The higher turnout in Iraq’s recent parliamentary elections reflects advances over the past four years, notably in infrastructure development, security, and political stability. The election’s outcome and ensuing coalition-building dynamics underscore trends and challenges that will shape Iraq’s domestic and foreign policies. The yet-to-be-formed government will have to balance between the United States and Iran, facing US demands for disarmament of Iraq’s armed groups, managing repercussions of potential instability in Iran, and resisting being drawn into any new confrontation between Iran and either Israel or the United States. It will also have to deal with substantial domestic challenges, including strained relations between Erbil and Baghdad, the potential for renewed Sunni alienation from the state, the future of the Popular Mobilization Forces, financial fragility, and consequences of climate change. European actors have limited influence over the geopolitical dynamics, but can offer support on national development and climate challenges, and should back Baghdad’s striving for stronger agency and sovereignty.
Le Festival International du Film Politique de Carcassonne met en lumière cette année le cinéma bulgare comme un révélateur des tensions sociales et politiques qui traversent l'Europe contemporaine. À travers Made In EU de Stephan Komandarev, la programmation s'attache à montrer comment les crises mondiales - à l'image de la pandémie de Covid-19 - exposent la fragilité des structures sociales, en particulier dans les pays d'Europe de l'Est. Ce cinéma ancré dans le réel donne une voix à (…)
- Agenda / Bulgarie, France - RégionsLa justice burkinabè a annoncé l'interpellation d'un individu soupçonné d'être impliqué dans l'assassinat de l'ancienne ministre Viviane Compaoré. Le mis en cause, âgé de 26 ans, a été appréhendé à Ouagadougou par les forces de sécurité avant de reconnaître les faits lors de son audition. Il a déclaré s'être rendu au domicile de la victime le 10 janvier 2026 pour passer à l'acte. Parent éloigné de la défunte, il évoque un profond ressentiment, l'accusant d'être à l'origine de ses difficultés personnelles et de soupçons de vol. Des biens dérobés retrouvés en sa possession ont été remis à la justice.
Dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de l'ex-ministre des Transports Viviane Compaoré, les investigations menées par le parquet du Tribunal de grande instance Ouaga 2 ont abouti à une interpellation. Ce lundi 19 janvier 2026, au cours d'une conférence de presse animée avec la police nationale, le procureur Prosper Thiombiano est revenu sur les résultats de l'enquête. Un neveu de la victime a été interpellé par le commissariat de police de l'arrondissement 12, alors qu'il était sous l'emprise manifeste de stupéfiants.
Après avoir repris ses esprits, ce dernier est passé aux aveux.
Dubitatif dans un premier temps, le jeune homme de 26 ans déclarera aux enquêteurs s'être rendu au domicile de la victime le samedi 10 janvier 2026, aux environs de 3 heures du matin en escaladant le mur. Il s'est par la suite camouflé à l'intérieur pour attendre l'arrivée de la fille de ménage et l'ouverture des portes pour s'introduire dans le bâtiment. Il a affirmé par la suite avoir attendu le départ de la fille de ménage et le retour de la victime après la prière du matin pour commettre son forfait.
En image, le commissaire central de police de la ville de Ouagadougou, le commissaire principal de police Hamadi Tassembédo« Poursuivant sa narration, il déclare avoir surpris la victime dans sa chambre et l'a maîtrisée par une technique de "clé de cou" qu'il qualifie de "cadenas", l'empêchant de pouvoir alerter le voisinage. Il dit s'être adressé à la victime en ces termes alors qu'il l'étranglait : tu es à la base de ma misère et de ma souffrance, aujourd'hui c'est la fin d'une longue époque, tu as gâché ma vie par tes mensonges occasionnant mon licenciement », a dit le procureur du Faso près le TGI Ouaga 2.
Utilisant par la suite un couteau récupéré dans les toilettes internes, il l'a d'abord poignardée au cou avant de l'égorger pour s'assurer que sa mort est effective. Après cela, il déclare s'être rendu dans la chambre du fils de la victime pour se changer en utilisant les habits de ce dernier. « Dans la précipitation, il a oublié sa propre chemise dans ladite chambre mais a pu emporter avec lui son propre pantalon. De retour à la gare STAF, il s'est à nouveau changé en abandonnant les habits dont il s'était emparé sur le lieu du crime. De même, il a déclaré avoir emporté trois téléphones portables, une tablette, une somme d'argent d'un montant de cinquante mille (50 000) francs CFA et un sac de couleur bleue appartenant à la victime », a lu M. Thiombiano.
« Le père du mis en cause est le neveu de la victime. Sa grand-mère paternelle est la sœur utérine de la victime », Prosper ThiombianoComme mobiles du crime, le mis en cause affirme que la victime était à l'origine de son congédiement, lorsqu'il était employé comme apprenti-chauffeur dans la société de transport STAF, il y a quelques mois de cela. « Aussi, affirme-t-il avoir subi plusieurs fois des dénigrements et des calomnies de la part de la victime. Il explique avoir été traumatisé par des menaces et des accusations pour des faits de vols et des actes de délinquance de la part de la victime. Par ailleurs, il affirme avoir des conflits avec la famille de la défunte depuis son enfance », a exposé le procureur.
Pour corroborer les mobiles de son crime, ajoute le procureur, « il a cité notamment son interpellation et sa détention par un groupe d'autodéfense communément appelés "les Koglwéogo" de Goundrin/Ouagadougou pour des accusations de vol et de délinquance dans la cour de sa victime courant 2023, affirmant y avoir été détenu pendant plusieurs jours sous la manipulation de la victime ; son interpellation et sa détention à la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) pour des accusations de vol à la gare STAF/Théâtre Populaire de Ouagadougou, affirmant avoir été acquitté par le Tribunal de grande instance de Ouagadougou courant 2022 ; la convocation de son père depuis Kongoussi par la victime pour des faits qu'il qualifie de calomnies et de dénigrements qui ont terni l'image de son père... »
Une vue de la presse mobilisée pour porter l'écho de cette conférence de presseIl est à noter que les vêtements du mis en cause ont été retrouvés et identifiés comme étant bel et bien les siens. En sus, des objets appartenant tous à la victime ont été saisis entre les mains du mis en cause ; Il s'agit là, d'objets constituant des indices corroborant ces aveux : un téléphone Android de marque Motorola ; deux téléphones Android de marque Samsung ; une tablette de marque ONN ; un sac à main dame de couleur bleue. Les mots du procureur à cette conférence de presse se sont clos par des remerciements adressés aux enquêteurs pour la qualité du travail, mais aussi aux populations pour leur franche collaboration dans la lutte contre l'insécurité urbaine.
Erwan Compaoré
Lefaso.net
Un conflit foncier ancien, mais toujours aussi sensible, continue de diviser des familles et de semer l'inquiétude au sein des populations du secteur 24, dans l'arrondissement 4 de Bobo-Dioulasso. Opposant les enfants d'un défunt à un ami proche de ce dernier, le litige, né en novembre 2022, connaît aujourd'hui un nouveau rebondissement avec une tentative de déguerpissement, malgré les contestations persistantes des héritiers et des occupants du site.
Le dimanche 18 janvier 2026, les enfants de feu Sou Sanou, entourés de riverains, de responsables de lieux de culte et d'organisations de défense du droit au logement, ont animé une conférence de presse à Bobo-Dioulasso pour dénoncer ce qu'ils qualifient d'« injustice manifeste » et interpeller les autorités administratives et judiciaires afin d'éviter, selon eux, une situation aux conséquences imprévisibles.
Des journalistes présents à la conférence de pressePour comprendre l'ampleur de la crise, il faut remonter plusieurs décennies en arrière. Selon les héritiers de feu Sou Sanou, le différend trouve son origine dans une relation d'amitié entre leur père et un certain Boureima Ouédraogo. À l'époque, alors que le père était toujours en vie, ce dernier aurait concédé à son ami une portion de terrain à usage agricole. « Il n'a jamais été question de vente », soutient Bakary Sanou, l'un des fils du défunt. Selon lui, cette mise à disposition du terrain relevait d'un simple accord verbal destiné à permettre à M. Ouédraogo de cultiver. « Cela a duré des années, mais jamais notre père ne nous a parlé d'une quelconque vente de terrain », insiste-t-il.
