Vous êtes ici

Diplomacy & Defense Think Tank News

Regard géopolitique sur le monde global. Avec Hubert Védrine

IRIS - mer, 09/09/2026 - 17:37

Le 7 septembre, Donald Trump a publié sur son compte Truth Social une carte des États-Unis redessinée y intégrant le Canada, le Groenland, le Mexique, l’Islande, mais aussi les Antilles françaises et Saint-Pierre-et-Miquelon. Quelques semaines plus tôt, le président américain avait également signé un décret renommant le lac Ontario en « Lac d’Amérique », tout comme en janvier 2025 où le « Golfe du Mexique » était devenu le « Golfe d’Amérique » sur l’ensemble des cartes et documents fédéraux américains.

Au-delà de cet exemple de modification stratégique et arbitraire de cartes, la politique étrangère de l’administration Trump participe plus largement à un bouleversement des relations internationales. Une politique étrangère unilatérale qui contribue aujourd’hui à une remise en question l’ordre mondial et la domination occidentale.

Alors que Donald Trump tente de les redessiner, quel rôle peuvent jouer les cartes en géopolitique ? Quel bilan peut-on tirer des conflits menés par Donald Trump ? Y-a-t-il un contre-poids à la domination américaine sur la scène internationale ? Que reste-t-il du bloc Occidental ? Au sein de ce bloc, que peut-on dire de la perte d’influence d’Israël aux États-Unis ? Face à la rivalité sino-américaine, quel positionnement adoptent la France et l’Europe ?

À l’occasion de la sortie de la 6e édition de notre Atlas géopolitique du monde global avec Hubert Védrine, ancien Secrétaire général de l’Élysée et ancien ministre des Affaires étrangères, revient sur les grands enjeux géopolitiques contemporains.

L’article Regard géopolitique sur le monde global. Avec Hubert Védrine est apparu en premier sur IRIS.

Visite d’État de Lee Jae Myung en France : où en est la coopération franco-coréenne ?

IRIS - mer, 09/09/2026 - 17:21
France-Corée du Sud : un partenariat prometteur mais soumis à l’épreuve du réel et des crises internationales

La visite d’État du président Lee Jae-myung en France et la célébration des 140 ans des relations diplomatiques franco-coréennes illustrent une évolution qualitative indéniable de la relation bilatérale. Les convergences sont nombreuses : volonté de sécuriser les chaînes de valeur, recherche d’une plus grande autonomie stratégique, ambitions technologiques, préoccupations communes face aux tensions géopolitiques et attachement à un ordre international multilatéral. Dans un contexte de rivalité sino-américaine croissante, la France et la Corée du Sud se doivent d’afficher leur statut de « puissances moyennes développées » et de démocraties industrielles partageant un même besoin de diversification de leurs partenariats.

Cependant, il serait excessif de parler aujourd’hui d’un véritable « couple stratégique franco-coréen ». Malgré le discours politique sur les « partenariats de confiance » et la « sécurité économique », la relation reste caractérisée par une certaine ambiguïté. Les deux pays coopèrent dans les mêmes domaines où ils se concurrencent le plus fortement : nucléaire civil, défense, semi-conducteurs, automobile, aéronautique ou encore intelligence artificielle. Cette compétition structurelle limite la portée de certains rapprochements. Chaque État cherche à sécuriser ses intérêts nationaux, à préserver ses champions industriels et à renforcer sa souveraineté technologique.

Par ailleurs, les contraintes géopolitiques des deux partenaires ne sont pas les mêmes. La France dispose d’une autonomie diplomatique relativement importante grâce à sa dissuasion nucléaire, son siège permanent au Conseil de sécurité et sa capacité de projection militaire jusque dans l’ Indo-Pacifique où elle pèse également en raison de ses territoires et de ses forces armées déployées en permanence. La Corée du Sud, en revanche, demeure confrontée à une menace existentielle immédiate représentée par la Corée du Nord et reste fortement dépendante de l’alliance américaine pour sa sécurité. Une asymétrie qui réduit la possibilité d’une convergence stratégique complète. Séoul peut souhaiter diversifier ses partenariats, mais il lui est difficile de prendre des positions susceptibles de fragiliser sa relation avec Washington. Une dépendance illustrée par la décision unilatérale de Donald Trump en août dernier de réduire l’exercice d’entrainement annuel majeur américano-sud-coréen Ulchi Freedom Shield en riposte à l’absence de soutien de Séoul à la guerre des États-Unis contre l’Iran.

La question de la mise en œuvre constitue également un défi majeur. Les déclarations d’intention sont nombreuses, mais les réalisations concrètes limitées. Le succès du partenariat dépendra moins de la multiplication des sommets et des rencontres présidentielles que de la capacité des entreprises, des universités, des centres de recherche et des administrations des deux pays à construire des coopérations durables et mutuellement profitables.

En outre, le contexte international pourrait aussi fragiliser ce rapprochement. Les tensions commerciales américaines, les restrictions technologiques, l’incertitude énergétique liée au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz, ou le rapprochement entre la Chine, la Russie et la Corée du Nord et son impact sur la situation régionale en Europe et en Asie du Nord-Est peuvent influer sur les priorités des deux pays. Face à ces chocs extérieurs, chacun pourrait être tenté de privilégier ses alliances traditionnelles plutôt que des partenariats émergents.

La France et la Corée du Sud : renforcer l’autonomie stratégique face aux États-Unis et à la Chine ?

La visite d’État de Lee Jae-myung intervient dans un contexte où les deux pays partagent un même dilemme stratégique : comment préserver leur souveraineté de décision alors que la compétition entre Washington et Pékin structure de plus en plus les relations internationales ?

