Vous êtes ici

Agrégateur de flux

Manifestations en Iran: la Turquie minimise la contestation et surveille sa frontière

RFI (Europe) - lun, 12/01/2026 - 23:52
Alors que les manifestations contre le régime se poursuivent en Iran, les voisins de la République islamique suivent de près l’évolution de la situation. C’est tout particulièrement le cas de la Turquie, qui partage plus de 500 kilomètres de frontière avec l’Iran. À Ankara ces derniers jours, les responsables politiques ont eu tendance à minimiser l’ampleur de la contestation dans le pays et à dénoncer des ingérences étrangères. 
Catégories: Union européenne

Burkina Faso : Un léger remaniement ministériel opéré dans le gouvernement

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:32

Le ministre secrétaire général du gouvernement, reçu au journal de 20h a annoncé, ce lundi 12 janvier 2026, un remaniement ministériel. Le ministère des Sports, de la Jeunesse et de l'Emploi est désormais sous la conduite de Annick Lydie Djouma Pikbougm Zingue Ouattara. Elle remplace Roland Somda.

Le ministère de l'Enseignement secondaire et de la Formation technique passe sous la houlette de Moumouni Zoungrana qui remplace Boubacar Savadogo. Le ministère de la Défense et des Anciens combattants prend désormais la dénomination de ministère de la "Guerre et de la défense patriotique".

Sur la liste publiée, on note l'absence du ministère des "Infrastructures et du Désenclavement" et celui de l'Habitat et de l'Urbanisme. A la place, un nouveau ministère de la "Construction de la patrie".

Le ministère en charge du Travail et de la Protection sociale devient le "ministère des Serviteurs du peuple".

Le ministère de la "Justice et des Droits humains" devient ministère de la "Justice". Le ministère de "l'Action humanitaire et de la Solidarité nationale" devient ministère de la "Famille et de la Solidarité" avec à sa tête… le lieutenant-colonel Passowendé Pélagie Kaboré.

Le ministère des "Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l'extérieur "devient le ministère des "Affaires étrangères".

Le département de l'Agriculture, des Ressources animales et halieutiques fusionne avec le ministère de l'Environnement, de l'Eau et de l'Assainissement, pour former le ministère de l'Agriculture, de l'Eau, des Ressources animales et halieutiques.

On enregistre donc les départs de Luc Adama Sorgho (Infrastructures) et de Roger Baro (Environnement). Mikaïlou Sidibé (Habitat) et le commandant Ismaël Sombié (Agriculture) voient eux leurs charges s'étoffer.

Lefaso.net

Catégories: Afrique

Logement : « On peut construire grand, beau et moderne avec la terre », foi de Mathias Yaméogo, ingénieur et expert en construction bioclimatique

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:30

Spécialiste de la construction avec des matériaux biologiques, Mathias Yaméogo nous propose dans cette interview des solutions innovantes qui allient performances techniques et durabilité face à l'urgence climatique. L'ingénieur et expert en éco-bâtiments défend une autre manière de construire. C'est-à-dire, construire des bâtiments moins polluants et renouvelables. Il s'agit d'une approche innovante qui pourrait redéfinir les fondations de la construction de demain. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Présentez-vous à nos lecteurs.

MY : Je suis Mathias Yaméogo, promoteur d'une entreprise Sarl qui intervient dans l'éco-bâtiment. Nous offrons des solutions à base de matériaux locaux allant dans le sens de préserver l'environnement, mais aussi de traduire l'identité culturelle du Burkina Faso.

Vous parlez de l'architecture bioclimatique. De quoi s'agit-il ?

Nous portons depuis 2022 un projet de valorisation de l'architecture bioclimatique. Quand on dit bioclimatique, c'est tout simplement tout type de construction qui va dans le sens de la préservation de l'environnement. Ou tout simplement tout bâtiment permettant de réduire la consommation de l'énergie électrique, mais aussi de faire ce qu'on appelle l'immersion thermique. C'est-à-dire qu'avec les matériaux utilisés, c'est fait de telle sorte que quand il fait trop chaud, cela régule la température à l'intérieur du bâtiment. Il y a également d'autres principes que nous utilisons qui ne sont pas très connus sur le marché, notamment le sable de verre ou les briques en sachets plastiques recyclés.

Pouvez-vous revenir en détail sur les différents matériaux que vous utilisez dans ces types de construction ?

Premièrement, il y a la brique en latérite que tout le monde connaît. La latérite taillée et la latérite compactée. Et il y a une différence entre ces deux briques. La latérite compactée, c'est quand on extrait la terre et qu'on utilise une machine pour compacter cette terre pour la transformer en brique. Il y a la latérite qui est taillée au niveau de la carrière.

Quel type de bâtiment peut-on construire avec ces matériaux en terre ?

Je peux dire tout type de bâtiment. Même des R+. C'est-à-dire des duplex, de petites maisons, des infrastructures et autres. Bien sûr qu'il faut préciser que cela ne sera pas sans le ciment. Parce qu'il y a du ciment dans le mélange, mais en petite quantité. Sinon, on ne peut pas s'en passer.

Ces maisons ou bâtiments construits avec ces matériaux biologiques sont-ils résistants ?

Je dirai que c'est durable et c'est écologique. En plus, cela traduit notre identité culturelle. Parce qu'on fait des plans qui reflètent l'identité culturelle du Burkina. C'est vraiment sur cet aspect même que je voudrais attirer l'attention des entrepreneurs du même domaine ou des architectes surtout, sur la nécessité de réorienter les modèles de bâtiment : quand on se promène dans la ville de Ouagadougou, on voit qu'il y a des bâtiments qui ne reflètent pas notre identité. On a l'impression que ce sont des bâtiments européens implantés chez nous. Pourquoi on ne penserait pas à nous inspirer de nos modèles de bâtiments traditionnels pour moderniser ? Ce n'est pas parce que c'est traditionnel que ce n'est pas moderne. Ce n'est pas parce que c'est la terre que ce n'est pas moderne. On peut construire grand, beau et moderne avec la terre. C'est possible, il suffit seulement de définir le plan et le type de matériau et de prendre le soin de le réaliser de façon professionnelle comme il faut avec des professionnels avec la technicité moderne qui va avec et de faire la finition comme il faut.

En termes de coût, c'est plus ou moins cher que le ciment ?

En matière de coût, c'est vraiment relatif et puis cela dépend de plusieurs aspects. Quand on veut réaliser un bâtiment de type F+2 comparativement à un bâtiment de type R+1 ou un duplex, les coûts ne seront pas les mêmes et cela dépend aussi des plans qu'il faut exécuter et des matériaux utilisés. Est-ce qu'il s'agit des briques en sachets plastiques recyclés ou par exemple en sable de verre ? Les prix sont fixés en fonction de tous ces aspects pris en compte.

Justement, est-ce qu'on peut en savoir plus sur les briques en sachets plastiques recyclés et en sable de verre ?

Il faut dire que ces types de briques sont un peu rares. Pour les avoir, c'est souvent sur commande à l'endroit de ceux qui font de la récupération ou du recyclage en sachets plastiques. S'agissant du sable de verre, nous collectons tout ce qui est objet en vitre, en verre ou en bouteille et nous les transformons en agréments pour la construction. Cela peut se faire en plusieurs types de matériaux utilisés non seulement pour la réalisation, la construction, mais aussi pour la finition.

Mais est-ce que vos modèles de maisons sont accessibles à tous ?

Oui, je dirai même que c'est ce qu'il faut promouvoir pour le citoyen lambda. Parce que cela permet le développement inclusif et de rehausser l'identité culturelle du pays. Quand on prend l'exemple des zones rurales du pays, avec le modernisme, les gens pensent que construire avec du ciment en zone rurale c'est l'idéal. Mais quand vous remontez l'histoire du pays ou des autres pays, vous allez voir que les gens construisaient avec de la terre et ils construisaient solide et durable. Quand vous arrivez dans certains pays et que vous voyez les modèles de bâtiments, vous n'avez pas besoin qu'on vous dise que c'est quel pays. À titre d'exemple, on a le palais du Mogho Naaba, le musée de la musique, et autres qui ont été construits avec de la terre depuis des années qui sont toujours là. Donc, je pense qu'un citoyen gagnerait à construire moins cher avec de la terre et c'est possible.

Votre mot de fin ?

Mon mot de fin, c'est vraiment un appel à l'endroit de l'État à faire ce qu'on appelle de la valorisation. C'est-à-dire valoriser vraiment le domaine de l'architecture au niveau du Burkina, notamment l'architecture bioclimatique, l'éco-bâtiment. Il faut vraiment que nous mettions en place un programme de valorisation de ces éco-bâtiments, parce qu'en réalité souvent, c'est parce que ce n'est pas divulgué ou promu que les gens ne s'y intéressent pas. Donc je pense que si on arrivait à faire cette valorisation, cela sensibiliserait la population à comprendre l'importance de ces types de bâtiments. On gagnerait à promouvoir notre identité culturelle et à préserver l'environnement.

Interview réalisée par Yvette Zongo
Photo et vidéo : Auguste Paré

Catégories: Afrique

Immersion patriotique au Burkina : La première cohorte de chercheurs et attachés baptisée "Les guerriers du savoir"

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:28

Le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a présidé ce lundi 12 janvier 2025, la cérémonie de sortie officielle de la première cohorte de nouveaux enseignants chercheurs et attachés en immersion patriotique, au Service national pour le développement (SND). Ils sont au total 199 a avoir effectué ce service un mois durant avec brio. Des valeurs acquises, on note le sens du patriotisme, du civisme, de la solidarité, la culture permanente de la discipline et de l'intégrité. C'est ce que Pr Adjima Thiombiano a invité ces appelés à l'immersion patriotique à incarner tout au long de leur vie. La promotion a été baptisée "Mi Bâanma Djakoanda (les guerriers du savoir)."

Sceptiques au départ, c'est haut les mains que ces cadres de l'administration ont pris part à la première immersion patriotique au profit des chercheurs et attachés de recherche. La cohorte, composée de 169 assistants, 17 assistants hospitalo-universitaire, 13 attachés de recherche, soit 199 au total, a reçu ses attestations ce lundi 12 janvier 2025, au cours d'une cérémonie dédiée à cet effet, présidée par le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, avec à ses côtés, le ministère de l'enseignement de base, de l'alphabétisation et de la promotion des langues nationales, mais aussi, celui de la santé.

Quelques membres du gouvernement présents à cette cérémonie

Deux volets essentiels ont constitué le corpus de cette immersion qui aura duré un mois. "D'une part, la formation civique et patriotique. D'autre part, les connaissances militaires. La pédagogie universitaire en lien avec leurs missions académique et scientifique a complété ce programme. Ni la densité, ni la diversité du contenu de la formation n'ont entamé la volonté, l'engagement et la détermination de ces hauts cadres, toute chose qui a permis de renforcer la culture de discipline, de respect de l'autorité, l'intégrité et la capacité d'action collective dans un contexte de défis sécuritaire" a laissé entendre le colonel Moctar Haidara Traoré, directeur général du SND.

Colonel Moctar Traoré à l'extrême gauche de la photo

Des propos confirmés par le délégué général de la promotion, Dr Francis Ouédraogo, qui estime que ces formations renforcent leur engagement à œuvrer pour un Burkina meilleur. "La rigueur de l'épreuve physique a forgé notre résilience. Nous avons découvert la force qui se cache dans l'effort collectif, la valeur de la ponctualité, et la discipline pour accomplir de grandes choses. Sur les plans intellectuel et professionnel, le centre de formation et de production de Loumbila (dirigé par le capitaine Daouda Dao) ne se limite pas à former des citoyens. Il façonne des bâtisseurs de l'action, désormais outillés de notions militaires et initiés au maniement des armes" a-t-il confié quant aux acquis de cette immersion, qui les disposent à faire face aux défis qui les attendent.

"Nous ... faisons la promesse solennelle, de ne jamais trahir la confiance et l'espoir placés en nous", Dr Francis Ouédraogo

Des mots qui ravissent le cœur du ministre en charge de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, président la cérémonie, qui rappelle par la même occasion, l'importance d'une telle initiative. "La simple formation habituelle axée sur la pédagogie universitaire était devenue insuffisante au regard de la vision actuelle de la Révolution progressiste populaire (RPP). Nous avons besoin d'hommes et de femmes compétents certes, mais avec une bonne dose de patriotisme, aguerris des défis actuels de notre société mais surtout incarnant l'ordre et la discipline dans tous les milieux" s'est-il exprimé, avant de saluer le SND pour l'accompagnement tout au long de cette aventure qui a débuté le 14 décembre 2025.

"Le Burkina attend de vous une transformation profonde des mentalités... partout où vous passez", Pr Adjima Thiombiano

Erwan Compaoré
Lefaso.net

Catégories: Afrique

Assasinat de Viviane Yolande Compaoré : Le procureur du Tribunal de grande instance Ouaga II lance un appel à témoins

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:25

Dans un communiqué en date du 12 janvier 2026, le procureur du Tribunal de grande instance Ouaga II lance un appel à témoins, à l'endroit de toute personne disposant d'informations ou de renseignements utiles permettant de retrouver les auteurs du meurtre de Viviane Compaoré, le 10 janvier 2026 au quartier Karpala de Ouagadougou.

