Vous êtes ici

Agrégateur de flux

Festival d’Avignon : « Uma Luz Cordial » de Carolina Bianchi, revenue du bout de l’enfer

L`Humanité - mer, 08/07/2026 - 18:34
Carolina Bianchi clôt, avec le compliqué et beau « Uma Luz Cordial », une trilogie entremêlant l’art, l’écriture et la violence.
Catégories: France

«Elle ne se sent pas de céder sa place»: la presse internationale divisée après l’annonce de la candidature de Marine Le Pen

Le Figaro / Politique - mer, 08/07/2026 - 18:32
De New-York à Berlin, l’entrée en campagne de la chef de file nationaliste au lendemain de sa condamnation en appel n’a pas échappé à la presse internationale qui rivalise de formules pour qualifier ce tournant politique historique en France.
Catégories: France

France-Maroc : la soif de revanche des Lions de l’Atlas, quatre ans après la demi-finale perdue au Qatar

LeMonde / Afrique - mer, 08/07/2026 - 18:30
La sélection marocaine de football n’a battu la France qu’une seule fois, lors d’un tournoi amical, en mai 1998. Vingt-huit ans plus tard, ses supporteurs ont des raisons de croire en une victoire de leur équipe, plus forte que jamais, en quarts de finale du Mondial 2026.
Catégories: Afrique

Mohamed Saad Berrada réfute des propos qui lui sont attribués sur les réseaux sociaux

24 Heures au Bénin - mer, 08/07/2026 - 18:30

Mohamed Saad Berrada, ministre marocain de l'éducation nationale, du préscolaire et des sports, a réagi aux déclarations qui lui ont été attribuées sur les réseaux sociaux et faisant état de ce que « le Maroc ne représente pas l'Afrique » à l'édition 2026 de la Coupe du monde. Ces déclarations selon un communiqué du ministre, sont fausses.

Sur la polémique qui enflamme la toile actuellement, et faisant état de ce que le Maroc ne représente pas l'Afrique à la Coupe du monde 2026, le ministre marocain de l'éducation nationale, du préscolaire et des sports, a apporté un démenti formel. A travers un communiqué, il a souligné n'avoir fait « aucune déclaration à quelque média que ce soit ».

Les déclarations qui lui sont attribuées, et selon lesquelles « le Maroc ne représente pas l'Afrique », « l'équipe nationale de football représente uniquement le Maroc, et non l'Afrique » ou encore « le Maroc n'a pas besoin du soutien de l'Afrique », sont « entièrement fausses et dénuées de tout fondement ». Selon le communiqué du ministre, ces déclarations sont « entièrement fabriquées et ne reflètent en rien ni sa position ni la position officielle du Royaume du Maroc ».

Le Maroc, a-t-il souligné, est « fier de son identité africaine ». « Les liens historiques, humains et culturels qui unissent le Maroc aux autres nations du continent africain constituent un pilier fondamental de la politique du Royaume, sous le leadership éclairé de Sa Majesté le Roi Mohammed VI », a précisé le ministre.

Mohamed Saad Berrada n'a pas manqué d'appeler les médias et les utilisateurs des réseaux sociaux à « faire preuve de rigueur et à vérifier l'exactitude des informations avant leur publication ou leur diffusion ». Le ministre se réserve par ailleurs le droit d'engager toute procédure appropriée à l'encontre des personnes diffusant de fausses informations ou lui attribuant des déclarations mensongères.

F. A. A.

Catégories: Afrique

Le gouvernement confirme la non-revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, un appel à la grève le 29 septembre

L`Humanité - mer, 08/07/2026 - 18:25
Les syndicats de fonctionnaires relancent leur appel unitaire à la grève pour le 29 septembre, pour protester contre le refus de l’exécutif, pour la troisième année consécutive, de procéder à une revalorisation globale de leurs salaires.
Catégories: France

«La vague de violences xénophobes est un gros coup à l’image d’une Afrique du Sud, leader de l'intégration»

RFI /Afrique - mer, 08/07/2026 - 18:20
L'Afrique du Sud est confrontée à une nouvelle montée des violences visant des migrants africains. Des mouvements anti-immigration ont multiplié les actions et les appels au départ des étrangers, provoquant des rapatriements massifs et des protestations dans plusieurs pays du continent. L’image internationale de l’Afrique du Sud est considérablement mise à mal. Paul-Simon Handy, directeur du bureau Union africaine de l'ISS, l’Institut d'études de sécurité, est l’invité de RFI.
Catégories: Afrique