Pour la Corée du Sud, l’enjeu est particulièrement sensible. Son alliance avec les États-Unis demeure indispensable face à la menace nord-coréenne, mais les pressions américaines sur les questions commerciales, technologiques et sécuritaires limitent sa marge de manœuvre. Dans le même temps, la Chine reste un partenaire économique majeur, ce qui rend difficile toute politique de confrontation directe. La France se trouve dans une situation différente. Membre de l’Union européenne (UE) et alliée des États-Unis, elle défend depuis plusieurs années le concept d’« autonomie stratégique » afin de réduire les dépendances dans les domaines critiques comme l’énergie, la défense, les technologies ou les matières premières.

Dans ce contexte, Paris et Séoul apparaissent comme des partenaires naturels. Ils ne cherchent pas à s’opposer frontalement aux grandes puissances mais à créer un espace de coopération entre pays partageant des valeurs démocratiques, une économie ouverte et une volonté d’indépendance stratégique. Des perspectives renforcées de coopération apparaissent ainsi possibles avec la création de mécanismes de coordination diplomatique sur les grandes crises internationales, comme la participation de la Corée du Sud à la « Coalition des volontaires » pour la sécurisation du détroit d’Ormuz pourrait en fournir l’exemple. On peut aussi s’attendre à davantage de coordination dans les enceintes multilatérales (G20, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Organisation des Nations unies (ONU)) et un arrimage plus fort de la Corée du Sud au G7. Plus spécifiquement, le développement d’une diplomatie commune autour de la sécurité économique avec la construction de partenariats technologiques réduisant les dépendances aux fournisseurs américains ou chinois serait un indicateur intéressant quant à l’évolution de la relation bilatérale. L’objectif est moins la création d’un bloc géopolitique que la constitution d’un réseau de partenaires capables de défendre leurs intérêts sans subir les choix des grandes puissances.

Quels secteurs technologiques offrent le plus fort potentiel de coopération stratégique ?

Le domaine technologique est généralement présenté comme l’un des piliers le plus prometteur de la relation franco-coréenne dans lequel les deux pays investissent massivement. Leurs deux économies disposent d’atouts très complémentaires. La France excelle dans la recherche fondamentale, les mathématiques appliquées, le spatial, le nucléaire civil, l’intelligence artificielle ou les biotechnologies. La Corée du Sud dispose quant à elle d’une capacité d’industrialisation à grande échelle, d’exportation mondiale et de transformation rapide des innovations en produits industriels.

Cette complémentarité est particulièrement visible dans les semi-conducteurs. La Corée est aujourd’hui l’un des leaders mondiaux grâce à Samsung Electronics et SK Hynix, tandis que les groupes français tels qu’Air Liquide ou Schneider Electric occupent des positions stratégiques dans les équipements, les matériaux et les procédés industriels. L’intelligence artificielle représente également un champ de coopération majeur. Les deux pays cherchent à éviter une dépendance excessive vis-à-vis des grandes plateformes américaines et des technologies chinoises. Une coopération ciblée pourrait permettre de développer des solutions souveraines applicables à l’industrie, à la santé, à la défense ou à l’énergie.

On peut également citer des domaines comme le spatial et l’aéronautique (avec des coopérationsentre le CNES, Airbus, Thales Alenia Space et les acteurs coréens). Le nucléaire civil, qu’il s’agisse de l’approvisionnement en combustible nucléaire ou de la gestion du cycle complet du combustible, a débouché sur un certain nombre de contrats, notamment entre l’opérateur sud-coréen Korea Hydro and Nuclear Power (KHNP) et Orano, acteur français majeur du secteur.

Cette coopération technologique pourrait devenir le cœur d’un véritable partenariat de sécurité économique entre les deux pays. Mais dans plusieurs des secteurs cités, les entreprises françaises et sud-coréennes sont directement concurrentes et chaque État s’emploie assez naturellement à protéger ses technologies critiques. Les entreprises coréennes sont profondément intégrées aux écosystèmes technologiques américains. De plus, les règlementations américaines sur les exportations de technologies avancées peuvent limiter certaines coopérations, dont celle évoquée un temps d’une participation française à la construction du système de propulsion du futur sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) sud-coréen.

De véritables partenaires en matière de défense malgré leur concurrence ?

À première vue et pour beaucoup d’observateurs, la défense semble être un domaine de rivalité entre les deux pays. Les deux pays se disputent des contrats dans le nucléaire, l’aéronautique et l’armement. Le pays est devenu le quatrième exportateur mondial d’armement. Les industriels coréens connaissent une expansion spectaculaire sur les marchés internationaux, notamment le segment des ventes d’armes en Europe orientale où ils concurrencent directement les groupes français. On peut toutefois espérer que l’accroissement du soutien nord-coréen en hommes et en équipements militaires à la Russie peut amener la Corée du Sud à soutenir davantage l’effort de défense européen en aide à l’Ukraine et plus largement l’effort de réarmement de l’Europe.

La concurrence ne constitue pas nécessairement un obstacle à la coopération. La Corée du Sud possède aujourd’hui des champions industriels mondiaux tels que Hanwha Aerospace, Hyundai Rotem ou Korea Aerospace Industries (KAI). La France dispose pour sa part d’une longue expérience opérationnelle, d’un savoir-faire reconnu dans les systèmes complexes et d’une forte présence diplomatique et militaire à l’échelle mondiale. Toutefois, si la France assume un engagement militaire direct sur plusieurs théâtres extérieurs, la Corée reste généralement plus prudente et privilégie une implication indirecte.

Au-delà des questions industrielles, les deux pays partagent également une même préoccupation concernant l’évolution de l’environnement sécuritaire mondial : guerre en Ukraine, tensions en Indo-Pacifique, instabilité au Moyen-Orient et multiplication des menaces hybrides. Toutefois, sur la question de la relation à l’Ukraine, on peut observer queSéoul s’efforce de ménager ses relations avec Moscou tout en soutenant indirectement l’effort occidental par ses ventes d’armements et d’équipements lourds vers la Pologne (avions de chasse FA-50, chars K2, obusiers) et les États-Unis. Séoul est ainsi le deuxième exportateur d’armement sur le marché européen derrière les États-Unis.

