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Crime et blanchiment : un enjeu stratégique dans la lutte contre le crime organisé

Wed, 04/03/2026 - 20:30

En l’espace d’une quarantaine d’années, l’économie mondiale a été le théâtre d’un certain nombre de bouleversements liés à l’explosion des flux financiers internationaux accompagnant la croissance du commerce international de marchandises et celle des investissements directs à l’étranger.

Dans son ouvrage, Julien Briot-Hadar rappelle notamment que 3 % des flux financiers internationaux relèvent du monde de l’illicite. Si 62 à 67 % d’entre eux sont liés à la fraude fiscale, 30 à 35 % seraient liés au blanchiment d’argent dans un contexte où les montages mis en place par les criminels sont de plus en plus sophistiqués et difficiles à détecter. Aujourd’hui, selon l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le chiffre d’affaires engendré par les diverses activités liées au crime organisé — trafic de migrants, d’armes, de drogues, contrefaçons de médicaments — s’élève à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. En France, un rapport récent sur l’économie du trafic de drogues illégales faisait état de l’explosion du chiffre d’affaires de cette économie. Entre 2010 et 2023, celui-ci aurait triplé pour atteindre les 7 milliards d’euros. Des montants considérables qu’il faut blanchir et qui contribuent à l’irrigation de certains secteurs de l’économie nationale et au développement de la corruption de toutes les strates de la société.

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Discours du président sur la dissuasion nucléaire : une évolution logique plus qu’une révolution

Wed, 04/03/2026 - 11:11

La dissuasion avancée exposée par Emmanuel Macron signifie-t-elle que la France a perdu sa souveraineté sur l’usage de l’arme nucléaire ?

Des commentateurs ou personnalités politiques se sont inquiétés avant le discours du président de la République sur le risque que la France apporte la garantie de sécurité nucléaire à nos partenaires européens, en partageant la décision d’emploi de cette arme. Il n’en a rien été et la surprise vient davantage du fait que ce risque ait été évoqué. Une telle évolution était inenvisageable et ce pour deux raisons :

  • En premier lieu le rappel de l’unicité de décision d’emploi de l’arme nucléaire figurait dans la Revue nationale stratégique publiée en juillet 2025 : on voit mal pourquoi le président de la République serait revenu sur un principe qu’il avait approuvé neuf mois plus tôt ;
  • Le principe de l’unicité d’emploi dépend de l’arme en elle-même qui est, du fait de sa puissance exceptionnelle, radicalement différente de toute arme conventionnelle. On ne peut partager la décision ultime d’employer une telle arme et tous les dirigeants des pays qui possèdent l’arme nucléaire appliquent le même raisonnement. C’est donc un principe intangible. Il n’y a aucun risque que ce principe soit abandonné un jour et cela est vrai pour toutes les puissances nucléaires.

La dissuasion avancée ce n’est pas la dissuasion élargie. Ce n’est pas une révolution, ce n’est qu’une évolution tendancielle qui a commencé dès les années 1990. Notre responsabilité mais aussi nos intérêts en matière de défense ne se limitent pas à la défense des frontières de la France : Emmanuel Macron l’a rappelé lors de son discours, François Mitterrand l’avait déjà dit de manière très imagée en citant une anecdote lors de son discours sur la dissuasion de 1994. Répondant en 1987 à une question de Margaret Thatcher sur l’utilisation de l’arme nucléaire française, il indiquait que « si les Russes étaient à Bonn la guerre était perdue », et précisait que la dissuasion nucléaire française devait jouer dès le stade de déclenchement d’un conflit avec l’URSS et non quand il était trop tard[1].  On peut ajouter que dès la déclaration de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) d’Ottawa en 1974, les pays membres de l’OTAN, dont la France, avaient souligné que les forces nucléaires du Royaume-Uni et de la France étaient « en mesure de jouer un rôle dissuasif propre contribuant au renforcement global de la dissuasion de l’Alliance ».

Alors qu’est-ce qui a changé en ce 2 mars 2026 ?

