Cette note a été initialement publiée en anglais sur le site du Sejong Institute sous la forme d’un Sejong Focus le 18 juin 2026.
Le dossier du sous-marin à propulsion nucléaire (SNA) sud-coréen n’est plus un concept abstrait ni un projet de recherche à long terme. Le 26 mai 2026, le ministère de la Défense a publié le « Plan de base pour le développement du sous-marin à propulsion nucléaire de la République de Corée », rendant public le principe selon lequel le combustible nucléaire sera constitué d’uranium faiblement enrichi (LEU) à moins de 20 %, que le développement et la construction se feront en Corée du Sud, et que les obligations de non-prolifération ainsi que les garanties de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) seront respectées.
La Corée du Sud doit faire de l’accord sur le combustible LEU avec les États-Unis son axe fondamental, tout en institutionnalisant rapidement avec la France une coopération dans les domaines non nucléaires : intégration navale, revue de sûreté de la conception, maintenance, formation et installation d’essais à terre, ainsi que culture de sûreté nucléaire. Il ne s’agit en aucun cas d’une approche visant à contourner ou à remplacer les États-Unis. C’est une approche qui doit être comprise comme complémentaire à l’alliance, qui consiste à combiner l’expérience américaine de l’exploitation des réacteurs navals à uranium hautement enrichi (HEU) avec l’expérience française de la propulsion nucléaire navale au LEU, dans des domaines de nature différente, afin d’accroître les chances de succès et la sûreté du programme de sous-marin à propulsion nucléaire sud-coréen.
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La guerre à Gaza a profondément marqué l’opinion publique, mais également suscité de fortes divisions au sein de la classe politique française. Si au début du conflit les responsables politiques ont affiché leur soutien à Israël, les prises de position ont progressivement évolué face au génocide en cours à Gaza et en Cisjordanie. Cette guerre interroge également le silence de nombreux États, notamment la France, face aux violations du droit international par Israël, alors même que ces pays se revendiquent comme des défenseurs de ce droit. De même, le traitement médiatique de la question palestinienne fait l’objet de nombreux débats. La voix des Palestiniens est largement invisibilisée dans les médias, qu’ils soient publics ou privés, ce qui soulève des interrogations sur l’impartialité de l’information et le respect des principes déontologiques dans la couverture du conflit. Dans ce contexte, les réseaux sociaux apparaissent comme une source d’information alternative aux médias traditionnels, en permettant la diffusion d’images et de témoignages des populations sur le terrain.
Dès lors, comment expliquer les profondes divergences d’opinions au sein de la société et de la classe politique françaises ? Que révèle la guerre à Gaza sur le traitement médiatique du conflit et sur les principes d’impartialité de la presse ? Les réseaux sociaux constituent-ils une véritable alternative aux médias traditionnels ?
Dans ce podcast avec Aymeric Caron, ancien reporter et député Révolution écologique pour le vivant (REV) de Paris, revient sur son engagement politique à propos de la situation à Gaza.
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Cet article est extrait de l’ouvrage Géopolitique des fruits et légumes (IRIS Éditions/Eyrolles Éditions, 2026), sous la direction de Sébastien Abis et d’Anaïs Marie.
Ils sont présents dans notre quotidien, bons pour la santé et riches en couleurs. Ils bénéficient d’un grand capital sympathie. Fruits et légumes composent nos repas, structurent nos prises alimentaires et garnissent généreusement le panier des ouvrages traitant de cuisine ou de jardinage… De quoi en oublier, parfois, pour ne pas dire très souvent, leur dimension géopolitique.
C’est donc ici l’objectif principal de ces pages : proposer une perspective longue et large relative aux fruits et légumes. Derrière le rappel de fondamentaux et le décryptage de tendances planétaires se dévoilent des dynamiques agricoles, climatiques, économiques, politiques et sociales qui peuvent surprendre le consommateur. Et donc le cueillir à froid. Plantons ici le décor avec quelques points de repère afin de vous inviter, par la suite, à croquer dans notre menu.
Les fruits et légumes sont clés dans la sécurité alimentaire mondiale. Ils assurent 15 % des apports caloriques globaux, représentent 30 % de la production agricole mondiale et 12 % des terres agricoles cultivées, soit environ 200 millions d’hectares (Mha). Cela correspond à deux fois et demie la taille totale de la France métropolitaine, un confetti sur le globe. Néanmoins, ces surfaces augmentent : elles ont doublé en cinquante ans, atteignant 132 Mha pour les légumes (tubercules et racines compris) et 68 Mha pour les fruits.
Alors que la population mondiale est passée de 4 milliards d’habitants à 8 milliards au cours du dernier demi-siècle, la demande en fruits et légumes a augmenté sur tous les continents. Plus de bouches à nourrir et une attractivité pour ces aliments en raison de leurs vertus nutritionnelles. Dans de nombreux pays, notamment les plus développés, les sociétés en veulent tout au long de l’année, indépendamment des saisons et des origines, la primauté étant donnée à la disponibilité sur les étals. Tous n’ont pas cette abondance. D’ailleurs, trois freins persistent à leur consommation universelle : des millions d’habitants doivent se contenter des récoltes locales, qui peuvent manquer fréquemment ; le prix des fruits et légumes limite parfois leur accessibilité ; la fraicheur de ces aliments reste complexe à garantir dans le temps ou dans des espaces dépourvus d’équipements de stockage performants.
Comme toujours en agriculture et dans l’alimentaire, la géographie s’exprime à plein régime. Les fruits et légumes sont doublement climatodépendants. Les conditions météorologiques conditionnent les volumes et la qualité des productions, mais aussi les pratiques de consommateurs, plus avides à végétaliser leur assiette en fonction des températures et de l’ensoleillement. Les fruits et légumes entrent aussi dans les verres, les pots ou les gourdes car boissons, yaourts ou compotes en raffolent. Retour sur Terre : dorénavant, environ 2 100 millions de tonnes (Mt) de légumes récoltés (tubercules et racines compris) et 950 Mt de fruits. C’est 3 fois plus qu’en 1975. Cela fait donc désormais 2 150 milliards de kilos par an. Nous convertissons, à dessein, pour que chacun puisse prendre la mesure du poids de ces productions. Blé, maïs et riz représentent ensemble 2 500 Mt si l’on compare les fruits et légumes avec les grandes céréales.
Qui sont les stars dans les champs ? Bananes avant tout, mais ensuite pastèques, pommes, raisins et oranges au rayon fruits. Oignons, concombres, choux, aubergines mais surtout tomates côté légumes. À l’échelle mondiale, ce sont les plus produits. Détour par la botanique pour expliquer nos choix. Tomates, concombres et avocats sont traités dans la partie fruits, car ils se développent après une fleur. Ce ne sont donc pas des légumes. Pour ces derniers, nous avons aussi intégré les tubercules, avec les pommes de terre et le manioc, deux cultures clés de l’alimentation mondiale. Les fruits et légumes sont aussi portés par la recherche génétique depuis des années, facteur déterminant dans l’accroissement des rendements et des variétés. Ils sont également au cœur du commerce, se positionnant même comme la catégorie de produits alimentaires la plus échangée au monde en valeur (230 milliards de dollars par an). Et pourtant, seuls 12 % des fruits et 6 % des légumes collectés sont internationalisés. Ces franchissements de frontières requièrent des infrastructures, des chaînes du froid, des transports multimodaux et des centres de distribution territoriaux. Entre marchés de gros, marchés de plein vent et supermarchés se font ensuite les courses.
Tous ces éléments, de la production à la consommation en passant par les différents maillons logistiques, industriels et sanitaires s’intègrent dans le paysage mondial des affaires internationales. Les capacités et les intentions des acteurs ne sont pas homogènes. États et entreprises rivalisent pour être compétitifs sur ce secteur stratégique des fruits et légumes. Bien plus qu’un segment marginal, il s’agit d’un domaine attractif pour les investisseurs puisque ces aliments cochent potentiellement toutes les cases de l’alimentation durable, saine et bonne. Ce serait aller trop vite en besogne, les situations étant plus complexes et plus tranchées que cela.
Mais, puisque l’on parle de travail, concluons cette mise en appétit par un rappel vital : sans femmes ni hommes dans le maraîchage et l’arboriculture, sans ces agriculteurs, ces agricultrices et ces entrepreneurs et entrepreneuses, dans la nature et dans les serres, point de fruits et de légumes sur nos tables. À moins d’une révolution robotique de grande ampleur ou d’un régime sévère collectif. La prospective géopolitique passe toujours par des voies inévitables et des scénarios contrastés.
