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Politique étrangère (IFRI)

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La revue de référence sur les questions internationales
Updated: 1 month 12 hours ago

Otages, une histoire

Wed, 16/12/2020 - 09:30

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2020-2021 de Politique étrangère (n° 4/2020). Nicolas Hénin propose une analyse de l’ouvrage de Gilles Ferragu, Otages, une histoire. De l’Antiquité à nos jours (Gallimard, 2020, 544 pages).

À l’origine, les otages étaient donnés ou échangés comme garants de la parole du souverain et étaient par conséquent des garants de la paix. L’otage originel n’est ainsi pas tant le produit d’une capture qu’un gage confié par une partie à une autre pour sceller un accord.

Dans ce livre, Gilles Ferragu explique que la prise d’otage est concomitante, voire consubstantielle, à la création des premiers États, comme si un souverain ne pouvait régner, ni régenter des relations avec ses pairs, s’il ne disposait du contrôle absolu sur le corps des personnes. On retrouve ainsi des otages dès l’âge de bronze en Égypte, dans l’antiquité hébraïque, chez les Assyriens, les Perses, les Carthaginois, les Gaulois, les Germains, et jusqu’aux royaumes chinois du viiie siècle avant notre ère… Avant que la diplomatie ne leur accorde l’immunité, les premiers « envoyés », ancêtres des ambassadeurs, jouaient aussi le rôle d’otages en puissance. On trouve la trace de ce rôle dans l’étymologie du mot, qui rappelle qu’il est un hôte – plus ou moins volontaire.

Au Moyen Âge, rien ne vaut un otage pour ouvrir une négociation ou garantir un traité. Il devient même un attribut de souveraineté. L’auteur décrit ainsi l’invention de la souveraineté par le prisme de la capacité à donner ou prendre des otages. Toutefois, au fur et à mesure que les relations entre États vont se codifier, la place de l’otage change et son usage devient criminel, davantage lié à des guerres et donc à des crimes de guerre.

Gilles Ferragu revient par exemple sur l’usage des otages, notamment juifs, dans les régions occupées par l’armée nazie. Un usage où le crime est codifié de manière très administrative, pour décider de leur mort ou de leur libération contre rançon. La quatrième Convention de Genève (1949) prohibe la prise d’otage, mais n’empêchera pas l’usage de boucliers humains. Le terme connaît un succès médiatique avec l’invasion du Koweït, lorsque Saddam Hussein retient des milliers de ressortissants étrangers.

Alors que les historiens font remonter le terrorisme contemporain à la fin du XIXe siècle, c’est en marge de la guerre froide que le terrorisme élargit sa palette d’actions pour y ajouter les prises d’otages. Les FARC colombiennes en feront notamment une industrie. En Europe, le procédé est introduit par les Brigades rouges, puis l’ETA. Au Moyen-Orient, les premières prises d’otages sont faites via des détournements d’avions, à la fin des années 1960, opérés par des groupes palestiniens. La révolution iranienne et la crise des otages de l’ambassade américaine en 1979 font entrer le mode opératoire dans le monde chiite. Des groupes terroristes de cette confession l’utiliseront largement lors de la guerre au Liban. Ils seront suivis par les groupes sunnites dès le début des années 2000.

Le livre dresse un tableau riche, mais qui aurait sans doute mérité d’être développé, notamment sur le dilemme auquel est confronté l’État dont des ressortissants ont été kidnappés par un groupe terroriste – la distinction étant quelque peu artificielle entre pays occidentaux « qui paient » et d’autres « qui ne paient pas ». Il décrit en revanche très bien la stratégie menée par l’État islamique dans ses prises d’otages : affirmation de son statut d’« État » (d’où l’intérêt des développements sur l’otage comme attribut de souveraineté), mais aussi financement et propagande.

Nicolas Hénin

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Le Golfe, nouveau centre du Moyen-Orient ?

Tue, 15/12/2020 - 11:44

Hier, lundi 14 décembre, s’est tenue la troisième conférence du cycle « Le monde sur un fil » réalisé en partenariat avec le Centre Pompidou.
Retrouvez l’enregistrement de cette conférence « Le Golfe, nouveau centre du Moyen-Orient ? » ici.

Merci à Dorothée Schmid (Ifri), Emma Soubrier (AGSIW/UCA) et Clément Therme (Sciences Po/EHESS) pour cette excellente conférence !

Retrouvez l’enregistrement de cette conférence « Le Golfe, nouveau centre du Moyen-Orient ? » ici.

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The SAGE Handbook of Propaganda

Mon, 14/12/2020 - 09:30

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2020-2021 de Politique étrangère (n° 4/2020). Frédéric Charillon, enseignant en science politique à l’Université de Clermont-Auvergne, propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Paul Baines, Nicolas O’Shaughnessy et Nancy Snow, The SAGE Handbook of Propaganda (Sage Publishing, 2019, 656 pages).

En ces temps de fake news, revenir sur le concept de propagande n’est pas inutile. C’est ce que font très opportunément et de façon complète Nancy Snow, auteur de nombreux ouvrages de référence sur la diplomatie publique et grand connaisseur du Japon, et ses collègues, spécialistes de marketing et de communication. Comme l’exige la loi de ce genre universitaire (un genre de plus en plus souvent voué à être consulté en ligne), la somme qui nous est présentée est volumineuse. Mais à juste titre.

Une première partie est consacrée au concept de propagande, à ses techniques et à leur étude. On y revient nécessairement sur les origines anarchistes de cette notion, aux récits de temps de guerre et aux développements récents, depuis les fake news jusqu’à la mode de la « post-vérité », déclinée en ligne, en écrits ou en images. La deuxième partie de l’ouvrage s’attache davantage aux méthodes de l’étude de la propagande. Comment, en effet, étudier, mesurer, quantifier la propagande moderne, notamment sur les réseaux sociaux ? Comment évaluer l’efficacité de la propagande ? Un article sur le discours islamiste est ici particulièrement d’actualité. La troisième partie de l’ouvrage prend le contre-pied de cette approche de la propagande pour étudier les techniques qui permettent de la contrer : quelles leçons tirer des différentes tentatives pour limiter la propagande russe, celle d’organisations terroristes, celle du Hamas ou du Hezbollah ? Enfin, une dernière partie énumère une dizaine d’études de cas, depuis la construction du « rêve chinois » jusqu’à la propagande made in Japan, en passant par l’appareil de communication syrien ou encore la « Trumpaganda ». Au total, 34 contributions et plus de 600 pages.

On retient trois apports majeurs de ce travail énorme. Le premier est un effort de définition, de discussion, d’un concept plus complexe qu’il n’y paraît. Le deuxième est la démonstration d’une incroyable richesse et hétérogénéité des pratiques. Son dernier mérite enfin, qui n’est pas le moindre, est de nous faire réfléchir : l’ouvrage suscite autant de questions qu’il apporte de réponses, et c’est bien là sa force.

Défrichage des concepts

Au fond, qu’est-ce que la propagande ? Se confond-elle avec tout autre pratique de l’influence ? Est-elle synonyme de ce sharp power que l’on invoque aujourd’hui pour qualifier les actions de déstabilisation de la part de régimes pour la plupart autoritaires ? Une introduction brève mais éclairante dissipe un certain nombre de malentendus. L’accent est mis d’emblée sur les pratiques terroristes, et c’est d’ailleurs aux victimes de ce terrorisme que l’ouvrage est dédié. On le constate au fil des pages, cette entrée est loin d’être la seule, et n’est peut-être pas non plus la principale. Il est rappelé fort opportunément que les travaux sur la propagande et les efforts pour la définir sont au final relativement peu nombreux. Il est surtout souligné, à partir d’une ancienne définition de Jacques Ellul (Propagandes, Vintage Books, 1962), que l’objectif principal de la propagande est de faire en sorte que des individus s’accrochent à des processus d’action irrationnels, non plus pour les conduire à des choix, mais pour relâcher leurs réflexes de raison et les faire adhérer à des mythes. Ces pratiques, d’abord lancées plutôt par des États, sont devenues celles de groupes non gouvernementaux, notamment religieux et violents comme le Hamas, le Hezbollah ou l’État islamique.