Un dialogue stratégique régulier entre les responsables diplomatiques et militaires des deux pays permet d’entretenir une diplomatie de défense active et de nombreuses coopérations militaires, notamment en matière de formation militaire et échanges d’expérience opérationnelle. La cybersécurité et protection des infrastructures critiques constituent un autre domaine d’échange fructueux.

Jusqu’où la crise énergétique et les tensions au Moyen-Orient rapprochent-elles Paris et Séoul ?

La crise au Moyen-Orient a rappelé la vulnérabilité énergétique de nombreux pays industrialisés. La Corée du Sud est particulièrement exposée car elle dépend massivement des importations de pétrole et de gaz transportés par voie maritime. Le détroit d’Ormuz constitue l’un des points névralgiques de cette dépendance. Une perturbation durable du trafic maritime entraînerait des conséquences immédiates sur l’économie coréenne, notamment sur son industrie manufacturière fortement énergivore. Dans ce contexte, la coopération nucléaire entre les deux pays prend une importance nouvelle. Face aux incertitudes géopolitiques, le nucléaire apparaît comme un outil de souveraineté énergétique permettant de réduire la dépendance aux hydrocarbures importés.

La France partage une préoccupation similaire concernant la sécurité énergétique mondiale et dispose d’une présence navale importante dans l’océan Indien et le Golfe. Toutefois, si pour la Corée, le Moyen-Orient est principalement une question énergétique, pour la France, il s’agit également d’un enjeu diplomatique et sécuritaire régional non négligeable.

C’est pourquoi les discussions actuelles entre Emmanuel Macron et Lee Jae-myung sur la situation maritime régionale et le détroit d’Ormuz dépassent le simple cadre diplomatique. Elles portent assez concrètement sur la sécurisation des flux commerciaux mondiaux via les routes maritimes majeures (Sea Lanes of Communication (SLOC)) et la stabilité des approvisionnements stratégiques avec une possible participation coréenne à la « Coalition des volontaires » qu’Emmanuel Macron s’efforce de rassembler pour aider à la sécurisation du trafic marchand international dans la région. Une situation délicate pour le président Lee Jae-myung qui est fortement sollicité par Donald Trump. Sans prendre encore d’engagement formel, Lee Jae-myung a indiqué qu’il pourrait éventuellement envisager l’envoi de bâtiments et de troupes dans la région, quand les combats auront cessé, rejoignant ainsi un effort initié par la France et le Royaume-Uni. Séoul n’est cependant pas prêt à prendre part à un déploiement opérationnel et à d’éventuels combats. Sa contribution devrait se situer hors du champ des opérations combattantes (déminage, recueil de renseignements). Pour concrétiser sa participation éventuelle, Séoul devra organiser une consultation formelle et obtenir le consentement de l’Assemblée nationale sud-coréenne.

Conclusion

La relation entre la France et la Corée du Sud se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Elle dispose d’un potentiel considérable, nourri par la complémentarité de leurs économies et la convergence de certaines préoccupations géopolitiques. Mais son avenir dépendra de la capacité des deux pays à transformer une relation de circonstance en un partenariat stratégique durable, capable de résister aux pressions des grandes puissances comme aux rivalités économiques qui les opposent. Malgré sa volonté d’autonomie, Séoul reste militairement et technologiquement très liée à Washington, ce qui limite sa liberté de manœuvre. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si la France et la Corée peuvent coopérer davantage, mais si elles sauront construire une relation suffisamment solide pour gérer simultanément la coopération, le risque de concurrence industrielle et les incertitudes d’un monde devenu plus fragmenté et plus conflictuel.

L’article Visite d’État de Lee Jae Myung en France : où en est la coopération franco-coréenne ? est apparu en premier sur IRIS.

Digitalization and innovation in Egyptian firms: does female ownership and management matter?

This paper examines how leadership gender configurations shape digitalisation and innovation in Egyptian manufacturing. Using the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey (EIFBS) covering 2,338 firms, we construct a four-category gender variable (female owners and male managers (FOMM), male owners and female managers (MOFM), female owners and female managers (FOFM) and all-male baseline) and analyse how these owner–manager gender mixes relate to the adoption of digital technologies (DT) and to innovation outputs, and how these relationships vary by firm size and DT use. Our analysis suggests that firms with male owners and female managers (MOFM) are most likely to adopt DT across specifications. The cross-sectional data suggests that mixed-gender firms are associated with a higher probability of spending on R&D, but not with higher innovation outputs in firms with female owners (i.e. FOMM and FOFM) – pointing toward an innovation conversion gap in those firms. Heterogeneity results show that the MOFM adoption premium of DT and a negative association between FOMM and innovation are strongest in small firms. DT use moderates gender gaps: female-owned firms not using DT are significantly less likely than all-male firms to generate innovation outputs, but this penalty disappears when female-owned firms use DT. A combined size–sector analysis suggests that the divergence between MOFM and FOMM/FOFM is driven mainly by small food manufacturers, with average marginal effects elsewhere broadly comparable. The results highlight leadership composition as a correlate of technology adoption and the role of DT in converting innovation inputs into outputs.

Digitalization and innovation in Egyptian firms: does female ownership and management matter?

This paper examines how leadership gender configurations shape digitalisation and innovation in Egyptian manufacturing. Using the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey (EIFBS) covering 2,338 firms, we construct a four-category gender variable (female owners and male managers (FOMM), male owners and female managers (MOFM), female owners and female managers (FOFM) and all-male baseline) and analyse how these owner–manager gender mixes relate to the adoption of digital technologies (DT) and to innovation outputs, and how these relationships vary by firm size and DT use. Our analysis suggests that firms with male owners and female managers (MOFM) are most likely to adopt DT across specifications. The cross-sectional data suggests that mixed-gender firms are associated with a higher probability of spending on R&D, but not with higher innovation outputs in firms with female owners (i.e. FOMM and FOFM) – pointing toward an innovation conversion gap in those firms. Heterogeneity results show that the MOFM adoption premium of DT and a negative association between FOMM and innovation are strongest in small firms. DT use moderates gender gaps: female-owned firms not using DT are significantly less likely than all-male firms to generate innovation outputs, but this penalty disappears when female-owned firms use DT. A combined size–sector analysis suggests that the divergence between MOFM and FOMM/FOFM is driven mainly by small food manufacturers, with average marginal effects elsewhere broadly comparable. The results highlight leadership composition as a correlate of technology adoption and the role of DT in converting innovation inputs into outputs.

