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L'Afrique réelle (Blog de Bernard Lugan)

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Site officiel de l'historien africaniste Bernard Lugan, professeur à l'Université Lyon III et expert au tribunal international d'Arusha
Updated: 10 hours 34 sec ago

Comment Emmanuel Macron vient une nouvelle de réussir à se mettre à dos l’Afrique francophone

Tue, 02/06/2026 - 15:37
Soit Emmanuel Macron le fait exprès, soit il n’a décidément rien compris à l’Afrique. L’inauguration avec le président Kagamé mardi 2 juin 2026 d’un mémorial à Paris en hommage aux victimes du génocide des Tutsi en est une nouvelle illustration. En effet :

1) Le samedi 9 mai 2026, à Alexandrie, en Égypte, le président français déclara que :
« L’épicentre de la langue française est sur le bassin du fleuve Congo et pas sur les quais de la Seine, parce que c’est là qu’il y a le plus de locuteurs ».

2) Or, l‘inauguration de ce monument en compagnie du président Kagamé est ressentie par les dizaines de millions de « locuteurs » congolais comme une véritable provocation. Non pas parce qu’il y aurait contestation de ce génocide, mais en raison de la guerre d’agression contre le Congo (RDC) menée par le Rwanda depuis 1996. Un Rwanda qui occupe une partie de l’est du Congo (RDC) pour en piller les richesses à travers un conflit qui a fait au moins plusieurs centaines de milliers de morts civils, certaines sources avançant même le chiffre de plusieurs millions.

Ce qu’Emmanuel Macron ne comprend pas, c’est que, pour l’immense majorité des Africains de l’ouest et du centre, soit pour plusieurs centaines de millions d’hommes et de femmes, le Rwanda anglophone du président Kagamé avec ses douze millions d’habitants est vu comme un agresseur.
Sans parler qu’inaugurer un tel monument à Paris laisserait entendre que la France aurait une quelconque responsabilité dans ce génocide, ce qui est totalement faux comme cela a été démontré devant le TPIR (Tribunal international pour le Rwanda). Voir à ce sujet mon livre « Rwanda, un génocide en questions » 
Categories: Afrique, France

L'Afrique Réelle N°198 - Juin 2026

Mon, 01/06/2026 - 11:25

Sommaire
Actualité
- L’Algérie manipule les jihadistes du Mali afin d’empêcher la création d’un « Etat » touareg
- Mali : l’échec français et l’échec russe s’expliquent par l’ignorance du réel ethnique
- Tchad : Tama contre Zaghawa
- En Algérie et en Afrique du Sud, l’histoire est moins une science qu’une thérapie des traumatismes du passé
Histoire
Le génocide des Herero serait-il la conséquence de la libération des Damara par les Allemands ?


Editorial de Bernard Lugan
Paris-Alger, plus qu’un an de relation sadomasochiste ?
Il ne reste plus qu’une année à Emmanuel Macron pour achever sa «_normalisation » des relations entre Paris et Alger, c’est-à-dire en ancrant dans le marbre l’acceptation définitive de la soumission française aux diktats algériens. Les prochaines échéances présidentielles pourraient en effet aboutir à une remise en cause fondamentale de la relation sadomasochiste existant entre le « Système » algérien et le « pays légal » français.
Les prétentions aussi exorbitantes que surréalistes du « Système » algérien s’inscrivent dans une stratégie de surenchère revendicatrice destinée à obtenir des excuses, puis des réparations « sonnantes et trébuchantes » de la part de la France. L’affaire des « restitutions » en est la dernière illustration.
Ni Georges Pompidou, ni Valéry Giscard d’Estaing, ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac et ni Nicolas Sarkozy, n’auraient accepté de telles demandes. Mais tout a changé avec les déclarations irresponsables de François Hollande suivies de celles d’Emmanuel Macron au sujet de la colonisation. 
A partir de là, la France s’étant auto-humiliée, l’Algérie s’est donc trouvée en position de force pour exiger toujours plus d’elle. D’autant qu’acculé par la rue, sa survie étant même en jeu, le « Système » algérien est habile à détourner dans la haine de la France la marée de la contestation populaire qui menace de l’emporter. L’attitude des dirigeants français relève quant à elle d’un complexe ayant germé sur le terreau philosophique de 1789 avec la notion révolutionnaire de « table rase du passé_». En s’attaquant frontalement aux piliers de l’histoire de France, la gauche universaliste qui détruit la France depuis des décennies est le vecteur d’une lente décadence s’achevant aujourd’hui dans la haine de soi. 
Dans cette relation de type sadomasochiste, l’Algérie impose son histoire fabriquée à la victime consentante qu’est la France. Une France dont les « élites » acceptent cette histoire à laquelle tous font semblant de croire et qui fait peu de cas de la réalité du passé (voir à ce sujet mon livre Algérie l’histoire à l’endroit.
En Algérie, l’histoire officielle est ainsi bloquée sur les années 1954-1962 et sur le postulat de la lutte d’un peuple uni contre le colonisateur français dont la période est désormais juridiquement criminalisée. Dans cette thérapie nationale reposant sur l’addition de mythes et d’affirmations de nature idéologique, les historiens algériens sont d’abord des vengeurs de l’histoire, leur fonction étant d’affranchir le récit national du traumatisme existentiel originel qui est que l’Algérie est née de la volonté française au mois de juillet 1962.
Rien ne changera donc dans la relation entre la France et l’Algérie tant qu’il n’y aura pas changement de paradigme du côté de la victime masochiste qu’est la France. Or, ce changement de paradigme pourrait être rendu possible par les prochaines échéances électorales françaises.
Categories: Afrique, France

De l’évidente, nécessaire et impérative « urgence » de faire abroger par les députés le « Code Noir » pourtant caduc depuis 1848 !

