Depuis le début de la guerre à Gaza, la couverture médiatique des événements et les prises de position autour du conflit israélo-palestinien soulèvent de nombreuses interrogations sur la liberté d’expression et l’orientation des médias traditionnels français. Des polémiques et des tensions émergent régulièrement lorsque certaines personnalités prennent position en faveur de la cause palestinienne ou critiquent le gouvernement israélien. Dans le même temps, les réseaux sociaux apparaissent de plus en plus comme une alternative aux médias traditionnels. Ils permettent à de nouvelles voix de se faire entendre et de proposer une autre manière de traiter l’actualité internationale, notamment sur un ton humoristique à l’instar de la chronique « La Riposte ».
Pour autant tous les sujets se prêtent-ils à l’humour ? Assiste-t-on à une recomposition du paysage médiatique, où les médias traditionnels sont concurrencés par la place grandissante des réseaux sociaux dans la diffusion de l’information ? La liberté d’expression est-elle encore présente dans les médias ou se retrouve-t-elle de plus en plus confrontée à des formes de censure ? Pourquoi la question israélo-palestinienne demeure-t-elle un sujet particulièrement clivant dans les médias et dans l’humour français ?
Autant d’enjeux abordés avec Akim Omiri, humoriste et animateur de l’émission « La Riposte » sur Radio Nova, qui revient sur les polémiques médiatiques dont il fait l’objet et sur le traitement de la question palestinienne dans les médias français.
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Cette note a été publiée en anglais le 2 mai 2026 sur le site du think tank indien, la National Maritime Foundation, basé à New Delhi sous le titre « Chabahar Port « the limits of Maximum pressure » ». Sa traduction en français et sa reproduction interviennent dans le cadre d’une collaboration entre la National Maritime Foundation et l’Observatoire Géopolitique de l’IndoPacifique de l’IRIS sur le thème d’une série de notes spécialisées consacrées à la géopolitique des ports de l’Indo-Pacifique.
Le développement conjoint par l’Inde et l’Iran (auquel se sont ajoutés par la suite des engagements de l’Afghanistan et un intérêt soutenu de l’Ouzbékistan) du port iranien de Chabahar a longtemps été soumis à des incertitudes opérationnelles. Malgré l’imposition par les États-Unis d’un blocus sur tous les ports iraniens, cet article soutient que Chabahar n’est pas une anomalie qu’il faut gérer, mais plutôt un instrument à exploiter. Cependant, les conditions de cette exploitation ont fondamentalement changé. Ce qui était autrefois une question d’exemption de sanctions est désormais devenu une question de viabilité opérationnelle dans un contexte de coercition maritime active. Dans ce contexte modifié, le maintien — et, à terme, l’institutionnalisation — de la dérogation s’aligne sur les intérêts fondamentaux des États-Unis en permettant à ceux-ci d’exercer leur influence en Afghanistan tout en renforçant le rôle de l’Inde en tant que fournisseur de connectivité régionale.
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L’approche russe de l’information est ancrée dans l’héritage de la Russie soviétique, qui considère cet objet non comme un simple vecteur de communication, mais comme un véritable outil stratégique. Bien que la Russie ne soit pas le seul acteur de la guerre informationnelle, son approche se distingue notamment par l’importance des moyens financiers mobilisés ainsi que par certaines de ses méthodes : des « fermes à trolls » dans lesquelles des individus créent et relaient du contenu pour manipuler l’opinion ; des bots permettant également de diffuser massivement de faux contenus de manière automatisée.
La désinformation climatique russe en Europe désigne l’ensemble des contenus faux ou trompeurs relatifs aux changements climatiques, diffusés intentionnellement par la Russie et visant les États ou les institutions européennes à des fins stratégiques. Bien que l’attribution de son origine demeure complexe à établir, la désinformation climatique d’origine russe semble être diffusée par plusieurs canaux. Ainsi, cette désinformation est majoritairement dissimulée, véhiculée par des canaux contrôlés par l’État (46 %) ou des canaux liés à l’État (12 %). Cependant une part de la désinformation climatique russe est également assumée, diffusée notamment par des canaux officiels de l’État (2 %) ou des canaux alignés sur l’État (40 %).
Par ailleurs, la désinformation climatique russe cible principalement les politiques énergétiques et climatiques européennes (89 %), d’après les 120 cas de désinformation climatique russe recensés entre janvier 2021 et mars 2026.
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Au-delà des aspects militaires, le plus important après cette attaque de drones est d’interpréter les messages qui sont envoyés par l’Ukraine à la Russie.
En premier lieu, il faut bien voir que l’effet militaire est limité. L’attaque a été réalisée grâce à des drones légers de taille moyenne avec des charges militaires peu importantes. L’objectif n’était pas d’affaiblir militairement la Russie, mais d’envoyer un certain nombre de messages aux Russes et à Vladimir Poutine.
Le premier message est de nature politique. Durant toute la campagne d’hiver, la Russie a frappé toutes les installations énergétiques ukrainiennes pour affaiblir la capacité de résistance des Ukrainiens. L’objectif était d’atteindre leur moral. Le message de cette frappe est de montrer qu’au sortir de l’hiver, l’Ukraine est toujours debout, que le moral des Ukrainiens n’a pas été atteint par la campagne militaire hivernale de la Russie, qu’ils ne se contentent pas de se défendre : ils peuvent aussi attaquer.
Le deuxième message qui est envoyé est que la base industrielle et technologique de défense (BITD) ukrainienne est intacte malgré toutes les frappes de la Russie et qu’ils sont capables de produire en grande quantité des drones, certes rustiques, mais peu chers, et capables de frapper le territoire russe. La défense des Ukrainiens ne repose donc pas uniquement sur les armements livrés par les Européens ou que les Européens auront achetés aux Américains pour les fournir aux Ukrainiens. C’est une frappe « made in Kiev » et non « made in OTAN » et cela a donc aussi pour but d’affecter le moral des Russes : l’Ukraine est capable de leur résister y compris sans les armements livrés par les Européens.