Ensuite, les auteurs insistent bien sur le fait que l’action de propagande doit d’abord servir ses sponsors et agir par l’intermédiaire des masses. À cet égard, l’ère digitale change profondément la donne. Il n’est pas anodin de constater que, dans cette perspective, la propagande n’a pas besoin d’être crédible. Il lui suffit d’être efficace sur le plan émotionnel. Et plus encore de parvenir au rejet par les populations de toute forme d’argumentation qui ne serait pas émotionnelle. Pour paraphraser les auteurs : « Quand tout devient suspect, plus rien n’est sacré, y compris les faits eux-mêmes. »

Les vieilles ficelles de la propagande, telles qu’on les a connues à plusieurs reprises dans l’histoire, continuent de fonctionner : le recours à la peur ou à la menace existentielle (comme la « mort de l’Europe », souvent brandie par les extrêmes droites) fait recette aussi bien en temps de guerre qu’en temps de paix. L’étude de ces phénomènes fait naturellement appel aux registres de la psychologie, de la communication, comme de la science politique et de bien d’autres disciplines encore.

Hétérogénéité des pratiques

Bien entendu, tout ne pouvait être abordé dans un seul volume. Comme les auteurs l’admettent eux-mêmes, il reste quelques angles morts. Des exemples africains auraient pu être davantage présents (on pense notamment au cas de Boko Haram). Les analyses sémiotiques, ou plus quantitatives, de la propagande sont moins abordées ici. Des sciences politiques extra-occidentales, asiatiques, africaines ou latino-américaines, moins traduites en anglais et de ce fait moins visibles, mériteraient d’être davantage exploitées. Néanmoins, la somme qui nous est proposée reste remarquable.

Chaque étude de cas empirique et/ou géographique donne lieu à un questionnement plus généraliste. Ainsi Nancy Snow, à partir du Japon, s’interroge-t‑elle sur la reproduction de mythes nationaux, comme l’homogénéité ou le consensus. Un chapitre sur le rêve chinois extrapole la réflexion à l’utilisation de la propagande à des fins de puissance internationale, ou à l’usage qui peut être fait d’un discours sur l’humiliation, mis en miroir avec un autre discours, complémentaire, sur la renaissance nationale. L’étude de la Corée du Nord montre comment un discours qui peut être perçu comme caricatural depuis l’extérieur demeure efficace en interne, ou du moins atteint les objectifs qu’il s’est fixés lui-même. Si ce travail ne se veut pas nécessairement un guide pour l’action, les nombreux exemples de contre-propagande et d’efforts pour endiguer les déstabilisations venues de l’extérieur (par exemple contre la propagande russe – chapitre 18) nous donnent à voir autant de cas d’espèce qui font réfléchir aux stratégies possibles pour faire face à un phénomène croissant du monde contemporain.

Plusieurs lignes de partage, plusieurs blocs de réflexion ressortent de cette somme. La première piste nous amène naturellement à comparer les pratiques démocratiques, que l’on ne saurait réduire au soft power et qui aujourd’hui (depuis la période trumpienne) voient un développement de la « fake news en contexte démocratique », aux pratiques autoritaires. Une deuxième piste conduit à opposer les pratiques classiques de la propagande, généralement véhiculées par des médias traditionnels, aux nouveaux modes d’action que peuvent générer les technologies digitales. Enfin et surtout, les variations sur le thème de la propagande nous amènent à poser la question de la validité, ou à l’inverse de la caducité, de ce concept.

Questions en suspens

Première question qui vient à l’esprit : la propagande pour quoi faire ? S’agit-il de consolider un régime en interne ? De déstabiliser des rivaux sur le plan international ? De séduire une opinion extérieure (régionale ou mondiale) pour susciter son adhésion, aussi bien que pour l’empêcher de réfléchir à des questions qui fâchent ? Quels sont alors les liens de ce concept de propagande avec d’autres, qui peuvent passer pour synonymes mais ne le sont pas ? Comme le soft power tel que développé par Joseph Nye, l’influence – concept qui reste à défricher plus avant –, le sharp power déjà évoqué, ou encore le lobbying, la diplomatie publique, la communication politique…

L’État, longtemps maître d’œuvre principal de la propagande, est-il aujourd’hui dépassé ? On peut ainsi s’interroger sur la redoutable efficacité de la communication produite par des acteurs non étatiques (comme certains acteurs religieux, qui disposent de chaînes de télévision et de canaux d’expression multiples en ligne), en comparaison avec les tentatives souvent vaines des gouvernements pour développer un contre-discours, plus rigide, moins pragmatique, moins en phase avec une demande d’irrationalité. Mais on peut s’interroger également sur les nouvelles stratégies étatiques en matière de propagande : l’alliance de certains régimes avec des réseaux transnationaux, ou des modes de loisirs particulièrement prisés comme les séries télévisées, mériterait d’être décryptée. On songera ici au cas de la Turquie, à la fois proche des réseaux des Frères musulmans et productrice de séries télévisées à succès dans le monde arabe, politiquement efficaces et à la gloire d’un âge d’or de l’empire ottoman (comme la série Payitaht: Abdülhamid, « Capitale : Abdülhamid », du nom du sultan ottoman). Y a-t‑il, en matière d’efficacité de la communication politique ou de la propagande, une prime aux diplomaties protestataires ? Le discours enflammé d’un Erdogan, la rhétorique déstabilisatrice d’un Poutine, ou les intimidations de quelques autres, comme à Pékin, sont-ils des techniques plus efficaces que les appels à la modération de quelques capitales occidentales ? Faut-il, pour développer une propagande efficace, se faire bateleur d’estrade ? Il faut en tout cas s’éloigner de la pure rationalité et de la modération qui l’accompagne : c’est l’une des leçons majeures que nous infligent ici, brutalement mais sans doute salutairement, les auteurs.

La question du « et maintenant ? » s’impose alors à nous. Les démocraties libérales, en particulier européennes, doivent-elles se doter de nouveaux instruments d’action internationale comme le sharp power ? Doivent-elles répondre à la prolifération des nouvelles propagandes par le développement de capacités offensives en la matière ? La question est gênante, la réponse n’est pas nécessairement positive, mais la réflexion est incontournable.

Frédéric Charillon

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Brexit: What Happened? What Is Going to Happen?

Fri, 11/12/2020 - 10:00

This article is the English version of : Jolyon Howorth and Vivien A. Schmidt, « Brexit : Que s’est-il passé ? Que va-t-il se passer ? », published in Politique étrangère, Vol. 81, Issue 4, 2016.

Brexit was, in many ways, an accident waiting to happen. For decades, the British people had been fed a diet of Eurosceptic untruths by a media and a political leadership that never attempted to explain the positive features of the European project. The referendum campaign itself involved one side explaining why the UK should leave the EU, and the other side explaining why it should not leave. The reasons for remaining, the positive aspects of the EU, were lost in the debate. Yet the outcome of this vote could prove immensely consequential both for the UK and for the European Union, as well as for transatlantic relations – and indeed for the liberal international order itself.

On 11 November 1944, Winston Churchill paid a symbolic “Armistice Day” visit to Charles de Gaulle in Paris. The general suggested that, although France and the UK had had very different experiences in the war, they were nevertheless, as it neared its end, objectively in exactly the same situation: former empires and robust civilizations, yet medium powers and financially bankrupt. Why not, de Gaulle urged, join forces and jointly lead a European superpower? Churchill agreed with de Gaulle’s analysis but noted that the UK, unlike France, had an alternative – the Atlantic connection.  Britain missed the boat on that occasion and continued to miss it repeatedly ever since. Brexit is the latest – but arguably the most dramatic – manifestation of the UK’s tortuous and ultimately failed relationship with Europe.

In the mid-1950s, a high-level committee was established to design the embryonic European Economic Community (EEC). The UK sent a mid-career official, Russell Bretherton, an economist, to represent Her Majesty among the foreign ministers of the founding Six. Bretherton, on realizing that the discussions were intensely political and in no way restricted to economics and trade, is reported to have left his last meeting of the committee with the words: “Gentleman, you are trying to negotiate something that cannot be negotiated. If negotiated, it will not be ratified. And if ratified, it will not work.” Nevertheless, largely as a result of the foreclosing of alternative options in the early 1960s (decolonization was in full swing and the Commonwealth an increasingly powerless framework for Britain’s global ambitions), the conservative government of Harold Macmillan applied for membership of the burgeoning EEC. Macmillan was also responding to intense pressure from Washington, where President Kennedy sought a strong European pillar of the Atlantic Alliance, with the UK as a key European player. The UK’s ambivalence about Europe was highlighted In December 1962 when, in parallel with the European application, Macmillan signed the Nassau Agreement with the US, tying the UK to the American Polaris nuclear missile system. Unsurprisingly, the UK’s first European gambit was vetoed by de Gaulle in January 1963 on the grounds that the UK had no interest in creating a European political project. That lack of interest continued for the following five decades.

