La deuxième édition de la Semaine nationale de lutte contre la cybercriminalité se tient du 26 au 30 octobre 2026 à Ouagadougou. Lancée officiellement ce lundi 26 octobre, elle vise à sensibiliser les populations aux risques liés à l'utilisation des plateformes numériques. Au programme des journées portes ouvertes, une caravane de sensibilisation, des panels thématiques et un hackathon destiné aux jeunes.
Placée sous le thème « Cybercriminalité et menaces numériques émergentes : du clic au crime », la semaine nationale de lutte contre la cybercriminalité est une initiative qui vise à renforcer la prévention des infractions liées à l'utilisation des services numériques.
Le lancement officiel des activités est intervenu ce lundi 26 octobre, sous la présidence du secrétaire général du ministère de la Sécurité et président du comité d'organisation, le commandant Ahmed Ouédraogo. À cette occasion, il a procédé à l'ouverture des journées portes ouvertes des institutions et organisations intervenant dans le domaine de la cybersécurité, dans les locaux de la BCLCC sis au quartier Koulouba.
Le commandant Ahmed Ouédraogo a officiellement lancé la 2ᵉ édition de la Semaine de lutte contre la cybercriminalitéLes institutions présentes aux JPO sont la Direction générale des transmissions et de l'informatique, la Brigade Laabal, l'Autorité de régulation de la communication et de la protection des données à caractère personnel et l'Office national d'identification qui va permettre à ceux qui le veulent de disposer des cartes biométriques de l'AES en 48 heures.
Ces journées offrent aux populations l'occasion de se rapprocher des structures spécialisées afin de mieux comprendre les risques liés au numérique et d'adopter des comportements responsables sur les réseaux sociaux. Pour le commandant Ahmed Ouédraogo, cette deuxième édition constitue une occasion de sensibiliser les citoyens aux comportements susceptibles de les exposer à des infractions en ligne.
À la suite du lancement, les officiels ont fait le tour des stands d'exposition« De plus en plus, de nos jours, nous avons non seulement des piratages d'identité, mais aussi beaucoup d'escroqueries en ligne. Personne n'est à l'abri », a-t-il souligné. Il invite donc les populations à se rapprocher des acteurs de la cybersécurité pour obtenir des informations fiables.
Il a également rappelé que la sécurisation du cyberespace ne relève pas uniquement des services spécialisés. Elle dépend aussi des comportements individuels et de la responsabilité de chaque utilisateur des outils numériques. La semaine se veut ainsi un cadre d'échanges et d'information pour permettre aux citoyens de mieux connaître les risques, de prévenir les infractions et de contribuer à un usage plus sûr des réseaux sociaux.
Plusieurs activités sont prévues au cours de cette semaine. Une caravane de sensibilisation sillonnera notamment la ville de Ouagadougou afin de toucher un large public. Des panels consacrés aux menaces numériques émergentes et des rencontres sportives de maracaña figurent également au programme.
Selon le commandant de la BCLCC, le commissaire principal Bayi Akim Nignan, l'innovation majeure de cette édition est l'organisation du hackathonL'innovation majeure de cette édition est l'organisation d'un hackathon destiné aux jeunes. Selon le commandant de la BCLCC, le commissaire principal Bayi Akim Nignan, cette initiative vise à leur permettre de mettre leurs compétences au service de la recherche de solutions numériques pouvant être utilisées dans la vie courante. Au-delà de la sensibilisation, les organisateurs entendent renforcer la collaboration entre les institutions et les organisations engagées dans la lutte contre la cybercriminalité.
Photo de familleLa participation de plusieurs structures publiques et partenaires traduit cette volonté de mutualiser les efforts pour prévenir les infractions et mieux protéger les utilisateurs. Les populations sont invitées à faire preuve de vigilance dans leurs usages numériques. L'objectif est de rappeler qu'un simple clic, lorsqu'il s'accompagne d'un comportement imprudent ou malveillant, peut exposer son auteur ou sa victime à des conséquences importantes.