En premier lieu, il y a un contexte stratégique bien plus menaçant qu’il y a 30 ans avec un pays, la Russie, qui menace clairement l’Europe. Parallèlement les États-Unis souhaitent que les Européens fassent plus pour leur défense, ce qui est légitime, mais on se demande jour après jour si ce pays est toujours prêt à se mobiliser pour défendre l’Europe si nous sommes attaqués : l’effet Trump, avec sa relation au minimum ambigüe avec Vladimir Poutine est indéniable. Il y a donc une demande de la part de nos partenaires européens pour que la France s’engage plus dans la défense de l’Europe alors que la France de son côté souhaite que l’Europe de la défense devienne une réalité et que le rôle de Paris soit affirmé et reconnu dans cette défense de l’Europe. Il y avait donc un intérêt commun à agir afin de reconnaitre plus nettement le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la défense de l’Europe, et ce sans que la souveraineté de la France sur sa force de dissuasion ne soit remise en cause par cet accord.

Qu’est-ce que la dissuasion avancée ?

En premier lieu, la dénomination de dissuasion avancée ne peut se comprendre que pour la distinguer de la dissuasion élargie des États-Unis dans le cadre de l’OTAN. C’est aussi un moyen d’éviter toute ambiguïté sur une éventuelle automaticité de l’emploi de notre force de dissuasion si l’un de nos partenaires européens était attaqué.

Il y a deux composantes dans la dissuasion avancée.

Le premier est celui d’exercice mettant en œuvre la dissuasion nucléaire en la couplant avec les forces conventionnelles des pays.  L’intérêt de ces exercices est de permettre à ces pays d’assimiler en quelque sorte la grammaire de la dissuasion nucléaire. Les exercices sont basés sur des scénarios, ce qui signifie qu’il y aura un apprentissage à la dissuasion nucléaire et donc une meilleure compréhension de celle-ci et notamment de son articulation avec les forces conventionnelles. Cela conduit également à mettre en place une forme de coopération renforcée dans le domaine de la défense avec les pays intégrant la dissuasion avancée avec « un travail commun sur la menace et le renseignement et des moyens de communication spécifiques ». Le mécanisme mis en place ressemble fortement à ce qui avait déjà été initié avec l’initiative européenne d’intervention (IEI) lancée en 2018 : c’est-à-dire créer une culture stratégique commune qui s’applique dans ce cas à la dissuasion nucléaire et non aux opérations extérieures : le Royaume-Uni qui n’est pas membre de l’Union européenne est d’ailleurs intégré dans la dissuasion nucléaire avancée comme il l’était dans l’initiative européenne d’intervention.

La deuxième composante est la possibilité de déployer des capacités nucléaires sur les pays ayant rejoint la dissuasion avancée. Mais il est précisé que ce sera « le déploiement de circonstances d’éléments de forces stratégiques chez nos alliés. », « les forces aériennes stratégiques pouvant se disséminer dans la profondeur du continent européen ». Comme dans tout discours sur la dissuasion, les mots ont été choisis soigneusement et cela signifie sans doute que ces déploiements ne seront pas permanents, à l’instar des armes nucléaires des États-Unis dans le cadre de l’OTAN, mais uniquement en cas de crise ou de menace faisant craindre une action militaire majeure et imminente de la Russie. On est bien dans une configuration complémentaire de la dissuasion qui est complémentaire de celle dans le cadre de l’OTAN avec les moyens nucléaires états-uniens.

Aspects conventionnels et relation avec les États-Unis : les autres points majeurs du discours du président

La dissuasion avancée implique aussi des initiatives relatives aux forces conventionnelles : c’est un des aspects novateurs de la proposition française.