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« Les paiements constituent une infrastructure critique du fonctionnement économique dont la continuité conditionne la fluidité des échanges commerciaux et financiers mondiaux. Ils représentent à ce titre un point de vulnérabilité structurelle pour les économies qui en dépendent. Cette fragilité est aujourd’hui exacerbée par un double phénomène :
Dans ce contexte, la double concentration, tant sur les paiements de détail par carte, que sur les systèmes numériques associés, conduit à placer des fonctions critiques du système financier européen sous dépendance d’infrastructures soumises à des législations extraterritoriales étrangères. L’évolution récente de l’environnement géopolitique renforce ces enjeux de dépendance qui deviennent de potentiels leviers de pression ou de déstabilisation. La nouvelle administration états-unienne a en effet ravivé la perspective d’un usage agressif de la puissance technologique contre l’UE, y compris la possibilité d’« un switch numérique » capable d’affecter massivement le fonctionnement des infrastructures européennes. L’UE doit désormais intégrer un risque crédible de rupture, volontaire ou accidentelle, de chaînes technologiques essentielles susceptibles d’affecter directement la continuité de ses fonctions économiques et régaliennes… »
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Avec la multiplication des conflits internationaux et, dans cette situation préoccupante, les doutes croissants sur les intentions réelles du président états-unien de continuer à protéger le monde occidental, l’Union européenne (UE) a enfin pris la décision de se réarmer, mais dans un contexte d’inertie chronique entre les décisions politiques, prises par 27 capitales qui ont chacune leur mot à dire, les processus parlementaires de budgétisation et d’inscription dans les lois de programmation militaire, et leur mise en œuvre effective. Face à cette lenteur persistante où les processus d’acquisition des matériels sont en total décalage avec l’urgence avérée des besoins, beaucoup de pays se sont mis à la recherche de solutions plus rapides. Ainsi, de nombreux regards se sont tournés vers la Turquie, voisin géographique immédiat, candidat officiel à l’Union européenne, membre de l’Union douanière, et allié de l’OTAN depuis la première vague d’élargissement de 1952. Avec la deuxième armée de l’Alliance atlantique en termes d’effectifs, un budget de la défense en croissance constante, et une base industrielle et technologique de défense (BITD) qui a pris une importance telle qu’elle occupe aujourd’hui le onzième rang mondial en matériel d’exportations d’armement, la Turquie suscite un regain d’intérêt au point où la question se pose de savoir si elle pourrait, à une échéance rapprochée, devenir un partenaire stratégique pour la sécurité européenne.
La question crispe à peine posée. Sur les réseaux sociaux, la relation Turquie-Union européenne (UE) suscite des positions radicales, souvent fondées sur des notions plus personnelles que pragmatiques de valeurs, de tradition religieuse, d’histoire, ou encore d’éternelles interrogations sur le positionnement géographique de la Turquie : un pays européen ou non ? Les 3 % du territoire turc situé sur le continent européen en font-ils un pays européen ? Le tout sans être vraiment capable de proposer une définition claire de ce qu’est l’UE : un espace historique, géographique, économique, de tradition judéo-chrétienne ? C’est ce flou conceptuel qui a pour effet de cristalliser les tensions qui existent entre les « pour » d’un côté, les « contre » de l’autre, les hésitants préférant s’abstenir de s’immiscer dans un débat pourtant crucial. La stratégie des « contre » consiste à dérouler un inventaire d’irritants dont certains, il faut le dire, sont justifiés, à l’exemple du respect de l’État de droit et, dans le domaine de la défense, de l’affaire de la frégate Courbet[1] qui tourne en boucle dans les argumentaires. Force est toutefois de constater que le malaise des « contre » provient de l’observation des progrès accomplis par Ankara en matière de défense, progrès qui renvoient, comme un mauvais miroir, aux lacunes des pays européens qui n’ont pas su développer, ou qui n’ont pas su mieux soutenir leurs propres industries de défense. Sur un plan supranational, ce miroir reflète les propres failles de l’Union européenne.
Ces failles sont d’abord d’ordre politico-militaire. Quand on parle d’opérations dans le cadre de l’Europe de la défense, il faut bien reconnaître que ce ne sont, pour l’essentiel, que des missions de gestion de crises, humanitaires et de maintien de la paix (les missions dites de Petersberg). De plus, quand il s’agit de fournir des moyens pour ces opérations, beaucoup d’États se rappellent qu’ils contribuent aussi à l’OTAN. Au bilan : un processus politico-militaire lourd et lent qui n’aboutit, pour certains pays, qu’au déploiement d’une poignée de soldats dans les états-majors ou sur le terrain. Par ailleurs, en cas d’agression armée contre un État membre, la clause de solidarité prévue à l’article 42.7 du traité de Lisbonne ne semble pas aussi contraignante que l’article 5 de l’OTAN, à moins d’une argumentation adroite de juristes.
Les failles sont ensuite dogmatiques entre deux visions : une qu’on peut qualifier de « souverainiste stricte », qui défend l’idée d’une Union européenne entièrement autonome car dotée d’une BITD endogène et maîtrisée, et une autre, plus pragmatique, qui tient davantage compte des réalités du terrain en privilégiant une diversification des sources, surtout compte tenu de l’urgence. La première vision est historiquement portée par la France, la seconde par les pays nordiques, baltes et d’Europe orientale qui sont directement confrontés à la menace russe. En débloquant son veto à la vente d’avions de chasse Eurofighter à la Turquie en juillet 2025, l’Allemagne a rejoint la deuxième vision avec une triple réussite : un « trou capacitaire » de l’OTAN comblé sur son flanc Sud et en bordure de mer Noire, le maintien en service des chaînes de production des appareils, et l’intégration de la Turquie dans les processus européens selon le principe du « contrôle par l’intégration », afin d’éviter qu’elle noue, par dépit, des partenariats avec des pays comme la Russie ou la Chine.
Les failles sont enfin structurelles, bien que les deux organisations aient en commun l’exploit d’avoir réussi à éditer un nombre impressionnant de normes et de procédures, dont les conséquences sont des lourdeurs administratives, des processus décisionnels interminables, des comitologies de plus en plus envahissantes, et l’apparition de mesures correctives, dites « missions de simplification », qui nécessitent elles-mêmes une organisation et des moyens propres. L’Union européenne agit principalement sur des leviers industriels et financiers tandis que l’OTAN, pour sa part, dispose de leviers opérationnels (planification et conduite des opérations) et capacitaires. Bien que pleinement intégrée à l’OTAN, avec une participation humaine et financière qui permet aux autres alliés, notamment européens, d’alléger leur fardeau[2], la Turquie se retrouve exclue de la quasi-totalité des mécanismes de l’UE en matière de défense. C’est ce décalage qu’il convient d’examiner dans le contexte actuel de réarmement qui a débuté avec la guerre en Ukraine, entrée dans sa quatrième année depuis le 24 février 2026.
Une Turquie capable de répondre aux besoins urgents de l’Union européenneFinancièrement, la nécessité de se réarmer face au retour des conflits de haute intensité de ce type implique une double obligation : mettre un point final à la période des « dividendes de la paix » qui a, d’une manière irresponsable, et au mépris de l’anticipation stratégique, transformé les budgets de la défense en variables d’ajustement, et établir les fondements d’une véritable défense européenne. La première a été prise en compte avec l’augmentation de la part des budgets de la défense dans les produits intérieurs bruts (PIB), tandis que la seconde fait l’objet de nouveaux textes comme le plan ReArm Europe/Readiness 2030, dont SAFE (Security Action for Europe) constitue l’un des cinq piliers, ou encore EDIP (European Defence Industry Programme).
Seulement, ces nouveaux textes fondateurs, bien qu’ils témoignent d’une véritable prise de conscience politique à vouloir donner à l’UE un rôle crédible en matière de défense, manquent singulièrement de précisions et de côtés pratiques : quels types de matériels sont à acquérir, à quelle cadence précise d’ici le 31 décembre 2030, et auprès de qui si la règle des 65 %/35 %[3] bute sur la réalité des capacités de production de l’UE, notamment compte tenu de la nécessité de « retrouver de la masse »[4] comme l’ont souligné les leçons tirées du conflit en Ukraine ? L’Europe ne pouvant pas se permettre d’être en retard par rapport à une Russie qui pourrait reconstituer ses forces militaires, la diversification des sources d’approvisionnement devient une impérieuse nécessité : d’où l’éligibilité aux procédures de passation conjointe de marchésde SAFE des pays en voie d’adhésion à l’UE, des pays candidats, des pays candidats potentiels, et aussi des pays ayant conclu un partenariat en matière de sécurité et de défense avec l’UE tels que l’Albanie, le Canada, le Japon, la Moldavie, la Macédoine du Nord, la Norvège, la Corée du Sud et le Royaume-Uni. Des accords bilatéraux ou multilatéraux supplémentaires peuvent même être conclus afin d’élargir la participation et les conditions d’éligibilité. La Turquie ne figure pas parmi les bénéficiaires de cet instrument et les portes d’une coopération industrielle ne lui sont pas clairement ouvertes, en raison principalement du blocage de la Grèce et de la République de Chypre.