Le troisième message est que Kiev peut désormais frapper Moscou. Celui-ci se divise en deux plans.
En premier lieu la guerre se déroule depuis le début sur le territoire ukrainien et les Occidentaux ont pris bien soin de demander aux Ukrainiens de ne pas frapper le territoire russe dans sa profondeur avec les armements qu’ils leur ont livrés. Or, ici on a bien une escalade dans le conflit, non pas tant par l’intensité des frappes, mais du fait de l’extension de son champ géographique au territoire russe, et ce jusqu’à Moscou. Mais les Ukrainiens ont toutefois pris bien soin d’utiliser leurs armements et non des armements occidentaux pour ne pas mettre dans l’embarras les Européens, voire entraîner une réaction négative de Donald Trump.
En second lieu, l’Ukraine a montré qu’elle était capable de lancer une frappe massive tout en moins en nombre, et ce, allant jusqu’à viser Moscou. Ces drones ont franchi plus de 500 km, ils n’ont pas été arrêtés par la défense aérienne russe et il est frappant de constater que les vidéos qui ont circulé ont été réalisés par des habitants de Moscou et de sa banlieue. L’impact psychologique est énorme et c’est bien l’effet recherché : montrer aux citoyens russes que « l’opération spéciale » de la Russie en Ukraine est un échec et que plus de quatre ans après le début de cette guerre la peur peut changer de camp.
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La spécificité de la guerre informationnelle réside dans son caractère évolutif : afin d’atteindre efficacement les opinions publiques, elle s’adapte aux environnements sociaux et politiques en se greffant aux thématiques qui suscitent une attention accrue dans les sociétés ciblées. Comme de nombreux autres enjeux, les changements climatiques peuvent donc être intégrés dans le cadre de la guerre informationnelle.
Bien que l’intégration des questions climatiques dans le cadre d’ingérences informationnelles étrangères soit récente, la manipulation de l’information climatique est en réalité une pratique ancienne. Toutefois, la désinformation climatique contemporaine se distingue par la diversité des acteurs impliqués : aux acteurs des énergies fossiles s’ajoutent désormais ceux de la Big Tech, ainsi que des acteurs étatiques. De 2024 à 2026, la désinformation climatique représentait en moyenne 7,7 % de l’ensemble des contenus de désinformation recensés dans l’Union européenne (UE).
La manipulation de l’information climatique recouvre une diversité de pratiques, dont les nuances reposent sur le degré d’intentionnalité. L’UE établit ainsi une distinction entre « mésinformation » – définie comme la « diffusion de contenus faux ou trompeurs transmis sans intention de nuire, même si leurs effets peuvent néanmoins être préjudiciables » – et la « désinformation », définie comme des « contenus faux ou trompeurs diffusés avec l’intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique et susceptibles de causer un préjudice public ».
Dans la continuité des travaux menés par l’Observatoire Défense et climat sur l’intégration des changements climatiques dans les dynamiques de guerre hybride, cette note propose d’analyser l’instrumentalisation de l’information climatique par des puissances étrangères, grâce à une approche multifactorielle. Dans cette perspective, elle intègre les questions climatiques comme nouvel objet de la guerre informationnelle. Ainsi, après une présentation du cadre méthodologique du nexus désinformation climatique – guerre informationnelle (I), cette note propose un panorama des principaux acteurs étatiques de la désinformation climatique ciblant l’Europe, notamment la Russie et les États-Unis, ainsi que leurs interactions avec des acteurs non étatiques (II). L’analyse porte ensuite sur les conséquences sécuritaires de la désinformation climatique (III). Sur la base de ces conclusions, la note développe trois scénarii de prospective, accompagnés de recommandations à destination du ministère des Armées (IV).
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Anne Sénéquier, chercheuse et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale à l’IRIS, autour des risques de nouvelles crises sanitaires dans un contexte de propagation de l’hantavirus et à la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo.
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La visite de Donald Trump en Chine, mercredi 13 mai, s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu, marqué à la fois par les conflits au Moyen-Orient et par l’intensification des rivalités entre Washington et Pékin. Reporté à la suite du déclenchement de la guerre en Iran, ce déplacement constitue la première visite de Donald Trump en Chine depuis 2017. Il intervient également quelques jours avant l’arrivée de Vladimir Poutine à Pékin, alors que le rapprochement stratégique entre la Russie et la Chine ne cesse de se renforcer. Au-delà de la question iranienne et des liens étroits entretenus par Pékin avec Téhéran, cette rencontre revêt une importance particulière en raison des nombreux sujets de tension entre les deux puissances, qu’il s’agisse des différends commerciaux, des enjeux technologiques ou encore de la question sensible de Taïwan. Quel bilan tirer de cette visite de Donald Trump en Chine ? Quels étaient les principaux enjeux abordés par les deux dirigeants ? Et quelles conséquences cette rencontre diplomatique pourrait-elle avoir sur la politique américaine vis-à-vis de Taïwan et sur la stabilité régionale ? Le point avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique.
Dans quel contexte s’inscrit la visite de Donald Trump en Chine ?
C’est la deuxième visite de Donald Trump en Chine depuis 2017. Rappelons que cette visite d’État avait été préalablement ajournée il y a un mois par les Américains pour cause de guerre au Moyen-Orient. Cette visite précède de quelques jours seulement celle de Vladimir Poutine à Pékin, ces 19 et 20 mai.