Sommet de l’Otan à Ankara : Trump adoube Erdogan alors que les affrontements reprennent en Iran

L`Humanité - mer, 08/07/2026 - 18:19
Lors du sommet de l’Otan, Recep Tayyip Erdogan a été adoubé par Donald Trump alors que les affrontements entre les États-Unis et l’Iran font craindre un retour de la guerre.
Catégories: France

Ce que les échecs et le go nous disent du monde… et en quoi l’échiquier de Machiavel dit tout autre chose

IRIS - mer, 08/07/2026 - 18:19

Presque tout le monde connaît les échecs, les initiés connaissent le go, presque personne ne connaît le Djambi ; voilà une assomption qui nous semble représentative de la popularité de ces trois jeux de stratégie. Mais, il est encore plus probable que le rapport entre ces jeux et des cultures stratégiques soit largement ignoré, ce quel que soit le degré de familiarité du lecteur avec ces jeux[1]. Pourtant, s’asseoir devant un échiquier, ne conduit pas seulement à déplacer des figurines en bois sur des cases noires et blanches, mais aussi à épouser, sans le savoir, toute une manière de penser. Les règles qui paraissent aller de soi sont en réalité les cristallisations d’une vision du monde, en l’occurrence, de celle qui s’est élaborée en Occident au fil des siècles. Passer au jeu de go, poser ses premières pierres sur les intersections d’un goban, c’est basculer dans un autre univers mental. Une autre partie qui commence, une autre philosophie qui se matérialise dans l’espace physique, métaphorique et symbolique. Chaque société développe une manière propre de concevoir l’art d’atteindre ses objectifs, rarement formulée et toujours héritée. Un Français fait spontanément de la stratégie à la française, comme un Japonais à la japonaise, et il faut souvent le détour par une culture étrangère pour prendre conscience de la sienne. Les jeux, précisément, permettent ce détour. Ils sont des condensés, des maquettes voire des mini-mondes où se lisent les principes qui gouvernent nos manières d’agir.

Qui commence, et par où ?

Des différences s’observent dès le premier coup d’une partie (cf. Figure 1). Aux échecs, ce sont les blancs qui commencent, c’est-à-dire, métaphoriquement : la lumière. Au go, ce sont les noirs, c’est-à-dire l’obscurité. Cela s’explique car en Chine, le jour commence à minuit, il naît dans la nuit d’où lumière va croitre jusqu’à midi, début de la nuit, quand l’ombre va commencer à croitre (principe du Yin & du Yang). Ainsi, dans la culture chinoise, la stratégie commence par ce que l’on ne voit pas. Si tout le matériel, toute la puissance, est visible au départ sur l’échiquier, le goban est vide au début, les dispositions initiales sont imperceptibles. D’un côté, une pensée de la manifestation et de l’affirmation ; de l’autre, une pensée du potentiel qui mûrit dans l’ombre.

L’échiquier de Machiavel ou Djambi, avec ses quatre camps en lice, échappe à la dualité lumière/ombre, blanc/noir, et ne soutient donc ni l’une, ni l’autre des structures métaphoriques ou des cultures stratégiques. L’autre dualisme auquel le Djambi échappe est le rapport vide/plein, comme aux échecs le matériel est présent et exposé en début de partie, mais chaque pièce éliminée va demeurer sur le plateau. Contrairement aux échecs, qui adoptent une dynamique soustractive, ou au go, qui repose sur un principe additif, le Djambi opère dans un système clos. Au Djambi : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ; l’analogie conceptuelle est celle du principe de conservation des masses du chimiste Lavoisier, ou encore du premier principe de la thermodynamique dit « de conservation ». Cette vision engendre une approche stratégique empreinte de pragmatisme, dans la lignée des réflexions réalistes et naturalistes de Machiavel.

Figure 1 : de gauche à droite les positions de départ sur l’échiquier, le goban et le plateau du Djambi.

