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Actualités. Réflexions. Reportages
Updated: 7 hours 5 min ago

[Analyse] Emmanuel Macron sème le blues à Bruxelles. L’influence française affaiblie

Mon, 10/06/2024 - 18:01

(B2) Oubliés le discours de la Sorbonne, les cérémonies du 6 juin, les grands et beaux discours, le président français apparait aujourd’hui largement affaibli. Non seulement en France, mais aussi dans les couloirs européens. En cause, sa propre décision de dissoudre l’Assemblée nationale.

Une décision incompréhensible…

Quand il arrivera à la réunion des leaders au G7 dans les Pouilles, le 13 juin, puis au Conseil européen, le 17 juin, l’accueil que recevra Emmanuel Macron ne sera sûrement plus le même qu’avant le 9 juin. La France restant la France, il sera reçu avec élégance. Mais pour l’influence, c’est autre chose. Le président français aura fort à faire pour convaincre de la pertinence de son choix de dissoudre l’Assemblée nationale. Décision jugée inconséquente pour l’équilibre européen et surtout incompréhensible !

… que rien ne justifiait

Le résultat de la liste Renaissance (14%) est certes très mauvais : deux fois moins que le Rassemblement national et à quasi-égalité avec la liste du PS (envoyant le même nombre de députés au Parlement européen : 13 élus). Mais ce résultat était attendu et, d’une certaine manière, anticipé. Ce n’est pas la première fois qu’un parti de gouvernement boit la tasse dans un vote européen (élection ou référendum). Cela n’a jamais entraîné une telle crise politique. D’autant que les centristes français gardent un poids notable dans leur groupe (la première délégation) et comptent nombre de personnalités bien au fait des dossiers (N. Loiseau, P. Canfin, C. Grudler, etc.) qui permettront de compenser un effectif plus faible.

… transformée en crise politique majeure

En dissolvant l’Assemblée nationale, le président se tire une balle dans le pied. Il ouvre une période d’incertitude. Ce que la plupart des Européens détestent. Nul ne sait si la France sera gouvernable demain, quel sera le profil de la future assemblée, et donc du futur gouvernement. Ou plutôt chacun pressent que cette assemblée pourrait très bien être bleue foncée à l’image du Rassemblement national. Jamais le parti d’extrême-droite n’ayant été aussi proche du pouvoir. Nul ne peut prédire ce que sera l’avenir après le 7 juillet. Macron jouera-t-il le jeu de la cohabitation ou préférera-t-il remettre en jeu son mandat de président ? et démissionner ?

Une faiblesse européenne

De manière quasi-automatique, le poids de la France va être réduit. A la fois pour des raisons psychologiques et politiques. Comment faire confiance à un président qui pourrait ne plus être en position de décider le lendemain, qui est démonétisé en quelque sorte. D’autant qu’Emmanuel Macron a commis une erreur politique notable. Trop confiant dans son aura, il a mené une campagne quasi-publique contre le renouvellement de Ursula von der Leyen, par presse interposée ou via le commissaire européen (1). Or l’Allemande — dont le parti, le PPE, a gagné quelques sièges — est bien partie aujourd’hui pour trouver les voix nécessaires au Parlement européen à sa reconduction. Et aucun candidat alternatif ne se présente vraiment.

Malheur au vaincu

Cramé, Thierry Breton va pouvoir faire ses valises (2). Un nouveau nom devra être proposé par Paris : un homme ou une femme (3). Mais quelle que soit la personnalité, au sein du futur exécutif européen, la France ne sera pas assurée de récupérer un portfolio aussi majeur (marché intérieur, électronique, défense et services) que celui détenu depuis 2019. Il va falloir choisir de façon subtile le bon secteur. D’autres pays, tels l’Italie ou la Pologne notamment, sont à la recherche d’une place plus importante.

Double solitude à Bruxelles

Cette bataille perdue se double d’un certain isolement au Conseil européen. Le Français avait déjà perdu la compagnie de son ami  luxembourgeois Xavier Bettel, il va perdre celles du Néerlandais Mark Rutte comme du Belge Alexander De Croo, sévèrement étrillé lors des élections belges et qui a présenté sa démission au Roi. Les « trois mousquetaires » libéraux sortis, la majorité au Conseil européen bascule au profit des conservateurs ou souverainistes devenus, après les démocrates-chrétiens, le second groupe en importance (lire : [Fiche-Mémo] Un Conseil européen à droite toute).

Un suicide politique ?

Autant dire que, dans un panorama déjà compliqué, l’annonce de la dissolution — qui apparait surtout guidée par une blessure d’amour-propre mal digérée — s’apparente à une faute, qui pourrait affaiblir durablement la position française. Effacées les belles propositions du discours de la Sorbonne et autres déclarations des cérémonies du débarquement aux côtés de l’Américain Joe Biden ou de l’Ukrainien Volodymyr Zelensky. Ce véritable coup de poker, sauf réussite peu évidente, pourrait apparaitre alors comme un véritable suicide politique.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Jamais en retard d’adresser une pique, par média interposé à la présidente de la Commission, Thierry Breton l’avait ouvertement critiqué, en mars dernier, sur twitter : « Est-il possible de (re)confier la gestion de l’Europe au PPE pour 5 ans de plus, soit 25 ans d’affilée? (quand) le PPE lui-même ne semble pas croire en sa candidate ». La presse a aussi été mobilisée par l’Élysée pour indiquer combien il serait difficile à l’Allemande d’avoir une majorité au Parlement ou imposer une alternative type Mario Draghi.
  2. On voit mal en effet von der Leyen s’accommoder, à nouveau, durant cinq ans, de cette compagnie.
  3. Par Emmanuel Macron ou encore avec le nouveau gouvernement issu des urnes.

[En bref] Un cargo atteint par un missile en mer Rouge

Sun, 09/06/2024 - 22:34

(B2) Le cargo, battant pavillon d’Antigua-et-Barbuda, a été touché par un missile en mer Rouge par un missile au large du Yémen, sud-est d’Aden, à 11°45 Est et 044°17 Est. Atteint à l’arrière, un incendie s’est vite déclaré, mais a été neutralisé. Aucun blessé à signaler

(Nicolas Gros-Verheyde)

[Avant-Propos] Défense européenne. Un changement de paradigme est nécessaire (Josep Borrell)

Wed, 29/05/2024 - 15:30

(B2) Beaucoup a été fait déjà ces dernières années dans le sens d’un sursaut européen en matière de défense, mais il reste encore beaucoup plus à faire pour répondre aux menaces auxquelles nous sommes confrontés dans un environnement géopolitique qui se dégrade rapidement. Un bond en avant en matière de défense nécessite un changement des mentalités.

Le haut représentant de l’Union pour la politique étrangère et de sécurité commune, Josep Borrell, signe ainsi une préface, fort intéressante, à notre ouvrage sur la défense européenne à l’heure de la guerre en Ukraine qui parait dans quelques jours

Le retour des “vieilles” guerres conventionnelles

« En 2019, lorsque j’ai pris mes fonctions de Haut représentant, j’avais expliqué que l’Europe devait apprendre à « parler le langage de la puissance ». J’étais déjà convaincu à l’époque que la sécurité devait devenir une priorité majeure pour l’Union. Je n’imaginais cependant pas l’ampleur des menaces qui pèseraient sur l’Europe au cours des années suivantes.

« Nous assistons à la fois au retour des “vieilles” guerres conventionnelles et à l’émergence de “nouvelles” guerres hybrides caractérisées par des cyberattaques et par l’utilisation de toutes les formes d’interaction au service du rapport de force, qu’il s’agisse du commerce, des investissements, de la finance, de l’information ou encore des migrations.

Une menace existentielle pour l’Union

« À l’heure où l’implication américaine dans la défense de l’Europe devient moins certaine à terme, la guerre d’agression russe contre l’Ukraine constitue une menace existentielle pour l’Union. Si Poutine parvenait à détruire l’indépendance de l’Ukraine, il ne s’arrêterait pas là. S’il l’emportait, le signal serait désastreux quant à notre capacité à défendre ce en quoi nous croyons.

« Cette profonde détérioration de notre environnement géopolitique implique un changement de paradigme pour l’Union européenne. Notre Union s’est construite en effet jusque-là autour du marché intérieur et de l’économie. Cela a permis d’apporter la paix aux peuples européens après les deux guerres dévastatrices du XXème siècle. Mais nous avons, du coup, délégué trop longtemps notre sécurité extérieure aux États-Unis. Après la chute du mur de Berlin, nous avons même organisé ce qu’on peut qualifier de « désarmement silencieux » de l’Europe.

Un saut à la fois quantitatif et qualitatif à réaliser d’urgence

« Pour corriger le tir, nous devons maintenant réaliser d’urgence un saut à la fois quantitatif et qualitatif en matière tant de défense que d’industrie de défense. Nous avons commencé à prendre ce tournant en nous appuyant sur la Boussole stratégique adoptée il y a deux ans, le premier livre blanc sur la défense européenne endossé par les leaders de l’Union. Cette analyse partagée des menaces était associée à 80 actions concrètes assorties d’échéances précises qui continuent de guider notre action. Mais beaucoup reste à faire.

Des tabous bousculés

« Comme le souligne cet ouvrage, la guerre d’agression russe contre l’Ukraine nous a déjà poussé à bousculer des tabous, notamment en apportant pour la première fois une aide militaire à un pays en guerre.

« En 2021, nous avions créé la Facilité européenne pour la paix (FEP), un fonds intergouvernemental, pour nous permettre de fournir à nos partenaires des équipements militaires, ce qui n’était pas possible via le budget de l’UE. Nous avions commencé avec 5 milliards d’euros ; trois ans plus tard, le plafond de ce fonds s’élève désormais à 17 milliards d’euros. Bien qu’elle n’ait pas été créée à l’origine dans ce but, la Facilité a été l’épine dorsale de notre soutien militaire à l’Ukraine avec 6,1 milliards d’euros provenant de ce fonds utilisés pour inciter les États membres de l’UE à soutenir l’Ukraine. Avec ses États membres, l’UE a fourni ainsi 32 milliards d’euros de soutien militaire à l’Ukraine depuis le début de la guerre. Et ce chiffre augmente chaque jour.

« Grâce à la plus grosse mission militaire de l’histoire de l’UE, EUMAM Ukraine, lancée en novembre 2022, nous aurons notamment formé 60 000 soldats ukrainiens d’ici l’été 2024. Et d’ici la fin de l’année, nous aurons fait don de plus d’un million d’obus d’artillerie à l’Ukraine. L’industrie européenne de la défense, qui augmente constamment ses capacités de production (1.4 million d’obus par an fin 2024 et 2 millions en 2025), lui fournit en outre 400 000 obus dans le cadre de contrats commerciaux. L’initiative tchèque visant à acheter des munitions en dehors de l’UE vient s’ajouter à ces efforts.