Armelle Ouédraogo
Crédit photo : Bonaventure Paré
Lefaso.net
Deux jours après la clôture de la phase officielle de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd'hui : le Dr Rodrique Kafando, enseignant-chercheur en intelligence artificielle à l'Université Virtuelle du Burkina Faso et chargé de recherche au centre d'excellence en IA CITADEL.
Soumettez à une intelligence artificielle conçue ailleurs un échange de piques entre un Mossi et un Samo, et demandez-lui d'en qualifier le contenu. Elle risque fort d'y voir des propos injurieux, voire haineux. Ce qu'elle ignore : il s'agit de parenté à plaisanterie, une pratique qui, au Burkina Faso, désamorce les tensions et renforce la cohésion sociale. Une IA pensée ici saurait nuancer son analyse, car une IA ne comprend que ce qu'on lui a appris. Pour l'Afrique, une question domine donc : qui construira les systèmes que nous utiliserons demain ? Rodrique Kafando a fait de cette question le fil conducteur de son travail.
Des réseaux télécoms à l'analyse de données
Ingénieur en télécommunications de formation, il s'oriente vers les systèmes intelligents à l'Institut francophone international, au Vietnam, puis en France. Il obtient un master en 2018, puis un doctorat en informatique (Data Science et intelligence artificielle) à l'Université de Montpellier en 2021. Ses publications portent sur les villes intelligentes, les mégadonnées, la pollution liée au trafic urbain et les données biomédicales. Une même logique les relie : transformer les données en connaissances exploitables.
Le choix du retour
Après plusieurs années de formation et de recherche à l'étranger, il fait le choix de rentrer au Burkina Faso. Un choix mûri, que la vision du centre CITADEL est venue renforcer : développer au Burkina des solutions d'IA qui partent des réalités locales et former sur place les talents capables de les porter. Depuis 2022, il y est chargé de recherche et participe, avec l'équipe du centre, à la formation et à l'encadrement de spécialistes en IA. Plus de 70 ingénieurs y ont été formés. À l'Université Virtuelle du Burkina Faso, il enseigne l'apprentissage automatique, l'apprentissage profond et le traitement automatique du langage. Il y coordonne le master Data Mining et Intelligence Artificielle et dirige, depuis juin 2026, le département informatique. Une conviction guide ce retour, partagée par ses collègues : sans compétences formées sur place, pas d'autonomie technologique.
Des problèmes réels aux solutions locales
Au centre CITADEL, l'équipe suit une méthode constante. Elle identifie avec les acteurs sectoriels des problèmes réels, en fait des sujets de recherche, puis aboutit à des preuves de concept (POC) utilisées par des partenaires locaux. À ce jour, plus de quinze solutions d'IA ont ainsi été développées et ont donné lieu à plus d'une vingtaine de publications scientifiques. Le constat de départ est simple : une IA conçue ailleurs, avec d'autres langues et d'autres données, ne répond pas d'elle-même aux besoins africains. Elle doit être développée ou adaptée à partir de nos réalités.
De la recherche à la décision
Depuis avril 2025, il est expert au SP-IVTEN, rattaché au ministère chargé de la Transition digitale, et contribue à l'élaboration de la Feuille de route nationale d'intelligence artificielle 2026-2030. Il a également pris part à l'élaboration des Lignes directrices pour une intelligence artificielle éthique, inclusive et responsable en Afrique francophone.
Une souveraineté à notre portée
Au-delà de la technique, Rodrique Kafando défend une IA responsable et souveraine. Pour lui, la souveraineté numérique n'a rien d'une utopie, à condition de bien la comprendre. Il ne s'agit pas de rivaliser avec les géants du secteur, mais de s'appuyer sur les modèles d'IA open source pour en faire un véritable levier de développement local. Le Burkina Faso et les pays de la région ont les moyens de déployer ces modèles au service de leurs besoins essentiels.