When Prime Minister Edward Heath successfully took Britain into Europe in 1973, after de Gaulle’s death, the plan was “sold” to the UK public overwhelmingly as a great market opportunity – although Heath always denied having misled the public on this issue. During the 1980s, with the launch of the project to complete the Single European Market, Margaret Thatcher briefly became an enthusiastic European. As such, she arguably gave away more sovereignty (in exchange for a larger and more liberalized market) than any Prime Minister before her. But she baulked at the idea of a single currency and rejected any notion of deeper political integration.  At the 1991 foundational conference of the embryonic European Union in Maastricht, the UK secured an “opt-out” from the single currency and later refused to join the borderless scheme known as Schengen. The UK simply never embraced the deeper political, cultural, and identity ambitions of her European partners. […]

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[Conférence] Le Golfe, nouveau centre du Moyen-Orient ?

Thu, 10/12/2020 - 10:00

Lundi 14 décembre aura lieu la troisième conférence du cycle « Le monde sur un fil » réalisé en partenariat avec le Centre Pompidou.

Cette visioconférence, « Le Golfe, nouveau centre du Moyen-Orient ? » se tiendra à partir de 19h sur le site de la BPI.

À l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate, le Golfe arabo-persique n’est pas seulement un lieu hautement symbolique, dont les rives abritaient à l’époque sumérienne les villes antiques d’Uruk et d’Ur, et qui a nourri l’imaginaire des écrivains et des artistes. C’est aussi un endroit stratégique par excellence, une frontière maritime jalousement gardée et une grande scène de conflits séculaires.

Depuis 15 ans, le Golfe concentre les tensions géopolitiques propres à toute la région moyen-orientale. Liées aux questions énergétiques et religieuses, celles-ci se traduisent régulièrement en projections des forces sur le terrain. Nous les évoquerons notamment à-travers l’analyse des stratégies régionales de l’Iran et de la politique étrangère des Émirats arabes unis. 

Cette conférence réunira :

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Prévoir le monde de demain

Wed, 09/12/2020 - 09:30

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2020-2021 de Politique étrangère (n° 4/2020). Dominique David, rédacteur en chef de Politique étrangère, propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Paul Dahan, Prévoir le monde de demain (CNRS Éditions, 2020, 328 pages).

Il s’agit de « resserrer l’incertitude ». L’expression de Thierry de Montbrial, qui ouvre ces pages, rappelle à la modestie les multiples démarches générées par l’angoisse de l’avenir – ici dans le domaine de l’action publique. L’anticipation, la prévision, la prospective ont, l’une après l’autre ou concurremment, selon les temps, tenté d’apaiser cette angoisse : l’ouvrage dirigé par Paul Dahan a le mérite de poser toutes les méthodes sur la table, sous le signe de la prévision.

Une première partie s’intéresse aux approches et aux acteurs de la prévision:
définitions, champs d’action, méthodes. Du texte d’ouverture de Thierry de Montbrial, on retient trois remarques délimitant tout exercice de prévision : la prévision s’appuie, ensemble, sur l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse, elle est donc, comme la stratégie, un art et non une science ; l’histoire est faite de non-linéarités, or l’esprit humain s’inscrit spontanément dans des dynamiques de continuité ; et l’on a toujours tendance à voir les changements de court terme comme des ruptures, ces dernières ne se concrétisant en réalité que dans un long terme par définition impensable. Serge Sur clarifie la distinction entre les trois notions d’anticipation – imagination de l’avenir –, de prévision – opinion sur un futur –, et de prospective – recherche permettant de dégager des éléments de prévision. Et Paul Dahan suit le passage des temps du devin, du prophète et du mage à ceux de l’anticipation rationnelle.

Un deuxième ensemble de textes s’attache à la « prévision appliquée », à travers les institutions – une juste place étant faite au Centre d’analyse et de prévision (CAP) du Quai d’Orsay sans, curieusement, que soit étudié le Centre de prospective et d’évaluation (CPE) de la Défense –, puis par secteur : économie, diplomatie, en matière de défense ou de renseignement. Enfin, on suit quelques heurs et malheurs concrets de la prévision, laquelle dépend toujours de ce qu’on cherche à prévoir – et donc de la vision, inéliminable, que le prévisionniste a de son présent ; ainsi que de l’échelle de temps projetée : en matière de défense, elle doit être de très long terme en raison du poids des programmes techniques, et de très court terme pour faire face à la réactivité des acteurs sur le terrain. On s’interroge également sur les méthodes techniques nouvelles susceptibles de donner à la prévision une ampleur, peut-être une efficacité, inédites : par exemple l’Intelligence artificielle.

L’ouvrage dirigé par Paul Dahan retient l’attention par son voyage autour d’ancestraux fantasmes de maîtrise et de construction de l’avenir ; par son passage en revue des méthodes mises en œuvre pour mieux lire (conjurer ?)
l’avenir, de la divination à l’Intelligence artificielle ; enfin par l’étude de réactions administratives variées au problème posé par l’incertain avenir.

Le bilan est rassurant : la percée sur l’avenir n’est pas pour demain. Les manettes sont innombrables, les résultats le plus souvent convenus, ou
médiocres. La réflexion sur la prévision a de beaux jours devant elle – comme notre ignorance du futur. Autrement dit : il est légitime de vouloir prévoir l’avenir si l’on sait la tâche impossible. On se consolera avec le beau florilège de citations qui clôt l’ouvrage, dont deux au moins sont à méditer : « Une erreur peut devenir exacte, selon que celui qui l’a commise s’est trompé ou non. » (Pierre Dac) « Il faut se préparer au pire, espérer le mieux, et prendre ce qui vient. » (Confucius)

Dominique David

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Breaking up is hard to do : Royaume-Uni et Union européenne après le Brexit

Tue, 08/12/2020 - 09:35

La rédaction a le plaisir de vous offrir à lire ce second article de Florence Faucher et Colin Hay, « Breaking up is hard to do : Royaume-Uni et Union européenne après le Brexit », publié dans le nouveau numéro de Politique étrangère (n° 4/2020), disponible depuis le 7 décembre.

Pour un vrai politiste, n’est prévisible que ce qui est inévitable. Et aussi longtemps que les choses demeurent politiques, elles ne sont pas inévitables. Le Brexit a toujours été, et restera, politique. Il n’y a donc rien d’inévitable dans la prospective des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE), au court, moyen, ou long terme. Et si rien n’est inévitable, rien n’est connu à l’avance. Les relations politiques, comme les relations sociales, se nouent, se renouent, se rompent à travers des processus qui les déterminent. Et, comme on va le voir, une rupture est rude à consommer : en l’occurrence elle est difficile à conclure, elle laissera traces et cicatrices.

Par nature, la relation entre l’UE et le Royaume-Uni peut évoluer selon des logiques et avec des résultats très divers, à tous horizons imaginables : on pourrait donc se contenter d’attendre… Mais certaines solutions sont plus vraisemblables que d’autres, et même une science politique non-prédictive peut espérer identifier au moins quelques facteurs déterminants pour la future relation.

S’il est impossible aujourd’hui de savoir quelle forme de Brexit se concrétisera parmi toutes celles qu’on peut concevoir, toutes les formes de Brexit imaginables ne sont pas possibles, et tout ce qui est possible n’est pas vraisemblable. On hasardera donc ici des conjectures plus probabilistes que prédictives, en espérant qu’elles contribuent à clarifier quelques-uns des enjeux, et des facteurs qui pourraient contribuer à la résolution du problème.

Perspectives d’un accord, conséquences possibles d’un no deal

En octobre 2020, ce texte est écrit à un moment où les négociations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni semblent particulièrement incertaines. Le « tunnel » où elles semblent se trouver peut déboucher sur un accord du dernier moment… ou sur une voie sans issue. Les conséquences de ces deux hypothèses sur la relation entre les deux acteurs seraient radicalement différentes.

Comment pouvons-nous nous trouver, à moins de trois mois d’un éventuel Brexit sans accord commercial, à ignorer si un accord, quel qu’il soit, demeure possible ? Et que nous dit cette situation sur les motivations des parties à la négociation ? Deux points peuvent ici être soulignés.

