysia, this is deeply personal. She started her speech by telling the conference that her mother, aged 81, grew up without air conditioners and weather apps.
“She now also lives with dementia, so when the temperature rises, I cannot simply just send her a text message saying, ‘Mom, please drink more water.’ She may not read it, she may not remember it, and she may not recognize that she’s becoming dehydrated or unwell.”
Syerleena listed the issues.
By 2030, 15% of Malaysians will be 60 or older.
In Malaysia, floods in November and December 2024 affected over 137,000 people, including 40,000 displaced families.
Older persons face specific risks such as loss of medication, mobility challenges during evacuation, and the inability to access digital warnings.
Then she reminded parliamentarians of the policy gaps, including age-unfriendly disaster relief centers, which lack ramps, quiet spaces for dementia, or proper medical storage, and lack of data around age groups and specialized welfare checks for the elderly during heatwaves, and challenged them to fix these.
But it is not only the elderly that are affected.
Dolores Devesi, Director of the International Planned Parenthood Federation (IPPF) Sub-Regional Office for the Pacific, reminded the audience that the impact of a loss of time in school could have lifelong impacts.
“Schools become more than a place of learning. They connect girls to peers, and they also become a center of information sharing amongst peers… When these connections are interrupted, risks rise, and we already know… that gender-based violence, sexual exploitation and abuse, unintended pregnancy, STIs, early marriage, and so forth, also come into play.”
Counting the cost of young girls and adolescents is crucial, she says.
“When a cyclone destroys a school, when flooding cuts off a community, when families are displaced, we naturally count the infrastructure and the economic cost, but the questions we need to be asking ourselves are how many young girls stop going to school, how many adolescent-age children have stopped going to school, why, how come they haven’t returned to school, and why are they still not in school? What happened to them and to their safety while they are away?”
Sahibzada Sibghatullah, MP Pakistan, said it was crucial to count the youth in the impacts of climate change; making up 64% of the country’s population, they bear the brunt of lost education and economic stability.
“A flood closes a school, and a child loses a year of learning that she or he may never recover back. A flood destroys a small shop, and a young man loses the only job he had. A flood cuts a road, and a young mother cannot reach a health center. And when a family loses everything, it is very often the daughter who is taken out of school first and married early. These are climate impacts. We must call them by that name.”
And he noted—it was the youth that rebuilt after the floods too.
“Let me end with this: In Pakistan, when a flood takes a village, it is the young who rebuilt it. They do not ask whose factory caused the warming. They do not ask who failed to cut emissions. They only ask to be counted. Let us count them. Let us fund them. Let us legislate with them, and not merely about them.”
A group photo of parliamentarians and delegates at the recent Asian Forum of Parliamentarians on Population and Development (AFPPD) annual conference held in Kuala Lumpur, Malaysia. Credit: APDA
It was during question time that Karki said she could barely conceal the anger she felt about the floods that left at least 1,300 people and more than 5,500 missing.
“Today I come with a warning from the Himalayas. I’m here to tell you the snow is disappearing. The snow is disappearing, and with it, the safety of my people.”
She listed the impact on roads, bridges, homes, schools, health posts, businesses, and hydropower projects that took decades to build and were destroyed in minutes.
“However, this is not simply a disaster. This is an alarm from the roof of the world.”
She continued, “Nepal contributes only around 0.03 percent of the global greenhouse emissions. Yet it is among one of the highly vulnerable countries to the impacts of climate change.”
“We did not build the smokestacks. We did not burn the coal. Yet our children are compelled to bury their parents and parents to their children under the debris of a crisis authored elsewhere.”
“Climate crisis for Nepal for us is not only an environmental crisis; it’s a developmental crisis. It’s an economic crisis, a food crisis, a public health crisis, and ultimately, it’s a crisis of justice.”
The meeting was organized by the Asian Forum of Parliamentarians on Population and Development (AFPPD) and the Asian Population and Development Association (APDA). It was supported by the Japan Trust Fund (JTF), the United Nations Population Fund (UNFPA), AFPPD Malaysia, and the International Planned Parenthood Federation (IPPF).
IPS UN Bureau Report
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Le Burkina Faso franchit une nouvelle étape dans sa marche vers la transformation locale de ses matières premières. Le président du Faso, chef de l'État, le capitaine Ibrahim Traoré, a procédé ce mercredi 9 septembre 2026 à l'inauguration officielle du complexe industriel de Textile des Forces du Burkina Faso (TEXFORCES-BF), implanté à Logofourousso, dans la commune de Bobo-Dioulasso. Réalisée en deux ans, avec un capital social de 17 milliards de francs CFA, l'infrastructure se veut ainsi un outil stratégique au service de la souveraineté industrielle et économique du pays.
Derrière les bâtiments, les machines et les lignes de production de TEXFORCES-BF, les autorités veulent voir davantage qu'une simple usine. Implanté sur une superficie de 30 hectares dans le village de Logofourousso, le complexe constitue l'aboutissement d'une vision visant à faire du coton burkinabè un véritable levier d'industrialisation. Pour le ministre de l'industrie, Serge Poda, la réalisation de cette infrastructure traduit une conviction : « Un pays producteur de coton ne devrait pas continuer à exporter principalement sa matière première avant de réimporter, à des coûts élevés, les produits textiles issus de sa transformation ».