Avec le recul, nous pouvons dire d’ores et déjà que le déplacement de Donald Trump dans la capitale chinoise est un échec. Seuls deux cents Boeing ont été vendus alors que la vente de cinq cents appareils était initialement escomptée. Aucun contrat dans le domaine céréalier, ainsi que dans le high-tech – alors que dix-sept chefs d’entreprises parmi lesquels Elon Musk étaient présents dans la délégation présidentielle – n’ont été signés. Donald Trump a beau avoir dit à la cantonade que Xi Jinping était un « ami », cela n’engage manifestement que lui tant il est vrai que Xi Jinping a été très ferme, voire menaçant, sur l’attitude de Washington à l’égard de Taïwan. Le Président américain a également constaté que ses vœux d’obtenir de la Chine une plus grande coopération sur le dossier iranien se heurtaient à un mur. À l’encontre de l’Iran, Donald Trump va donc devoir « poursuivre la diplomatie par d’autres moyens », si l’on parle le langage de Clausewitz, et ce, en optant de nouveau pour la guerre. Comme pour le conflit en Ukraine, la Chine ne peut que s’en réjouir. En aidant matériellement les Russes et les Iraniens par la livraison de composants nécessaires au montage de drones, tout en étant une force de propositions en proposant des plans de paix que rejettent toutefois les belligérants, la Chine assiste à l’embourbement de la première puissance du monde.
À présent, tous les regards convergent naturellement vers la Chine, les pays de l’Union européenne – dont la France – n’étant pas en reste. D’autant que la Chine se voit confortée dans ses choix de transition écologique entamée il y a plus de vingt ans et veillera à développer des corridors alternatifs pour assurer ses approvisionnements énergétiques. Parmi ces corridors, on peut noter celui des régions médianes de l’Eurasie, c’est-à-dire du Caucase, et qui expliquent le fort rapprochement de la Chine avec des pays jugés stratégiques, tels l’Azerbaïdjan ou le Turkménistan.
Quels étaient les enjeux bilatéraux et internationaux soulevés lors de cette rencontre et quel bilan peut-on en dresser ?
Il n’y a aucune avancée significative. La certitude pour Donald Trump est qu’il faut désormais frapper un grand coup contre l’Iran pour se sortir de ce bourbier au plus vite, et porter ainsi indirectement un coup à l’économie chinoise. Car, même si une trentaine de navires chinois sont arrivés à passer sans encombre le détroit d’Ormuz, les importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient se font beaucoup plus rares et l’on en perçoit l’impact dans les usines de plastique en Chine.
La visite de Vladimir Poutine à Pékin va quant à elle donner lieu à un renforcement du partenariat entre les deux pays, voire à la concrétisation du fameux Force de Sibérie 2, gazoduc devant relier la Russie, ses champs pétroliers et gaziers, via l’Altaï à la province du Xinjiang. Cela signifie un retour du renforcement des interconnexions entre la Chine et les régions occidentales et septentrionales de l’Asie centrale.
La question de Taïwan reste un point de tension majeur entre Washington et Pékin, notamment autour de la vente d’armes américaines à Taïwan. Quelle influence cette visite pourrait-elle avoir sur la politique américaine vis-à-vis de l’île et de la stabilité régionale ?
On a senti des crispations chez Xi Jinping concernant la question taïwanaise qui a mis en garde son homologue américain d’entreprendre toute action qui irait à l’encontre des intérêts chinois. Cette mise en garde verbale et ferme trahit-elle le fait que les Chinois ne sont pas prêts en définitive à une action militaire ? Ce n’est pas impossible. Le limogeage de He Weidong, chef de l’État-major en charge des affaires stratégiques taïwanaises au sein de l’Armée populaire de libération (APL), et l’annonce récemment de la condamnation à la peine capitale de l’ancien ministre de la Défense Li Shangfu, expliquent la nervosité tout à fait inhabituelle, de surcroît exprimée publiquement de Xi Jinping à ce sujet. Sur le vol du retour, Donald Trump a à son tour mis en garde Taïwan de proclamer son indépendance. Devra-t-il pour autant renoncer à honorer le Taiwan Relations Act en vigueur depuis 1979 et l’exportation d’armes américaines vers l’île ? C’est peu certain.
En tout cas, Xi Jinping a donné des gages à une partie très nationaliste de l’opinion chinoise en montant sur ses ergots alors que le scénario le plus probable à mon sens concernant les relations interdétroits est l’asphyxie économique de l’île et non le recours à la force.
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Depuis maintenant dix semaines, la guerre en Iran occupe une place centrale dans les médias et les débats géopolitiques. Mais au-delà du conflit lui-même, c’est la manière dont il est traité médiatiquement qui interroge. Entre posture idéologique, discours dominant et multiplication des « experts » sur les plateaux télé, le débat public semble de plus en plus enfermé dans une logique de conformisme et d’émotion permanente.
Les chaînes d’information en continu, contraintes de commenter l’actualité sans interruption, favorisent des débats rapides et souvent superficiels. Les plateaux réunissent des intervenants présentés comme « experts en géopolitique » mais qui, pour certains, n’ont jamais travaillé sur le terrain ni acquis une connaissance concrète des réalités. La recherche de la phrase choc prend le pas sur l’analyse de fond.
Cette uniformité du discours s’explique aussi par une forme de pression collective : peur d’être marginalisé, volonté de rester dans la ligne dominante. Résultat : certaines fake news circulent sans conséquences, et leurs auteurs continuent d’être invités malgré des erreurs parfois flagrantes.
Cette situation pose une question : les médias remplissent-ils encore leur rôle d’information et d’analyse, ou participent-ils à l’installation d’une doxa déconnectée de la réalité ?
Mon analyse dans cette vidéo.
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La version anglaise de cette note a été initialement publiée par Lawfare.
La guerre en Iran a provoqué des bouleversements sans précédent pour la sécurité énergétique et alimentaire mondiale. À mesure que les effets de ces bouleversements (de la pénurie de carburant à la flambée des prix alimentaires) se feront plus visibles, ils exerceront une pression croissante sur la paix et la stabilité. Bien que certaines répercussions soient déjà perceptibles, les perturbations sur le système international s’accentueront si le conflit persiste.
Par ailleurs, quelles que soient les agissements des États-Unis dans la région, l’occurrence dans les prochains mois d’une des phases du phénomène climatique ENSO, connue sous le nom d’El Niño, devrait aggraver les conséquences de la crise iranienne sur la sécurité alimentaire et énergétique. Cela met en évidence le rôle déterminant des facteurs naturels sur nos priorités, et que la résilience climatique est indissociable des objectifs de sécurité internationale.