Le deuxième coup confirme dans les trois cas ce que le premier laissait présager. Aux échecs, on cherche d’emblée à maîtriser le centre, à y concentrer ses forces pour en exclure l’adversaire. Au go, on commence par les bords, dans une apparente dispersion. Pour un joueur formé à l’école occidentale, ce vide central est une épreuve. L’adversaire s’installe quelque part, et le réflexe est de venir immédiatement le contrer localement. La logique du go est diamétralement opposée avec un contre global et distancé, laissant volontairement le centre ouvert pour de futures opportunités. Ces deux jeux se présentent à nouveau comme radicalement antagonistes quand le Djambi, lui, verra un début de partie consacré des manœuvres de réorganisation, de repositionnement des pièces pour protéger les ressources et créer du potentiel d’action, mais surtout à des discussions entre joueurs pour créer des alliances et co-construire des stratégies. L’orthogonalité du Djambi est radicale : l’enjeu est hors du jeu (plateau). La culture stratégique est ici celle du changement de niveaux logiques (méta-points de vue) et de communication.

Détruire ou construire

L’opposition entre échecs et go s’approfondit quand on observe leurs mécaniques de jeu. Aux échecs, on joue par destruction simplificatrice. Gagner consiste souvent à simplifier le potentiel adverse. En capturant littéralement les pièces, enlevées de l’échiquier, on fait le vide autour du roi pour l’atteindre. La partie est une marche vers l’échec et mat, obtenu par soustraction. Cette approche transposée aux relations internationales résulte dans une stratégie qui consiste à affaiblir un adversaire (par des sanctions économiques, des embargos, ou des campagnes de désinformation) visant à l’isoler et à réduire son influence sur la scène mondiale.

Au go, on joue par construction. On pose des pierres, on tisse des relations, on encercle des territoires. Ces territoires sont faits d’intersections vides, et ce vide est fertile. Cette approche stratégique se remarque dans la politique chinoise en Afrique. Plutôt que de chercher à dominer par la force ou la confrontation directe, la Chine investit massivement dans les infrastructures, établit des partenariats économiques et développe des relations diplomatiques solides avec de nombreux pays africains. En construisant des routes, des chemins de fer et des ports, la Chine crée des réseaux d’influence et de coopération qui lui permettent de sécuriser des ressources stratégiques tout en renforçant sa présence sur le continent. Cette stratégie de tissage de relations et d’encerclement de territoires économiques et politiques reflète la philosophie du go, où la patience et la construction progressive mènent à une domination subtile mais efficace. Pierre Fayard (2000) décrit le go comme reflétant la culture stratégique d’une société rurale où la richesse réside dans le soin et la préservation des terres. Cependant, la stratégie chinoise en Afrique, même si elle adopte l’apparence subtile et non confrontationnelle du go, poursuit néanmoins une logique de captation des ressources, cherchant à maximiser l’influence et le contrôle par des moyens économiques plutôt que militaires.

Le Djambi, quant à lui, propose une dynamique hybride. Au Djambi, dans certaines conditions, un joueur peut récupérer les pions d’un adversaire vaincu, ainsi il n’est pas forcément pertinent d’éliminer trop de matériel adverse. De surcroit, les pièces « tuées » ne sont pas enlevées du plateau. Au contraire, les « cadavres » vont constituer des obstacles, métaphoriquement les traces mémorielles et par analogie les ruines des champs de bataille, avec lesquels il faut continuellement composer. Cette mécanique reflète une réalité stratégique contemporaine : les conflits, loin de clarifier le champ d’action, le saturent de résidus matériels et symboliques. Bombardements massifs, destructions d’infrastructures, déplacements forcés de populations : autant de phénomènes qui réorganisent durablement les espaces stratégiques et les options politiques. La violence, dans ce contexte, ne se limite pas à l’élimination des adversaires. Elle produit des résidus qui encombrent les espaces de décision et compliquent les stratégies futures. Ces résidus incluent non seulement des destructions matérielles (bâtiments en ruines, infrastructures détruites), mais aussi des séquelles immatérielles, telles que les traumatismes psychologiques, les humiliations collectives et les stigmates sociaux. À Gaza, les destructions massives et les restrictions de mobilité ne sont pas de simples actes de guerre : elles instaurent une précarité constante, transformant la vie quotidienne en outil de contrôle et de domination.