Digitalization and innovation in Egyptian firms: does female ownership and management matter?

This paper examines how leadership gender configurations shape digitalisation and innovation in Egyptian manufacturing. Using the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey (EIFBS) covering 2,338 firms, we construct a four-category gender variable (female owners and male managers (FOMM), male owners and female managers (MOFM), female owners and female managers (FOFM) and all-male baseline) and analyse how these owner–manager gender mixes relate to the adoption of digital technologies (DT) and to innovation outputs, and how these relationships vary by firm size and DT use. Our analysis suggests that firms with male owners and female managers (MOFM) are most likely to adopt DT across specifications. The cross-sectional data suggests that mixed-gender firms are associated with a higher probability of spending on R&D, but not with higher innovation outputs in firms with female owners (i.e. FOMM and FOFM) – pointing toward an innovation conversion gap in those firms. Heterogeneity results show that the MOFM adoption premium of DT and a negative association between FOMM and innovation are strongest in small firms. DT use moderates gender gaps: female-owned firms not using DT are significantly less likely than all-male firms to generate innovation outputs, but this penalty disappears when female-owned firms use DT. A combined size–sector analysis suggests that the divergence between MOFM and FOMM/FOFM is driven mainly by small food manufacturers, with average marginal effects elsewhere broadly comparable. The results highlight leadership composition as a correlate of technology adoption and the role of DT in converting innovation inputs into outputs.

Qui a gagné la « guerre mondiale contre le terrorisme » ?

IRIS - mer, 09/09/2026 - 12:24

Il y a quelques années, j’enseignais un cours de politique étrangère américaine à Sciences Po. Nous étions arrivés à la séance consacrée à l’expérience américaine en Afghanistan, et j’expliquais comment l’événement de sécurité nationale le plus marquant de mes trente années de carrière diplomatique nous avait conduits sur ce lointain champ de bataille. Pour une génération précédente, l’assassinat de Kennedy avait été un événement dont chacun se souvenait précisément. Pour ma génération, c’était le 11 septembre : chacun pouvait se souvenir de l’endroit où il se trouvait lorsqu’il avait vu ces images terrifiantes d’avions s’écrasant contre les tours du World Trade Center. Je me tournai vers un étudiant et lui demandai : « Où étiez-vous lors des attentats du 11 septembre ? » Un moment de confusion suivit. Une autre étudiante leva la main. « Professeur, expliqua-t-elle, aucun d’entre nous n’était né à l’époque. »

J’ai alors été frappé de constater qu’autant de temps et de distance nous séparaient de l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire. Le traumatisme avait été si profond pour la plupart des Américains, les répercussions sur notre politique avaient été si considérables, que le 11 septembre m’avait toujours semblé appartenir à l’actualité la plus immédiate. Et pourtant, pour mes étudiants, c’était de l’histoire ancienne, un événement qui appartenait désormais à une autre époque.

C’est vrai, dans une certaine mesure, pour les décideurs politiques à Washington aujourd’hui également. Je serais bien incapable de vous dire si nous avons gagné ce que nous appelions autrefois la « guerre mondiale contre le terrorisme » — ou même si elle s’est réellement terminée un jour. Mais elle n’est plus la grande campagne nationale — ou, diraient peut-être nos ennemis d’al-Qaïda, la « croisade » — qui a dominé la politique étrangère américaine pendant deux décennies. Et c’est peut-être mieux ainsi.

Ma propre carrière au sein du gouvernement a couvert cette « guerre » dans sa quasi-totalité. Jeune diplomate américain fraîchement entré dans le métier au milieu des années 1990, j’ai connu quelques années de cette époque heureuse où l’Amérique avait gagné la guerre froide et affichait une assurance quelque peu suffisante, confortée par une puissance mondiale pratiquement incontestée. Le terrorisme, y compris celui d’inspiration djihadiste incarné par al-Qaïda, était déjà une réalité pour nous. L’organisation terroriste d’Oussama ben Laden avait déjà perpétré plusieurs attaques particulièrement meurtrières contre des ambassades américaines en Afrique ainsi que contre un navire américain ancré au large du Yémen. Mais à l’époque, le terrorisme était surtout une préoccupation pour les services de renseignement et les forces de l’ordre. Nous, diplomates, étions occupés à bâtir un nouvel ordre mondial.

Le 11 septembre a tout changé. La lutte contre le terrorisme, jusque-là considérée comme un dossier important mais secondaire, est devenue la priorité de notre politique étrangère. Toutes les composantes de l’appareil de politique étrangère — armée, renseignement, diplomatie, aide extérieure — ont été mobilisées, à des degrés divers, dans une lutte à l’échelle mondiale. Comme l’énonçait la Stratégie de sécurité nationale de l’administration Bush en 2002 : « La lutte contre le terrorisme mondial est différente de toute autre guerre de notre histoire. Elle sera menée sur de nombreux fronts contre un ennemi particulièrement insaisissable et sur une longue période. Les progrès viendront de l’accumulation persévérante de succès — certains visibles, d’autres invisibles. »

Certains aspects de cette lutte ont été ouvertement militaires — la guerre en Afghanistan et en Irak, bien sûr — mais aussi des opérations plus discrètes au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique. La communauté du renseignement a évidemment consacré d’énormes ressources à la traque et à la neutralisation des réseaux terroristes. Nous, diplomates, étions nous aussi pleinement engagés dans le combat. Au cours des années 2000, peut-être 20 % de l’ensemble des agents du Foreign Service américain, moi compris, ont servi en Afghanistan ou en Irak, et la proportion a été encore plus élevée parmi les agents de l’USAID. Presque toutes les relations diplomatiques américaines comportaient un volet de coopération ou de pression en matière de lutte contre le terrorisme. Obtenir le soutien de nos alliés à nos guerres, favoriser la coopération dans le domaine du renseignement, tarir les sources de financement du terrorisme, soutenir les luttes locales contre les groupes islamistes, fournir une aide au développement destinée à « lutter contre l’extrémisme violent » : nous étions constamment engagés sur tous ces fronts. On peut soutenir que, pendant un temps, l’attention portée à la lutte contre le terrorisme a été tout aussi intense que celle que nous avions consacrée à la lutte contre le communisme pendant la guerre froide.