Un effort supplémentaire nécessaire

« Cependant, dans un contexte où le soutien américain est devenu plus incertain, cela reste insuffisant. Nous devons augmenter à la fois nos capacités de production et les ressources financières consacrées au soutien de l’Ukraine. C’est pourquoi, lors du Conseil des affaires étrangères de mars, nous avons créé un nouveau fonds spécifique d’assistance à l’Ukraine au sein de la FEP, doté de 5 milliards d’euros, afin de pouvoir continuer à soutenir l’Ukraine sur le plan militaire dans la durée. J’ai également proposé au Conseil de réorienter 90 % des recettes provenant des actifs russes immobilisés vers la FEP, afin d’accroître notre capacité financière pour soutenir militairement l’Ukraine.

Assumer notre responsabilité stratégique

« Mais c’est aussi chez nous que nous devons répondre à des défis pressants. Nous devons en effet assumer désormais notre responsabilité stratégique en devenant capables de défendre l’Europe par nous-mêmes, et construire pour cela un pilier européen fort au sein de l’OTAN. Nous devons effectuer ce bond en avant dans un laps de temps très court.

« Non pas parce que nous aurions l’intention de faire la guerre, mais au contraire, pour pouvoir l’éviter en nous dotant des moyens à la fois de dissuader de manière crédible tout agresseur potentiel et de continuer à soutenir l’Ukraine au niveau indispensable pendant tout le temps nécessaire.

Pas une armée européenne, mais investir

« Cela ne signifie pas que nous serions sur le point de créer une armée européenne. La défense est et restera dans un avenir prévisible une compétence exclusive de nos États membres. Il s’agit d’abord d’investir davantage dans la défense au niveau national. En 2023, nous avons dépensé en moyenne 1,7 % de notre PIB pour la défense, ce pourcentage doit passer à plus de 2 %. Nous n’avons pas le choix si l’on considère l’ampleur des besoins tant pour soutenir l’Ukraine que pour permettre à nos États membres de reconstituer leurs stocks et d’acquérir les nouveaux équipements indispensables. Mais, surtout, il s’agit de dépenser ensemble pour combler les lacunes, éviter les doublons et accroître l’interopérabilité de nos équipements. Seuls 18 % des achats d’équipements par nos armées sont actuellement effectués en coopération. Alors que nous nous étions fixé en 2007, il y a 17 ans, un objectif de 35 %. Nous devons également faire faire un bond en avant à notre industrie de défense. Depuis le début de la guerre contre l’Ukraine, les armées européennes ont acheté 78 % de leurs nouveaux équipements en dehors de l’UE.

Avoir une industrie européenne de défense autonome

« Nous devons nous doter d’une industrie européenne de défense capable de répondre à nos propres besoins. Nous sommes confrontés à des défis quantitatifs mais aussi qualitatifs dans les nouvelles technologies militaires comme les drones ou l’Intelligence artificielle. Nous devons en outre développer nos capacités à répondre à des cyberattaques et à protéger nos infrastructures essentielles. L’un des principaux enseignements de la guerre contre l’Ukraine est que la supériorité technologique est essentielle. En particulier, face à un adversaire qui n’a cure des pertes humaines, y compris les siennes.

« C’est la raison pour laquelle j’ai présenté en mars, avec la Commission, la toute première stratégie industrielle européenne en matière de défense. Nous devons encourager la passation de marchés en commun, mieux garantir la sécurité de nos approvisionnements, et organiser une montée en puissance massive de cette industrie. Nous devons également rattraper notre retard en matière de nouvelles technologies militaires. Avec son pôle d’innovation, l’Agence européenne de défense continuera à jouer un rôle clé dans ces efforts.

Arrimer l’industrie ukrainienne

« Nous souhaitons également arrimer dès maintenant l’industrie ukrainienne à l’industrie de défense européenne. C’est pour cela que nous avons proposé de traiter l’Ukraine comme si elle était déjà quasiment un État membre, en lui permettant de participer à des projets d’acquisition conjointe ou de soutenir son industrie via nos instruments dédiés pour l’aider à produire davantage.

« Pour atteindre ces objectifs, nous devons investir massivement. Pour cela nous devrions modifier la politique de prêt de la Banque européenne d’investissement pour lui permettre d’investir dans le secteur de la défense et émettre une dette commune, comme nous l’avons fait avec succès pour faire face à la pandémie de Covid-19. Ces discussions n’en sont toutefois qu’à leurs débuts parmi nos États membres et il est essentiel d’obtenir l’adhésion de tous.

Un bond en avant signifie un changement des mentalités

« Ce bond en avant en matière de défense nécessite également un changement des mentalités. Des industriels de l’armement m’ont expliqué qu’ils avaient des difficultés à recruter les ingénieurs les plus brillants. De même, les investisseurs privés sont souvent dissuadés d’investir dans des entreprises du secteur de la défense. Chaque Européen doit comprendre qu’une défense efficace est la condition sine qua non de la survie de notre modèle social, environnemental et démocratique.

« Beaucoup a été fait déjà ces dernières années dans le sens d’un sursaut européen en matière de défense, mais il reste encore beaucoup plus à faire pour répondre aux menaces auxquelles nous sommes confrontés dans un environnement géopolitique qui se dégrade rapidement. »

Josep Borrell Fontelles Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et Vice-président de la Commission européenne.

[Reportage] Pour la fête de l’indépendance, les deux Géorgie se jaugent

Mon, 27/05/2024 - 22:25

(B2 à Tbilissi) Ce dimanche, 27 mai, c’était jour de la fête de l’indépendance. À Tbilissi, discours officiels, parade militaire, fête populaire et manifestations ont rythmé cette journée. Comme la rencontre de deux Géorgie, l’une ouverte sur l’Occident, l’autre plus attachée à ses traditions. Parfois les deux en même temps.

Sur la place de la Liberté, le ban et l’arrière ban du gouvernement étaient convoqués pour une longue série de discours, venant des deux principaux protagonistes du pouvoir : la présidente de la République et le gouvernement tenu par le Rêve Géorgien, qui tous deux s’opposent sur un sujet fondamental, l’Europe.

Vivre dans l’Europe

« Personne ne peut forcer la Géorgie d’aujourd’hui à vivre à nouveau avec les croyances, les dogmes et les entraves des autres, […] personne ne pourra jamais ramener la Géorgie vers le passé » a déclaré la présidente géorgienne, Salome Zurabishvili. La première « pierre angulaire de la solution », selon elle, est de sauver l’avenir européen de la Géorgie. « L’Union européenne, dans son essence et son idée, est créée pour la paix. Il n’y a pas de « parti de la guerre » en Europe », a-t-elle ajouté, faisant allusion à la propagande gouvernementale (lire aussi : [Confidentiel] La tension monte d’un cran entre Tbilissi et Bruxelles). « Aucune guerre n’a été déclenchée par l’Europe depuis sa fondation. Le véritable parti de la guerre est le seul et unique parti que nous voyons aujourd’hui dans nos territoires occupés : l’impérialisme russe. » NB : selon les propos traduit en anglais par les journalistes de Civil.ge.

Ou la tradition

Pour le Premier ministre Irakli Kobakhidze, la réalité est toute autre, plus traditionnelle. « La Géorgie s’est engagée sur ce qu’on appelle le « Chemin de Moïse », qui [la] mènera sûrement à la « Terre promise ». Une « Géorgie unie et forte avec ses frères et sœurs abkhazes et ossètes d’ici 2030, lorsque la Géorgie deviendra un membre à part entière de la famille européenne. […] Une Géorgie unie et forte, qui prendra la place qui lui revient dans la famille européenne commune avec souveraineté, dignité et valeurs. » Cette souveraineté a connu « des atteintes nombreuses, notamment ces quatre dernières années, pour la miner ».

Une parade limitée

Des discours clôturés par des chants traditionnels, l’hymne national et une parade militaire. Parade quelque peu limitée, à l’image de la limite des forces de défense géorgiennes. Quelques centaines d’hommes de l’infanterie et de la garde nationale, restés stoïques durant plus d’une heure, ont défilé devant la tribune officielle, ont fait à moitié le tour de la place, avant de se disperser. En l’air, une dizaine d’hélicoptères portant le drapeau géorgien suivis d’avions — les L39 donnés par les Tchèques — ont fermé la marche. La cérémonie officielle terminée, pouvait commencer la fête populaire.

Les activistes tenus à l’œil

Durant toute la cérémonie, la surveillance était au maximum afin que les étudiants et autres manifestants, tentés de venir troubler le bon déroulement du cérémonial, se tiennent cois. Outre les policiers en uniforme, on trouvait par groupes de trois ou quatre, tous les vingt mètres environ, des policiers en civil surveillant la population, prêts à intervenir le cas échéant. Assez reconnaissables, par leur air complètement détachés à l’égard de la cérémonie qui se déroulait, mais au contraire très attentifs à tout mouvement dans la foule. Une jeune activiste un peu trop bruyante s’est ainsi faite rapidement expulsée et amenée à l’écart par des policiers. Les quelques sifflets des opposants ne sont pas arrivées jusqu’à la tribune, hors de portée de la foule. Également couverts par la sono, puissante, mise en œuvre.

Expulsion d’une jeune activiste de la foule (© NGV / B2)

Quelques moments d’humour

Les tensions n’ont pas empêché quelques rires ou des joies. Telle cette patrouille de policiers se voulant discrets avec leur chien qui se sont faits prendre à partie par… un chien errant (nombreux à Tbilissi) aboyant et les forçant à accélérer le pas. Non sans quelques éclats de rires et applaudissement des jeunes présents sur place. Ou sitôt la cérémonie terminée, cette déclaration de mariage d’un jeune militaire qui a fait monter sa promise sur son véhicule blindé, un gros bouquet de roses rouges à la main, pour lui déclarer sa flamme. Sous les applaudissements de ses amis, sa famille et des anonymes. Applaudissements plus nourris que pour les discours officiels, écoutés patiemment, mais sans émotion réelle. Si ce n’est la claque des Jeunes du Rêve géorgien, le parti au pouvoir, qui ont rythmé certains des points du discours de leurs applaudissements, bien déclenchés sur commande, ou ont sifflé la présidente.

Les deux Géorgie

Sitôt la cérémonie terminée, s’est ouvert sur l’avenue Rustavelli, une fête plus populaire avec des stands divers et variés : barbes à papa, concours de bras de fer, bières, drapeaux, jeux pour enfants… Tout était réuni pour une fête populaire. Deux sonos puissantes installées face au Parlement géorgien ont transformé la rue en un petit dance floor, où quelques jeunes ados ou les moins jeunes se sont donnés à cœur joie. Un peu plus loin, sur l’avenue Chevarnadze, au Vake Park se rassemblent des milliers de manifestants, beaucoup de jeunes encore, pour une nouvelle marche contre la position du gouvernement sur la loi de transparence, jusqu’à la place de la Liberté, lieu de croisement de toutes les Géorgie.