Un des risques qui pèse en effet sur les Européens est celui du contournement par le bas de la dissuasion en raison de l’insuffisance des capacités conventionnelles. C’est d’ailleurs ce qui est demandé par les États-Unis et ce qu’a formalisé le sous-secrétaire d’État à la politique de défense du ministère de la Guerre des États-Unis Edridge Colby lors de la réunion ministérielle de l’OTAN le 9 février 2026. Emmanuel Macron cite trois domaines conventionnels prioritaires en lien avec la dissuasion qui doivent faire l’objet d’un effort particulier :  l’alerte avancée, la défense aérienne élargie et les protections antimissiles et antidrones ainsi que les capacités de frappe dans la profondeur. Il faut noter que le deuxième domaine, celui de la défense aérienne élargie, concerne les moyens que l’Allemagne avait décidé de développer dans le cadre de l’initiative European Sky Shield Initiative (ESSI) lancée en octobre 2022. À cette époque la France avait critiqué l’initiative allemande pour trois raisons :

  • Les Français n’avaient pas été associés à l’initiative ;
  • Les équipements militaires proposés dans le cadre d’ESSI étaient principalement états-uniens et israéliens ;
  • La France considérait qu’il était nécessaire d’inscrire une telle initiative dans un cadre doctrinal plus large ne se limitant pas à l’acquisition d’équipements et qu’il fallait notamment y inclure la dissuasion nucléaire. 

De ce fait le projet de dissuasion avancée semble, pour partie tout au moins, répondre aux attentes et critiques que la France avait formulées en 2022 en réintroduisant l’initiative allemande dans un cadre plus large. Mais il faut attendre bien entendu les développements à venir dans les semaines à venir pour savoir si Français et Allemands partagent maintenant une analyse commune ou tout au moins compatible sur ce sujet.

L’autre point concerne la relation avec les États-Unis et l’articulation de la dissuasion avancée avec la dissuasion élargie dans le cadre de l’OTAN. Emmanuel Macron a bien insisté sur le fait que la dissuasion nucléaire française était indépendante de celle de l’OTAN, que l’initiative était complémentaire de ce qui existait dans l’OTAN et que la démarche entamée s’était déroulée « en toute transparence avec les États-Unis ». La déclaration Macron-Merz publiée le même jour semble aller plus loin en parlant de « coordination avec les États-Unis ». Sur ce sujet quelques interrogations subsistent néanmoins. En premier lieu, si Edridge Colby lors de la réunion ministérielle de l’OTAN le 9 février 2026 avait indiqué que les Européens étaient en première ligne avec leurs moyens conventionnels pour défendre l’Europe au sein de l’OTAN c’était aussitôt pour rappeler que les États-Unis continueraient à fournir les moyens de la dissuasion nucléaire élargie. Une question va donc se poser nécessairement en cas de crise majeure : quelle coordination y aura-t-il entre la dissuasion avancée de la France, qui suppose le cas échéant le déploiement de Rafale équipés d’armes nucléaires dans les pays européens participants à la dissuasion avancée, et la dissuasion états-unienne élargie dans le cadre de l’OTAN avec les bombes B61 déployées en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, et en Turquie. Il faudra nécessairement qu’une coordination existe entre les deux ou à défaut que soit la composante otanienne avec les moyens états-uniens s’efface, ce qui signifierait que la garantie de sécurité nucléaire états-unienne n’existe pas, soit la composante française s’efface ce qui signifierait que le déploiement des armes nucléaires françaises dans ces pays européens serait impossible. La dernière explication possible est une démarche délibérée des États-Unis et de la France pour rester dans l’ambiguïté afin de rendre le calcul de la Russie encore plus difficile face à ces deux dissuasions complémentaires. Comme on le voit, il reste beaucoup d’inconnus à lever à ce niveau.

[1] Intervention de M. François Mitterrand, président de la République, sur la politique de défense de la France et la dissuasion nucléaire, le 5 mai 1994 à Paris.

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Les droits de l’enfant : comment en faire une priorité de l’aide internationale dans un contexte de baisse des financements ?