Bakary Sanou, l'un des fils du défunt, estime que son père n'a jamais vendu cette terre à M. OuédraogoOr, plus de vingt ans après le décès de leur père, les héritiers affirment avoir été surpris de voir surgir des documents que M. Ouédraogo brandit comme des titres de propriété, attestant qu'il aurait bel et bien acheté une partie du terrain. Une version que rejettent catégoriquement les enfants Sanou. « Nous ne reconnaissons pas ces documents. Ils ne portent aucune trace, aucune signature de notre père. Rien ne prouve qu'il a vendu quoi que ce soit », martèle Bakary Sanou.
La justice tranche, mais la contestation demeure
Face au refus des héritiers de reconnaître la validité de ces documents, Boureima Ouédraogo aurait saisi la justice. Après plusieurs procédures, les juridictions compétentes auraient donné raison à ce dernier, reconnaissant ainsi ses droits sur une portion du terrain litigieux. Entre-temps, les enfants de feu Sanou avaient déjà procédé à la vente de parcelles sur cette même portion à des particuliers, lesquels y ont construit des habitations et des lieux de culte. Une situation qui a considérablement complexifié le dossier.
Evariste Millogo interpelle les autorités administratives et judiciaires afin d'éviter, selon lui, une situation aux conséquences imprévisiblesFort de la décision de justice en sa faveur, M. Ouédraogo a alors entrepris, dès 2022, une première tentative de déguerpissement des occupants du site. Une opération qui n'avait pas abouti, en raison de la résistance des héritiers et des populations concernées. Trois ans plus tard, le dossier refait surface avec une nouvelle tentative d'exécution de la décision judiciaire. Là encore, les héritiers de feu Sanou campent sur leurs positions. « Nous ne céderons pas un seul mètre carré. Nous sommes convaincus que notre père n'a jamais vendu cette terre. Les autorités doivent jouer franc jeu avec nous », lance Bakary Sanou, visiblement exaspéré.
Des lieux de culte et des centaines de ménages menacés
Au-delà du différend familial, le conflit prend désormais une dimension sociale préoccupante. La zone concernée s'étend sur environ huit hectares et abrite une centaine de ménages, ainsi que plusieurs lieux de culte. Présent à la conférence de presse, Evariste Millogo, représentant d'un temple menacé de déguerpissement, affirme que sa structure est en règle. « Nous avons acquis ce terrain en 2014 auprès des enfants de feu Sou Sanou. Toutes les démarches ont été faites : cadastre, domaine, mairie. Nous attendons même notre arrêté. On ne peut pas obtenir tous ces documents sans l'aval des autorités coutumières et administratives », explique-t-il.
Lamoussa Traoré, membre de l'église concernée, plaide pour le dialogue et la cohésion socialeIl remet également en cause la crédibilité des documents détenus par M. Ouédraogo, qu'il estime « douteux ». Même son de cloche du côté de Lamoussa Traoré, membre de l'église concernée. Celui-ci plaide pour le dialogue et la cohésion sociale. « Lorsque l'huissier est venu, nous avons cherché à discuter. Mais il nous a dit qu'il était là pour déguerpir, pas pour dialoguer. Pourtant, la communication est essentielle dans une société comme la nôtre », regrette-t-il.
Il ajoute qu'un appel a été interjeté contre la décision de justice, mais que cela n'a pas empêché la poursuite de la procédure de déguerpissement. « Un terrain sans plan cadastral clair, sans coordonnées géographiques précises, pose problème », estime-t-il.
L'opération de déguerpissement a déjà commencé sur le siteLes organisations de la société civile montent au créneau
La conférence de presse a également enregistré la présence de la coordination des associations pour le droit au logement. Son secrétaire général, Adama Ouédraogo, dit avoir été saisi par les habitants de la zone afin de les accompagner dans leurs démarches. « Cette opération de déguerpissement touche environ huit hectares, une centaine de ménages et près de six lieux de culte. Ce n'est pas rien », souligne-t-il. Pour lui, au-delà de l'aspect juridique, la question doit être examinée sous l'angle social. « Nous ne disons pas que le droit ne doit pas être respecté, mais socialement, ce n'est pas le moment. Le Burkina traverse une période sensible où l'intérêt collectif doit primer sur les intérêts individuels », plaide-t-il.
Il rappelle également que la ville de Bobo-Dioulasso fait déjà face à de nombreux passifs fonciers non résolus. « Continuer à créer de nouveaux foyers de tension, c'est alourdir la tâche des autorités, qui peinent déjà à gérer les anciens dossiers », prévient-il.
Pour le secrétaire général de la coordination des associations pour le droit au logement, Adama Ouédraogo, au-delà de l'aspect juridique, la question doit être examinée sous l'angle socialL'huissier se retranche derrière la décision judiciaire
Dans un souci d'équilibre de l'information, nous avons tenté de recueillir la version de l'huissier de justice chargé de l'exécution de la décision. Contacté, ce dernier a refusé de commenter le fond du dossier, se contentant de rappeler qu'il agit dans le strict cadre de la loi. « Il s'agit d'une décision de justice. Mon rôle se limite à son application », a-t-il déclaré.
Romuald Dofini
Lefaso.net
La scène politique internationale a été dominée en 2025 par l'actualité américaine, marquée par la première année de retour de Donald Trump à la Maison-Blanche (élu le 5 novembre 2024, il prête serment le 20 janvier 2025. Au plan national américain, l'an I du retour de Trump à la tête des USA a également été bien agité : plus de 200 décrets signés, suppression de 200 000 postes fédéraux, élévation des droits de douane (jamais égalée depuis 1930, dit-on), contrôle sans précédent de l'administration américaine sur l'éducation… puis diminution considérable de l'aide humanitaire internationale. L'année 2026 commence comme celle écoulée, avec l'intervention militaire américaine au Venezuela, suivie de l'arrestation et l'exfiltration du président vénézuélien Nicolas Maduro et de sa femme. Ce qu'il convient d'appeler « révolution Trump » est en marche…
Les USA n'ont jamais aussi bien incarné, pour une certaine opinion, leur appellation de « gendarme du monde » que sous leur 47ᵉ président, Donald Trump. C'est avec la formule « America First », c'est-à-dire « l'Amérique d'abord, priorité aux Américains et à leurs intérêts américains », que l'homme d'affaires et milliardaire est arrivé pour la première fois, en janvier 2017, en tant que 45ᵉ président des USA (janvier 2017-janvier 2021). Le président américain va cependant, selon des analystes, faire suivre moins d'actes dans ce sens, quand bien même il « a marqué la politique américaine par son style de gouvernance inhabituel et sa propension à créer la polémique, autant sur le plan national qu'international ».
L'élection marquant la fin de ce mandat, à laquelle il s'est également porté candidat pour se succéder à lui-même, prend un tournant surprenant… En effet, déclaré perdant face au candidat Joe Biden, le candidat sortant Donald Trump rejette le résultat des suffrages, aidé dans cette conduite par ses partisans. La situation tourne au vinaigre avec l'assaut du Capitole des États-Unis, début janvier 2021.
C'est avec les casseroles de ce premier mandat, et après la parenthèse Joe Biden, que Donald Trump retrouve la Maison-Blanche, en battant son challenger Hillary Clinton, qui avait pourtant la faveur des pronostics.
M. Trump rempile donc en qualité de 47ᵉ président des USA. Cette fois-ci, l'homme semble prendre l'allure de l'idéal « America First ». Et peut-être, outrepassement ! « Donald Trump appartient à la catégorie de dirigeants qui ne sont pas issus du champ classique de la politique ; il n'est pas un entrepreneur politique. Il est venu avec des idées révolutionnaires et fortes », analysait déjà au premier mandat en 2017 une de nos sources, spécialiste en relations internationales et de gouvernance politique. Elle soulignait que l'arrivée d'un acteur hors du champ politique n'était nullement un fait du hasard ; elle est la résultante, non seulement d'une crise du politique à travers le monde, mais également l'expression d'une forte attente des citoyens américains de voir leurs dirigeants recentrer les actions à leurs services.
La politique étrangère aux États-Unis est le lieu de l'opportunisme entre posture multilatéralisme ou pas, a poursuivi l'analyste, ajoutant que le cas de Trump est l'illustration du déroulement de « America first, un concept de gouvernance qui a des ramifications dans le champ international ».
« America first », c'est donc consacrer les ressources du pays à la restauration de la puissance américaine, ce qui se traduit aussi par le fait de se retirer des organisations jugées inutiles, mais aussi d'empêcher l'ONU, dont les États-Unis sont le principal contributeur financier, de contribuer au financement d'organisations non stratégiques pour ce pays.