Pourtant, la BITD turque est en mesure de proposer dans des délais courts, et à des coûts raisonnables, des réponses dans une grande majorité des domaines recherchés. Près de 4500 entreprises turques sont directement impliquées dans l’industrie de défense. La Turquie conduit à l’heure actuelle plus de 1400 programmes de défense dans tous les domaines : terrestre, maritime, aérien, spatial, armement et cyber, sans compter environ 150 programmes de R&D qui couvrent un vaste éventail de domaines comme l’intelligence artificielle, les nanotechnologies et le quantique. Si la Turquie n’a pas atteint le niveau technique des pays avancés dans les domaines pointus, comme la motorisation et l’interception des cibles à très haute vélocité, elle est d’ores et déjà en mesure de répondre, avec des volumes importants, aux demandes de masse en matière de véhicules blindés, d’armes légères et lourdes, de munitions et, surtout, de drones compte tenu de sa réputation désormais mondiale.
Une Turquie pourtant familière des mécanismes européensC’est à ce point qu’arrive une question cruciale : comment considérer la Turquie comme un élément de profondeur stratégique pour l’Europe et un multiplicateur de puissance, mais sans pour autant transformer les outils de partenariat en mécanismes de dépendance ?
En premier lieu, il convient de rappeler que l’expérience de la Turquie dans des mécanismes européens de défense n’est pas nouvelle. Membre associé de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) en 1992, la Turquie a rejoint le 19 novembre 1996, dès sa création à Ostende sous l’autorité de l’UEO, l’organisation de l’armement de l’Europe occidentale (WEAO) avec les mêmes droits et les mêmes obligations que les autres membres de l’UEO ; c’est au fur et à mesure du transfert des compétences de l’UEO vers l’Union européenne que la Turquie s’est retrouvée progressivement exclue des mécanismes de défense de cette dernière. Elle est toutefois membre associé du programme Horizon Europe depuis son lancement en 2021, avec une activité soutenue dans des domaines duals comme les nanotechnologies et les matériaux avancés, grâce à une participation active de la Tübitak[5]. Dans le cadre de l’OCCAr[6], bien qu’elle ne soit pas membre à part entière de cette organisation, la Turquie a pris part aux programmes A-400M (avion de transport militaire) et COBRA (radar de contre-batterie). Les chefs d’état-major turcs participent régulièrement aux réunions militaires européennes de haut niveau comme l’EURAC (European Air Chiefs Conference) ou le CHENS (Chiefs of European Navies Conference). Des auditeurs turcs sont présents aux sessions européennes des responsables d’armement (SERA). Enfin, la Turquie est membre fondateur du réseau Eureka[7], dont la Commission européenne est membre, depuis sa création en 1985.
Ensuite, la Turquie prend part à de nombreuses initiatives européennes hors du cadre strict de l’UE. Dès 2024, l’Allemagne a intégré la Turquie dans son ESSI (European Sky Shield Initiative) qui, dans le cadre de l’OTAN, ambitionne de mettre en place une défense aérienne et antimissile intégrée en Europe. Le Royaume-Uni a identifié la Turquie comme un acteur de premier plan, appliquant une politique de «coalition-building» beaucoup plus souple que l’Europe des 27, et facilitant de cette manière la signature de partenariats de haut niveau comme BAE/Nurol et BAE/TAI (Turkish Aerospace Industries). En Italie, le remplacement du mécanisme Golden Share par le Golden Power, qui permet aux entreprises de mener des activités critiques pour l’intérêt national sans que l’État soit actionnaire, a permis le rachat de Piaggio Aerospace par Baykar, rachat suivi six mois plus tard du partenariat stratégique entre Baykar et Leonardo. Un autre exemple d’initiative de haut niveau hors du cadre strict de l’UE est l’Espagne, avec l’association de NAVANTIA aux programmes navals turcs dont le porte-avions national MUGEM. En parallèle, d’autres pays comme la Pologne, compte tenu de l’urgence de leurs besoins face à la menace russe, ont opté pour une approche dite « par le bas » en privilégiant la compétitivité des coûts et la rapidité de production, devenant ainsi le premier acheteur européen de drones turcs. Étape suivante, Varsovie négocie en ce moment pour l’implantation sur son territoire d’une usine de munitions de 155 mm opérée par la société turque MKE. Il existe beaucoup d’autres exemples de coopérations bilatérales au sein de l’UE, comme le Portugal qui a commandé à la société turque STM deux bâtiments de soutien logistique pour sa marine.
Les raisons de ces initiatives nationales hors du cadre strict de l’UE sont nombreuses : désaccords sur la gouvernance des programmes, différences dans les priorités de programmes et d’achats en matière d’équipements, lenteur des mécanismes centraux. Si chaque contrat signé bilatéralement constitue, indéniablement, une brique supplémentaire dans la construction des capacités européennes de défense, force est de constater que les effets de cette pratique sont pernicieux, car privilégier à outrance la préférence nationale finira, en cas de surmultiplication des exemples, par fragiliser des institutions centrales européennes déjà objet de nombreuses critiques. La logique de « multilatéralisme convergent », indispensable pour construire un esprit commun de défense, s’effacera alors devant la multiplication des « minilatéralismes transactionnels », jugés plus efficaces, mais échappant au contrôle de Bruxelles.
Les « contre » précédemment évoqués ne manqueront pas d’observer que la Turquie tire profit de la fragilité du modèle de défense européen grâce à l’attractivité de ses produits : coûts raisonnables, rapidité de production, efficacité prouvée en opération. C’est peut-être vrai selon l’adage « business is business », mais rappelons que les ventes de matériels militaires turcs s’inscrivent dans le principe de subsidiarité prévu à l’article 5 paragraphe 3 du Traité sur l’Union européenne (TUE), lequel stipule que « l’Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres ». Consciente toutefois qu’elle n’est pas encore capable, d’une manière totalement autonome, d’être présente sur les « premiers marchés » (les cycles de développement décennaux) comme les avions de chasse, les sous-marins et les chars de combat, la stratégie de la Turquie consiste à investir les « seconds marchés » (« consommables militaires ») comme les blindés légers, les drones tactiques, les armes légères et les munitions[8]. Ainsi, la Roumanie et la Hongrie ont acheté à la Turquie des véhicules blindés tactiques respectivement de type COBRA II et Ejder Yalçın, avec la mise en place d’une ligne d’assemblage locale pour la Roumanie, et le développement d’une version locale nommée GidrÁN pour la Hongrie. L’Estonie, pour sa part, s’est dotée à la fois de véhicules de types ARMA 6X6 et YÖRÜK 4X4. Ainsi, dans l’état actuel de sa BITD, et probablement pour les années à venir, la Turquie ne constitue pas une menace sérieuse pour les géants des « premiers marchés » comme Airbus, Safran, Dassault ou MBDA. Ce constat est d’autant plus avéré que la Turquie n’est encore pas capable de gagner en efficacité en se libérant de ses préjugés et de ses freins culturels : elle ne fait confiance qu’aux Turcs, et ce n’est pas demain que les grandes entreprises nationales comme Aselsan, Roketsan, TAI, Havelsan ou encore Baykar seront représentées en France par un Français capable de leur ouvrir des marchés de haut niveau.
Les conditions d’un partenariat stratégique avec l’UECompte tenu de sa capacité à apporter une réponse rapide et adaptée sur certains segments, la Turquie non seulement peut, mais doit devenir un partenaire stratégique de l’UE. Les craintes de prédation par Ankara des grands marchés européens de défense ne sont, comme on vient de le voir, pas fondées, ou du moins pas encore d’actualité. C’est pourquoi il importe, d’ores et déjà, de bien cadrer l’ensemble des actions à mener en mettant en place des mécanismes de contrôle destinés non à bloquer, mais à maîtriser l’offre turque.