Encore faut-il utiliser ces technologies en gardant la maîtrise des données des citoyens comme de celles des institutions. D'où l'importance de former des talents locaux, pour passer du statut de simples intégrateurs de solutions venues d'ailleurs à celui de véritables concepteurs. Formé en 2025 à l'IA et aux droits humains à l'Université de Pretoria, il rappelle aussi qu'une IA ne se juge pas à sa seule performance. Ses biais, sa transparence et ses effets sur les populations comptent tout autant.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que son parcours relie trois mondes qui se parlent encore trop peu : la recherche, la formation et la décision publique. Parce qu'il prend part, avec d'autres chercheurs, enseignants et institutions, à un effort collectif pour que le Burkina ne reste pas un simple consommateur d'intelligence artificielle. Et parce que cet engagement rappelle une évidence : l'Afrique ne tirera pleinement parti de l'IA que si elle forme elle-même celles et ceux qui la construisent.
Dans les entreprises, les administrations, les ateliers ou sur les chantiers, des milliers de Burkinabè travaillent quotidiennement, parfois au détriment de leur santé. Si certains risques professionnels sont visibles, d'autres se manifestent silencieusement, à travers le stress, l'épuisement ou des douleurs qui s'installent avec le temps. Depuis plus d'une décennie, le Dr Dofinihanou Coulibaly, dite Inessa, a choisi de consacrer sa carrière à la prévention de ces souffrances. Médecin du travail à l'Office de santé des travailleurs (OST) de Ouagadougou, elle défend que le travail doit permettre à l'homme de vivre, et non compromettre sa santé. Rencontre avec une praticienne pour qui la médecine ne se limite pas à soigner, mais consiste aussi à empêcher que le mal ne survienne.
« Je préfère empêcher le drame plutôt que le constater. » Cette phrase résume à elle seule la philosophie professionnelle du Dr Dofinihanou Coulibaly. Derrière sa blouse blanche, il y a une femme convaincue que la santé d'un travailleur ne devrait jamais être sacrifiée sur l'autel de la productivité ou de la nécessité économique. Médecin-chef de la zone de santé au travail de Gounghin, à Ouagadougou, elle veille sur la santé de travailleurs issus de secteurs aussi divers que les hydrocarbures, les bâtiments et travaux publics, l'agro-industrie, les institutions financières et les services administratifs. Des univers professionnels différents, mais où les risques pour la santé sont parfois aussi importants qu'insoupçonnés.
Son histoire avec la médecine du travail commence en 2014, lorsqu'elle intègre l'Office de santé des travailleurs en qualité de médecin généraliste. À cette époque, elle découvre progressivement une réalité qui va orienter la suite de sa carrière. Car le travail, censé garantir la subsistance et l'épanouissement de l'être humain, peut aussi devenir une source de souffrance.
« La santé et le bien-être physique, mental et émotionnel ont toujours guidé mes choix de vie de façon générale. Lorsque je suis arrivée à l'OST en 2014 en tant que médecin généraliste, j'ai constaté que l'une des raisons pouvant affecter ce bien-être est souvent liée au travail. L'amour de la prévention et de la promotion de la santé de façon générale et en milieu de travail en particulier a guidé mon choix vers cette spécialité noble », explique-t-elle.
« Aucune journée ne se ressemble. Mais toutes ont le même but : que chaque travailleur rentre chez lui en bonne santé après la journée de travail », confie le Dr InessaElle décide alors d'approfondir ses connaissances dans cette discipline. De 2016 à 2021, elle suit une formation spécialisée en médecine du travail à l'université d'Abomey-Calavi, au Bénin. Un parcours marqué notamment par l'inspiration et le mentorat du professeur Sandrine Sanon/Lompo, présidente actuelle de Société burkinabè de médecine du travail (SOBUMET), dont elle souligne l'influence dans son orientation professionnelle.
Mais au-delà des enseignements universitaires, c'est surtout la confrontation aux réalités humaines qui façonne sa manière d'exercer. « La jeune médecin était pleine de certitudes et de rêves. Le terrain a bousculé les premières, mais sans anéantir les seconds. L'amphithéâtre m'a appris les maladies. Le terrain m'a appris les gens. On ne soigne pas une maladie, on soigne les gens. On y découvre que la maladie a souvent un nom, mais que la cause est souvent un poste de travail, des mauvaises conditions de travail, un supérieur hiérarchique, une peur, un horaire de travail… Les travailleurs ne disent pas toujours "j'ai mal". Il faut apprendre à les entendre. »
Cette leçon, elle la garde au cœur de sa pratique. Car derrière une douleur persistante, une fatigue inexpliquée ou un état de stress, il peut se cacher une organisation professionnelle défaillante, une exposition prolongée à un danger ou une souffrance que le travailleur n'ose pas exprimer.