Cette mécanique du « cadavre qui reste sur le plateau » trouve un écho théorique dans la notion de nécropolitique développée par le philosophe Achille Mbembe. Dans son essai fondateur de 2003, il définit la souveraineté contemporaine non plus seulement comme le pouvoir de faire vivre, mais comme « le pouvoir et la capacité de dire qui pourra vivre et qui doit mourir ». La nécropolitique désigne ainsi la manière dont certains régimes de pouvoir organisent la mort ou son exposition, comme instrument de gouvernement. Ce n’est pas la destruction totale qui est recherchée, mais la production d’un état intermédiaire : des populations maintenues dans ce qu’Achille Mbembe appelle des « mondes de mort » (death-worlds), ni tout à fait vivantes, ni tout à fait mortes, soumises à une précarité permanente qui les rend gouvernables. Le plateau du Djambi illustre précisément cette logique : les pièces « tuées » ne disparaissent pas, elles demeurent, encombrent, contraignent. De même, à Gaza, les destructions d’infrastructures ne visent pas seulement à neutraliser une capacité militaire ; elles fabriquent un espace où la vie ordinaire devient impossible, où chaque déplacement, chaque geste quotidien, est soumis à une permission ou à une interdiction. Achille Mbembe avait d’ailleurs pris la Palestine occupée comme cas paradigmatique de sa réflexion, y voyant la matérialisation d’une souveraineté exercée par la fragmentation territoriale, le contrôle des mobilités et la gestion différentielle de la mort. Ce que le Djambi rend visible sur le plateau, la nécropolitique le rend visible dans l’espace géopolitique : la violence n’efface pas, elle sédimente.

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine offre une autre illustration de la logique nécropolitique. Les frappes répétées sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes ne visent pas uniquement à affaiblir la capacité de résistance militaire. Elles organisent une dégradation des conditions de vie, exposant des millions de civils à des hivers sans chauffage, à des déplacements forcés, à une précarité qui s’installe dans la durée. Les populations ne sont pas éliminées, mais leur existence est rendue si précaire qu’elles perdent toute capacité d’agir librement. Sur le plateau du Djambi, comme dans ces conflits, les cadavres s’accumulent et reconfigurent durablement les options stratégiques des joueurs. On pourrait convoquer une nouvelle métaphore physique, avec le deuxième principe de la thermodynamique, dit d’entropie, qui établit l’irréversibilité des phénomènes physiques et l’augmentation de l’entropie. Observer ces trois jeux dévoile ainsi des stratégies mais aussi des visions du monde différentes : annihiler pour triompher, construire pour prospérer ou cohabiter avec le chaos pour s’imposer.

Figure 2 : de gauche à droite, des positions de fin de partie aux échecs (moins de pièces), au go (plus de pierres) et au Djambi (même nombre d’agents).

Le rapport à la construction, la destruction ou la transformation renvoie à la notion de valeur. Aux échecs, chaque pièce a sa valeur propre. La reine vaut davantage qu’un fou, un fou davantage qu’un pion. La hiérarchie est inscrite dans les pièces elles-mêmes et cela n’est ni subjectif, ni poétique : les valeurs sont quantifiées[2]. La valeur des pièces n’est que très peu contingente[3], elle est considérée stable au cours du jeu. Au go, toutes les pierres sont égales. Ce qui fait leur force, ce ne sont pas leurs propriétés intrinsèques mais la manière dont elles sont disposées et connectées. La force est relationnelle, jamais essentielle. On n’est pas fort parce qu’on est fort, on est fort parce que la situation nous rend fort. Le Djambi échappe encore à cette distinction, les pièces ne sont pas égales (ni en apparence, ni en puissance) cependant leur valeur varie au gré du contexte et des pièces inutiles et fragiles au début du jeu gagnent en puissance et en utilité a mesure la partie avance et inversement pour d’autres[4]. Ainsi, le Djambi met en évidence un rapport dynamique et contingent à la valeur, elle est fluide et dépendante des événements[5].

