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Afrique

Inquiétudes autour du site radioactif de KCC à Kolwezi, des creuseurs toujours présents malgré l’alerte sanitaire

Radio Okapi / RD Congo - Tue, 07/04/2026 - 13:40


La situation reste préoccupante autour du remblai T17 de la concession de KCC à Kolwezi (Lualaba), où la présence de substances radioactives a été signalée le 27 mars dernier, au cours du conseil des ministres. Plusieurs jours après l’alerte sanitaire lancée par le gouvernement, aucun dispositif sécuritaire efficace n’a encore été déployé pour protéger les populations, selon des sources locales.

« Enfants comme adultes, nous sommes sans cesse malades » : le bidonville de Mama Nzénzé, à Kinshasa, perché sur des tonnes d’ordures pour éviter d’être inondé

LeMonde / Afrique - Tue, 07/04/2026 - 13:30
Les habitants n’ont d’autre choix que d’accumuler des ordures pour surélever leurs logements afin d’échapper à la montée des eaux de la saison des pluies. Une situation qui engendre la libération de gaz toxiques.
Categories: Afrique

Cybercriminalité : Un réseau d'escroquerie en ligne démantelé, trois suspects interpellés à Ouagadougou

Lefaso.net (Burkina Faso) - Tue, 07/04/2026 - 12:48

La Police nationale a démantelé un réseau spécialisé dans l'usurpation d'identité et l'escroquerie en ligne, le mardi 18 mars 2026 à Ouagadougou, à l'issue d'une opération menée par le Commissariat de Police de l'arrondissement n°9.

Selon les services de sécurité, les mis en cause utilisaient des procédés bien rodés pour piéger leurs victimes. Ils acquéraient frauduleusement des numéros de téléphone, créaient de faux profils sur les réseaux sociaux, puis appâtaient leurs cibles à travers de fausses promesses d'aides financières, d'investissements à gains rapides ou de prêts bancaires fictifs. Une fois la confiance établie, les échanges étaient transférés sur Whatsapp où les présumés escrocs exigeaient divers frais, notamment des frais de dossier ou de décaissement.

Les investigations ont révélé que les fonds soutirés étaient immédiatement transférés vers des numéros situés hors du territoire national, rendant leur traçabilité plus complexe. Le réseau utilisait également d'autres stratagèmes pour renforcer sa crédibilité et multiplier les victimes.

Grâce à une collaboration étroite avec la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC), les opérateurs de téléphonie mobile et les populations, trois membres actifs du groupe, tous de nationalité étrangère, ont été interpellés. Du matériel comprenant des téléphones portables, des cartes SIM et divers objets, a été saisi.

Lefaso.net

Source : Police nationale du Burkina

Categories: Afrique, Union européenne

Treize enfants enlevés lors d’une incursion des rebelles de la LRA au Bas-Uele

Radio Okapi / RD Congo - Tue, 07/04/2026 - 12:39


Treize enfants ont été enlevés lors d’une violente incursion attribuée aux rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) qui a frappé le village Bale, situé dans le groupement Ebale, en chefferie Sasa, à environ 125 kilomètres au nord-ouest du territoire d’Ango, dans le Bas-Uele. Survenue dans la nuit du 3 au 4 avril, cette attaque a également occasionné d’importants dégâts matériels, selon plusieurs sources locales et humanitaires.

« Il m'a piquée avec une aiguille contaminée par le VIH après que j'ai refusé de l'épouser. »

BBC Afrique - Tue, 07/04/2026 - 12:17
La jeune fille était tellement bouleversée par cet incident qu'elle ne l'a pas signalé à ses parents.
Categories: Afrique, European Union

Avec « Filles maudites », l’écrivaine nigériane Oyinkan Braithwaite joue du thriller et du fantastique pour explorer la condition féminine à Lagos

LeMonde / Afrique - Tue, 07/04/2026 - 12:17
Une malédiction pèse sur les femmes d’une même lignée : elles tombent amoureuses d’hommes qui les feront immanquablement souffrir. Pourront-elle s’en libérer ?
Categories: Afrique

Burkina/Promotion des langues nationales : Le Centre Tifinagh veut faire connaître l'écriture tamasheq‎

Lefaso.net (Burkina Faso) - Tue, 07/04/2026 - 11:55

‎Les responsables du Centre Tifinagh ont rencontré la presse le 4 avril 2026 pour présenter leur programme d'activités et attirer l'attention sur le patrimoine linguistique de la communauté Tamasheq. Le tifinagh est un alphabet ancien des Kal-Tamasheq, qu'ils entendent promouvoir comme composante des valeurs culturelles nationales.

‎Ag Sidi Tiral a conduit la conférence de presse au nom du Bureau exécutif de la sous-commission nationale de langue tamasheq. Il a insisté sur la nécessité de préserver et de transmettre l'écriture de leur communauté que beaucoup de Burkinabè découvrent encore. ‎Le responsable du centre a fait savoir que la sous-commission nationale de langue tamasheq évolue sous la tutelle du ministère chargé de l'enseignement de base, à travers les structures nationales dédiées à la valorisation linguistique. Son programme 2026 s'articule autour de cinq axes : organisation interne, activités scientifiques, promotion culturelle, alphabétisation et traduction, ainsi que le développement du Centre Tifinagh.

‎Mais l'essentiel de la rencontre a porté sur le tifinagh lui-même. Sur les kakemonos dressés au sein du centre, l'alphabet apparaît sous forme de signes géométriques simples, accompagnés d'équivalents phonétiques et d'exemples de transcription. Un autre kakemono présente le Dytaniè en langue tamasheq, traduite en français, signe de la volonté des promoteurs de montrer que cette écriture n'est pas seulement patrimoniale, mais aussi vivante et utilisable dans des contenus contemporains.

Ag Sidi Tiral, responsable du centre tifinagh qui présente l'alphabet Tamasheq


‎Selon Ag Sidi Tiral, le tifinagh est un système d'écriture très ancien dont l'origine remonterait à plusieurs siècles avant Jésus-Christ. « Le tifinagh est un système d'écriture très ancien, millénaire », a-t-il affirmé, en rappelant que plusieurs travaux scientifiques situent son apparition entre le VIe et le IVe siècle avant notre ère.

‎Cet alphabet est aujourd'hui utilisé dans plusieurs pays par les populations berbères, notamment au Maroc, au Mali, au Niger, en Algérie et au Burkina Faso. Chez les Kal-Tamasheq, il demeure un marqueur identitaire fort, employé historiquement dans les correspondances, les poèmes, mais aussi dans la décoration des bijoux féminins et des armes masculines.