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Donald Trump est en visite en Chine ces 14 et 15 mai pour un sommet très attendu avec Xi Jinping à Pékin. Cette rencontre, la première entre les deux dirigeants depuis 2017, intervient dans un contexte international particulièrement tendu : rivalités commerciales entre Washington et Pékin, guerre au Moyen-Orient et montée des tensions autour de Taïwan.
Pourtant, malgré les déclarations très positives, ce sommet n’a pas l’air d’avoir abouti à de véritables avancées. Les principales annonces, comme l’achat par la Chine de 200 avions Boeing ou de 10 milliards de dollars de produits agricoles américains, restent symboliques. Sur des sujets plus sensibles, notamment les terres rares ou la question iranienne, Pékin ne semble avoir fait aucune concession majeure. La Chine a toutefois réaffirmé son opposition à la prolifération nucléaire et son souhait d’éviter une escalade des tensions internationales.
Mais le véritable enjeu des discussions reste Taïwan. Xi Jinping a clairement indiqué que cette question était la priorité des relations sino-américaines. Il a averti que toute mauvaise gestion de ce dossier pourrait mener à un conflit ouvert, message adressé à la fois aux américains et aux taïwanais. Une stratégie de dissuasion visant à pousser Taïwan à se rapprocher de la Chine par crainte d’un abandon américain.
Le sommet de Pékin marque-t-il une nouvelle étape dans le basculement du rapport de force mondial entre Washington et Pékin ? La Chine est-elle en train de s’imposer comme une puissance diplomatique incontournable pendant que les Etats-Unis s’enlisent dans leurs contradictions stratégiques ?
Mon analyse dans cette vidéo.
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La place de l’Occident apparaît de plus en plus contestée sur la scène internationale. La politique étrangère unilatérale et protectionniste menée par l’administration Trump a accentué les divisions au sein du bloc occidental et a affaibli l’image d’un Occident réuni autour de valeurs communes. Parallèlement, l’enlisement des États-Unis au Moyen-Orient, ainsi que leur soutien à Israël, soulève de nombreuses interrogations sur leur défense des droits humains et du droit international. Par ailleurs, les interventions militaires menées par les puissances occidentales ces dernières décennies, notamment en Irak et en Libye, ont durablement fragilisé leur crédibilité dans plusieurs régions du monde. Ces opérations sont souvent perçues comme des formes d’ingérence davantage motivées par des intérêts stratégiques et nationaux que par la défense de normes et de valeurs communes. Autant de facteurs qui alimentent le rejet de ce modèle par de nombreux États et qui laisse place à l’affirmation de nouvelles puissances, notamment des pays dits du « Sud global », redéfinissant ainsi les équilibres internationaux et les rapports de forces.
Dès lors, l’Occident peut-il encore prétendre incarner un modèle universel et démocratique ? Comment expliquer le rejet croissant des valeurs occidentales dans de nombreuses régions du monde ? La volonté d’imposer ces valeurs à d’autres sociétés est-elle réellement compatible avec les principes démocratiques qu’il défend ? Quel rôle jouent aujourd’hui les pays dits du « Sud global » dans la recomposition des rapports de force internationaux ? Dans quelle mesure l’administration Trump participe-t-elle au déclin de la notion même d’« Occident » ?
En revenant sur les origines et l’évolution historique de la notion d’Occident, Hubert Védrine, ancien Secrétaire général de l’Élysée, ancien ministre français des Affaires étrangères (1997-2002), et Maurice Godelier, anthropologue et ancien directeur scientifique du département des Sciences de l’homme et de la société au CNRS, offrent un éclairage sur les facteurs à l’origine de la remise en cause de ce modèle.
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Over time, the EU has established multiple instruments and processes to increase the synchronisation of member states’ defence planning practices and to push for more cooperation in executing their capability development plans. However, the results have so far been limited. To help understand why this is the case, this ARES Group Comment studies how Finland navigates the EU’s complex defence landscape. The paper examines to what extent the different EU capability development tools are – or are not – relevant for Finland and why this is the case. It argues that the EU instruments – especially those with funding attached – have become increasingly important for Finland in recent years, and that this trajectory is likely to continue. At the same time, the EU tools’ role should not be overemphasised, as several factors continue to limit Finland’s engagement and ambition.
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Depuis le 1er mai 2026, la Chine a choisi de supprimer les droits de douane sur les produits en provenance de 53 pays africains. Cette mesure intervient dans un contexte de tensions commerciales mondiales et pourrait constituer une opportunité économique majeure pour les États du continent. Toutefois, pour en tirer pleinement profit, ils devront mettre en place des stratégies pour protéger leurs marchés et renforcer leurs capacités exportatrices. Dans quelle mesure les États africains peuvent-ils réellement bénéficier de cette levée des barrières douanières ? Quels sont les objectifs de la Chine derrière cette mesure ? Et comment éviter de tomber dans une relation commerciale déséquilibrée ? Le point avec Christian Pout, président du Centre africain d’études internationales diplomatiques économiques et stratégiques (CEIDES, Cameroun).
À compter du 1er mai 2026, les exportations en provenance de 53 pays africains, excepté l’Eswatini, à destination de la Chine seront exemptées des droits de douane. Que gagne l’Afrique dans cette réforme ?
L’annonce faite par le président chinois le 14 février dernier, en marge du 39e sommet de l’Union africaine, s’inscrit dans un contexte de guerre tarifaire, de crise du multilatéralisme commercial, de course mondiale aux ressources critiques pour la transition énergétique et numérique et d’accélération de la dédollarisation des paiements transfrontaliers via le système chinois CIPS[1]. Lue isolément, la mesure ressemblerait à un cadeau ; replacée dans cette matrice, elle est un instrument stratégique.