Thu, 28/05/2026 - 11:09
Jeudi 28 mai 2026, rien n’étant à leurs yeux plus urgent, les députés français vont voter à l’unanimité l’abrogation symbolique de l’ensemble des édits esclavagistes - dont le Code noir -, pourtant formellement abrogés par deux fois. La première le 4 février 1794, lorsque la Convention nationale décréta l’abolition de l’esclavage dans les colonies. La seconde abolition est datée du 27 avril 1848 quand le gouvernement provisoire de la IIᵉ République, mit définitivement fin à l’esclavage dans les colonies françaises.  Avec un sens des priorités égal à sa temporalité, les députés français vont donc voter l’abolition d’une disposition juridique caduque depuis 178 ans…

Les honorables représentants du Peuple français seront en revanche bien silencieux sur la réalité d’un autre esclavage. Ils ignorent en effet probablement que l’Abolition décidée unilatéralement par les Européens au XIXe siècle ne concerna pas la traite arabo-musulmane. Depuis la Libye, au nord, ou depuis Zanzibar, à l’est, des caravanes organisées militairement continuèrent ainsi à dévaster des régions entières de l’Afrique sud-saharienne. À la veille de la colonisation, au centre comme à l’est de l’Afrique, les réseaux esclavagistes musulmans étaient même en pleine extension. Jusqu’à ce que la colonisation les détruise.

On lira à ce propos mon livre « Esclavage, l’histoire àl’endroit »

Ce vote chronologiquement insolite ne renforcera pas le prestige de l’Assemblée. Cela n’est cependant pas une nouveauté. Le 23 novembre 1913, le maréchal Lyautey écrivait ainsi à Albert de Mun à propos des députés : 

« La horde des parlementaires abattus sur ce malheureux pays, encombrants, plastronnant, pérorant à tort et à travers, et si ignorants et si vulgaires (…) En temps normal, tous ces gens que je devais recevoir à ma table avec égards, auraient mangé à l’office (…). Et dire que c’est « ça » qui dispose de notre sort. Le spectacle me donne la nausée du Parlement et j’envie celui (qui ne sera pas moi-je suis trop vieux) qui aura la joie, la plus grande probablement qu’on puisse avoir sur cette terre, d’entrer au Palais-Bourbon avec 100 baïonnettes derrière lui et de jeter tout cela à la Seine ».

Categories: Afrique, France

Immigration : comment la France est devenue la « colonie de ses colonies » (Offre spéciale)

Sun, 24/05/2026 - 16:46
Le samedi 9 mai 2026, à Alexandrie, en Égypte, Emmanuel Macron a déclaré que :

« L’épicentre de la langue française est sur le bassin du fleuve Congo et pas sur les quais de la Seine, parce que c’est là qu’il y a le plus de locuteurs ».

Cette singulière vision de l’identité française fait un tragique écho à ce que le général de Gaulle déclarait près de soixante-dix ans auparavant, en 1960 :

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France (…) La France c’est un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ».

Ce que ne voulait par le général, c’était, et selon ses propres termes, que son village de Colombey-les-deux-Eglises, devienne un jour «  Colombey-les-deux-Mosquées !».

Or, depuis ces réflexions du général de Gaulle, l’immigration devenue « grand remplacement » a changé le visage de la France. Impuissants à la juguler, les dirigeants français qui voient s’ouvrir devant eux une situation de type balkanique se raccrochent désespérément à la vieille idée d’intégration-assimilation, celle de la gauche coloniale d’hier. Une utopie balayée il y a vingt ans, en 2006, par le démographe Jacques Dupâquier qui écrivait que :

« A partir du moment où, sur onze millions d’habitants d’Île-de-France deux millions sont de culture musulmane et que sur trois jeunes de 12 à 18 ans un est immigré ou d’origine immigrée, il ne faut pas s’imaginer que l’intégration se fera toute seule, bien gentiment ». (Entretien donné à la Nouvelle revue d’Histoire, n° 22, janvier 2006)

Plus encore, depuis 2006, la déferlante migratoire « légale » s’est encore accentuée. Elle connaît même un accroissement plus important que le croît naturel de la population française qui comptabilise déjà la natalité des immigrés installés et naturalisés. Et les chiffres ne tiennent pas compte des masses de clandestins par définition difficiles à comptabiliser…Ainsi, selon l’INSEE, les naturalisés originaires d’Afrique assurent à eux seuls 16% des naissances françaises.
 
Conclusion, la France est bien devenue « la colonie de ses colonies ». C’est pour comprendre comment une telle révolution de l’identité française s’est produite, que j’ai écrit un livre dont le titre est précisément « Comment la France est devenue la colonie de ses colonies ».

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Bernard Lugan interviewé par Idriss Aberkane

Tue, 19/05/2026 - 16:19
Categories: Afrique, France

A Sétif, Emmanuel Macron vient d’humilier une fois de plus la France

Sat, 09/05/2026 - 22:24
En envoyant Madame Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et aux anciens combattants, déposer une gerbe de fleurs lors d’une cérémonie algérienne de mise en accusation de la France, Emmanuel macron a donc décidé une fois pour toutes de valider l’histoire officielle algérienne.Dans cette repentance à sens unique qui n’en finit pas, Emmanuel Macron a en effet fait l’impasse sur les morts français pour s’aligner servilement sur
l’histoire officielle algérienne.Or, ce qui s’est passé à Sétif et dans sa région au mois de mai 1945 est bien éloigné de la doxa (Voir mon livre « Algérie l’Histoire à l’endroit »)
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L'Afrique Réelle n°197 - Mai 2026

Fri, 01/05/2026 - 09:49
Sommaire

Actualité :
La France a-t-elle besoin de l’Afrique ?
Dossier : Afrique, Etat et démocratie
Etat-ethnique ou Etat-Nation ?
Rwanda : comment la démocratie a conduit au génocide
Sahel : comment la démocratie entretient la guerre
Histoire :
Algérie : relire Daniel Lefeuvre
En 1830, la France s'empare du trésor du dey d'Alger