‎La conférence de presse a également mis en lumière les difficultés historiques ayant affecté son usage. Le responsable a évoqué deux formes de domination ayant freiné sa transmission : la colonisation arabo-islamique et la colonisation française. Selon lui, des croyances dissuasives ont longtemps circulé autour de cette écriture, au point de décourager certains apprentissages. Pendant la période coloniale française, le recours à des interprètes francophones aurait progressivement réduit l'usage direct du tifinagh dans certains espaces administratifs.

‎Malgré cela, l'alphabet a traversé les générations grâce à la persistance des communautés tamasheq sahéliennes. Pour les responsables du centre, cette continuité justifie aujourd'hui un effort structuré de diffusion. Le futur centre national Tifinagh, en préparation, devra organiser des séances d'apprentissage, produire des supports pédagogiques et élargir la connaissance de cette écriture à un public plus large.

‎Au-delà de la dimension linguistique, les promoteurs de la langue Tamasheq y voient un enjeu culturel et social. « L'objet principal du présent point de presse est de faire connaître l'existence du tifinagh », a insisté le responsable, estimant que cette reconnaissance participe au renforcement de la cohésion sociale et du vivre-ensemble au Burkina Faso.

‎Farida Thiombiano
‎Lefaso.net

Categories: Afrique, Union européenne

James Swan prend les rênes de la MONUSCO dans un contexte de crise sécuritaire en RDC

Radio Okapi / RD Congo - Tue, 07/04/2026 - 11:04


Le diplomate américain James Swan entre officiellement en fonction ce mardi 7 avril 2026 comme Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en République démocratique du Congo et chef de la MONUSCO. Sa prise de fonctions intervient dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans l’Est du pays.

A table : CHISAM nous régale avec des Lasagnes

Lefaso.net (Burkina Faso) - Tue, 07/04/2026 - 11:00

Promotrice de CHISAM, Amamat Ouédraogo nous ouvre aujourd'hui les portes de sa cuisine pour partager l'une de ses recettes fétiches : les lasagnes. Un plat d'origine italienne, certes, mais revisité avec l'âme chaleureuse de nos tables africaines. Entre couches de pâtes généreuses, sauce bolognaise parfumée et béchamel onctueuse, Amamat nous invite à un voyage culinaire accessible à toutes les mains, même les moins aguerries. Sortez vos plats à gratin, la leçon commence.

Lefaso.net

Le Potentiel : « Félix Tshisekedi élève Nkamba au statut de ville »

Radio Okapi / RD Congo - Tue, 07/04/2026 - 09:40


Ce mardi 7 avril 2026, la presse congolaise revient sur la ferveur spirituelle à Nkamba, après l’annonce du chef de l’État d’ériger la cité en “Ville sainte”. Elle s’intéresse également aux inquiétudes de la société civile face au projet du gouvernement d’accueillir temporairement des migrants expulsés des États-Unis, dans le cadre d’un partenariat entre les deux pays.


Le Potentiel : « Félix Tshisekedi élève Nkamba au statut de ville »

Au moins 439 violations des droits de l’homme recensées en janvier 2026 en RDC (BCNUDH)

Radio Okapi / RD Congo - Tue, 07/04/2026 - 06:53



Au moins 439 violations des droits de l’homme ont été répertoriées à travers la RDC en janvier 2026, principalement dans la partie Est en proie aux conflits. Ces chiffres sont contenus dans le rapport du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), publié lundi 6 avril à Kinshasa.

Selon ce document, même si ce chiffre est en baisse par rapport au mois précédent, il ne reflète pas une amélioration réelle de la situation.

What the Deaths of Indonesia’s Peacekeepers Mean for Its Foreign Policy

TheDiplomat - Tue, 07/04/2026 - 06:52
The deaths and injuries serve as a stark reminder of the risks of Jakarta becoming more closely involved in a volatile region.

« Après le vote de l’ONU sur la traite des esclaves africains, la France ne peut s’abstenir d’agir »

LeMonde / Afrique - Tue, 07/04/2026 - 06:30
Jean-Marc Ayrault et Aïssata Seck, président et directrice de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, appellent, dans une tribune au « Monde », la France à jouer un rôle moteur dans la question des réparations de l’esclavage. Vingt-cinq ans après la loi Taubira, les Nations unies ont qualifié le 25 mars la traite transatlantique de « plus grave crime contre l’humanité ».
Categories: Afrique

Autour de Boualem Sansal, un « malaise » grandissant

LeMonde / Afrique - Tue, 07/04/2026 - 05:30
Depuis sa libération en novembre 2025, l’écrivain franco-algérien divise en raison de ses prises de position et de sa décision de quitter son éditeur historique. Jusqu’à faire douter ses proches et ses soutiens sur un possible glissement vers la droite radicale.
Categories: Afrique

INTERVIEW - «Bei einem Ja wird die Personenfreizügigkeit nie gekündigt werden. Das ist Angstmacherei der Gegner», sagt der SP-Doyen Rudolf Strahm

NZZ.ch - Tue, 07/04/2026 - 05:30
Im Gespräch kritisiert der Sozialdemokrat seine Partei für ihren Hypermoralismus bei der Zuwanderung – und äussert Verständnis für jene, die Ja sagen werden zur 10-Millionen-Schweiz-Initiative.
Categories: Afrique, Swiss News

Jugement dossier « Amidou Tiégnan » : Au-delà des sanctions d'agents, la responsabilité de l'Etat

Lefaso.net (Burkina Faso) - Tue, 07/04/2026 - 00:55

Le dossier dit « Amidou Tiégnan » (détournement de plus de trois milliards au ministère en charge de l'humanitaire), dont le contenu a été dévoilé au public dans le procès en direct en décembre 2024, suivi en mars 2026 de la deuxième partie de la même affaire, a actualisé des pratiques qui défient les mœurs administratives, professionnelles, voire sociales. C'est à juste titre donc, que de nombreux Burkinabè ont accueilli le dénouement du dossier, comme la fin de l'impunité et un avertissement pour tout agent ou commis de l'administration publique que les ressources de l'Etat doivent être gérées dans l'intérêt général et non servir à des causes personnelles ou de clans. C'est du reste, ce qui a motivé la diffusion en direct du jugement. Il a, en outre, permis de mesurer la responsabilité que l'Etat, à jouer en amont pour une administration efficace et intègre, au service des usagers et du développement du pays. La justice a pleinement fait son job, à savoir sanctionner les coupables à la hauteur des actes incriminés. Désormais, la balle est entre les mains d'autres institutions, car le procès a également soulevé à la charge de l'Etat, la nécessité de travailler à supprimer les facteurs et ingrédients des détournements de deniers publics et actes de corruption dans l'administration publique.