Dans le communiqué, le procureur a rappelé les faits. Il a indiqué que le 10 janvier 2026 à 13h 40 minutes, le Commissariat de Police de l'Arrondissement 12 de la Ville de Ouagadougou a été informé qu'un corps sans vie a été découvert dans une maison d'habitation au secteur 51 de ladite ville au quartier Karpala. Une équipe composée du Parquet près du Tribunal de grande instance Ouaga II, de la Police judiciaire, de la Police scientifique et technique et d'un médecin légiste s'est transportée sur les lieux aux fins de constatations. Les premiers éléments recueillis sur la scène de crime révèlent que la victime du nom de Compaoré/Ouédraogo Viviane Yolande a été agressée et assassinée à son domicile.

Une enquête a donc été immédiatement ouverte afin de retrouver les auteurs et éventuels complices de ce crime. L'enquête suit son cours avec une grande mobilisation et une détermination particulière des enquêteurs. D'ores et déjà, des réquisitions ont été adressées au service de médecine légale et à d'autres personnes qualifiées afin d'apporter une expertise technique aux investigations en cours.

L'appel à témoins s'inscrit dans le même ordre d'idées. Toute personne disposant d'informations ou de renseignements utiles aux investigations est invitée à prendre attache avec le service du procureur, celui du Commissariat de Police de l'Arrondissement 12 de la ville de Ouagadougou ou tout autre service de police judiciaire pour apporter son concours à la découverte des auteurs, coauteurs et complices de ce crime odieux.

Lefaso.net

Catégories: Afrique

Open Data : « Les données ouvertes ne sont pas une menace, mais une opportunité », Nnenna Nwakanma, figure militante du numérique en Afrique

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:25

Actuellement membre du Conseil consultatif pour la communauté d'Afrique francophone des données ouvertes (CAFDO), Nnenna Nwakanma milite pour une meilleure intégration des données ouvertes dans les politiques de gouvernance. Pour elle, l'ouverture des données n'est ni un slogan, ni une menace, mais un levier de confiance, d'investissement et de développement. Nnenna Nwakanma a cofondé le Réseau africain des acteurs de la société de l'information et la société civile africaine pour la société de l'information dont elle est membre. Elle est également vice-présidente du Fonds de solidarité numérique. De passage à Ouagadougou, elle a accordé un entretien à Lefaso.net, dans lequel elle plaide pour une Afrique unie, compétente et capable de se construire par l'éducation, l'infrastructure et la bonne gouvernance.

Lefaso.net : Pourquoi les données ouvertes sont-elles aujourd'hui un levier stratégique pour améliorer la gouvernance et la transparence en Afrique ? ‎

N‎nenna Nwakanma : Les données ouvertes nous aident dans la traçabilité des faits et des actions. Les données ouvertes nous aident dans la responsabilité. Les données ouvertes nous aident dans la redevabilité. Les données ouvertes nous aident à répondre aux questions : qui, quoi, où, comment, avec combien et surtout pour qui. Donc voici un peu les choses qui rendent la transparence très attractive.‎

‎Et selon vous, quels sont les secteurs qui devraient être prioritaires quand on parle d'ouverture de données ?

‎La vie humaine ! En d'autres termes, la santé d'abord. Je peux dire aussi l'éducation, l'agriculture, l'économie et les finances et, pourquoi pas, la dette publique. Donc ces cinq-là, je pense qu'ils sont prioritaires pour moi. C'est vrai, chacun peut intervenir selon ses perspectives, mais je pense que la santé, l'éducation, l'agriculture, l'économie et la dette publique sont les socles de la souveraineté d'une nation, d'un continent, d'un peuple.

‎Selon vous, comment peut-on convaincre les États que l'ouverture des données ne constitue pas une menace, mais plutôt une opportunité de développement ?

‎L'enjeu de l'ouverture des données, c'est avant tout un enjeu de construction nationale. Le gouvernant, au sens large, est un décideur. Et nous le sommes tous à un certain niveau : sur le plan gouvernemental mais aussi communautaire, voire familial. Or, lorsqu'on est ouvert et transparent dans la gestion des affaires publiques, le premier capital que l'on gagne, c'est la confiance. La confiance de celles et ceux que l'on gouverne. Les citoyens se disent alors : « Ce qu'il dit correspond aux données, donc il est honnête. » Et cette confiance, une fois installée, s'inscrit dans la durée. Mais la confiance citoyenne ne s'arrête pas là.

Elle se traduit très concrètement en investissements, en dollars ou en euros. Pourquoi investissons-nous, y compris en Afrique, dans des pays où tout est clair et bien organisé ? Aujourd'hui, des pays comme l'Estonie attirent des entrepreneurs africains qui vont y créer leurs entreprises. Pourquoi ? Parce que l'information nécessaire pour entreprendre, obtenir un agrément ou lancer une activité y est accessible, fiable et transparente. En tant qu'investisseur, on va naturellement là où les règles sont claires. La transparence attire. Un pays transparent dans sa gouvernance attire l'investissement, tout simplement parce que l'investissement aime la transparence. À cela s'ajoute l'efficacité administrative.

Combien de citoyens perdent un temps précieux à courir derrière des services administratifs, à qui l'on répond : « Revenez plus tard, ce n'est pas clair, ce n'est pas disponible » ? Or, ce sont précisément des informations qui pourraient être ouvertes, libérées, pour permettre aux citoyens d'être servis rapidement et de se consacrer à des activités productives. L'ouverture des données permet ainsi de réduire les pertes de temps, d'améliorer la productivité et de rendre l'administration plus efficace. En définitive, pourquoi un gouvernant ou un administrateur devrait-il s'inscrire dans la dynamique des données ouvertes ? Pour trois raisons essentielles : bâtir la confiance, attirer l'investissement et améliorer l'efficacité de l'action publique. À mon sens, il n'y a plus d'hésitation à avoir : il faut y aller.

‎‎Les données africaines sont souvent hébergées et exploitées hors du continent. Pensez-vous que l'Afrique dispose aujourd'hui des capacités techniques, juridiques et humaines pour reprendre le contrôle de ses données ?

‎Lorsque l'on parle de l'Afrique en matière d'autonomie, il faut d'abord reconnaître une réalité : il n'existe pas une seule Afrique. Malheureusement ou heureusement, l'Afrique est plurielle. Je suis africaine, je me considère africaine, et je connais plusieurs pays du continent : le Burkina Faso, le Nigeria, le Ghana, le Togo, la Tunisie, l'Éthiopie. J'ai aussi vécu au Cameroun. Chaque pays a ses réalités, ses dynamiques et ses défis propres. ‎ L'autonomie d'un pays repose avant tout sur son peuple, sur la matière grise, le niveau d'éducation, la capacité des citoyens à se prendre en charge.

Elle repose également sur des éléments très concrets : l'électricité, les infrastructures, l'autonomie alimentaire, les compétences disponibles et la qualité de la gouvernance. Les données, à elles seules, ne sont pas les seules ressources hébergées ailleurs. Beaucoup d'autres choses le sont aussi. Nous envoyons nos enfants étudier à l'étranger. Nous prenons des billets d'avion sur des compagnies qui ne sont pas africaines. Une grande partie de la valeur produite quitte le continent. Tout ne se résume donc pas aux données. ‎

Ce que je dis est simple : il ne suffit pas de vouloir être autonome pour l'être réellement. Il ne suffit pas de vouloir être souverain pour devenir souverain. Il faut en avoir les moyens. Et ces moyens passent d'abord par des infrastructures solides, un peuple éduqué et scolarisé, une autonomie alimentaire réelle, des compétences locales capables de gérer les systèmes, et une gouvernance efficace. Si nous rapatrions nos données alors qu'il n'y a pas d'électricité, que faisons-nous ? Si nous rapatrions nos données sans disposer du matériel nécessaire pour les stocker, où allons-nous ? La question n'est donc pas seulement celle de la volonté, mais celle de la capacité. Il ne s'agit pas seulement de vouloir ; il s'agit de pouvoir.

Nnenna Nwakanma est une activiste classée parmi les 100 femmes les plus influentes d'Afrique selon Avance Media. Elle n'est plus à présenter dans le domaine des TIC en Afrique.

‎Quel est l'apport spécifique de la Communauté d'Afrique francophone des données ouvertes (CAFDO) dont vous êtes membre consultatif dans l'écosystème numérique africain ? ‎

‎La CAFDO est avant tout une communauté et ses activités sont menées dans plus de 25 pays en Afrique. C'est d'abord un espace d'expertise. Certes, c'est une organisation à but non-lucratif, mais cela ne signifie pas que nous soyons une ONG de charité. Nous ne sommes pas là pour faire de l'assistance sociale ou pour « nous occuper des pauvres ». Notre rôle est d'apporter une expertise de haut niveau dans les domaines du digital, de la technologie et du numérique.

La première mission de la CAFDO, c'est donc l'apport d'expertise. Une expertise pointue, structurée, fondée sur l'expérience. Nous intervenons notamment dans la formation, en collaboration avec des universités, y compris à l'international. Nous travaillons par exemple avec une université au Canada. À travers ces actions, la CAFDO se positionne comme un véritable levier de formation pour des millions d'Africains. Il y a également le plaidoyer. Nous menons un plaidoyer stratégique, constructif. Nous allons là où il faut aller, nous rencontrons les bonnes personnes pour poser les bonnes questions et proposer des solutions concrètes.

Ce plaidoyer n'est pas un plaidoyer de confrontation. Vous ne verrez pas la CAFDO dans la rue avec des pancartes. Notre approche consiste à dire : « Ceci fonctionne mieux que cela », et à apporter l'expertise nécessaire pour passer d'un point A à un point B. La CAFDO œuvre aussi à la promotion des bonnes pratiques. Vous l'avez constaté lors de nos rencontres : nous travaillons en communauté pour identifier ce qui fonctionne bien afin que d'autres puissent s'en inspirer. Lorsqu'une initiative donne de bons résultats au Togo, nous voulons que la Côte d'Ivoire puisse en tirer des enseignements. Quand une expérience est réussie au Burkina Faso, nous souhaitons que la RDC en bénéficie. Et lorsqu'un modèle fonctionne au Bénin, il peut aussi inspirer le Maroc.

C'est cette circulation des savoirs et des pratiques qui fait la force de la CAFDO. Nous accordons également une place centrale à l'usage des données. Nous ne pouvons pas demander l'ouverture des données sans les utiliser nous-mêmes. Nous sommes à la fois producteurs et utilisateurs. Les données ouvertes servent à innover et à résoudre nos propres problèmes. La CAFDO développe et soutient des initiatives d'innovation fondées sur l'exploitation responsable des données. Enfin, il y a l'appui aux projets portés par la communauté. Cela peut être des financements modestes ou plus conséquents. Nous bénéficions de l'appui de partenaires, et nous jouons un rôle d'interface entre les grands bailleurs et les initiatives locales. C'est aussi cela la CAFDO : un pont entre les ressources, l'expertise et les communautés africaines.

‎À quoi ressemblerait, selon vous, une Afrique véritablement souveraine sur le plan numérique dans les prochaines années ? ‎

‎Lorsque l'on regarde la carte du monde, l'on se rend compte que l'Afrique est le plus grand bloc terrestre de la planète. Nous sommes un peuple. Et comme le disait quelqu'un, depuis l'espace, on ne voit pas les frontières : ce sont des constructions humaines. À l'origine, nous n'avions pas de frontières entre nous. ‎ Je crois profondément en cette Afrique unie, une Afrique d'un seul marché numérique, une Afrique libre, où je peux circuler de Le Caire au Cap, de Djibouti à Dakar, en passant par Nairobi et Lagos. C'est cette Afrique que je vois : une Afrique des libertés, de la mobilité, du peuple et surtout de la connaissance. ‎ Je rêve d'une Afrique dotée d'infrastructures solides.

Une Afrique où l'on mange bien chez soi, où l'on se soigne correctement, où les enfants sont bien scolarisés. C'est déjà cela, l'Afrique qui gagne. Une Afrique respectueuse des droits humains. Si nous parlons aujourd'hui de données ouvertes, c'est parce que l'accès aux données est une composante essentielle du droit à l'information. Vous qui êtes des professionnels de la communication et de l'information, vous savez à quel point l'information est vitale pour la vie d'une nation, d'une communauté et d'un continent tout entier. ‎ Je rêve donc d'une Afrique où les droits humains sont promus, protégés et respectés. Une Afrique dotée d'une véritable autonomie financière, afin que nos frères, nos sœurs et nos enfants n'aient plus à risquer leur vie en traversant la Méditerranée. Une Afrique capable de se gérer elle-même, grâce aux compétences de ses propres citoyens. ‎

Certes, on parle souvent de nouvelles technologies. Il y aura toujours des innovations, toujours de nouveaux outils. Mais c'est à nous de nous former, de rattraper le temps qui avance. La formation reçue il y a 20 ans n'est plus suffisante aujourd'hui. Il faut donc continuellement renforcer les connaissances et les compétences. ‎ C'est pourquoi je crois en une Afrique des infrastructures, une Afrique du respect des droits, une Afrique de l'autonomie financière et alimentaire, une Afrique des compétences, une Afrique fière de son identité, et surtout une Afrique de la bonne gouvernance. Une Afrique où les dirigeants rendent compte : « Vous m'avez confié un mandat, voici ce que j'ai accompli. »

Nous, Africains, ne rêvons pas de coloniser les autres. Nous n'avons pas pour ambition de dominer ou de brimer d'autres continents comme cela a été fait dans l'histoire. J'adresse ici un message aux Américains et aux Européens : n'ayez pas peur de l'Afrique, n'ayez pas peur de son développement. Nous ne viendrons pas vous coloniser, nous ne voulons pas vous remplacer chez vous. Nous voulons simplement être bien chez nous. ‎ Car lorsque l'Africain est bien chez lui, il n'a aucune raison d'aller chercher ailleurs. Ce que nous voulons, c'est le bien-être de nos populations : la santé, la sécurité, la suffisance alimentaire. C'est pouvoir mettre nos enfants au monde, les envoyer à l'école et les soigner lorsqu'ils sont malades. Voilà ce que nous voulons. Le bien-être africain, pour moi, c'est cela l'Afrique qui gagne. ‎

Protection des données, égalité numérique, égalité des sexes, open data, transparence gouvernementale, leadership féminin dans le secteur technologique, sont autant de domaines d'expertise de Nnenna Nwakanma.