Prévenir la maladie avant qu'elle ne s'installe
Pour le Dr Coulibaly, la médecine du travail reste encore trop souvent réduite, dans l'imaginaire collectif, aux visites médicales d'embauche et à la délivrance de certificats d'aptitude. Une perception qui occulte l'essentiel de cette spécialité. « Quand on parle de médecine du travail, tout le monde voit visites médicales et certificats d'aptitude. Ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Derrière, il y a la visite des lieux de travail pendant laquelle on identifie les différents dangers auxquels les travailleurs sont exposés et où on formule des recommandations pour améliorer les conditions de travail. Il y a aussi l'information, la formation et l'éducation des travailleurs et des employeurs en matière de prévention. Le médecin du travail n'est pas là juste pour mettre un cachet sur un certificat d'aptitude. Il est là pour que le travail ne rende personne malade. »
Dans sa zone de compétence, ses journées sont rythmées par les visites d'entreprises, les consultations, les formations, l'analyse de dossiers médicaux, les rencontres avec les employeurs et, parfois, les situations d'urgence. En sa qualité de médecin-chef, elle assure également la planification, la coordination et la supervision des activités de santé au travail. « Aucune journée ne se ressemble. Mais toutes ont le même but : que chaque travailleur rentre chez lui en bonne santé après la journée de travail », résume-t-elle. Au fil de ses consultations, certains problèmes reviennent régulièrement. Les troubles musculosquelettiques occupent une place importante. Douleurs lombaires, dorsalgies, inconfort lié à la station assise prolongée ou au port de charges lourdes sont autant de manifestations d'une exposition quotidienne à des contraintes physiques.
À ces problèmes s'ajoutent les troubles visuels liés à l'utilisation prolongée des écrans, mais aussi des affections telles que l'hypertension artérielle, le diabète, le surpoids et l'obésité, rencontrées lors des consultations de routine. Toutefois, une autre catégorie de risques retient particulièrement son attention : ceux qui affectent la santé psychologique des travailleurs. Le stress chronique, les conflits professionnels, l'épuisement et les violences en milieu de travail constituent, selon elle, des préoccupations qui méritent une meilleure prise en compte. « On constate beaucoup d'efforts dans la gestion des dangers ou risques mesurables tels que le bruit, l'éclairage, l'exposition aux produits chimiques, etc. Cependant, les risques psychosociaux nécessitent une attention particulière de la part des employeurs, des travailleurs eux-mêmes, mais aussi des professionnels de santé au travail. Le stress au travail, l'épuisement professionnel ou burnout, les violences en milieu de travail sont encore des sujets tabous dans notre contexte socioprofessionnel. »
Cette préoccupation ne relève pas uniquement d'une réflexion théorique. Elle s'est construite au contact de situations concrètes qui l'ont profondément interpellée. Elle se souvient notamment d'une travailleuse confrontée à un stress important en raison d'un conflit avec son employeur. Une situation difficile à résoudre. Elle évoque également le cas d'une personne souffrant de dépression, pour laquelle un changement d'environnement professionnel était nécessaire.
Dr Coulibaly est la responsable chargée de l'organisation et de l'information au sein de la Société burkinabè de médecine du travail (SoBuMeT)« Il m'a été difficile de faire comprendre à l'employeur que l'environnement de travail aggravait la santé mentale du travailleur. Ce sont des exemples parmi tant d'autres. Les risques psychosociaux sont des risques émergents en milieu de travail. Le stress, l'épuisement professionnel ou burnout, la dépression sont encore perçus comme des sujets tabous dans notre société, le plus souvent considérés comme des maladies des faibles. J'ai vu des travailleurs aller très mal en silence derrière un sourire professionnel. »
Ces expériences l'ont convaincue de renforcer ses compétences. En juillet 2026, elle obtient une certification en audit et conseil en risques psychosociaux, afin de mieux accompagner les organisations dans l'identification et la prévention de ces situations.