La réflexion est d'autant cruciale que l'administration publique est, en simple, le moteur de la vie nationale. De nombreux Burkinabè sont convaincus que cette affaire de détournement de milliards des caisses de l'Etat à des fins personnelles, n'est qu'une partie visible de l'iceberg. Plusieurs rapports d'études, produits par des institutions nationales et organisations comme la Cour des comptes, l'Autorité supérieure de contrôle d'État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) et le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) qui abattent déjà un énorme travail dans le sens de la moralisation de l'administration publique et la gestion des ressources publiques, étayent bien les réalités de cette préoccupation de détournements de deniers publics et actes de corruption de façon générale. Ces pratiques qui impliquent des personnes revêtues de mandat public, usant de la qualité de fonctionnaire ou de personne chargée d'un service public, pour s'approprier des ressources à des fins personnelles.

Inutile de s'attarder sur les conséquences multiples et multiformes que ces pratiques impliquent pour la société toute entière. Dès lors, l'Etat se doit de s'entourer de suffisamment de mécanismes qui lui permettent de minimiser les risques d'être permanemment victime, de ceux-là même qui sont sensés le protéger et faire en sorte qu'il assume pleinement sa vocation.

Pour cela, des actions semblent essentielles (même si elles n'expliquent aucunement, en elles seules, ces pratiques coupables, de nombreux agents tenant haut les valeurs tant recommandées, malgré tout). Certaines de ces suggestions sont d'anciennes attentes de catégories de Burkinabè, dont les syndicats.

Il s'agit d'abord de la question des traitements ; ils sont nombreux à, depuis des années, dénoncer l'iniquité dans le système de rémunération des agents publics de l'État. Le sujet se présente aujourd'hui pour certains comme un facteur qui contribue à dégrader le niveau de conscience dans l'administration publique burkinabè, tant il suscite et nourrit des ressentis. L'Etat a tout à gagner, en y trouvant la bonne parade.

Ensuite, l'effort doit payer, le mérite récompensé. Il faut que l'État fasse davantage en sorte que les agents sentent que chacun est payé et récompensé à la hauteur de ses efforts et mérite. Cela peut conduire à une administration efficace, avec pour avantage d'amenuiser les pratiques de corruption. Ce qui implique également de combattre, sans état d'âme, le népotisme et autres favoritismes qui ouvrent généralement la voie à toutes les pratiques de passe-droit et d'atteintes aux mœurs administratives.

Une autre leçon à tirer de ce dossier, c'est la nécessité d'étendre les enquêtes de moralité. L'Etat dispose de possibilités pour évaluer le comportement, la probité et les valeurs éthiques de tout agent entrant en fonction (surtout dans les domaines sensibles) ou appelé à être promu à un poste considéré comme tel. Pour certaines responsabilités ou domaines de la vie, le passé de l'individu doit être pris en compte (une personne nourrie par des attitudes de fraudes, de son cursus scolaire à l'entrée dans l'administration devra, à la limite, être suivie de près). Au Burkina, il est certes bien écrit que « nul ne peut postuler à un emploi de fonctionnaire, s'il n'est de bonne moralité », mais certaines réalités à ciel ouvert poussent à s'interroger sur ce que recouvre réellement cette condition générale.

L'Etat doit également mettre l'accent sur l'épanouissement du secteur privé. Créer un cadre propice à l'entreprenariat et au dynamisme du secteur privé n'est pas seulement créer de la richesse et pourvoir en emplois, c'est aussi faire de la stabilisation socio-économique, donc de l'épanouissement, de la sérénité générale.

Enfin, le piège des prêts tendu aux élèves fonctionnaires dès l'école. Cela se traduit par la ruée des institutions bancaires dans ces écoles professionnelles, pour une sorte d'opérations de charme. Si l'idée en elle-même n'est pas mauvaise, le manque d'éducation financière, dans un pays où de nombreux jeunes n'ont pas, jusqu'à leur admission au concours, côtoyé une certaine somme d'argent, ne contribue pas à construire des serviteurs du peuple sereins durant leur carrière. Sur ce point, un cadre de banque de la place y est allé à cœur ouvert : « Je suis banquier, je fais du business, je suis capitaliste, je cherche le profit. Mais, je pense, personnellement, qu'il faut éviter de donner des crédits dès l'école, surtout à des gens qui n'en ont pas besoin. Il faut prendre crédit quand ça répond à un besoin. Malheureusement, on distribue des crédits à des élèves fonctionnaires, il y en a même qui n'en ont pas besoin. On charge chacun déjà à l'école avec des millions, à tel point que la personne est déjà mal partie ».

Pour l'interlocuteur, la lutte contre les détournements de deniers publics et des actes de corruption dans l'administration publique doit commencer par un encadrement efficient de ces aspects qui, parfois, échappent à la vigilance générale. « Quelqu'un qui commence ainsi, ne verra jamais son salaire net dans sa vie, parce que dès l'école, on coupe le crédit. Beaucoup de fonctionnaires travaillent, mais n'ont jamais touché leur salaire normalement. Alors que la richesse, c'est une accumulation de l'épargne. Mais si déjà étant à l'école, la banque lui donne 1,500 000 F, 2 000 000F, l'élève en formation n'est même pas préparé à gérer une telle somme. Et en tant que jeune, il va dilapider. Après, quand il aura les vraies charges, femme, enfants, il est-là et ne peut pas joindre les deux bouts, tout simplement parce qu'il a fait un mauvais départ. Des gens qui s'endettent pour 5, 7 ans, pour payer une moto de luxe. Et si on la vole ou on l'endommage, il repart, on fait un revolving, c'est-à-dire on lui donne un autre crédit et ça ne fait que l'enfoncer. Ce sont des aspects sur lesquels l'Etat doit sérieusement plancher, il ne faut pas aider à pousser les élèves fonctionnaires dans le gouffre, pour préparer quel type d'administration publique ? L'agent sort déjà avec des problèmes ou commence à être rattrapé par le piège, quelques années seulement après avoir commencé à travailler. Mais comment faire, puisque derrière ce système, ce sont des affaires, il y a un lobbying. Et comme on est dans un monde où les gens veulent aussi paraître, ils prennent de grosses motos, de gros portables et après, ils n'arrivent pas à joindre les deux bouts, donc ils tombent dans des pratiques de corruption pour pouvoir joindre les deux bouts ou maintenir leur rythme de vie », dépeint l'argentier dans cette actualité de procès sur le détournement de trois milliards au ministère en charge de l'action sociale, renforçant ainsi la suggestion d'interpeller également l'Etat …

Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

Burkina/Santé : « Quand une personne tombe malade, c'est toute la société qui en subit les conséquences », Dr Alassane Maïga

Lefaso.net (Burkina Faso) - Tue, 07/04/2026 - 00:48

Au-delà des dépenses immédiates liées aux consultations, aux médicaments ou à l'hospitalisation, la maladie entraîne des conséquences bien plus profondes et souvent ignorées. Dans cet entretien, le Dr Alassane Maïga, spécialiste en santé publique, met en lumière ces « coûts invisibles » qui affectent durablement les patients, leurs familles et même la société dans son ensemble. Impacts psychologiques, déséquilibres familiaux, perte de productivité ou encore appauvrissement progressif ; autant de réalités silencieuses qui accompagnent la maladie. Face à ce constat, le spécialiste insiste sur l'importance de la prévention, encore trop négligée, comme levier essentiel pour préserver à la fois la santé et les ressources des ménages.

Lefaso.net : Quand on parle du coût de la maladie, on pense souvent aux frais d'hospitalisation ou aux médicaments. Mais qu'en est-il du coût non visible de la maladie ?

Dr Alassane Maïga : Quand on parle de coûts invisibles, qu'est ce qu'on appelle souvent ce qui ne se fait pas ressentir tout de suite et maintenant. Quand vous êtes malade et que vous partez pour consulter, ce que vous ressentez, c'est les frais que vous payez pour consulter, pour faire les examens et les frais pour payer les médicaments ou parfois les frais d'hospitalisation et de soins. Mais il y a d'autres coûts qui sont indirects, qui ne se font pas ressentir tout de suite, mais qui après vont avoir un impact considérable sur votre vie et sur la vie de votre famille. C'est ce qu'on appelle le coût indirect ou invisible. Invisible parce qu'on ne paye pas ça tout de suite.

Et pourquoi est-il important d'aborder cette dimension souvent ignorée dans nos sociétés ?

C'est important d'aborder cette dimension parce que les gens ne ressentent pas tout de suite que lorsque qu'ils préviennent une maladie, ils économisent et gagnent en temps et productivité. Les gens prennent le temps ou ne partent pas du tout consulter jusqu'à ce que la situation arrive à un niveau critique avant de se rendre à l'hôpital. Les coûts exorbitants liés à la prise en charge ne se ressentent pas tout de suite parce qu'ils se disent je suis malade, je vais me soigner, alors, qu'il est plus important, qu'on puisse prévenir pour éviter que ce coût n'impacte pas la vie de la famille. On planifie nos mariages, nos projets de carrière, tout mais on ne planifie pas notre santé jusqu'au jour où on tombe malade, on se rend à l'hôpital et en ce moment, bonjour les dégâts financiers. Mais puisque ça sort de la poche, on ne ressent pas cela tout de suite. Et pourtant, ça a un impact sur beaucoup d'aspects de notre vie.

Mais justement, au-delà des dépenses médicales, quels sont les impacts psychologiques d'une maladie sur un patient ?

Quand vous êtes malade, vous avez le sentiment de perdre votre estime. Vous avez ce sentiment que vous êtes isolé. Vous êtes le seul à ressentir votre mal. Mais vous avez aussi le sentiment que vous pouvez perdre la vie parce que quand on est malade, souvent cela nous rappelle qu'on peut mourir. Et donc tout ce stress fait que la maladie nous rappelle à quel point il est important de prévenir. Mais puisque on le dit souvent en Afrique, on dit que le conseil ne conseille pas, ce sont les conséquences qui conseillent. Malheureusement ! Alors que dans d'autres contrées, les gens privilégient beaucoup plus la prévention parce que quand vous prévenez, vous limitez les dégâts à plusieurs niveaux. Déjà votre système reste intact, vous gagnez beaucoup plus en productivité, vous gagnez beaucoup plus en thème d'économie sur les aspects de votre vie.

La maladie peut-elle affecter la stabilité familiale ?

Évidemment ! La maladie peut même mettre fin à l'amour entre deux personnes. Imaginez un conjoint qui est diagnosticé d'un cancer. Vous savez que le cancer, quand il est malin, on n'arrive pas à guérir. On est amené à prendre des médicaments, faire de suivi jusqu'à la fin de sa vie, jusqu'à ce que Dieu décide. Donc lorsque vous prenez le cas de cette personne, rien que les médicaments, le suivi, les examens épuisent la poche. Et en ce moment, votre conjoint qui vous supportait et qui vous aimait bien va commencer à se dire mais elle commence à peser vraiment sur mes économies. Et à un certain moment, ça peut vraiment éclater totalement la famille puisque les proches qui contribuent aux soins, qui arrêtent leur travail pour venir vous rendent visite, cette situation va avoir un impact sur eux. Et à un certain moment, vous serez seul, tout le monde sera fatigué de vous accompagner surtout quand c'est une maladie chronique qu'on ne peut pas guérir. Vous êtes tout le temps amené à aller pour des soins, pour des examens, pour un suivi et ce sont vos proches qui vont aussi avoir un impact sur leur vie. Donc vraiment ça peut contribuer à dégrader totalement les liens familiaux et les relations souvent sentimentales.

Vous avez tantôt parlé des maladies chroniques. Est-ce que les maladies chroniques ont un coût social plus lourd que celle aiguë ?

Évidemment, parce que chronique veut dire que ça dure dans le temps. Et ce qui dure dans le temps, épuise financièrement. Donc forcément, ça va avoir un coût plus que les maladies aiguës. Les maladies aiguës sont spontanés. Quand vous avez un paludisme, vous avez trois jours de prise en charge et c'est fini. Mais quand vous avez une hypertension artérielle, vous êtes amené à faire des examens et à prendre des médicaments à vie. Donc forcément, ce n'est pas le même coût. Que ce soit financièrement, en termes de productivité ou en matière de lien de relation familiale, les maladies chroniques ont un coût, plus important que les maladies aigües.

De façon générale, peut-on dire que la maladie contribue à l'approvisionnement des ménages ?