Tue, 03/03/2026 - 16:52

Dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques et de priorisation accrue des dépenses sécuritaires et militaires, comment l’UNICEF analyse-t-il la marginalisation progressive des droits de l’enfant dans les stratégies d’aide internationale des États donateurs ? Face à l’émergence de nouveaux acteurs influents de l’aide (pays du Sud, puissances régionales, financements conditionnés), comment l’UNICEF préserve-t-il l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’enfant, sans les subordonner à des intérêts géopolitiques ou diplomatiques ? Un an après les coupes de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et la baisse significative des financements européens, comment l’UNICEF adapte-t-il sa stratégie pour continuer à défendre les droits de l’enfant sans sacrifier les programmes essentiels ? Face à la concurrence accrue entre crises humanitaires, comment l’UNICEF hiérarchise-t-il ses interventions tout en garantissant le respect des droits fondamentaux des enfants, notamment dans les pays les plus fragiles ? Enfin, quel rôle peuvent jouer la société civile, le secteur privé et les citoyens pour compenser la baisse des financements publics et contribuer à remettre les droits de l’enfant au cœur de l’agenda international ?

Entretien avec Aïda Ndiaye, chargée plaidoyer et programmes internationaux à UNICEF France.

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Macron annonce la dissuasion avancée

Tue, 03/03/2026 - 10:52

Lors de son déplacement à l’île Longue en Bretagne, le 2 mars 2026, le président de la République Emmanuel Macron a délivré un discours consacré à l’avenir de la dissuasion nucléaire française, qui a lieu une fois par mandat présidentiel.

Entre guerre en Ukraine, incertitudes sur la garantie américaine et montée des tensions internationales, le président a présenté le concept inédit de « dissuasion avancée ». Que signifie cette évolution ? S’agit-il d’une européanisation de la force nucléaire française ? Cette nouvelle orientation signifie-t-elle que la France partage sa doctrine ou conserve-t-elle le contrôle exclusif de la décision ?

Mon analyse des enjeux stratégiques que soulève ce discours.

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L’autre « État de l’union »

Tue, 03/03/2026 - 10:30

Le 24 février, le président Donald Trump a prononcé son discours annuel sur « l’État de l’Union » devant les deux chambres du Congrès, un an après le début de son second mandat. Le discours était long et décousu, rempli d’autosatisfaction euphorique et d’attaques hyperboliques contre son opposition, dans un style qui lui est propre. Les thèmes abordés n’ont surpris personne parmi ceux qui suivent cette administration : les droits de douane, l’immigration, la possibilité d’une « fraude électorale » perpétrée par les démocrates, les succès économiques du président, la criminalité dans les villes dirigées par des démocrates, les risques posés par le régime iranien, les guerres que Trump aurait « terminées », la puissance militaire américaine sous son mandat, etc., etc. Comme à son habitude, le président s’est vanté de toutes les « victoires » remportées par le peuple américain sous sa direction.

Le même soir, les démocrates ont prononcé leur propre discours en réponse. Contrairement au discours présidentiel sur l’« état de l’Union », qui répond à une exigence constitutionnelle obligeant le président à faire « de temps à autre » un rapport au Congrès, la réplique de l’opposition relève d’une tradition relativement récente. Depuis 1966, alors que la télévision devenait un média politique de plus en plus puissant, le parti qui n’occupe pas la Maison-Blanche présente une réponse au discours officiel du président. Cette année, la porte-parole des démocrates, la gouverneure de Virginie Abigail Spanberger, a été chargée de cette tâche par la direction du parti au Congrès. Le discours de Trump, d’une durée de près de deux heures, fut le plus long de l’histoire de la République. La réponse de Spanberger — d’environ douze minutes — fut directe et concise.

L’intervention de la gouverneure dans l’enceinte de la chambre basse de la législature de Virginie en dit long sur la manière dont les démocrates comptent se positionner dans les mois à venir. Qu’avons-nous appris ?

Premièrement, la direction démocrate au Congrès ne semble pas vouloir faire de vagues. Spanberger représentait un choix relativement sûr et modéré pour s’exprimer au nom du parti. Ancienne agente de la CIA, la gouverneure de Virginie est une centriste issue d’un État du Sud devenu progressivement plus favorable aux démocrates ces dernières années, et elle a remporté l’élection haut la main l’an dernier. Le Parti démocrate traverse une période difficile, et ses dirigeants hésitent à prendre des risques à l’ère des bouleversements trumpiens. Or, de nombreux dirigeants plus jeunes, déçus par les résultats mitigés de leur parti lors des élections de 2024, ont plaidé pour une approche plus dynamique et populiste. Des progressistes combatifs et sans concession, comme la députée new-yorkaise Alexandra Ocasio-Cortez et le maire de New York Zohran Mamdani, incarnent l’avant-garde de cette orientation. Le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, et le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, ont toutefois décidé de ne pas s’engager dans cette voie pour l’instant.