Un premier mécanisme consisterait à veiller à une application stricte du principe de réciprocité, que ce soit pour les implantations, les représentations ou directions d’entreprises et les marchés. Sans ce « pare-feu », l’accès au marché européen par les entreprises turques ne s’accompagnerait, à terme, d’aucune contrepartie pour les entreprises des pays de l’UE. La diminution significative du nombre d’entreprises françaises qui sont présentes lors des salons d’armement turcs, comme IDEF et SAHA Expo, est symptomatique de ce déséquilibre où la Turquie cherche désormais à exporter et plus à acheter. Seules les sociétés françaises qui ont établi un partenariat avec une entreprise turque exposent, mais sous la bannière de leur partenaire local. L’étiquette française n’est plus visible.
Le second est de mettre en place des clauses d’extinction (« sunset ») afin, le cas échéant, de pouvoir rapidement dénoncer un accord si la réciprocité n’est plus respectée, ou s’il tourne au désavantage des Européens. Une commission de révision serait chargée d’évaluer périodiquement les conditions de mise en vigueur de l’accord, avec un regard particulier sur la question des valeurs ajoutées de part et d’autre, et sur la nature et le volume des transferts de technologies.
Le troisième, plus supranational, consisterait à s’appuyer sur l’Agence européenne de défense (AED) pour mettre en place une structure de coordination entre l’UE et la Turquie. Cette structure aurait pour mission de coordonner les marchés à l’échelle européenne, mais sans les limiter ou les interdire en vertu du principe de subsidiarité précédemment évoqué. Elle permettrait à l’ensemble des entreprises européennes de disposer d’une vision centralisée des marchés afin d’alerter sur les risques de concurrence ou de saturation. Elle pourrait, si les États membres le décident, émettre des recommandations en vue de combler efficacement les lacunes de l’industrie de défense européenne. D’une manière encore plus structurée, il pourrait être envisagé de s’inspirer des arrangements administratifs bilatéraux que l’AED a déjà signé avec d’autres pays comme la Norvège, la Suisse et la Serbie.
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Au-delà des décalages qui persistent entre le modèle politique turc et les critères européens, décalages que le rapport 2025 du Parlement européen sur la Turquie vient encore de mettre en avant, ce sont les veto de la Grèce et de la République de Chypre à la participation de la Turquie aux mécanismes de défense européens qui constituent les principaux freins à un partenariat stratégique entre Bruxelles et Ankara. Mais la question, pour l’UE, dépasse le simple cadre de la relation bilatérale : il s’agit de prendre une décision entre une capacité de défense européenne autonome, illusoire d’ici les prochaines années, et une profondeur stratégique pragmatique incluant la Turquie qui, compte tenu de ses capacités de défense, est déjà en mesure de répondre aux besoins urgents et aux lacunes sur certains segments capacitaires.
Ainsi, plutôt que de s’obstiner à opposer ces deux logiques, il serait plus judicieux, dans l’intérêt des Européens, de considérer la BITD turque non pas comme un concurrent, mais comme un élément structurant de la défense européenne grâce à la mise en place de mécanismes de contrôle destinés à prévenir toute interdépendance incontournable et toute position dominante de la Turquie. L’urgence de la nécessité de se réarmer face à la dégradation de la situation internationale doit être pour l’UE une opportunité pour repenser son partenariat de défense avec Ankara.
[1] L’évènement a eu lieu le 10 juin 2020. Engagée dans l’opération de l’OTAN Gardien de la mer (Sea Guardian), la FLF (frégate légère furtive) COURBET a été illuminée, à trois reprises, par le radar de conduite de tir d’un bâtiment de la marine turque au moment où elle s’apprêtait à contrôler le cargo ÇİRKİN, soupçonné de violer l’embargo sur les armes décidées par les Nations-Unies à l’égard de la Libye. Le ÇİRKİN, battant pavillon de la Tanzanie, avait appareillé du port turc de Haydarpaşa. Escorté par les frégates turques TCG Gökova (F-496) et TCG ORUÇREİS (F 245), il avait également bénéficié d’une couverture aérienne au moment de passer au large de l’île de Psara, à l’est de l’île de Chios. En termes de règles d’engagement, l’illumination radar est considérée comme un acte de guerre, car c’est la dernière action qui précède l’ouverture du feu. Le risque de cet acte inacceptable entre alliés aurait été un déclenchement immédiat du feu par le COURBET.
[2] La participation turque à l’opération de type Berlin Plus Althea en Bosnie-Herzégovine en est un exemple concret.
[3] Règlement (UE) 2025/1106 du Conseil du 27 mai 2025 établissant l’instrument « Agir pour la sécurité de l’Europe (SAFE) » par le renforcement de l’industrie européenne de la défense – article 16, paragraphe 10 : « le coût des composants provenant de pays tiers à l’Union, aux États de l’EEE-AELE et à l’Ukraine ne doit pas être supérieur à 35 % du coût estimé des composants du produit final ». Les États de l’EEE-AELE sont les pays qui participent à l’Espace économique européen (EEE) via l’Association européenne de libre-échange (AELE).
[4] Expression utilisée par les militaires pour définir la capacité d’une armée à engager simultanément un volume suffisant de moyens humains, matériels et logistiques dans la durée.
[5] Türkiye Bilimsel ve Teknolojik Araştırma Kurumu, Fondation pour la recherche scientifique et technologique de Turquie.
[6] Organisation conjointe de coopération en matière d’armement.
[7] Eureka est un réseau intergouvernemental créé en 1985 afin de soutenir la coopération internationale en matière de recherche, de développement et d’innovation orientée vers le marché. Il réunit des ministères et des agences de financement de 47 pays ainsi que la Commission européenne, chaque État finançant les participants relevant de sa compétence nationale. Mais contrairement aux programmes-cadres de recherche de l’UE comme Horizon Europe, EUREKA n’est pas un programme de l’UE.
[8] Julien Malizard, Josselin Droff, « Évolution des conflits et reconfigurations de l’industrie de l’armement : hypothèse des deux marchés », Défense Industries, n°18, juin 2024.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, autour de la montée en puissance de Zohran Mamdani alors que trois candidats de son mouvement se sont imposés lors des primaires démocrates en vue des élections de mi-mandat.
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La France traverse depuis le 17 juin une vague de chaleur exceptionnelle, avec des températures atteignant jusqu’à 44,3 °C dans les Landes. Cette canicule touche l’ensemble du continent européen, où de nombreux records de chaleur ont été battus, parfois à des niveaux jamais observés. Dans un contexte où l’Europe est particulièrement touchée par les changements climatiques, les économies européennes sont particulièrement exposées aux conséquences de ces épisodes de fortes chaleurs. Cet épisode témoigne l’ampleur du défi climatique et interroge la capacité des États à s’adapter à des évènements extrêmes qui sont appelés à se multiplier. Quels effets ces épisodes de canicule ont-ils sur l’activité économique européenne et quels secteurs sont les plus vulnérables ? Les politiques mises en œuvre par les États européens sont-elles réellement efficaces pour limiter leurs conséquences ? Enfin, comment l’Union européenne peut-elle faire évoluer ses politiques afin de mieux protéger son économie face à des canicules de plus en plus fréquentes ? Le point avec Dominique Plihon, professeur émérite d’économie à l’université de Sorbonne Paris Nord, membre des économistes atterrés.
Dans quelle mesure les changements climatiques, et notamment les épisodes de canicule, affectent-ils les économies européennes ? Quelles sont les économies et les secteurs les plus impactés ?
En juillet 2025, l’Europe a connu une vague de chaleur de grande amplitude, du même type que la canicule de 2026. Des économistes de la Banque centrale européenne (BCE) ont publié une étude pour analyser les effets sur l’économie européenne, et concluait à des conséquences durables sur la vie économique des régions touchées.
D’après cette étude, les vagues de chaleur estivales font baisser l’activité économique d’environ 1 % la première année, et de 1,5 % deux ans après. De même, l’activité économique est inférieure de 3 % après une sécheresse et 2,8 % après une inondation, quatre ans après. Ce qui contredit l’idée selon laquelle l’économie se remet rapidement des évènements climatiques extrêmes.
L’agriculture est la première victime des fortes chaleurs : lors des canicules, les récoltes se portent mal. Le secteur « tertiaire », c’est-à-dire les services hors agriculture et industrie, est également fortement touché. L’étude montre que lors de ces périodes de canicule les investissements dans ces secteurs augmentent, mais pas la productivité. Pourquoi ? Ces dépenses servent à s’équiper pour mieux résister aux températures élevées (via la climatisation, par exemple), et non à investir dans des technologies améliorant leur productivité sur le long terme.
Les vagues de chaleur font aussi grimper les prix de la nourriture. En 2022, une vague extrême a augmenté de 0,7 point de pourcentage le prix de la nourriture en Europe. Selon l’étude de la BCE, une vague de chaleur équivalente pourrait provoquer d’ici 2060 une hausse de 1,8 points.