« En réalité, ce que Donald Trump fait, c'est ce que tout dirigeant devrait faire pour son peuple (même si certaines façons de faire peuvent être déplorées) : défendre et protéger la vie de ses citoyens, défendre et protéger leurs intérêts. Jusque-là, au moins, il respecte ce pour quoi il a été élu », observe cet autre analyste, qui estime que les États africains doivent tirer des leçons de ce qui se passe avec les dirigeants américains et certains occidentaux. « Malheureusement, en Afrique, les expériences n'ont jamais servi pour bien faire, on se sert toujours des mauvais exemples pour justifier l'injustifiable », s'est-il finalement résigné.
Une année après son retour à la Maison-Blanche (20 janvier 2025-20 janvier 2026), Donald Trump (dont le baromètre Reuters-Ipsos dit avoir chuté en confiance, de 47 % en janvier 2025 à 39 % en mi-décembre 2025) se félicite, lui, d'une année de consécration, de triomphe, pendant que la communauté internationale s'inquiète d'une gouvernance qui casse les codes de la bienséance internationale.
La « révolution Trump » est en marche, dira-t-on, et il le clame d'ailleurs : « Je n'ai pas besoin du droit international. Je n'ai pas l'intention de faire du mal aux gens. (...). Il y a une chose, ma propre moralité. Mon propre esprit. C'est la seule chose qui peut m'arrêter », crache-t-il dans un entretien, le jeudi 8 janvier 2025.
Cette sortie du président américain intervenait non seulement dans la vive actualité de l'affaire vénézuélienne, mais également au lendemain de sa décision (signature de décret), mercredi, 7 janvier 2026, portant retrait immédiat des États-Unis de 66 organisations internationales jugées contraires aux intérêts nationaux. Cette mesure cible 35 entités non onusiennes et 31 liées aux Nations Unies, marquant un durcissement de la politique isolationniste.
Plusieurs entités sont donc concernées, parmi lesquelles la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), le Département des affaires économiques et sociales (DESA), la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Bureau du Conseiller spécial pour l'Afrique, ONU Femmes, l'UNFPA, la Commission de consolidation de la paix et le Fonds pour la consolidation de la paix, ainsi que les mécanismes dédiés à la protection des enfants dans les conflits armés. Des organisations qui jouent un rôle important dans le soutien au développement de l'Afrique, à la consolidation de la paix, à la réponse humanitaire et à la mise en œuvre de l'Agenda 2063 de l'Union africaine et du Programme de développement durable à l'horizon 2030
Des organisations internationales sous perfusion américaine !
Face à cette nouvelle donne mondiale, le président de la Commission de l'Union africaine sur les États-Unis a réagi par un communiqué, le lundi 12 janvier, indiquant avoir pris note du mémorandum présidentiel ordonnant la cessation de la participation et du financement des États-Unis à certaines entités des Nations Unies, ainsi que le retrait de certaines organisations internationales non onusiennes. Quand bien même l'organisation continentale africaine dit reconnaître le droit souverain des États-Unis de réexaminer leurs engagements internationaux en fonction de leurs priorités nationales et de leurs processus internes, elle rappelle que les États-Unis sont depuis longtemps un partenaire essentiel de l'Afrique et un pilier central du système multilatéral, dont le leadership, les ressources et les valeurs ont contribué de manière significative à la paix mondiale, au développement, à l'action humanitaire et à la promotion de la dignité humaine.
« Ces institutions ont joué un rôle déterminant dans le renforcement des capacités nationales et régionales, la promotion d'une croissance économique inclusive, la promotion de l'égalité des sexes, le soutien au redressement post-conflit et la protection des populations vulnérables sur l'ensemble du continent. Toute réduction de leurs capacités opérationnelles pourrait avoir des répercussions sur les acquis en matière de développement, les efforts de consolidation de la paix et la résilience des communautés, en particulier dans les contextes fragiles et touchés par un conflit », motive le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, ajoutant que le partenariat de l'Afrique avec les États-Unis s'est toujours fondé sur des intérêts communs : la paix et la sécurité, et l'économie.
C'est pourquoi l'organisation continentale dit exprimer l'espoir d'un dialogue continu entre les États-Unis et les partenaires internationaux, afin de contribuer à identifier les voies permettant de maintenir les fonctions multilatérales essentielles, d'améliorer l'efficacité et la responsabilité, de veiller à ce que les plus vulnérables ne soient pas touchés de manière disproportionnée.
Le président de la Commission de l'Union africaine dit réaffirmer l'engagement indéfectible de l'Union africaine envers le multilatéralisme comme pierre angulaire pour relever les défis mondiaux et promouvoir la prospérité partagée, la paix et la sécurité.
Au-delà de cette position classique qui consiste à arrondir les bords, cette gouvernance de Donald Trump interpelle plutôt l'Union africaine, les organisations africaines, les États africains, à changer le fusil d'épaule ; les dirigeants doivent apprendre à travailler essentiellement pour leurs citoyens et à défendre leurs intérêts. Au niveau des organisations africaines qu'à l'échelle nationale, ils doivent avoir plus d'égards pour ceux au nom desquels ils occupent leur position, plutôt que de donner l'impression qu'ils sont là pour jouir seulement des avantages de leurs positions.
Alors, et quoi qu'on puisse critiquer des manières, faut-il en vouloir à Donald Trump de défendre les intérêts des USA et des Américains ?
O.L
Lefaso.net
Alors que l'harmattan est généralement synonyme de fraîcheur au Burkina Faso, les mois de novembre, décembre 2025 et début janvier 2026 ont été marqués par une chaleur inhabituelle. Dans cette interview, Delwende Isaac Yaméogo, ingénieur de la météo à l'Agence nationale de la météorologie, explique les causes de cette situation, ses impacts et les mesures d'adaptation pour les populations.
Lefaso.net : En décembre 2025 et début 2026, il a fait chaud alors que normalement, il devrait faire froid comme c'est la période de l'harmattan. Qu'est-ce qui explique cette chaleur inhabituelle ?
Delwende Isaac Yaméogo : C'est clair, depuis le mois de novembre, décembre et début janvier, il a fait chaud. Nous avons vraiment observé des températures inhabituelles. Je dirais des températures inhabituelles parce que climatologiquement à cette période, on observe des températures assez froides au Burkina Faso. Cette année, on a une sensation de chaleur à travers tout le pays. Nous avons constaté que les données de cette année ont varié de 1 à 2 degrés au-dessus de la moyenne normale de la période. Comment expliquer cette situation ? Je dirais que c'est une conjugaison de plusieurs facteurs. L'un des premiers points qu'on peut déjà noter, c'est que durant cette période les vents de l'harmattan ont été assez faibles.
L'harmattan nous vient du nord et du nord-est et les vents qui venaient étaient assez faibles pour baisser la température. Le second point, c'est que nous avons remarqué, à travers nos données, que l'atmosphère de nos régions est restée très humide au niveau de tout le pays. Durant le mois de décembre, nous avons eu des périodes de remontée de vent de mousson avec même des pluies dans les parties sud-ouest du territoire. Cette humidité n'est pas favorable à la baisse des températures. Ces facteurs sont à l'origine de la chaleur qu'on a vécue durant les mois de novembre, décembre et début janvier.
Est-ce que le pays a déjà vécu cette situation où c'est exceptionnel cette année ?
Le climat a ce qu'on appelle la variabilité. Ça veut dire que les choses changent d'une année à une autre. Ce sont des situations qui arrivent. Nous pouvons prendre un exemple : l'année 2021. Selon nos données, nous avons eu des températures élevées, que ce soit en termes de minimales ou de maximales. C'est une année où nous avons eu une anomalie positive de température au cours de la période décembre-janvier.
Est-ce qu'il y a des régions qui n'ont pas connu cette chaleur ?
Le constat a été fait sur l'ensemble du territoire national. Seulement le degré de chaleur n'était pas le même. Sinon, on a observé des températures au-dessus des normales de saison. Nous avons comparé les températures observées durant le mois de décembre par rapport à la normale. La normale c'est la moyenne des températures observées sur trente ans. Nous avons pris des données sur 30 années et nous avons fait la moyenne pour voir ce qui est généralement observé en décembre.
Et quand nous comparons cette moyenne aux températures observées durant ce mois de décembre sur toutes les stations du Burkina Faso, nous avons carrément des températures qui sont de 1 à 2 degrés au-dessus des normales. C'est un constat général, que ce soit sur les températures minimales ou les températures maximales. C'est surtout un peu plus au niveau des minimales. C'est ce qui explique la chaleur pendant la nuit.