Pourquoi ? En partie parce que l’attention se porte clairement sur les élections de mi-mandat en novembre prochain. La majorité républicaine à la Chambre ne tient plus qu’à une voix, et les démocrates espèrent reprendre le contrôle de cette assemblée. Ils entrevoient même une voie étroite, quoique difficile, pour reconquérir le Sénat. Trump obtient de mauvais résultats dans les sondages, y compris sur des thèmes qui lui ont souvent été favorables comme l’immigration et l’économie, et traditionnellement le parti du président en exercice perd des sièges lors des élections de mi-mandat. Les démocrates ont récemment remporté plusieurs succès électoraux, notamment l’élection de Spanberger et celle de son homologue gouverneur dans le New Jersey. Ce n’est pas le moment, semble-t-il avoir été décidé par les dirigeants du Congrès, de mettre en péril ce qui s’annonce comme une performance prometteuse. Cela ne signifie pas pour autant que le débat soit clos à l’approche de l’élection présidentielle de 2028.

Le discours de Spanberger a également mis en évidence le plan d’attaque des démocrates. La gouverneure a posé trois questions fondamentales à son auditoire : « Le président travaille-t-il à rendre la vie plus abordable pour vous et votre famille ? Le président œuvre-t-il à assurer la sécurité des Américains, ici et à l’étranger ? Le président travaille-t-il pour vous ? » Il n’est pas surprenant qu’elle ait commencé par la question du « coût de la vie », talon d’Achille de Biden et qui promet de l’être aussi pour Trump. Le président était manifestement sur la défensive sur ce point et s’est longuement étendu sur la baisse des prix sous son administration, affirmant que les démocrates étaient responsables du problème. Elle a soutenu que les droits de douane imposés par Trump constituaient en réalité une taxe massive sur les Américains, renchérissant le coût des biens pour les consommateurs. Spanberger a également insisté sur les risques liés au déploiement d’agents de l’immigration dans les villes américaines et mis en garde contre les dangers des politiques de Trump à l’égard de l’Iran ou de la Chine. Elle a en outre dénoncé la corruption personnelle du président. Autant de thèmes que l’on entendra probablement tout au long de la campagne.

Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department.

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Le conflit en Iran fait ressurgir la peur des conséquences d’un blocage du détroit d’Ormuz sur l’économie mondiale

Mon, 02/03/2026 - 17:58

Quelle est la place de l’Iran sur les marchés pétroliers et gaziers mondiaux ?

En 2025, l’Iran a produit environ 3,3 millions de barils par jour (mb/j) de pétrole brut et autour de 1,3 mb/j de distillats. Le pays représente ainsi environ 4,5 % de l’offre pétrolière mondiale et est, en janvier 2026, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le quatrième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), derrière l’Arabie saoudite (10,28 mb/j), l’Irak (4,34 mb/j) et les Émirats arabes unis (3,6 mb/j). Malgré son poids dans l’Organisation, l’Iran n’exporte qu’environ 1,5 mb/j de pétrole brut et de distillats. Certes les exportations iraniennes ont largement augmenté depuis 2020, période durant laquelle elles étaient tombées à leur plus bas niveaux des dernières années (0,4 mb/j), toutefois la structure des exportations s’est progressivement resserrée autour de la seule Chine. Pékin est en effet aujourd’hui la destination de plus de 90 % des exportations iraniennes contre moins de 25 % en 2017 ! Sur les marchés gaziers mondiaux, le constat est similaire. L’Iran est certes un acteur important avec les deuxièmes réserves mondiales (17,5 %) derrière la Russie (19,9 %) et environ 6,5 % de la production mondiale. Toutefois ses exportations ne représentent que 6,5 % des quantités produites et plus de 93 % du gaz iranien est consommé sur place. Les bombardements observés depuis samedi n’ont pour l’instant pas touchés d’infrastructures pétrolières et gazières (excepté des navires) qui se trouvent dans leur grande majorité dans le sud et le sud-ouest du pays. Pour le pétrole, l’île de Kharg représente à elle seule 90 % des exportations de pétrole brut. Dès lors les risques de déstabilisation des marchés énergétiques mondiaux par la seule coupure des exportations iraniennes restent faibles. Les marchés pétroliers sont sous-pressions non pas en raison des seuls bombardements sur l’Iran mais face au risque global de déstabilisation de la région et de leurs flux pétroliers dans le détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz reste toujours ainsi stratégique dans la géopolitique mondiale de l’énergie ?