‎Que diriez-vous aux jeunes Africains qui veulent s'engager dans les domaines des données ouvertes et de l'innovation technologique ?

‎La première chose à retenir, c'est que le numérique nous facilite la vie. Pendant longtemps, on pensait que les Africains n'allaient pas réussir à tirer parti du développement numérique. Pourtant, nous nous sommes plutôt bien débrouillés. Avec nos téléphones, nous faisons aujourd'hui énormément de choses. Le message que je souhaite adresser à chacun, c'est donc d'être ami avec le numérique. Il faut le comprendre, se l'approprier, car il permet de résoudre beaucoup de nos problèmes.

Souvenez-vous : autrefois, on se déplaçait de loin pour voir quelqu'un en ville, et à l'arrivée, on nous disait que la personne était repartie. Aujourd'hui, nous communiquons instantanément. Le numérique a changé nos réalités. À vous qui m'écoutez ou me lisez, je dirais d'abord : faites alliance avec le numérique. Il apporte des solutions concrètes, notamment en matière d'emploi et de formation. Ensuite, il y a un principe fondamental : la formation tout au long de la vie. La formation à vie. J'ai plus de 50 ans et je suis toujours étudiante. J'apprends et j'enseigne en même temps. On ne peut plus dire aujourd'hui : « J'ai un doctorat, c'est bon. » Ce n'est plus possible.

Un doctorat correspond à un travail de recherche tel qu'on le faisait il y a 20 ans. Aujourd'hui, avec l'intelligence artificielle, ce qui prenait cinq ans peut parfois se faire en quelques semaines, voire en quelques jours. Le monde avance vite, et il faut rester au diapason. Cela signifie qu'il faut continuellement se former, apprendre, s'adapter. Les données, par exemple, sont comme l'uranium. On peut savoir que vous en possédez, mais si vous n'en faites rien, elles ne servent à rien. Si vous les exploitez intelligemment, les retombées peuvent être extraordinaires. En revanche, si vous les utilisez mal, les conséquences peuvent être désastreuses. Il est donc essentiel de savoir manier les données de manière responsable, afin de créer de la valeur. Grâce aux données, nous pouvons construire un monde meilleur. Exploitons les données avec discernement.

La transparence attire la confiance, et la confiance attire les opportunités. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle repose sur les données. L'IA se nourrit des données. Il est donc crucial d'apprendre à lire les chiffres, à transformer les données en information, puis à convertir cette information en richesse. Et c'est de cette richesse-là dont nous avons besoin. Je rêve d'une jeunesse, d'un jeune homme et d'une jeune femme qui soient comme moi : bien dans leur tête, bien dans leur corps, bien dans leurs poches et confiants dans leur avenir. Parce que l'Afrique, c'est nous. L'Afrique, c'est moi. Et son avenir dépend aussi de moi.

Propos recueillis par Farida Thiombiano
Lefaso.net

Catégories: Afrique

Sports, jeunesse et emploi : Du terrain au gouvernement, le parcours d'Annick Pikbougoum Zingué, nouvelle ministre

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:21

Nommée ministre des Sports, de la Jeunesse et de l'Emploi ce 12 janvier 2026, à l'occasion d'un léger remaniement ministériel, Annick Pikbougoum Zingué accède à l'une des plus hautes responsabilités de l'action publique sportive au Burkina Faso. Grande actrice du développement du sport et de l'inclusion par l'activité physique depuis plus de deux décennies, cette ancienne handballeuse internationale, professeure d'éducation physique et dirigeante associative chevronnée s'est illustrée aussi bien sur les terrains, dans l'administration et au sein de Special Olympics. En mai 2021, Lefaso.net lui consacrait le portrait ci-dessous retraçant l'itinéraire d'une femme passionnée et engagée.

Annick Pikbougoum : Itinéraire d'une férue de sport

Depuis mars 2021, Annick Pikbougoum Zingué siège en tant que membre au Conseil de leadership africain de Special Olympics. Une consécration pour cette femme qui a consacré toute sa vie au sport. Portrait.

Comme Obélix dans le chaudron de potion magique, Annick Pikbougoum Zingué est tombée dans le sport toute petite. Déjà à l'école primaire, c'était une compétitrice hors pair qui ramenait souvent des médailles à la maison. Elle s'est essayée à plusieurs disciplines : à l'athlétisme, au volley-ball, au shotokan ou au handball, discipline dans laquelle elle se fera un nom. Elle a même été capitaine de l'équipe de l'école primaire de Dédougou Centre B au volley-ball. Elle a aussi été lanceuse de poids avec un titre de championne de Côte d'Ivoire en 1995.

« Fort heureusement, j'étais accompagnée par mes parents qui savaient que c'était ma passion », commente-t-elle. En matière de sport, Annick Pikbougoum Zingué a, en effet, de qui tenir. Son père, grand amoureux du sport, entraînait des équipes, accompagnait et encourageait les jeunes du quartier à la pratique sportive. Sa mère a été également une grande sportive dans ses années du primaire mais n'a malheureusement pas pu s'épanouir dans le sport faute de cadre adéquat.

« Mon papa était un mordu du sport. Dans le quartier il lui arrivait de rassembler les enfants et d'organiser des courses entre eux. Il adorait le football et la boxe. J'ai eu leur accompagnement. Toute la famille pratique le sport. Maman a pratiqué le sport à l'école. Elle n'est pas allée loin dans le sport parce qu'elle n'a pas eu de cadre de promotion en son temps. Ses promotionnaires nous racontent qu'elle était imbattable sur plusieurs fronts. On l'avait même surnommée « la gazelle » lors des courses de vitesse et de saut en hauteur. Elle était plutôt heureuse de voir que sa fille a pris la relève pour faire ce qu'elle n'a pas eu la chance de faire », se souvient Mme Pikbougoum.

Alors qu'elle était lycéenne, elle découvre le handball au lycée Bafudji de Gaoua, discipline dans laquelle elle se fera un nom sur le plan scolaire (Collège Sainte Marie de Tounouma, Lycée Ouezzin Coulibaly, Lycée Philippe Zinda Kaboré) et civil (ASFB, AS SONABHY, AS SONABEL). Mais comment mener correctement des études quand on joue dans plusieurs clubs à la fois et dans des sports différents ? Il lui a fallu opérer un choix entre le handball et le basket où elle excellait également sous les couleurs de l'USFRAN de Bobo. Elle explique : « Avec les études, il m'arrivait de disputer deux championnats à la fois le weekend. J'ai donc opté pour le handball. J'ai joué au plan national et international en club (USC Bassam et ROMBO HBC d'Abidjan) et avec la sélection nationale pendant plus d'une décennie. J'ai aussi été entraîneure et dirigeante responsable de club (LONAB HBC) »

Annick Pikbougoum décroche un baccalauréat scientifique (D) et entame des études à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) de l'Université de Ouagadougou. Des études qu'elle écourte aussitôt après avoir été reçue à un test organisé par la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la francophonie (CONFEJES) pour le recrutement de deux professeurs d'éducation physique et sportive à former en Côte d'Ivoire. C'est ainsi qu'elle se retrouve à l'Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) d'Abidjan qui était sous la double tutelle de l'Université de Cocody et de l'École normale supérieure (ENS). Elle en ressort avec une Licence en STAPS et un CAPEPS.

Renforcer ses capacités

Revenue au bercail avec son diplôme de professeur d'EPS et une Licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) en poche, elle officie comme professeure d'éducation physique et sportive au Collège Notre-Dame de Kologh Naaba et au Lycée technique Amilcar Cabral. Mais entre deux cours dispensés, elle trouve le temps de renforcer ses capacités en décrochant d'abord un diplôme d'entraîneur international en handball de l'Université sportive de Leipzig (RFA) puis un Master en management des organisations sportives à Lyon 1 auquel elle se prépare à ajouter un autre Master sur la pédagogie du changement social. A ce niveau, ses recherches sont axées sur la prise en charge des élèves déficients intellectuels dans les cours d'éducation physique à l'école primaire.

Son application lui permet de grimper les échelons dans l'administration publique burkinabè. Elle est d'abord nommée directrice des sports de compétition, puis (première) directrice des sports du haut niveau au ministère en charge des Sports. Elle occupe aussi le poste de chargée d'études au ministère des Enseignements supérieurs et de directrice adjointe en charge des affaires académiques à l'Institut des sciences du sport et du développement humain (ISSDH), anciennement Institut national de la jeunesse, de l'éducation physique et du sport (INJEPS).

Actuellement chargée d'études à l'Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, enseignante vacataire à l'ISSDH où elle donne des cours de management de sport et de handball, Annick Pikbougoum Zingué est aussi professeure de fitness et de yoga. Son deuxième Master lui permet d'enseigner la prise en charge des personnes à besoins spécifiques, dont les personnes âgées et celles vivant avec un handicap.

Special Olympics

Il faut rappeler que c'est quand elle était étudiante de l'Institut des sports d'Abidjan qu'elle a entendu parler de Special Olympics pour la première fois. « Une compétition avait été organisée et des étudiants de mon institut étaient allés prêter main forte aux organisateurs comme volontaires. Quand ils sont revenus, certains m'ont fait le compte rendu et ils m'ont dit qu'il y avait même une délégation du Burkina Faso conduite par une dame. J'étais étonnée. Par la suite j'ai su qu'il s'agissait de madame Bassolet, la première directrice nationale », se remémore-t-elle.

Aussitôt rentrée au pays, elle cherche à connaître la structure : « C'était à une époque où il y avait des changements à la tête de cette structure. Par coïncidence, c'était un aîné que je connaissais bien qui en a pris les commandes et qui m'a fait appel. Il s'agit d'Alexandre Yougbaré qui venait d'être nommé comme directeur national de Special Olympics Burkina. Il a demandé à un certain nombre de jeunes enseignants d'EPS de venir l'accompagner dans sa mission. Je suis donc arrivée à Special Olympics en 1998. ».

C'est comme cela qu'elle commence comme entraîneur sur deux sites, Saaba et Tanghin. Très vite elle devient entraîneur national puis directrice exécutive nationale de Special Olympics quand il a fallu apporter des changements à la structure.

En avril 2021, elle a été élue membre du Conseil de leadership africain de Special Olympics. C'est un groupe restreint de haut niveau qui travaille avec le bureau africain pour assoir les programmes de Special Olympics Afrique au niveau de tous les pays du continent. Comme les autres membres, elle a un mandat de trois ans renouvelable une fois. Au sein de ce conseil, Mme Pikbougoum est la seule voix de la zone Afrique francophone. Elle a pris le relais d'une Sénégalaise. Si elle a fait acte de candidature, c'est parce qu'elle estimait qu'elle remplissait tous les critères. Elle a dû battre campagne contre un Cap-verdien. Son rôle, en tant que membre, sera entre autres d'examiner, d'évaluer et conseiller la région Afrique et les programmes nationaux, d'élaborer des directives, des conférences et concevoir des activités ; de faire des recommandations à la région Afrique sur le plan stratégique et concevoir les lignes directrices pour les conférences et les compétitions au niveau africain…

Rêver grand

En apprenant sa nomination, elle a éprouvé un sentiment de satisfaction et de reconnaissance. « C'est une reconnaissance du travail abattu en deux décennies à Special Olympics, une reconnaissance pour le travail abattu par les bénévoles au niveau national et qui m'ont soutenu jusque-là. Cette reconnaissance est aussi la leur, celle de tous les acteurs : des athlètes aux partenaires en passant par les parents d'athlètes. C'est un sentiment de fierté », dit-elle.

Entre ses activités au bureau, au sein de l'association, sa famille – elle est mariée et a quatre enfants - et ses innombrables engagements sportifs, ses journées sont bien remplies. « Je commence ma journée au bureau. A la descente, je m'occupe de la paperasserie ou je participe à des réunions avant de rentrer. Je profite de vos lignes pour rendre hommage à ce grand homme qu'est mon époux qui m'a toujours soutenue sans faille, car lui-même est un ancien international et dirigeant de handball », résume-t-elle.