Selon les données de base de l'Organisation mondiale de la santé, pour 2024, près de 25 % des revenus de famille des ménages en Afrique subsaharienne partent dans les dépenses de santé. Vous comprenez déjà l'ampleur. On est parfois dans un cercle vicieux où la maladie conduit à la pauvreté, la pauvreté conduit à la maladie parce que quand vous êtes malade, vous vous soignez et les soins vont vous épuiser financièrement, ce qui vous conduit à la pauvreté. Quand vous êtes pauvre, vous n'avez pas de l'argent pour vous soigner. Cela crée un cercle vicieux. Évidemment la maladie contribue à l'appauvrissement des familles parce que jusqu'à présent, l'État fait beaucoup d'efforts car actuellement on est dans une dynamique de couverture sanitaire universelle avec l'assurance maladie qui a déjà commencé.

Quels sont les autres impacts sur les aidants qui accompagnent un malade sur une longue durée ?

C'est ce qui nous permet de nous rendre compte que la maladie a beaucoup plus d'impact invisible que justement ce qu'on voit parce que déjà quand vous êtes malade, vous êtes allité ou hospitalisé, il faut que vous ayez des accompagnants, des gens qui vont vous aider à vous nourrir, faire certaines choses. Ces personnes doivent laisser leur travail, donc ils ne sont plus productifs. Vos parents sont amenés à vous rendre visite. Ils vont laisser leurs travails et leurs occupations pour venir vous rendre visite. Donc cela va avoir un impact sur toute la famille, sur toutes vos relations parce qu'ils sont appelés à vous soutenir. Que ce soit moralement, que ce soit financièrement, ils doivent vous soutenir, donc forcément, ce soutien qu'ils vous apportent a un poids sur leur vie et sur leur productivité. Donc en réalité quand on tombe malade, c'est toute la société qui est touchée raison pour laquelle il est important de tout faire pour prévenir.

Peut-on éviter réellement certaines maladies grâce à la prévention ?

Il y a beaucoup de maladies qu'on peut éviter grâce à la prévention ou même au moins influencer si on ne peut pas éviter. Quand vous prenez par exemple des maladies comme la variole, la polyomélite, la rougeole, ce sont les programmes de vaccination qui font partie de la prévention qui ont permis d'éviter des milliers de morts. Donc évidemment, la prévention aide parce que non seulement au niveau de l'Etat ça aide. Mais au niveau des individus, quand vous prenez des maladies que sont par exemple l'hypertension artérielle, le diabète, c'est notre mode de vie, notre façon de nous alimenter qui crée une surcharge qui contribue à ce que ces maladies se manifestent donc si vous arrivez à bien vous comporter, à avoir une bonne hygiène de vie toutes ces maladies peuvent être évité à moins que vous n'ayez une partie génétique parce qu'il y a des maladies qui ont des facteurs génétiques. Les maladies qui ont des facteurs génétiques, quel que soit ce que vous faites, vous serez touché. Mais vous pouvez retarder l'apparition de la maladie ou bien l'apparition des symptômes ou bien même son évolution vers les complications par votre façon de vivre, par votre mode de vie. Donc c'est pourquoi il est important de maximiser la prévention parce que c'est ce qui va nous permettre de vivre bien et de vivre longtemps.

Parlant de la prévention, il y a trois types de prévention. Quelles différences peuvent faire ces préventions primaires, secondaires et tertiaires ?

La prévention primaire, comme son nom l'indique vient en premier. Elle vient en amont de la maladie. L'objectif, c'est de faire en sorte qu'on applique les mesures de prévention pour réduire l'incidence de la maladie. Les programmes de communication pour le changement de comportement, les sensibilisations, les programmes de vaccination font partie de la prévention primaire. Il y a maintenant la prévention secondaire. Lorsque la communication, l'éducation pour la santé et les vaccinations n'ont pas permis d'éviter que la personne tombe malade et qu'elle est quand même malade, Il y a la prévention secondaire dont l'objectif vise justement à limiter l'évolution de la maladie vers les complications ou bien à limiter les rechutes et les récidives. Maintenant, quand tout cela échoue, il y a la prévention tertiaire qui va permettre quand quelqu'un a le cancer par exemple qu'on lui apporte des palliatifs, ce qui va permettre de l'accompagner. Ce sont les trois niveaux mais ce sont des niveaux qui sont interconnectés. Les préventions primaire, secondaire et tertiaire sont interconnectées et dans le programme d'éducation pour la santé tout est mis ensemble.

Mais est-ce que la prévention coûte plus cher que le traitement ?

Alors, je vous prends juste un exemple ; la maladie rénale et puis l'hypertension artérielle. L'insuffisance rénale est une maladie qui lorsqu'elle arrive au stade terminal a beaucoup d'impact sur la vie parce que les soins coûtent hyper cher, notamment l'hémodialyse. Vous avez la possibilité d'appliquer certaines mesures simples en ne retardant pas vos urines, en buvant suffisamment d'eau pour faciliter la filtration et en évitant l'automédication. Certaines tisanes et médicaments traditionnels dont le dosage ne sont pas bien maîtrisé, joue sur le rein. Si vous arrivez à avoir une bonne hygiène, vous allez éviter l'insuffisance rénale. Mais si vous tombez malade et que l'insuffisance rénale arrive à un stade terminal où il n'y a que la dialyse qui peut vous sauver, allez-y vous demandez le prix d'une dialyse. Si n'est pas que maintenant le gouvernement dans sa dynamique d'amélioration a fait que les prix ont baissé, avant, une dialyse pouvait prendre tout un salaire d'un mois pourtant il peut arriver à faire deux dialyses par semaine ou une par semaine alors que vous êtes appelé à faire cela toute votre vie. Quand je prends la question de l'hypertension artérielle, c'est vrai qu'il y a d'autres facteurs qui interviennent mais si vous arrivez à contrôlez votre tension, à pratiquer du sport, limitez votre consommation du sel, vous pouvez éviter la maladie. Ce n'est pas comparable à lorsque vous êtes malade et qu'on vous prescrit un médicament. Donc quand on compare un peu même les coûts de ce que la prévention coûte par rapport à ce qu'on injecte dans les soins, il n'y a même pas de comparaison à faire. La prévention c'est notre arme. Si on rate cette étape, on doit pouvoir faire face aux conséquences. Sans oublier le fait que le système de santé lui-même coûte énormément au budget de l'État. Les médicaments, les vaccins, les appareils qu'on met à disposition de la population, c'est parce que l'État les subventionne. Le fait d'adopter une bonne attitude de prévention, en réalité contribue au développement du pays parce que cela permet à l'État de réduire considérablement les dépenses liées à la santé et de pouvoir les injecter dans d'autres domaines de développement comme l'agriculture, la sécurité alimentaire ou l'éducation et autres.

La prévention est-elle uniquement une responsabilité individuelle ?