Editorial de Bernard Lugan

L’histoire de ces dernières décennies montre qu’en Afrique, démocratie = ethno-mathématique électorale, avec pour résultat que les ethnies les plus nombreuses remportent automatiquement les élections. Voilà pourquoi, au lieu d’éteindre les incendies, les scrutins électoraux les ravivent. Plus que jamais, il importe donc de méditer cette profonde réflexion que le Gouverneur général de l’AOF fit en 1953, et qui n’est pas une découverte pour les lecteurs de l’Afrique Réelle : « Moins d’élections et plus d’ethnographie, et tout le monde y trouvera son compte » … 
Plus de trois décennies après l’injonction faite à l’Afrique par François Mitterrand lors de son « discours de La Baule » le 20 juin 1990, la démocratie qu’il postulait être le remède aux maux du continent n’y a en effet apporté, ni développement économique, ni stabilité politique, et encore moins sécurité. Ce terrible échec explique pourquoi des pays comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Tchad et la Centrafrique, ont décidé de se donner ou de se redonner des régimes autoritaires. 
Or, si la démocratie électorale a échoué en Afrique, c’est en raison de l’inadéquation entre des réalités socio-politiques communautaires enracinées et un système politique importé à base individualiste. Comment le greffon démocratique individualiste aurait-il d’ailleurs pu prendre en Afrique sud-saharienne où, traditionnellement, l’autorité ne se partageait pas, où la séparation des pouvoirs était inconnue, et où les chefs détenaient à travers leur personne à la fois l’auctoritas et la potestas ? Comment a-t ‘on pu faire croire aux Africains que la transposition de la démocratie occidentale était possible sans qu’auparavant il ait été réfléchi à la création de contre-pouvoirs, au mode de représentation et d’association au gouvernement des peuples minoritaires condamnés par l’ethno-mathématique électorale à être pour l’éternité écartés du pouvoir ? 
L’exemple du Sahel est parlant : comme ils sont minoritaires, les pasteurs, notamment les Touareg et les Peul qui, à la veille de la colonisation étaient les dominants, sont aujourd’hui exclus du pouvoir par les urnes. Pour eux, la « solution » électorale n’est donc qu’une farce puisqu’elle ne fait que confirmer à chaque scrutin les pourcentages ethniques, légitimant ainsi le pouvoir de ceux dont les femmes sont les plus fécondes. Acculés par la démocratie à être pour l’éternité des sous-citoyens, dès la décennie 1960, ils ont donc pris les armes. 
Enfermés dans la bulle idéologique du « démocratique d’abord », ceux qui font la politique africaine de la France n’ont pas voulu prendre en compte l’évidence qui est qu’ici, les rapports entre les populations nordistes et les populations sudistes répondent à des constantes millénaires, et que les structures civilisationnelles reposent sur les groupes, non sur les individus, ce qui interdit de ce fait toute transposition de notre individualisme politique électoral.
Categories: Afrique, Union européenne

Mali : le grave échec militaire que vient de subir la Russie rebat les cartes au Sahel

Mon, 27/04/2026 - 08:37
A Kidal, dans le nord du Mali, dimanche 26 avril, après avoir totalement encerclé les forces russes et l’armée malienne, les indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA), appuyés par la composante touareg du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), ont annoncé qu’« Un accord a été conclu pour permettre à l’armée et à ses alliés d’Africa Corps de quitter le Camp 2, où ils étaient retranchés ».Cette retraite sans gloire était d’ailleurs la seule issue pour le contingent russo-malien, tant sa position était devenue intenable. Désormais  attaquée sur plusieurs fronts, la junte au pouvoir, a une priorité vitale : éviter la chute de Bamako.Or, c’est pour avoir refusé, comme la France avant elle, de prendre en compte la réalité ethno-raciale régionale et les rapports de force millénaires, que la Russie vient de subir ce très grave échec militaire dont les conséquences vont être considérables pour l’équilibre de toute la zone sahélienne. On se reportera à mon livre : Les guerres du Sahel des origines à nos jours.
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Categories: Afrique, European Union

La France va-t-elle généreusement offrir à l’Algérie le canon turc qui a servi au martyre du Révérend Père Le Vacher en 1683 ?

Tue, 21/04/2026 - 18:31
En gage de « normalisation mémorielle », la députée EELV Sabrina Sebaihi demande que la France « restitue » à l’Algérie le canon qui servit aux Turcs à martyriser le Père lazariste Jean Le Vacher. Consul de France et vicaire apostolique, envoyé par Saint Vincent de Paul pour apporter une aide aux esclaves chrétiens détenus à Alger, le 28 juillet 1683, ainsi que seize autres Français, le RP Le Vacher fut en effet massacré d’une manière atroce. Ligoté à la bouche d’un canon, il fut déchiqueté par le tir de ce dernier. En 1830, après la prise d’Alger, ce canon, surnommé la « Consulaire », fut envoyé à Brest où, érigé en colonne monumentale et surmonté d’un coq en bronze, il se trouve actuellement. Les députés de gauche et leurs supplétifs macronistes s’apprêtent à le livrer à l’Algérie. Mais, ce faisant, ils permettent de mettre au grand jour ce que fut la réalité de l’esclavage des chrétiens à Alger.
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Bernard Lugan interviewé par Conflits

Fri, 17/04/2026 - 16:25
Categories: Afrique, France

Seul Monsieur Bally Bagayoko maire de Saint-Denis, aurait-il donc le droit d’évoquer ses origines soninké ?

Thu, 16/04/2026 - 10:42
Le 26 mars 2026, au micro de Radio Nova, tout juste élu, Monsieur le maire de Saint-Denis, a porté à la connaissance du public que sa famille est issue de la noblesse malienne soninké et que « l’engagement politique je l’ai dans le sang ».

Certains esprits chagrins ont alors reproché à l’édile élu de la France Insoumise, de revendiquer une « noble » ascendance. Je tiens immédiatement à les rassurer car, se revendiquant en même temps d’une caste de forgerons, il y a par définition antinomie avec la « noblesse ». La société soninké est en effet divisée en castes héréditaires avec, au sommet, les nobles, suivis des castes artisanales (forgerons ou cordonniers) et des esclaves-dépendants. Les forgerons ne sont donc pas considérés comme nobles, même s’ils sont respectés car ils maîtrisent le feu et le travail du fer. Socialement, ils sont inférieurs aux nobles, mais supérieurs aux anciens esclaves-dépendants. La confusion faite par Monsieur Bally Bagayoko vient probablement du fait que les forgerons pouvaient exercer des fonctions de conseil auprès des chefs.