La lutte s’est révélée étonnamment durable et a survécu à l’administration Bush. Le président Obama était sceptique à l’égard du concept même de « guerre mondiale contre le terrorisme » – qu’on appelait à l’époque par l’acronyme « GWOT » – et il voyait certainement l’intérêt de se retirer de certains conflits dont le lien avec cette guerre était plus ténu. Après l’élimination d’Oussama ben Laden en 2011 et avec la montée en puissance de l’État islamique, les priorités de cette lutte ont également évolué. Et pourtant, même sous Obama, la guerre s’est étendue géographiquement : au Yémen, en Somalie, en Libye, en Syrie, au Sahel. D’autres priorités ont occupé le devant de la scène durant les années Obama, mais le terrorisme est demeuré une préoccupation majeure des États-Unis.

Puis ce n’a plus été le cas.

Au début du premier mandat de Trump, la lutte contre l’extrémisme islamiste demeurait encore une priorité. La première Stratégie de sécurité nationale de Trump, publiée en 2017, parlait encore des « terroristes djihadistes » comme de l’une des principales menaces transnationales pesant sur le territoire américain. En 2025, cependant, la nouvelle Stratégie de sécurité nationale de Trump ne mentionnait même plus le mot « terrorisme ».

Un tournant majeur a été notre retrait d’Afghanistan en 2020-2021. Dix ans auparavant, Obama avait établi un lien direct entre un échec en Afghanistan et les menaces pesant sur la sécurité américaine. « …Si le gouvernement afghan tombe aux mains des talibans — ou permet à al-Qaïda d’agir en toute impunité — ce pays redeviendra une base pour des terroristes qui veulent tuer autant de nos concitoyens qu’ils le pourront », déclarait-il dans un discours en 2009. Durant son premier mandat, Trump a réévalué le conflit et conclu qu’une prise de pouvoir par les talibans ne semblait finalement pas constituer une menace majeure. L’accord qu’il a négocié avec le mouvement islamiste en 2020 — un accord qui garantissait de fait la reprise du pouvoir par les talibans en Afghanistan — prévoyait, en termes généraux, que ceux-ci ne permettraient pas à des groupes ou à des individus de « menacer la sécurité des États-Unis », sans toutefois offrir de garantie ferme quant au respect de cet engagement par les talibans. Étonnamment, son successeur, Joe Biden, a semblé partager cette analyse et a achevé le retrait.

Deux ans après le début du second mandat de Trump, le concept de « guerre mondiale contre le terrorisme » semble pratiquement avoir disparu. Les États-Unis continuent de mener des opérations contre des groupes terroristes, comme Boko Haram au Nigeria ou al-Shabaab en Somalie. Les groupes islamistes qui ont un impact sur les objectifs plus larges de l’administration — notamment les supplétifs de l’Iran tels que le Hamas et le Hezbollah, ainsi que les Houthis — sont tous désignés comme organisations terroristes.  Ils sont parfois pris pour cibles par l’armée américaine, même si l’administration Trump adopte à leur égard des approches différentes en fonction de la nature de leur implication dans les conflits régionaux concernés.

Pour le reste, toutefois, Trump ne semble guère s’intéresser à une lutte globale contre le « terrorisme », et son administration n’est pas mobilisée de cette manière. Un exemple particulièrement frappant est notre relation désormais amicale avec le président syrien Ahmed al-Sharaa — que le président Trump a qualifié d’« homme fort… respecté de tous » — alors même que celui-ci avait, à une époque, été associé à la branche syrienne d’al-Qaïda.

Abandonner le concept de GWOT est probablement une bonne chose. Je comprends parfaitement la nécessité désespérée de réagir dans la période qui a immédiatement suivi le 11 septembre. Une attaque d’une telle ampleur appelait une réponse décisive et mondiale. Mais le terrorisme, qu’il soit islamiste ou autre, n’est guère un phénomène monolithique et indifférencié, et notre mobilisation contre celui-ci a entraîné de nombreux excès, dans des lieux comme Guantanamo, à Cuba, ou à Abu Ghraib, en Irak.

Mieux vaut donc traiter chaque menace individuellement, dans son contexte propre et avec une juste appréciation de sa nature et de son ampleur.

Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department.

L’article Qui a gagné la « guerre mondiale contre le terrorisme » ? est apparu en premier sur IRIS.

Formal and informal labour demand in Egyptian manufacturing firms

This paper investigates the determinants and dynamics of labour demand and specifically informal labour in Egypt’s manufacturing sector, using nationally representative firm-level data from the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey. Applying ordinary least squares and fractional logit models, we analyse total employment, the share of informal labour, and its average annual change over the firm life cycle. Three key findings emerge. First, employment is positively associated with capital, exporting, technology adoption, innovation, industrial zones, worker training, and managerial education, and negatively associated with sole proprietorships, wages, and total factor productivity. Second, informal employment is more common among private sector firms, sole proprietorships, and firms using more part-time workers, and less prevalent among firms adopting technology or led by more educated managers. Third, changes in informality over time are modest: most formal firms exhibit no change in the share of informal workers. Notably, formal firms that did not initially employ informal labour tend to increase their informal share, while firms that formalised continue to rely heavily on informal employment. Together, these findings underscore the persistence of informality and limited transitions towards full formalisation within Egypt’s formal manufacturing sector.