Tout d’abord, la négociation reste ouverte, elle entre même dans une phase plus précise, plus exigeante (le fameux « tunnel ») : ceci suggérant qu’aucune des parties ne se sent en capacité de quitter la table avant la fin, et que donc chacun cherche toujours un accord. Que ceci reste vrai alors que le Royaume-Uni a menacé de rompre ses obligations vis-à-vis de l’UE (codifiées en droit international dans l’accord de transition) témoigne de la volonté d’aboutir à un accord au moins du côté de l’UE. Le sommet du 15 octobre, que Londres avait fixé comme deadline, est passé sans qu’aucun progrès n’ait été enregistré. Johnson s’est adressé aux Britanniques à la télévision, leur demandant de se préparer à un no deal et rejetant la responsabilité de la situation sur l’UE. La disposition de chaque partie à poursuivre la négociation montre néanmoins que l’obstacle ne tient pas, comme le répète le Royaume-Uni, à la personnalité du négociateur européen (qui a vu son mandat confirmé), mais à la détermination des 27 à ne pas céder aux « lignes rouges » de Londres à ce stade de la négociation. L’UE ne poussera pas Londres du haut de la falaise, mais elle ne se placera pas entre Londres et le précipice pour empêcher son partenaire de sauter : Bruxelles a renouvelé son offre et reste ouverte au dialogue.

La position du gouvernement Johnson est plus difficile à décrypter. On peut penser que le fait de risquer la réputation du pays, en affirmant son « droit souverain » à faire prévaloir son droit interne sur ses engagements juridiques internationaux, préjuge mal de la volonté de rechercher une solution négociée. Ce serait mal interpréter le signe d’une stratégie « du bord du gouffre ». Johnson et son cabinet entendent ainsi signifier à l’UE que, sauf si les bénéfices réels d’un accord commercial dépassaient largement les coûts de la mise en œuvre – contre leur volonté – d’une frontière tarifaire et commerciale dans la mer d’Irlande, ils choisiraient de ne pas avoir d’accord. L’analyse coût/bénéfice implicite est holistique : les bénéfices de relations commerciales privilégiées contre le coût de la mise en place de contrôles aux frontières justifiés par la « reprise de contrôle » sur les régimes tarifaires commerciaux. Dans cette logique, il apparaît normal que le Royaume-Uni signale son intention, en l’absence de l’accord recherché, de remettre en cause le texte qu’il avait dû signer pour en arriver à l’étape où seraient mis sur la table les termes d’un accord commercial à venir. Il s’agit bien d’une menace, qui doit être comprise comme telle, mais d’une menace venant d’un gouvernement dont la préférence va à un accord commercial qui ne l’obligerait pas à revenir sur ses obligations internationales.

Alors que les négociations avec l’UE sont longues et difficiles, et alors que les 27 leaders européens comprennent tous les logiques de troc des responsables britanniques et leurs coûts politiques internes, quatre années de reports et de complaintes réciproques ne pourraient, en cas de non-accord, que produire aigreurs et récriminations. En résulteraient sans nul doute de réels dommages de long terme pour la relation entre l’UE et le Royaume-Uni, tout comme pour les relations bilatérales de Londres avec chacun des membres de l’Union.

Accord ou non, un choc aux frontières semble inévitable, et il sera d’autant plus significatif que les milieux d’affaires britanniques ont dû plus récemment se focaliser sur la crise du COVID, délaissant la préparation aux dispositifs nouveaux (jusqu’ici inconnus) qui devront être mis en place.

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PE 4/2020 en librairie !

Mon, 07/12/2020 - 09:30

Le nouveau numéro de Politique étrangère (n° 4/2020) vient de paraître ! Il consacre un dossier spécial au Brexit dont l’échéance finale approche, et un Contrechamps à la Méditerranée, avec un focus notamment sur la Turquie.  Et comme à chaque nouveau numéro, de nombreux autres articles viennent éclairer l’actualité : les effets du COVID-19 en Afrique et en Amérique latine, les agricultures africaines, les enjeux de la Conférence d’examen du TNP, la politique russe de l’Inde…

Au seuil du Brexit, à quoi ressemblera le Brexit ?

Les négociateurs britanniques et européens pourraient préférer un mauvais accord à un no deal, mais éviterait-il une sérieuse dégradation des échanges avec l’Union européenne, que ne viendrait compenser aucun nouvel accord commercial ?

Le rêve d’un Royaume-Uni voguant sur les mers diplomatiques du monde (Global Britain) en fidèle et nécessaire lieutenant de l’Amérique risque de vite s’user, avec la rétraction des moyens britanniques et le désintérêt de Washington pour un partenaire de plus en plus junior.

Le Brexit risque bien de sceller l’isolement d’un pays menacé dans sa cohésion même : par une crise de confiance dans ses propres institutions, et les dynamiques centrifuges à l’œuvre, en Écosse ou en Irlande.

Un nouveau royaume émerge du Brexit : bien différent de celui qu’imaginaient les brexiters, et avec beaucoup d’incertitudes sur les coopérations futures avec les Européens du continent.

***

La puissance turque entreprend-elle de réorganiser la Méditerranée, ou n’y fait-elle tant de bruit qu’à raison du silence d’autres acteurs, en particulier européens ? L’activisme d’Ankara pourrait surtout traduire la fébrilité d’un régime contesté, dans un espace que nul n’a pu structurer depuis trente ans. Les réactions – très différenciées – des pays d’Afrique et d’Amérique latine aux assauts du COVID-19, l’avenir des agricultures africaines, les enjeux de la prochaine conférence d’examen du Traité de non-prolifération, ou la politique russe de l’Inde, figurent aussi dans le tour du monde du numéro d’hiver 2020-2021 de Politique étrangère.

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La Turquie : une puissance émergente qui n’a pas les moyens de ses ambitions

Fri, 04/12/2020 - 10:39

Suite au sondage réalisé sur ce blog, nous avons le plaisir de vous offrir en avant-première l’article du numéro d’hiver 2020-2021 de Politique étrangère (n° 4/2020) – disponible dès lundi 7 décembre – que vous avez choisi d'(é)lire : « La Turquie : une puissance émergente qui n’a pas les moyens de ses ambitions », écrit par Jana Jabbour, docteur en science politique et enseignante à Science Po Paris.

À l’été 2020, la posture de plus en plus agressive de la Turquie sur la crise
libyenne et sur les enjeux énergétiques en Méditerranée orientale a retenu
l’attention de l’opinion internationale et suscité l’ire des pays européens,
France en tête. Les déclarations polémiques du président turc à propos
de la Libye – « ces terres où nos ancêtres ont marqué l’histoire » –, les
points marqués par Ankara en Tripolitaine, ainsi que l’activisme diplomatico-militaire de la Turquie en Méditerranée orientale ont démontré le pouvoir de nuisance de cette puissance régionale, et aggravé ses tensions avec l’Union européenne (UE) et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

Bien que la diplomatie turque paraisse agressive, anti-occidentale, voire
irrationnelle, le positionnement d’Ankara sur les crises du Moyen-Orient
et de l’Afrique du Nord, et les enjeux énergétiques en Méditerranée orientale, repose en réalité sur une doctrine stratégique et un objectif clairs : faire de la Turquie une puissance régionale majeure et un État pleinement souverain dont la conduite n’est dictée que par ses intérêts nationaux.

La Turquie, puissance moyenne émergente en quête de statut

L’expansionnisme régional turc sous le règne du Parti de la justice et du développement (AKP) et du président Erdogan est souvent interprété de façon réductrice comme le reflet d’une diplomatie « néo-ottomane » visant à restaurer la grandeur ottomane de la Turquie, et à reconstituer une sphère d’influence dans les territoires ayant jadis appartenu à la Sublime Porte. Les références de plus en plus nombreuses, dans le discours de l’AKP, à l’islam et à la civilisation islamique, le rapprochement d’Ankara vis-à-vis de la Russie et de l’Iran, les furieuses sorties d’Erdogan contre les dirigeants européens, ont contribué à nourrir ces soupçons de « néo-ottomanisme », et donné l’impression d’un changement d’axe de la diplomatie turque dans le sens d’une rupture avec l’Europe et l’Occident.

En fait, la diplomatie turque semble mue par des dynamiques plus complexes. Au tournant du XXIe siècle, la Turquie a accédé au rang de puissance moyenne émergente. Elle mène donc une « diplomatie de puissance émergente », caractérisée par une affirmation de soi aiguë, une quête de statut à l’échelle internationale, et un désir d’indépendance et d’autonomie dans la conduite de ses relations internationales. En tant que puissance émergente, la Turquie suit une logique de diversification de ses relations et de son réseau de partenariats et d’alliances, afin de maximiser ses intérêts dans un monde multipolaire. En tissant des liens avec des acteurs antagoniques du système international (UE/Russie, Iran/Israël, OTAN/Russie/Iran), Ankara cherche à devenir un acteur incontournable des relations internationales.