Contre l’autre, avec l’autre

Aux échecs, on joue contre l’adversaire. Ses pièces sont à éliminer, son roi à abattre. Au go, on joue avec l’adversaire. Cela ne signifie pas que l’on renonce à gagner, bien au contraire. Mais on ne l’empêche pas de se constituer des territoires, on peut même l’y inciter, pourvu que cette constitution lui coûte énormément de pierres et le concentre localement, libérant d’autant le champ global. L’autre n’est pas un obstacle à détruire, il est un potentiel à utiliser. En suivant Sun Tzu, on reconnaît que ce n’est pas parce que l’autre est un ennemi qu’il ne peut pas me servir. Encore faut-il comprendre comment il fonctionne, ce qui le motive, ce qui le fait bouger. D’où le primat accordé, dans la tradition chinoise, à la connaissance sur les moyens, à l’information, au renseignement.

Le Djambi, lui, dépasse cette opposition entre duel et cohabitation. Il repose sur une logique d’alliance et de trahison, où l’autre peut être simultanément allié, rival, tremplin ou obstacle. Cette complexité stratégique reflète les dynamiques contemporaines des relations internationales, où les acteurs doivent jongler entre coopération et compétition. Les signaux envoyés par les États, qu’il s’agisse d’alliances ou de menaces, sont souvent ambigus et nécessitent une interprétation constante, comme dans les manœuvres du Djambi.

La crise en mer Rouge depuis la fin de l’année 2023 offre une illustration saisissante de cette logique d’alliance instable et de trahison potentielle. Les attaques des Houthis yéménites contre des navires commerciaux dans le détroit de Bab-el-Mandeb ont contraint des dizaines de compagnies maritimes à contourner l’Afrique, allongeant les trajets de plusieurs semaines et renchérissant considérablement les coûts logistiques mondiaux. Dans cette configuration, les Houthis ne jouent pas contre un adversaire unique mais simultanément avec et contre plusieurs acteurs. L’Iran qui les soutient, les États-Unis qui les bombardent, les États du Golfe qui les surveillent, les puissances commerciales mondiales qui subissent les perturbations. Aucun de ces acteurs n’est un ennemi pur ni un allié fiable ; chacun est, selon le moment et l’enjeu, un partenaire de circonstance ou un obstacle à contourner. C’est précisément la logique du Djambi : sur un plateau à quatre camps, l’alliance du moment peut devenir la trahison future, et la neutralité calculée peut valoir mieux que l’engagement franc. La mer Rouge illustre aussi comment un acteur faible peut saturer l’espace stratégique d’un acteur fort, non pas en le détruisant, mais en rendant son terrain d’action plus coûteux et plus incertain, ce que la mécanique des « cadavres » du Djambi traduit avec une précision remarquable.

Dans un registre différent, les relations entre les États-Unis et la Chine autour de Taïwan et de l’Indo-Pacifique incarnent l’opposition entre la logique des échecs et celle du go. Washington tend à raisonner en termes d’alliances formelles, de lignes rouges et de dissuasion directe – une pensée de l’affirmation et de la confrontation frontale, héritée de la culture stratégique occidentale. Pékin, de son côté, avance par encerclements progressifs : construction d’îles artificielles, développement de la Route de la Soie, investissements dans les ports et les infrastructures de pays tiers. Ce n’est pas le centre que la Chine cherche à contrôler en premier, mais les bords, exactement comme au go. La tension entre ces deux cultures stratégiques, l’une cherchant la décision rapide et l’autre le potentiel qui mûrit dans l’ombre, constitue l’un des ressorts profonds de la compétition sino-américaine.

Le guerrier, le sage… et le diplomate

Le sinologue François Jullien (2016) propose deux figures archétypales pour illustrer les orientations stratégiques matérialisées respectivement par les jeux d’échecs et de go. Celle du guerrier pour le joueur d’échecs : armé, engagé dans la bataille, il se tient face à la situation qu’il entend transformer. Il a un plan, il l’applique, il réduit les obstacles. Il maîtrise le monde, il calcule, il optimise. Ce qui compte, c’est l’énergie, la volonté. Pierre Fayard y retrouve la trame narrative hollywoodienne du héros qui triomphe à force de volonté dans un monde où le bien et le mal sont clairement distribués ; et plus profondément, l’héritage monothéiste qui sépare le créateur de sa création, le stratège de son terrain, la fin de ses moyens. Pour le go, c’est la figure du sage qui est proposée. Il ne se différencie pas du milieu dans lequel il agit, il en fait partie. Il est invisible parce qu’il est à l’intérieur. Il n’a pas de plan à imposer, il a une intention. Il cherche à comprendre, à se fondre, à identifier les forces actives et les mouvements qu’il pourrait utiliser. Sa volonté disparaît dans le processus. Comme dans l’aïkido, il ne donne pas de point d’appui à l’adversaire, qui ne sait donc pas contre quoi s’opposer. Il progresse, par petites touches, de l’invisible à l’inexorable. Nous proposons d’associer au joueur de Djambi la figure archétypale du diplomate. Dans un monde fluctuant, il alterne entre la figure du renard et du lion[6]. Il est ambivalent, cultive la virtù et la métisse, autrement dit l’intelligence situationnelle. Il sait vociférer et montrer la force mais aussi rassurer et offrir. On doute tout le temps de sa parole, mais il est impossible de s’en affranchir. Il sait que la politique a sa morale propre et que, comme l’écrit Machiavel, « une guerre est juste quand elle est nécessaire ».