Or ces effets risquent de s’amplifier. Les régions déjà chaudes sont les plus touchées par ces effets économiques parce que la chaleur y est plus rapidement insupportable. Avec le réchauffement climatique, de plus en plus de régions européennes vont se retrouver dans ce cas. Si la température mondiale augmente de 3 degrés en moyenne, les journées d’été pourraient être jusqu’à 6 degrés plus chaudes en Europe d’ici la fin du siècle.
Quelles sont les mesures mises en place par les pays européens pour contrer les effets du dérèglement climatique ? Certains pays sont-ils mieux préparés pour s’adapter à ces effets ?
Il est difficile de savoir quels pays sont les mieux préparés à faire face à la crise climatique, car les politiques nationales sont assez différentes : ainsi l’Allemagne a décidé d’abandonner l’énergie nucléaire en 2023 au profit des énergies renouvelables, tandis que la France en fait une source d’énergie prioritaire dont le caractère écologique est contestable à long terme…
En 2019, l’Union européenne (UE) avait adopté le Pacte vert européen (European Green Deal), un plan ambitieux qui cherchait à mettre l’UE à l’avant-garde de la lutte contre le dérèglement climatique, avec l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Le Pacte vert devait donner lieu à un paquet de directives Fit for 55 qui couvrent des domaines très divers (transports, logement, commerce international…). Parmi les principales mesures prévues figurent l’interdiction des moteurs thermiques (essence, diesel) en 2035, la réforme du marché du carbone (suppression des quotas gratuits) et l’instauration progressive d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières à partir de 2025.
Un plan de financement de 1.000 milliards d’euros était prévu par la Commission pour la période 2021-2030 pour les investissements verts, notamment pour développer les énergies propres et soutenir la recherche et l’innovation dans les technologies à faible intensité carbone.
Les politiques européennes actuelles sont-elles suffisantes pour protéger l’économie face à des évènements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents ? Quelles adaptations l’Union européenne doit-elle mettre en place pour envisager une économie plus durable qui prendrait davantage en compte la variable climatique ?
Il n’est pas sûr que les politiques européennes actuelles soient suffisantes pour protéger l’UE contre les effets du dérèglement climatique. Au contraire ! En effet, à la suite des élections européennes de 2024, on assiste à un changement de cap radical dans le sens d’une régression de la politique climatique impulsée par la Commission européenne. Les élections ont modifié la composition de l’Assemblée européenne dans laquelle les écologistes et la gauche ont perdu la majorité. L’Assemblée est désormais dominée par la droite et l’extrême droite, très critiques à l’égard des politiques climatiques, jugées trop « punitives ».
Sous la pression de la nouvelle majorité du Parlement européen et des puissants lobbies industriels et agricoles opposés aux nouvelles règles prévues par le Pacte vert, on a assisté à une véritable remise en cause de celui-ci. Le paquet de directives Fit for 55 au cœur du Pacte vert est « détricoté », ainsi que l’illustre la multiplication récente des directives dites « omnibus » dont l’objectif est de déréglementer l’UE, pour « libérer » ses acteurs économiques supposés être handicapés par les règles bureaucratiques européennes jugées contreproductives, peu transparentes et nuisibles pour la compétitivité des entreprises européennes.
Construire une économie plus durable dans l’UE impliquerait d’abandonner les politiques actuelles qui conduisent à l’abandon du Pacte vert alors que la crise écologique s’accélère, comme le montre la multiplication des évènements climatiques extrêmes ces dernières années.
La restauration du Pacte vert apparait d’autant plus nécessaire que, d’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Europe sera la région du monde la plus touchée par ces épisodes de réchauffement climatique…
Article
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Au lendemain des attentats du 7 octobre 2023, l’attention médiatique s’est concentrée sur l’horreur subie par les victimes israéliennes. Mais à mesure que la situation se dégradait pour les Palestiniens et que la riposte devenait disproportionnée, le sujet de Gaza a paradoxalement disparu des plateaux, tout en restant très présente sur les réseaux sociaux.
L’on peut observer plusieurs mécanismes récurrents. Le porte-parole de l’armée israélienne et l’ambassadeur d’Israël sont reçus avec déférence, rarement contredits, là où les responsables politiques critiques envers Israël étaient soumis à un feu roulant de questions. Les journalistes qui osent remettre en cause le discours officiel sont exposés à de fortes attaques, parfois jusqu’à risquer leur poste. Un stagiaire a même été renvoyé pour avoir évoqué côte à côte les otages israéliens et les prisonniers palestiniens.
Dans le même temps, les spécialistes reconnus du Proche-Orient ont été progressivement marginalisés, mis sur le même plan que des militants. On a minimisé le blocus, la famine, l’interdiction faite aux journalistes d’entrer dans Gaza, dans une forme de négation du droit international humanitaire.
Comment expliquer ce conformisme ? Il y une part de communautarisme, une part d’occidentalisme nourrie par l’idée qu’Israël serait la pointe avancée du combat contre l’islamisme, et une part de prudence professionnelle, chacun craignant d’être écarté de l’antenne. De CNews à France Culture, en passant par France Télévisions, le récit israélien s’est imposé presque naturellement.
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« La présence américaine dans la région Caraïbe suit dans une certaine mesure, les objectifs contenus dans la National Security Strategy publiée en janvier 2026 et son « corollaire Trump » à la doctrine Monroe pour l’Hémisphère occidental. Il s’agit de restaurer la prééminence américaine et de refuser aux compétiteurs extérieurs (la Chine en l’espèce) la possibilité de déployer des forces, de posséder ou de contrôler des actifs stratégiquement vitaux. Selon ce document, les États-Unis entendent mobiliser leurs partenaires pour contrôler les flux migratoires, stopper les trafics de drogue et renforcer la stabilité et la sécurité terrestres et maritimes…
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Peut-on parler de rupture historique entre la France et l’Afrique ?
Indéniablement la rupture qui s’est opérée entre 2022 et 2025 avec le départ des forces françaises du continent africain est historique. Elle était prévisible mais l’érosion progressive de l’influence française caractérisée par un « sentiment anti-français », n’a pas été interprétée. Embourgeoisée dans une relation déséquilibrée et paternaliste, la France n’a pas vu monter l’exigence de souveraineté des jeunesses africaines. Facteur amplifiant, la montée en puissance de l’Union européenne depuis le traité de Lisbonne de 2007, a positionné Bruxelles comme un acteur financier important tandis que nos ambassades ne cessent de répéter qu’elles n’ont plus de budget. La nature a horreur du vide. Il a permis l’arrivée de compétiteurs comme les Russes qui, en 2018, s’installent en République centrafricaine, conséquence du départ de la mission militaire SANGARIS. La France, rétractée sur une vision héritée de l’histoire, n’a pas perçu l’arrivée massive des Russes, des Américains, des Turcs, des Chinois et in fine de tous les États européens, l’Allemagne et l’Espagne en tête, qui se ruent à la conquête de nouveaux marchés. Notre discours récurrent sur la fin de la « France-Afrique » et du soi-disant « pré carré » a miné notre positionnement car les États africains avaient eux, intégré de longue date cet état de fait. La guerre de 2011 en Libye voulue par les Français, a enfin prouvé notre perte de la langue de l’Afrique. La France a démontré à cette occasion la perte collective de cette compréhension fine qu’elle avait du continent. L’opération SERVAL en 2013 aura été le dernier moment d’une action militaire française en autonomie. L’opération Barkhane qui a suivi n’avait, compte tenu de ses effectifs et de la dimension de la zone d’action, que peu de chances de réussir. La densification des actes terroristes dans le Sahel et la descente des groupes armés vers le Golfe de Guinée, ont révélé la faiblesse du dispositif français. Les coups d’État successifs entre 2020 et 2023 au Mali, au Burkina Faso et au Niger et le rejet consécutif de la France, ont constitué le départ du feu de brousse qui a emporté tout le dispositif militaire en 2025… à l’exception de la base de Djibouti que nous louons.
Est-elle irréversible ?