Est-ce que cette situation a un lien avec les changements climatiques ?
De prime abord, on ne va pas attribuer cela au changement climatique. On va plus parler ici de variabilité climatique. Ce sont des changements qui peuvent arriver d'une année à une autre. Les saisons ne sont pas les mêmes. C'est ainsi pour la saison des pluies et les autres saisons. Aussi, on ne va pas écarter les changements climatiques. Pourquoi je dis cela ? Parce que toutes les projections climatiques, au Burkina Faso et en Afrique, nous parlent de l'augmentation des températures. Et si on parle de l'augmentation des températures, cela veut dire qu'on est appelé à vivre ce genre de situation de plus en plus. Ce sont des situations qui nous alertent et qui nous montrent ce que nous sommes appelés à vivre dans les années à venir.
Quelles sont les conséquences que cela pourrait avoir sur l'agriculture, les personnes âgées, les enfants et les ressources en eau ?
Sur le plan de l'agriculture, on a des plantes qui profitent de la température assez basse pour se développer. Ces plantes se trouvent confrontées à des températures plus hautes que la normale. Ce qui peut engendrer des difficultés pour le cycle végétatif de ces plantes. C'est la même chose pour les animaux et les ressources en eau. Pour les hommes, on s'attendait à avoir des nuits assez froides et reposantes. Malheureusement, on s'est retrouvé avec des nuits chaudes. Ce qui ne permet pas à l'organisme de se reposer. Ce sont des situations inconfortables, mais on ne dira pas que c'est inconfortable jusqu'au point de la canicule. Mais cela a des conséquences sur les personnes qui sont vraiment très sensibles à la chaleur.
On constate ces derniers jours qu'il y a l'harmattan qui s'installe, mais par moment on sent une certaine chaleur. Est-ce que c'est normal ?
Cette année, la particularité, c'est que les basses couches de l'atmosphère restent humides. L'humidité, c'est quelque chose de très important dans le ressenti. Quand on a des températures avec de l'humidité, on ressent plus la chaleur.
Quel message vous avez pour la population pour qu'elle puisse s'adapter à ce changement ?
Les variabilités climatiques et les changements climatiques ont vraiment des conséquences sur la population. Ce que nous pouvons demander à la population, c'est de mettre l'information météorologique au cœur de leurs actions. Et l'information météorologique, nous la produisons tous les jours. Nous avons des bulletins de prévision que nous émettons tous les jours, toutes les semaines et tous les mois. Nous émettons des prévisions saisonnières. Nous travaillons beaucoup à multiplier ce type d'informations et nous appelons les populations à être attentives à ces informations.
Elles peuvent les retrouver sur nos canaux de communication. Nous avons une page Facebook, une chaîne WhatsApp Météo Burkina où nous faisons passer les informations sur des radios partenaires et la télévision nationale. Pour les personnes sensibles, nous leur demandons de prendre des dispositions pour se protéger. Ces derniers jours, nous constatons un changement de température. Il y a plus de vent et de poussière, nous demandons aux personnes âgées, aux enfants et aux personnes sensibles à la poussière de se protéger en portant le masque et des vêtements chauds.
Interview réalisée par Rama Diallo
Lefaso.net
« On ne recrute pas un entrepreneur, on soutient une vision », martèle Ali Bako. Pour cet acteur agro-pastoral, l'échec de nombreuses politiques d'emploi agricole au Burkina Faso s'explique par une erreur de diagnostic. Salaires mensuels, financements accordés à des jeunes sans vocation réelle, formations déconnectées des besoins du terrain. Il révèle notamment l'existence de « plus de 500 fermes aujourd'hui au chômage », faute de main-d'œuvre qualifiée et de modèles de partenariat efficaces. Face à ce paradoxe, Ali Bako défend une approche fondée sur un partenariat exigeant entre l'État, les propriétaires de fermes et des ouvriers professionnels, directement associés aux risques et aux bénéfices. « Sans ressources humaines de qualité, on ne sauvera jamais les investissements », insiste-t-il, convaincu qu'en trois ans, l'agro-pastoral peut absorber le chômage si les règles sont respectées.
Lefaso.net : Quel est votre parcours personnel dans l'agropastoral et depuis combien de temps exercez-vous ?
Ali Bako : Je suis entrepreneur agricole, et j'exerce dans le domaine agropastoral depuis près de douze ans. Un parcours que j'ai entamé dès l'université. À mon actif, j'ai plusieurs fermes, aussi bien à Koudougou que dans le Sanguié. Je suis également acteur du monde de la formation et de l'appui aux producteurs, notamment en matière d'investissement agricole et de conseils sur les aménagements agricoles.
De formation, je suis ingénieur en génie civil, et j'ai complété ce parcours par plusieurs formations suivies à l'étranger, portant sur l'agriculture, les aménagements et le développement du monde rural. J'exerce aujourd'hui dans l'élevage de poulets locaux, de pintades et de bovins, et je développe également des exploitations agricoles autour de cultures telles que la pomme de terre, l'oignon, le poivron et d'autres spéculations.
Vous affirmez que plus de 500 fermes sont à l'arrêt entre Koubri et Saaba, sur quoi repose cette estimation ?
D'abord, je tiens à préciser qu'il n'y a pratiquement aucune région du Burkina Faso que je ne connais pas, car je suis constamment sur le terrain. Lorsque j'affirme qu'il y a plus de 500 fermes à l'arrêt entre Saaba et Koubri, cette estimation repose sur mes propres enquêtes et mon vécu de terrain. J'ai sillonné l'ensemble de ces zones et je compte également des clients personnels qui se trouvent aujourd'hui dans cette situation.
Étant dans le domaine de la construction et de l'implantation de fermes, à travers mon entreprise en BTP, je suis régulièrement sollicité. Par ailleurs, en tant qu'acteur et influenceur sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes me contactent pour trouver des ouvriers, relancer leurs fermes ou réhabiliter des exploitations à l'arrêt. C'est à travers l'ensemble de ces canaux que j'ai pu constater qu'il y a même plus de fermes concernées que ce chiffre avancé. D'ailleurs, il suffit de passer devant la mairie de Saaba, de sillonner les zones de Tanlarghin et de Saaba en direction de Koubri, pour constater de visu le nombre impressionnant de fermes à l'arrêt. On y découvre malheureusement d'importants investissements et de grandes fermes aujourd'hui abandonnés.
Que voulez-vous exactement dire en employant le terme “chômer'' ?
Quand je parle de fermes qui chôment, cela signifie très concrètement qu'il existe des bâtiments déjà construits, des clôtures en place, des fourrages disponibles, mais sans aucune activité à l'intérieur. Pendant plusieurs années, des personnes ont investi et démarré leurs activités, sans malheureusement pouvoir les mener à terme.
Il s'agit le plus souvent de porteurs de projets qui ont échoué et qui n'ont pas pu reprendre leurs activités par la suite. C'est précisément cette réalité qui nous amène à parler de fermes qui chôment.
Quelles sont, selon vous, les principales causes de l'échec des fermes au Burkina Faso ?
Selon moi, l'une des principales causes de l'échec des fermes au Burkina Faso est la méconnaissance de la manière de conduire une bonne étude de réalisation d'une ferme. Beaucoup de personnes se sont lancées dans l'agropastoral après avoir simplement entendu dire que c'était un secteur rentable, sans disposer d'une connaissance réelle de ce que représente un investissement agricole ou pastoral. Ensuite, il y a le problème de la main-d'œuvre.
Il faut souligner que la majorité de ceux qui investissent aujourd'hui dans l'agropastoral sont des fonctionnaires ou des commerçants, des personnes qui manquent de temps pour assurer le suivi quotidien de leurs exploitationsIls dépendent donc fortement des ouvriers pour entretenir leurs fermes. Or, tout le monde le sait, les jeunes qui constituent les bras valides sont aujourd'hui, pour une large part, mobilisés par l'orpaillage, ce qui accentue la pénurie de main-d'œuvre agricole.
À cela s'ajoute le coût très élevé de la production. Lorsqu'une personne contracte un crédit auprès d'une microfinance ou d'une banque, à des taux d'intérêt pouvant varier entre 12 et 20%, pour réaliser une ferme, la situation devient rapidement intenable. Dans ces conditions, les producteurs peinent à rentabiliser leurs investissements, ce qui conduit inévitablement à l'échec de nombreuses exploitations
En quoi l'illusion du “gain rapide” est-elle particulièrement destructrice dans l'agropastoral ?
