En signant des accords de défense avec les États-Unis, la plupart des États du Golfe se croyaient à l’abri de la menace iranienne. En contrepartie de ces accords, les États de la région avaient consenti l’installation de bases états-uniennes ou d’infrastructures sur leur territoire. Certains pays comme les Émirats arabes unis ont par ailleurs rejoint les accords d’Abraham en 2020 et ont poussé très loin leur coopération avec Israël.
Les États arabes du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Koweït et Oman) ont cherché à entretenir de bonnes relations avec leur voisin iranien même s’ils regardaient avec appréhension l’encerclement qui se mettait en place dans un croissant chiite qui allait de l’Irak au Yémen en passant par le Liban et la Syrie. La chute du régime d’Assad en décembre 2024 et le coup sévère porté au Hezbollah libanais à l’automne 2024 avaient été accueillis avec un certain soulagement par l’Arabie saoudite et les autres pays de la région. Depuis, Riyad est devenu, avec la Turquie, le principal soutien du président syrien Ahmed Al-Charaa.
Une normalisation des relations teintée de méfiance et d’arrière-penséesDepuis quelques années, les relations entre les États du Golfe et leur voisin perse étaient sur la voie de la normalisation. Les accords de mars 2023 signés à Pékin visaient à rétablir un semblant de relations de bon voisinage entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Depuis cette date, la relation entre les deux pays s’était nettement apaisée et des hauts responsables iraniens, notamment Ali Larijani, s’étaient rendus en Arabie saoudite à deux reprises (en juillet et en septembre 2025).
Le sultanat d’Oman qui occupe une place particulière, puisqu’il partage le contrôle du détroit d’Ormuz avec son voisin iranien, a depuis longtemps joué un rôle essentiel de facilitateur de la relation entre Téhéran et les Washington. Les échanges de visites au plus haut niveau ont été fréquents ces dernières années (visite du président Raïssi à Mascate en mai 2022, visite du sultan Haïtham à Téhéran en mai 2023, visite du président Pezchkian à Mascate en mai 2025). Oman était très impliqué dans les négociations sur le nucléaire iranien, tant sur son territoire qu’à Genève. Ali Larijani avait notamment fait le voyage au sultanat pour échanger des propositions avec la partie états-unienne.
Tous les pays de la région conscients des conséquences d’une attaque massive contre l’Iran avaient cherché à dissuader le président Trump d’une intervention contre ce pays. Surtout qu’elle ne semblait pas justifiée au stade des négociations en cours et que de sérieux progrès avaient été réalisés dans les discussions comme le souligne Sayyid Badr dans un article publié par The Economist.
Un coup sévère porté à l’attractivité des pays de la régionL’attaque massive du 28 février 2026 contre l’Iran a pris de surprise tous les pays de la région. La riposte iranienne et sa capacité à atteindre des terminaux pétroliers et gaziers, des raffineries, des usines de dessalement d’eau de mer et d’autres infrastructures comme les aéroports de Dubaï, Abou Dabi et Doha qui sont devenus ces dernières années des hubs régionaux très importants pour le trafic aérien entre l’Europe et l’Asie, a porté un coup sévère à l’économie de ces pays.
L’image écornée qui en résulte est peut-être même plus encore dommageable pour les monarchies pétrolières de la région qui, fortes de leur rente quasi inépuisable, avaient réussi à construire un modèle de modernité et de vie aseptisée qui avait séduit de nombreuses de personnes à Dubaï et ailleurs dans le Golfe.
Les pays du Golfe, entre sidération et passivitéEn frappant durement ses voisins, l’Iran met en exergue leur vulnérabilité. En bloquant le détroit d’Ormuz et en empêchant le transit du pétrole, du gaz, des engrais et de bien d’autres produits comme l’aluminium, Téhéran prive ses voisins de leurs principaux revenus. Il existe plusieurs explications à cela, l’une pourrait être qu’en agissant ainsi les autorités iraniennes souhaitent obliger les pays de la région à faire pression sur les États-Unis pour que cessent les attaques contre l’Iran. L’autre explication serait celle de démontrer la fragilité du socle sur lequel reposent les modèles de développement adoptés.