L’affirmation accrue d’Ankara au Moyen-Orient et en Afrique du Nord rentre dans le cadre de cette diplomatie de puissance émergente. En adoptant une posture proactive, et en s’affirmant comme puissance régionale dans cette région clé pour les équilibres géopolitiques mondiaux, Ankara entend accroître son poids sur la scène internationale pour devenir un État-pivot et un acteur-clé de la gouvernance mondiale. En ce sens, le Moyen-Orient est conçu de façon instrumentale comme une zone d’influence, une arrière-cour et un tremplin, nécessaires pour l’affirmation de la Turquie comme puissance sur la scène internationale. D’où l’insistance des diplomates turcs, tout au long des années 2000, sur la métaphore du tir à l’arc : « Il faut concevoir notre politique au Moyen-Orient à travers la métaphore du tir à l’arc ; plus nous tirons fort au Moyen-Orient et plus loin nous atterrirons en Europe. » D’où leur insistance, aussi, sur la métaphore des cercles concentriques : la Turquie déploie sa stratégie de puissance d’abord dans un premier cercle – le Moyen-Orient – pour rayonner, à partir de là, en Europe et dans le monde. En ce sens, dans la réflexion stratégique turque, la dimension régionale de la diplomatie est arrimée à la dimension globale ; la politique arabe de la Turquie est étroitement liée à la quête de statut et de puissance à l’échelle mondiale.

Un autre objectif stratégique guide la diplomatie d’Ankara : celui de faire de la Turquie un carrefour énergétique (hub) en Méditerranée. Cette dimension énergétique est en effet cruciale pour comprendre le comportement d’Ankara sur la scène régionale et internationale. Économie émergente en pleine expansion, la Turquie connaît une forte croissance de sa demande énergétique – d’environ 7 à 8 % par an –, alors qu’elle ne dispose que de très peu de ressources sur son territoire. Elle importe plus de 90 % de sa consommation totale d’hydrocarbures, ce qui entraîne une forte augmentation de sa facture énergétique et aggrave sa dépendance vis-à-vis de ses principaux fournisseurs, l’Iran et la Russie. Compte tenu de cet état de fait, la diplomatie turque est sous-tendue par un double objectif : d’une part assurer la sécurité énergétique du pays en diversifiant les sources d’importations et en tissant de bonnes relations avec les voisins riches en hydrocarbures (Irak, Qatar, Azerbaïdjan) ; d’autre part renforcer le positionnement de la Turquie en Méditerranée orientale, de façon à permettre au pays d’exploiter les nouvelles ressources d’hydrocarbures qui y sont découvertes, dans une zone délimitée au Nord par les côtes turques, à l’Est par les côtes syriennes, libanaises, israéliennes et la bande de Gaza, à l’Ouest par les îles grecques de Rhodes et de Crète, au Sud par les côtes égyptiennes, et au centre par l’île de Chypre.

L’engagement d’Ankara en Libye et en Méditerranée orientale

C’est dans le cadre de cette réflexion stratégique que l’activisme diplomatico-
militaire récent de la Turquie en Libye et en Méditerranée orientale prend tout son sens. […]

Lisez le texte dans son intégralité ici.

Autonomous Weapon Diplomacy: The Geneva Debates

Thu, 03/12/2020 - 09:00

This article is the English version of : Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, « Diplomatie des armes autonomes : les débats de Genève », published in Politique étrangère, Vol. 81, Issue 3, 2016.

Autonomous weapon systems – “Killer robots” in the popular culture – are weapon systems that can select and attack targets without human intervention. The first informal experts’ meeting on lethal autonomous weapons systems (LAWS) was organized in 2014 at the UN Convention on Certain Conventional Weapons (CCW) in Geneva, on the initiative of France, which also presided over the meeting. The last of these annual meetings took place April 11–15, 2016, under German presidency for the second consecutive year. It confirmed the growing interest in the subject from states and civil society: 95 states participated in the debates, alongside several UN institutions, the International Committee of the Red Cross (ICRC), numerous NGOs from around the world, and 34 international experts (compared to 90 states and 30 experts in April 2015, and 87 state and 18 experts in May 2014).

At this meeting states for the first time unanimously adopted general recommendations for the fifth CCW Review Conference, which will take place December 12–16, 2016. The recommendations included the creation of a Governmental Group of Experts (GGE) beginning in 2017, cementing the transition from informal meetings (2014–2016) to a formal process.

Three years of meetings have left civil society and several states increasingly impatient, and so this year there was a clear desire to achieve results. Already anti-LAWS NGOs had indicated that they would no longer be fooled by certain states’ delaying strategies, which have been attempting to drag out the subject of LAWS at the CCW, where the consensus-based decision-making allows them to exert a level of control, rather than meaningfully advancing the discussion.

In particular, there was a growing desire to move forward without resolving all the conceptual problems, against the wishes of states like China, which suggested that “first, we must know what autonomy means” before being able to discuss LAWS. Canada’s statement that it “does not find it useful to debate the meaning of autonomy out of context” captured the wishes of many states to move toward “more concrete” matters.

The April 2016 meeting confirmed that the main topics of discussion have remained unchanged over the last three years, namely, issues of definition, human control, responsibility, and legal review. Rather than going to the root of these questions, this paper will address the procedure, negotiations, the balance of power, and generally the diplomatic dimension of the last round of Geneva debates.

What are we talking about ?

Unlike previous years, this time the question was less the definition of LAWS or autonomy but rather of whether it was even necessary to define them. The delegations initially divided themselves into two camps: those who made the definition a prerequisite condition for any discussion (which was interpreted by others, particularly civil society, as a way of blocking discussion), and those who agreed to leave the definition until later. A consensus was reached that an exhaustive and final definition at this stage was impossible, but that nevertheless a provisional working definition should be used to move discussions forward.

Analyzing definitions in disarmament treaties supports this gradual approach: the definitions, which are not always based on the same criteria (effects, functions, usage, or possible targets of the weapons), are generally among the very last issues to be settled. However, the case of LAWS is special, which limits the relevance of such precedents. As Brazil usefully recalled, this time the weapon being defined does not yet exist. The weapons previously prohibited had existed for decades and their effects were perfectly known. They could therefore be banned without a precise definition. The absence of shared experience or understanding make LAWS different. […]

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PE n° 4/2020 : J-5 !

Wed, 02/12/2020 - 09:30

Le nouveau numéro de Politique étrangère (n° 4/2020) va paraître (J-5) ! Il consacre un dossier spécial au Brexit dont l’échéance finale approche, et un Contrechamps à la Méditerranée, avec un focus notamment sur la Turquie.  Et comme à chaque nouveau numéro, de nombreux autres articles viennent éclairer l’actualité : les effets du COVID-19 en Afrique et en Amérique latine, les agricultures africaines, les enjeux de la Conférence d’examen du TNP, la politique russe de l’Inde…

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Your Sons at Your Service: Tunisia’s Missionaries of Jihad

Tue, 01/12/2020 - 09:00

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n° 3/2020). Michaël Ayari propose une analyse de l’ouvrage de Aaron Y. Zelin, Your Sons at Your Service: Tunisia’s Missionaries of Jihad (Columbia University Press, 2020, 400 pages).

Cet ouvrage est indispensable pour quiconque s’intéresse à l’étude du djihadisme et cherche à comprendre pourquoi autant de Tunisiens, pourtant réputés pacifiques et vivant en démocratie depuis 2011, ont, entre 2012 et 2019, grossi les rangs des groupes islamistes armés, notamment en Irak et en Syrie.

Aaron Y. Zelin livre ici une somme considérable d’informations difficilement accessibles. Outre son examen quasi exhaustif de la littérature en langue anglaise et arabe sur la question, l’auteur a archivé près de 18 000 documents informatiques sur l’organisation salafiste-djihadiste tunisienne, Ansar al Charia Tunisie (AST) : communiqués, enregistrements audio et vidéos, essais, analyses, photos sur les réseaux sociaux. Il a également effectué plusieurs séjours de terrain en Tunisie au cours desquels il a rencontré des militants d’AST ainsi que des combattants étrangers tunisiens de retour de Syrie.

En dépit de sa richesse, l’ouvrage souffre d’un certain nombre de défauts qui peuvent rendre sa lecture laborieuse. L’introduction, assez théorique, tente d’insérer de manière artificielle la recherche dans un champ académique (la sociologie des mouvements sociaux). L’auteur y déploie quelques concepts, qu’il perd par la suite. La tendance est à noyer le lecteur sous un flot d’informations précises mais souvent peu utiles, tirées de fiches élaborées par des juges d’instruction et des spécialistes du renseignement. Le livre pèche ainsi par un mélange des genres, entre travail académique (l’ouvrage est tiré d’une thèse de doctorat) et expertise antiterroriste.