Aujourd'hui, quand elle jette un œil dans le rétroviseur, elle éprouve un sentiment de satisfaction. « Quand je vois le nombre de localités couvertes, c'est une source de fierté. Le nombre d'athlètes, de coachs, de bénévoles s'est accru d'année en année. Quand je commençais à Special Olympics, nous étions juste à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. A Ouaga, nous étions à Saaba et à l'Arche de Nongr-Maasom. Il y avait moins de 100 athlètes. Aujourd'hui, nous en avons plus de 3000 et 1 000 encadreurs bénévoles. C'est une source de fierté et un défi parce que nous ne sommes qu'en milieu de parcours. La qualité des volontaires est excellente. Nous avons des médecins, des communicateurs, des gestionnaires de projets, des spécialistes du sport, de l'action sociale, de la psychologie, des finances…Nous essayons de capitaliser, de mettre leurs compétences au profit de nos athlètes ».

D'après elle, les chiffres des personnes vivant avec un handicap mis en exergue lors du dernier recensement montrent qu'il y a pas mal d'athlètes à aller chercher. Son plus grand souhait à présent est de pouvoir rassembler tous les bénévoles autour d'un idéal commun. Elle explique : « Sous d'autres cieux, le travail que nous faisons est effectué par des gens recrutés à temps plein, rémunérés. Ici, nous le faisons de façon bénévole. Il s'agit pour nous de pouvoir capitaliser ce que chacun peut apporter à ses temps libres. Il fallait faire grandir la chose. Des efforts ont été faits. Par exemple pour les jeux mondiaux en Caroline du Nord (en 1999), seulement trois athlètes du Burkina Faso y ont participé. Aux derniers jeux mondiaux à Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis, la délégation burkinabè était forte d'une soixantaine de membres, dont 40 athlètes. Au départ, nous étions des assistés. C'est Special Olympics International (SOI) qui nous invitait et prenait en charge le déplacement juste pour qu'on soit représenté. A partir de ce moment vous n'êtes plus maîtres de vos effectifs et ces délégations ne dépassent guère cinq à sept personnes. Aujourd'hui beaucoup de pays sont encore sous cette assistance. Il a fallu travailler avec nos autorités pour qu'elles assurent la prise en charge de nos délégations pour sortir de ce lot des éternels assistés. C'est le lieu ici de remercier tous les ministres des Sports qui se sont succédé ainsi que nos partenaires. Ils ont toujours apporté leurs soutiens multiformes à nos athlètes et à notre structure ».

Mme Pikbougoum rêve que Special Olympics soit implanté dans les 8 000 villages du Burkina pour couvrir les 45 provinces et que chaque personne ayant une déficience intellectuelle puisse bénéficier des services gratuits de SOB. « Nous sommes déjà dans les 13 régions », précise-t-elle.

Et si son parcours était à refaire, « j'allais peut être améliorer certains aspects, mais je n'aurais pas apporté beaucoup de changements. Je suis en train de faire des choses que j'ai toujours rêvé de faire », jure celle qui garde encore sa ligne, physiquement parlant.

C'est au regard de ses qualités, compétences et expériences professionnelles que la Fédération burkinabè de Football (FBF) lui fait appel en début de saison pour la gestion et l'organisation des compétitions nationales (championnats et coupes) du football féminin. Un nouveau challenge pour celle dont la devise est « Etre utile à quelqu'un quelque part et prendre la vie du bon côté ».

Désiré T. Sawadogo
Lefaso.net

Catégories: Afrique

Incendie de Crans-Montana: le propriétaire du bar Le Constellation placé en détention provisoire

RFI (Europe) - lun, 12/01/2026 - 23:18
Un tribunal du canton suisse du Valais a ordonné lundi 12 janvier le placement en détention provisoire pour une durée initiale de trois mois du Français Jacques Moretti, copropriétaire du bar de la station de ski de Crans-Montana où un incendie à fait 40 morts et 116 blessés dans la nuit du Nouvel An. La justice valaisanne justifie sa décision par un possible risque de fuite.
Catégories: Union européenne

Burkina/Culture : Pour Sylviane Ouédraogo, l'art s'accueille, se partage et se transmet au quotidien

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:17

Technicienne supérieure en tourisme et hôtellerie, ambassadrice de la culture burkinabè partout où elle le peut, Sylviane Ouédraogo fait de la culture un espace de rencontre, de transmission et d'émancipation. À travers Yelba, son restaurant devenu lieu culturel, et Wazemsé, une association enracinée dans son village natal de « Bologo », elle tisse depuis plus de vingt ans des passerelles entre art, tourisme, solidarité et dignité humaine.

Dans l'espace culturel de Sylviane Ouédraogo, les plantes dialoguent avec les œuvres artisanales et les couleurs des tissus racontent l'histoire de différentes communautés. C'est dans ce décor boisé que la professionnelle de l'hôtellerie accueille toujours avec le même sourire. Ici, chaque objet a une histoire et chaque évènement qui y est organisé cherche à toucher les cœurs. Rien n'est laissé au hasard par Sylviane Ouédraogo du haut de ses années d'expérience dans le monde culturel. Les œuvres d'art que l'on y trouve ne sont ni décoratives ni folkloriques à ses yeux, mais représentent une grande valeur humaine.
Technicienne supérieure en tourisme et hôtellerie de formation, Sylviane a très tôt compris que ce secteur pouvait être bien plus qu'un simple service économique.

Il pouvait devenir un outil de développement, un levier d'affirmation identitaire et un moyen de connecter les communautés. « Un restaurant, par exemple, c'est d'abord l'accueil et aussi petit soit-il, il est une vitrine du pays », explique-t-elle. Accueillir l'autre avec ses différences, ses cultures, ses sensibilités, parait banal mais important, selon elle. De cette conviction est donc né « Yelba », un lieu pour faire vivre la culture. « Yelba » signifie « soyez la bienvenue », en langue mooré. Un mot d'accueil et une philosophie que Sylviane a souhaité concrétiser au quotidien. À la base restaurant, l'espace s'est progressivement transformé en véritable carrefour culturel. Concerts live, soirées littéraires, vernissages, performances artistiques, c'est un lieu d'expression et de respiration pour les artistes comme pour le public.

Sylviane Ouédraogo lors d'une exposition au Canada

« Au départ, la culture était une passion, un attachement profond. Et puis, au fil du temps, c'est devenu un métier », confie Sylviane. Elle assume ce cheminement, fait de tâtonnements, d'essais, parfois d'échecs, mais toujours porté par la conviction que la culture peut nourrir autant l'âme que l'économie. Depuis plus de sept ans, Yelba organise également des journées culturelles dédiées aux différentes communautés du Burkina Faso. Sur trois jours, une ethnie est mise à l'honneur à travers ses tenues traditionnelles, ses objets artisanaux, sa gastronomie et ses troupes artistiques. Mossi, Peulh, Bobo, Gourmantché, Bissa, Gourounsi, Dafin, Yadsé… la liste est longue, à l'image de la diversité culturelle du pays. « C'est un lieu de transmission, de partage, de vivre-ensemble. Un espace où les artistes locaux gagnent en visibilité, où le public découvre ou redécouvre ses racines, et où les cultures dialoguent sans hiérarchie », résume-t-elle.

Porter la culture burkinabè au-delà des frontières

Sylviane ne se contente pas de promouvoir la culture sur le plan local. Elle a participé à de nombreuses expositions d'œuvres artistiques dans plusieurs pays, convaincue que montrer la richesse culturelle burkinabè au monde est une manière de lutter contre les clichés et de repositionner le pays sur la scène internationale. Pour elle, l'art est un langage universel, un outil de sensibilisation et de transformation sociale. « L'art fait partie de la vie. L'art, c'est nous. L'art, c'est tout le monde », affirme-t-elle.

Cette vision guide son engagement et nourrit sa volonté de créer des ponts entre les cultures. Sylviane Ouédraogo est aussi représentante locale de deux associations basées en France. « DSA Région Touraine », qui intervient à Ouahigouya dans le domaine de la prévention et des soins bucco-dentaires, et « Parrain Faso Enfants », une association d'Arras qui accompagne le parrainage d'enfants du primaire jusqu'à l'université. À travers ces engagements, son objectif est d'offrir aux femmes les moyens de leur autonomie et aux enfants les clés d'un avenir digne.

« Wazemsé », un engagement enraciné à Bologo

Dans son village natal, à Bologo, situé à une soixantaine de kilomètres de Ouagadougou, il y a plus de vingt ans, Sylvianne a fondé l'association Wazemsé, qui signifie en mooré : « Venons, on va apprendre ensemble dans la cohésion ». Née d'une volonté personnelle d'agir concrètement pour le développement rural, Wazemsé place les femmes et les enfants au cœur de son action. L'objectif est clair : autonomiser les femmes, soutenir l'éducation des enfants et améliorer les conditions de vie des communautés.

Sylviane au-delà des mots incarne la culture africaine. Elle est toujours parée de vêtements et de bijoux artisanaux

À travers l'association, Sylviane initie et accompagne plusieurs activités génératrices de revenus : saponification, fabrication du dolo, production de soumbala, élevage. Autant d'initiatives qui valorisent les savoir-faire locaux et renforcent l'organisation collective. Sur le plan éducatif, elle porte personnellement la création d'une bibliothèque rurale à l'école publique de Bologo Tanghin. Un espace pensé comme un lieu d'apprentissage, de lecture et d'ouverture, pour donner aux enfants le goût du savoir et soutenir leur réussite scolaire. Grâce au soutien d'amis belges, Wazemsé a également permis la réalisation de forages, améliorant durablement l'accès à l'eau potable. À cela s'ajoutent des actions de parrainage d'enfants, la distribution de kits scolaires, de vêtements et de vivres au profit des familles les plus vulnérables.

Dans un secteur de promotion culturel et hôtelier encore largement masculin, Sylviane assume sa place. Le constat est qu'il n'y a pas beaucoup de femmes promotrices culturelles au Burkina Faso. Pourtant, elle est convaincue que les femmes ont toute leur légitimité dans ce métier. « La femme est sensible, éducatrice, rassembleuse. Elle tisse des liens ». Pour elle, dépasser les pesanteurs socioculturelles est une nécessité. Le métier de promotion culturelle n'a pas de genre. Il demande de la rigueur, de l'organisation, du travail et du soutien. « En tant que femme, il faut parfois travailler deux fois plus comme dans toute activité, mais c'est possible. »

Face aux difficultés que traverse le secteur du tourisme, Sylviane s'aligne sur la vision actuelle des autorités à travers la promotion du tourisme local. Valoriser la consommation locale, être fiers de ce que nous avons : autant de pistes pour renforcer la résilience du secteur. La culture, selon elle, est un atout majeur pour y parvenir. Aux jeunes artistes, elle demande de croire en eux, de travailler, de se former et d'écouter les aînés afin d'apprendre sans cesse. « Le travail, le travail, le travail », martèle-t-elle. Car, dit-elle, l'art, au-delà de l'émotion qu'il suscite, a besoin de discipline et de responsabilité.

Farida Thiombiano
Lefaso.net

Catégories: Afrique

Demi-finales de la CAN Maroc 2025 : Analyses et pronostics de journalistes sportifs burkinabè

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:15

Qui pour remporter le trophée de la 35ᵉ Coupe d'Afrique des nations (CAN) au soir du 18 janvier ? En attendant, Sénégalais, Égyptiens, Marocains et Nigérians devront s'affronter le mercredi 14 janvier 2025 pour le compte des demi-finales. Pour tenter de poursuivre son aventure dans la compétition, le champion d'Afrique 2021, le Sénégal, sera opposé à l'Égypte, l'équipe la plus titrée de la compétition. Les Sénégalais jouent leur 3ᵉ demi-finale sur les quatre dernières éditions de la Coupe d'Afrique des nations. En face des Lions de la Teranga, il y aura les Pharaons d'Égypte qui vont tenter de renouer avec la victoire après leur dernier trophée remporté en 2010. La seconde affiche de ces demi-finales va opposer le pays organisateur, les Lions de l'Atlas du Maroc aux Super Eagles du Nigeria. Le Maroc, après sa seule CAN en 1976, veut faire rêver son public. Les Super Eagles quant à eux, finalistes lors de la dernière édition de la CAN, sont l'une des meilleures équipes du tournoi avec une attaque de feu. Des journalistes sportifs burkinabè livrent leur analyse.