La passivité des pays de la région étonne. Ces États ont acquis au cours des dernières années pléthore de matériel militaire auprès des États-Unis, ainsi que des pays européens dont la France et d’autres pays asiatiques. Pour l’instant, ils se sont bien gardés de les utiliser ou de riposter aux attaques. Est-ce une façon de préserver l’avenir ou un aveu de faiblesse sur l’incapacité d’assurer une défense crédible ?
Pourquoi l’Iran a-t-il pris le risque de détériorer durablement sa relation avec ses voisins immédiats après des années de tentative de rétablissement d’un semblant de relations de bon voisinage ? Pourquoi s’en prendre à l’Arabie saoudite, au Qatar alors que ces pays semblaient vouloir s’accommoder de ce voisinage ? L’Arabie saoudite par la voix de son ministre des Affaires étrangères a déclaré que : « la confiance entre l’Iran et ses voisins était rompue et que ces attaques auront des conséquences à long terme ».
L’après-conflit pourrait modifier profondément la donneConscients de la vulnérabilité et de leur dépendance au détroit d‘Ormuz, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) pourraient envisager des alternatives. Le blocus du détroit impacte les pays de la région à des degrés divers. Si le Bahreïn, le Qatar et le Koweït n’ont pas d’autres alternatives que de faire transiter leur pétrole par Ormuz, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Oman en sont moins dépendants. L’Arabie saoudite pourrait exporter son pétrole par l‘oléoduc de 720 km qui traverse le pays et débouche en mer rouge. Cet oléoduc a une capacité de 5 millions de barils/jour. Le Tapline qui permettait d’exporter le pétrole saoudien et d’autres pays du Golfe jusqu’en Méditerranée ne fonctionne plus depuis des décennies, mais il pourrait un jour être ressuscité.
Les capacités du terminal pétrolier de Fujaïrah sur la mer d’Oman sont estimées à 1,5 million de barils/jour. Elles pourraient être renforcées. À plus long terme, le projet de chemin de fer trans-Golfe qui stagne depuis des années pourrait être mis en œuvre. Des routes existantes comme la route de quelques 700 Kms qui traverse le Rub Al-Khali et qui relie l’Arabie à Oman pourraient voir son trafic s’intensifier.
L’autre conséquence de ce conflit aura été le réchauffement des relations entre l’Arabie saoudite et Abou Dabi. Dès le lendemain des attaques, les deux chefs d’État se sont entretenus alors que les relations entre les deux pays traversaient une période de gel.
Si les objectifs de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran (changement de régime et destruction des capacités nucléaires) n’étaient pas atteints, certains pays de la région comme les Émirats arabes unis pourraient être tentés de réviser leur politique vis-à-vis d’Israël
Les États de la région ont pris conscience de leur vulnérabilité et devront agir en conséquence pour construire une défense crédible capable de dissuader leur puissant voisin, mais en ont-ils les moyens humains pour le faire ?
Cette « guerre » courte ou longue soit-elle aura sans doute des conséquences durables dans les années à venir.
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Dans un environnement marqué par la superposition des crises, l’intensification des interdépendances et le retour assumé du rapport de force, les vulnérabilités des systèmes – énergétiques, informationnels, économiques, climatiques, logistiques – ne sont plus seulement des facteurs de fragilité : elles deviennent tout autant de leviers de conflictualité. Intitulé « Guerre des systèmes : un abécédaire de la résilience », le dossier de La Revue internationale et stratégique n° 141 propose d’interroger cette « guerre des systèmes » en articulant trois exigences complémentaires : évaluer les risques systémiques, comprendre la manière dont des acteurs peuvent instrumentaliser des systèmes interdépendants, et penser les conditions d’une résilience opératoire, au croisement des sphères civile et militaire. Conçu comme un abécédaire, il offre des entrées thématiques autonomes qui composent, par leur enchaînement, un continuum analytique.