En effet, depuis le 1er décembre 2024, les 33 pays les moins avancés (PMA) africains bénéficiaient déjà du tarif zéro chinois sur 100 % de leurs lignes ; au 1er mai 2026, ce sont les pays à revenu intermédiaire qui accèdent en franchise totale à un marché de 1,4 milliard de consommateurs, sur près de 97 % des lignes douanières. À cela s’ajoutent la facilitation procédurale via le « canal vert » et la perspective d’un accord économique structurant annoncée à Addis-Abeba.
Sur le papier, le périmètre est plus large que celui de la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) et plus stable que celui de la « tout sauf les armes » européenne. Mais en pratique, le bénéfice reste conditionnel à la capacité d’offre. Les chiffres rappellent la contrainte structurelle : 89 % des exportations africaines vers la Chine relèvent encore de l’extractif. Pour mon pays, le Cameroun, dont 85 % des exportations sont peu ou pas transformées, avec un déficit commercial global de plus de 2 000 milliards FCFA en 2025 et un taux de couverture tombé à 59 %, la franchise tarifaire ne libère un potentiel réel que sur les segments capables de montée en gamme (cacao transformé, bois ouvré, agro-industrie, textile-confection, fruits tropicaux à haute valeur ajoutée). Sur les matières premières, déjà faiblement taxées à l’entrée chinoise, l’effet sera marginal. Le tarif zéro ouvre une porte mais il ne crée pas l’offre exportable.
La Chine a annoncé cette décision de manière unilatérale sans négociation préalable avec les États africains. Que vise finalement Pékin derrière cette mesure ? S’agit-il d’un simple geste de générosité vis-à-vis de l’Afrique ?
L’unilatéralité en est elle-même le message. Dans le contexte de la guerre tarifaire, la décision positionne Pékin en champion du libre-échange dans le Sud global face au protectionnisme occidental. Le calcul est stratégique, multidimensionnel aussi, et il faudrait le déplier sans naïveté.
Premièrement, sécuriser l’amont des chaînes de valeur de l’économie chinoise. Avec environ 62 % des ventes mondiales de véhicules électriques en 2025, 85 % des capacités planétaires de fabrication de cellules de batteries, 41 % du cobalt minier mondial, plus de 80 % du graphite mondial extrait et raffiné, et un investissement cumulé de 143 milliards US$ à l’étranger entre 2014 et 2025 dans la filière véhicules électriques et batteries, Pékin doit verrouiller son accès au cobalt, au lithium, au manganèse, au cuivre et aux terres rares, indispensables à la transition énergétique et à l’absorption de ses propres surcapacités industrielles.
Deuxièmement, discipliner les choix diplomatiques africains. L’exclusion explicite de l’Eswatini, dernier allié africain de Taipei, constitue une signature politique de la mesure et illustre la pression exercée pour aligner les usages diplomatiques sur la doctrine de la « Chine unique ». Le tarif zéro serait ici un levier de cette diplomatie de la conformité.
Troisièmement, stimuler en miroir les exportations chinoises elles-mêmes, car un marché africain plus solvable importera davantage de véhicules électriques abordables, de panneaux solaires, d’électronique grand public ou encore de machines-outils.
Quatrièmement, faire avancer la dédollarisation. Le tarif zéro doit être lu en complément du déploiement africain du système de paiement chinois CIPS, qui a traité 175 000 milliards de yuans (environ 24 400 milliards USD) en 2024, en hausse de 43 %. Pour Pékin, plus l’Afrique exporte, plus elle est incitée à régler en yuan, et plus le yuan s’internationalise, un cercle vertueux pour la souveraineté monétaire chinoise, au grand dam de l’Oncle Sam… Aussi, n’oublions pas que l’unilatéralité a un revers structurel ; ce qui est concédé sans négociation peut, par construction, être retiré sans concertation.
Jusqu’ici, les flux commerciaux restent structurellement déséquilibrés en faveur de la Chine au détriment de l’Afrique. Que faut-il faire pour que cette dernière ne soit pas phagocytée par le géant chinois et qu’elle tire réellement profit de cette nouvelle relation commerciale ?
Il faudrait tout d’abord garder en mémoire la séquence de certains accords de libre-échange, où le démantèlement tarifaire prématuré, sans préparation industrielle, a creusé le déficit plutôt qu’il n’a stimulé les exportations. Cela étant dit, quatre conditions nous semblent nécessaires.
Il faudrait tout d’abord faire de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) une condition préalable. Aucun État pris isolément ne pèse face à la deuxième économie mondiale ; seule l’intégration continentale construira les volumes, les chaînes de valeur régionales et le rapport de force permettant d’exporter autre chose que de la matière brute. L’accord-cadre paraphé le 10 décembre 2025 entre le ministère du Commerce (MINCOMMERCE) et l’Ambassade de Chine au Cameroun ne tiendra ses promesses qu’inscrit dans cette dynamique.
Il faudrait également rompre avec la dialectique de la dépendance aux produits de base par une politique industrielle exigeante. Le précédent indonésien fait référence : depuis l’interdiction d’exporter le nickel non transformé en 2014, l’Indonésie est devenue le premier producteur mondial et a attiré 22 milliards US$ d’investissements chinois. Le tarif zéro chinois devrait être adossé à des restrictions ciblées d’exportation des minerais bruts, à du contenu local imposé aux investissements, à des transferts technologiques contractualisés, et à la montée en gamme des filières cacao, café, coton, bois.
En outre, il est important de négocier intelligemment les règles d’origine et les barrières non tarifaires, sinon, le tarif zéro deviendrait un aspirateur à réexportations. Les barrières non tarifaires (normes SPS, certifications HACCP/GACC, exigences linguistiques, contraintes logistiques, agréments d’établissement…) constituent par ailleurs le plafond de verre des exportations africaines à forte valeur ajoutée.