L'agropastoral ne s'exerce pas dans la rapidité. Il faut d'abord de l'expérience, ensuite de la maîtrise. Or, ce que nous constatons aujourd'hui, c'est que beaucoup de personnes se lancent dans ce secteur en croyant pouvoir se faire des milliards rapidement ; simplement en érigeant des fermes ou des jardins pour y mener leurs productions. Cette illusion est extrêmement dangereuse.
En ce qui me concerne, j'ai la chance de disposer d'une entreprise de BTP, ce qui me permet de me relever lorsque je traverse des difficultésÀ plusieurs reprises, j'ai dû injecter de l'argent dans mes activités d'agriculture et d'élevage grâce aux revenus de cette entreprise. Et pourtant, à ce jour, nous n'avons pas encore rentabilisé notre ferme. Il nous faudra encore quelques années pour y parvenir. Cela fait déjà douze ans que nous avons investi, et aujourd'hui, nous disposons surtout d'infrastructures et de terrains.
Je sais qu'un jour la ferme sera rentable, mais cela exige avant tout de la patience et une vision claire de ce métier. On ne vient pas dans l'agropastoral avec de gros moyens pour construire des bâtiments au hasard. Pour ma part, j'ai commencé par des solutions simples et adaptées. Les premiers bâtiments de ma ferme ont été construits en banco, et les poteaux de mon premier jardin étaient en bois. C'est cette approche progressive qui permet de tenir dans le temps.
Vous déconseillez formellement le recours aux crédits et aux levées de fonds, pourquoi ?
Je déconseille formellement le recours aux crédits et aux levées de fonds pour les fermes au Burkina Faso. Le problème, c'est que le taux d'intérêt des crédits est très élevé, et il n'existe pratiquement pas de crédit d'investissement adapté pour les entrepreneurs agricoles. La plupart des crédits disponibles sont en réalité des crédits de consommation.
De plus, l'État n'a pas vraiment subventionné les intrants agricoles pour les entrepreneurs. Ce que l'on voit et entend souvent à la télévision ou à la radio concerne essentiellement la subvention de l'agriculture familiale, et non de l'agriculture entrepreneuriale.
Pour que les crédits deviennent viables, il faudrait que l'État subventionne l'entrepreneuriat agricole à travers des réductions sur le carburant, les machines et autres équipements, et que les banques puissent aussi réduire le taux des crédits d'investissement. Ce n'est qu'à ce moment-là que les entrepreneurs agricoles pourraient véritablement rentabiliser leurs fermes.
À quelles conditions, s'il y en a, un financement externe peut-il être acceptable ?
On peut accepter un financement extérieur à certaines conditions. Le taux d'intérêt du crédit doit être relativement faible et le remboursement échelonné sur une longue période. Cela permet à l'investisseur de travailler et de développer sa ferme, afin qu'au bout de trois ou quatre ans, il puisse commencer à rembourser avec sérénité, sans compromettre la viabilité de son exploitation.
Quel rôle devrait jouer l'État dans ce domaine : financeur direct, garant, ou simple facilitateur ?
Partout où les agriculteurs nourrissent les populations et exportent les céréales, c'est souvent l'État qui finance l'agriculture à travers les subventions. Prenons l'exemple de l'Italie : le carburant utilisé par les agriculteurs n'a même pas la même couleur que celui destiné aux véhicules ordinaires. Il est clair qu'un entrepreneur agricole ne peut pas générer un chiffre d'affaires conséquent en s'approvisionnant dans la même station que les usagers classiques.
L'État devrait donc jouer un rôle plus actif, non seulement en subventionnant certains intrants, mais aussi en facilitant l'accès au crédit via les banques, avec des taux d'intérêt faibles.
Que pensez-vous de la Banque agricole du Burkina Faso alors ?
À mon avis, la Banque agricole du Burkina Faso fonctionne malheureusement comme une banque de commerçants. Le taux d'intérêt de ses crédits, qui est de 12%, rend difficile la rentabilité pour un entrepreneur agricole. J'ai moi-même bénéficié de ce type de crédit en 2023, et je peux dire qu'il est pratiquement impossible de faire des bénéfices lorsque l'on doit payer le carburant pour la production au même tarif que les consommateurs ordinaires, tout en remboursant un tel taux.
Qu'est-ce qu'une ferme selon vous ?
Pour moi, une ferme ne se résume pas à une clôture, un bâtiment ou un château. Ce que l'on voit souvent, ce sont plutôt des micro-poulaillers. Une vraie ferme, c'est un espace de production et de semi-transformation sur place, et sa réalisation coûte des millions.
Pour rentabiliser une ferme, il faut au minimum dix ans, parfois plus. En effet, ce qu'une ferme demande peut s'évaluer à 50 millions de francs CFAIl ne suffit pas de construire quelques bâtiments sur un hectare pour prétendre avoir réalisé une ferme. Mais il s'agit d'un véritable projet de production, pensé pour durer et générer des revenus sur le long terme.
Vous critiquez le concept de “recrutement d'entrepreneurs agricoles”, qu'est-ce qui pose problème selon vous ?
J'ai publié en 2022 un projet de recrutement de jeunes pour les former à l'École nationale de formation agricole de Matourkou. Dans ce projet, j'avais précisé qu'un jeune formé à Matourkou devrait sortir avec un fonds de roulement. J'avais donné tous les détails, en soulignant que l'établissement disposait de 1 400 hectares, sur lesquels les élèves pourraient mettre en pratique leurs connaissances, grâce aux tracteurs et autres matériels disponibles sur place.
J'avais suggéré qu'après deux ou trois ans de formation, les inscrits à titre privé puissent disposer d'un fonds de roulement de 500 000 à 1 million de francs CFA, ce qui leur permettrait de constituer un groupe et de commencer à travailler ensemble. Mon idée était clair : former de vrais passionnés, ayant suivi des écoles de formation professionnelle en agriculture et en élevage.
Le problème du concept actuel de “recrutement d'entrepreneurs agricoles”, selon moi, c'est de recruter des jeunes qui n'ont rien à voir avec l'agriculture, leur donner une formation et de l'argent, sans expérience ni passion pour le secteur. Moi, je parle de ceux qui ont la passion et qui se sont réellement formés pour exercer dans l'agriculture ou l'élevage.
Selon vous, les décideurs publics comprennent-ils réellement les réalités du terrain agro-pastoral ? Pourquoi ?
On ne recrute pas quelqu'un pour l'envoyer dans une école et lui donner de l'argent, en espérant qu'il devienne entrepreneur. Je vais vous donner un exemple concret. L'ancien président Blaise Compaoré avait recruté des étudiants pour les envoyer dans la vallée du Sourou. Ils ont reçu des motos 2T et un fonds de roulement. Mais aucun d'entre eux n'est resté sur place. Tous sont revenus à Ouagadougou pour passer des concours, et beaucoup ont intégré la Fonction publique, y compris l'ancien Premier ministre Isaac Zida. Donc, on devrait pouvoir tirer leçon de l'expérience passée avant de mettre en place de nouveaux programmes.
Avant de financer quelqu'un, il faudrait d'abord identifier ceux qui ont réellement commencé avec les moyens de bordSi tu n'as même pas un poulailler construit en banco et qu'on vient te recruter pour te financer, la question se pose. Seras‑tu capable de résister aux difficultés ? Face aux tempêtes inévitables du métier, beaucoup échouent dans ce domaine, et même parfois ceux qui ont commencé petit à petit.
Prenons encore l'exemple de la grippe aviaire. L'un des plus grands éleveurs du Burkina Faso a vu sa volaille abattue et a été impuissant. Un coup dur dont il ne pouvait se relever sans aide extérieure. Cela montre qu'on ne peut pas recruter un entrepreneur. Car l'entrepreneur, c'est d'abord la vision, et c'est quelqu'un qui a commencé par ses propres moyens, que l'État peut ensuite soutenir.
J'ai exprimé ces critiques sur Facebook, en disant clairement qu'on ne recrute pas un entrepreneur agricole. Je défie quiconque de me montrer un exemple où un véritable entrepreneur agricole a été recruté et a réussi. À mon avis, l'État n'a pas cerné tous les contours avant de décider de recruter des entrepreneurs agricoles.
Si l'État souhaite continuer sur cette voie, il peut le faire, mais les résultats parleront d'eux-mêmes. On constatera dans l'avenir ceux qui ont désisté, ceux qui ont tenu ferme et ceux qui ont réussi. Parmi ceux envoyés à Bagré-Pôle, si l'on vérifie bien, plusieurs ont postulé aux concours de la Fonction publique. Ce qui prouve qu'ils n'avaient pas réellement la vocation d'exercer dans le domaine agropastoral.