Franck Gefa, journaliste à Ouaga FM : « Mon pronostic, une finale Nigéria vs Sénégal »

« C'est un tableau des demi-finales de la CAN très alléchant. De beaux duels en perspective entre d'une part le Maroc, pays organisateur et favori naturel, et les Super Eagles qui, pour moi, sont la meilleure équipe du tournoi pour l'instant. Le Maroc bénéficie de son public, ce qui lui confère le statut de favori et peut être poussé par l'arbitrage par moment. Le Nigéria est une équipe très costaude, très athlétique avec un collectif qui bénéficie de la confiance de son entraîneur. Vice-championne d'Afrique, le Nigeria est aussi favori. Il y a d'autre part le match entre le Sénégal et l'Égypte. Deux sélections nationales qui avancent en sous-marin et qui jouent en fonction de l'adversaire en face. Ces deux équipes sont des outsiders naturels mais l'une va tomber ce 14 janvier à Tanger. Mon pronostic, une finale Nigéria vs Sénégal. »

Wend Kouni Bilgo, journaliste à Afriyelba : « La finale opposera le Sénégal au Nigeria, avec une victoire sénégalaise »

« Je vois le Sénégal en finale. C'est l'une des équipes les plus cohérentes depuis le début de la compétition. Elle a un bon collectif et peut également compter sur ses individualités. L'Égypte a su élever son niveau au fur et à mesure que la compétition avance et on aura un match apparemment disputé ! Mais le dernier mot reviendra au Sénégal. La compétition du Maroc s'arrêtera en demi-finale. La seule fois où cette équipe a été véritablement en face d'une équipe en place dans la compétition, elle a montré ses limites. Et c'était face au Mali en phase de poule. Le Nigéria produit un très beau football, avec des transmissions rapides qui font mal aux défenseurs adverses. Ils ont beaucoup de qualité devant, avec un Oshimen autoritaire et en grande forme. Dans l'impact physique, ils répondent également présents ! Ils ont pleinement tiré les enseignements de la finale perdue en Côte d'Ivoire et de la désillusion des barrages. La finale opposera le Sénégal au Nigeria, avec une victoire sénégalaise. »

Samidjo Samuel Kola, journaliste à Netafrique.net : « Je vois l'Égypte en finale, mais mon cœur penche pour le Sénégal »

« Le Sénégal face à l'Égypte est un grand choc. Le collectif va jouer un grand rôle dans cette ½ finale. Les joueurs doivent être attentifs et la moindre erreur ne pardonnera pas, surtout en défense avec des individualités de part et d'autre. Ça sera dur comme rencontre, je vois l'Égypte l'emporter, même si mon cœur balance pour le Sénégal. Le Maroc a un atout considérable. Il joue sur ses bases. Le public est acquis à sa cause. Le Maroc, à l'instar du Nigeria, a de grands joueurs qui ont une bonne maîtrise du cuir. Cette équipe nigériane, finaliste malheureuse lors de la précédente édition en Côte d'Ivoire, ne se laissera pas faire lors de cette demi-finale, elle a des atouts à faire valoir. Elle l'a montré depuis le début de la compétition. La différence se fera surtout au niveau de l'arbitrage. Si on a un arbitrage impartial, les Super Eagles pourront venir à bout des Lions de l'Atlas. Comme je le disais, je vois l'Égypte en finale, mais mon cœur penche pour le Sénégal. De l'autre côté, je vois le Nigeria en finale. »

Ibrahim Bayili, journaliste : « Au regard de la prestation des deux équipes, je vois l'Égypte se qualifier face au Sénégal »

« Au regard de la prestation des deux équipes, je vois l'Égypte se qualifier. Les deux équipes s'étaient déjà rencontrées en finale de la CAN 2022 au Cameroun et le Sénégal s'était imposé aux tirs aux buts. Une belle affiche qui promet. Difficile pour les Lions marocains. Les Nigérians, non qualifiés pour le mondial, voudront prouver leur valeur et leur suprématie sur le football du continent. La finale perdue en Côte d'Ivoire leur est toujours restée au travers de la gorge. Mais en face, ils auront du répondant. Une équipe huilée du Maroc qui, en plus, joue à la maison avec tout ce qu'il y a comme avantages. Je vote pour le Nigeria s'il reste discipliné et organisé. »

Entretien réalisé en ligne par Jean Elysée Nikiéma (stagiaire)
Lefaso.net

Catégories: Afrique

Prestation des Étalons à la CAN 2025 : " La déception est grande, mais la fierté demeure", Brama Traoré

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:10

Dans un message publié sur sa page Facebook, le sélectionneur de l'équipe nationale, Brama Traoré reconnaît que l'élimination des Étalons face aux éléphants de la Côte d'Ivoire est une immense déception pour tous. " Avec les joueurs et l'ensemble du staff technique, nous avions une ambition claire : ramener le trophée de la CAN au Burkina Faso. Malheureusement, le football ne récompense pas toujours les efforts et le sacrifice consentis", soutient-il.

Brama Traoré invite le peuple à rester uni derrière l'équipe nationale malgré cette prestation qui a déçu plus d'un. " Dans les moments difficiles comme dans les moments de joie, restons unis derrière notre équipe nationale. Cette génération a encore un avenir et nous continuerons à travailler avec humilité, rigueur et détermination pour porter haut les couleurs du Burkina Faso. La déception est grande, mais la fierté demeure. Cette équipe a montré du caractère, de l'engagement et un profond amour du maillot national. Le peuple burkinabè peut être fier de ses Étalons, fier de leur combativité et de leur parcours. Aujourd'hui plus que jamais, l'unité est essentielle. Continuons à soutenir notre équipe nationale, à croire en cette génération et en l'avenir du football burkinabè", a-t-il exhorté.

Le sélectionneur de l'equipe nationale n'a pas manqué de remercier les autorités burkinabè pour leur accompagnement et la confiance accordée à l'équipe nationale et au public sportif burkinabè pour son soutien indéfectible depuis le premier jour.

www.lefaso.net

Source : Page Facebook Brama Traoré

Catégories: Afrique

Télécommunications : Orange Burkina Faso présente le nouveau catalogue de ses offres Internet mobile aux associations de consommateurs

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:05

Depuis le 10 décembre 2025, Orange Burkina Faso a engagé une série de changements concernant ses offres commerciales. Le mardi 6 janvier 2026, à Ouagadougou, l'opérateur de téléphonie mobile a présenté son nouveau catalogue d'offres Internet mobile aux associations de consommateurs, dans le but de mieux répondre aux attentes de sa clientèle.

Cette rencontre d'échanges visait à exposer les innovations et les améliorations apportées par Orange Burkina Faso. Pour les responsables de l'entreprise, il s'agissait également d'une opportunité de renforcer la proximité avec les consommateurs à travers des solutions plus avantageuses, innovantes et adaptées à leurs besoins.
« Nous avons entrepris une série de changements dans nos modes de fonctionnement et nos propositions d'offres sur le marché. Le grand changement est intervenu le 10 décembre 2025. Il était donc opportun pour nous de venir présenter ces nouveautés aux associations qui portent la voix des consommateurs », a expliqué le directeur Marketing et communication de Orange Burkina Faso, Assimi Diro.

Selon lui, cette rencontre a également permis de recueillir les avis des consommateurs sur les nouvelles offres et les réformes engagées. Il précise que ces changements concernent l'ensemble des services, notamment l'internet mobile, les appels, les bonus, ainsi que le fonctionnement global des offres proposées.

Ce qui a changé avec Orange Burkina Faso

Selon Assimi Diro, les principales innovations portent d'abord sur la baisse des prix de certaines offres. À cela s'ajoute l'extension des durées de validité, désormais comprises entre 7 et 30 jours. « Nous avons des forfaits dont le volume a augmenté de plus de 200 %, sans modification de prix », a-t-il souligné.
Autre innovation majeure : les bonus Orange, désormais utilisables vers tous les réseaux. « Les bonus ne sont plus limités aux appels internes au réseau Orange. Ils permettent désormais d'appeler tous les réseaux », a-t-il précisé.

La facturation a également été rendue symétrique, c'est-à-dire que les mêmes tarifs s'appliquent, que l'appel soit émis vers un numéro Orange ou vers un autre réseau. Enfin, concernant les SMS, jusque-là exclus des bonus, les clients peuvent désormais utiliser leurs bonus pour envoyer des SMS vers tous les réseaux du Burkina Faso.

Un dialogue salué par les consommateurs

Pour le directeur marketing et communication de Orange Burkina Faso, cette rencontre s'inscrit dans une tradition de dialogue avec les associations de consommateurs. « Depuis plusieurs années, nous rencontrons régulièrement les associations de consommateurs. Cela nous permet, en tant qu'opérateur, de nous améliorer et de trouver des solutions aux préoccupations des clients », a-t-il rappelé.

Le vice-président de la Ligue des consommateurs du Burkina, Pascal Zaïda, a salué ce cadre d'échanges, qu'il juge constructif. Il a estimé que la rencontre a permis de mieux comprendre les chiffres et les offres présentés, tout en souhaitant que ce type de dialogue soit pérennisé. « Comme le catalogue a été présenté aujourd'hui, nous allons l'évaluer sur le terrain afin de faire un retour, aussi bien à Orange qu'à l'ARCEP, qui est notre interlocuteur direct », a-t-il affirmé.

Serge Ika Ki
Lefaso.net

Catégories: Afrique

How Is China’s Overseas Lending Changing in a Post-Default Era? 

TheDiplomat - lun, 12/01/2026 - 23:00
The fractured alignment between SOEs and policy banks that once underpinned China’s overseas lending model is now breaking down after a wave of sovereign defaults.

Création des Tribunaux de grande instance de Banfora, Diapaga et Tougan : L'avant-projet de loi en examen

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:00

Les membres du Comité technique de vérification des avant-projets de loi (COTEVAL) sont réunis, ce lundi 12 janvier 2026 à Ouagadougou pour examiner un avant-projet de loi portant création des Tribunaux de grande instance de Banfora, Diapaga et Tougan.

Selon le secrétariat général du gouvernement qui rapporte l'information, la création de ces nouveaux Tribunaux, s'inscrit dans le cadre du renforcement de la gouvernance territoriale et de la décentralisation, avec le réaménagement du territoire national qui a conduit à la création de nouvelles provinces et à la redéfinition des limites territoriales de certaines collectivités.

Ce dossier, soumis à l'appréciation du COTEVAL, vise à mettre en adéquation la carte judiciaire avec cette nouvelle organisation territoriale du Burkina Faso, dans le souci d'une justice de proximité et efficace. Le Coordonnateur du COTEVAL, Seydou Ouédraogo a salué cette initiative de modification de la loi du 13 octobre 1998. Ce qui va permettre de prendre en compte le nouveau découpage administratif et d'œuvrer à l'avènement d'une justice accessible à tous.

www.lefaso.net

Source : SCRP/SGG-CM

Catégories: Afrique

Burkina/Éducation : Les élèves de l'école Les Petits Futés Sainte Marie Faustine initiés à la symbolique de l'emblème national

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:00

Dans un contexte national marqué par la promotion des valeurs civiques et patriotiques, l'école Les Petits Futés Sainte Marie Faustine a organisé, ce lundi 12 janvier 2026, à Ouagadougou, une cérémonie de montée des couleurs suivie d'une communication éducative sur l'emblème national et le mât du drapeau. L'activité s'est tenue au sein de l'établissement situé au quartier Kalgondin, en présence des élèves, du personnel enseignant et des responsables du système de l'Éducation nationale. La cérémonie s'est soldée par la pose de la première pierre du carré d'armes de l'école.

Cette initiative vise à renforcer chez les élèves la connaissance des symboles de la nation, à cultiver l'esprit patriotique dès le bas âge et à promouvoir les valeurs d'intégrité et d'unité nationale. À travers cette montée des couleurs, l'administration de l'école entend inculquer aux apprenants le respect des emblèmes de l'État et leur rôle dans la construction citoyenne.

Invité à entretenir les élèves et le personnel éducatif, le directeur de la communication et des relations publiques de la Grande Chancellerie, Ousmane Savadogo, a apporté des éclaircissements sur le déroulement de la montée des couleurs et la symbolique du pavillon national. Il a notamment expliqué le dispositif du carré d'armes, souvent observé lors de la cérémonie.

Le directeur de la communication et des relations publiques de la Grande chancellerie, Ousmane Savadogo

« Le carré d'armes est le dispositif qu'on met en place pour la montée du pavillon national ou le drapeau de mât. On forme un carré autour du mât. Au niveau des écoles, les trois côtés sont occupés par les élèves et le quatrième côté est occupé par les enseignants. Quand c'est au sein de l'administration publique et privée, les trois côtés sont occupés par le personnel et le quatrième côté par les responsables. Les gens ont l'habitude de dire que nous allons monter le drapeau. En réalité, c'est une appellation militaire. C'est un drapeau fixé sur une arme, utilisée par les différents corps de l'armée. Sinon ce qui se trouve dans les écoles et institutions est appelé le drapeau de mât ou le pavillon national. Tout le monde se met autour du mât pour dire que lorsqu'il y a une cause nationale, tous les Burkinabè doivent se donner la main, il doit y avoir l'union sacrée autour de la cause nationale. Généralement quand on hisse le pavillon national, les gens regardent le pavillon jusqu'au sommet du mât. Il a terminé en invitant les élèves à respecter les symboles de la nation, à respecter les autorités et au travail.

Le président du conseil d'école, Lebouré Crépin Zanzé

Selon le président du conseil d'école des Petits Futés Sainte Marie Faustine, Lébouré Crépin Zanzé, cette activité s'inscrit dans la consolidation des acquis des parents d'élèves et des enseignants. « Nous voulons former et éduquer les plus jeunes qui sont la relève de demain. Nous sommes englués dans un système qui a besoin d'un esprit fort, collectif et solide pour avoir de bons citoyens de demain. Nous avons un seul rempart qui est le Burkina Faso. Nous n'avons qu'un seul refuge, le Burkina Faso. Et nous avons une seule chose qui rassemble, c'est le drapeau. Nous voulons montrer à ces enfants que le pays passe avant tout », a indiqué le président du conseil d'école.