Le but de cette mise au point n’étant pas de traiter de la question du statut social des forgerons chez les Soninké, je peux donc renvoyer ceux qui désireraient approfondir la question à deux publications fondamentales à ce sujet :
- Winter, G ; Pollet, E., (1972) Bibliographie de la société soninké. Bruxelles, Institut de sociologie, 1972.
- Dianifaba, L ; Diakho,F., (2024) « L’enclume et ses “pouvoirs” : forger dans la société traditionnelle du Gajaaga ». Temporalités, n° 40, 2024.

Mon propos est tout autre. Il a pour cœur une question : serait-il permis aux décoloniaux de toujours présenter l’homme blanc en faisant référence à ses origines sociales, familiales, politiques, et à son passé historique, tout en interdisant à un historien africaniste de faire de même avec un maire nouvellement élu et qui, de lui-même, sans que la question se soit posée avant ses propres déclarations, a fait état de ses origines soninké ?

C’est pourtant ce que fait le site Mondafrique en publiant une tribune intitulée « Bally Bagayoko sommé de rendre des comptes… à ses ancêtres ». Une tribune qui se veut la réponse à mon analyse en date du 5 avril 2026 intitulée Monsieur le Maire Bally Bagayoko, et sinous parlions de l’esclavage héréditaire chez les Soninké ?

Pour l’intérêt du débat, je publie ici intégralement ma tribune du 5 avril 2026 dont seule une partie avait été mise sur le blog de l’Afrique Réelle, le reste étant réservé aux abonnés à la revue :

Début de l’analyse publiée le 5 avril 2026 par l’Afrique Réelle et primitivement réservée aux seuls abonnés à la revue. 

Monsieur Bally Bagayoko
, nouveau maire de Saint-Denis, est d’origine soninké. Sa famille vient de la région de Koulikoro au Mali. En pointe dans le discours racialiste revanchard, la question « D’où parles‑tu ? » ne lui a jamais été posée. Elle ne pourrait pourtant qu’être bien acceptée par un proche de la France Insoumise puisqu’elle est née dans les milieux maoïstes et gauchistes des années 1968. Une question qui permet aujourd’hui aux décoloniaux et aux héritiers de Foucault, Bourdieu et Althusser de dresser l’acte d’accusation de l’homme blanc. Une interrogation signifiant pour les déconstructeurs que toute prise de parole est située, socialement, politiquement et historiquement, et qu’elle explique donc le discours et les prises de position. Ce que les anglo-saxons ont défini comme la « théorie du point de vue » (standpoint theory).
Alors, d’où « parlez-vous », Monsieur Bally Bagayoko ?

La réponse est claire : depuis le monde soninké. Un monde à la très riche histoire puisqu’elle remonte au royaume de Ghana né au VIII° siècle. Un monde dans lequel l’esclavage n’était pas un simple système économique, mais une structure sociale globale, emprisonnante et héréditaire comme le montrent, entre autres, les livres cités en fin de cette mise au point. Selon Claude Meillassoux (1975 et 1986), les Soninké formaient une société esclavagiste au sens fort et Martin Klein (1998) a montré que les esclaves représentaient un tiers à la moitié de la population dans de nombreuses régions du Soudan occidental.

Les Soninké, appartiennent au grand ensemble mandé réparti dans les actuels Mali, Mauritanie et Sénégal (Soninké, Malinké, Bambara, etc.). Fondateurs de l’empire historique de Ghana qui dura du VIIIᵉ au XIᵉ siècle, les Soninké furent des acteurs essentiels dans les réseaux marchands transsahariens dont la traite esclavagiste à destination du monde nord-africain était une composante importante. 

Mais là n’est pas l’essentiel car, dans le monde mandé, donc chez les Soninké, l’esclave n’était pas d’abord destiné à la vente en dehors de l’ethnie, de la tribu ou du village, mais à demeurer un dépendant durable et familialement définitif. Voilà pourquoi, en 1905, quand la colonisation supprima l’esclavage africain traditionnel, cette décision juridique coloniale ne mit pas un terme à sa permanence sociale, le statut servile se transformant en clientélisme, c’est-à-dire en « modernisation » de la pratique, ce qui permit sa survie.
Abner Cohen et Gibril Sankoh (1995) ont montré que les Soninké furent parmi les premiers migrants ouest-africains vers la France. Mais, et là est peut-être l’essentiel, que l’émancipation par l’émigration des anciens esclaves soninké ne fut que théorique car les hiérarchies sociales perdurèrent. En France, le clivage entre « nobles » (horon) et descendants d’esclaves (komo) demeura en effet car il reste la marque d’une identification sociale et identitaire à laquelle il est impossible d’échapper puisqu’elle est aussi définitive que le sexe. L’esclavage chez les Soninké s’inscrit donc dans le temps long, puisque les hiérarchies sociales demeurent.
La plupart des sociétés mandé présentent une stratification tripartite. Les Horon / Foroba sont les hommes libres, qu’ils appartiennent à des lignages nobles ou roturiers. Les Nyamakala sont les membres des castes artisanales. Les Jon / Jongo sont les esclaves, aujourd’hui les dépendants. Ces appartenances sont héréditaires, sauf affranchissement explicite.
D’après Cohen et Sankoh (1995), le cas soninké est l’un des plus rigides du monde mandé car le statut d’esclave ne peut y être effacé. Il est indélébile puisque les descendants d’esclaves restent marqués, et cela, même après leur éventuel affranchissement. Les mariages entre Horon et descendants d’esclaves sont interdits, et les descendants d’esclaves sont exclus des fonctions d’autorité. Nous sommes donc bien en présence de sociétés dans lesquelles l’esclavage a certes été juridiquement supprimé, mais dans lesquelles subsiste sa réalité par ascendance. Ce statut est moins prégnant chez les Malinké ou chez les Bambara, peuples chez lesquels les mobilités sociales sont plus fréquentes. Mais tel n’est pas le cas chez les Soninké.
Or, le système soninké qui est donc l’un des plus institutionnalisés du monde mandé se retrouve dans la diaspora, ce qui explique largement les relations de travail et les clientèles électorales. Selon François Manchuelle (2004), le cas soninké est même comme un laboratoire de la sociologie des migrations ouest africaines. Il serait donc intéressant de voir comment cette réalité est articulée autour de la nouvelle équipe municipale de Saint-Denis en raison de l’endogamie stricte qui verrouille la mobilité sociale soninké. D’autant plus que Cohen et  Sankoh (1995) ont montré que la société soninké est un cas exemplaire permettant d’observer le passage « des propriétaires d’esclaves aux employeurs de travailleurs libres ».
En définitive, Saint-Denis pourrait être un laboratoire permettant de voir comment, une fois transplantée en France, une ancienne société esclavagiste sahélienne s’est transformée en société de migration de travail n’ayant rien abandonné de ses structures profondes et de ses enracinements. Nous voilà loin de l’« assimilation républicaine » …
Pour en savoir plus