Oui le détroit d’Ormuz est encore aujourd’hui l’un des points névralgiques les plus importants de la géopolitique énergétique mondiale. Et le conflit en Iran fait ressurgir la peur des conséquences d’un blocage du détroit d’Ormuz sur l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique et le golfe d’Oman, est situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman. Il mesure environ 63 km de long pour environ 40 km de large à l’endroit le plus resserré et ses couloirs de navigation ne dépassent pas 3,7 km. Ormuz a une triple importance stratégique. En 2025, sur les 102 millions de barils de pétrole (mb/j) consommés par jour au niveau mondial, près de 76 mb/j ont été transportés par voie maritime. La majeure partie d’entre eux a emprunté le détroit de Malacca (23,7 mb/j) et le détroit d’Ormuz (20,1 mb/j). Ainsi le seul détroit d’Ormuz voit passer près de 20 % du pétrole consommé au niveau mondial. Une grande partie des exportations des principaux pays producteurs de la région (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Irak, Koweït et Qatar) passe par ce dernier, dont plus de 75 % ont pour destination l’Asie. C’est donc ce goulot d’étranglement spécifique qui inquiète les marchés. Il faut également rajouter que les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL), notamment en provenance du Qatar utilisent le même trajet et 20 % des flux mondiaux de GNL y transitent. Il est également le point de passage final de l’ensemble des échanges commerciaux dans le golfe Persique, lieu d’affrontement durant la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988, et avec les États-Unis en 1987 et 1988 durant la guerre des tankers. Enfin, le détroit d’Ormuz est le principal objet de chantage et un véritable outil de pression de l’Iran envers ses voisins et les États-Unis. Mais, même au plus fort du conflit Iran-Irak durant les années 1980 ou durant les guerres du Golfe, il n’avait jamais été fermé, remettant en question la volonté et la capacité de l’Iran à le bloquer. Cependant la volonté des gardiens de la révolution de fermer le détroit et d’entrer dans une logique du pire est aujourd’hui affirmée et, avec les bombardements iraniens observés dans les pays du golfe Persique ce week-end, la situation se complique sensiblement.

Les bombardements en Iran interviennent dans une conjoncture particulière sur les marchés pétroliers qui pourraient limiter une hausse durable des prix ?