Enfin, la construction d’une défense commerciale est vitale. La Chine est, simultanément, le pays le plus visé au monde par les enquêtes antidumping, et l’un de ceux qui en usent le plus activement comme levier à l’export. L’Afrique, à l’inverse, demeure démunie. La franchise tarifaire offerte par Pékin doit s’accompagner, du renforcement des autorités nationales et continentales d’enquête commerciale, de mécanismes antidumping opérationnels et d’instruments de sauvegarde activables, faute de quoi la mise en concurrence frontale de l’industrie locale avec les surcapacités chinoises ne fera qu’achever ce que le déficit structurel a commencé… L’opportunité monétaire (règlements directs en yuan via CIPS, réduction du coût de la double conversion, diminution de l’exposition au dollar) doit être saisie de manière sélective et négociée, sans substituer une dépendance à une autre.
Le tarif zéro est une opportunité certes mais il ne deviendra un avantage qu’adossé à un cadre négocié, à des règles intelligentes, à une défense commerciale crédible et à une véritable politique de l’offre.
[1] CIPS (Cross-Border Interbank Payment System) : réseau de paiement international créé par la Banque populaire de Chine qui permet d’envoyer de l’argent entre pays directement en monnaie chinoise (yuan), sans passer par les circuits dominés par le dollar et le réseau SWIFT.
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L’attaque surprise lancée contre l’Iran par les États-Unis et Israël le 28 février 2026, a vu Téhéran intensifier ses activités militaires dans la région du golfe Persique et notamment à mettre en place un blocus « à péage » du détroit d’Ormuz. Cette initiative censée s’adresser aux bâtiments marchands appartenant à des nations « non hostiles » selon la terminologie employée par le gouvernement iranien a pour l’heure profité à peu de nations, dont la Chine et le trafic maritime est quasiment à l’arrêt. Ce blocus du détroit d’Ormuz tout comme les initiatives militaires des États-Unis pour l’en empêcher commencent à avoir d’importantes répercussions non seulement sur l’approvisionnement en pétrole brut des pays asiatiques, mais aussi sur la chaîne d’approvisionnement mondiale en pétrole.
À téléchargerL’article Les chaînes d’approvisionnement pétrolières asiatiques perturbées par le blocus du détroit d’Ormuz : perspectives pour l’Inde, le Japon et la Corée du Sud est apparu en premier sur IRIS.
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du programme Asie-Pacifique, sur la posture chinoise vis-à-vis de l’Iran, alors que Donald Trump entend influer sur Xi Jinping quant à sa position dans le conflit, lors de sa visite à Pékin cette semaine.
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Les terres rares sont au cœur des rivalités économiques et géopolitiques mondiales. Utilisées dans les technologies médicales, les véhicules électriques, les éoliennes offshore ou encore les équipements de défense, elles constituent aujourd’hui un enjeu stratégique majeur pour les États. Face à la domination chinoise sur l’extraction, le raffinage et la fabrication d’aimants permanents, la France et l’Union européenne tentent de développer leur stratégie minière afin de réduire leur dépendance. Mais le retard accumulé reste considérable et les capacités industrielles européennes demeurent limitées. Le « plan national sur les terres rares » français marque-t-il un véritable tournant ? Pourquoi les terres rares sont-elles au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux ? L’Union européenne peut-elle réellement rattraper son retard face à la Chine ? Et comment la Chine utilise-t-elle les terres rares comme un instrument de puissance et de pression diplomatique ? Le point avec Guillaume Pitron, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste des matières premières critiques.
Pourquoi les terres rares font-elles aujourd’hui l’objet d’une attention particulière ?
Les terres rares constituent une famille de quinze métaux présents dans un grand nombre de technologies. Elles sont utilisées dans l’électronique, les moteurs de véhicules électriques, les éoliennes offshore, les technologies médicales ou encore les équipements d’imagerie. Elles sont aussi stratégiques pour l’industrie de défense. Le samarium, par exemple, permet de fabriquer des aimants résistants à de très hautes températures, indispensables dans certains équipements militaires. Aujourd’hui, le secteur de la défense fait face à une dépendance extrêmement forte aux terres rares.
La Chine extrait environ 60 % des terres rares mondiales, raffine près de 85 % de la production et fabrique environ 94 % des aimants permanents à base de terres rares. Depuis plusieurs années, Pékin restreint progressivement ses exportations de terres rares et d’aimants permanents. Ces restrictions touchent directement les secteurs utilisateurs, notamment l’industrie médicale, les véhicules électriques et surtout la défense.
Les industriels français de la base industrielle et technologique de défense se retrouvent aujourd’hui dans une situation de forte vulnérabilité, en particulier concernant les aimants samarium-cobalt, dont la Chine assure pratiquement 100 % de la production. Les industriels cherchent donc activement des fournisseurs alternatifs, principalement aux États-Unis ou en Europe. Mais les États-Unis s’inscrivent désormais dans une logique « America First », ce qui limite également les garanties d’approvisionnement pour les Européens. Cette situation explique l’urgence actuelle autour des terres rares et la nécessité d’accélérer le développement d’une production alternative sur le continent européen.
Le « plan national sur les terres rares » présenté par Roland Lescure, ministre de l’Économie, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, constitue-t-il une avancée majeure pour réduire la dépendance de la France aux importations de terres rares ?
Une avancée majeure, peut-être pas. La France, l’Europe et le monde occidental en général accusent environ trente ans de retard sur la Chine dans le développement de leur industrie des terres rares. Le retard est immense. Le terme « majeur » paraît donc ambitieux, même s’il s’agit bien d’une avancée.
Le plan rappelle d’abord ce qui a déjà été engagé en France concernant le redéploiement d’une filière de production de terres rares et d’éléments de terres rares. Cette industrie existait déjà en France avant de s’éteindre progressivement. Il s’agit désormais de la relancer. Le plan met en avant plusieurs sociétés déjà actives, dont la production devrait démarrer à moyen terme. En ce sens, il ne constitue pas une nouveauté totale puisqu’il reprend largement des initiatives industrielles déjà engagées depuis plusieurs années, notamment par des entreprises comme Carester ou MagREEsource.