Il faut dire que c'est plutôt un contrat parce que quand vous êtes malade, ce n'est pas le président du Faso qui est malade. Il ne ressent pas la maladie. Ce pas le ministre de la santé qui est malade. C'est vous qui êtes malade. Donc la responsabilité nous incombe individuellement d'abord parce que quand on est malade, c'est d'abord nous. Maintenant, comme nous sommes dans un État et on n'est pas supposé avoir toutes les informations pour prévenir, l'État est chargé maintenant d'accompagner pour qu'on ait accès à l'information sur les maladies, sur les signes, sur les moyens de prévention. Mais vous en tant qu'individu, la responsabilité vous incombe de mettre en pratique les mesures de prévention pour ne pas tomber malade parce qu'une fois que vous tombez malade, tout le monde le ressent.

Comment intégrer davantage la culture de la prévention dans nos habitudes quotidiennes ?

Nous mettons des incassables à nos téléphones, on les coquille bien, mais notre tête qui permet d'exploiter le téléphone, on ne le protège pas. Vous voyez déjà là qu'il y a une question de mentalité. Ce n'est même pas d'abord une question de connaissance, mais une question de mentalité. Nous révisons nos motos chaque mois. Mais notre corps, on ne le revise jamais. Le corps a besoin de révision et la révision du corps est chez le médecin. Le médecin peut vous recevoir même quand vous n'êtes pas malade. Il ne faut pas attendre d'être malade avant d'en savoir plus sur votre état de santé parce qu'il y a des maladies qui sont silencieuses et quand ça se déclenche, lorsque vous arrivez à ressentir les symptômes, c'est que c'est arrivé à un niveau grave. Et à partir de ce moment, vous comprenez que vous allez dépenser beaucoup pour pouvoir vous soigner. Parfois vous n'aurez même pas le pouvoir d'en guérir. Et pourtant ! Il suffit simplement de pouvoir aller chez le médecin faire un bilan de santé et dans le bilan de santé on va vous faire les examens qui vont vous permettre de savoir si vous avez déjà la maladie ou pas. Si vous ne l'avez pas vous êtes tranquille, vous vivez tranquillement. Mais si vous l'avez, on pourra prendre en charge efficacement et cela vous permet de vivre bien longtemps.

Mais vous qui êtes sur le terrain, est-ce que les populations sont suffisamment sensibilisées au bilan de santé régulier ?

Je n'ai pas vraiment de preuves d'études qui ont été réalisées qui prouvent que les populations sont suffisamment sensibilisées. Mais je sais qu'il y a beaucoup d'efforts qui sont consentis à ce niveau. Il y a l'État qui contribue beaucoup à travers les services du ministère de la Santé. Il a beaucoup d'efforts qui sont consentis pour que les moyens de prévention puissent être vulgarisés.

Que recommandez-vous concrètement aux familles pour limiter ces coûts invisibles ?

C'est très simple. De la même façon que nous révisons nos motos, véhicules, nos téléphones et nos ordinateurs, il faut également protéger le corps de cette manière. Et la révision du corps, c'est aller chez le médecin, faire un bilan de santé. Le médecin va vous prescrire un certains nombres d'examens pour voir s'il a des maladies qui sont déjà là ou pas. S'il n'y a pas d'anomalies, vous êtes tranquille. S'il se trouve qu'il y a des maladies, le médecin va vous soigner. Plus tôt vous vous soignez, le mieux s'est parce qu'il a des séquelles qui sont irréversibles. Il y a des maladies qui vous laissent avec une paralysie totale comme par exemple l'accident vasculaire cérébral. Il y a des maladies qui vont vous laisser aveugles. Donc il y a des maladies qui restent des cycles irréversibles. Le plus tôt vous prenez le mieux c'est. Ce qu'on conseille aux populations, c'est de prêter attention à notre corps. Il faut aussi suivre les mesures de prévention que le gouvernement arrive à vulgariser. Ce sont des gestes assez simples qui ne demandent pas beaucoup d'efforts mais juste de la discipline. Quand vous arrivez à discipliner votre vie, vous allez vivre mieux et longtemps. La maladie écourte nos rêves. Donc il ne faudrait pas qu'on permette cela parce que notre pays a besoin de nous, la société a besoin de nous pour qu'on puisse se construire. C'est pourquoi on doit de plus en plus prêter attention à notre état de santé. A partir de maintenant, chacun doit mettre dans ses habitudes de faire un bilan de santé au moins deux fois par an. Cela coûte 100 fois moins cher que l'investissement que vous allez mettre dans une maladie pour vous soigner sans être sûr que vous serez guéri et sans compter même l'impact qu'il y a sur votre famille parce que la famille va mettre la main dans la poche et ils vont vous assister. Donc pour éviter tout cela, il faut veiller sur notre corps comme on veille sur nos téléphones, nos ordinateurs, nos moteurs, nos voitures et nous allons voir que le résultat sera positif. Nous vivrons mieux et plus longtemps.

Lefaso.net

Coopération : « Contrairement à d'autres partenaires occidentaux, la Chine n'appelle pas à un mimétisme de son modèle », estime Yannick Naré

Lefaso.net (Burkina Faso) - Tue, 07/04/2026 - 00:35

À la suite d'un séjour en République populaire de Chine, où il dit avoir constaté de visu les prouesses de développement, Yannick Naré, juriste et communicant, a consacré un ouvrage à la coopération sino-burkinabè. Dans sa dernière publication intitulée « Burkina-China : une coopération sud-sud. De 1960 à 2020 », l'auteur propose une analyse approfondie des relations entre le Burkina Faso et la Chine, marquées selon lui par de nombreuses péripéties. Pour Yannick Naré, la Chine se distingue des partenaires traditionnels du Burkina Faso, notamment occidentaux, par une approche qu'il juge moins contraignante. « Contrairement à d'autres partenaires occidentaux, la Chine n'appelle pas à un mimétisme de son modèle », affirme-t-il. Selon l'analyste, cette posture fait de la Chine un partenaire “sûr”, dans la mesure où elle privilégie une coopération fondée sur le respect des réalités locales et de l'égalité souveraine des États.

Lefaso.net : Juriste de formation, comment êtes-vous arrivé dans la communication ?

Yannick Naré : C'est par passion parce que rien ne me prédestinait à la communication mais à force de passion j'ai pu faire ce virage à 180 degrés, du droit pour me retrouver en communication. Il faut se dire que tout est parti à la base avec des études en droit à l'université de Ouagadougou (Burkina Faso). La passion de la communication a fini par me rattraper ; j'ai dû amorcer d'autres études supplémentaires en communication à l'université Senghor d'Alexandrie (Égypte).