Pouvez-vous expliquer concrètement votre modèle de partenariat État–propriétaire-ouvrier ?
Le modèle est simple. L'État forme les ouvriers et les agents compétents dans le domaine agropastoral, et assure que la formation est rigoureuse et bien évaluée.
De notre côté, nous allons essayer de mettre en place une plateforme informatique en ligne, où les entrepreneurs agricoles pourront s'inscrire, mais aussi où les ouvriers compétents pourront se référencer. Si j'ai ma ferme mais que je n'ai pas le temps, et qu'un ouvrier qualifié a le temps et les compétences ; pourquoi ne pas établir un partenariat pour que la ferme ne reste pas à l'arrêt ? Ainsi, je peux injecter de l'argent pour que l'ouvrier travaille sur l'exploitation.
Ce partenariat n'est pas basé sur un simple salaire. Il se fait sur la base des actions. Le travail de l'ouvrier est comptabilisé comme une contribution dans le coût de production. Par exemple, si le coût de production d'une ferme avicole est de 10 millions, et que le travail fourni par l'ouvrier est évalué à 2 millions, cela signifie que l'ouvrier devient actionnaire à hauteur de sa contribution. À la fin de la production, il percevra une part des bénéfices proportionnelle au travail qu'il a accompli, tout en conservant le capital correspondant à son investissement en travail.
L'ouvrier peut également participer au capital financier de la ferme et ainsi augmenter sa part d'actions, en injectant de l'argent dans les investissements. Ce modèle permet aux jeunes issus des écoles de formation agricole d'avoir des fermes où ils peuvent pratiquer, travailler et économiser, afin de pouvoir se lancer eux-mêmes dans le futur.
Je ne peux pas tout dévoiler ici, car je suis en train de finaliser mon livre intitulé “Partenariat gagnant-gagnant dans l'agropastoral”, qui sortira bientôt. Tous les détails s'y trouveront.
Concrètement, quand un ouvrier consacre son temps au propriétaire d'une ferme, c'est pour percevoir un revenu mensuel, n'est-ce pas ?
Je suis désolé, mais l'agropastoral ce n'est pas un supermarché, encore moins un kiosque où l'argent rentre tous les jours. Ceux qui pensent qu'en se lançant dans l'agropastoral, ils pourront recevoir un salaire régulier se trompent. Ce n'est ni la Fonction publique, ni une ONG, ni un projet financé. Les revenus dépendent de la production et des bénéfices générés, et non d'un paiement mensuel automatique.
Dans ce cas, comment l'ouvrier peut-il subvenir à ses besoins alors ?
Lorsqu'on parle de coût de production, l'alimentation et les besoins de l'ouvrier en font partie. L'ouvrier doit pouvoir trouver, dans la ferme où il travaille, le minimum vital. Un logement, un château pour l'eau, ainsi que des denrées alimentaires comme le riz, le haricot, etc. Tout cela est comptabilisé dans le coût de production.
Mais je suis désolé, vous ne trouverez pas quelqu'un qui puisse tenir en payant simplement un salaire par mois à un ouvrierPrenons un exemple concret. Pour récolter des tomates, des choux ou autres produits agricoles, il faut au minimum cinq mois avant de générer des revenus. Pendant ce temps, avec quoi le propriétaire de la ferme pourrait-il payer un salaire mensuel ? Au Burkina Faso, c'est un problème réel, payer un ouvrier par salaire fixe ne permet jamais de rentabiliser. Car l'ouvrier se contente de son salaire et ne se préoccupe pas du reste.
C'est pour cela que je fonctionne sur la base du rendement et des bénéfices. Si l'ouvrier sait que ses gains dépendent directement de ce qui est produit, il s'implique sérieusement. S'il ne produit rien, il ne gagne rien ; s'il produit, il reçoit sa part. La part de l'ouvrier est discutée à l'avance. Il peut demander 30%, 35% ou 40% des bénéfices. Il ne s'agit pas d'un salaire mensuel fixe, mais d'une part proportionnelle au rendement réel. Par exemple, si le coût de production était de 5 millions et que la ferme génère 10 millions, l'ouvrier pourrait recevoir 40% des bénéfices sur sa part d'investissement.
C'est ainsi que je fonctionne aujourd'hui. Je ne suis plus prêt à payer un ouvrier par mois, car le modèle basé sur la performance est plus juste et durable.
Comment seraient répartis les risques, les responsabilités et les bénéfices ?
Dans un investissement, tous ceux qui participent sont responsables. Le propriétaire de la ferme doit approvisionner l'ouvrier en fonction des besoins, tels que définis dans un document signé par les deux parties. Il est donc obligé de fournir tout ce qui est nécessaire pour que l'ouvrier puisse accomplir correctement son travail. Si le propriétaire ne peut pas fournir le nécessaire et que cela impacte la production, c'est de sa responsabilité, et l'ouvrier peut même le poursuivre en justice pour abus de confiance ou perte de temps, car le contrat n'a pas été respecté.
Quant à la responsabilité de l'ouvrier, elle consiste à être honnête et rigoureux, afin de ne pas faire perdre de l'argent au propriétaire. Si tout est mis à sa disposition et que l'ouvrier échoue malgré tout, il doit rembourser les investissements du propriétaire.
Cependant, il existe des aléas naturels et imprévus. Une attaque terroriste peut forcer tout le monde à fuir, une chaleur intense peut affecter la production, ou encore une inondation peut détruire la récolte. Dans ce genre de situations, propriétaire et ouvrier doivent trouver un terrain d'entente, chacun devant mettre de l'eau dans son vin pour gérer ensemble les conséquences.
Quels garde-fous faut-il prévoir pour éviter les conflits ou les détournements ?
Pour éviter les conflits, il faut d'abord comprendre que travailler à plusieurs, même au sein d'une famille, ne se passe pas toujours sans désaccord. Mais il est essentiel de dépasser les petites querelles, car elles peuvent inutilement impacter la production. Si des étrangers arrivent à investir ensemble, en milliers, alors pourquoi ne pourrions-nous pas nous entendre pour faire de même ici au Burkina Faso ?
Lorsqu'on est adulte et qu'on travaille avec d'autres, la communication est la base de la réussite de tout projetLe propriétaire de la ferme doit communiquer, et l'ouvrier également. Il y aura toujours des problèmes, mais grâce à la communication, on peut trouver un terrain d'entente et s'en sortir. Il faut éviter de vouloir être malin ou manipuler l'autre, que ce soit l'ouvrier ou le propriétaire.
Si l'ouvrier constate que quelque chose ne va pas, il doit aller en parler au propriétaire. De même, le propriétaire ne doit pas chercher à exploiter l'ouvrier. On signe un document et il doit être respecté. Tant qu'en Afrique, on ne respecte pas les règles, on ne pourra jamais se développer. L'Africain a souvent horreur des règles, et sans règles, on ne peut pas construire durablement.
On peut croire qu'on a gagné aujourd'hui, par exemple en obtenant un financement de 10 millions de francs CFA, mais demain peut être différent, et le projet peut échouer si les règles ne sont pas respectées. Beaucoup de projets tombent à l'eau pour cette raison. Les acteurs ont voulu jouer à cache-cache, chacun voulant être malin. Mais en respectant les règles, chacun peut gagner. Voilà pourquoi les fermes échouent souvent par manque d'intégrité.
Vous affirmez que le partenariat État–propriétaire–ouvrier peut relancer les fermes en deux ans, sur quels indicateurs vous fondez-vous ?
J'ai dit qu'en trois ans, on peut éradiquer le chômage au Burkina Faso grâce à l'agropastoral, à condition de mettre en place un partenariat entre l'État, les propriétaires de fermes et les ouvriers, qui sont des professionnels du secteur. D'autres acteurs peuvent également intervenir, même s'ils ne sont pas directement liés à l'agriculture. Par exemple, les orpailleurs ou les mécaniciens peuvent investir dans des fermes à l'arrêt.
Je pense notamment à la transformation agropastorale, ce qui créerait des milliers d'emplois supplémentaires, y compris pour faire fonctionner les usines et les unités de transformationAvec ce modèle, en trois ans, on peut vraiment relancer les fermes et générer de l'emploi, à moins que certaines personnes refusent de travailler. Même un “garibou” (mendiant) peut être formé en six mois pour devenir un excellent ouvrier agricole. De la même façon, un étudiant en histoire ou en lettres modernes peut, en six mois de formation, acquérir les compétences nécessaires pour travailler efficacement dans le secteur.