La photo de famille

Rama Diallo
Lefaso.net

Catégories: Afrique

Burkina/Électricité : « Les énergies renouvelables doivent être un pilier central, mais pas l'unique fondation du système électrique africain », conseille l'expert Anthelme Zémané

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 23:00

Stocker l'énergie, stabiliser le réseau, améliorer l'efficacité : autant de défis au cœur de la transition énergétique du Burkina Faso. Dans cet entretien, Anthelme Zémané, spécialiste des questions énergétiques et du stockage, propose une lecture pragmatique et progressive, ancrée dans les réalités africaines.

Lefaso.net : Pouvez-vous revenir sur votre parcours académique et professionnel, formation et domaine d'expertise ?

Anthelme Zémané : Mon parcours académique est ancré dans les sciences appliquées : une maîtrise en énergies renouvelables et efficacité énergétique à l'École de technologie supérieure de Montréal, un DEA en physique appliquée et une maîtrise en physique pure à l'université de Ouagadougou (aujourd'hui université Joseph-Ki-Zerbo). Cette formation multidisciplinaire me permet de naviguer avec aisance entre recherche, ingénierie et planification stratégique. Je me suis spécialisé dans le stockage de l'énergie, notamment à travers l'amélioration des cathodes LiFePO4 pour batteries lithium. Cette expertise scientifique est complétée par une certification Project Management Professional (PMP), qui me confère une maîtrise reconnue de la gestion de projets énergétiques complexes. Sur le terrain, j'ai occupé des fonctions variées et complémentaires : directeur technique à l'Agence nationale des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique (ANEREE), consultant international, enseignant universitaire et chef d'entreprise dans le secteur des énergies renouvelables.

En français facile, c'est quoi le stockage de l'énergie ?

Le stockage de l'énergie, c'est le fait de garder l'énergie dans un système pour l'utiliser plus tard. On peut paraphraser un peu comme on garde de l'eau dans une bouteille pour boire quand on en a besoin. En termes simples, le stockage d'énergie fonctionne comme une réserve qui permet de conserver l'électricité produite en excès lorsque le soleil brille ou que le vent souffle fort, pour la réutiliser plus tard, notamment le soir lorsque la demande augmente. En restituant cette énergie au bon moment, elle contribue à maintenir l'équilibre du réseau et garantit une alimentation fiable, même lorsque les sources renouvelables cessent temporairement de produire.

Vous venez d'achever une maîtrise en énergies renouvelables et efficacité énergétique à l'École de technologie supérieure de Montréal. Qu'est-ce qui vous a amené à vous spécialiser précisément dans le stockage ?

Après plus de dix années d'expérience dans les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et la gestion de projets, nous avons progressivement réalisé que le véritable défi de la transition énergétique ne réside pas seulement dans la production, mais dans la capacité à stocker l'énergie de manière fiable, durable et accessible.

Sur le terrain, nous avons souvent été confrontés à des limites très concrètes comme des réseaux fragiles incapables d'absorber l'intermittence du solaire et de l'éolien, des projets renouvelables prometteurs mais difficiles à stabiliser, des besoins croissants en énergie dans des zones où la production est irrégulière, et des pertes importantes faute de solutions de stockage adaptées.

Ces constats nous ont amené à comprendre que sans stockage, les énergies renouvelables ne peuvent pas jouer pleinement leur rôle. Le stockage est le maillon qui transforme une production variable en une énergie disponible à la demande. C'est lui qui permet de sécuriser les réseaux, d'améliorer la qualité de service, de réduire les coûts et d'accélérer l'électrification.

C'est cette conviction, née de l'expérience de terrain et renforcée par les enjeux mondiaux, qui m'a conduit à me spécialiser dans le stockage de l'énergie. Le doctorat à Polytechnique Montréal m'a offert l'occasion d'aller au cœur des technologies avancées, notamment les batteries lithium, afin de contribuer à des solutions concrètes pour les systèmes énergétiques de demain.
Aujourd'hui, je suis convaincu que le stockage n'est pas seulement une technologie : c'est la clé de voûte de la transition énergétique, en Afrique comme ailleurs. Et c'est précisément ce qui a guidé mon choix de carrière.

Mail de l'expert : azemane@yahoo.com

En quoi le stockage d'énergie est-il aujourd'hui devenu un enjeu stratégique, au même titre que la production elle-même ?

Le stockage d'énergie est aujourd'hui devenu un enjeu stratégique majeur, au même titre que la production, car il répond à des défis que la simple augmentation des capacités électriques ne suffit plus à résoudre. Avec la montée en puissance du solaire et de l'éolien, l'intermittence devient un problème central : le soleil disparaît le soir, le vent peut s'arrêter brusquement, et cette variabilité crée des instabilités, des coupures et des pertes d'énergie lorsque la production excède momentanément la demande. Le stockage permet d'absorber ces surplus, de lisser la production et de garantir une disponibilité de l'électricité au moment où les besoins augmentent, assurant ainsi un approvisionnement plus fiable.

La stabilité du réseau constitue un autre enjeu essentiel. Dans un système électrique, la production doit constamment égaler la consommation. Or, plus la part des renouvelables augmente, plus cet équilibre devient difficile à maintenir. Le stockage joue alors un rôle de régulateur : il compense les excédents, soutient le réseau lors des baisses soudaines de production et contribue à prévenir les blackouts. Il devient ainsi un outil de sécurité au même titre que les centrales pilotables.

Sur le plan économique, le stockage permet également de réduire les coûts du système. Sans lui, les pays doivent surdimensionner leurs centrales, importer davantage de carburants et maintenir des centrales thermiques en veille pour pallier l'intermittence, ce qui alourdit les dépenses. En stockant l'énergie produite, on valorise mieux chaque kilowattheure, on réduit les pertes et on limite les investissements lourds. Le stockage améliore donc la performance économique et la rentabilité globale du système énergétique.

Il joue aussi un rôle déterminant dans l'intégration massive des énergies renouvelables. Pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles, les pays doivent augmenter la part du solaire et de l'éolien, mais cette montée en puissance n'est possible que si un tampon existe pour absorber leur variabilité. Le stockage offre cette flexibilité, stabilise la production et permet d'atteindre les objectifs climatiques. Sans lui, la transition énergétique reste limitée.

Le stockage soutient également l'électrification croissante des usages (transport, cuisson, industrie, mobilité électrique) qui exigent une énergie fiable et disponible en continu. En compensant les fluctuations de production et en sécurisant l'approvisionnement, il améliore la qualité du service et réduit les délestages, contribuant ainsi à moderniser l'économie.

Enfin, pour des pays dépendants des importations de carburants comme le Burkina Faso, le stockage renforce la souveraineté énergétique. Il réduit la vulnérabilité face aux variations des prix internationaux, sécurise l'approvisionnement et offre une marge de manœuvre stratégique en période de crise. En limitant l'exposition aux chocs externes, le stockage devient un véritable outil de résilience nationale.

⁠Le stockage est souvent perçu comme coûteux. À long terme, est-il plus coûteux de ne pas investir dans le stockage ?

Non, pas du tout ; c'est même le contraire. À long terme, ne pas investir dans le stockage revient beaucoup plus cher que d'y investir. Sans stockage, une partie importante de l'énergie solaire ou éolienne produite en excès est perdue, ce qui oblige les pays à installer davantage de centrales, à surdimensionner le réseau et à maintenir des centrales thermiques coûteuses pour équilibrer le système. Cette inefficacité structurelle génère des dépenses bien supérieures au coût du stockage.

L'absence de stockage rend également le réseau vulnérable aux délestages, variations de tension et coupures répétées entraînant des pertes économiques pour les entreprises, une détérioration des équipements, une baisse de productivité et des coûts sociaux et politiques élevés. Le stockage, en stabilisant le réseau, évite ainsi ces pertes massives.

De plus, sans stockage, les centrales thermiques doivent rester en veille pour compenser l'intermittence des renouvelables, ce qui implique des achats de carburant importé, une maintenance coûteuse et une forte dépendance aux prix internationaux. Le stockage réduit cette dépendance et diminue les dépenses récurrentes.

Enfin, un réseau sans stockage nécessite des infrastructures plus robustes et plus étendues, ce qui représente des investissements bien plus lourds que des solutions de stockage bien dimensionnées. Il limite aussi la progression des énergies renouvelables et ralentit l'électrification des usages, entraînant un retard technologique coûteux. En somme, le stockage n'est pas une dépense superflue, mais un investissement stratégique qui réduit les coûts globaux et accélère la transition énergétique.

Pourquoi dit-on aujourd'hui que sans stockage, il n'y a pas de transition énergétique fiable ?

Produire de l'énergie propre ne suffit plus : il faut aussi être capable de la conserver, de la décaler dans le temps et de la délivrer précisément lorsque la demande l'exige. Sans cette capacité, la transition énergétique reste vulnérable et coûteuse. Les énergies renouvelables, comme le solaire et l'éolien, sont naturellement variables, ce qui entraîne des fluctuations de production difficiles à gérer et une perte d'énergie lorsqu'elle n'est pas immédiatement consommée. Le stockage permet de transformer cette production irrégulière en une ressource fiable, mobilisable à tout moment.

Comme nous l'avons dit plus haut, dans un système électrique, l'équilibre permanent entre production et consommation est indispensable. Plus la part des renouvelables augmente, plus cet équilibre devient délicat à maintenir. Le stockage apporte alors une réponse décisive : il absorbe les surplus, compense les chutes rapides de production et contribue à prévenir les délestages. Il devient ainsi un élément central de la stabilité du réseau.

En définitive, le stockage n'est plus un simple complément technologique, mais un fondement de la transition énergétique moderne. Il renforce la sécurité du système, facilite l'intégration des renouvelables, réduit les coûts à long terme, soutient l'électrification des usages et accroît la résilience du pays face aux aléas énergétiques.

Vous estimez que les États africains ne devraient pas fonder l'essentiel de leur production électrique uniquement sur les énergies renouvelables. Pouvez-vous expliquer cette position ?

Cette position est non seulement défendable, mais elle est aujourd'hui largement partagée par de nombreux experts du secteur énergétique. Elle repose sur des réalités techniques, économiques et stratégiques propres aux pays africains.

En effet, les énergies renouvelables comme le solaire et l'éolien sont essentielles pour l'avenir énergétique de l'Afrique, mais leur caractère intermittent pose un défi majeur. Les réseaux électriques africains sont souvent fragiles, peu interconnectés et déjà soumis aux délestages. Injecter massivement des renouvelables sans solutions de stockage adaptées risque donc d'accentuer l'instabilité du système électrique.

Le stockage de l'énergie apparaît comme la solution clé, mais il reste coûteux dans certains cas, technologiquement exigeant et fortement dépendant des importations, ce qui limite aujourd'hui sa généralisation à grande échelle. Par ailleurs, même si le coût du solaire a fortement baissé, une transition rapide vers un système dominé par les renouvelables nécessite des investissements importants dans les réseaux, les infrastructures et les systèmes de pilotage. Pour des États aux ressources financières limitées, cela peut accroître la dépendance aux financements extérieurs et fragiliser les finances publiques.

Contrairement à d'autres pays, qui bénéficient de réseaux fortement interconnectés, de capacités de stockage importantes, les pays africains doivent composer avec des infrastructures encore en construction. Dans le même temps, les besoins d'industrialisation, d'électrification des transports et de modernisation des services exigent une énergie fiable, disponible en permanence.

Ainsi, reconnaître que les pays africains ne peuvent pas fonder l'essentiel de leur production électrique uniquement sur les renouvelables intermittentes (solaire et éolien) n'est pas un rejet de ces technologies. C'est une approche réaliste et pragmatique, qui souligne la nécessité d'un mix énergétique équilibré, intégrant des sources pilotables comme l'hydroélectricité ou le thermique, tout en développant progressivement les renouvelables et le stockage. Les énergies renouvelables doivent être un pilier central, mais pas l'unique fondation du système électrique africain.

Dans le même sens, pensez vous que le solaire photovoltaïque en grande envergure est bien adapté au Burkina Faso ?

Le solaire photovoltaïque à grande échelle représente une opportunité majeure pour le Burkina Faso, mais son déploiement doit tenir compte des contraintes climatiques locales. La chaleur constitue un premier défi : les panneaux peuvent atteindre 70 à 80°C en plein soleil, ce qui réduit leur puissance en raison du coefficient de température. La plage de température (Operating temperature) –40°C à +85°C indiquée sur les modules n'est pas problématique en soi, mais l'enjeu réel est leur performance dans la zone critique de 50 à 75°C, typique du climat sahélien. Pour limiter les pertes, il est essentiel d'améliorer la ventilation naturelle, de choisir des modules moins sensibles à la chaleur et d'optimiser l'espacement entre les rangées.