Une opposition réunie et un gouvernement technique

La présidente Zourabichvili a demandé aux partis d’opposition de se réunir et signer une « Charte géorgienne », s’engageant à soutenir ses nominations pour un nouveau gouvernement technique après les élections en octobre. Objectif : faire tomber le gouvernement du Rêve géorgien et mener des réformes pro-européennes. Un vrai pari. La révolution géorgienne n’est pas terminée.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : [Analyse] Pourquoi le gouvernement géorgien prend le large de l’Europe ?

[Reportage] Contre la loi sur la transparence et les brutalités policières, les Géorgiens mobilisés… un peu

Fri, 24/05/2024 - 22:21

(B2, à Tbilissi) Une nouvelle manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes vendredi (24 mai). Le cortège parti de la place de la liberté, lieu central de Tbilissi, s’est allongé jusqu’au ministère de l’Intérieur, sévèrement gardé par les forces de maintien de l’ordre.

Avec une volonté : dénoncer la loi sur la transparence étrangère que le parti au pouvoir, Le Rêve géorgien, veut imposer. Mais aussi dénoncer la brutalité policière, les intimidations diverses que subissent les ONG ou les jeunes manifestants. Certains ont reçu des amendes importantes, équivalents à plus de deux mois de salaires.

Les jeunes, les étudiants, les professeurs, les artistes étaient nombreux dans le cortège, très bon enfant. Des sifflets pour siffler le régime. Un groupe de tambours pour rythmer la marche. Même les chiens, errants, étaient de sortie. Les manifestants étaient nombreux (on peut l’estimer à plusieurs milliers de personnes, environ 10-15.000).

Mais la manifestation n’était pas massive, même si les images photographiées (surtout la nuit) peuvent donner une impression de masse. Le cortège n’a pas ainsi atteint l’intensité des précédentes démonstrations. De fait, seule une partie de la société civile continue de s’opposer activement à la loi. Le reste vaquait à ses occupations quotidiennes d’un vendredi soir. C’est sans doute le pari du pouvoir : miser sur l’usure et minoriser le mouvement

Tout le long du cortège, peu de présence de la police. Les quelque policiers en uniforme, au besoin avec des véhicules, étaient davantage là, pour fluidifier la circulation nombreuse à cette heure de pointe dans la capitale géorgienne. Il ne faut pas s’y tromper cependant. De nombreux policiers, en civil, un peu reconnaissables tout de même…, suivaient et surveillaient de près les manifestants.

Nombre de manifestants arboraient drapeaux et signes géorgiens, certains quelques drapeaux européens, mais surtout nombre de drapeaux des USA ont fait leur apparition. Une manière pour les manifestants de célébrer la mise en place annoncée de sanctions par le secrétaire d’État US, Anthony Blinken.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Une

[Actualité] Le cargo suisse pris par les pirates entre Somalie et Seychelles a été libéré

Fri, 24/05/2024 - 12:20

(B2) Le cargo Basilisk, attaqué par des pirates dans le bassin somalien, jeudi 23 mai, a été très vite retrouvé la liberté de ses mouvements. L’intervention d’un navire européen a accéléré le processus.

Battant pavillon libérien, et propriété d’une compagnie suisse, le navire marchand a été attaqué par un groupe de pirates, répartis dans deux skiffs. L’incident a eu lieu à environ 380 milles marins à l’est de Mogadiscio, en Somalie, très exactement à 01°16 Sud et 051°07 Est, entre la côte somalienne et les Seychelles, alors que le Basilisk remontait vers le nord, vers Jebel Alil, aux Émirats arabes unis.

Un des navires de guerre de l’opération européenne EUNAVFOR Atalanta, à proximité, s’est rapproché très vite, prêt à réagir au besoin. La frégate espagnole Canarias, de retour des Seychelles (lire : les six pirates arrêtés remis aux Seychelles) est arrivé sur zone jeudi soir. Les militaires sont montés à bord, de nuit, se laissant glisser le long de cordes depuis l’hélicoptère (selon la technique fast-rope). Les pirates avaient déjà quitté le bord avant leur arrivée, ont confirmé des sources maritimes à B2.

L’équipage est libre, sain et sauf. À une exception. « Lors de l’attaque des pirates, un des membres de l’équipage a été blessé. Il est dans un état stable et a reçu des soins médicaux à bord par l’équipe médicale de bord », indique l’opération. Propriété d’un armateur suisse, localisé à Berne, le navire est géré par une société allemande, Minmarine Shipmanagement. Il venait de Mindelo, au Cap Vert.

(Nicolas Gros-Verheyde)

[Actualité] Au moins deux groupes pirates déployés dans l’Ouest de l’Océan indien, alerte Atalanta

Mon, 20/05/2024 - 08:18

(B2) Plusieurs attaques de pirates, parfois couronnées de succès, se sont succédé dans l’Océan indien et au large de la Somalie depuis six mois. Et le risque pourrait augmenter dans les mois qui suivent avertissent les responsables de l’opération maritime européenne anti-piraterie.

La fin de la période des moussons = risque redoublé d’attaque

Depuis fin novembre 2023, de multiples incidents de piraterie et de détournements ont eu lieu dans le bassin somalien. Récemment, il y a eu une « augmentation notable des événements signalés ». Et les attaques de piraterie au large des côtes somaliennes pourraient connaitre une embellie avec l’amélioration de la météo. La « fin de la période de mousson pourrait faciliter davantage les activités de piraterie dans la région » avertit le dernier bulletin maritime d’analyse des menaces de l’opération européenne EUNAVFOR Atalanta.

Un risque sérieux

La possibilité d’attaques dans le Golfe d’Aden « ne peut être écartée, principalement dans la partie Est », indique ce bulletin maritime. La menace est aujourd’hui considérée comme « modérée ». Mais elle doit être très sérieusement prise en compte par les navires marchands qui doivent redoubler d’attention dans l’Océan indien et le golfe d’Aden « en particulier ceux se trouvant à moins de 700 milles marins de la côte somalienne ».

Au moins deux groupes pirates

Au moins deux groupes d’action pirates (PAG) sont en ce moment à l’œuvre au large des côtes somaliennes, dans la zone autour de l’île de Socotra (Yémen) et à 500 milles nautiques à l’est de cette île dans la mer d’Arabie. Un boutre iranien, le Al Fajr 2, a été attaqué le 13 mai ; les pirates prenant du carburant et des marchandises avant de fuir la zone en libérant le boutre. Or, il y a souvent des « attaques notables contre des navires marchands dans les douze jours qui suivent les rapports de détournements de boutres ».

Six à sept boutres aux mains des pirates

Ils disposent d’un certain nombre de boutres (ou dhows), qui peuvent leur servir de bateaux-mères. Au moins « 18 boutres en effet ont été détournés ». Certains ont été libérés. Mais « six à sept d’entre eux pourraient encore être entre les mains des pirates ». Les informations sur ces navires sont parcellaires.

Plusieurs camps pirates sur la côte somalienne

L’opération dispose aussi d’informations plus précises en revanche sur les bases pirates en Somalie. Plusieurs camps possibles ont ainsi été identifiés sur les côtes somaliennes « entre Xaafuun et le village de Garacad, avec un point chaud au nord d’Eyl ». Là où le MV Ruen et le MV Abdullah piratés ont été « retenus au mouillage depuis plusieurs semaines ».

Le mode opératoire des pirates

La stratégie typique des pirates implique la saisie et le détournement d’un boutre, qui est ensuite utilisé comme navire-mère. Celui-ci « se fonde ensuite dans le trafic habituel et déploie des skiffs », chacun transportant plusieurs individus armés, doté de moteurs souvent assez puissants. Cette tactique — bateau-mère + skiffs — permet d’attaquer les navires jusqu’à des distances parfois très éloignées des côtes somaliennes. Ils peuvent ainsi « naviguer jusqu’à 600 milles marins ou plus, au large de la côte est de la Somalie ».

Sans réponse ferme d’un navire, les pirates passent à l’assaut

« Si le navire ciblé ne peut pas repousser l’attaque, les pirates peuvent choisir de monter à bord du navire » avertissent les militaires européens. « Une fois qu’un navire est saisi, il est très probablement emmené sur la côte somalienne et y est retenu pendant les négociations pour obtenir une rançon. »

Attention aux rançons, un cercle vicieux peut se créer

Le récent détournement du MV Abdullah s’est ainsi terminé par la libération du navire contre une rançon. Le paiement de rançons pourrait « créer une nouvelle vague de détournements de boutres qui, à leur tour, créeraient de futures attaques de skiffs sur des navires marchands », avertit Atalanta. Le risque d’un nouveau cercle vicieux permettant la renaissance d’une piraterie bien active est donc à prendre au sérieux.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Au bilan, plusieurs attaques ces derniers mois

Trois navires marchands ont été attaqués, dont l’un est resté sous contrôle pirate pendant près d’un mois : le MV Abdullah, capturé le 12 mars, n’a été libéré que le 14 avril. Trois autres navires ont signalé des approches suspectes autour de Socotra et à l’est de l’île en mer d’Arabie.

Une attaque de piraterie a échoué, le 10 mai, contre le Chrystal Arctic, à 100 nautiques au nord de Bossaso (lire : [Actualité] Une attaque pirate au large de la Somalie échoue. Pirates blessés et arrêtés v3).

Un porte-containers, le MV Propel Progress, battant pavillon panaméen, a signalé une approche suspecte, lundi (13 mai), près des côtes somaliennes, au sud-est de Mogadiscio. NB : il est arrivé sain et sauf à Kismayo en Somalie le 15 mai.

[Actualité] Bilan des trois premiers mois de l’opération Aspides en mer Rouge

Sun, 19/05/2024 - 17:55

(B2) L’opération maritime européenne entre mer Rouge et golfe d’Aden, vient de publier son bilan au bout de trois mois d’action contre les missiles et drones des Houthis yéménites.

En tout, plus de 120 navires marchands de toutes sortes (porte-containers, cargos, tankers) ont été protégés lors du passage du détroit de Bab-el-Mandeb. Douze drones aériens (UAV) et un drone maritime de surface (USV) ont été détruits. Et quatre missiles balistiques ont été interceptés.

La dernière attaque a été contrée, le 6 mai, par la frégate italienne ITS Fasan. Alors qu’elle assurait la protection rapprochée d’un navire marchand dans le golfe d’Aden, elle a repoussé les attaques de drones des Houthis au Yémen et abattu un drone, au sud-est d’Aden (Yémen), à 11°40 nautiques Nord et 045°44 Est.

L’opération EUNAVFOR Aspides compte près de 1000 marins et officiers, répartis dans cinq navires :

— Le navire néerlandais de soutien et de ravitaillement HNLMS Karel Doorman (A-833), vient d’arriver sur zone, il y a quelques jours, après un passage par la base maritime de l’OTAN en Grèce, à Souda, pour escale et entraînement. Le retard aura été finalement plus léger qu’annoncé (lire : [Actualité] Relève en mer Rouge pour l’opération Aspides). Il vient s’ajouter aux quatre frégates déjà présentes.