Il y a donc une part de communication dans l’annonce de ce plan. Des actions industrielles déjà lancées sont présentées sous un angle nouveau, avec des objectifs à relativement court terme qui restent très ambitieux, notamment en matière de séparation des terres rares et de production d’aimants permanents. Le plan confirme surtout le maintien de dispositifs gouvernementaux déjà existants : crédits d’impôt, simplifications réglementaires et prêt garanti par l’État (PGE) destinés à accompagner les entreprises du secteur. Ces mécanismes visent notamment à sécuriser les achats de terres rares par les entreprises situées à l’aval de la chaîne de valeur, en garantissant certains achats futurs auprès de producteurs français ou étrangers. Cette garantie sécurise à la fois l’acheteur et le producteur. En parallèle, l’État demande également aux industriels de mieux cartographier leurs chaînes d’approvisionnement et l’origine de leurs approvisionnements en terres rares. Cette connaissance plus précise de la chaîne de valeur est présentée comme une étape indispensable pour mettre en œuvre une véritable stratégie de souveraineté minérale. Le plan impose donc aux industriels d’investir davantage dans la connaissance et le suivi de leurs propres chaînes d’approvisionnement.
Le plan reconnaît aussi implicitement que la France ne sera pas capable de reconstruire seule l’ensemble d’une chaîne intégrée allant de la mine à l’aimant permanent. Plusieurs accords bilatéraux ont déjà été signés avec des pays producteurs de métaux critiques et de terres rares, notamment le Brésil, la Malaisie, l’Afrique du Sud ou encore la Suède. La France devra donc aller chercher à l’étranger une partie des terres rares nécessaires à sa filière. On voit donc les limites de ce plan, qui sont avant tout géologiques. La France ne dispose pas des ressources suffisantes sur son propre territoire. L’objectif consiste ainsi à intégrer des ressources extraites dans des pays partenaires au sein d’une filière française ou européenne, avec une spécialisation davantage orientée vers la séparation, la production d’aimants permanents et le recyclage.
L’aspect réellement nouveau réside surtout dans le fait qu’il existe désormais un plan national spécifiquement consacré aux terres rares. Jusqu’à présent, la France disposait d’une politique générale sur les métaux critiques, mais jamais d’un plan ciblant une famille particulière de matières premières. C’est la première fois qu’un traitement spécifique est appliqué aux terres rares, ce qui pourrait annoncer d’autres plans nationaux consacrés à des métaux critiques particuliers selon les urgences industrielles.
Le plan européen sur les matières premières critiques permet-il réellement à l’Union européenne de répondre aux enjeux actuels ? Quels sont les principaux freins à une relocalisation de la production et du raffinage en Europe ?
Le plan européen porte officiellement le nom de Critical Raw Materials Act. Adopté en 2024, il fixe des objectifs de souveraineté minérale à l’horizon 2030 pour l’ensemble des métaux critiques, dont les terres rares. Ce plan constitue une étape indispensable. Il marque une prise de conscience européenne et établit une stratégie commune. Toutefois, il souffre d’un manque important de financements et sa mise en œuvre reste complexe. Pour certains métaux, comme le lithium, une relative souveraineté européenne paraît atteignable à l’horizon 2030. En revanche, pour d’autres métaux critiques, notamment certaines terres rares, les objectifs du plan seront beaucoup plus difficiles à atteindre faute de capacités industrielles suffisantes. La Commission européenne a également lancé un programme de 47 projets stratégiques industriels portant sur l’extraction, le raffinage, la fabrication d’aimants et le recyclage des métaux critiques. Ces projets bénéficient d’un soutien européen afin d’accélérer la relance industrielle du secteur.
Globalement, les décisions prises vont dans le bon sens, mais elles arrivent tardivement. Elles auraient dû être engagées il y a dix, quinze ou vingt ans. Les effets ne seront donc visibles qu’à moyen ou long terme. Par ailleurs, les États-Unis accélèrent eux aussi massivement leurs investissements dans les métaux critiques. À titre d’exemple, pour un euro investi par les Européens dans cette filière, les Américains investissent dix dollars. Face à l’avance chinoise, il sera impossible d’assurer rapidement une souveraineté complète, même partielle, d’ici 2030.
Comment expliquer la domination de la Chine dans la production et le raffinage des terres rares ? Dans quelle mesure utilise-t-elle ces ressources comme un levier de puissance et de pression diplomatique ?
La Chine a compris dès les années 1980 l’importance stratégique des terres rares et, plus largement, des métaux critiques pour les industries du futur. L’État chinois dispose d’une capacité de planification industrielle à très long terme. Il peut accepter des sacrifices économiques immédiats afin de garantir des bénéfices stratégiques à l’échelle de plusieurs décennies. Pékin a ainsi sécurisé très tôt l’accès aux terres rares tout en absorbant progressivement les capacités alternatives de production occidentales. Cette stratégie a permis à la Chine d’acquérir une position dominante qui lui donne aujourd’hui un véritable levier de pression sur les pays occidentaux. Les terres rares sont devenues un outil de puissance.
La Chine peut resserrer ou rouvrir le robinet des exportations en fonction de ses intérêts économiques ou diplomatiques. Cette logique est apparue très clairement lors de la reprise de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Pékin a réduit ses exportations de terres rares, obligeant Washington à modérer certaines positions commerciales. Les terres rares constituent aujourd’hui un véritable talon d’Achille pour les États-Unis comme pour l’Europe.
Cette dépendance devrait perdurer encore plusieurs années. Les pays occidentaux accélèrent désormais leurs stratégies de souveraineté minérale, notamment sur l’extraction minière. Mais la Chine conserve une avance considérable dans le raffinage et la fabrication d’aimants permanents. Il faut donc s’attendre à ce que le pays devrait continuer à dominer pendant encore dix à quinze ans sur une partie importante de la chaîne de valeur des terres rares, en particulier sur certaines très stratégiques comme le samarium, dont il contrôle pratiquement l’intégralité de la production mondiale.