Avec cette casquette d'analyse politique, quel regard avez-vous de ce qui se passe au Moyen-Orient ?

Il faut se dire que c'est tout à fait dramatique ce qui se passe au Moyen-Orient. La violence qui s'y déploie, notamment avec une coalition israélo-américaine. Mais on n'est pas tout à fait étonné parce que depuis longtemps, le Moyen-Orient a toujours été une zone d'attraction américaine pour le pétrole qui s'y trouve et aussi avec les idées messianiques américaines d'exporter la démocratie qui n'ont jamais marché. Il faut se dire que c'est dommage ce qui se passe parce qu'on assiste encore une fois de plus à une attitude conquérante des États-Unis avec son allié israélien. Cela montre la primauté de l'unilatéralisme parce que ça n'a pas été avalisé ni par les Nations unies ni même par le droit fédéral américain.

Quelles peuvent être les répercussions de cette guerre sur le continent africain ?

Les répercussions, nous allons les sentir, ou du moins nous les sentons déjà au quotidien. Sur le plan économique, il impacte de plein fouet les économies africaine et mondiale. Parce que comme vous le savez, l'énergie qui draine le monde, c'est le pétrole. Et 20 % des approvisionnements de pétrole viennent de l'Iran à travers le détroit d'Ormuz qui a des difficultés de passage. Donc du coup, cela impacte les pays africains sur le plan économique, la cherté, la flambée du prix du baril. Et si l'énergie augmente, il va sans dire qu'on aura aussi des flambées, des prix alimentaires et autres. Donc, des pays africains ont déjà constaté comme le Nigeria qui manifestent une certaine cherté de la vie quotidienne.

Vous êtes l'auteur du livre intitulé Burkina-China : une coopération sud-sud de 1960 à 2020. Qu'est-ce qui a motivé l'écriture de ce livre ?

C'est parti d'un constat. J'ai remarqué que la Chine n'est pas très bien connue au Burkina Faso. Beaucoup de personnes de bonne foi, ont une connaissance sommaire de la Chine. Très souvent, cela se limitait aux produits bon-marché de la Chine que nous avons dans nos pays africains. Aussi, les gens assimilaient la Chine à sa population, à sa grande population de plus de 1 milliard 400 000 habitants. Vous vous souvenez, même à l'université, souvent les amphithéâtres qui sont plein à craquer, les gens assimilent ça à l'idée de la « Chine populaire ». Donc vous voyez, ce sont des connaissances simplistes de ce grand pays qui nécessitent maintenant une analyse approfondie pour donner à percevoir les vraies réalités de la Chine pour pouvoir entrer en contact sur tous les plans, commercial, etc. avec ce géant de l'économie mondiale.

Vous parlez de vraies réalités méconnues. Quelles sont ces réalités ?

La Chine tout comme les pays africains sont victimes du prisme occidental. On assimile la Chine à son modèle politique qui n'est pas en phase avec le modèle occidental. Donc du coup, elle est critiquée dans les médias occidentaux, même dans l'opinion occidentale. Et aussi, les appétits économiques et financiers chinois donnent de la matière, du fil à tordre aux Occidentaux. Du coup, il va de soi qu'il y aura des attaques ciblées dans les médias, par médias interposés à l'endroit de la Chine. Donc, tout cela nécessite quand-même une analyse froide de cette situation chinoise pour décaper et comprendre la réalité qui prévaut véritablement.

Est-ce que vous voulez dire ici que le Burkina Faso ne profite pas assez de la relation avec la Chine ?

Non, je n'ai pas dit que le Burkina ne profite pas assez. Mais déjà dans l'opinion publique de certains Burkinabè, il y a une certaine méconnaissance de la Chine dans toutes ses réalités. Il y eu des enquêtes d'Afro-Baromètre, un institut panafricain de sondage, qui a montré que les Burkinabè aiment la Chine. Mais cette réalité n'est pas très bien comprise par beaucoup de Burkinabè. Du coup, après un petit séjour de trois semaines en Chine, j'ai touché un peu du doigt la réalité chinoise et j'étais vraiment émerveillé. Donc, j'ai voulu partager cette expérience à travers un livre et c'est ce que j'ai fait en publiant le livre intitulé « Burkina-China : une coopération Sud-Sud. De 1960 à 2020 ».

Pouvez-vous nous faire briefing de votre ouvrage ?

Le livre, à travers son titre, aborde la coopération diplomatique entre le Burkina Faso et la République populaire de Chine. À l'intérieur, j'essaie de remonter jusqu'aux années des indépendances du Burkina Faso, de Haute-Volta à l'époque, pour décrypter et comprendre comment le Burkina Faso a entretenu ses relations diplomatiques avec la Chine. Et quand on regarde de près l'histoire diplomatique du Burkina Faso, on se rend compte qu'il y a une certaine dualité des relations entre le Burkina et la Chine. Tantôt, le Burkina Faso a reconnu sa province rivale qui est Taïwan de 1960 à 1973 et de 1973 à 1994, le Burkina Faso a été avec la République Populaire de Chine. De 1994 à 2018, le Burkina Faso a été encore avec Taïwan et de 2018 à maintenant, les relations diplomatiques se sont orientées vers la République populaire de Chine. Comme vous le voyez, c'est un va-et-vient entre la Chine et sa province séparatiste qui était Taïwan.

« J'ai remarqué que beaucoup de Burkinabè ont une connaissance sommaire de la Chine », indique Yannick Naré

Quels sont les secteurs dans lesquels le Burkina Faso doit davantage accentuer dans sa coopération avec la Chine ?

Cela va s'agir des priorités du moment, parce que les urgences de développement ne sont pas les mêmes depuis les indépendances et maintenant. Actuellement, ce qui est la priorité des Burkinabè, me semble-t-il, c'est la sécurité nationale. Donc il va sans dire que la coopération avec le partenaire chinois peut enfiler les habits, pas du militarisme, mais essayer de comprendre, de voir quel partenariat militaire peut se faire pour que le Burkina Faso puisse sortir de cette situation qu'il traverse depuis 2016.

En plus de la coopération militaire, il y a beaucoup d'autres aspects dans la coopération qu'on peut toujours explorer ou approfondir. Par exemple, la coopération sanitaire. Vous venez de voir que la Chine a fait des efforts pour endiguer le paludisme. Le paludisme frappe beaucoup et est presque endémique en Afrique. Les pays africains peuvent aussi se prévaloir de cette coopération pour essayer d'endiguer le paludisme.