— la frégate italienne ITS Virginio Fasan (F-591), une frégate multi-missions de type FREMM, qui sert de navire amiral ;

— la frégate française Lorraine (D-657), également frégate multi-missions de type FREMM ;

— la frégate grecque Hydra (F-452), sur place depuis le début de l’opération ;

— la frégate belge Louise-Marie (F-931).

Les Houthis maintiennent cependant un rythme assez régulier d’attaque. La dernière en date ayant touché, de façon assez divine, un pétrolier grec transportant du brut de Russie vers la Chine (lire : [Actualité] Un pétrolier grec venant de Russie atteint par un missile des Houthis).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

[Actualité] Un pétrolier grec venant de Russie atteint par un missile des Houthis

Sat, 18/05/2024 - 18:25

(B2) Les Houthis ont atteint un pétrolier grec, battant pavillon panaméen, samedi (18 mai).

Le MT Wind a été atteint en mer Rouge vers 1 heure du matin (heure de Sanaa) par un missile balistique anti-navire (ASBM), à 7§ nautiques au nord-ouest de Al Houdeidah (Yémen). L’impact du missile a provoqué des inondations qui ont entraîné une perte de propulsion et de direction.

Un navire de la coalition a immédiatement répondu à l’appel de détresse du tanker, mais aucune assistance n’a été nécessaire, indique le commandement central US (USCENTCOM). L’équipage a pu rétablir la propulsion et la direction, et aucune victime n’a été signalée. Le MT Wind a ensuite repris sa route par ses propres moyens.

Le navire atteint est géré par une société grecque (SR navigation) et propriété d’une compagnie grecque (Longitude Maritime Cie). Mais il a récemment accosté en Russie à destination de la Chine. En clair, il pourrait s’agir de livraison de pétrole russe, qui ne soit pas tout à fait conforme aux règles de l’embargo occidental.

Cette attaque prouve que malgré les efforts des forces coalisées, les missiles ou drones houthis arrivent à passer les lignes de protection… du moins quand ils visent du pétrole russe. Les forces américaines ont détruit, entre le 10 et le 13 mai, un missile et cinq drones envoyés par les Houthis, en mer Rouge et dans le Golfe d’Aden.

(Nicolas Gros-Verheyde)

[Actualité] Les six pirates arrêtés remis aux Seychelles

Thu, 16/05/2024 - 09:05

(B2) Les militaires européens ont remis, mardi soir (14 mai), les six pirates impliqués dans l’attaque du Chrystal Arctic aux autorités des Seychelles

Remise effectuée dans le cadre de l’accord juridique que l’Union européenne a conclu avec les Seychelles en 2009 (lire : Les accords Ue avec les Seychelles signés).

Le QG d‘opération Eunavfor ATALANTA, situé à La Rota, a confirmé mercredi (15 mai), la remise aux autorités des Seychelles des six pirates présumés qui ont mené l’attaque contre le navire marchand battant pavillon des Îles Marshall, Chrystal Arctic, le 10 mai (lire : [Actualité] Une attaque pirate au large de la Somalie échoue. Pirates blessés et arrêtés). 

Des faits incriminés, documentés

Avant cela, une commission composée du ministre de l’Intérieur des Seychelles, d’un représentant du centre national de coordination du partage d’informations et de membres de la police seychelloise ainsi que de trois représentants de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), est montée à bord de la frégate espagnole Canarias, pour un point d’information. Ils ont « été informés des circonstances de l’affaire » et des différents faits collectés par les militaires européens sur place. Les six prévenus sont désormais en détention et en attente de jugement. L’ambassade de l’UE à l’ïle Maurice (qui assure la représentation européenne aux Seychelles) a également contribué à la coordination avec les autorités seychelloises.

Un accord conclu il y a près de quinze ans

Cette remise s’inscrit dans un accord juridique, toujours en vigueur, conclu par l’Union européenne, avec les Seychelles, en 2009, qui permet de juger les pirates présumés arrêtés par les navires de guerre qui participent à l’opération EUNAVFOR Atalanta (lire : l’accord provisoire de transfert). Peu importe la nationalité du navire

Un acte de dissuasion

C’est un des points essentiels de l’action européenne contre les pirates. Les Européens ont en effet tenu, dès le début, à se doter d’un cadre juridique performant, permettant non seulement d’arrêter les pirates, mais aussi de pouvoir les poursuivre en justice, « conformément au droit international ». Puis, les condamner ensuite à une peine de détention, graduée, selon leur implication dans l’acte. Ce qui a participé, sans nul doute, à la « dissuasion » des actes de piraterie.

Seychelles, pays volontaire

En tout, entre 2008 et 2012, plus de 2000 suspects ont ainsi été arrêtés par les différentes forces présentes dans la zone (européennes, régionales, autres pays), selon notre base de données. Plus de la moitié (environ 1000) ont été poursuivis en justice, soit en Somalie, soit dans les pays européens ou occidentaux, soit dans des pays partenaires (Seychelles, ile Maurice, Kenya, Tanzanie). Les Seychelles ont été un des pays tiers les plus actifs dans ce processus, avec le Kenya, traitant ainsi une centaine de pirates. En échange, la petite île de l’Océan indien, a reçu une aide notable européenne, notamment en termes financiers, afin d’agrandir et mettre aux standards européens la prison locale.

(Nicolas Gros-Verheyde)

[Avant-Propos] Notre responsabilité stratégique – Our strategic responsibility (Ursula von der Leyen)

Sun, 12/05/2024 - 17:55

(B2) Dans une introduction à notre ouvrage sur la défense européenne à l’heure de la guerre en Ukraine, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tenu à avertir : il ne faut pas relâcher les efforts face à la « Ligue des autoritaires », qui rassemble Russie, Chine et Iran.

traduction assurée par B2 (texte original en anglais au-dessous). Titre et intertitres sont de la rédaction

L’intervention russe de 2022 a brisé nos illusions

Dans la première moitié de cette décennie, de nombreuses illusions ont été brisées en Europe. L’illusion que la paix sur notre continent a été réalisée une fois pour toutes. L’illusion selon laquelle la prospérité pourrait être plus importante pour Poutine que la guerre et ses rêves délirants d’empire. L’illusion selon laquelle l’Europe, à elle seule, en faisait assez en matière de sécurité qu’elle soit économique ou militaire, conventionnelle ou cybernétique. Aujourd’hui, il n’y a plus de temps pour les illusions. Poutine a dilapidé les dividendes de la paix pour préparer sa guerre contre l’Ukraine. Au final, le monde est plus dangereux qu’il ne l’a été depuis des générations. L’Europe doit se lever pour faire face à cette réalité.

Une nouvelle ligue d’autoritaires en constitution

La seconde moitié de la décennie sera probablement encore plus sujette aux conflits. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine va encore plus bouleverser la géopolitique. Le niveau de la coordination stratégique entre la Russie et la Chine augmente. Et cela s’accompagne d’une coopération plus étroite avec la Corée du Nord et l’Iran. C’est une nouvelle ligue d’autoritaires. Dans le même temps, nous et nos partenaires du monde entier sommes confrontés à de multiples épreuves. Avec les conflits en Europe et au Moyen- Orient et les tensions vives en Extrême-Orient, même une grande base industrielle de défense – comme celle des États-Unis – peut être confrontée à des défis. Quel que soit le prochain président américain, nous devrions tenir pour acquis le niveau actuel d’engagement américain dans notre région.

Soutenir Kiev : un intérêt stratégique pour les Européens

Les conséquences pour l’Europe sont claires. Il est dans notre intérêt stratégique de soutenir Kiev dans cette guerre, aussi longtemps qu’il le faudra. L’Ukraine est un futur membre de notre Union. Sa frontière avec la Russie sera la frontière de notre Union. Sa capacité à dissuader une future attaque russe contribuera à notre sécurité. Plus largement, nous sommes déjà appelés à jouer un rôle plus important dans notre région et au-delà. Je pense par exemple à l’opération navale de l’Union dans l’océan Indien et en mer Rouge, l’opération Aspides, visant à protéger les routes commerciales mondiales vitales et nos chaînes d’approvisionnement contre les terroristes houthis soutenus par l’Iran. Tout cela crée un nouveau type de responsabilité pour notre Union, que j’appelle responsabilité stratégique.

Agir de manière plus coordonnée, une nécessité

Nous, Européens, devons être sur nos gardes. Cela signifie que les États membres et les États membres doivent agir de manière coordonnée. La responsabilité stratégique appelle également une contribution européenne plus forte au sein et à l’OTAN. Depuis le début de la guerre d’agression à grande échelle de la Russie, l’idée de responsabilité stratégique a guidé notre travail en matière de défense. Comme le montre ce livre (lire : La défense européenne à l’heure de la guerre en Ukraine. Des tabous tombent ?), de nombreux tabous sont tombés. Pour la première fois, l’Europe apporte une assistance militaire à un pays attaqué. Pour la première fois, nous entraînons des troupes impliquées dans une guerre interétatique européenne. Pour la première fois, nous mobilisons l’industrie de défense européenne pour soutenir l’effort de guerre d’un pays. Par exemple, avec notre nouvelle loi de soutien à la production de munitions, nous avons contribué à quadrupler la capacité de production européenne de munitions. Et nous étendons désormais une approche similaire à d’autres lignes d’approvisionnement industrielles critiques. Nous demandons à notre industrie de défense de passer en mode guerre, afin que le reste de l’Europe n’ait pas à le faire.

Investir en Européens, une obligation

Avant la guerre, en 2021, nos États membres dépensaient 214 milliards d’euros pour la défense. En 2024, cela atteindra près de 300 milliards d’euros. Mais comment cet argent est-il dépensé ? L’année dernière, près de 80 % d’entre eux sont allés hors de l’UE. Ce n’est tout simplement pas durable. L’argent de nos contribuables devrait être utilisé pour améliorer notre propre compétitivité et créer davantage d’emplois ici même en Europe. Nous avons besoin d’une nouvelle mentalité européenne de la part de l’UE, mais aussi de la part de l’industrie et des investisseurs. Pour persuader nos États membres d’acheter en Europe, nous avons besoin que l’industrie européenne de la défense intensifie ses efforts. Cela signifie que nous devons établir des chaînes d’approvisionnement robustes et fiables en cas de crise. Afin qu’une demande croissante puisse être satisfaite par une offre croissante de capacités de défense fabriquées en Europe.

Un nouvel état d’esprit pour notre industrie de défense

Nous avons également besoin d’un nouvel état d’esprit au-delà de notre industrie de défense. Après la Seconde Guerre mondiale, l’intégration européenne a commencé comme un projet de paix, mais aussi comme un projet de sécurité. Sa genèse industrielle, avec le charbon et l’acier, avait une dimension sécuritaire centrale. Au fil des décennies, cette dimension sécuritaire n’a cessé de croître – car la paix exige la sécurité. La plupart des politiques de notre Union ont des implications directes en matière de sécurité : du commerce à la recherche, de l’énergie aux communications. En période de menaces sans précédent, nous devons recentrer notre attention sur la dimension sécuritaire de tout ce que nous faisons. Nous devons une fois de plus penser notre Union comme, intrinsèquement, un projet de sécurité. C’est le véritable changement de paradigme dont l’Europe a encore besoin, vers une véritable Union européenne de la défense.