Cohen, A ; Sankoh, G. S. K., (1995) Slavery, Emancipation and Labour Migration in West Africa : The Case of the Soninke. London.- Klein, M.A., (1998) Slavery and Colonial Rule in French West Africa. Cambridge University Press.- Lovejoy, P.E., (1983) Transformations in Slavery: A History of Slavery in Africa. Cambridge University Press (2e édition révisée : 2000 ; 3e édition augmentée : 2011.)- Manchuelle, F., (2004) Les diasporas des travailleurs soninké (1848‑1960). Migrants volontaires. Paris.- Meillassoux, C., (1975) L’esclavage en Afrique précoloniale. Paris.- Meillassoux, C., (1986) Anthropologie de l’esclavage : Le ventre de fer et d’argent. Paris.
Fin de l’analyse publiée par l’Afrique Réelle le 5 avril 2026.
En réaction à mon analyse en date du 5 avril 2026, le 15 avril 2026, le site Mondafrique a publié un article  intitulé « Bally Bagayokosommé de rendre des comptes… à ses ancêtres », et me mettant en cause.
La conclusion de cet article est pour le moins insolite car j’y suis accusé : « (…) d’expliquer les vivants par les morts, les choix par les origines, et la politique par la généalogie ».
Chers confrères de Mondafrique, c’est pourtant très exactement ce que font les décoloniaux, les déconstructeurs et les membres de la France Insoumise quand ils parlent des sociétés européennes puisque, selon eux, toute prise de parole d’un homme blanc est située, socialement, politiquement et historiquement dans son passé (sombre par postulat ), ce qui explique ses discours et ses prises de position « néocoloniales » d’aujourd’hui...Le problème est que le boomerang vous est revenu en pleine figure…et de cela, vous n’avez pas encore l’habitude…

Entretien à la Librairie Logos

Tue, 14/04/2026 - 16:30
Categories: Afrique, Swiss News

Monsieur le Maire Bally Bagayoko, et si nous parlions de l’esclavage héréditaire chez les Soninké ?

Sun, 05/04/2026 - 17:08
Monsieur Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, est d’origine soninké. Sa famille vient de la région de Koulikoro au Mali. En pointe dans le discours racialiste revanchard, la question « D’où parles‑tu ? » ne lui a jamais été posée. Elle ne pourrait pourtant qu’être bien acceptée par un proche de la France Insoumise puisqu’elle est née dans les milieux maoïstes et gauchistes des années 1968. Une question qui permet aujourd’hui aux décoloniaux et aux héritiers de Foucault, Bourdieu et Althusser de dresser l’acte d’accusation de l’homme blanc. Une interrogation signifiant pour les déconstructeurs que toute prise de parole est située, socialement, politiquement et historiquement, et qu’elle explique donc le discours et les prises de position. Ce que les anglo-saxons ont défini comme la « théorie du point de vue » (standpoint theory).
Alors, d’où  « parlez-vous », Monsieur Bally Bagayoko ?
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Categories: Afrique

L'Afrique Réelle n°196 - Avril 2026

Wed, 01/04/2026 - 09:22
Sommaire

Dossier : La visite du pape en Algérie
- La visite du pape, une « divine surprise » pour le régime algérien
- La christianisation des Berbères
- Papes et grandes figures chrétiennes berbères
- Pourquoi les Coptes et les Maronites ont-ils maintenu leur religion et non les chrétiens du Maghreb ?
- Y eut-il des survivances du christianisme après la conquête arabo-musulmane ?
Hydrocarbures : L’Afrique pourrait-elle remplacer le Moyen-Orient ?
- Le pétrole africain
- Le gaz africain
- Le cas de l’Algérie

Editorial de Bernard Lugan
Du 13 au 15 avril, le pape se rendra en Algérie, un pays dans lequel le catholicisme a été éliminé en 1962 par l’épuration ethnique des Européens, et où l’éradication du christianisme est depuis cette date une constante politique. Un pays dans lequel l’Eglise catholique qui a choisi la « discrétion » se cantonne à un rôle de « témoignage » timide et respectueux des autorités. Comme l’église catholique ne représente plus un danger pour l’unité islamique de l’Algérie, elle est donc choyée par le régime. Ce dernier s’en sert comme d’une vitrine, mettant en avant sa docile soumission à l’islamité du pays afin de contrer le prosélytisme actif et courageux des divers courants protestants et évangélistes, notamment chez les Berbères.En Algérie, la visite du pape va d’abord être l’occasion pour un régime aux abois de redorer son image internationale. Le récit officiel est d’ailleurs clair : « l’Algérie est la gardienne légitime de l’héritage culturel et spirituel de Saint Augustin »… Une telle hypocrisie sera naturellement relayée en France par les affidés et les stipendiés d’Alger.L’on nous dit que le voyage du pape permettra de redonner vie au « dialogue islamo-chrétien ». Mais de quel dialogue parle-t-on dans un pays où, selon le rapport de l’ONG International Christian Concern : « Le gouvernement considère le christianisme comme un danger pour l’identité islamique algérienne et tente par tous les moyens de réglementer l’Église pour la réduire à néant ». Un pays dans lequel les autorités associent le christianisme à une forme de « trahison identitaire » et d’allégeance à l’Occident. Un pays où, en 2010, le ministre des Affaires religieuses M. Bouabdellah Ghlamallah, déclarait que : « Personne ne veut qu’il y ait des minorités religieuses en Algérie, car cela risquerait d’être un prétexte pour des ingérences étrangères sous couvert de protection des minorités ». Un pays dans lequel l’apostasie qui est passible de deux à cinq ans de détention et d'une amende de 500 000 à 1 million de dinars, a pour résultat la mort sociale des « traitres ».
Avec la guerre d’Iran et les problèmes de circulation dans le détroit d’Ormuz la question se pose de la pérennité des approvisionnements des pays européens en pétrole et en gaz. D’autant plus que l’Europe a décidé de se couper de la production russe. Dans ces conditions, la question est posée de savoir si l’Afrique pourrait remplacer le Moyen-Orient. Une question absurde car, avec 6,73 millions de barils de pétrole par jour pour une production mondiale de 105,14 millions de barils par jour, l’Afrique, n’est qu’un acteur secondaire. De plus, comme pour ce qui est du pétrole, l’Afrique est un producteur modeste de gaz. Sa production moyenne est en effet d’environ 260 à 270 milliards de m³ de gaz par an quand la production mondiale se situe autour de 4 000 à 4 200 milliards de m³ par an. La part de l’Afrique tourne donc autour de 6 à 7% de la production mondiale. L’UE important environ 500 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit deux fois la production totale de l’Afrique, on voit donc mal comment, à court et à moyen terme, cette dernière pourrait remplacer ses sources principales d’importation.
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L’ONU vote une résolution qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité »… mais passe sous silence les traites inter-africaines et arabo-musulmanes