En outre, l’auteur a tendance à omettre systématiquement les travaux francophones sur la Tunisie et à se positionner en surplomb par rapport à son objet d’étude. Peu de place est laissée à l’accidentel dans l’itinéraire des djihadistes tunisiens et la constitution de leurs réseaux. Tout semble faire écho à une logique inéluctable, et le contresens anachronique n’est pas loin, notamment lorsque l’auteur surestime le rôle international de certaines figures djihadistes tunisiennes des années 1980-2000, simplement parce que ces dernières sont influentes dans l’AST et l’État islamique dans la seconde moitié des années 2010.

Enfin, l’auteur recourt à des sources disparates, à la fiabilité variable. Il tend à baser des points essentiels de son argumentaire sur des sources discutables (comme des informations fuitées de l’État islamique, ou des communiqués du ministère de l’Intérieur tunisien), ce qu’il fait oublier par ailleurs en s’attardant sur des détails tirés de sources de première main de qualité, lesquelles n’apportent que peu à la réflexion, mais montrent qu’il connaît le sujet mieux que quiconque…

La prétention historiographique est ainsi quelque peu excessive, d’autant plus que nombre d’éléments sur le sujet sont loin d’être déclassifiés. Il est difficile de décrire avec autant d’assurance le djihadisme des années 1980 et des années 2010, ce que l’auteur fait pourtant, comme si son travail de recherche avait pour ambition de clôturer définitivement la question des Tunisiens et du djihad.

En dépit de ces faiblesses, cet ouvrage vaut le détour : près d’une décennie de recherches extrêmement chronophages est ici généreusement livrée, au spécialiste comme au non spécialiste. La lecture de ce livre dense et passionnant devrait susciter quelques vocations « djihadologistes ».

Michaël Ayari

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Mon, 30/11/2020 - 09:30
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Brazil: The Harder They Fall

Fri, 27/11/2020 - 09:00

This article is the English version of : Joao Augusto de Castro Neves and Bruno Reis, « Brésil : plus dure sera la chute », published in Politique étrangère, Vol. 81, Issue 3, 2016.

Brazil is experiencing one of the worst political and economic crises in its recent history – and certainly the worst since the return of democracy in the mid-1980s. Darling of the new global economic order for much of the last decade, Brazil has fallen off the pedestal of punditry in the past few years. Broadly speaking, this bout of pessimism is partly due to the recurrent habit among international relations pundits and market commentators of viewing the world in terms of an inexorable – and even faster – power transition among major powers (or major markets). Until recently the BRICS were construed as the building block of a new global order and a good place to put your money. Now, following the ebb and flow of the financial markets, it appears it is time for other acronyms to have their fifteen minutes in the spotlight.

On the economic side, Brazil is facing the deepest recession in many decades (the country’s GDP has decreased nearly 10% in the last four years), a sky-rocketing unemployment rate and a significant fiscal deficit, among other macroeconomic imbalances. From a political perspective, the country is dealing with a presidential impeachment process, a massive corruption scandal reaching the entire political class, and recently faced an unexpected wave of protests on the streets of Brazil’s largest cities, with millions of citizens decrying the unresponsive – and occasionally irresponsible – political class.

Those events have led the political system to a state of near-paralysis, and emphasize the political class’ incapacity to respond effectively to the many challenges that the country currently faces.

Paradoxically, and therefore making this scenario even more challenging, just a few years ago Brazil was experiencing one of its most “dynamic” periods of its history – a “Chinese” rate of GDP growth (7.5% in 2007); massive social development with millions of citizens rising from poverty and joining the consumer market; and the most popular president in the country’s history (former President Luis Inacio “Lula” da Silva reached a 73% approval rating in 2010).

So, what happened to Brazil? What went wrong and how and why has the country’s political and economic situation deteriorated so quickly? Where is Brazil heading? Beneath the ever-changing and tenuous layers of tea leaves used to foretell geostrategic scenarios or suggest promising investment opportunities lies a much more complex story of a country that has had its share of boom-and-bust cycles. Whether Brazil is undergoing yet another one this time around demands a more insightful examination of recent political and economic events. Uncovering some of the factors behind these events may allow us to have a clearer view of the country’s trajectory. To try answering these questions, we will contextualize what is happening in Brazil within a broader scenario, in what we call the rise and fall of Latin America’s political supercycle.

The end of the commodities boom

Some of Brazil’s recent woes – and slightly less recent successes – are not unique to the country. Such issues stem from a broader economic and political process that affected many natural-resource-rich nations in the so-called emerging world, particularly in Latin America, in the last decade or so. […]

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[CITATION] La démocratie israélienne à l’épreuve de Netanyahou

Wed, 25/11/2020 - 09:00
« La fin de règne annoncée pourrait bien n’être qu’une parenthèse. C’est, en tout cas, le voeu le plus cher de Netanyahou, convaincu d’être seul maître après Dieu à pouvoir guider la barque d’Israël au coeur des tempêtes pour la conduire au rang des puissances redoutées et respectées. Certes, un sérieux obstacle se dresse devant lui avant l’échéance de 2024 : le verdict des trois juges de la cour de district de Jérusalem, devant laquelle « l’accusé Netanyahou » a comparu le 24 mai 2020, a de fortes chances d’être rendu avant cette date butoir. »

Accéder à l’article de Denis Charbit, « La démocratie israélienne à l’épreuve de Netanyahou » ici.

Retrouvez le sommaire complet du numéro 3/2020 de Politique étrangère ici.

Mémoires vives

Mon, 23/11/2020 - 09:00

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n° 3/2020). Julien Nocetti propose une analyse de l’ouvrage d’Edward Snowden, Mémoires vives (Seuil, 2019, 384 pages).

Les Mémoires vives du jeune Snowden – inconnu avant ses premières leaks de juin 2013 – ne sont pas une collection de secrets d’État, mais le récit d’une trajectoire individuelle, de l’enfance en Caroline du Nord jusqu’à l’exil forcé à Moscou.

Le premier quart de l’ouvrage, consacré à la vie personnelle du jeune Snowden, né au début des années 1980, a surtout le mérite de dresser un parallèle entre l’enfance d’un rejeton de famille conservatrice et l’essor de l’informatique domestique. Au milieu des années 1990, la découverte de l’internet devient la principale occupation de Snowden qui, de geek en herbe, se mue en pirate informatique imprégné d’idéologie libertaire, voire libertarienne : « Je considère que les années 1990 ont engendré l’anarchie la plus agréable et la plus réussie que j’ai connue. »

Les attentats du 11 septembre 2001 traumatisent le jeune homme, qui soutient sans ambages la « guerre contre le terrorisme » décrétée par George W. Bush. Ce sera là « le plus grand regret de [sa] vie ». Sa carrière militaire brisée par une blessure lors d’un exercice, Snowden s’oriente vers le renseignement, où il travaille comme employé de la Central Intelligence Agency (CIA), puis comme sous-traitant de la National Security Agency (NSA), occupant des postes d’administrateur système et d’ingénieur système. À la NSA, ce sont ces fonctions au cœur des réseaux qui lui autoriseront un accès très large à des documents internes.

Le récit, qui narre sa prise de conscience, passe par Genève, Tokyo, puis Hawaï, où il est affecté début 2012, et prend la décision qui va changer sa vie : « Une exposition totale de l’intégralité de l’appareil de surveillance de masse. » Ce sont là les pages les plus intéressantes du livre : l’auteur y expose ses ressorts, heurté qu’il est par les pratiques de l’État qu’il souhaitait servir, ainsi que les procédés de surveillance numérique globale mis en place par Washington. StellarWinds, CowBells, Turbulence, XKeyScore, etc. : les noms des opérations de surveillance sont connus depuis les révélations de documents secrets à la presse dès juin 2013. Leur description permet surtout de prendre la mesure du concentré de puissance que confère aux États-Unis l’hégémonie sur l’internet.

Le propos de Snowden sur ces programmes ne vise pas tant à effrayer le lecteur, qu’à faire œuvre de pédagogie sur des sujets en apparence arides. On y apprend, notamment, les techniques employées par les services américains pour collecter les données personnelles de presque n’importe quel individu dans le monde.