La poussière représente un second défi majeur. Les vents secs, la poussière sahélienne et les épisodes d'harmattan peuvent réduire la production de 10 à 30% sans nettoyage régulier. Cette accumulation entraîne une baisse de l'irradiance, une hausse de la température des panneaux, une dégradation accélérée des matériaux et une augmentation des coûts d'exploitation. C'est un facteur critique pour les centrales solaires au sol, qui nécessite une gestion rigoureuse.

Dans ce contexte, il devient indispensable d'orienter la recherche vers des technologies adaptées au climat burkinabè. Cela inclut le développement de modules anti poussière, l'adoption de technologies moins sensibles à la chaleur (comme l'hétérojonction ou les modules bifaciaux), l'utilisation de systèmes de nettoyage automatisés à faible consommation d'eau et l'optimisation du design des centrales pour limiter l'accumulation de poussière. Des études locales sur le vieillissement accéléré des panneaux en climat sahélien sont également nécessaires pour garantir des installations durables et performantes.

⁠Quels risques techniques, économiques ou sociaux voyez-vous dans une stratégie « 100% renouvelable » non-accompagnée ?

Une stratégie « 100% renouvelable » non-accompagnée comporte des risques importants qui peuvent compromettre la transition énergétique elle même. Sur le plan technique, la variabilité naturelle du solaire et de l'éolien peut déstabiliser un réseau qui n'a pas été préparé pour absorber des fluctuations rapides de production. Sans stockage, sans flexibilité et sans moyens pilotables en soutien, le système devient vulnérable aux chutes soudaines de puissance, ce qui se traduit par une dégradation de la qualité du service et une exposition accrue aux incidents majeurs. Cette fragilité technique limite mécaniquement la part de renouvelables qu'un pays peut intégrer sans mettre en péril la stabilité du réseau.

Sur le plan économique, une transition précipitée peut générer des investissements inefficaces et des coûts cachés. Installer massivement des capacités renouvelables sans adapter les infrastructures peut conduire à des équipements sous exploités, à des pertes financières et à une dépendance accrue aux importations technologiques. Les dépenses liées à la compensation de l'intermittence, au maintien de centrales thermiques en appui ou à la gestion des perturbations du réseau peuvent rapidement dépasser les économies attendues. À terme, ces déséquilibres peuvent peser sur les finances publiques et entraîner une hausse des tarifs pour les consommateurs.

Les risques sociaux ne sont pas moins préoccupants. Une transition mal structurée peut accentuer les disparités territoriales, notamment si les zones rurales restent en marge des investissements ou si la qualité du service se dégrade malgré les efforts engagés. L'instabilité du réseau peut susciter frustration et perte de confiance, compromettant l'adhésion de la population aux politiques énergétiques. De plus, une mutation trop rapide peut fragiliser certains secteurs d'emploi sans offrir de solutions de reconversion, créant des tensions sociales et freinant le développement économique.

En somme, une stratégie « 100% renouvelable » ne peut réussir que si elle s'accompagne d'un renforcement du réseau, d'une montée en puissance du stockage, d'une planification économique rigoureuse et d'un accompagnement social adapté. Sans ces conditions, elle risque de produire l'effet inverse de celui recherché.

⁠Quelle serait, selon vous, une architecture énergétique plus réaliste pour un pays comme le Burkina Faso ?

Une architecture énergétique réaliste pour le Burkina Faso pourrait reposer sur un mix équilibré, progressif et sécurisé, plutôt que sur une dépendance exclusive à une seule source. Le stockage de l'énergie joue un rôle clé, mais son déploiement doit rester ciblé et progressif, en priorité dans les zones critiques (hôpitaux, industries, centres urbains), afin d'en maîtriser les coûts.

Parallèlement, la réussite de cette architecture passe par un renforcement des réseaux électriques et une politique ambitieuse d'efficacité énergétique, qui permet de réduire la demande à moindre coût et de limiter les investissements lourds en nouvelles capacités de production. L'électrification des usages doit être planifiée de manière graduelle, en ciblant d'abord les services essentiels et les activités productives. Cette transition nécessite enfin une coordination forte des acteurs institutionnels et une vision de long terme, afin de concilier sécurité énergétique, soutenabilité financière et développement économique du pays.

⁠Vous soutenez que la Sonabel (Société nationale d'électricité du Burkina Faso) aurait intérêt à subventionner l'efficacité énergétique dans les ménages et l'industrie. En quoi est-ce économiquement rationnel pour une société de distribution ?

Il est économiquement rationnel pour une société de distribution comme la Sonabel de subventionner l'efficacité énergétique, car réduire la demande coûte souvent moins cher que produire davantage d'électricité. Chaque kilowattheure économisé chez les consommateurs permet d'éviter des investissements lourds dans de nouvelles centrales, des groupes thermiques de secours ou des extensions urgentes du réseau. Pour la Sonabel, cela signifie moins de dépenses en carburant, une réduction des coûts d'exploitation et une meilleure maîtrise des pointes de consommation, qui sont les plus coûteuses à satisfaire.

Subventionner l'efficacité énergétique permet également d'améliorer la stabilité et la qualité du réseau. En réduisant les pics de charge liés à la climatisation, à l'éclairage inefficace ou aux équipements industriels obsolètes, la Sonabel limite les surcharges, les délestages et l'usure prématurée des transformateurs et des lignes. Cette baisse des contraintes techniques se traduit par une diminution des pertes électriques et des coûts de maintenance, tout en prolongeant la durée de vie des infrastructures existantes.

Sur le plan financier, l'efficacité énergétique contribue à améliorer la situation économique globale de la Sonabel, même si les volumes d'électricité vendus diminuent légèrement. Des consommateurs mieux équipés et moins exposés aux coupures sont plus enclins à payer régulièrement leurs factures, ce qui améliore le taux de recouvrement. Par ailleurs, des programmes ciblés d'efficacité énergétique coûtent souvent moins cher que les subventions directes à la production thermique, tout en offrant des bénéfices durables et mesurables dans le temps.

Enfin, en soutenant l'efficacité énergétique dans les ménages et l'industrie, la Sonabel renforce son rôle stratégique dans la transition énergétique et sa relation avec les usagers. Elle devient un acteur de service public moderne, orienté vers la maîtrise de la demande, plutôt que vers la seule augmentation de l'offre. Cette approche favorise l'acceptabilité sociale des politiques tarifaires, réduit les tensions liées aux coupures et prépare le système électrique à intégrer davantage d'énergies renouvelables, dans des conditions techniques et économiques plus soutenables.

Concrètement, quelles mesures énergétiques seraient les plus efficaces à court terme au Burkina Faso (dans les ménages, l'industrie et les bâtiments publics) ?

À court terme, les mesures d'efficacité énergétique les plus efficaces au Burkina Faso sont celles qui coûtent peu, qui peuvent être déployées rapidement et produire des économies immédiates, sans nécessiter de lourdes transformations du système électrique.

Dans les ménages, la priorité absolue est l'éclairage efficace. Le remplacement des ampoules incandescentes et fluorescentes par des lampes LED permet de réduire la consommation liée à l'éclairage de 50 à 80%, avec un retour sur investissement inférieur à un an. Ce projet a déjà été mis en place depuis 2017. Viennent ensuite les climatiseurs et ventilateurs performants, car le refroidissement représente une part croissante de la demande électrique urbaine. Des subventions ciblées pour des climatiseurs à haut rendement, associées à des normes minimales de performance et à une sensibilisation sur les bonnes pratiques (comme le réglage de la température à 24–26°C, l'entretien régulier), peuvent réduire significativement les pics de consommation. Enfin, l'élimination des consommations inutiles (appareils en veille, chargeurs branchés en permanence) constitue un gisement d'économies simple et immédiat.

Dans le secteur industriel et artisanal, les gains rapides proviennent principalement de l'optimisation des moteurs électriques, qui représentent souvent plus de la moitié de la consommation. Le remplacement progressif des anciens moteurs par des moteurs à haut rendement, l'installation de variateurs de vitesse sur les pompes et ventilateurs, et l'amélioration du facteur de puissance permettent de réduire la facture énergétique de 10 à 30% sans affecter la production.

Les audits énergétiques ciblés, menés sur les sites les plus énergivores, représentent un outil stratégique pour identifier rapidement des actions prioritaires à faible coût et à fort rendement. Dans cette perspective, la Sonabel doit assumer un rôle moteur, notamment en soutenant (lorsque cela est pertinent) la subvention de certains équipements performants et en travaillant en synergie avec les institutions financières. Une telle collaboration permet de simplifier la réalisation des audits, de réduire les obstacles administratifs et d'accélérer l'application concrète des recommandations. Ce partenariat renforcé garantit des améliorations d'efficacité mesurables, durables et directement bénéfiques pour l'ensemble du système énergétique.

Dans les bâtiments publics (administrations, écoles, hôpitaux), l'efficacité énergétique offre un double avantage : des économies budgétaires immédiates et un rôle exemplaire de l'État. Les mesures les plus efficaces à court terme incluent le passage systématique à l'éclairage LED, l'installation de systèmes simples de gestion de l'éclairage et de la climatisation (minuteries, thermostats), ainsi que l'amélioration de l'isolation passive (protections solaires, ventilation naturelle, toitures réfléchissantes). Dans les hôpitaux et services essentiels, ces actions améliorent aussi la qualité du service en réduisant les coupures et la dépendance aux groupes électrogènes.

Existe-t-il des exemples internationaux où ce type de politique a porté ses fruits ?

Plusieurs pays ont démontré que les opérateurs publics d'électricité peuvent jouer un rôle déterminant dans la promotion de l'efficacité énergétique. Au Maroc, l'Office national de l'électricité et de l'eau potable a mené des actions structurantes telles que la distribution massive de lampes basse consommation puis LED, la mise en place de programmes d'efficacité dans l'industrie et les bâtiments publics, ainsi que l'introduction de normes strictes pour les climatiseurs et réfrigérateurs.

Au Sénégal, la Senelec a suivi une approche similaire en distribuant des millions de lampes LED dans les zones urbaines, en régulant les équipements importés (notamment les climatiseurs) et en lançant des programmes d'efficacité dans les bâtiments publics. Ces mesures ont contribué à diminuer les pics de consommation et à réduire les délestages, améliorant ainsi la stabilité du réseau.

Au Kenya, Kenya Power a mis en œuvre des audits énergétiques industriels obligatoires pour les grands consommateurs, des programmes de gestion de la demande et des campagnes de promotion des équipements performants. Cette stratégie a renforcé la résilience du système électrique sans recourir massivement aux centrales thermiques, souvent coûteuses et polluantes.

Au Brésil, Eletrobras (équivalent de la Sonabel) est légalement tenu d'investir une part de son chiffre d'affaires dans l'efficacité énergétique. Cette obligation a permis de financer des programmes dans l'industrie, les ménages et les bâtiments publics, entraînant une réduction durable de la demande et le report d'investissements lourds dans de nouvelles infrastructures.

Enfin, un exemple particulièrement inspirant pour le Burkina Faso est celui de Hydro Québec (équivalent de la Sonabel au Québec). À travers des programmes comme « Solutions efficaces », la société (Hydro Québec) subventionne les projets d'efficacité énergétique des entreprises et institutions. Hydro Québec finance également l'optimisation des procédés industriels, permettant des économies d'énergie substantielles, une réduction des pointes et une optimisation du réseau.

Quelles leçons peut-on en tirer pour le Burkina Faso ?

L'expérience internationale montre clairement que le Burkina Faso doit placer l'efficacité énergétique au même niveau de priorité que la production. Les pays qui ont réussi leur transition ont d'abord ciblé les usages les plus énergivores (comme l'éclairage, la climatisation, les moteurs) en appliquant des mesures simples, rapides et peu coûteuses. Pour le Burkina Faso, plusieurs actions peuvent produire des résultats immédiats : interdire strictement l'importation d'équipements électroménagers non labellisés, instaurer des tarifs incitatifs pour les entreprises qui optimisent leur consommation, travailler à ce que la Sonabel puisse soutenir financièrement l'acquisition d'équipements performants, et renforcer le contrôle des audits énergétiques dans les structures et industries assujetties. Ces mesures permettraient de réduire rapidement la demande, de limiter les délestages et d'améliorer la qualité du service, sans attendre la mise en service de nouvelles centrales.

Une autre leçon clé est le rôle central de l'opérateur électrique. Là où les programmes d'efficacité énergétique ont fonctionné, les sociétés de distribution ont été directement impliquées. Pour la Sonabel, soutenir l'efficacité énergétique n'est pas une perte financière, mais un moyen de réduire ses coûts, d'éviter de gros investissements et de mieux gérer la demande.

Les expériences réussies montrent aussi l'importance d'un cadre institutionnel clair et coordonné. Le Burkina Faso doit renforcer la collaboration entre la DGE (Direction générale de l'énergie), la Sonabel, l'ANEREE (Agence nationale des énergies renouvelables et de l'efficacité), l'ABER (Agence burkinabè de l'électrification rurale) et l'ARSE (Autorité de régulation du secteur de l'énergie), avec des objectifs précis, des financements dédiés et un suivi rigoureux. Sans cette cohérence, même de bonnes mesures techniques perdent en impact.