(Ursula von der Leyen)

Présidente de la Commission européenne

(texte original)

In the first half of this decade, many illusions have been shattered in Europe. The illusion that peace in our continent was achieved once and for all. The illusion that prosperity might matter more to Putin than war and his delusional dreams of empire. The illusion that Europe on its own was doing enough on security – be it economic or military, conventional or cyber. Today there is no time for any more illusions. Putin squandered the peace dividend to prepare for his war against Ukraine. As a result, the world is more dangerous than it has been for generations. Europe must rise to meet this reality.

The second half of the decade will likely be even more conflict-prone. Russia’s war against Ukraine has put geopolitics further into flux. There is a growing level of strategic coordination between Russia and China. And it is coupled with stronger cooperation with North Korea and Iran. It is a new league of authoritarians. At the same time, we and our partners across the globe face multiple tests. With conflict in both Europe and the Middle East, and tensions running high in the Far East, even a large defence industrial base – like that of the US – can face challenges. Whoever the next US President will be, we should take for granted the current level of US engagement in our region.

The consequences for Europe are clear. It is in our strategic interest to support Kyiv in this war, for as long as it takes. Ukraine is a future member of our Union. Its border with Russia will be our Union’s border. Its capacity to deter a future Russian attack will contribute to our security. More broadly, we are already being called to play a stronger role in our region and beyond. I think for instance of the Union’s naval operation in the Red Sea and the Indian Ocean, Operation Aspides, to protect vital global trade routes and our supply chains from Iran-backed Houthi terrorists. All of this creates a new kind of responsibility for our Union – which I call strategic responsibility.

We Europeans must be on guard. This means for Member States and Member States to step up coordinated. Strategic responsibility also calls for a stronger European contribution within and to NATO. Since the beginning of Russia’s full-scale war of aggression, the idea of strategic responsibility has driven our work on defence. As this book shows, many taboos have fallen. For the first time ever, Europe is giving military assistance to a country under attack. For the first time ever, we are training troops involved in an inter-state European war. For the first time ever, we are mobilising Europe’s defence industry to sustain a country’s war effort. For instance, with our new Act to Support Ammunition Production, we have contributed to quadrupling Europe’s production capacity for ammunition. And we are now extending a similar approach to other critical industrial supply lines, too. We are asking our defence industry to switch to war-time mode, so that the rest of Europe doesn’t have to.

Before the war, in 2021, our Member States spent €214 billion on defence. In 2024, that will rise to almost €300 billion. But how is this money being spent? Last year, almost 80% went outside the EU. This is simply not sustainable. Our taxpayers’ money should be used to improve our own competitiveness, and to create more jobs right here in Europe. We need a new European mind-set from the EU, but also from industry and investors. To persuade our Member States to buy in Europe, we need the European defence industry to step up. This means that we must establish robust supply chains that can be trusted in crisis. So that a rising demand can be met by a rising supply of made-in-Europe defence capabilities.

We also need a new mind-set beyond our defence industry. After World War Two, European integration started as a peace project, but also as a security project. Its industrial genesis, with coal and steel, had a central security dimension. Through the decades, this security dimension has continued to grow – because peace requires security. Most of our Union’s policies have direct security implications: from trade to research, from energy to communications. At times of unprecedented threats, we must refocus our attention on the security dimension of everything we do. We must once again think about our Union as, intrinsically, a security project. This is the true change of paradigm that Europe still needs, towards a true European Defence Union.

Ursula von der Leyen
President of the European Commission

[Actualité] Une attaque pirate au large de la Somalie échoue. Plusieurs pirates blessés

Fri, 10/05/2024 - 18:30

(B2) Le Chrystal Arctic, un tanker battant pavillon des Îles Marshall, a été attaqué par un groupe pirates vendredi (10 mai), au large de la Somalie.

L'incident s'est produit à 100 nautiques au nord de Bossaso (Somalie). Les pirates ont tenté de monter à bord du navire à l'aide d'échelle. L'équipe privée de sécurité de bord a réagi avec des tirs. Plusieurs des assaillants ont été blessés. Une des frégates de l'opération européenne Atalanta, se trouvant à proximité, a pris en charge les six pirates présumés », précise le QG d'Atalanta. Leur dhow menaçant de couler. Certains des pirates souffrant de plusieurs blessures, certaines graves, ont été pris en charge par les militaires européens. C'est la première fois depuis des années que des pirates sont arrêtés par les forces européennes. Une enquête a été diligentée, menée par les forces d'Atalanta.

(Nicolas Gros-Verheyde)

[En bref] La réserve d’EUFOR Althea déployée en Bosnie-Herzégovine

Fri, 10/05/2024 - 09:49

(B2) Depuis le 22 avril, le bataillon multinational de la Strategic Reserve Force est déployé à Orasje (nord de la Bosnie-Herzégovine).

Des patrouilles dans les villages et des entraînements

Formés d'éléments français, roumains et italiens, ils vont patrouiller durant plusieurs semaines, à bord de véhicules blindés légers (VBL), en zone urbaine et dans les campagnes. Cet exercice a deux objectifs officiellement : premièrement, « aller à la rencontre de la population locale pour expliquer les missions de EUFOR », deuxièmement : effectuer avec l’armée de Bosnie-Herzégovine des exercices en commun, de tirs notamment.

Préserver la stabilité dans les Balkans

Au-delà de ces objectifs assez banaux en soi, ce déploiement exceptionnel a surtout une vertu stratégique : rappeler la présence militaire européenne de stabilisation du pays pour éviter les tentations sécessionnistes surtout du côté de la Republika Sprska. La décision avait été prise par les ministres des Affaires étrangères des 27, lors d'une réunion d'urgence, le 25 février 2022, au lendemain de la décision russe d'intervenir militairement en Ukraine. À titre de précaution. « Nous allons assister à des provocations dans les Balkans », avait averti le haut représentant de l'UE, Josep Borrell, qui présidait la réunion.

(Nicolas Gros-Verheyde)

[Actualité] Relève en mer Rouge pour l’opération Aspides

Mon, 06/05/2024 - 07:47

(B2à La frégate belge Louise-Marie a enfin rejoint l'opération européenne déployée en mer Rouge samedi (4 mai). Le QG de l'opération Aspides vient de le confirmer. Ce qui permet de disposer d'au moins trois navires sur zone. Ce qui n'était plus le cas depuis plusieurs semaines après le départ des frégates française et allemande. 

Une arrivée quelque peu retardée.

Partie le 10 mars de Zeebruge, la frégate belge aura mis quelque temps à rejoindre sa zone d'opération. Avant l'engagement même, l'équipage et la frégate étaient restés en Méditerranée pour s'entraîner. Mais début avril, l'état-major indiquer que la période d'entrainement serait prolongée. « Les entraînements et tests techniques n'ont pas donné entière satisfaction » indiquait-il dans un communiqué adressé à l'agence Belga. « Les manquements identifiés font actuellement l'objet d'analyse et de mesures correctives seront prisent en vue de l'engagement de la frégate vers sa zone d'opération ». Les anomalies étant résolues, au bout de plusieurs longues semaines, la frégate est entièrement opérationnelle.

Pas d'hélico à bord

Malgré la possibilité pour la frégate d'accueillir un hélicoptère, celle-ci n'en sera pas dotée.  n'est normalement pas dotée d'un hélicoptère. « Après une analyse approfondie, il a été décidé que le déploiement d'un NH90 à bord de la frégate Louise- Marie n'était pas nécessaire » selon la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, répondant à une séance de questions réponses à la Chambre. La marine belge dispose d'un seul hélicoptère NH90 en service ! La frégate sera en revanche dotée d'un dispositif anti-drones. « Des systèmes de défense supplémentaires contre les aéronefs et les appareils de surface de petite taille et sans pilote ont été acquis en collaboration avec les Pays-Bas » indique la ministre

Deux frégates FREMM, italienne et française

Le navire italien ITS Caio Duilio, navire amiral de l'opération a été relayé par la frégate ITS Virginio Fasan (F591). Tandis que la frégate française Lorraine vient remplacer la frégate française Alsace, rentrée un peu plus tôt que prévu à Toulon, début avril, faute de munitions. Deux frégates sœurs de type FREMM, frégates multi-missions, Le navire néerlandais, le Karel Doorman, qui doit arriver début mai, assurera le soutien et le ravitaillement des navires européens engagés dans Aspides comme des navires américains ou britanniques de l'opération Prosperity Guardian (lire : [Actualité] Les Pays-Bas vont déployer un navire logistique en mer Rouge en soutien à l’opération Aspides).

Pas de frégate allemande

La frégate allemande Hessen présente dans l'opération depuis février a terminé sa mission le 20 avril dernier. Mais n'a pas été remplacée immédiatement. Une nouvelle frégate allemande, le Hamburg, va prendr le relais dans l’opération Aspides. Mais uniquement à partir de début août.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

[A lire] La défense européenne à l’heure de la guerre d’Ukraine. Des tabous tombent

Sun, 05/05/2024 - 09:40
(B2) Le 24 février 2022 restera dans les mémoires. Un moment clé de l'histoire européenne qui a engendré nombre de changements. Pour saisir ce qui s'est passé, avant et après, comment s'est adaptée du temps de la quiétude au temps de l'inquiétude. Récit.

Une date clé pour l'histoire européenne

L'intervention militaire massive russe le 24 février 2022 en Ukraine est un choc pour la défense et pour l'Union européenne. Incontestablement, il y aura un avant « 24 février » et un après « 24 février ».Non sans surprise pour certains peu connaisseurs de l'esprit national ukrainien, Kiev résiste face aux troupes russes. Et l'Europe se range, en bloc, derrière la bannière bleue et jaune de l'Ukraine. De façon unie, solidaire, et sans barguigner.

Une petite révolution

Un à un, les tabous tombent. Les Européens décident de réinvestir dans la défense. Ensemble, ils fournissent un soutien militaire et financier conséquent à l’Ukraine et mettent en place un dispositif inégalé de sanctions. La défense devient une priorité. La Russie, hier partenaire, devient adversaire.

Des instruments transformés

Cet ouvrage de 250 pages est conçu selon la méthode habituelle de B2 : lisible par tous, précis, sourcé et annoté. Il parcourt quelques unes des principales évolutions stratégiques : la semaine qui a révolutionné l’Europe, le défi de l’unité, la transformation stratégique du continent, le retour en force de l’OTAN. Il raconte comment des mesures exceptionnelles ont été mises en place : le fonds d’assistance pour l’Ukraine, le plan munitions, l'effort de défense, les engagements de sécurité, l’assistance financière, la réutilisation des avoirs immobilisés russes, les paquets de sanctions, l'aide aux réfugiés, les réseaux de transport et les corridors de solidarité.

Les succès mais aussi les déboires : la problématique de l'outreach et le refus de l'Afrique de se ranger aux côtés des Européens, l'offensive méthodique de la Russie contre les Européens en Afrique centrale et au Sahel aboutissant à l'éviction de cette zone pourtant investie.