Formal and informal labour demand in Egyptian manufacturing firms

This paper investigates the determinants and dynamics of labour demand and specifically informal labour in Egypt’s manufacturing sector, using nationally representative firm-level data from the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey. Applying ordinary least squares and fractional logit models, we analyse total employment, the share of informal labour, and its average annual change over the firm life cycle. Three key findings emerge. First, employment is positively associated with capital, exporting, technology adoption, innovation, industrial zones, worker training, and managerial education, and negatively associated with sole proprietorships, wages, and total factor productivity. Second, informal employment is more common among private sector firms, sole proprietorships, and firms using more part-time workers, and less prevalent among firms adopting technology or led by more educated managers. Third, changes in informality over time are modest: most formal firms exhibit no change in the share of informal workers. Notably, formal firms that did not initially employ informal labour tend to increase their informal share, while firms that formalised continue to rely heavily on informal employment. Together, these findings underscore the persistence of informality and limited transitions towards full formalisation within Egypt’s formal manufacturing sector.

Formal and informal labour demand in Egyptian manufacturing firms

This paper investigates the determinants and dynamics of labour demand and specifically informal labour in Egypt’s manufacturing sector, using nationally representative firm-level data from the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey. Applying ordinary least squares and fractional logit models, we analyse total employment, the share of informal labour, and its average annual change over the firm life cycle. Three key findings emerge. First, employment is positively associated with capital, exporting, technology adoption, innovation, industrial zones, worker training, and managerial education, and negatively associated with sole proprietorships, wages, and total factor productivity. Second, informal employment is more common among private sector firms, sole proprietorships, and firms using more part-time workers, and less prevalent among firms adopting technology or led by more educated managers. Third, changes in informality over time are modest: most formal firms exhibit no change in the share of informal workers. Notably, formal firms that did not initially employ informal labour tend to increase their informal share, while firms that formalised continue to rely heavily on informal employment. Together, these findings underscore the persistence of informality and limited transitions towards full formalisation within Egypt’s formal manufacturing sector.

Förderung regionaler Innovationsnetzwerke stärkt vor allem kleine und mittlere Unternehmen

DIW-Studie beleuchtet Effekte von Clusterförderung in Deutschland – Besonders kleine und mittlere Unternehmen werden unterstützt, betriebliche Kapazitäten und Innovationsaktivitäten auszuweiten – Forschende empfehlen stärkeren Fokus auf diese Unternehmen bei künftigen Clusterprogrammen Kleine und ...

Le 18e sommet des BRICS : ce qui se joue vraiment à New Delhi

IRIS - mer, 09/09/2026 - 09:00
À télécharger

Moins de deux semaines après l’Organisation de coopération de Shanghai (OSC), ce sont les membres des BRICS élargies qui se réunissent à New Delhi les 12 et 13 septembre pour le 18e sommet du groupement de pays émergents créé en 2006. Après 2012, 2016 et 2021, c’est le quatrième que préside l’Inde et vraisemblablement le dernier avant au moins une dizaine d’années, compte tenu de l’élargissement du groupe décidé en 2023 qui compte désormais onze membres à part entière et dix membres associés.

Comme c’est généralement le cas dans les sommets internationaux, il y a l’ordre du jour officiel et ce qui se passe réellement dans les réunions plénières ainsi que lors des rencontres bilatérales en marge du sommet proprement dit. La présidence indienne a concocté un agenda qui se veut à la fois pratique et inclusif, comme cela avait été le cas pour le sommet du G20 en 2023 ou celui sur l’intelligence artificielle en février dernier.

L’article Le 18e sommet des BRICS : ce qui se joue vraiment à New Delhi est apparu en premier sur IRIS.

Guerre en Ukraine : entre relance diplomatique et enlisement du conflit

IRIS - mar, 08/09/2026 - 18:09

Les émissaires américains Jared Kushner et Steve Witkoff ont successivement rencontré Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky les 5 et 6 septembre derniers. Alors que Washington avait annoncé un plan visant à « mettre fin à la guerre », que peut-on retenir de ces échanges ? Les États-Unis apparaissent-ils toujours comme un médiateur crédible aux yeux des deux parties ?

On se souvient que Donald Trump avait dit qu’il reprendrait la négociation en Ukraine après la guerre dans le golfe qu’il avait déclenchée et qu’il pensait terminer très vite. Bien que rien ne soit réglé avec l’Iran, on assiste à une relance de la négociation avec : la venue du chef de la CIA, John Ratcliffe, fin août ; les contacts entre les ministres des finances en marge du G20 à Asheville (États-Unis) le 2 septembre, et la visite des envoyés spéciaux Steve Witkoff et Jared Kouchner reçus par Vladimir Poutine le 5 septembre, avant de partir pour la première fois pour Kiev où ils ont été reçus le lendemain par le président Zelensky. Les deux belligérants se sont dits satisfaits des entretiens, qualifiés aussi de « francs » du côté russe. Les envoyés de Donald Trump étaient supposés apporter des idées nouvelles mais rien n’a filtré. Le cœur du problème reste le sort des quatre provinces annexées par les Russes, mais occupées en partie seulement, et auxquelles Poutine ne veut, ni sans doute politiquement ne peut renoncer. Le président russe a annoncé que les verrous de Kramatorsk et de Sloviansk dans le Donetsk seraient pris avant la fin de l’année, ce qui laisse supposer qu’il ne mise pas sur un accord rapide. La Russie, les États-Unis et l’Ukraine ont dit qu’il ne fallait pas s’attendre à une paix avant l’hiver. Mais Washington reste actuellement le seul médiateur capable de parler et de faire des propositions aux deux parties. Les Européens, qui ont été associés aux travaux du 6 septembre à Kiev par Volodymyr Zelensky, se sont positionnés comme les soutiens inconditionnels des Ukrainiens. Sauf proposition nouvelle et acceptable par les deux parties, ce qui est peu probable actuellement, c’est donc le sort des armes (résistance victorieuse des Ukrainiens ou chute de l’ensemble du Donbass, voire des oblasts de Zaporijjia et de Kherson actuellement à la suite de la négociation). Mais le dialogue a repris avec la perspective d’une prochaine réunion à trois (Ukraine, Russie, États-Unis) ou même entre Ukrainiens, Américains et Européens.