Pour elle, une prise en charge efficace ne peut ignorer l'environnement professionnel dans lequel évolue le patient. « Soigner le corps sans regarder l'organisation du travail, c'est panser une plaie qu'on continue de rouvrir chaque matin », insiste-t-elle. Elle établit ainsi une distinction entre la fatigue ponctuelle, qui peut disparaître avec le repos, et l'épuisement professionnel, qui s'installe progressivement lorsque les facteurs de stress persistent. Dans ce dernier cas, les congés ou le repos hebdomadaire peuvent ne plus suffire. Une prise en charge pluridisciplinaire, associant notamment le médecin du travail et des professionnels de la santé mentale, devient alors nécessaire.
Mais au-delà des risques physiques et psychologiques, une autre réalité préoccupe la praticienne : la vulnérabilité économique de nombreux travailleurs. Dans un contexte où conserver son emploi représente parfois une question de survie familiale, certains acceptent des conditions susceptibles de compromettre leur santé. « Quand faut-il choisir entre sa santé, le repas et la scolarité des enfants ? La santé perd presque toujours. Le travailleur ne prend pas un risque par insouciance, mais par nécessité. C'est pourquoi la prévention doit être une exigence de l'employeur et de l'État, pas un courage demandé à celui qui a le moins de choix », déplore-t-elle.
Des vies bouleversées aux combats pour une meilleure protection des travailleurs
Si le Dr Coulibaly a fait de la prévention sa priorité, elle sait aussi que tous les accidents ne peuvent être évités. Et lorsque le drame survient, les conséquences dépassent souvent les blessures visibles. Une rencontre, survenue alors qu'elle venait d'achever sa spécialisation, a particulièrement marqué son parcours. Il s'agissait d'un chauffeur victime d'un accident du travail dont l'état de santé avait nécessité une amputation. Au-delà de l'évaluation médicale de son incapacité, une interrogation s'imposait à la jeune spécialiste : « Comment réparer les conséquences d'un accident qui prive une personne de la possibilité d'exercer son métier ? »
« Il fallait évaluer le dommage corporel par le calcul du taux d'incapacité permanente partielle en vue de l'indemnisation par la CNSS. On évalue le dommage corporel, oui, mais qu'en est-il du préjudice subi ? Il ne peut plus conduire, comment répare-t-on ça ? » s'est-elle interrogée.
« Je dirai à ce héros et à cette héroïne du quotidien : ta famille n'a pas seulement besoin de ton salaire. Elle a besoin de toi, vivant et debout. Ton corps n'est pas un outil jetable. Protège-toi, signale les dangers, consulte tôt. Ce n'est pas de l'égoïsme ni de la paresse, c'est une forme profonde d'amour pour les tiens », insiste la médecin du travailCette expérience contribue à orienter son intérêt vers la réparation juridique du dommage corporel, domaine dans lequel elle obtient une certification en décembre 2022 à l'université d'Abomey-Calavi. Elle apprend à distinguer le dommage, qui correspond à l'atteinte physique ou psychique, du préjudice, qui renvoie aux conséquences de cette atteinte sur la vie de la victime. « On ne mesure pas seulement une blessure, on mesure une vie qui change. On examine les séquelles physiques et psychologiques, le quantum doloris, c'est-à-dire la douleur, le préjudice esthétique, la capacité à reprendre le travail, les répercussions sur la vie quotidienne, familiale et sociale. Cela se fait à travers le calcul des taux d'incapacité en utilisant des barèmes. Une cicatrice se voit. Un préjudice, il faut savoir le démontrer. »
Cette dimension médico-légale donne une autre portée à son engagement. Il ne s'agit plus seulement de prévenir les accidents, mais aussi de contribuer à une évaluation juste des conséquences lorsqu'ils surviennent. Cependant, la reconnaissance des droits des victimes demeure un défi au Burkina Faso. Selon la praticienne, de nombreux travailleurs ignorent encore les mécanismes de déclaration et d'indemnisation des accidents du travail et des maladies professionnelles. Elle attire particulièrement l'attention sur les accidents de trajet, dont la reconnaissance reste insuffisamment connue. « Les juristes disent que nul n'est censé ignorer la loi. Cependant, force est de reconnaître que les travailleurs ne connaissent pas suffisamment leurs droits. Pourtant, un droit que l'on ne connaît pas est un droit que l'on perd. Des victimes ignorent qu'une maladie professionnelle ou un accident du travail ouvre des droits à la réparation. » À cette méconnaissance s'ajoutent les difficultés administratives, la peur des représailles et les obstacles liés à l'établissement du lien entre une maladie et l'activité professionnelle. « Beaucoup abandonnent, non parce qu'ils n'ont pas de droit, mais parce qu'ils n'ont souvent personne pour les guider. C'est là que l'indépendance et la déontologie du médecin du travail sont des alliés précieux », souligne-t-elle.