Une vingtaine de chapitres, intertitrés pour faciliter la lecture, avec les habituelles notes de référence, commentaires et anecdotes qui sont la touche habituelle de B2. Le tout préfacé (ou postfacé) par Ursula von der Leyen et Josep Borrell.

Sortie prévue : 1er juin 2024

À quelques encablures des élections européennes et de l'été, une lecture indispensable.

Vous pouvez d'ores-et-déjà réserver un (ou plusieurs exemplaires) au prix spécial adhérent/abonné de B2. Ils vous seront livrés directement dès l'impression des livres

A commander sur le site des Éditions du Villard

Auteurs : Nicolas Gros-Verheyde, avec l'équipe de B2

[Actualité] Les attaques des Houthis continuent. Deux navires marchands atteints légèrement en mer Rouge. Un autre visé en plein Océan indien

Sun, 05/05/2024 - 08:25

(B2) Ces derniers jours, les attaques des Houthias n'ont pas cessé. Un pétrolier britannique et un cargo grec ont été atteints. Avec des dégâts mineurs. Un porte-container britannique a été visé en plein océan indien. Les forces américaines et européennes ont répliqué détruisant plusieurs drones.

Un pétrolier britannique transportant du pétrole russe

Vendredi 26 avril, à 18h00 (heure locale), deux missiles anti-navires ont atteint un pétrolier, le Andromeda Star, un navire propriété britannique (enregistré aux Seychelles) et battant pavillon panaméen, à 14 nautiques au sud-ouest d'Al Mukha, en mer Rouge. Il transportait une cargaison de pétrole venant de Russie vers l'Inde. Attaque revendiquée par les Houthis. « Nos forces navales ont pris pour cible (vendredi) un navire pétrolier britannique, l'Andromeda Star, en mer Rouge, avec plusieurs missiles  et l'ont directement atteint », a déclaré le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Sarea, sur la chaîne de télévision al-Masirah.

Un autre missile tombe en mer à proximité du navire marchand Mv Maisha, navire battant pavillon d'Antigua et Barbuda et opéré par une société basé au Liberia. Sans dégât pour l'équipage, selon des sources américaines.

NB : il sera intéressant de préciser si ce navire britannique a bien respecté les conditions de l'embargo fixé par les pays duG7 (dont le Royaume-Uni) sur l'exportation de pétrole russe. Les conditions de son immatriculation aux Seychelles, fin 2023, avaient peut-être pour objectif d'échapper aux sanctions britanniques contre la Russie.

Un porte-containers visé en mer d'Arabie

Une autre attaque a eu lieu, le même jour. Mais, cette fois, en plein Océan indien. Elle vise dans la nuit du 26 avril au 27 avril, vers 1 heure du matin (heure locale), le MSC Orion, un porte-containers battant pavillon portugais, propriété de Zodiac Maritime, une société basée au Royaume-Uni, mais propriété de l'homme d'affaires israélien Eyal Ofer, établi à Monaco. L'attaque a lieu à 170 nautiques au sud de l'île yéménite de Socotra, à 300-400 nautiques des côtes somaliennes (à hauteur de Eyl au Puntland), selon le centre de surveillance maritime britannique UKMTO. Un autre navire de la même compagnie, le MSC Aries, avait déjà été saisi par les gardiens de la révolution iranien, le 13 avril dernier.

NB : cet incident prouve que les Houthis enclenchent un autre type d'action, visant des navires en haute mer, avec des missiles plus performants, d'une portée de plusieurs centaines de km. L'incident était en effet hors de la zone habituelle (mer Rouge ou golfe d'Aden à proximité des côtes yéménites). Pour autant, ce n'est pas tout à fait le premier incident hors de la zone habituelle. Un navire marchand avait rapporté une explosion au large du navire, à tribord, alors qu'il était en plein Océan indien, un peu plus à l'est de l'île de Socotra, le 15 mars dernier. Sans dommage .

Un navire grec atteint

Lundi (29 avril), entre 10h02 et 17h30 (heure locale), un cargo grec battant pavillon maltais, le MV Cyclades, est la cible de trois missiles anti-navires et trois drones tirés depuis le Yémen, selon le commandement américain US CentCom. Quelques dégâts légers, le navire peut poursuivre sa route.

Selon certaines informations maritimes, les missiles se sont abîmés en mer. Un des drones est abattu, apparemment par la frégate italienne ITS Fasan, qui était en mission de protection rapprochée d'un navire marchand. La frégate a « repoussé avec succès plusieurs attaques venant des territoires contrôlés par les Houthis au Yémen. Au cours de cette opération de protection, ITS FASAN a abattu un drone avec son canon de 3 pouces » indique le QG de la mission maritime européenne EUNAVFOR Aspides.

Un peu plus tôt dans la même journée, à 07h49 (heure locale), un drone Houthi est abattu alors qu'il se dirigeait en direction de deux navires américains, l'USS Philippine Sea et l'USS Laboon, précise le commandement américain.

Plusieurs autres incidents dans les derniers jours

Jeudi (25 avril), la frégate grecque Hydra, qui opère dans le cadre de l'opération EUNAVFOR Aspides, en protection d'un navire marchand dans le Golfe d'Aden, repère deux drones représentant « une menace imminente pour la liberté de navigation » selon le QG d'Aspides. Le premier drone a été abattu, tandis que le second a changé de cap.

Dimanche (28 avril), dans la nuit entre 1h48 et 2h27 (heure locale), cinq drones sont repérés au-dessus de la mer Rouge et abattus par un navire américain.

Mardi (30 avril), vers 13h52 (heure locale), un navire de surface sans équipage (USV) est détruit par les forces américaines.

Jeudi (2 mai), vers 14h (heure locale), un drone est détruit annonce le commandement US (CentCom).

Vendredi (3 mai), une frégate française s'interpose « pour protéger un groupe de trois navires marchands » qui remontent dans le détroit de Bab El Mandeb vers le nord, indique l'état-major des armées le 4 mai au matin. Un drone kamikaze est intercepté et abattu par la frégate « avant qu'il n'atteigne sa cible ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

[Editorial] Incapables d’assurer la défense antiaérienne de l’Ukraine. L’OTAN une puissance de l’impuissance ?

Thu, 18/04/2024 - 16:45

(B2) Le président ukrainien V. Zelensky et les Ukrainiens ont raison d'être en colère. La lenteur du soutien européen, et surtout allié, à fournir à l'Ukraine de quoi défendre son ciel est patente. Et inadmissible. Car cette demande est connue depuis le début de la guerre.

Un besoin connu, répertorié, financé

Depuis le début, la défense anti-aérienne a constitué, une demande des forces ukrainiennes. La flotte aérienne ukrainienne ayant été clouée rapidement au sol. Il s'agissait en effet de pouvoir protéger les villes, les civils, les infrastructures critiques des bombardements russes. Dès la fin février, les Ukrainiens dans la liste transmise aux alliés mentionne (avec les armes anti-chars) la défense anti-aérienne (code ML4 dans la nomenclature d'armes de l'UE). Elle est incluse, dès le début, dans la première mesure de soutien prise par l'Union européenne le 27 février, quatre jours après le début du conflit (lire : [Confidentiel] Les besoins en armes de l'Ukraine. La liste de courses remise à l'UE) (1).

Une demande répétée à de multiples reprises

Tous les officiels ukrainiens, président, ministres comme haut gradés à leurs interlocuteurs, dans toutes les enceintes, sur tous les tons le disent. « Vous savez de quel type de systèmes de défense nous avons besoin. (...) J'ai un rêve. J'ai un besoin. Je dois protéger nos cieux. J'ai besoin de votre aide » supplie, quasiment à genoux, le président ukrainien V. Zelensky devant le Congrès US le 16 mars 2022 ! Le fameux « des armes, des armes, des armes » de Dmytro Kuleba prononcé devant les ministres des Affaires étrangères de l'Alliance le 5 avril 2022, résonne encore dans toutes les têtes (lire : L’objectif de l’OTAN : réarmer les Ukrainiens ! dixit Stoltenberg).

Un plan B

Cette demande constitue fait le plan B de la défense ukrainienne. Kiev demandait à l'origine une zone d'exclusion aérienne au-dessus de son territoire. Mais l'OTAN ne veut pas être impliquée « directement ». Jens Stoltenberg, le dit clairement par les ministres des Affaires étrangères de l'Alliance le 5 mars 2022. Le soutien des Alliés restera donc cantonné à « intensifier le soutien » en équipements de l'Ukraine et à défendre les Alliés, « notre tâche principale ». (lire : Guerre en Ukraine. L’OTAN se limitera à défendre ses États membres. Pas de no fly zone. Mais des avions ?).

Des Alliés confortables dans leurs pantoufles

Or, aujourd'hui, plus deux ans après, les Alliés ont échoué à fournir les équipements nécessaires en nombre suffisant. Certes le territoire ukrainien est vaste, ses villes nombreuses. Mais une telle impréparation, un tel manque de suivi des engagements est difficile à comprendre et à justifier. Si les préventions pour fournir à Kiev des avions est assez logique — vu la dimension militaire et symbolique —, fournir des armes de défense anti-aérienne n'emporte pas la même question idéologique et stratégiques. Quoi de plus défensif et de moins co-belligérant en effet qu'un système de défense anti-aérienne...

Israël et Ukraine, deux poids deux mesures ?

Même si les situations ne sont pas tout à fait comparables, on ne peut s'empêcher de comparer l'attitude alliée avec celle que viennent d'assumer trois des principaux membres de l'OTAN (USA, Royaume-Uni, France) en réponse à l'attaque iraniennes lancée contre l'État hébreu le dernier week-end. Certes la configuration du terrain légèrement différente (les drones iraniens devant traverser ou frôlant des territoires où ces alliés ont des forces prépositionnées). Certes Israël n'est pas l'Ukraine, doté depuis longtemps d'un dôme de fer. Mais V. Zelensky n'a pas tort quand il s'interroge pourquoi la protection d'Israël est plus chère aux yeux des occidentaux que celle de l'Ukraine (2). Pourquoi les Alliés n'ont pas livré à Kiev de quoi réaliser son dôme de fer ? Pourquoi n'utilisent pas les armes de défense anti-aérienne prépositionnées autour de l'Ukraine pour prêter main force à la défense ukrainienne ?

Arrêter de causer et agir

Cette inaction appelle plusieurs séries de questions. Où sont les États qui proclament, tous les jours, vouloir « fournir un soutien militaire durable aussi longtemps qu'il faudra » ? (3) Pourquoi n'ont-ils pas fourni ces équipements ? À défaut, pourquoi n'ont-ils pas été capables de les commander en nombre aux industriels ? À quoi ont servi les 35 milliards de dollars d'augmentation des budgets de la défense des Alliés en 2023 ? (4) Que fait cette Alliance atlantique qui affirme avoir l'expérience, au travers de son agence NSPA, « des procédures d'achat en commun », se vante de fixer des objectifs capacitaires, des normes », de disposer de plans de défense et d'objectifs capacitaires efficaces ? (5) Pourquoi a-t-il fallu attendre que Kiev demande formellement une réunion du Conseil OTAN-Ukraine pour convoquer celui-ci à cette fin ? (6) Etc.