Quel bilan peut-on dresser de la guerre en Ukraine, sur les plans diplomatique, économique et militaire ?

En dehors des pertes humaines colossales des deux côtés, la tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie a été une catastrophe : pour l’Ukraine dévastée ; pour la Russie accablée de sanctions et dont l’économie civile patine depuis plus d’un an ; et pour l’Europe qui paye son énergie plus chère que ses principaux concurrents, perd des parts de marché dans le monde, se voit évincée durablement sur le marché russe et souffre de taux de croissance anémiques. Après la paix, il faudra des années pour reconstruire l’Ukraine, pour reconvertir l’économie de guerre russe et pour relancer l’économie européenne face au raz de marée chinois et aux diktats américains. L’Union européenne ne s’est pas donné les moyens de jouer un autre rôle diplomatique que le soutien à l’Ukraine comme en témoigne son incapacité à nommer un négociateur. Elle est marginalisée dans le processus de règlement même si le prochain tour, c’est-à-dire la définition d’une architecture de paix en Europe, verra nécessairement son rôle revenir au centre. Mais on en est loin. Actuellement seuls les États-Unis parlent à tout le monde et peuvent négocier la paix.  Il faut noter la multiplicité des plans de paix proposés ces dernières années par la Chine, le Brésil, l’Afrique, le Vatican qui se penchent tous avec sollicitude sur la crise d’un continent malade. Ce conflit enfin a modifié la façon de faire la guerre en introduisant l’utilisation à vaste échelle des drones et des missiles non nucléaires permettant de neutraliser de vastes étendues terrestres (zones grises) ou maritimes (mer Noire), interdisant les concentrations de forces offensives et mettant le plus faible en mesure de frapper en profondeur les infrastructures de l’adversaire. La guerre a suscité aussi un vaste mouvement de réarmement des pays européens, dernier soutien de la croissance, mais qui a joué aussi et surtout en faveur des exportations d’armes américaines.

À quelques jours des élections parlementaires russes, et alors que l’armée russe peine à enregistrer des avancées significatives sur le front, quelle place la guerre en Ukraine occupe-t-elle dans les débats de politique intérieure ?

La guerre occupe une place minime dans la campagne des législatives russes, ne serait-ce que parce que le seul parti opposé à la guerre, Iabloko n’a pas été autorisé à présenter des candidats. De plus, l’intensification des bombardements ukrainiens en Russie, les destructions des raffineries et des infrastructures de distribution et les queues devant les stations d’essence, ont suscité comme il est habituel (exemples de Londres en 1940 ou de l’Iran en 2026), un resserrement de la solidarité autour du pouvoir. Selon Centre Levada :

  • le taux d’approbation de Vladimir Poutine est passé de 74 % en juillet à 76% en août ;
  • la part des Russes favorables aux négociations a atteint son niveau le plus bas en 18 mois (58 %) ;
  • le pourcentage des Russes estimant que la Russie est sur la bonne voie est passé de 52 % en juin à 56 % en août.

Mais la population est lasse de la guerre, les entreprises sont exténuées, l’économie patine et les économistes s’inquiètent : les mises en garde de l’économiste en chef de la deuxième banque russe (VEB) Klepach ont suscité son renvoi et l’ancien représentant des PME et des ETI , Boris Titov, a dit que l’économie russe risquait de « devenir folle ». À terme ce mouvement et les difficultés de l’industrie hors la défense, pourraient être une incitation à négocier vraiment voire à compromettre…. Du côté ukrainien, le cercle des scandales de corruption mis au jour par le Bureau anticorruption  NABU ( « Midas » pour l’énergie, « Forrest Gump » pour les énormes cautions versées par la présidence afin de libérer les inculpés pour corruption, « Carthage » pour le blanchiment d’argent via de pseudo-centres d’appels) se resserre autour du président Zelensky qui a dû se séparer de la cheffe adjointe de l’administration présidentielle, alors même que le renvoi de son ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, populaire et dynamique, a suscité un cycle durable de manifestations. Un nouvel opposant politique (après l’ancien chef d’état-major Valeri Zaloujny) qui demande des élections et va demander un adoubement à Washington. Le Fonds monétaire international (FMI) a retardé le versement de sa prochaine tranche de plus de 5 milliards de dollars faute de mise en œuvre de 44 conditions en matière d’assainissement de la gestion des finances, bloquant du même coup une partie de l’aide européenne, alors même que le financement du budget 2027 n’est pas financé pour plus de la moitié. Mais malgré toutes ces difficultés, des deux côtés la volonté de se battre pour les buts de guerre initiaux (notamment le retour de tous les territoires occupés pour Kiev, et la reconnaissance de l’annexion des 5 oblasts pour Poutine) reste intacte et n’est pas ouvertement contestée par l’opinion.

L’article Guerre en Ukraine : entre relance diplomatique et enlisement du conflit est apparu en premier sur IRIS.

Ukraine : Poutine privilégie l’option militaire 

IRIS - mar, 08/09/2026 - 15:23

Les envoyés spéciaux du président des États-Unis Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff ont annoncé que des progrès significatifs avaient été réalisés au cours de leur déplacement en Europe, qui les a d’abord menés à Moscou, puis à Kiev. S’ils sont déjà venus plus de huit fois dans la capitale russe, c’était la première fois qu’ils se rendaient en Ukraine.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a profité de leur visite pour leur montrer les dégâts des frappes russes sur son pays et plaider pour recevoir de nouveaux missiles de défense Patriot, afin de limiter les morts civils et les pertes sur les infrastructures.