Sat, 28/03/2026 - 19:49
Le 25 mars 2026 par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions l’ONU a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité ». Ont voté pour cette résolution la totalité des pays africains à l’exception du Bénin, la totalité des Pays arabes, des pays asiatiques et du « Sud global », à l’exception d’Oman ; 3 États ont voté contre (États‑Unis, Israël et Argentine), et 52 Etats se sont abstenus dont tous les pays de l’Union européenne, plus le Royaume-Uni.

Avant l’analyse en profondeur réservée aux abonnés à l’Afrique Réelle, ce vote appelle trois remarques préalables :

1) Il est pour le moins « insolite » qu’aient voté pour cette résolution des pays ayant un puissant passé esclavagiste, ainsi:
- L’Egypte, où dans les années 1880, au Caire, les soixante-dix marchands d’esclaves ayant pignon sur rue, vendaient des hommes, des femmes et des enfants capturés  dans  l’actuel Soudan du Sud.- La Libye, dont les marchands d’esclaves d’hier razziaient la région tchadienne la vidant de sa population, et dont les trafiquants d’aujourd’hui réduisent  des milliers de migrants en esclavage,
- L’Algérie, dont les pirates écumaient la Méditerranée et ses littoraux à la recherche d’esclaves européens,
- La Mauritanie, véritable cas d’école où, malgré plusieurs abolitions l’esclavage qui est encore une réalité  touche les Haratines et certaines castes négro‑mauritaniennes, soit environ 1,2 % de la population. Et où Biram Dah Abeid, figure majeure du combat anti‑esclavagiste, fondateur  de l’IRA-Mauritanie (Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste), lauréat du Prix des droits de l’homme de l’ONU (2013) est régulièrement emprisonné.
- La Tanzanie, dont le seul marché de Zanzibar a vu passer des centaines de milliers d’esclaves,
- Les pays de la péninsule arabe qui étaient les pourvoyeurs de ce honteux commerce, ainsi que l’Iran et les pays du Moyen-Orient, destinations de ces esclaves…
La suite de cette analyse (91%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.
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Pour une analyse en profondeur de la question, on se reportera à mon livre Esclavage, l’histoire à l’endroit
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Offre spéciale 2 livres

Wed, 25/03/2026 - 13:35















Les élections à Roubaix, Lille, Saint-Denis et dans bien d’autres villes montrent que le « grand remplacement » s’est produit et que, comme le prophétisait Edouard Herriot en 1946, la France est devenue « la colonie de ses colonies ». Or, les lois de la démographie font que le phénomène va se développer et même s’accélérer. Pour y faire face, il est donc urgent d’en connaître les origines et d’en identifier les vecteurs. 
C’est pourquoi nous vous proposons deux livres argumentaires :- Colonisation l’histoire à l’endroit. Comment la France est devenue la colonie de ses colonies.- Pour répondre aux décoloniaux, aux islamo-gauchistes et aux terroristes de la repentance
50 euros les deux livres, port colissimo compris au lieu de 66 euros.60 euros pour livraison UE/Suisse80 euros pour livraison reste du monde
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Categories: Afrique, France

Réflexions à propos du prochain voyage du pape en Algérie.

Wed, 11/03/2026 - 22:54
En se rendant en Algérie au mois d’avril prochain, le pape Léon XIV, lui-même issu de l’ordre de Saint-Augustin, va donc marcher sur les pas de son maître spirituel, le Berbère saint Augustin. Ce dernier est en effet né le 13 novembre 354 à Thagaste, l’actuelle Souk Arras, et il est mort le 28 août 430 à Hippone, l’actuelle Annaba (Bône). C’est cependant un singulier voyage que le souverain pontife va entreprendre. Singulier en effet, et pour cinq grandes raisons :

1) Le chef de l’Eglise catholique va se rendre
en visite officielle en Algérie où en dehors de migrants sudsahariens et de quelques diplomates, les catholiques ont disparu, chassés en 1962 par une épuration ethnique organisée par les fondateurs de l’actuel régime.

2) Le pape va visiter l’Algérie où sa propre église qui s’est mise en dhimmitude volontaire a abandonné l’idée même de conversion. Se cantonnant à un rôle de « témoignage », elle va jusqu’à décourager les musulmans désireux de la rejoindre afin de ne pas « froisser » les autorités pourtant si « tolérantes » de l’Algérie. « Tolérantes » en effet car, dans ce pays où la Constitution reconnaît la liberté de culte, l’apostasie qui est passible de deux à cinq ans de détention et d'une amende de 500 000 à 1 million de dinars, a pour résultat la mort sociale des « traitres ».