Dans la dernière partie, l’histoire s’accélère, rocambolesque : il y a Hong Kong, d’où Snowden se révèle au monde après les premiers articles du Guardian et du Washington Post, puis la fuite, l’atterrissage à Moscou, censé n’être qu’une étape sur la route de Quito, en compagnie de la journaliste Sarah Harrison, figure de WikiLeaks. Snowden, qui n’a jamais caché avoir été approché par le renseignement intérieur russe, raconte l’« offre d’engagement » qui lui est alors faite, à laquelle il coupe court. Il a d’ailleurs assuré ne jamais avoir transmis aux Russes la moindre information. Il découvre alors que les États-Unis ont annulé son passeport, le bloquant en Russie, où il se trouve toujours. À Moscou, il assure vivre des cachets de conférences qu’il donne à distance et dans lesquelles il milite contre les pratiques de surveillance et de censure des États.

Julien Nocetti

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La crise libanaise et l’évolution du Proche-Orient

Fri, 20/11/2020 - 09:00

La rédaction de Politique étrangère vous offre à (re)lire des textes qui ont marqué l’histoire de la revue. Nous vous proposons aujourd’hui un article de Maurice Couve de Murville, intitulé « La crise libanaise et l’évolution du Proche-Orient », et publié dans le numéro 2/1976 de Politique étrangère.

L’affaire libanaise est liée à la crise du Proche-Orient, que l’on pourrait appeler aussi la crise israélo-arabe. Les risques qu’elle fait courir à cette région se répercutent à l’ensemble du monde. Pour ce qui est de la France, elle est directement concernée.

Nous partons d’un fait évident qu’il faut souligner, c’est la présence au Liban d’un très grand nombre de réfugiés palestiniens, dont on n’a pas le compte exact, mais qui est de l’ordre de 400 000 pour une population normale de 2 millions et demi d’habitants. En proportion, cela signifierait pour la France quelque chose comme 8 millions de réfugiés sur son territoire, dont pas loin de la moitié autour de la capitale.

D’où, évidemment, une situation anormale, qui se prolonge indéfiniment et s’ajoute aux difficultés propres que le Liban connaît et qui tiennent à sa physionomie particulière.

Il faut, en effet, remonter un peu dans le passé pour expliquer les causes de la guerre civile actuelle, remonter à la création du Liban qui, on le sait, date de 1943. La France n’a pas voulu, à l’époque, de la Grande Syrie, qui aurait uni le Liban et la Syrie actuels, pour des raisons historiques, liées au rôle que notre pays avait joué comme « puissance protectrice des chrétiens du Levant » au temps de l’Empire ottoman dont nous étions devenus les héritiers lorsque le mandat sur la Syrie nous avait été confié.

La création du Liban a été rendue possible par la conclusion d’un compromis entre les Chrétiens et les Musulmans, auquel on a, par la suite, donné le nom de « Pacte National ». Ce compromis accordait aux Musulmans qui ne voulaient pas d’un Liban séparé de la Syrie, la satisfaction de la fin du mandat français et de l’évacuation définitive de notre armée, autrement dit, l’indépendance. Pour les Chrétiens, qui voyaient partir avec beaucoup de craintes l’armée française dont ils considéraient qu’elle était leur défenseur, il y avait un certain nombre de garanties qui remplaçaient cette garantie de l’armée française : essentiellement la répartition des postes au sein du gouvernement, du parlement et de l’administration, ce qui donnait en fait, il faut bien le dire, aux Chrétiens et plus particulièrement aux Maronites, la prédominance dans la direction du pays. Prédominance qui, d’ailleurs, était en pratique à l’époque justifiée par le fait que les Chrétiens étaient de loin la partie de la population la plus évoluée, celle qui avait reçu le plus d’instruction, en particulier qui avait le plus bénéficié de l’enseignement supérieur. A l’époque, le personnel politique et les fonctionnaires se recrutaient facilement chez les Chrétiens, beaucoup plus difficilement chez les Musulmans.

Ce compromis qui a permis la création du Liban, en tant qu’Etat indépendant séparé de la Syrie, a longtemps fonctionné de façon satisfaisante. Il a si bien fonctionné que tout le monde s’en félicitait, au dedans et au dehors, et l’on considérait le Liban comme une sorte de miracle de coexistence pacifique et de coopération étroite entre les communautés religieuses différentes qui, jusqu’alors, avaient été séparées ou opposées les unes aux autres.

C’était une sorte d’opinion reçue qui, cependant, à mesure que le temps passait, ne tenait pas compte et de moins en moins, de l’évolution naturelle, une évolution qui s’est traduite de deux manières :

D’abord sur le plan démographique. En 1943, à l’époque du Pacte National, on était parti de l’idée — c’était une convention mais qui, dans une certaine mesure et même dans une large mesure correspondait à la réalité — que les Chrétiens étaient plus nombreux que les Musulmans. D’où leur prédominance dans le domaine politique et administratif.

La situation, progressivement, a changé, pour deux raisons. D’abord la démographie proprement dite, car les Musulmans ont plus d’enfants que les Chrétiens. Puis l’émigration, parce que les

Chrétiens, et en particulier les Maronites, ont énormément émigré au cours de ces 30 ans, et très loin puisque leurs colonies les plus nombreuses se trouvent en Amérique du Nord et du Sud et en Australie.

Voilà un premier fait qui a changé beaucoup la situation.

Le second a été l’évolution des populations elles-mêmes. Je disais qu’au début, les Chrétiens étaient beaucoup plus évolués que les Musulmans. Peu à peu les Musulmans se sont éduqués, ils sont allés à l’école, à l’Université ; ils sont entrés dans les affaires. Ayant réussi, ils sont devenus riches, et finalement une grande partie d’entre eux, non pas la majorité, mais surtout la communauté sunnite, qui s’oppose à la communauté chiite, est largement aujourd’hui à égalité avec les Chrétiens de tous ces points de vue. Dès lors ces Musulmans n’ont plus de complexe d’infériorité et d’autre part, ils ont un personnel capable, à l’instar des Chrétiens, de participer à la politique et à l’administration.

Voilà un second fait qui a, en quelque sorte, remis en cause les fondements mêmes du Pacte National conclu en 1943 et dont j’ai rappelé les grandes lignes.

A cela s’ajoutait un facteur qui n’est pas moins important, c’est que les deux communautés, ou plutôt les deux ensembles de communautés, instinctivement, avaient et ont tendance à réagir de façon différente devant l’événement.

Le Liban se caractérise par deux traits essentiels qui font son originalité dans la région où il se trouve situé. Le premier est que, malgré sa diversité confessionnelle, il fait partie du monde arabe, et cela d’une manière évidente, puisque la langue maternelle de tout le monde, sauf peut-être des Arméniens, est la langue arabe. L’autre caractéristique est l’ouverture sur le monde extérieur, laquelle est beaucoup plus grande que chez les autres pays arabes. Et quand on dit « ouverture sur le monde extérieur », c’est d’ouverture sur l’Occident qu’il s’agit. D’où des liens étroits avec celui-ci sur le plan économique et sur le plan culturel.

Pour les Musulmans, l’élément appartenance au Monde arabe est le plus important des deux facteurs. Pour les Chrétiens, c’est l’ouverture sur l’extérieur qui compte d’abord.

Tout cela a créé peu à peu, sans qu’on s’en aperçoive beaucoup, une situation où se préparaient, à l’arrière-plan, des conflits. Je ne veux pas dire une guerre civile, mais des conflits, même si, en même temps, la réussite du pays paraissait éclatante, même si la prospérité était fantastique et si tout le monde s’enrichissait. A telle enseigne que les Musulmans nouvellement enrichis, qui en 1943 n’étaient pas partisans de l’existence du Liban, en sont aujourd’hui les plus fermes adeptes.

Les difficultés apparaissent quand il y a crise. On l’a vu pour la première fois en 1958, lors de la première grande crise nationale, du temps où M. Chamoun était Président de la République libanaise. C’était un peu la conséquence de la révolution égyptienne de Nasser, qui avait été à la fois une révolution nationale et une révolution sociale, mettant fin à un régime très largement venu de l’étranger, parce que très largement héritier de l’Empire ottoman, et encore féodal. Ce bouleversement avait eu des conséquences profondes dans le monde arabe, au Liban en particulier, et bien sûr, dans la population musulmane, beaucoup plus sensible à l’attrait du régime nassérien que la population chrétienne.

A cette époque, la crise avait été réglée de manière expéditive,. à l’initiative de M. Chamoun, par le débarquement de l’armée américaine. Ainsi les troubles, qui avaient commencé mais étaient loin d’une vraie guerre civile, avaient été bloqués et le calme s’était rétabli. Au point de permettre le rembarquement rapide de l’armée américaine. D’autant plus que le Président Chamoun avait été très vite remplacé par le général Chehab qui, à la différence de son prédécesseur, était un homme d’esprit ouvert et libéral, qui a essayé d’engager son pays sur la voie des réformes.