Son engagement dépasse également les consultations médicales. Responsable chargée de l'organisation et de l'information au sein de la Société burkinabè de médecine du travail (SoBuMeT), elle participe aux actions de sensibilisation, de formation et de promotion de la santé au travail. Elle contribue aussi à la recherche scientifique en qualité de coauteure d'articles scientifiques. Dans une démarche de perfectionnement continu, elle a renforcé en avril 2026 ses compétences en évaluation des risques professionnels et en élaboration de documents uniques d'évaluation des risques. En octobre de la même année, elle a également suivi une formation en gouvernance de la sécurité et santé au travail en Afrique. Ces qualifications traduisent sa volonté d'agir non seulement auprès des travailleurs, mais également sur les politiques et les pratiques organisationnelles qui déterminent leur sécurité.
« Le médecin du travail n'est pas là juste pour mettre un cachet sur un certificat d'aptitude. Il est là pour que le travail ne rende personne malade », explique le Dr Inessa CoulibalyElle reconnaît néanmoins que le chemin reste long. L'insuffisance de médecins spécialisés, les ressources limitées et la faible accessibilité des dispositifs de prévention dans certaines structures constituent autant d'obstacles. La formation de spécialistes au Burkina Faso représente toutefois une avancée encourageante à ses yeux.
« Sous le leadership du professeur Sandrine Sanon/Lompo, la formation des médecins du travail est désormais possible dans notre pays. Bientôt la sortie de la première promotion des médecins du travail entièrement formés au Burkina Faso », se réjouit-elle. La protection des travailleurs du secteur informel lui tient aussi à cœur. Dans les marchés, les ateliers, les petites unités de production ou les exploitations agricoles, de nombreuses personnes exercent leurs activités sans bénéficier du même accompagnement préventif que les salariés des entreprises structurées. Pour la médecin, leur situation ne devrait pas les exclure des dispositifs de santé au travail. « Le travailleur informel a les mêmes droits à la santé au travail. Il faut donc aller vers lui sans attendre qu'il vienne : sensibilisation de proximité sur les marchés et dans les ateliers, messages en langues locales, relais associatifs, mutualisation des services, couverture progressive. C'est ce que fait l'OST non seulement dans le secteur informel, mais également dans le secteur agro-sylvo-pastoral. La santé au travail ne doit pas s'arrêter à la porte des grandes entreprises. »
Après plus d'une décennie passée au contact des réalités professionnelles, le Dr Coulibaly reste attachée à ce qui a motivé son choix initial : préserver l'être humain avant que sa santé ne se dégrade. À ses yeux, un travailleur ne se résume ni à son rendement, ni à son poste, ni au salaire qu'il rapporte à sa famille. Il est avant tout une personne dont la santé conditionne également l'équilibre de ses proches. C'est pourquoi, lorsqu'on lui demande quel message elle adresserait à ceux qui mettent quotidiennement leur santé en danger pour conserver leur emploi ou subvenir aux besoins de leur famille, sa réponse prend une dimension particulièrement humaine. « Je dirai à ce héros et à cette héroïne du quotidien : ta famille n'a pas seulement besoin de ton salaire. Elle a besoin de toi, vivant et debout. Ton corps n'est pas un outil jetable. Protège-toi, signale les dangers, consulte tôt. Ce n'est pas de l'égoïsme ni de la paresse, c'est une forme profonde d'amour pour les tiens », insiste-t-elle pour conclure.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, représentant le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a quitté Ouagadougou ce lundi 26 octobre 2026 pour Moscou, où il prendra part, les 28 et 29 octobre, au 3ᵉ Sommet Russie-Afrique et au Forum économique et humanitaire. Cette participation vise à consolider le partenariat entre le Burkina Faso et la Russie, notamment dans les domaines de la sécurité, des investissements, de la transformation locale des ressources et du transfert de technologies, dans une dynamique de renforcement de la souveraineté nationale.