Une vue des infrastructures du complexe industriel de Textile des Forces du Burkina FasoCe chantier réalisé en seulement deux années a mobilisé environ 1 300 ouvriers pour la construction des infrastructures et l'installation des équipements. Pour les responsables de TEXFORCES-BF, cette rapidité d'exécution traduit la détermination des équipes et l'importance accordée au projet. Le ministre Serge Poda a salué la réalisation de cette infrastructure qu'il présente comme une nouvelle preuve de la capacité du Burkina Faso à concevoir et à mettre en œuvre de grands projets industriels en s'appuyant sur ses propres ressources et compétences.
Un complexe intégré pour transformer le coton burkinabè
TEXFORCES-BF repose sur un dispositif industriel intégré comprenant notamment la filature, le tissage-tricotage, la finition-teinture et la confection. L'objectif est de rapprocher les différentes étapes de la chaîne de valeur du coton afin de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Dans son dimensionnement actuel, le complexe dispose de capacités annuelles pouvant atteindre 20 millions de mètres de tissu au tissage, 5 à 6 millions d'unités en tricotage et jusqu'à 20 millions de mètres en finition-teinture. Pour la confection, les capacités annoncées sont de l'ordre de 4 à 6 millions de tenues, 5,9 millions de T-shirts et plus d'un million de paires de chaussettes par an.
Les officiels présents à la cérémonie d'inauguration de TEXFORCES-BFL'ambition ne s'arrête toutefois pas à ces niveaux. À terme, TEXFORCES-BF vise une montée en puissance pouvant permettre de transformer jusqu'à 50 000 tonnes de coton par an, de porter la capacité de tissage à 100 millions de mètres et de dépasser 20 millions de pièces confectionnées annuellement. Cette production devrait d'abord répondre aux besoins nationaux avant d'ouvrir progressivement des perspectives sur les marchés sous-régional et international.
Le ministre Serge Poda a salué la réalisation de cette infrastructure qu'il présente comme une nouvelle preuve de la capacité du Burkina Faso à concevoir et à mettre en œuvre de grands projets industrielsDes uniformes militaires, mais aussi des produits civils
Si la vocation première de TEXFORCES-BF est de contribuer à la sécurisation de l'approvisionnement des Forces de défense et de sécurité en effets d'habillement, le complexe ne sera pas exclusivement tourné vers le secteur militaire. L'unité ambitionne également de produire des articles destinés aux populations civiles. Cette orientation doit permettre de donner une plus grande profondeur économique à l'investissement et de favoriser l'émergence d'un véritable écosystème national du textile et de l'habillement.
Le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, visite les installations de l'unitéAu-delà des équipements, l'autre richesse mise en avant lors de la cérémonie est le capital humain. Le complexe s'appuie déjà sur des jeunes Burkinabè formés aux métiers de l'industrie textile, notamment des ingénieurs textiles issus des établissements de formation nationaux. Plusieurs centaines de jeunes ont ainsi été formés ou mobilisés autour de l'activité industrielle. Avec la montée en puissance du complexe, l'objectif affiché est particulièrement ambitieux : environ 20 000 emplois directs, auxquels pourraient s'ajouter plus de 60 000 emplois et moyens d'existence dans l'écosystème du coton, du textile, de la logistique, du commerce et des services.
Selon les premiers responsables, le projet comporte également une dimension sociale. En effet, TEXFORCES-BF emploie notamment des veuves et des orphelins de personnes tombées pour la défense de la patrie, dans une logique de reconnaissance et de solidarité nationale.
Le capitaine Ibrahim Traoré salue le travail des acteurs sur le terrainBobo-Dioulasso confortée dans son rôle de pôle industriel
Le choix de Logofourousso pour accueillir le complexe n'est pas anodin. Bobo-Dioulasso, ville historique du coton et important centre économique du Burkina Faso, dispose d'atouts majeurs pour devenir un pôle de transformation industrielle. L'implantation de TEXFORCES-BF dans la cité de Sya devrait favoriser les interactions entre agriculture, industrie, formation professionnelle, recherche, innovation et services. À travers TEXFORCES-BF, le gouvernement entend surtout matérialiser une nouvelle approche du développement à savoir, « produire ce que le pays peut produire, transformer ce qu'il produit et consommer davantage localement ».
Une vue du personnel en pleine activité au sein de l'unité industrielleLe projet s'inscrit dans la vision du développement endogène défendue par les autorités, avec l'ambition de réduire progressivement la dépendance aux importations et de conserver une part plus importante de la richesse générée par les matières premières nationales. Pour les forces de défense et de sécurité, la disponibilité d'une capacité nationale de production d'effets d'habillement constitue également un enjeu stratégique. Les uniformes pourront être conçus et fabriqués davantage sur le territoire national, selon les exigences de qualité, de résistance et de durabilité définies par les autorités.
Les machines sont également en activité au sein du TEXFORCES-BFAvec ses 17 milliards de francs CFA de capital social, ses capacités industrielles et ses ambitions en matière d'emploi, TEXFORCES-BF apparaît ainsi comme un investissement à la croisée de plusieurs enjeux : souveraineté, industrialisation, transformation du coton, création d'emplois et développement territorial. Pour les autorités, le véritable défi commence toutefois avec la mise en production. Il s'agira désormais de garantir la qualité, la compétitivité, la rentabilité et la pérennité de l'entreprise afin que cette infrastructure puisse pleinement jouer son rôle dans la transformation structurelle de l'économie burkinabè.
Romuald Dofini
Lefaso.net