La figure du diplomate Machiavel prend une dimension supplémentaire lorsqu’on la lit à travers le prisme de la nécropolitique. Le diplomate ne se contente pas de négocier la paix ou la guerre : il gère aussi, délibérément, la distribution de la mort et de la vie. Achille Mbembe rappelle que la souveraineté moderne ne s’exerce pas seulement par la force brute, mais par la capacité à décider qui sera protégé et qui sera exposé, qui bénéficiera de garanties juridiques et qui sera laissé dans un état d’exception permanent. Le diplomate du Djambi incarne cette ambivalence : il peut, selon les circonstances, offrir une alliance salvatrice ou retirer sa protection, laissant un allié d’hier à la merci des autres joueurs (Larouzée & Guittet, 2026). Cette logique se retrouve dans les pratiques diplomatiques contemporaines les plus âpres. Lorsque des États puissants conditionnent leur aide humanitaire ou militaire à des concessions politiques, lorsqu’ils utilisent l’accès aux médicaments, à la nourriture ou aux infrastructures comme levier de négociation, ils exercent précisément ce pouvoir nécropolitique que Achille Mbembe décrit : non pas tuer directement, mais décider qui aura les moyens de survivre. La figure du diplomate Machiavel, dans le Djambi comme dans la réalité internationale, est ainsi indissociable de cette gestion stratégique de la vie et de la mort.

Une leçon pour notre temps ?

Pourquoi ce détour par deux jeux antiques et leur comparaison avec un jeu confidentiel et largement oublié ? Parce que le monde dans lequel nous vivons semble résister de plus en plus à des approches manichéennes ou réductrices. Il est interdépendant, une crise localisée entraîne des répercussions mondiales. Il est changeant, les technologies et les usages se transforment à une vitesse record dans l’histoire de notre espèce. Dans les termes d’Olivier Hamant (2023)le monde est devenu fluctuant (dynamique et incertain).D’autant plus incertain, comme le soulignent Bertrand Badré et Saurabh Mishra que « les infrastructures, de plus en plus guidées par des systèmes algorithmiques, tendent à rendre certains futurs inévitables tout en rendant d’autres impossibles à envisager ». Ils poursuivent leur argument ainsi « ce phénomène illustre un danger majeur des dynamiques contemporaines : la perte progressive de la capacité des sociétés à choisir entre des voies concurrentes. Ce nouvel ordre mondial est en train d’être solidifié dans le béton et codé dans le silicium ». La nécropolitique d’Achille Mbembe offre un dernier éclairage. Dans un monde où les conflits ne se terminent plus par des victoires nettes mais par des états de saturation, la question stratégique fondamentale n’est plus « comment gagner ? » mais « comment gouverner les résidus de la violence ? ». Les sociétés qui savent gérer les traumatismes collectifs, les ruines matérielles, les mémoires conflictuelles et les populations déplacées sont celles qui conservent une capacité d’action à long terme. Celles qui cherchent à les nier ou à les effacer par une nouvelle vague de violence s’enfoncent dans une spirale entropique dont le Djambi, avec son plateau qui ne se nettoie jamais, offre la métaphore la plus juste.