Probablement, malgré le désir caché de certains qui imaginent que, lassés des Russes, les États africains souhaiteront notre retour. Cette manière de voir les choses est illusoire et enfantine. L’histoire ne repasse évidemment pas les plats. On dénombre 58 soldats morts pour la France dans le Sahel. Le départ des forces françaises d’Afrique a été humiliant. Ce sentiment partagé par tous, a été synthétisé par Emmanuel Macron le 6 janvier 2025 lors de la réunion annuelle des ambassadeurs par son « on a oublié de nous dire merci ». Mais n’allons pas trop loin tout de même. La rupture n’est pas totale puisque des accords de coopération et de défense existent toujours. Mais nous devrons agir avec d’autres, compte tenu des 33 accords de défense signés avec les Russes en dix ans, ajoutés aux 39 accords de défense contractés avec les Turcs. Les Américains, de leur côté, ne sont pas en reste grâce à leurs différents programmes « Train and Equip » financés par le Département d’État et l’effort réalisé par Donald Trump en direction des pays dotés de matières premières rares comme en RDC ou au Nigéria. À partir de 2022, sentant le vent du boulet arriver, Jean-Marie Bockel est désigné comme « envoyé personnel » du chef de l’État pour l’Afrique. Il n’a pas démérité mais il a passé les années 2023 et 2024 à courir derrière une histoire qui allait plus vite que lui. « La France passe d’une logique de stock à une logique de flux en Afrique » conclut-il sur les ondes de Radio France Internationale le 7 novembre 2024. Perspective tellement technocratique qu’elle nous fait revenir à l’époque des comptoirs du XIXème siècle ?
La France a-t-elle trop fait preuve de condescendance ?
La parole péremptoire et paternaliste des élites politiques françaises à l’égard de l’Afrique francophone est un paramètre essentiel pour comprendre la prise de distance et le ressentiment observés ces dernières années. Il est largement sous-estimé dans les facteurs ayant contribué à une prise de distance des élites de l’ancien « pré carré » français. Or, ce facteur est essentiel. Nous y consacrons d’ailleurs un chapitre entier de notre livre.
Ce mode opératoire consistant à tenir des propos blessants et culpabilisants est l’apanage de presque tous les présidents de la Vème République. C’est bien le problème ; François Mitterrand et Jacques Chirac avec leurs injonctions sur la démocratie, François Hollande avec la question des Droits de l’Homme, Emmanuel Macron avec ses thèmes sur la démographie. Le discours que Nicolas Sarkozy a prononcé à Dakar, en juillet 2007, en est la caricature. Près de vingt ans après, nous payons encore cette intervention qu’aucun autre chef d’État à travers le monde, y compris européen, n’aurait pu tenir en terre africaine.
Loin des partenariats « gagnant – gagnant » régulièrement vantés, chaque président français se sent ainsi obligé de donner ses conseils, de s’ériger en moralisateur en expliquant aux opinions publiques africaines ce qui est bon pour elles ; que la démocratie est un passage obligé ; combien d’enfants elles doivent faire, etc.
La France est la seule ex-puissance coloniale européenne à s’autoriser une telle liberté de ton. Sans doute parce que inconsciemment elle entend toujours façonner les Africains à son image par un message universaliste. Paris n’a pas vu que, sur ce point aussi, les Africains en ont assez. D’autant que cette approche professorale bute désormais sur les relations que les pays africains entretiennent avec des pays qui, comme la Chine, la Russie ou la Turquie, ont une attitude plus respectueuse de leur souveraineté. Les Africains sont d’autant plus agacés que Paris est proche de certains pays où les libertés publiques et la démocratie sont extrêmement faibles. Ce double standard ne passe plus.
Était-ce une erreur de s’abstenir lors du vote à l’ONU, en avril 2026, sur la résolution proclamant la traite des esclaves comme le plus grave crime contre l’humanité ?
La France n’a pas approuvé cette résolution car elle ne souhaitant pas hiérarchiser les crimes contre l’humanité. Cela peut s’entendre. En réalité, elle a surtout voulu éviter de tomber dans le débat sur les réparations et les dédommagements financiers.
Il faut remarquer que, malgré quelques avancées (rapport sur la guerre d’indépendance au Cameroun, sur le génocide de 1994 au Rwanda, sur le cas de Thiaroye au Sénégal, sur l’abrogation récente du Code Noir…), la France reste en retrait par rapport à ses partenaires européens sur les questions mémorielles. Notamment sur la restitution des œuvres pillées ou spoliées durant les conquêtes coloniales. Pour l’instant, seule une trentaine de pièces ont été rendues à plusieurs pays (Bénin, Madagascar, Sénégal, Côte d’Ivoire) alors que les autres capitales européennes en sont déjà à plusieurs milliers. Il y a encore une vraie pusillanimité à regarder l’Histoire en face. En mai dernier, le Parlement français a adopté une loi-cadre sur cette question. Mais la France est-elle prête à vider ses musées si d’aventure tous les pays africains venaient à demander une restitution en masse des œuvres qui s’y trouvent ? C’est la vraie question.
L’article « Out of Africa » – 4 questions à Peer de Jong et Frédéric Lejeal est apparu en premier sur IRIS.
L’implication des États-Unis dans la guerre en Iran a relancé le débat sur la légitimité des interventions militaires menées par les pays occidentaux au nom de la démocratie et de la « libération des peuples ». Au-delà de la remise en question du droit international, notamment des principes de non-intervention et de non-ingérence, ces interventions n’ont souvent pas atteint les objectifs qu’elles avançaient et ont finalement laissé les pays concernés dans une situation plus délétère qu’avant le conflit. Ces guerres ont également des conséquences moins visibles, notamment sur le patrimoine culturel. À la suite de l’invasion de l’Irak en 2003, les pillages de sites archéologiques et de musées irakiens se sont multipliés, et c’est aussi le cas dans d’autres territoires touchés par des conflits armés comme la Syrie, la Libye ou encore Gaza. Ces pillages participent à la destruction de la mémoire collective des populations, déjà fragilisées par la guerre. Les œuvres sont ensuite revendues illégalement et sont parfois exposées dans des musées occidentaux ou encore acquises par des collectionneurs et marchands d’art. Le trafic d’œuvres d’art et de biens culturels est aujourd’hui l’un des trafics les plus importants et lucratifs au monde.
Dans ce contexte, peut-on légitimer des interventions militaires dans des pays au nom de la libération des populations et de la démocratie ? Quel est l’impact des pillages de biens culturels sur la mémoire collective et l’identité des peuples ? Pourquoi ces pillages restent-ils si peu traités dans les médias occidentaux ? Dans quelle mesure la fiction permet-elle de redonner une place à des mémoires effacées ?
Dans ce podcast, Saphia Azzeddine, romancière et réalisatrice, revient dans son roman « Mémoires sous scellés » (Éditions Fayard) sur le pillage du musée de Bagdad en 2003. Entre fiction et réalité, ce récit interroge les zones d’ombre autour de l’appropriation des œuvres culturelles par d’autres pays, ainsi que la légitimité des interventions militaires au nom de la démocratie.
L’article Géopolitique des pillages culturels. Avec Saphia Azzeddine est apparu en premier sur IRIS.
Les élections présidentielles colombiennes du 21 juin 2026 ont rendu leur verdict. Le candidat de la droite radicale, Abelardo de la Espriella, a été élu d’une courte tête, avec 49.7 % des voix contre 48,7 % pour le candidat de gauche Ivan Cepeda. À l’heure où ces lignes sont écrites, compte tenu de la faiblesse de l’écart, il n’est pas impossible que des recours venant de la gauche interviennent. Ivan Cepeda a ainsi pour le moment refusé de reconnaître la victoire de son adversaire. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le résultat définitif, les résultats impressionnants d’un outsider inconnu il y a encore quelques mois, devraient donner matière à réflexion non seulement à une partie de la gauche colombienne et à la gauche latinoaméricaine tout entière. Et singulièrement en matière de questions sécuritaires, lesquelles, à mesure de la criminalisation rampante de territoires entiers, favorisent l’arrivée au pouvoir d’une droite musclée, que ce soit hier au Salvador, en Équateur, en Argentine, au Chili, et maintenant en Colombie. L’insécurité touche les fractions les plus pauvres des populations qui constituent aussi le cœur de l’électorat de la gauche. Certes, la physionomie de la Colombie a beaucoup évolué depuis La Violencia des années 1950. Ce pays est aujourd’hui, derrière le Brésil et le Mexique, la troisième ou quatrième économie de l’Amérique latine. Son territoire est largement urbanisé avec près de 83 % des 53 millions d’habitants vivant dans les zones urbaines, avec des pôles régionaux de développement relativement prospères. Il n’en reste pas moins que la production et le trafic de la cocaïne, et la prolifération des groupes criminels qui l’accompagne sont des révélateurs des dysfonctionnements structurels propres à la formation sociale de ce pays.