Cet « Abécédaire de la guerre des systèmes » prolonge cette logique. Il prend la forme d’un corpus de sources issues de la science, du monde académique ainsi que de documents officiels, auxquels s’ajoutent des recommandations culturelles plus larges. En proposant pour chaque mot-clé une sélection de réflexions issues de la recherche, des assurances, du monde militaire et de la fiction, il a pour objectif de croiser les regards et d’enrichir le corpus constitué par le dossier, selon de multiples entrées consultables de manière indépendante.
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A la guerre, il y a le coût des heures de fonctionnement, des munitions, des pièces de rechanges, mais
Plus d'infos »The world’s population is currently at a record high of 8.3 billion and is expected to continue growing throughout the 21st century, significantly impacting planetary sustainability. Credit: Shutterstock
By Joseph Chamie
PORTLAND, USA, Mar 23 2026 (IPS)
On planet Earth, world population in 2026 is 8.3 billion people, which is four times larger than it was a hundred years ago.
Despite this record number of humans living on the planet, world population is expected to continue increasing throughout the 21st century, significantly impacting planetary sustainability.
Over the past two hundred years, the human population on the planet has experienced unprecedented growth rates. For example, it took thousands of years for world population to reach the one billion mark at the beginning of the 19th century, in 1804.
In the subsequent centuries, the growth of world population accelerated with record high rates of demographic growth. It took approximately 123 years for the world’s population to increase from one billion to two billion and 47 years for the world population to double again, reaching four billion in 1974.
The time required for the subsequent billion additions to the world population was relatively short, approximately twelve years. In summary, the human population on planet Earth has increased five-fold since the beginning of the 20th century (Figure 1).
Source: United Nations.
United Nations population projections anticipate that world population will continue to grow throughout the 21st century. By around 2060, world population is expected to reach 10 billion, which is ten times the size it was in 1804. Furthermore, world population is projected to peak at 10.3 billion in 2084 and then slightly decrease to 10.2 billion by the end of the century.
As the world population has grown rapidly, the geographic distribution of billions of people across the planet has also significantly changed since the beginning of the 20th century.
Particularly notable are the changing proportions of the world’s population living in Africa and Europe. At the start of the 20th century, the proportions of the world’s population living in Africa and Europe were 8% and 25%, respectively. By the end of the 21st century, those proportions are projected to be 37% for Africa and 6% for Europe (Table 1).
Source: United Nations.
Another significant change involves the proportion of the world’s population living in Asia. At the beginning of the 20th century, around 60% of the world’s population lived in Asia. However, by the close of the 21st century, that proportion is expected to decrease significantly to 45%.
The proportions of the world’s population living in the other three major regions have been relatively stable, remaining in single digits. The proportions for Latin America and the Caribbean, Northern America and Oceania are approximately 8%, 5% and 1%, respectively.
The shifts in the global distribution of world population have led to significant economic, political, social, and environmental implications. Despite these important consequences, much attention in the media, business boardrooms, and government offices is focused on low fertility rates and the resulting population decline in many countries.
It is the case that more than half of the countries worldwide have fertility rates below replacement levels, leading to population decline and demographic ageing. However, the media often portrays a stable or smaller population in a negative light.
The consequences of the ongoing population growth, projected to reach 10.3 billion people by 2084, will lead to a complex mixture of global problems that many governments, unfortunately, typically ignore, dismiss, or minimize
In such reporting, terms like “weak” or “anemic” are used to describe moderate population growth, while “flat” or “stalled” are used for stable population. Additionally, those who warn of depopulation often predict a future crisis instead of discussing any positive relief from current environmental and climate concerns or the benefits for women and working families.
Many people, especially traditional economists and right-wing politicians, assume that population growth is essential for a flourishing economy. These individuals advocate for population growth because they believe it drives economic growth, increases the labor supply, and stimulates consumption.
The concern about the birthrate crisis is often fueled by those who benefit from a growing population. These individuals often provide information or central messages, such as population collapse, failing economies, demographic crisis, and human extinction, which are then picked up by the media and lead to misleading headlines.