Pour Sun Tzu, dans L’Art de la guerre, les armes sont des instruments de mauvais augure dont il ne faut se servir qu’en dernier recours, si tous les autres moyens ont échoué. Toujours en suivant sa pensée, il y a trois grandes voies stratégiques : la ruse, la diplomatie et les armes. On retrouve l’essence de ces trois registres dans le go, le Djambi et les échecs. Ces orientations sont complémentaires, l’enjeu n’est pas de choisir son camp, mais d’élargir son répertoire. Car la culture stratégique, pour reprendre la belle formule de Pierre Fayard, est comme l’agriculture : elle se cultive, s’inspire, s’améliore.

[1] Les origines historiques et les règles des échecs, du go et du djambi sont aisément consultables en ligne, par exemple sur Wikipedia : échecs ; go ; djambi.

[2] La reine vaut 9 points, la tour 5, cavaliers et fou 3, le pion n’en vaut qu’1. Le roi, dont la perte signe la fin de la partie n’a pas de valeur : elle est inestimable.

[3] À bon niveau, on note que dans des positions ouvertes le fou a plus de valeur que le cavalier qui lui s’illustre dans des positions fermées.

[4] Le nécromobile gagne en intérêt à mesure que la partie avance, le diplomate tend, lui, à en perdre.

[5] Comme l’est un Prince de la qualità dei tempi selon Machivael.

[6] Nicolas Machiavel, « Comment les princes doivent tenir leur parole », Chapitre 18 dans Le Prince (1532) : pp.74-77.

Bibliographie

Pierre Fayard, La maîtrise de l’interaction, L’information et la communication dans la stratégie (Paris : Zéro Heure Éditions, 2000).

Olivier Hamant, Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant (Paris : Gallimard, 2023) : pp. 1-63.

François Jullien, La propension des choses. Pour une histoire de l’efficacité en Chine, (Paris : Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2016).

Justin Larouzée et Emmanuel-Pierre Guittet, « Gestion de crise, prise de décision et engagement : réflexions croisées sur l’utilisation du Djambi comme dispositif ludopédagogique », Revue (In) Disciplines 5, (2026).

Nicolas Machiavel, Le Prince, Traduction par Jean Vincent Périès. Dans Œuvres politiques de Machiavel. Texte établi par Ch. Louandre (Paris : Charpentier, 1855. Première édition, 1532).

Achille Mbembe, « Necropolitics », Public Culture 15, no 1 (2003)‎ : p. 11–40.

L’article Ce que les échecs et le go nous disent du monde… et en quoi l’échiquier de Machiavel dit tout autre chose est apparu en premier sur IRIS.

Marine Le Pen condamnée mais candidate forcenée

L`Humanité - mer, 08/07/2026 - 18:18
Piétinant l’exigence morale qu’elle prônait jadis, la responsable d’extrême droite a décidé de forcer le passage jusqu’à l’élection présidentielle. En pariant sur la complaisance des juges de la Cour de cassation, qui pourraient donner leur décision avant avril prochain.
Catégories: France

États-Unis, de la domination militaire à la défaite stratégique

Le Monde Diplomatique - mer, 08/07/2026 - 18:17
La célébration du 250e anniversaire des États-Unis coïncide avec la mise en échec de leur projet visant à soumettre l'Iran. Le scénario de l'enlèvement du président Nicolás Maduro à Caracas n'a donc pas connu de répétition à Téhéran. Si l'empire le plus puissant de l'histoire a souvent trébuché, (…) / , , , ,

Dumarey : les salariés dénoncent le « chantage » du Bernard Tapie belge

L`Humanité - mer, 08/07/2026 - 18:13
À Andrézieux-Bouthéon, les 260 travailleurs de Dumarey Powerglide ne se battent plus seulement contre la fermeture leur usine, annoncée pour fin 2026. Leur colère vise aussi un mécanisme juridique inédit : l’accès aux mesures du « plan de sauvegarde de l’emploi » conditionné à une renonciation individuelle à tous recours judiciaires, notamment ceux liés à un accord de garantie d’emploi jusqu’à fin 2027.
Catégories: France

Et si la présidentielle partait enfin des communes ?