Les principales incertitudes aujourd’hui tournent autour de deux questions : la durée du conflit et son impact sur les flux pétroliers dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz. Ce dimanche, deux navires ont ainsi été touchés, ce qui pourrait augurer le pire en matière de conséquences économiques et environnementales. De manière générale ce sont les évènements géopolitiques observés depuis janvier 2026 notamment au Venezuela et dans une moindre mesure les diminutions de la production au Kazakhstan et en Russie qui ont permis aux cours du pétrole de se maintenir autour de 60 dollars le baril. En février 2026, les cours du pétrole brut Brent se sont hissés à environ 70 dollars en raison des tensions observées entre les États-Unis et l’Iran et l’absence d’avancée concrète dans les négociations. Qui peut dire à combien peut monter le pétrole dans un contexte de blocage total du détroit ? En juin 2025, lors de bombardements américains sur les installations nucléaires iraniennes (guerre des 12 jours), les prix avaient augmenté de près de 15 % pour atteindre plus de 80 dollars, avant de retourner vers leur niveau d’équilibre à moins de 70 dollars. Lundi 2 mars à l’ouverture des marchés ils ont atteint environ 80 dollars mais les incertitudes demeurent. Les prix risquent d’évoluer au gré des développements observés dans la zone et la crainte reste une hausse continue à plus de 100 dollars, impactant une croissance mondiale déjà affaiblie par les questions douanières et les aléas géopolitiques depuis début 2026. Certains acteurs semblent avoir pris leurs précautions puisque les exportations de pétrole brut avaient accéléré depuis près d’une semaine dans le Golfe. En outre, les principaux pays de l’OCDE disposent de stocks stratégiques (environ 90 jours d’importations nettes pour les pays membres de l’AIE) qui peuvent limiter la hausse des prix en rassurant les marchés. Et certains pays du golfe Persique peuvent également détourner une partie des flux vers la mer Rouge à travers leur réseau d’oléoduc. L’Arabie saoudite a ainsi une possibilité de détourner 60 % de ses exportations de pétrole brut (8,2 mb/j en 2024), tout comme les Émirats arabes unis ou le Qatar pour le gaz via le port de Fujairah dans le golfe d’Oman[1]. L’OPEP qui s’est réunie le 1er mars, a décidé de son côté d’augmenter ses quotas de production de 206 000 barils par jour, ce qui reste faible au regard des évènements survenus ce week-end. Les alternatives restent ainsi limitées puisque le contournement maximum de cargaisons du détroit laisserait tout de même une perte estimée entre 8 et 10 millions de barils pour les marchés. Plus globalement dans un contexte de crise, c’est la peur qui imprègne les marchés. Elle fait ressurgir le spectre d’une crise comparable aux chocs pétroliers de 1973-1974 et de 1979 qui avaient précipité l’économie mondiale dans la récession. Elle révèle notamment l’importance toujours prégnante du pétrole pour les économies et la nécessité d’accélérer les politiques de décarbonation du secteur du transport. La décarbonation est le meilleur levier pour limiter les conséquences des risques géopolitiques sur les marchés pétroliers.

Les bombardements interviennent pourtant dans une période plutôt particulière sur les marchés pétroliers. Ces derniers étaient, début 2026, en fort déséquilibre en raison d’une demande plus faible qu’attendue et que l’AIE a encore révisé à la baisse dans son dernier Oil Market Report de février 2026 (de + 0,93 mb/j à 0,85 mb/j) et d’une croissance importante de l’offre pétrolière. L’AIE estimait ainsi une situation d’excédent d’offre pétrolière à environ 3,7 mb/j en 2026 quand le département américain à l’énergie l’estimait de son côté à 3,1 mb/j contre 2,7 mb/j en 2025. Les fondamentaux de marchés avant le conflit invitaient plutôt à considérer des prix bas (autour de 60 dollars) pour 2026 et 2027. Les marchés pétroliers étaient ainsi en importante transformation. D’une part en raison des politiques de décarbonation, la croissance de la demande pétrolière ralentit et se trouve tirée exclusivement par les pays non-OCDE. D’autre part si la Chine a tiré la croissance mondiale de pétrole sur la dernière décennie, la croissance de sa demande a fortement ralenti et l’Inde pourrait devenir rapidement le principal moteur. Enfin du côté de l’offre, les politiques de l’OPEP et des autres producteurs restent fondamentales. En 2026, l’ensemble des Amériques (Argentine, Brésil, Canada, États-Unis et Guyana) pourrait à eux seuls ajouter 1,3 mb/j à l’offre mondiale Un choc pétrolier n’est donc pas inenvisageable à court terme au vu des développements observés dans le golfe Persique, mais 2026 ne sera pas 1974 en raison d’une intensité pétrolière moindre pour l’économie mondiale et avec des fondamentaux de marchés qui invitent plutôt à envisager des prix bas pour les années à venir.

[1] Passages stratégiques maritimes et sécurité énergétique européenne : bouleversements géopolitiques et stratégies de mitigation, rapport de l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques, n°22, juillet 2025.