Ne faut-il pas d'abord que celui qu'on voudrait former ait de la passion pour ce domaine, comme vous l'aviez vous-même souligné ?
Quand on parle de passion, il faut aussi avoir le courage de dire aux étudiants, aux élèves, aux artistes, qu'à un moment donné, il faut savoir mettre les diplômes de côté et penser d'abord à survivre. Rien ne t'empêche d'aller suivre une formation de six mois pour travailler dans une ferme comme ouvrier agricole, le temps d'avoir une opportunité qui te permettra plus tard d'exercer ton métier de comptable, de journaliste ou autre.
Je vais vous donner un exemple très concret. 65% de ceux qui partent aux États-Unis sont des chauffeurs de taxi. Ce ne sont pas des chiffres lancés au hasard, ce sont mes propres données. J'ai été à l'ambassade des États-Unis et je précise que la majorité de mes clients viennent de la diaspora. J'ai construit pour eux des maisons, des fermes, des forages. Vous pouvez poser la question aux Burkinabè qui vivent là-bas. Moi-même, je connais le président de l'association des Burkinabè aux États-Unis, avec qui j'échange régulièrement, et je suis aussi membre d'un groupe Whatsapp des Burkinabè vivant aux USA.
Je vous le dis clairement, 65% sont des taximen, sauf ceux qui ne veulent pas dire la vérité. Beaucoup sont partis avec des masters en comptabilité, des diplômes d'ingénieur agronome, mais là-bas, ils conduisent des taxis. Et je pose la question, pourquoi ils ne parlent pas de passion là-bas ?
Dans la vie, il faut d'abord chercher les moyens de subsistance. Après seulement, tu peux aller ouvrir ton cabinet d'audit, faire du journalisme, ou exercer pleinement ta passion.
Quels types de productions se prêtent le mieux à ce modèle dans le contexte burkinabè ?
Dans le contexte burkinabè, certaines productions se prêtent mieux que d'autres à ce modèle. En matière de céréales, je recommande d'abord le sorgho, qui est largement consommé par la population. Il demande peu de moyens, offre un bon rendement et est beaucoup plus résilient que le maïs. Le maïs est une culture capricieuse : il n'aime ni la sécheresse ni l'excès d'eau, et nécessite beaucoup d'intrants. À l'inverse, le sorgho résiste mieux à la sécheresse, tolère l'eau lorsqu'elle n'est pas excessive et nécessite moins d'engrais. Je recommande également le petit mil.
En ce qui concerne les féculents, je conseille la patate douce, notamment la patate douce à chair orange, qui peut être bien valorisée dans notre contexte, en alternative à la pomme de terre, plus exigeante.
Pour la production animale, je privilégie les bovins, c'est-à-dire les bœufs, les moutons et les chèvres, en particulier les chèvres qui ont une forte capacité de reproduction. Je ne suis pas favorable aux poulets de chair, car ce modèle fragilise notre économie. Je plaide plutôt pour la promotion d'une économie endogène.
Aujourd'hui, une grande partie des œufs et des poulets de chair consommés sur le marché sont importés.
J'invite donc les populations à revenir aux produits locaux, et j'interpelle l'État afin qu'il fasse davantage d'efforts pour subventionner et rendre ces produits accessibles, dans l'intérêt de la santé des populations. Nous devons aussi faire attention à ce que nous importons, car tout ce qui vient de l'extérieur n'est pas forcément adapté à notre réalité.
Quel conseil essentiel donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer aujourd'hui dans l'agro-pastoral ?
Le conseil essentiel que je peux donner à un jeune qui veut se lancer aujourd'hui dans l'agro-pastoral, c'est de se faire former d'abord, d'être patient et travailleur. On ne réussit pas dans ce domaine sans apprentissage ni sans endurance. J'invite aussi les jeunes à ne pas aimer la vie de luxe. Un entrepreneur agricole ne doit pas aimer le luxe. Il doit être prêt à dormir dans sa ferme, à vivre avec son activité et à la suivre au quotidien.
C'est la patience qui envoie loin. Celui qui accepte de commencer humblement, de travailler dur et d'attendre les résultats, finira par réussir.
Quel message adressez-vous directement aux autorités en charge de l'emploi et de l'agriculture ?
Le message que j'adresse directement aux autorités en charge de l'emploi et de l'agriculture, notamment au ministère de la Fonction publique, est d'injecter massivement des ressources dans la formation professionnelle des jeunes, en particulier dans les filières agro-pastorales.
Il faut orienter les jeunes, les propriétaires de fermes et les investisseurs vers des domaines qui produisent réellement de la richesse, et non vers des secteurs sans débouchés économiques concrets. Aujourd'hui, force est de constater que beaucoup de jeunes suivent des formations qui ne mènent nulle part. Il faut avoir le courage de le dire et surtout, le courage de corriger cela.
Quelle formation vous semble inutile ?
Au Burkina Faso, il est aujourd'hui très difficile de trouver un emploi après certaines formations, sauf à se reconvertir vers l'enseignement, notamment à travers la vacation. Prenons un exemple concret. Une licence en histoire. Que peut réellement faire un jeune titulaire de cette formation dans notre contexte, en dehors de devenir enseignant ? Très peu de choses.
J'ai moi-même recruté de nombreux étudiants en histoire pour travailler dans la transformation agricole au sein de ma ferme. Dans certaines promotions, ils sont 750, parfois 1 000 étudiants. Tous sortent avec une licence, mais où vont-ils après ?Cette situation est selon moi, une perte de temps et d'énergie, aussi bien pour les jeunes que pour l'État.
C'est pourquoi j'exhorte le gouvernement à former davantage de jeunes en fonction des besoins réels du pays. On ne se forme pas pour accumuler des diplômes ou pour dire qu'on a une licence ou un master. On se forme pour répondre à un besoin précis et produire de la valeur ajoutée.
Si vous aviez une seule réforme prioritaire à imposer au secteur agro-pastoral, laquelle serait-elle ?
Je reconnais que le ministre en charge de l'agriculture fait déjà des efforts importants. Il y a des aménagements de barrages, des réalisations de bas-fonds, et cela mérite d'être salué. On sent clairement qu'il mise sur l'agriculture familiale, ce qui est une bonne chose. Mais en tant qu'entrepreneur agro-pastoral, je pense que les intrants doivent être subventionnés pour tous, sans distinction. Aujourd'hui, beaucoup d'investisseurs sérieux sont freinés par le coût élevé des semences, des engrais et des autres facteurs de production.
S'il y a une seule réforme prioritaire que j'imposerais, ce serait celle d'investir massivement dans des ressources humaines de qualité. Former des hommes et des femmes compétents, intègres et réellement passionnés par le secteur. Car sans ressources humaines solides, aucun investissement ne peut être durable. C'est à ce prix seulement que nous pourrons sécuriser les capitaux engagés et faire du secteur agro-pastoral un véritable levier de développement.
Interview réalisée par Hamed Nanéma
Lefaso.net
Le service départemental de l'Environnement de Dori a interpellé, le samedi 17 janvier 2026, un individu présumé auteur de l'empoisonnement d'une trentaine de vautours charognards, destinés à l'exportation à des fins mystico-commerciales, rapporte l'Agence d'information du Burkina.
Interrogé, le directeur régional de l'Environnement du Sahel, le colonel des Eaux et Forêts Dramane Fogo a indiqué que c'est suite à des informations fournies par des riverains que ses services ont été alertés d'un massacre à grande échelle de vautours charognards, dans la zone de l'abattoir de Dori. Sensibilisées à la protection de la faune, les populations ont rapidement signalé la présence d'oiseaux morts dans des conditions suspectes.
Alertés, les agents des eaux et forêts se sont rendus sur les lieux pour constater les faits et mener les investigations. Ils ont dénombré 22 vautours charognards retrouvés sans vie, vraisemblablement empoisonnés. Les premières constatations ont permis d'établir que ces rapaces avaient été intentionnellement tués en vue d'un trafic illicite.
Le présumé auteur, de nationalité étrangère selon les premiers éléments de l'enquête, a été appréhendé et placé en garde à vue. De sources forestières, il sera présenté devant un juge compétent afin de répondre de ses actes, conformément aux dispositions légales en vigueur. Aux dires du mis en cause lors de ses premiers aveux, les vautours charognards étaient destinés à l'exportation. Ils devaient être vendus pour des usages mystiques et commerciaux, une pratique illégale qui contribue fortement à la disparition de ces espèces protégées.