L`Humanité - mer, 08/07/2026 - 18:10
À chaque élection présidentielle, le débat public semble se résumer à une question : qui occupera l’Élysée ? Pourtant, la vie quotidienne des Français se joue d’abord ailleurs, notamment dans les communes, là où l’on ouvre une école, où l’on accompagne une famille, où l’on développe un service public, où l’on soutient une association, où l’on innove. La République ne commence pas…
Catégories: France

Babi Badalov à l’espace Niemeyer : une poésie plastique et subversive

L`Humanité - mer, 08/07/2026 - 18:08
L’espace Niemeyer au siège du PCF à Paris expose l’artiste contemporain Babi Badalov en collaboration avec le Palais de Tokyo et la galerie Poggi.
Catégories: France

Commission nudges EU countries to launch Ebola drug trials

Euractiv.com - mer, 08/07/2026 - 18:02
No EU-based manufacturers are currently being considered by the WHO
Catégories: European Union

Simplifier, est-ce reculer?

RFI (Europe) - mer, 08/07/2026 - 18:01
C’est devenu le maître-mot de la Commission européenne. Dans un objectif affiché de compétitivité, les mesures de « simplification » se multiplient. Par exemple une autorisation illimitée a été accordée à certains pesticides et biocides qui étaient, jusque-là, soumis à des réévaluations tous les dix ans. Mais les ONG s’alarment et dénoncent de nombreux reculs environnementaux. La dérégulation peut-elle être positive ? Quels garde-fous à cette course en avant ?
Catégories: Union européenne

Les femmes enceintes et leurs bébés, particulièrement vulnérables face à l’épidémie d’Ebola dans l’est de la RDC

LeMonde / Afrique - mer, 08/07/2026 - 18:00
Accouchements prématurés, hémorragies et morts fœtales intra utero : les femmes enceintes sont en première ligne de l’épidémie. Moins de 10 % des patientes contaminées survivent, selon les Nations unies.
Catégories: Afrique

The Brief – Papering over the cracks in Ankara

Euractiv.com - mer, 08/07/2026 - 17:55
All NATO members reaffirmed their commitment to the alliance, despite Trump repeatedly calling it a 'paper tiger'
Catégories: European Union

Alger – New Delhi : une nouvelle ligne aérienne directe dès octobre 2026, voici ce qu’il faut savoir

Algérie 360 - mer, 08/07/2026 - 17:52

L’axe Alger-New Delhi s’apprête à franchir un cap décisif. À l’occasion d’une rencontre avec la presse nationale organisée à l’ambassade sous le thème « L’essor […]

L’article Alger – New Delhi : une nouvelle ligne aérienne directe dès octobre 2026, voici ce qu’il faut savoir est apparu en premier sur .

Catégories: Afrique

La liberté de la presse en danger. Avec Thibaut Bruttin

IRIS - mer, 08/07/2026 - 17:47

La liberté de la presse n’a jamais été aussi menacée. Selon le classement annuel publié par Reporters sans frontières (RSF), plus de la moitié des pays du monde se trouvent aujourd’hui dans une situation jugée « difficile » ou « très grave » en matière de liberté de la presse. La montée des régimes autoritaires, la multiplication des conflits armés et les difficultés économiques des médias contribuent à fragiliser les métiers du journalisme. Dans de nombreux États, les autorités renforcent leur contrôle sur l’information en adoptant des législations restrictives envers la presse, en réduisant leurs financements, en exerçant des pressions sur les rédactions ou encore en limitant le pluralisme de l’information. Plus encore, dans certains pays, des journalistes sont emprisonnés ou tués en raison de leur travail. Néanmoins, ce recul ne concerne plus seulement les régimes autoritaires : plusieurs démocraties, à l’image des États-Unis, connaissent-elles aussi une dégradation du paysage médiatique. Face à ces évolutions, la population développe une défiance grandissante à leur égard. Par ailleurs, dans les zones de guerre, le fait de porter la mention « Presse » ne protège plus les reporters, qui deviennent eux-mêmes des cibles d’attaques, comme en témoignent les guerres en Ukraine et à Gaza.

Comment expliquer le recul de la liberté de la presse à l’échelle mondiale ? Pourquoi les démocraties sont-elles elles aussi confrontées à une dégradation de la liberté d’expression ? Comment comprendre la défiance croissante d’une partie de la population envers les médias ? Pourquoi les journalistes sont-ils devenus des cibles lors des conflits ? Comment distinguer une information journalistique de la propagande ou de la désinformation dans un environnement médiatique profondément bouleversé ?

Autant d’enjeux abordés avec Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF).

L’article La liberté de la presse en danger. Avec Thibaut Bruttin est apparu en premier sur IRIS.

Pages