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La coopération sanitaire internationale n’a jamais dissocié, dans sa pratique et son financement, l’impératif humanitaire des considérations géopolitiques qui le sous-tendent. La tension entre solidarité internationale et intérêt national est constitutive de l’histoire de la coopération sanitaire mondiale. Ce qui change avec la stratégie américaine de l’America First Global Health Strategy (AfGHS), publiée en septembre 2025, c’est la rhétorique souverainiste qui s’est radicalement accentuée. Une des plus grandes puissances assume sans détour que son aide sanitaire est un instrument stratégique.
Washington entend signer des accords bilatéraux pluriannuels assortis d’objectifs précis en matière de santé, de délais stricts et de conséquences en cas de non-respect. Cette logique intervient dans un contexte de refonte de la stratégie sanitaire états-unienne, à la suite du retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en janvier 2025, et du démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) au premier semestre 2025.
Les États-Unis ont ainsi mis en place des Memorandums of Understanding (MoUs), un format bilatéral d’accords avec les pays bénéficiaires qui s’articulent autour de plans quinquennaux (2026-2030). Au 6 mai 2026, 32 accords bilatéraux ont été potentiellement signés, dont 22 accords documentés en Afrique subsaharienne jusqu’à présent, mais le processus de négociation est encore en cours. Les accords bilatéraux conclus dans le cadre de l’America First Global Health Strategy représentent un volume d’au moins 20 milliards de dollars sur la période 2026–2030, dont environ 63 % financés par les États-Unis et 37 % par les pays partenaires.
Ces accords de co-financement, avec un engagement états-unien généralement dégressif, impliquent pour les États concernés de réévaluer la part de leur budget national consacré à la santé. Ces accords semblent par ailleurs recouper un certain nombre d’intérêts stratégiques états-uniens dans les pays concernés.
Analyse en carte et infographie de cette refonte de la stratégie sanitaire états-unienne à l’œuvre.
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Vladimir Poutine a déclaré ce week-end que la guerre en Ukraine touchait « à sa fin ». Son calcul initial reposait sur un retrait massif du soutien à l’Ukraine avec l’arrivée de Donald Trump, ce qui n’a pas eu lieu. Les États-Unis ont maintenu leur soutien en renseignement, tandis que l’Europe a financé massivement l’Ukraine via un prêt de 90 milliards d’euros.
Dans le même temps, Kiev a considérablement renforcé sa capacité de production militaire, notamment dans le domaine des drones, freinant l’avancée russe et stabilisant plusieurs fronts.
En mobilisant l’essentiel de ses ressources en Ukraine, Vladimir Poutine n’a pas été capable de soutenir ses alliés ailleurs : chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, revers de l’Africa Corps au Mali face au JNIM et au FLA, recul de l’influence russe en Asie centrale… La Russie apparaît aujourd’hui affaiblie sur plusieurs terrains stratégiques.
Malgré la hausse des revenus énergétiques liée aux tensions internationales dans le Golfe, le coût humain, économique et politique de la guerre devient de plus en plus lourd pour le Kremlin. La société russe s’épuise, la répression s’intensifie et la popularité de Vladimir Poutine montre des signes d’érosion.
Bien que la Russie ait étendu son territoire sur la Crimée et une partie du Donbass, le bilan global est négatif : affaiblissement géopolitique, isolement international et épuisement des forces. Vladimir Poutine n’a pas saisi l’opportunité de négocier avec Donald Trump, qui proposait de lever les sanctions en échange d’un statu quo territorial.
Mon analyse dans cette vidéo.
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La Côte d’Ivoire célébrera prochainement la restitution par la France d’une pièce d’importance : un tambour à fentes, long de 3,30 mètres et pesant 430 kg. Connue sous le nom de Djidji Ayôkwé, cette pièce était officiellement réclamée depuis 2019 par les autorités ivoiriennes. Après une phase de restauration et de longs mois d’atermoiements, l’objet a regagné la Côte d’Ivoire le 13 mars dernier, 110 ans après avoir été pillé par les colons français. Sa restitution témoigne de l’importance que revêt le retour de pièces à forte teneur symboliques pour les populations africaines. Elle pointe aussi la lenteur de ces processus : rendre ce tambour aura pris… quatre ans et demi !
Pour accélérer et généraliser ces restitutions, le Parlement français vient d’adopter une loi-cadre, un texte majeur – longtemps repoussé – qui vient concrétiser la promesse formulée par Emmanuel Macron en novembre 2017 à Ouagadougou de rendre possible ces restitutions. Mais, avec la création d’une commission nationale de restitutions, en sus de comités scientifiques bilatéraux, et en l’absence de trajectoire financière pour développer la recherche de provenance, la France entretient le flou quant à sa réelle ambition en matière de restitutions de biens culturels à l’Afrique.
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La coopération sanitaire internationale n’a jamais dissocié, dans sa pratique et son financement, l’impératif humanitaire des considérations géopolitiques qui le sous-tendent. L’aide en santé oscille, d’autant plus aujourd’hui, entre solidarité affichée et intérêt stratégique des États. À travers le financement de la lutte contre les grandes pandémies (VIH/SIDA, paludisme, tuberculose), il s’agit également de protéger ses propres frontières épidémiques, consolider des alliances diplomatiques et d’imposer des normes. Ainsi, la tension entre solidarité internationale et intérêt national est constitutive de l’histoire de la coopération sanitaire mondiale, sans qu’aucun acteur n’ait jamais pleinement résolu cette contradiction. Ce qui change avec l’America First Global Health Strategy (AfGHS), publiée en septembre 2025, c’est la rhétorique souverainiste qui s’est radicalement accentuée. Une des plus grandes puissances assume sans détour que son aide sanitaire est un instrument stratégique. Les mots « intérêt national », « accord bilatéral » et « America First » ne sont plus dissimulés derrière un vocabulaire humanitariste, ils structurent le document lui-même.
Cette note propose une lecture critique de l’America First Global Health Strategy. Elle a pour vocation d’en décrypter les mécanismes ainsi que les enjeux géopolitiques, sanitaires et idéologiques. Elle esquisse les perspectives ouvertes, plus spécifiquement sur le continent africain, face à cette recomposition de l’ordre sanitaire mondial.
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