Il y a la coopération commerciale qu'il ne faut pas oublier parce que la Chine est l' « Atelier du monde » et maintenant même on va dire l' « Usine du monde » parce que tout le monde se bouscule en Chine pour payer les produits chinois qui inondent vraiment les marchés africains et occidentaux. Donc, on peut diversifier et trouver des passerelles, des domaines de coopération avec la Chine qu'on ne peut pas avoir forcément avec d'autres partenaires.

Quelle est la particularité de la coopération avec la Chine par rapport à d'autres ?

Le modèle de partenariat avec la Chine est unique en quelque sorte. Parce qu'il y a plusieurs principes que la Chine a étalés depuis les années 1960 et qui sont toujours de vigueur actuellement. Je prends notamment le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures de ses partenaires. C'est une réalité qui saute à l'œil de tout observateur. La Chine se contente non seulement de le dire dans la rhétorique officielle de ses diplomates, mais aussi elle l'implémente dans les faits réels. Vous n'allez jamais entendre que la Chine s'est immiscée dans les affaires intérieures de tel ou tel État. Ce qui fait que souvent ce silence semble coupable pour certains Africains qui voudraient une Chine beaucoup plus engageante quelque part. Et aussi, il y a le principe d'égalité. La Chine traite ses partenaires sous un principe d'égalité et c'est ce qui devrait prévaloir dans les relations internationales. Parce qu'un État égale à un État quel que soit sa puissance démographique, économique, financière, militaire. Certes, ce principe de l'égalité souveraine des États n'est pas toujours respecté. Pourtant, ce principe a été édicté depuis les années 1600 avec le traité de Westphalie qui a dessiné la configuration actuelle des relations internationales.

Cela fait que beaucoup pensent qu'actuellement, dans cette ère de mondialisation, la Chine se présente comme un partenaire sûr. Je vais vous prendre un exemple sur l'économiste zambienne Dambiso Moyo qui a écrit un livre très célèbre qui s'intitule « L'aide fatale ». Elle critique la politique de l'aide internationale et elle qualifie que les Chinois sont nos amis. Elle le dit clairement dans son livre.

Et quand le livre est sorti, le président Paul Kagame a payé le livre, distribué à tous ses ministres en conseil de ministres. Et encore Kadhafi était prêt à inviter l'auteure du livre en Libye. Mais malheureusement, il y a eu une intervention militaire qui a fait balayer le régime de Mohamed Kadhafi. Donc cette économiste très célèbre encense en quelque sorte, la coopération avec la Chine, parce qu'elle trouve que c'est le modèle vraiment qu'il faut à l'Afrique pour aller vers son propre développement.

Pour Yannick Naré, la Chine est un partenaire sûr

Quelle appréciation faites-vous de la relation entre les deux pays depuis la reprise de coopération ?

Il faut se dire que c'est une relation qui a bien débuté en 2018 et qui est en train de faire son cheminement, son bonhomme de chemin avec des avantages, des dividendes que le Burkina Faso engrange. Je suis sûr aussi que le partenaire chinois en face a des bénéfices de cette coopération avec le Burkina Faso. Déjà, ce que je peux dire, la reconnaissance de la République populaire de Chine est un grand atout pour le Burkina qui bénéficie d'un parapluie diplomatique sur la scène mondiale. Comme vous le savez, depuis 1972, la Chine a retrouvé sa place au Conseil de sécurité des nations unies. Et c'est un gros avantage pour le Burkina qui peut bénéficier de cette protection diplomatique de la Chine sur la scène diplomatique mondiale. Ce qui n'était pas le cas avec le grand rival Taïwan.

La Chine est un grand marché. C'est vrai que les produits chinois nous inondent mais je pense que nous pouvons essayer de prospecter et de pénétrer le marché chinois. Ce qui serait une très bonne chose pour nos hommes d'affaires . Déjà, même avant la reprise diplomatique en 2018, il y avait cet intérêt pour les commerçants burkinabè de faire des affaires en Chine. Et maintenant que les routes se sont ouvertes, cela va sans dire que ça va maximiser et optimiser davantage les relations d'affaires entre le Burkina Faso et la Chine.

Le président chinois Xi Jinping a annoncé la suppression des droits de douane pour 53 pays africains. Cette mesure entre vigueur le 1er mai 2026. En tant qu'analyste, quel commentaire faite-vous de cette décision ?

Je trouve que c'est une bonne chose pour les pays africains. C'est une politique de la main tendue que la Chine fait à ses partenaires africains. C'est un grand gain pour les pays africains. Et quand on regarde actuellement, il y a la montée du protectionnisme international qui est là, les barrières douanières, mais la Chine consent à ouvrir ces frontières pour les produits africains. Je pense que c'est vraiment une occasion, une opportunité économique pour l'Afrique de saisir cela et d'optimiser la pénétration du marché chinois. La balle est dans le camp des pays africains. Comment faire pour que nos produits puissent aussi avoir droit de citer dans l'économie chinoise ? C'est là toute la question que nos opérateurs économiques et aussi nos leaders en tête peuvent creuser pour que cette exonération puisse bénéficier à nos économies.

Comment le Burkina Faso peut-il s'inspirer de la Chine en vue dynamiser aussi son développement ?

Je pense qu'en la matière, on ne va pas parler exactement de ce que le Burkina peut copier à la Chine pour amorcer, pour suivre son développement. Parce que le développement est toujours endogène. Chaque pays doit trouver sa propre voie pour se développer. Comment, nous, pays africains, on peut essayer de domestiquer aussi notre ingénierie pour trouver des voies alternatives de développement ? C'est là toute la question. Et la balle est dans le camp des Africains. C'est à nous de regarder, selon notre propre histoire en tant qu'Africains et selon la vision que nous nous projetons, comment on peut faire pour asseoir un développement digne et souverain.. Sinon, la Chine n'appelle pas à un mimétisme de son modèle ni économique, ni politique. Contrairement à d'autres partenaires occidentaux qui veulent coûte que coûte faire imiter le modèle démocratique ou le modèle libéral. Mais la Chine dit non, c'est aux pays africains de trouver leur propre voie. Et je me rappelle qu'il y a quelques années, le président chinois Xi Jinping a même tendu la main aux dirigeants africains une certaine assistance pour les pays qui vont trouver leur propre voie de développement. Cela a été dit lors d'un sommet Chine-Afrique il n'y pas très longtemps. C'est-à-dire que la Chine même pousse ses partenaires africains à s'inventer eux-mêmes.

Serge Ika Ki
Lefaso.net

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