Le directeur régional de l'Environnement a rappelé que les vautours charognards sont intégralement protégés par la loi, en vertu des conventions internationales sur la biodiversité ratifiées par le Burkina Faso. Espèces en voie de disparition, leur destruction est sévèrement réprimée par les textes en vigueur. Ce type de trafic constitue donc une menace sérieuse pour la biodiversité, d'autant plus que les vautours charognards figurent parmi les espèces les plus touchées par les activités humaines illicites dans la sous-région. Il a insisté sur le rôle crucial que jouent les vautours charognards dans l'équilibre de l'écosystème. Se nourrissant de carcasses et de matières en décomposition, Il a indiqué que ces rapaces contribuent à l'assainissement de l'environnement et à la prévention des maladies, agissant comme de véritables « éboueurs naturels ».
Source : Agence d'Information du Burkina
La Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes (BMCRF) a mené, ce lundi 19 janvier 2026, une opération coup de poing face au manque criard de gaz butane pour les ménages. Celle-ci a permis de découvrir des stocks de bouteilles dissimulés dans des dépôts de gaz butane, apprend-on sur la page Facebook de la BMCRF.
L'objectif de cette descente est de mettre un terme à la spéculation et aux pratiques frauduleuses autour de la distribution du gaz butane, un produit de première nécessité subventionné par l'État. L'opération a été dirigée par Pamoussa Tassembedo, Chef du Département du Contrôle de la Concurrence et des Prix, accompagné de ses contrôleurs. Ils ont découvert des centaines de bouteilles soigneusement cachées. Pris en flagrant délit, certains distributeurs ont tenté de se justifier en évoquant une supposée « consignation » des bouteilles par des consommateurs. Une explication balayée par le chef, qui dénonce une manœuvre inacceptable.
Pendant que des citoyens font la queue pour une bouteille introuvable, des bonbonnes sont volontairement mises à l'écart pour alimenter un marché parallèle aux prix exorbitants. Une spéculation honteuse qui met en péril le quotidien des ménages. Toutes les bouteilles dissimulées ont été immédiatement saisies. Mais avant leur confiscation, Pamoussa Tassembedo a tenu à ravitailler les consommateurs présents . Un geste salué par la population, soulagée de pouvoir enfin accéder à ce bien vital.
La BMCRF rappelle que le gaz butane est subventionné par l'État.
Les prix officiels sont :
– 2 000 FCFA pour la bouteille de 6 kg
– 5 500 FCFA pour la bouteille de 12,5 kg
Toute vente au-delà de ces tarifs est illégale et passible de sanctions.
Les marketeurs sont formels : il n'y a pas de pénurie de gaz. Le véritable problème réside dans la cupidité de certains acteurs qui détournent les circuits de distribution à leur profit.
Le Coordonnateur général de la BMCRF appelle la population à la vigilance et à signaler toute pratique suspecte ou frauduleuse aux numéros verts suivants :
80 00 11 84
80 00 11 85
80 00 11 86
Lefaso.net
Source : SCRP/BMCRF
La salle du Ciné Neerwaya du Burkina, avec une capacité de près de 1 000 places, a refusé du monde, dans la soirée du dimanche 18 janvier 2026, qui coïncidait avec la finale de la 35ᵉ édition de la Coupe d'Afrique des nations. C'était la toute première projection, grand public, du film documentaire sur les cent ans du Petit séminaire de Pabré (PSP).
Parents, enfants, anciens séminaristes et nouveaux, fidèles et personnes consacrées… Personne ne voulait se faire raconter ce film documentaire sur les cent ans du Petit séminaire de Pabré (PSP). Ils se sont tous mobilisés, et dans une salle pleine à craquer où certains étaient assis à même le sol, venus pour découvrir l'histoire du PSP.
C'est en effet un film documentaire d'une heure, selon le réalisateur Noël Koama, qui retrace les grands moments de la vie du PSP depuis sa création en 1925 à travers des témoignages d'anciens pensionnaires qui ont marqué la vie de la nation burkinabè. L'un des témoignages qui a d'ailleurs beaucoup fait réagir la salle, c'est celui du cardinal Philippe Ouédraogo, l'ancien archevêque métropolitain de Ouagadougou. Il est un des anciens pensionnaires du PSP, de la promotion 1959. Dans son témoignage, il raconte comment il est arrivé au PSP avec un « Douc », une façon atypique d'attacher ses habits dans un pagne comme une valise pour voyager, une technique ancestrale utilisée dans le passé en pays moaga. C'est d'ailleurs au PSP qu'il a eu sa première valise de vie qui lui avait été remise par un autre pensionnaire qui en avait deux en sa possession.
La chorale du PSP en prestation au Ciné NeerwayaUne révélation qui a donc fait éclater la salle de rire à l'exemple d'Éric Ziwaga, fidèle de la paroisse Christ Roi de Pissy, qui est lui aussi venu découvrir l'histoire du PSP. Selon lui, c'est bon de venir connaître la maison qui a formé ces personnalités qui ont marqué la vie de notre nation et surtout le parcours de chacun comme celui du cardinal Ouédraogo. « Cent ans dans la vie d'un homme, ce n'est pas petit et beaucoup de nos prêtres sont issus de cette maison et à travers le documentaire, on a vu les visages des vieux prêtres, tous ceux qui étaient là aux débuts, monseigneur Thévenoud. En tant que fidèle, nous sommes là pour les encourager », a-t-il dit.
Un autre témoignage marquant dans ce film documentaire, c'est celui de Prosper Kompaoré, professeur d'art dramatique à l'université Joseph Ki-Zerbo, ancienne université de Ouagadougou, qui est également le directeur des Ateliers théâtre burkinabè (ATB). Il fait aussi partie des personnalités passées par le PSP. Selon lui, quand on sort du PSP, même lorsqu'on n'est pas prêtre, on reste marqué à jamais. « Parce qu'il arrive que souvent, plusieurs années plus tard, quelqu'un vous dise : "Toi, tu as le comportement d'un ancien séminariste", et c'est de façon positive », a-t-il témoigné dans le film.
Une image d'archive dans le documentaire montrant un travail de groupe des séminaristesEn effet, la projection de ce film documentaire sur les cent ans du PSP a été un pari réussi selon le président du comité de pilotage, Joseph Tapsoba. « J'ai été très agréablement surpris qu'on fasse salle comble. Cela montre l'intérêt que les fidèles portent au PSP et le message est énorme, parce que le documentaire nous rappelle des moments d'émotion et on a les larmes aux yeux. On ressent ce que nous avons vécu et moi personnellement qui y ai passé cinq ans. Je dis que ce documentaire d'une heure ne peut pas retracer toute l'histoire du séminaire, mais au moins quelques parties qui rappellent aux uns et aux autres ce que nous avons vécu d'aussi intense, d'aussi beau, d'aussi grand au PSP », dit-il. Avant de poursuivre : « Croyez-moi, tous les anciens savent de quoi je parle. En 76, 77, j'ai dirigé la chorale du Petit séminaire de Pabré, donc c'est toujours avec autant d'émotions, autant de souvenirs qu'il nous rappelle ce que nous avons vécu. J'aime dire aux gens que les plus beaux moments de la vie d'un homme, ce sont les moments de l'enfance, ce sont des moments inoubliables et surtout à l'internat où vous n'êtes pas seuls. Au PSP, on était entre 200 et 230 et quand vous avez vécu dans ce milieu-là pendant cinq ans, ça laisse forcement des traces et des traces inoubliables ».
Pour sa part, le père supérieur du PSP, l'abbé Vincent Ilboudo, ajoute que l'objectif, c'était d'ouvrir les portes du PSP aux fidèles et aux personnes de bonne volonté à travers ce film documentaire et les chants. « Et vu la salle, nous sommes satisfaits, parce que les gens ont répondu favorablement à l'appel et cela montre leur intérêt et soutien au PSP », a-t-il reconnu.
Eric Ziwaga, cinéphile venu soutenir la projectionCette projection a été aussi marquée par un concert de la chorale du PSP qui a fait danser toute la salle, adultes comme enfants. Ces deux activités marquent ainsi l'avant-dernière activité de clôture du jubilé d'eau du PSP qui s'est tenue sur une période d'une année (janvier 2025-janvier 2026). Rendez-vous est pris pour l'apothéose, le samedi 24 janvier 2026 dans les locaux du PSP à Pabré.
Yvette Zongo
Lefaso.net