3) Le christianisme existe en Algérie, mais ce n’est plus le catholicisme…Comme ce dernier a renoncé à sa mission, à sa vocation, les courants protestants et évangélistes l’ont en effet remplacé. Et le moins que l’on puisse dire, est que le pape n’est pas pour eux une référence religieuse…

4) En Algérie, où les centaines d’églises si vivantes avant 1962 ont été fermées, rasées, pillées, souillées ou transformées en mosquées, où les cimetières chrétiens ont été profanés et labourés, la visite du pape va être l’occasion pour un régime aux abois de redorer son image internationale. Le récit officiel est d’ailleurs bien rodé : « l’Algérie est la gardienne légitime de l’héritage culturel et spirituel de Saint Augustin » …Une telle hypocrisie qui abusera évidemment les éternels gogos sera naturellement relayée en France par les affidés et les stipendiés d’Alger.
 
5) Le pape va enfin être reçu dans un pays où, comme le résume un rapport de l’ONG International Christian Concern : « Le gouvernement considère le christianisme comme un danger pour l’identité islamique algérienne et tente par tous les moyens de réglementer l’Église pour la réduire à néant ». Un pays dans lequel les autorités associent le christianisme à une forme de « trahison identitaire » et d’allégeance à l’Occident. En 2010, le ministre des Affaires religieuses de l’époque, Bouabdellah Ghlamallah, déclarait ainsi : Personne ne veut qu’il y ait des minorités religieuses en Algérie, car cela risquerait d’être un prétexte pour des ingérences étrangères sous couvert de protection des minorités».
 
Mais pourquoi donc avoir choisi l’Algérie où, depuis 1962, tout a été entrepris afin d’éradiquer ce qui, de près ou de loin, pourrait remettre en question le dogme de l’unicité musulmane du pays ? L’on nous dit que ce serait pour redonner vie au dialogue islamo-chrétien. Certes, mais n’existait-il pas des pays musulmans africains dans lesquels le dialogue islamo-chrétien est une réalité vivante ? Le Vatican aurait ainsi, et par exemple, pu penser à l’Egypte, au Maroc ou encore au Sénégal…
 
Le numéro du mois d’avril 2026 de l’Afrique Réelle qui sera très largement consacré à l’histoire du christianisme nord-africain sera bâti autour de plusieurs grands thèmes dont :
- La réalité de la christianisation des Berbères à l’époque romaine.
- Les trois papes et les grandes figures chrétiennes berbères.
- Pourquoi les Coptes, les Maronites et tous les chrétiens d’Orient ont-ils maintenu leur religion malgré l’islamisation, et non les chrétiens du Maghreb ?
- Y eut-il des survivances du christianisme après la conquête arabo-musulmane du VIIIe siècle ?
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Categories: Afrique, Swiss News

L'Afrique Réelle n°195 - Mars 2026

Sat, 28/02/2026 - 22:02
Sommaire

Actualité
- Seif al-Islam Kadhafi assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie
Dossier- Maroc-Algérie-pays du Golfe, la nouvelle géopolitique du Maghreb
- L’Algérie exportera-t-elle encore des hydrocarbures en 2040 ?
- Le blé, une production stratégique pour l'Afrique
Histoire- Les « Accords d’Evian » ou le début de l’épuration ethnique des Européens d’Algérie et du massacre des Harkis
- L’Empire africain britannique, un « mauvais investissement » ?
- L’ethnogenèse des Berbères

Editorial de Bernard Lugan
Seif al-Islam Kadhafi a été assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie. Cette vieille terre berbère aujourd’hui arabisée et islamisée après avoir été tour à tour colonisée par les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Turcs, et enfin par les Italiens, se caractérise par la faiblesse du pouvoir central face aux permanences tribales et régionales. Véritables « fendeurs d'horizons », les ensembles tribaux les plus forts ont toujours contrôlé les couloirs de nomadisation reliant la Méditerranée à la région tchadienne. Les trafics d'aujourd'hui (drogue et migrants), se font le long de ces voies tracées par la géographie. N’ayant pas voulu voir que la réalité politique libyenne repose sur l’équilibre et sur les jeux de pouvoir entre les grandes confédérations tribales et régionales, ceux qui, en 2011, au nom de l'ingérence démocratique, mirent à bas le régime du colonel Kadhafi, ont directement provoqué le chaos. Ceux qui viennent de faire assassiner son fils Seil al-Islam ont décidé de l’entretenir car ils en vivent.
La longue histoire des Berbères précède de 10 000 ans la conquête arabo-musulmane. Une évidence niée par certains historiens « officiels » algériens, dont Mohamed El Amine Belghit, pour qui « l’amazighité est un projet idéologique sioniste-français par excellence » car, selon lui, les Berbères n’existent pas. En 1962, Abderrahmane Ben Hamida, ministre algérien de l’Education nationale, avait quant à lui déclaré que « Les Berbères sont une invention des Pères Blancs »… L’ethnogenèse des Berbères permet de réfuter un tel mensonge ethnique et historique.
L’Algérie se trouve dans une situation de grande vulnérabilité avec à la fois une baisse de la production des hydrocarbures, et une hausse de la demande interne. Or, comme les hydrocarbures représentent près de 95% des exportations et plus de 60% du budget algérien, la situation économique rentière du pays va inéluctablement devenir intenable.
En France, nous disposons des travaux pionniers de Jacques Marseille qui montrent que son empire colonial fut une ruine pour la France. Aujourd’hui, grâce aux publications universitaires récentes, il est possible d’affirmer que l’empire africain ne fut pas un élément de la puissance économique britannique car il n'en constituait qu’un élément secondaire, pour ne pas dire marginal. En revanche, il fut un espace stratégique, politique et symbolique. 
Les 18 et 19 mars, la France officielle et masochiste va « célébrer » l’anniversaire des « accords d’Evian » et du « cessez-le-feu » en Algérie. La « célébration » d’un abandon doublé d’une tragédie. Les accords d’Évian ont en effet été violés sur plusieurs points essentiels par les nouvelles autorités algériennes, notamment en ce qui concerne la sécurité des personnes (Harkis, Européens), les biens, et certaines clauses de coopération.
Categories: Afrique, Union européenne

La question du trésor du dey d’Alger, encore une fausse accusation algérienne lancée contre la France