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This article examines the evolution of Estonia’s defence procurement practices, especially following Russia’s full-scale invasion of Ukraine in 2022. It argues that Estonia´s defence capability development remains firmly threat-driven and in line with NATO collective efforts. However, Russia´s full-scale invasion of Ukraine has accelerated timelines and reprioritised some of the defence articles such as ammunition, air defence and unmanned systems. Furthermore, there has been evident shift towards more dynamic and effect-driven acquisition models, and the growing emphasis on delivery speed and supply security, which requires a revaluation of established practices and structures that often prioritize rigidity and cost-effectiveness over agility and responsiveness. The paper further explores the efforts to strengthen the domestic defence industrial base through localisation, innovation support and EU instruments, as well as the drivers and limitations of Baltic and EU-level joint procurement.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, autour des négociations entre les États-Unis et l’Iran concernant les sanctions prises à son encontre et son programme nucléaire.
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À l’heure où Donald Trump essuie un échec cuisant face à l’Iran, son administration enregistre des succès stratégiques en Amérique latine, une région qu’il cherche à transformer en « arrière-cour » des États-Unis. En décembre 2025, la Stratégie de sécurité nationale a réhabilité la doctrine Monroe, affirmant que l’Amérique doit rester sous contrôle américain, dans la lignée du corollaire Roosevelt (1904).
Pour concrétiser cette vision, Trump multiplie les pressions. Au Panama, la Cour suprême a retiré en janvier la concession d’une entreprise liée à Hong Kong sur les ports du canal. Au Venezuela, un raid militaire a permis l’arrestation de Nicolas Maduro, remplacé par Delcy Rodríguez, qui a immédiatement aligné son pays sur Washington en rompant les livraisons de pétrole à Cuba. Le Mexique, sous la menace de sanctions, a cédé à son tour. Cuba, étouffé économiquement, se résout à libéraliser son économie, offrant ainsi un accès aux acteurs financiers américains.
La stratégie de Trump ne se limite pas aux coups de force. Elle s’appuie également sur un réseau d’alliés régionaux d’extrême droite, comme Javier Milei en Argentine, Nayib Bukele au Salvador, José Antonio Kast au Chili, et désormais Abelardo de la Espriella en Colombie, dont la victoire à l’élection présidentielle du 21 juin a fait basculer le pays à l’extrême droite.
Le prochain test décisif sera l’élection présidentielle brésilienne. Compte tenu du poids du Brésil, une victoire d’un candidat pro-Trump scellerait sa reconquête de l’Amérique latine et confirmerait le retour d’une influence américaine renforcée sur le continent.
Entre realpolitik et nostalgie impérialiste, Trump réinvente-t-il la domination américaine en Amérique latine, ou ne fait-il que retarder son déclin face à la Chine ?
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Les ingérences numériques étrangères (INE) se sont imposées comme des procédés centraux des rapports de force contemporains, ciblant notamment les processus électoraux pour affaiblir les fondements de la vie démocratique. S’appuyant sur un rapport de Viginum, l’organe gouvernemental de veille sur la désinformation, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a dressé le 11 juin 2026 lors d’une conférence de presse, un bilan de la protection du débat public lors des élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Bien que ce scrutin portait sur des enjeux locaux, le niveau de menace a été jugé élevé en raison d’un contexte international tendu et de la résonance dans le débat politique national de thématiques clivantes comme la guerre en Ukraine ou le conflit au Proche-Orient. Le bilan des opérations détectées révèle une diversification préoccupante des acteurs et des méthodes de déstabilisation. Quatre campagnes d’ingérence numérique étrangères (INE) majeures ont été caractérisées, impliquant des acteurs étatiques et non étatiques. Quelles sont ces récentes ingérences et les acteurs émergents ? Quels enseignements en tirer à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, considérée comme un rendez-vous démocratique majeur sous haute tension ? Quels sont les auteurs de manipulation à surveiller ? Anne-Sophie Dhiver, cheffe de service adjointe de Viginum, répond aux questions de l’Observatoire de l’information et des stratégies d’influence de l’IRIS.
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Raphaël Enthoven, co-lauréat du prix Jean-Pierre-Bloch décerné par la Licra, a déclaré dans son discours que l’antisémitisme « n’a jamais été aussi virulent qu’aujourd’hui ». Tout d’abord, cette affirmation est historiquement fausse. Ensuite, dans son discours, Raphaël Enthoven associe l’antisémitisme à la critique de la politique d’Israël, instrumentalisant ainsi la lutte contre l’antisémitisme afin de protéger la politique israëlienne de toute critique.
Cet amalgame est à l’origine du silence de nombreuses personnes sur la situation à Gaza, de peur d’être taxées d’antisémitisme et d’être mises à l’écart du débat.
Ce prix met en lumière le « deux poids deux mesures » qui existe dans le débat public français concernant la question de l’antisémitisme, alors que l’islamophobie en pleine explosion est invisibilisée. Évidemment, la remise d’un prix similaire pour le soutien à la cause palestinienne serait impensable.
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En mai 2026, la Chambre de commerce chinoise en Indonésie a transmis au président Prabowo Subianto une lettre de protestation formelle, copiée à l’ambassade de Chine. Ses signataires, Tsingshan, Zhejiang Huayou Cobalt et Brunp, sont les groupes qui ont financé et bâti l’industrialisation nickélifère indonésienne. Leur plainte porte sur les quotas de production, la révision du prix de référence du minerai et la hausse des royalties. Ce moment a une signification précise : les architectes de la domination indonésienne sur le marché mondial du nickel se retrouvent désormais contraints de protester auprès d’un État qu’ils pensaient avoir rendu dépendant d’eux. Jakarta a acquis un levier réel, et elle a commencé à l’utiliser.
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L’Iran et les États-Unis ont annoncé, le 14 juin, un protocole d’accord qui doit être signé le 19 juin à Genève. Cette initiative marque l’ouverture d’une nouvelle phase de négociations entre les deux pays, trois mois après le déclenchement de la guerre. Le texte prévoirait notamment la réouverture du détroit d’Ormuz et la levée du blocus américain visant les ports iraniens. Toutefois, plusieurs questions majeures restent en suspens, notamment sur le programme nucléaire iranien. Du côté iranien, le conflit a aggravé les difficultés économiques du pays, déjà fragilisé par les affrontements de 2025. Néanmoins, il n’a pas entraîné l’effondrement attendu du régime, au contraire, la guerre semble avoir ravivé le sentiment national et consolidé la position des autorités iraniennes. Du côté américain, l’ouverture de ces négociations marque une rupture dans la manière dont Washington envisage ses relations avec Téhéran et les limites de l’opération militaire menée par Donald Trump en Iran. Dans ce contexte, comment a évolué le rapport entre la société iranienne et le pouvoir depuis le déclenchement de la guerre ? Quels sont enjeux du protocole d’accord conclu entre l’Iran et les États-Unis ? Enfin, un compromis sur le programme nucléaire iranien est-il envisageable ? Le point avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran.
Quel bilan peut-on dresser de la situation intérieure iranienne depuis le déclenchement de la guerre ? Le régime iranien sort-il renforcé ou affaibli de la guerre et des négociations avec Washington ?
La situation intérieure sur le plan politique reste incertaine. Il est clair que l’Iran traversait, avant cette guerre, une grave crise politique, du fait des manifestations de janvier 2026 et surtout de la répression qui a suivi, ayant causé des milliers de morts. Il s’agissait de la plus grave crise de légitimité du système politique iranien depuis la révolution. À cette période, une partie de la population iranienne, notamment ceux directement touchés par la répression, exprimait une colère telle que certains demandaient une intervention militaire des États-Unis. Au début de la guerre, certaines images diffusées montraient même des habitants se réjouissant des premiers bombardements américains.
Cependant, la situation s’est complexifiée : face à l’ampleur des bombardements et des destructions, un réflexe nationaliste est apparu. Beaucoup d’Iraniens ont en effet compris que l’objectif des États-Unis et d’Israël n’était pas d’apporter la démocratie en Iran, mais plutôt d’affaiblir le pays. Les scénarios, notamment israéliens, qui anticipaient une mobilisation populaire en faveur d’un changement de régime ne se sont pas concrétisés. Parallèlement, le pouvoir iranien a occupé l’espace public en mobilisant ses partisans, avec des manifestations organisées presque quotidiennement et une forte présence des forces de sécurité dans les rues.
Sur le plan politique, la résistance de l’armée iranienne face à l’attaque américano-israélienne et ce regain nationaliste, dont l’ampleur reste difficile à mesurer, conduisent à considérer que le système politique iranien, a été renforcé par cette guerre. C’est l’un des paradoxes du conflit.