Le problème est que les États-Unis ont utilisé une grande partie de leurs propres réserves de munitions dans le cadre de la guerre contre l’Iran. Ils ont certes promis d’octroyer à l’Ukraine une licence qui permettrait au pays de construire lui-même les missiles intercepteurs, mais cela ne pourra pas produire d’effets concrets avant plusieurs années.

L’Ukraine se retrouve donc dans une position de grande fragilité face à la multiplication des attaques russes qui endommage fortement son potentiel industriel et son système énergétique. Cette situation laisse les Ukrainiens démunis face au froid de l’hiver qui rend le quotidien presque invivable.

La situation est également grave sur le plan démographique : il n’y a déjà plus que 23 millions de personnes qui résident en Ukraine aujourd’hui contre 50 millions lors de l’indépendance du pays en 1991.

De son côté, le président russe Vladimir Poutine, malgré sa courtoisie envers les États-Unis, n’a absolument rien cédé. Il estime que le rapport de force est tel que s’il n’obtient pas ce qu’il souhaite par la négociation, il fera usage de la force militaire, quel qu’en soit le prix.

Il maintient ainsi ses exigences, en particulier que l’armée ukrainienne se retire de la partie du Donbass où elle est encore présente (soit un quart de ce territoire).  Cela est jugé tout à fait inadmissible par l’Ukraine, tant au regard du droit international, que des lourds sacrifices consentis. Vladimir Poutine, continue d’insister sur sa volonté de s’attaquer aux « causes profondes du conflit » c’est-à-dire aux demandes qu’il avait formulées dès le début. Cela concerne notamment la non-accession de l’Ukraine à l’OTAN. En réalité, les membres de l’OTAN eux-mêmes refusent l’adhésion de l’Ukraine, mais Volodymyr Zelensky continue de formuler de façon très maladroite cette demande.

Vladimir Poutine demande également une relative démilitarisation de l’Ukraine afin qu’elle ne soit plus en mesure de frapper la Russie en profondeur, ce qu’elle a fait récemment en réponse aux frappes russes.

Ainsi, le président russe maintient ces exigences malgré un coût humain et financier important : 1 million de morts et de blessés et une économie largement tournée vers la guerre au détriment des autres secteurs.

Cet entêtement tient tout d’abord au fait parce qu’il prend le pari que l’Ukraine va céder, et que les Européens qui sont encore les seuls à financer son effort de guerre en seront bientôt fatigués. La victoire inédite du parti d’extrême droite AfD dans le Land allemand de Saxe-Anhalt est une bonne nouvelle pour lui puisque ce parti réclame la fin de l’aide à l’Ukraine. Il compte certainement sur la victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027 pour tirer les mêmes bénéfices à l’échelle nationale en France. 

Au fond, son entêtement est dû à son échec. Il avait promis une victoire facile dans une « opération militaire spéciale » qui s’est transformée en guerre de longue durée au coût humain 40 fois supérieur à celui de la guerre en Afghanistan. La population russe est lassée de la guerre, mais propagande et répression empêchent un mouvement réel de contestation.

Pour le président des États-Unis Donald Trump, le fait que la guerre ne prenne toujours pas fin, alors même qu’il s’était engagé durant la campagne présidentielle de 2024 à y mettre un terme « en 24h », est un échec. Cela est cependant largement compensé à ses yeux par le fait de voir la Russie engluée et affaiblie en Ukraine, tandis que l’Europe accepte de prendre une part plus importante dans le soutien à Kiev sur le plan militaire, stratégique et énergétique.

Vladimir Poutine pourrait finir par obtenir satisfaction et contrôler l’ensemble du Donbass. Quand bien même il ne peut conquérir l’Ukraine, il se contentera de la détruire. Quoi qu’il en soit, il ne s’agirait que d’une victoire à la Pyrrhus, car poursuivre la guerre affaiblirait encore davantage la Russie, qui est devenue dépendante de la Chine et qui a perdu des positions tant au Proche-Orient qu’en Afrique.

L’article Ukraine : Poutine privilégie l’option militaire  est apparu en premier sur IRIS.

Comprendre la sécurité énergétique

IRIS - mar, 08/09/2026 - 14:52

Alors que la guerre en Ukraine a favorisé une large restructuration des flux énergétiques, notamment au profit des États-Unis, l’année 2026 apparaît comme une rupture majeure dans l’histoire énergétique mondiale avec le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis et Israël.

Aussi, l’incertitude actuelle rappelle le rôle majeur de l’énergie dans l’économie mondiale et la nécessité de conceptualiser des politiques de sécurité énergétique résilientes dans un environnement géopolitique marqué par la polycrise. C’est dans ce contexte que l’IRIS publie dans le cadre de l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques son nouveau rapport ayant pour titre « Comprendre la sécurité énergétique : concepts, réalités physiques, transition énergétique et polycrise » : celui-ci propose une analyse des évolutions du concept de sécurité énergétique et étudie les réalités infrastructurelles et superstructurelles qui sous-tendent la sécurité énergétique dans un contexte de transition bas-carbone et d’instabilité croissante dans un monde en polycrise. Ses auteurs, Noor Bitat, Sami Ramdani et Alexandre Roussel, nous en présentent les grandes lignes.

L’article Comprendre la sécurité énergétique est apparu en premier sur IRIS.

Guerre en Ukraine : mission impossible pour Kushner et Witkoff ? | Les mardis de l’IRIS

IRIS - mar, 08/09/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS et ancien ambassadeur de France en Russie, autour de la visite de Steve Witkoff et Jared Kushner à Moscou puis à Kiev. Malgré des pourparlers jugés « efficaces » par les deux émissaires américains, aucune avancée concrète n’a permis d’aboutir à un accord.

L’article Guerre en Ukraine : mission impossible pour Kushner et Witkoff ? | Les mardis de l’IRIS est apparu en premier sur IRIS.

Pages