Après les éditions de Sotchi en 2019 et de Saint-Pétersbourg en 2023, cette rencontre réunira les dirigeants africains autour du Président russe Vladimir Poutine pour donner une nouvelle impulsion au partenariat russo-africain. Elle permettra de dresser le bilan du plan d'action 2023-2026 et de définir les prochaines orientations de la coopération. L'adoption d'une déclaration et d'un nouveau plan d'action pour la période 2027-2029 est prévue à l'issue des travaux.
Les échanges porteront notamment sur le commerce, les investissements, la sécurité alimentaire et énergétique, ainsi que sur la souveraineté des États. Le Forum économique et humanitaire abordera également le développement industriel, les transferts de technologies, la transformation numérique, l'intelligence artificielle et les usages pacifiques de l'énergie nucléaire, ainsi que la santé, l'éducation et la formation.
À la tête de la délégation burkinabè, le chef du gouvernement portera, au nom du président du Faso, les priorités nationales, avec pour objectif de promouvoir des projets concrets en matière de transformation locale des ressources, de maîtrise des technologies et de formation de la jeunesse. Ces perspectives de coopération visent à renforcer les capacités productives du pays et à consolider sa souveraineté économique.
En marge des travaux, le premier ministre aura des entretiens bilatéraux et accordera des audiences pour approfondir les partenariats au service de la sécurité et du développement du Burkina Faso.
Cette participation s'inscrit dans la dynamique de renforcement des relations entre Ouagadougou et Moscou, confortée par la signature, le 12 février 2026, de l'Accord sur les fondements des relations entre les deux pays. Elle traduit la volonté du président du Faso de diversifier les partenariats, dans le respect de la souveraineté nationale, de l'égalité et des intérêts réciproques, afin d'apporter des réponses concrètes aux défis sécuritaires, humanitaires et de développement du Burkina Faso.
Lefaso.net
DCRP/Primature
Dans la circulation routière, les panneaux, les feux tricolores et les marquages au sol jouent un rôle essentiel dans l'organisation des déplacements. Mais lorsqu'un agent habilité à réguler la circulation intervient, ses instructions peuvent prévaloir sur les indications des dispositifs automatiques. Une règle parfois méconnue de certains usagers, comme l'illustre une scène observée à Ouagadougou, non loin du palais du Larlé Naaba.
Le feu était vert, ce lundi 26 octobre aux environs de 7h50, sur l'avenue Yatenga, près du palais du Larlé Naaba. Pourtant, un volontaire adjoint de sécurité avait tendu le bras pour demander aux usagers de s'arrêter, afin que ceux qui étaient en face puissent passer. Une situation qui aurait dû suffire à faire comprendre aux conducteurs que le passage était momentanément interdit.
Mais tous n'ont pas obtempéré. Certains usagers ont continué leur chemin, malgré le geste de l'agent. D'autres, déjà arrêtés, ont été interpellés par des motocyclistes qui leur lançaient que le feu était vert, comme pour leur signifier qu'ils pouvaient avancer. C'est dommage mais pour certains conducteurs, la couleur du feu semble avoir plus d'autorité que les instructions d'un agent chargé de réguler le trafic.