Une OTAN Manneken Pis ?

Aujourd'hui, l'Union européenne, mais surtout l'Alliance atlantique — qui dispose de davantage de moyens en défense anti-aérienne — sont donc placées devant leurs propres contradictions. Soit ils avancent de façon décisive, audacieuse et déterminée en fournissant très rapidement (dans les jours et semaines qui suivent) les systèmes nécessaires à assurer la défense anti-aérienne à l'Ukraine (il en manque 25 selon V. Zelensky). Soit ils renoncent, continuent à s'occuper de petites choses » — comme habiller le Manneken-Pis à Bruxelles (7), faire des déclarations à l'emporte-pièces sur la nécessité d'avoir des troupes au sol en Ukraine ou faire quelques exercices de démonstration de force, bien tranquilles à l'abri de ses frontières, en pantoufles.

La puissance de l'impuissance

Si les Européens et Alliés ne sont pas capables, immédiatement, d'assurer le minimum (la protection des civils et infrastructures ukrainiennes), si l'engagement pris il y a deux ans par Jens Stoltenberg « de réarmer, de ravitailler les forces ukrainiennes » avec une « priorité aux [...] systèmes de défense aérienne » (8) n'est pas tenu aujourd'hui, ... ce serait non seulement une grave faillite morale et politique, mais un grave aveu d'impuissance. Et aux yeux du Kremlin, est un sacré aveu de faiblesse. Déjà mis à rude épreuve au Proche-Orient, l'Europe et les USA seraient alors en passe de devenir une puissance de l'impuissance.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Décision qui a une conséquence concrète. Tout pays qui fournit à Kiev un tel système d'armes a droit à un remboursement d'environ 40% du montant du système.
  2. Message quotidien à la nation de V. Zelensky le 16 avril 2024. Lire : [Actualité] Ukraine cherche désespérément Patriot et autres systèmes antiaériens. Une réunion de l’OTAN
  3. Cf. conclusions du Conseil européen du 30 juin 2023, formule classique reprise de sommet en sommet.
  4. Lire : année faste pour l'OTAN en 2023. Dépenses de défense en hausse).
  5. Propos du secrétaire général de l'OTAN, le 14 mars 2024, lors de la présentation de son rapport annuel.
  6. La réunion est (enfin) prévue ce vendredi (19 avril).
  7. Clin d'oeil au selfie de la directrice de la diplomatie publique, M. D. Besansenot, le 3 avril 2024, jour de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance.
  8. Propos du secrétaire général de l'OTAN, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance, le 8 avril 2022.

[Actualité] Le navire Abdullah et son équipage libérés. Contre une rançon

Mon, 15/04/2024 - 16:15

(B2) L'opération maritime militaire européenne au large de la Somalie a confirmé lundi (15 avril) la libération des 23 membres d'équipage du navire marchand Adbullah et du navire. Mais elle n'a rien précisé sur les conditions de cette libération.

Le navire Abdullah escorté par les navires européens (Photo : EUNAVFOR Atalanta)

Un vraquier du Bangladesh suivi à la trace par Atalanta

Ce navire qui transportait plus de 55 000 tonnes de charbon du Mozambique vers les Émirats arabes unis (1) avait été  capturé le 12 mars dernier (lire : [Actualité] Un navire bangladais piraté dans l’Océan indien. Ancré au large de la Somalie). Tout au long des 32 jours de captivité des marins, EUNAVFOR Atalanta « s'est activement engagée », assurant notamment la surveillance continue du navire, indique le QG de l'opération à La Rota.

Une rançon de cinq millions de dollars

Cette libération n'est pas inopinée. Les propriétaires bangladais auraient payé une rançon de 5 millions de dollars (environ 4,7 millions d'euros), indique l'agence de presse Reuters. « L'argent nous a été apporté il y a deux nuits. Comme d'habitude... nous avons vérifié si l'argent était faux ou non. Ensuite, nous avons divisé l'argent en groupes et sommes partis en évitant les forces gouvernementales », a déclaré Abdirashiid Yusuf, l'un des pirates à l'agence britannique.

Versée par avion

« Un avion a largué trois sacs remplis de dollars américains sur le navire » a précisé Fahmida Akter Anny l'épouse du capitaine du navire, Mohammed Abdur Rashid à l'Agence France Presse, repris par le Marin. « Les pirates nous ont appelés lorsqu'ils sont arrivés près des côtes somaliennes ». Et l'un d'eux parlait anglais, a confirmé dimanche Meherul Karim, PDG de KSRM aux journalistes à Chittagong, au Bangladesh. « Il a communiqué avec nous jusqu'à ce que nous finalisions les négociations », a-t-il ajouté. Ne voulant pas confirmer le montant de la rançon.

Une autre libération

Selon nos informations, un autre navire, le Al-Kambar battant pavillon iranien, capturé le 28 mars a été libéré également, peu de temps après sa capture.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. L'exportation du charbon somalien aux mains des terroristes d'Al Chabab est interdit par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies

[Actualité] Les Pays-Bas vont déployer un navire logistique en mer Rouge en soutien à l’opération Aspides

Sun, 14/04/2024 - 12:39

(B2) Le navire amphibie Zr.Ms. Karel Doorman va participer à l'opération européenne Aspides en mer Rouge de protection de la marine marchande dans le détroit de Bab-el-Mandeb et la mer Rouge.

Pour Aspides comme Prosperity Guardian

Début mai à mi août

Navire de soutien logistique, Zr.Ms.Karel Doorman (A-833) sera déployé de début mai à mi-août. Il permettra d'approvisionner en carburant, diverses fournitures les navires de l'opération européenne EUNAVFOR Aspides. Il sera équipé d'un centre médical, de Rôle 2, pouvant assurer les soins médicaux d'urgence et interventions chirurgicales. Le navire dispose d'un hélicoptère de transport Cougar pour ce type d'évacuations médicales. 

Un soutien à Prosperity Guardian

Les unités participant à l’opération Prosperity Guardian menée par les États-Unis pourront également y faire appel. C'est « une contribution supplémentaire à l'ordre juridique international et à la protection du transport maritime sur cette importante route commerciale » a mis en avant la ministre de la Défense, Kajsa Ollongren.

En dehors des zones à risque sauf si...

Le navire de soutien logistique opèrera « en dehors des zones à haut risque » indique-t-on côté néerlandais. S'il est néanmoins nécessaire de naviguer dans cette zone, il bénéficiera « du guidage et de la protection des autres navires de guerre ». C'est le second navire engagé par la marine néerlandaise dans la mer Rouge depuis le début des hostilités des Houthis

Un navire logistique

Rescapé des coupes budgétaires

Construit sur le chantier naval du Néerlandais Damen à Vlissingen (Pays-Bas) et en Roumanie, le Karel Doorman a failli ne jamais entrer en service. Victime des coupes budgétaires sévères décidées dans le budget de défense par le gouvernement de Mark Rutte II en 2013 (lire : La marine néerlandaise vend un de ses fleurons). Des coupes qui seront finalement annulées. Le même gouvernement fait machine arrière après l'intervention de la Russie en Crimée et le sommet du Pays de Galles de l'OTAN en septembre 2014. Les pays de l'Alliance s'engagent alors à renverser la vapeur et ne plus faire de réductions de dépenses sur la défense. Il a finalement été mis en service en avril 2015.

Un navire exploitable par l'Allemagne

C'est l'un des premiers navires européens à avoir fait l'objet d'une utilisation commune entre deux États. En 2016, les deux ministres de la Défense, la Néerlandais Jeanine Hennis-Plasschaert et l'Allemande Ursula von der Leyen, signent une lettre d'intention permettant son utilisation par l'Allemagne (lire : Ursula et Jeanine sur un bateau).

Multi usages

Ce navire peut servir à de multiples usages, un peu comme les BPC ou porte-hélicoptères amphibies français. Il dispose ainsi d'une soute de 8000 m3 de carburant (et de carburant aviation), d'une possible réserve de 450 m3 d’eau potable et peut héberger 400 tonnes de nourriture et équipements divers, dont des munitions. Équipé d'un radier, cela permet le départ du navire barges de débarquement (deux péniches de débarquement LCVP).

Déployé dans des missions humanitaires

Il a été déployé à plusieurs reprises dans le cadre de missions de secours ou d'assistance médicale : en Afrique de l'Ouest (Sierra Leone, Guinée) en 2014 lors de l'épidémie d'Ebola (lire : Le Karel Doorman envoyé contre Ebola), aux Antilles après l'ouragan Irma en 2017 et à nouveau dans les Caraïbes en 2020 pour pallier à l'épidémie de Covid-19 et aux ouragans (lire : France, Pays-Bas et Royaume-Uni se coordonnent dans les Caraîbes). C'est son premier déploiement dans une zone de tension armée.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Une frégate déjà engagée sur zone

Les Pays-Bas ont déployé le 27 mars dernier un navire, la frégate de défense aérienne et de commandement Zr.Ms. Tromp (F-803) qui participe à l'opération Prosperity Guardian menée sous direction américaine. Elle peut aussi apporter un soutien à l'opération européenne Aspides, si nécessaire.

Sa mission est en passe de se terminer. Ce déploiement étant temporaire — pour 25 jours — et plutôt inopiné. Le navire qui se dirigeait vers l'orient a en fait ajusté « son plan initial » pour participer aux opérations en mer Rouge.

Le HNLMS Tromp continue ensuite son voyage vers l'Indo-Pacifique, où il va participer à « divers exercices et opérations avec des alliés et des partenaires ». Les Pays-Bas se sont engagés à avoir un navire présent dans la zone Indo-Pacifique une fois tous les deux ans, en coordination avec d'autres pays (France et Allemagne principalement).

[Actualité] Les journalistes ne sont plus bienvenus au siège de l’OTAN ! (v2)

Fri, 05/04/2024 - 16:30

(B2) L'Alliance atlantique a décidé de jouer avec le feu en revoyant ses critères d'accréditation des journalistes. Et en prenant des décisions au déboté, accordant à l'un ou à l'autre, selon son bon vouloir et selon son humeur.

J'en ai été le témoin. Il y a quelques semaines je reçois la réponse à ma demande d'accréditation permanente à l'Alliance. Un mail standard d'habitude m'informe de la disponibilité de la carte. Cette fois-ci c'est Non. Refus. Motif avancé : je ne couvre pas régulièrement l'Alliance. Étonnant vu le nombre d'articles produits par B2 que je signe parfois, cosigne souvent et relit toujours. Étonnant aussi est le format du mail en anglais uniquement. Une contravention à tous les usages dans une Alliance officiellement bilingue.