En parallèle, la situation économique s’est fortement dégradée. Elle était déjà difficile avant la guerre, notamment à la suite du conflit précédent. L’Iran a connu une stagnation de l’activité en 2025 et une inflation ayant atteint 50 %. Avec la guerre, les prix ont continué d’augmenter. Selon les derniers chiffres disponibles, datant d’avril 2026, l’inflation atteindrait au moins 80 % en mai 2026 d’après la Banque Centrale d’Iran, tandis que le FMI prévoit 70 % pour l’ensemble de l’année 2026. L’activité économique a probablement reculé, notamment du fait du conflit. Les autorités iraniennes évoquent elles-mêmes deux millions de pertes d’emploi pendant la guerre. À cela s’ajoutent les destructions d’infrastructures, estimées par Téhéran à 300 milliards de dollars.
Le système politique semble donc avoir bénéficié d’un plus grand soutien du fait de ce conflit. Cependant, il faut noter que, parallèlement, la répression s’est intensifiée depuis le cessez-le-feu, avec des exécutions visant notamment des manifestants arrêtés lors des manifestations de janvier 2026 et des arrestations d’opposants. Dans le même temps, la situation économique demeure particulièrement préoccupante. Cela alimente les craintes de la part des autorités de nouvelles mobilisations sociales, les difficultés économiques ayant déjà constitué l’un des moteurs des manifestations de janvier. C’est sans doute dans ce contexte que les autorités iraniennes ont engagé des négociations avec les États-Unis afin d’obtenir une levée des sanctions et un retour des avoirs iraniens bloqués à l’étranger.
Que prévoit le protocole d’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran ? Quelles conséquences pourrait-il avoir pour l’Iran et l’équilibre régional ?
L’objectif du protocole d’accord est de définir un cadre pour de futures négociations entre les deux pays, ce qui constitue déjà une évolution importante compte tenu du niveau de méfiance existant.
À ce stade, aucun texte officiel n’a été publié. D’après les éléments disponibles, le protocole d’accord pourrait porter sur des mesures concrètes, comme l’ouverture du détroit d’Ormuz par l’Iran en échange de la levée du blocus des ports iraniens par les États-Unis. L’arrêt des combats en Iran et au Liban constituerait également un point important pour Téhéran. Par ailleurs, les sanctions américaines concernant les exportations iraniennes de pétrole et de produits pétrochimiques seront suspendues dès la signature de ce protocole.
Le protocole prévoit une période de soixante jours de négociation sur les sujets centraux : le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions. Concernant le nucléaire, les discussions porteraient notamment sur l’enrichissement d’uranium et sur le devenir du stock iranien enrichi à 60 %. Par ailleurs, un fond de 300 milliards de dollars permettant de financer la reconstruction de l’économie iranienne devrait être mis en place.
Un accord signé signifie que les deux pays ont reconnu avoir un intérêt commun. Du côté iranien, le maintien du système politique face à une attaque menée par la première puissance militaire mondiale et la principale puissance militaire du Moyen-Orient est présenté comme une forme de victoire.
Par ailleurs, la prise de conscience par le président américain de l’impossibilité d’atteindre ses objectifs par la guerre constitue clairement une victoire pour l’Iran. Le président américain, qui parlait initialement de changement de régime, en est arrivé à négocier et à signer un accord avec ce même régime. C’est là un changement complet de la politique américaine.
Pour autant, les questions de légitimité politique demeurent posées en Iran. Tout dépendra désormais de la capacité des autorités iraniennes à s’appuyer sur ce nationalisme réapparu pendant la guerre pour tenter de restaurer leur légitimité auprès d’une grande partie de la population. Dans tous les cas, la levée du blocus américain sur les ports iraniens et la suspension des sanctions américaines devraient permettre un ralentissement de l’inflation dans les prochains mois. À plus long terme, un accord de paix définitif avec les États-Unis pourrait permettre à terme une plus grande intégration de l’Iran dans l’économie mondiale, à condition que les réformes nécessaires accompagnent cette évolution.
Sur le plan régional, la capacité de résistance de l’Iran face à l’attaque américano-israélienne pourrait avoir modifié les rapports de force et démontré une capacité de réponse militaire. Le fait que l’Iran ait frappé directement Israël en réaction aux attaques israéliennes au Liban, sans réponse militaire américaine directe, est sans précédent.
Le programme balistique iranien est perçu comme un facteur central de cette capacité de résistance. C’est pourquoi les demandes européennes visant à inclure une limitation de ce programme dans les négociations apparaissent difficiles à accepter du point de vue iranien. D’un point de vue géopolitique, l’Iran semble avoir donc accru son influence régionale avec ce conflit.
Par ailleurs, le conflit va laisser des traces. Il existe désormais de fortes tensions entre l’Iran et les Émirats arabes unis. En Iran, une perception s’est développée selon laquelle les Émirats auraient collaboré avec Israël pendant le conflit. La question est désormais de savoir si l’Iran et les pays arabes du Golfe persique seront capables de dépasser ces tensions. Un élément intéressant à ce sujet est le rôle actif qu’ont joué les dirigeants de l’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis dans les négociations ayant entrainé la conclusion de ce protocole d’accord[1]. Plus largement, un nouvel ordre régional et international semble émerger. Les pays du Golfe pourraient être amenés à réévaluer leurs relations avec les États-Unis et avec Israël après avoir été entraînés dans un conflit auquel ils étaient opposés et dans lequel ils n’ont pas été véritablement protégés par les États-Unis.
Un compromis sur le programme nucléaire iranien est-il envisageable et quelles concessions chaque partie serait-elle prête à accepter ?
Dans l’absolu, un compromis paraît possible.
D’après les éléments disponibles, les États-Unis demanderaient une suspension de vingt ans de l’enrichissement d’uranium iranien, alors que l’Iran évoquait une période d’environ cinq ans ou davantage. Un terrain d’entente pourrait donc exister. Concernant le stock d’uranium enrichi à 60 %, une solution pourrait également être trouvée. L’Iran avait déjà proposé que ce stock soit dilué à un niveau d’enrichissement inférieur sur son territoire.
Une première difficulté semble liée à la période relativement brève prévue pour ces négociations. Deux mois apparaissent comme un délai très court. Les négociations ayant conduit à l’accord de 2015 avaient duré deux ans. Ces discussions sont extrêmement complexes et posent notamment la question des capacités d’expertise du côté américain pour négocier des accords durables sur des sujets aussi techniques. Certains proposent donc de séquencer les négociations et de conclure plusieurs accords distincts portant sur différents sujets : enrichissement d’uranium, devenir du stock enrichi à 60 %, ou autres aspects techniques.
L’autre difficulté concerne les oppositions politiques. Aux États-Unis, une partie des milieux néoconservateurs et des courants les plus favorables à une ligne dure s’opposent fortement à cette négociation. La démarche actuelle constitue en effet une rupture avec une tradition du Parti républicain consistant à refuser toute négociation avec l’Iran depuis la crise des otages de 1979. Du côté israélien également, le gouvernement apparaît très critique à l’égard de ces négociations et du protocole signé. Les attaques dans le sud de Beyrouth peuvent être interprétées comme un signal montrant une volonté d’empêcher l’aboutissement du processus.
Ces obstacles existent, mais une première étape a néanmoins été franchie avec la signature de ce protocole d’accord.
[1] « How the US-Iran deal came together », Financial Times, 15 juin 2026.
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Alors que la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie est aujourd’hui dramatique, le bilan humain continue de s’alourdir. Malgré le cessez-le-feu à Gaza déclaré en octobre 2025, plus de mille Palestiniens ont trouvé la mort, témoignant de la poursuite des violences. Face à cette crise, la communauté internationale peine à apporter des réponses concrètes. C’est particulièrement le cas des puissances occidentales qui essuient de nombreuses critiques au regard du « deux poids, deux mesures » qu’elles appliquent dans le cadre des conflits. Si de nombreuses sanctions ont été adoptées contre la Russie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aucune n’a été prise à l’encontre d’Israël et cela malgré les conclusions d’une commission d’enquête des Nations unies faisant état d’actes de génocide commis à l’encontre de la population palestinienne. Au-delà de l’urgence humanitaire, le conflit soulève une question politique fondamentale : celle de la reconnaissance de l’État de Palestine. À ce jour, 80 % des membres des Nations unies reconnaissent officiellement l’État de Palestine, sans que cette reconnaissance ne permettent un règlement politique du conflit.
Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie ? La population palestinienne est-elle abandonnée par la communauté internationale ? La reconnaissance de l’État de Palestine par certains États constitue-t-elle une avancée concrète ? L’après-Netanyahou pourrait-il ouvrir la voie à une relance de la solution à deux États ? Enfin, quels sont les défis politiques et institutionnels auxquels est aujourd’hui confrontée la représentation palestinienne ?
Autant d’enjeux abordés avec Hala Abou Hassira, ambassadeur de Palestine en France depuis 2021.
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