Mon, 23/02/2026 - 17:41
Dans l’acte d’accusation de la France dressé par le régime algérien et ses affidés, la question du « pillage » du trésor du dey turc d’Alger revient en ce moment à travers le prisme d’une littérature obsolète. Dans l’ignorance la plus absolue de l’état des connaissances, les accusateurs de la France soutiennent ainsi que la France aurait décidé l’expédition d’Alger afin de faire main-basse sur ce trésor, et que ce dernier lui aurait rapporté des sommes considérables. Or, la réalité est une fois de plus bien différente de ces affirmations à but idéologique.  Outre le fait qu’il était le produit de décennies de razzia, de captures de navires, de ventes d’esclaves européens et de rançons, le trésor du dey d’Alger qui fut minutieusement inventorié s’élevait à 55 683 000 de francs de l’époque, soit l’équivalent d’environ 456.600 000 euros. De cette somme, doivent être retirés les frais de l’expédition qui s’élevaient à 48.500.000 francs, soitl’équivalent d’environ 397.000.000 euros, ce qui donne une « recette » pour la France de 7.183 000 de francs de l’époque, soit environ 58.900.000 euros. Or encore, il s’agit là d’une somme dérisoire. En effet, à titre de simple comparaison, le coût de fabrication d’une seule frégate de 40-50 canons (1800–1840) variait à l’époque entre 1,5 et 2,5 millions de francs, soit entre 26 et 40 millions d’euros. Le trésor du dey d’Alger aurait donc pu permettre de financer au maximum la construction de 2 à 3 frégates…  Pour mémoire, la flotte française qui se présenta devant Alger au mois de juillet 1830 était composée de 350 bâtiments dont 103 navires de guerre dont 5 ou 6 vaisseaux de ligne (74 canons), d’une quinzaine de frégates, des corvettes et bricks etc. Ces quelques chiffres permettent de mesurer l’abîme séparant la propagande algérienne de la réalité historique. Le numéro de l’Afrique Réelle du mois d’avril 2026 que les abonnés à jour d’abonnement recevront au début du mois contiendra une mise au point détaillée sur la question de ce trésor.Pour la remise en question globale de la fausse histoire algérienne, on se reportera à deux de mes livres : - Algérie l’histoire à l’endroitHistoire des Algéries des origines à nos jours 
Categories: Afrique, Defence`s Feeds

Nouveau livre de Bernard Lugan : Quand les Africains colonisaient l'Afrique

Sat, 07/02/2026 - 00:11


Editions du Rocher
En Afrique, la colonisation n’a pas débuté avec les Européens. Durant plusieurs millénaires, des Africains ont en effet colonisé d’autres Africains. Des colonisations internes à l’Afrique qui se firent dans le sang et qui aboutirent à de multiples « grands remplacements », les primo occupants étant éliminés, assujettis, réduits en esclavage, ou chassés par ceux qui s’emparaient de leurs terres. Avant sa colonisation par les Européens, dans toute l’Afrique, les peuples les plus forts colonisaient, soumettaient ou détruisaient les plus faibles. Réalité aujourd’hui occultée par « l’historiquement correct », la colonisation européenne libéra ceux des Africains qui étaient alors colonisés par d’autres Africains. Pour les peuples dominés, l’arrivée des Européens ne fut donc pas ressentie comme une conquête, mais tout au contraire comme une libération. Une libération des raids esclavagistes, de la mise en servitude, des diverses formes d’oppressions et de massacres. De plus, la brève parenthèse coloniale européenne (1890 à 1960) n’eut pas pour résultat le remplacement des populations locales par des colons-envahisseurs. Même quand il y eut peuplement, comme en Algérie ou en Rhodésie, les « colons » européens ne furent que très minoritaires. De plus, et à la différence des colonisations africaines, ils n’éliminèrent ni ne remplacèrent les populations indigènes. Tout au contraire, avec l’introduction des pratiques médicales, avec la vaccination, avec la création d’hôpitaux et de maternités, avec l’instauration de la paix, ils provoquèrent leur essor démographique.Dans ce livre qui explore l’histoire oubliée des colonisations millénaires internes à l’Afrique, Bernard Lugan démonte le mythe d’une Afrique n’ayant connu qu’une seule colonisation, celle de l’Europe. Il s’appuie sur des exemples variés et documentés : colonisation des Sahariens noirs par les Berbères, expansion des peuples bantuphones, colonisation des Berbères par les Arabes, conquêtes des Peul au Sahel, empire esclavagiste de Rabah, impérialisme Tutsi au Rwanda, double colonisation de Madagascar par des Indonésiens et des Africains, dévastation de la cuvette du Congo et des plateaux de l’est africain par la colonisation zanzibarite. Quant au sud du continent, les Shona, les Sotho et les Damara y étaient réduits en esclavage ou chassés de leurs terres par les Zulu, les Ndebele ou les Herero.En mettant en lumière ces dynamiques internes à l’Afrique, l’auteur entend rééquilibrer le récit « historiquement correct » destiné à culpabiliser les Européens. Il en ressort une histoire complexe, traversée de conflits, de grands remplacements, d’esclavages endogènes et d’empires oubliés.
Table des chapitres

Chapitre I : Le grand remplacement des Sahariens noirs
Chapitre II : La colonisation des bantuphones
Chapitre  III : La colonisation des  Berbères par les Arabes
Chapitre IV : Colonisations et grands remplacements dans l’ouest africain.
Chapitre V : La colonisation  du Sahel par les Peul
Chapitre VI : La colonisation-prédation de Rabah
Chapitre VII : La déferlante coloniale des Luo et des Couchites
Chapitre VIII : La double colonisation africano-indonésienne de Madagascar
Chapitre IX : La colonisation zanzibarite de l’Afrique orientale et de la cuvette du Congo
Chapitre X : La colonisation des savanes du sud par les Luba et les Lunda
Chapitre XI : La double colonisation sotho et nguni de l’Afrique australe
Chapitre XII : Liberia et Sierra Leone : des esclaves noirs devenus colonisateurs
Chapitre XIII : Quand les Damara étaient les esclaves des Herero

236 pages, index, 32 cartes couleur 

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