Enfin, la transition énergétique doit être progressive, pragmatique et socialement inclusive. Les pays qui ont avancé durablement ont accompagné les ménages et les entreprises par des incitations, de la formation et de la communication. Pour le Burkina Faso, investir dans l'efficacité énergétique permet d'améliorer immédiatement la vie des populations, de renforcer la résilience du système électrique et de préparer, à moindre coût, l'intégration future des renouvelables et du stockage.

⁠On parle beaucoup d'électrifier le transport, la cuisson, l'industrie. Est-ce réaliste aujourd'hui pour le Burkina Faso ?

L'électrification des usages est un objectif important pour le Burkina Faso, mais elle ne peut pas être mise en œuvre de manière globale et immédiate. Le système électrique actuel, limité en production, fragile et coûteux, ne pourrait pas supporter une hausse rapide de la demande sans aggraver les délestages ni alourdir les finances publiques.

Dans le transport, une électrification ciblée, notamment pour les flottes publiques comme les bus urbains ou les véhicules administratifs, est réaliste, car les besoins sont prévisibles et la recharge contrôlable. En revanche, une généralisation rapide des véhicules électriques privés exigerait des infrastructures et une stabilité du réseau qui ne sont pas encore disponibles.

Pour la cuisson, une électrification massive créerait des pics de demande difficiles à gérer. Des solutions intermédiaires comme le gaz, les foyers améliorés ou la biomasse moderne sont plus adaptées à court terme, tandis que l'électricité peut être réservée à certains usages collectifs.
Dans l'industrie, l'électrification est plus pertinente, mais elle doit être accompagnée d'investissements pour fiabiliser l'alimentation et améliorer l'efficacité énergétique. L'industrie a besoin d'une énergie stable et prévisible, ce qui impose de sécuriser le réseau avant d'électrifier davantage.

⁠Quels sont les risques d'une électrification trop rapide et mal préparée ?

Une électrification trop rapide et mal préparée comporte plusieurs risques importants pour un pays dont le système électrique reste fragile. Sur le plan technique, une hausse brusque de la demande peut surcharger les lignes, les transformateurs et les postes, entraînant davantage de délestages, des variations de tension et même des risques de coupures généralisées. Un réseau sollicité au delà de ses capacités vieillit plus vite, ce qui augmente les coûts de maintenance et réduit la fiabilité globale du service.

Sur le plan économique, une électrification menée trop rapidement peut entraîner des investissements mal adaptés, par exemple dans des bornes de recharge ou des équipements électriques qui resteraient sous‑utilisés parce que le réseau n'est pas encore capable de les supporter. Une telle situation oblige également l'État à conserver des centrales thermiques en secours pour garantir la continuité du service, ce qui augmente les coûts de production. À long terme, ces dépenses additionnelles risquent d'entraîner une hausse des tarifs pour les ménages et les entreprises, tout en alourdissant la charge financière qui pèse sur le budget public.

Sur le plan social, une transition énergétique mal préparée peut aggraver les inégalités d'accès à l'électricité, notamment si les zones rurales et les ménages à faibles revenus ne profitent pas des nouvelles infrastructures. Si les coupures persistent ou s'intensifient malgré les investissements réalisés, la population peut perdre confiance dans les institutions et rejeter les politiques mises en place. Par ailleurs, plusieurs secteurs professionnels (comme la mécanique thermique, la cuisson traditionnelle ou encore le transport informel) risquent d'être perturbés en l'absence de solutions de remplacement viables. Cette situation peut entraîner une baisse des revenus, une fragilisation de l'emploi et une instabilité sociale plus large.

Selon vous, quels devraient être les rôles respectifs de la DGE, de la Sonabel, de l'ANEREE, de l'ABER et de l'ARSE dans l'atteinte des objectifs nationaux du secteur énergétique ?

La répartition des rôles entre les institutions du secteur énergétique doit être claire et complémentaire pour permettre au Burkina Faso d'atteindre ses objectifs nationaux. La DGE joue un rôle central de planification et d'orientation stratégique. Elle définit la vision du mix énergétique, élabore les politiques nationales, coordonne les programmes et assure la cohérence entre les différents acteurs. Elle est également responsable de la mobilisation des financements et du suivi global des performances du secteur.

La Sonabel, en tant qu'opérateur technique du système électrique, doit contribuer globalement à garantir la fiabilité de la production, du transport et de la distribution de l'électricité. Elle doit intégrer progressivement les énergies renouvelables, gérer la stabilité du réseau, optimiser le dispatching et réduire les pertes techniques. Son rôle est déterminant pour assurer une alimentation électrique continue et de qualité, condition indispensable à toute transition énergétique.

L'ANEREE joue un rôle central dans la maîtrise de la demande d'énergie et dans la promotion de l'efficacité énergétique au Burkina Faso. Elle intervient dans l'élaboration et l'application des normes de performance énergétique, conduit des campagnes de sensibilisation auprès des ménages et des entreprises, et accompagne les acteurs dans l'adoption de pratiques et d'équipements plus économes. Elle supervise également les audits énergétiques, un outil clé pour identifier les gisements d'économie. Son rôle doit aussi s'étendre à la recherche appliquée, en développant et en testant des solutions énergétiques innovantes (comme des systèmes pilotes, des technologies émergentes, des modèles de gestion intelligente) qui pourront ensuite être déployées à grande échelle.

L'ABER, pour sa part, est responsable de l'électrification rurale et du développement des solutions décentralisées. Elle coordonne les mini réseaux, les systèmes hors réseau et les projets financés par l'État ou les partenaires techniques et financiers. Son action vise à réduire les inégalités territoriales et à garantir que la transition énergétique bénéficie également aux zones rurales.

Enfin, l'ARSE assure la régulation du secteur, la transparence et la protection des usagers. Elle encadre les tarifs, supervise les contrats, régule l'autoproduction et les producteurs indépendants, et veille à la qualité du service. En garantissant un cadre stable et équitable, elle favorise la confiance des investisseurs et protège les consommateurs.

A votre avis, que faudrait-il changer en priorité pour atteindre les objectifs nationaux du secteur énergétique ?

Atteindre les objectifs nationaux du secteur énergétique au Burkina Faso exige des transformations prioritaires à la fois techniques, institutionnelles et financières. La première urgence consiste à renforcer et moderniser le réseau électrique, encore fragile et insuffisamment préparé à accueillir une part croissante d'énergies renouvelables intermittentes. Le pays doit investir rapidement dans le renforcement des lignes de transport, la modernisation des postes, la digitalisation du réseau et la réduction des pertes techniques et commerciales.
La deuxième priorité est de placer l'efficacité énergétique au cœur de la stratégie nationale.

Des mesures simples et peu coûteuses (subvention à grande échelle de l'éclairage LED, promotion d'équipements performants, audits énergétiques dans l'industrie et le tertiaire) peuvent réduire rapidement la demande aux heures de pointe. Cette maîtrise de la demande allège la pression sur le réseau, améliore la qualité du service et limite les besoins d'investissements lourds en production. C'est l'un des leviers les plus rapides et les plus rentables pour stabiliser le système.

Troisièmement, le Burkina Faso doit construire un mix énergétique équilibré, pilotable et résilient. Le solaire et l'éolien doivent être développés de manière ambitieuse mais encadrée, en complément de centrales thermiques modernisées et de l'hydroélectricité. Le stockage d'énergie doit être introduit progressivement, en priorité sur les zones critiques du réseau, afin de lisser la production renouvelable, réduire les délestages et sécuriser l'approvisionnement.

Enfin, l'atteinte des objectifs nationaux ne peut être envisagée que si la collaboration entre ces institutions est fluide, transparente et fondée sur une compréhension claire des responsabilités de chacun. Le secteur énergétique burkinabè souffre souvent de chevauchements de missions, de rivalités institutionnelles et de difficultés de coordination qui ralentissent les réformes. Pour éviter ces écueils, chaque acteur doit travailler dans une logique de complémentarité, en partageant l'information, en harmonisant les plans d'action et en alignant leurs priorités sur une vision commune définie par l'État.

La DGE doit jouer pleinement son rôle de chef d'orchestre, la Sonabel et l'ABER doivent coopérer sur les questions de réseau et d'accès, l'ANEREE doit fournir des données fiables sur la demande, l'efficacité énergétique ainsi que les nouvelles technologies et l'ARSE doit garantir un cadre équitable qui encourage la performance de tous. Une gouvernance énergétique cohérente, fondée sur la confiance et la coordination, est indispensable pour accélérer la transition énergétique, optimiser les ressources publiques et offrir aux citoyens un service électrique fiable et durable.

Propos recueillis par Samirah Elvire Bationo
Lefaso.net

Catégories: Afrique

U.S. Navy Continues BQM-177 Target Drone Demos with Hivemind AI

The Aviationist Blog - lun, 12/01/2026 - 22:59
The U.S. Navy demonstrated the manned-unmanned teaming capabilities of BQM-177s using Shield AI’s Hivemind software in a simulated CCA air combat scenario. The Naval Air Systems Command (NAVAIR) announced on Jan. 12, 2026, that the U.S. Navy completed a second successful demonstration of the BQM-177A subsonic aerial target equipped with Shield AI’s Hivemind software in […]
Catégories: Defence`s Feeds

Coopération Burkina Faso-Vatican : le Nonce Apostolique et le Chef de la diplomatie burkinabè échangent sur les perspectives

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 22:56

Le ministre des affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l'Extérieur, Karamako Jean Marie Traoré a accordé une audience ce lundi 12 janvier 2026 au Nonce Apostolique au Burkina Faso, Monseigneur Éric Soviguidi, indique le service communication du ministère. Les échanges entre le diplomate du Vatican et le Patron de la diplomatie burkinabè ont essentiellement porté sur l'engagement de l'Eglise aux côtés du gouvernement pour la prise en charge des personnes déplacées internes et la gestion des crises sociales et sécuritaires.

Monseigneur Éric Soviguidi a laissé entendre qu'au-delà de sa mission religieuse, l'Eglise catholique au Burkina Faso tout comme dans l'ensemble du Sahel, participe à l'accompagnement des populations pendant cette période que traverse la région et où le peuple en toute responsabilité a décidé de prendre son destin en main.

A cette audience, le Chef de la diplomatie burkinabè et le Nonce Apostolique ont tous les deux relevé la nécessité de travailler à l'assèchement des sources de financement du terrorisme, et l'urgence pour tous les pays de la sous-région d'avoir une perception commune et une même posture par rapport à ce phénomène. C'est en cela que ces pays pourront faire front commun et engager une synergie d'actions contre l'ennemi.

« Nous avons aussi échangé sur la collaboration internationale et le rôle que le Saint Siège peut avoir et la voix qu'elle peut porter pour que la crise au Sahel soit reconnue à sa juste valeur et traitée comme telle », a indiqué Monseigneur Éric à sa sortie d'audience. Il a aussi reconnu et salué les acquis déjà engrangés et les chantiers en cours en matière de développement du Burkina Faso tels que Faso Mêbo, tout en confiant que l'Eglise est engagée à soutenir cette initiative.

Après s'être présenté aux plus hautes autorités du pays, le Représentant du Saint Siège a signifié que la phase suivante de sa mission au Burkina Faso, consistera à aller au contact du terrain afin de mieux définir et articuler les actions à mettre en œuvre. Cette démarche a été fortement encouragée par le ministre des Affaires étrangères, qui a saisi l'occasion pour exprimer les attentes du gouvernement vis-à-vis des partenaires comme le Saint Siège. Il s'agit de contribuer à une prise en compte de la dimension réelle de la crise au Sahel et de donner de la voix pour qu'elle ne soit plus négligée et utilisée comme un instrument de politique étrangère par certains Etats essentiellement occidentaux.

www.lefaso.net
Source : DCRP/MAECR-BE

Catégories: Afrique

Coopération Burkina - Etats-Unis : Les ambassadeurs des deux pays échangent sur le renforcement du partenariat

Lefaso.net (Burkina Faso) - lun, 12/01/2026 - 22:51

L'Ambassadeur des États-Unis au Burkina, Joann M. Lockard a rencontré ce 8 janvier 2026, à Washington, D.C., Kassoum Coulibaly, Ambassadeur du Burkina Faso aux États-Unis.

Selon l'ambassade des États-Unis au Burkina qui rapporte l'information, cette rencontre a été l'occasion pour la diplomate américaine de présenter ses vœux de bonne année à tous les Burkinabè et aborder officiellement la célébration du 250e anniversaire des États-Unis d'Amérique.

Les deux diplomates ont principalement échangé sur le renforcement du partenariat entre nos deux nations. Il a été notamment question des opportunités pour approfondir les relations bilatérales, promouvoir la compréhension mutuelle et faire avancer les priorités communes des peuples américain et burkinabè.

www.lefaso.net

Source : Page Facebook de l'ambassade des États-Unis au Burkina

Catégories: Afrique

Mali : trois sites industriels de Kayes attaqués par les jihadistes

France24 / Afrique - lun, 12/01/2026 - 22:43
Au Mali, trois sites industriels de la région de Kayes ont été attaqués dimanche par des djihadistes du JNIM. Deux de ces usines appartiennent à des hommes d'affaires maliens, alors que la troisième est la propriété d'un groupe indien. Ces trois usines avaient déjà été visées le 1er juillet dernier. Notre correspondant régional, Serge Daniel, nous en dit plus.
Catégories: Afrique

Pages