Mail reçu

L'Alliance en mode bug

Aucune explication

Interloqué, je demande des explications. Une bête erreur peut-être. La tournure même du mail indique une sorte d'automatisme. Que nenni ! La même réponse survient, pas davantage justifiée ni argumentée. Je redemande au cas où. Le chef du service média de l'OTAN M. Sanders prend alors la plume, ânonnant le même message. Message sous-jacent : je n'assiste pas assez aux briefings du secrétaire général de l'Otan. « Mais vous êtes toujours bienvenus, il suffit de faire un Media Pass Day » lâche-t-il en fin de message. Joli mensonge en fait...

L'illusion du Media Pass Day

Le Media Pass Day est une procédure tout sauf pratique. D'une part, elle ne joue que pour les ministérielles. Il faut s'accréditer au préalable plusieurs jours avant. Impossible de le faire en dernière minute, malgré les dires de l'OTAN (1). Même si vous avez fait l'accréditation à l'avance, et que tout est en règle, l'accueil (géré par le service de sécurité) est d'une lenteur pharamineuse (2). C'est simple, à côté, même les « douanes » de Transnistrie, pourtant éduquées à la soviétique, sont plus rapides ! Enfin, en dehors des réunions, par exemple pour des briefings avant réunion ou rencontres informelles, il faut faire une demande spéciale et avoir un accompagnateur, etc. Et encore celui-ci devra montrer patte blanche sous l'œil soupçonneux du gardien de sécurité. Bref tout est fait pour rendre impossible aux journalistes de travailler tranquillement et rapidement.

Une surdité administrative

Derrière mon cas personnel, d'autres collègues se retrouvent dans des situations clownesques. Dans le meilleur des cas, leur demande est refusée. Parfois ils ne reçoivent aucune réponse à leur demande. Trois mois après le début de l'année ! Et, à chaque foisn on leur fait le coup du "Media pass day". L'administration de l'OTAN est une bureaucratie lourde. C'est connu. Avec ses fonctionnaires en surnombre, bien payés, elle ne brille pas par sa productivité. Ce n'est pas nouveau. Mais, à ce point, Courteline est battu.

Le royaume de l'absurde

Lors de la dernière ministérielle, mon tweet puis ce post font remonter toute une série de dysfonctionnements. Plusieurs collègues ont ainsi dû attendre un long moment : 45 minutes environ avant de pouvoir entrer lors de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères mercredi et jeudi. Un collègue italien arrive devant le siège de l'Alliance jeudi matin. Il se fait refouler. Tout le monde connait pourtant Lorenzo Consoli à Bruxelles, un journaliste réputé, sérieux, avec plusieurs années de compteur auprès de l'UE et l'OTAN, fouineur certes mais gentil comme une crème. L'Écossaise du service d'accréditation, butée, ne veut rien entendre, et refuse d'intervenir : « envoyez un mail, send an email ! ». Refusant de régler le cas.

Le journaliste, pas le cameraman !

Bis repetita l'après-midi avec une équipe de télévision d'un pays asiatique. Se présente : le journaliste et le cameraman. Ils travaillent pour une télévision asiatique. La journée est primordiale pour eux. L'OTAN a invité les pays de l'Indo-Pacifique pour parler coopération. « Nous sommes venus à l’Otan pour la conférence de presse du secrétaire général — me raconte-t-il, un rien dépité. Près d’une heure d'attente ! Et, finalement, on n’a distribué le badge qu'à l’un d’entre nous. Motif : mon collègue caméraman n’a pas reçu le mail de confirmation après son accréditation. Nous sommes deux pour faire le reportage télévisé. Sans le caméraman, on ne peux rien faire. Nous avons alors dû quitter le siège de l’Otan. »

Une OTAN sans tête, une bureaucratie qui règne

En fait, les responsables politiques, saisis, sont aux abonnés absents. Le porte-parolat, la secrétaire générale chargée de la diplomatie publique, etc. ont été informés. Ils n'ont pas bougé leur petit doigt, laissant faire... En réalité, les responsables de l'Alliance ont lâché la bride à leur administration et n'ont plus aucun pouvoir sur elle, qui erre comme une poule sans tête. Le secrétaire général, le Norvégien Jens Stoltenberg, tout affairé à parfaire son futur sommet de Wasshington, clou de sa carrière de dix ans, a totalement délaissé la gestion du secrétariat de l'Alliance. Et contrôler l'administration reste le cadet de leur souci. Laissant ce lourd souci au successeur : un nouveau secrétaire général est en passe d'être nommé (peut-être le Néerlandais Mark Rutte). Son seul objectif semble plutôt être de gonfler les effectifs. Un moyen aussi « d'acheter » la paix avec la plupart des (petits) pays membres.

Une sérieuse entaille à la réputation de l'Alliance

Pour une organisation qui affirme vouloir défendre « collectivement la liberté et la démocratie », ce cas de figure est pour le moins troublant, où l'administratif prime sur le politique, l'obscurantisme sur le droit.

Écouter religieusement ou travailler ?

Toutes ces règles sont autant d'entraves en fait au travail journalistique moderne. En effet, il n'est pas obligatoire pour un journaliste de couvrir la conférence de presse du secrétaire général de l'OTAN, ennuyeux à souhait. En pratique, pour un journaliste digne de ce nom, il vaut mieux aller dans le patio écouter un ministre faire une déclaration, croiser un diplomate, demander une explication technique à un expert, voire se rendre à un briefing de l'un ou de l'autre (si on est invité), qu'écouter religieusement la sainte prose de Stoltenberg retransmise sur internet (cf. encadré).

Une manière inquisitoriale de contrôler les journalistes

En refusant la délivrance des accréditations permanentes non seulement à moi mais à d’autres journalistes, l’Alliance se permet d’être inquisitoriale dans le travail des journalistes, de vérifier quelles sont leurs méthodes de travail. Or, pour reprendre l'expression d'une collègue : l'Alliance n'a pas à s'interposer dans la façon dont un journaliste organise son travail.

Une atteinte claire aux libertés

Ce qui est en jeu ici en effet n’est pas une bête question administrative, c’est une question fondamentale : les journalistes sont-ils bienvenus ou non à l’OTAN ? Leur permet-on de faire leur travail de façon honnête et objective ? Les journalistes sont-ils libres, de penser, d'écrire, de dire ce qu'ils veulent, ce qu'ils voient, en respectant les règles habituelles de déontologie journalistique ? Sont-ils autorisés à écouter toutes les voix à l'intérieur de l'Alliance, voix diverses qui ne disent pas toujours la même chose, tout simplement car chaque pays a son histoire et ses intérêts ? Ou sont-ils juste des machines bonnes à reproduire fidèlement les communiqués et propos officiels ? Sont-ils contrôlés, surveillés, écoutés tout le long de leur présence dans les bâtiments de l'Alliance (NB : on peut le supposer vu le contenu du mail) ? Si l’OTAN n’arrive pas à répondre à ces questions, inutile de mettre des millions d’euros dans la communication, elle verra ruinée un de ses fondamentaux : la liberté.

Une grave entorse à l'État de droit

Se pose une autre question : l'Alliance respecte-t-elle les principes de bonne gouvernance, d'État de droit ? La réponse est là aussi clairement Non. Dans tout État digne de ce nom, une décision qui porte préjudice doit être sérieusement motivée, étayée par des faits, faire l'objet d'une appréciation au regard d'une règle de droit, être authentifiée par une personne qui prend la décision. Et, au besoin, permettre un recours ou un réexamen. Aucune de ces règles, pourtant fondamentales, n'est respectée en l'espèce. Le secrétariat général de l'OTAN agit comme toute structure ou État autoritaire, sans rendre compte ni respecter la moindre règle de droit.

Une erreur stratégique

Au final, cette manière de faire, en ces temps de tension internationale ou de guerre, apparait surtout comme une énorme erreur stratégique. En laissant l'impression de faire le tri entre les "bons" journalistes et les autres, de considérer comme mineur le travail journalistique, elle sème le trouble et la confusion. On voudrait donner du crédit à ceux qui accusent l'OTAN d'être opaque ou anti-démocratique qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Priver les journalistes patentés de faire leur travail, au besoin critique, c'est donner libre cours à toutes les rumeurs, donner une prime en fait à la désinformation sur l'information. Cela pourrait laisser des traces durables que ne pourront effacer les millions de dollars consacrés à la communication. Une bêtise sans nom.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Comment se déroule une conférence de Stoltenberg

La conférence de presse est très organisée, bien fléchée, bien réfléchie, bien contrôlée. La parole est rituellement attribuée à 1. un journaliste américain ou britannique, 2. un journaliste allemand, 3. un journaliste ukrainien (c'est logique), 4. un journaliste d'un pays proche (Géorgie, Balkans, Moldavie, etc.) — Histoire souvent de pouvoir justifier un propos supplémentaire du secrétaire général (1) — 5. un journaliste de l'Est européen. Et s'il reste du temps, on prendra un journaliste italien, espagnol, au besoin un Français... Mais vaiment s'il reste du temps.

Concrètement, si vous n'appartenez pas aux catégories Prime, il vaut mieux avoir prévenu que vouliez poser une question, que vous la posiez en anglais (n'essayez pas le Français, le secrétaire général ne le parle pas, et il ne faut pas l'embêter). Les journalistes français ont peu à peu déserté l'exercice d'ailleurs...

Un exercice bien calibré, prévu d'avance, où il n'y a aucune spontanéité ni imprévu. Mécanique avec ses mouvements de balanciers de mains, une fois à droite, une fois à gauche, Jens Stoltenberg répète doctement son message, inversant parfois les phrases pour donner l'impression qu'il dit quelque chose de nouveau. Mais rien de plus que ce qui a été préparé d'avance. Tout est rediffusé en live. Et un script fourni très rapidement (en anglais au moins).

Une fois la conférence de presse finie, il ne reste d'ailleurs pas pour papoter deux ou trois minutes hors micro. Ce qui était davantage le cas de son prédecesseur, le Danois A.F. Rasmussen, qui avait d'autres défauts. Le Norvégien n'est pas très à l'aise en fait face à la presse.

(1) Ceux-ci ont une place surdimensionnée lors du jeu de questions-réponses.

  1. Lors d'une rencontre, où nous étions cependant "chaperonnés" par un diplomate, pour faire passer 7 journalistes, il a fallu plus de 40 minutes au service de sécurité pour faire les badges.
  2. Cette organisation est la conséquence des nouveaux locaux modernes : l'entrée est située très loin (à plusieurs centaines de mètres des bureaux). Dans l'ancien bâtiment, en préfabriqué, un attaché de presse venait là en permanence (lors des ministérielles) ou n'était pas loin (hors des ministérielles). Il facilitait le travail du parfait inconnu débarquant à l'Alliance, un peu perdu, comme du plus expérimenté qui a "oublié son badge". Reconnaissant les uns et les autres, ce système avait le mérite de la simplicité et de la convivialité. Efficace aussi car l'officier de presse en profitait pour faire passer un message.

Mis à jour avec les autres cas qui remontent tous plus absurdes les uns que les autres. Passage du papier en Actualité (au lieu de Editorial)

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