Moreover, many government officials are calling for increased population growth through higher fertility rates and implementing policies and actions to support such outcomes. These calls, policies, and actions are primarily driven by concerns over demographic ageing, declining workforces, and economic sustainability.
In essence, their message is that a growing population leads to a larger economy, more entrepreneurs, market expansion, and innovation. Additionally, some government officials choose to focus on women and blame them for their country’s low birth rates.
In contrast, a stable population is often viewed as stagnant. The demographic ageing of populations and increased human longevity are seen as problematic, leading to a “demographic winter” with significant financial stresses on government budgets for pensions and health care for older individuals.
While the world’s population of 8.3 billion is projected to continue growing throughout most of the 21st century, low fertility rates and demographic ageing are seen as challenges rather than accomplishments.
Additionally, as the planet’s environmental and climate crises accelerate, large portions of society continue to ignore the fact that a world with more than 8 billion people is a critical factor driving them. These groups typically dismiss research findings indicating that a world population of 8 billion, which is continuing to increase, drives climate change, ecological disruption, rising sea levels, biodiversity loss, habitat destruction, resource scarcity, and food insecurity.
For example, global wildlife is currently facing a worsening crisis. The most recent United Nations assessment warns that nearly half of the world’s migratory animal species are declining due to human activity, habitat destruction, and climate change.
Moreover, melting glaciers in Antarctica are hastening sea-level rise in coastal cities. The Thwaites Glacier, in particular, is melting at an alarming pace. If it were to break apart completely and collapse today, it could raise global sea levels by 2 feet in the next few decades, affecting tens of millions of people worldwide.
In summary, the world’s population is currently at a record high of 8.3 billion and is expected to continue growing throughout the 21st century, significantly impacting planetary sustainability.
The consequences of the ongoing population growth, projected to reach 10.3 billion people by 2084, will lead to a complex mixture of global problems that many governments, unfortunately, typically ignore, dismiss, or minimize. These problems include resource strains, increased conflict, environmental damage, climate change, sea level rise, habitat destruction, biodiversity loss, food insecurity, increased unauthorized migration, and greater societal vulnerabilities.
Joseph Chamie is a consulting demographer, a former director of the United Nations Population Division, and author of many publications on population issues.
Um in der aktuellen weltpolitischen Lage handlungsfähig zu bleiben, müssen Afrikas Volkswirtschaften geschlossen auftreten, meinen die Ökonomen Lukas Kornher und Frederik Stender vom German Institute of Development and Sustainability (IDOS). Eine Stärkung der afrikanischen Freihandelszone (AfCFTA) nach europäischem Vorbild könne dies ermöglichen, schreiben sie im Gastbeitrag.
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Comment la mi-temps du Super Bowl est-elle devenue un espace de recomposition géopolitique des Amériques ? La performance de Bad Bunny au Super Bowl 2026 illustre une reconfiguration symbolique des rapports centre/périphérie au sein des Amériques et met en tension l’hégémonie culturelle des États-Unis sur l’ensemble du continent. Sur la plus grande scène télévisuelle du pays, la mi-temps du Super Bowl, le chanteur propose bien plus qu’un concert spectaculaire à Santa Clara (Californie) : une mise en scène dans laquelle Porto Rico, l’Amérique latine et les diasporas contribuent à redessiner, le temps d’un spectacle, la cartographie habituelle du pouvoir nord-américain.
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The Baltic Sea and the North Sea face severe ecological challenges including historic pollution from wars, nutrient input as well as pressures from offshore energy, shipping, and fishing, leaving marine ecosystems highly degraded. Marine industrial expansion furthermore undermines conservation goals. Against this backdrop, more inclusive governance is increasingly gaining attention. Public and stakeholder participation, along with stronger science-policy interfaces, may offer innovative solutions, though outcomes vary widely across political, socio-economic and cultural contexts. This collection of seven empirical studies from various social science disciplines explores how participation, communication, and multi-level institutional frameworks shape existing marine governance towards the protection of marine biodiversity and sustainable ocean uses – and what are major challenges including the proliferation of intensified user conflicts.