Le feu vert ne signifie pas passage libre
Dans l'esprit de nombreux usagers, le feu vert est synonyme d'autorisation de circuler. Cette interprétation est compréhensible, mais la circulation routière ne se déroule pas toujours dans des conditions normales. Un accident ou un embouteillage peut nécessiter une intervention directe d'un agent pour éviter une situation dangereuse.
C'est précisément dans ces circonstances que la signalisation humaine prend toute son importance. En tendant le bras pour demander aux usagers de s'arrêter, le VADS cherchait à réguler les mouvements et à assurer la sécurité de la circulation. Le feu vert ne constituait donc pas une invitation à poursuivre leur route sans tenir compte de ses instructions.
La signalisation humaine, une priorité de sécurité
La signalisation routière repose sur plusieurs dispositifs complémentaires, selon Rasmané Élie Ouédraogo, moniteur à Alliance auto-école. « Les panneaux indiquent les obligations, les interdictions et les dangers. Les feux tricolores organisent les mouvements des motos, des véhicules et des piétons. Les marquages au sol précisent les voies de circulation et les espaces réservés ».
Selon le moniteur, lorsqu'un agent habilité intervient pour réguler la circulation, ses instructions doivent être respectées, même lorsqu'elles contredisent les indications habituelles des feux ou des panneaux. Cette primauté, à l'en croire, répond à la nécessité de permettre une adaptation immédiate de la circulation aux circonstances.
« Un feu vert ne signifie pas nécessairement qu'un véhicule peut avancer sans précaution. L'agent peut avoir constaté un danger, une congestion ou un mouvement de circulation nécessitant une interruption temporaire. À l'inverse, il peut autoriser le passage lorsque les circonstances le permettent, malgré un feu rouge, dans le cadre de ses pouvoirs. La signalisation humaine ne remplace donc pas les autres dispositifs. Elle permet de les compléter et de les adapter aux réalités du terrain », indique le moniteur.
Lorsque certains conducteurs poursuivent leur route malgré le geste du volontaire adjoint de sécurité, ils peuvent perturber la circulation et mettre en difficulté les autres usagers.
Plus préoccupant encore, les conducteurs qui interpellent ceux qui sont arrêtés en leur rappelant que le feu est vert contribuent à créer une confusion. Ils ne peuvent pas se substituer à l'agent pour décider si la circulation doit être interrompue ou autorisée.
Des gestes qui doivent être compris par tous
La signalisation humaine repose essentiellement sur des gestes conventionnels. L'agent peut utiliser ses bras, ses mains, un sifflet ou d'autres moyens pour transmettre ses instructions.
Mais encore faut-il que les conducteurs sachent interpréter ces indications. Un geste mal compris peut provoquer une hésitation, un freinage brusque ou une collision. Ce qu'il s'est passé sur l'avenue Yatenga montre que la connaissance des gestes de circulation ne suffit pas toujours. Encore faut-il accepter de leur accorder la priorité lorsqu'ils sont donnés par un agent habilité.
Une responsabilité partagée
La sécurité routière ne repose pas uniquement sur les équipements techniques. Elle dépend aussi de la capacité des usagers à comprendre les règles, à respecter les instructions et à adapter leur comportement aux circonstances.
Les automobilistes doivent notamment éviter de considérer le feu vert comme une autorisation absolue de passage.
Les motocyclistes, particulièrement nombreux, sont également concernés. Leur mobilité ne les dispense pas de respecter les indications des agents, même lorsqu'ils pensent pouvoir se faufiler entre les véhicules.
Les piétons, de leur côté, doivent tenir compte des instructions qui leur sont adressées et éviter de traverser lorsque la circulation n'est pas suffisamment sécurisée. Dans tous les cas, la prudence reste indispensable. Sur la route, la priorité reste la sécurité des personnes. Et lorsqu'un policier demande de s'arrêter, même si le feu est vert, le bon réflexe consiste à respecter son instruction plutôt qu'à chercher à imposer sa propre interprétation. Car aucun gain de temps ne vaut une vie humaine.
HFB
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NB : Image de UNE générée par l'IA