Cela n’a duré que le temps du mandat du Président Chehab. Puis les choses sont reparties comme avant, c’est-à-dire d’un côté, l’immobilisme, de l’autre des événements extérieurs très graves, péripéties successives du conflit israélo-arabe. D’abord la guerre de 1967, dont la conséquence très importante pour le Liban a été de doubler le nombre des réfugiés palestiniens, puisqu’à ceux venus en 1947 de la Galilée et des rivages de Saint- Jean d’Acre, se sont ajoutés 200 000 réfugiés venant de la zone de Gaza et de la Cisjordanie. […]

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Middle East: Waiting for America’s New Administration

Thu, 19/11/2020 - 09:00

This article is the English version of : John McLaughlin, « Moyen-Orient : en attendant la nouvelle administration américaine », published in Politique étrangère, Vol. 81, Issue 2, 2016.

Not since the collapse of the Ottoman Empire after World War I has the Middle East been wracked with so much change, violence, and uncertainty. When long building pressures erupted with the so-called “ Arab Spring” in 2011, Henry Kissinger presciently said that it was only “scene one of act one of a five act play”. Before we can venture even a guess about the next scene or act and how American policymakers might approach it, it’s necessary to step back and examine the region in its broader setting.

Strategic context

Contemporary events are so riveting that it is easy to forget how much the Middle East has been shaped by external forces. In this century, this has been the case ever since Mr. Picot and Mr. Sykes drew their lines on the map delineating some of the new Middle Eastern boundaries exactly a century ago this year.

Indeed, the United States (US) and other great powers have long seen influence in the region as tightly related to their security and viewed its resources as essential to their economic health – convictions demonstrated repeatedly since the end of WW II and the onset of the Cold War.

During the Cold War, direct great power competition in the region was a kind of zero-sum game as the United States and the Soviet Union vied for influence and access. Even as hot wars flared in Asia – thinking of Korea and Vietnam – the US, Russia, and many European nations still saw the Middle East as an arena for competition. It played out in relations with Egypt, Syria, Iraq, Iran, and Libya, in weapons sales, and in the Arab-Israeli conflicts.

But when the Cold War ended, the major powers’ approaches to the Middle East became more individualistic and fluid, either by necessity or choice. During the early post-Cold War years, Russia and China were mindful of the Middle East but thoroughly absorbed with internal transformations – Russia moving from a command economy to private enterprise and China digesting Deng Xiaoping’s market economic reforms and purging sympathizers of the 1989 Tiananmen Square protests. Without the overlay of U.S.-Soviet rivalry, Europe focused on rebuilding traditional relationships in the Middle East, while elsewhere deepening integration within the European Union, and laying the groundwork for bringing in former Soviet satellite countries as new members. For its part, the US was absorbed in consolidating its post-Cold War position in Europe (the uniting of Germany within NATO, for example), building a new relationship with Russia and the former Soviet Union’s newly-independent states, and dampening ethnic conflict in the Balkans. America’s focus on the Middle East sharpened dramatically of course as terrorism escalated and particularly after the 9/11 attacks and in the chaotic aftermath of the 2003 Iraq invasion.

Meanwhile, the global financial crisis of 2008 weakened confidence in the US, including among Middle Eastern partners. At the same time, Russia was becoming more assertive, as evidenced by its occupation of parts of Georgia in 2008 and parts of Ukraine in 2013. And the perception grew that China was “rising” in a way bound to challenge American international dominance.

As the major powers were adjusting to these new dynamics, the Middle East was rocked by three phenomena that changed the character of the region and the terms on which outsiders must engage it. First, the Iraq war polarized the countries of the region and roiled relations among the major outside powers. Second, Islamic extremism sunk deeper roots and sparked divisions among outside powers about how to respond to it. And third, the region experienced the Arab Spring, which upset not only the domestic norms of many countries but also changed many of the personalities and institutions that served for years as conduits to the outside powers.

In short, the end of the Cold War meant that Middle Eastern competition among the great powers was separated for the first time in decades from a global struggle. The Middle East has thus become the world’s principal laboratory for practicing the new balance of power politics likely to characterize the coming decades. It is the arena where the first rounds of a new “Great Game” are playing out. The game has begun, whether the great powers are ready or not. […]

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Djibouti, la diplomatie de géant d’un petit État

Wed, 18/11/2020 - 09:00

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n° 3/2020). Alain Antil, directeur du Centre Afrique subsaharienne de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Sonia Le Gouriellec, Djibouti, la diplomatie de géant d’un petit État (Presses universitaires du Septentrion, 2020, 230 pages).

L’auteur, spécialiste des questions de défense et de la Corne de l’Afrique, aborde ici le contraste saisissant entre le poids économique et démographique – très secondaire – de Djibouti, et la place qu’occupe ce pays dans les relations internationales. Sonia Le Gouriellec inscrit d’emblée son analyse dans le courant de recherche qui s’intéresse à la place internationale et à la diplomatie des petits États.

Djibouti bénéficie, il est vrai, d’une situation géographique exceptionnelle : port en eau profonde à l’entrée de la mer Rouge, sur la route maritime la plus importante du monde ; hub de la lutte contre la piraterie au large des côtes de la Corne de l’Afrique, piraterie contre laquelle coopèrent Européens, Asiatiques et Américains ; pays d’accueil de bases militaires française, américaine, chinoise et japonaise (la seule hors de leur territoire national, pour les deux pays asiatiques) ; point de contact important entre la péninsule arabique et le continent africain ; point de passage quasi exclusif – surtout depuis l’indépendance érythréenne – des échanges du géant éthiopien ; point nodal de la Belt and Road Initiative (BRI) chinoise ; ou encore base d’appui de l’Arabie Saoudite dans sa guerre au Yémen…

Sonia Le Gouriellec montre l’habileté de la diplomatie djiboutienne à multiplier coopérations et dépendances, afin d’éviter les parrainages par trop étouffants, comme celui, hier, de la France, ou aujourd’hui, de la Chine (Pékin détenant deux tiers des dettes djiboutiennes). Djibouti n’hésite pas à engager des bras de fer avec d’importants partenaires, comme l’illustre le non-renouvellement du contrat de gestion du port de Doraleh avec la société émiratie Dubai Ports World (DPW).

La situation du pays ne lui offre certes pas que des atouts. L’auteur replace, dès le début de son ouvrage, Djibouti dans le « complexe régional de sécurité », en s’appuyant avec raison sur les travaux de Barry Buzan. Les fractures sécuritaires régionales sont nombreuses, et Djibouti a dû en effet composer avec la rivalité entre Éthiopie et Somalie (dont le point d’orgue a été la guerre de l’Ogaden), puis avec les tensions/conflits qui déchirent les deux ensembles (éclatement de la Somalie, indépendance de l’Érythrée…), et ce en sa double qualité de pays voisin mais aussi de pays dont une partie de la population appartient à l’ensemble humain somali. Malgré tout, le pays a pu éviter d’importer le conflit sur son territoire. Dans son environnement direct : le terrorisme (Al-Qaïda dans la péninsule arabique, les Shebabs en Somalie), la piraterie maritime, ou la guerre au Yémen…

Sonia Le Gouriellec revient également sur le fort contraste existant entre tant d’opportunités liées à la position stratégique de Djibouti et des performances économiques et démocratiques particulièrement calamiteuses. Elle souligne, même si l’analyse du système politique djiboutien n’est pas au cœur de son ouvrage, le caractère autocratique, clientéliste, corrompu, et parfois violent avec les opposants, d’un régime qui n’a connu que deux présidents (Hassan Gouled Aptidon et Ismaïl Omar Guelleh) depuis son indépendance de 1977.

L’auteur nous livre ici une réflexion à la fois fouillée et pédagogique sur la diplomatie de ce petit État, agrémentée de références littéraires tombant toujours à point nommé.

Alain Antil

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[CITATION] Sortir de l’impasse euro-américaine

Tue, 17/11/2020 - 09:00
« « Europe de la Défense », « Autonomie stratégique », « Armée européenne » : slogans, ou volonté ferme de briser les impasses de la Politique de sécurité et de Défense (PSDC) de l’Union européenne, de forger, enfin cette Union de la défense européenne qu’annonçait le « sommet des chocolatiers » d’avril 2003 ? « L’OTAN est obsolète », « atteinte de mort cérébrale » : propos tapageurs, ou tableau objectif d’une Alliance ayant dépassé sa date limite de vente ? »

Accéder à l’article de Jolyon Howorth, « Sortir de l’impasse euro-américaine » ici.

Retrouvez le sommaire complet du numéro 3/2020 de Politique étrangère ici.

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