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Iran : le régime décapité, et après ?

Mon, 02/03/2026 - 12:23

Une opération israélo-américaine lancée le 28 février a éliminé l’ayatollah Khamenei et plusieurs hauts responsables iraniens. Malgré ce coup porté au sommet de l’État, le régime se maintient. Déjà contesté à l’intérieur, entouré d’ennemis, sans soutien de la part de ses partenaires des BRICS, sera-t-il capable de durer ? Par quel degré de répression ?

La riposte iranienne contre les pays arabes voisins ouvre la voie à un conflit régional élargi, aux conséquences potentiellement bien plus vaste. Du côté des États-Unis, c’est la division qui prévaut : seule une minorité soutient l’action militaire, y compris au sein de la base MAGA.

Au-delà des dilemmes stratégiques pour Washington et Tel-Aviv sur qui pèsent des risques d’enlisement, se pose la question des violations du droit international d’une telle opération. Mon analyse.

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Attaques israélo-états-uniennes contre l’Iran : quelles conséquences sur les monarchies du Golfe ?

Mon, 02/03/2026 - 12:18
Les pays du Golfe face à un voisinage contraint

Devant cette menace, les monarchies du Golfe se sont rapprochées de l’Occident honni par Téhéran. Elles ont construit leur prospérité sous le parapluie de la protection états-unienne et des pétrodollars alors que l’Iran subissait les conséquences des rêves d’expansion de leurs dirigeants par des sanctions de plus en plus sévères et un isolement progressif.

Pendant ces quatre décennies les monarchies du Golfe, à des degrés divers, ont essayé de contenir l’influence de leur remuant voisin. Une grande partie du commerce sous embargo vers l’Iran passait par Dubaï tandis qu’Oman, fort de sa neutralité affichée, essayait de jouer les facilitateurs ou « de boîte aux lettres » entre les Téhéran et Washington. La première partie des négociations sur l’accord sur le nucléaire iranien a débuté à Mascate en Oman en 2011. Depuis lors, le sultanat entretient de bonnes relations avec la République islamique d’Iran mais n’a jamais été très proche. Les Omanais se sont toujours méfiés de leur voisin avec lequel ils partagent le contrôle du détroit d’Ormuz.

Le Qatar quant à lui a essayé de son côté de maintenir des relations de bon voisinage avec Téhéran.

Bahreïn a toujours eu des relations compliquées avec la République islamique d’Iran. La famille Al-Khalifa, au pouvoir et de confession sunnite, soupçonne Téhéran de soutenir la composante chiite (représentant environ 50 % de la population) et de fomenter des troubles dans le pays. À ce titre, les évènements de 2011 qui ont fait vaciller le trône sont très vivaces dans la mémoire des Bahreïnis.

Autre grande puissance du Golfe, l’Arabie saoudite possède également une composante chiite, bien que minoritaire et sur sa façade orientale. La monarchie saoudienne gardienne des lieux saints de l’Islam se méfie également de son voisin iranien. À plusieurs reprises des troubles ont été provoqués par Téhéran lors du pèlerinage à la Mecque. La monarchie saoudienne gardienne des lieux saints de l’Islam se méfie de son voisin iranien. Par ailleurs, Riyad voyait avec inquiétude se constituer un « axe de la résistance » dominé par Téhéran autour du Royaume (Hezbollah au Liban, régime d’Assad en Syrie, chiites en Irak et Houthis au Yémen). Un croissant chiite qui avaient des allures d’encerclement quasi-total. Cependant, l’affaiblissement du Hezbollah avec l’élimination par les Tel-Aviv du charismatique Hassan Nasrallah en septembre 2024, la chute du régime d’Assad en décembre de la même année  et les frappes israélo-américaines en juin 2025 ont desserré cet étau.

L’Arabie saoudite qui, contrairement aux Émirats arabes unis et Bahreïn, a fait le choix de ne pas rejoindre les accords d’Abraham, a profité de sa stature de leader régional pour emprunter une autre voie tout en rééquilibrant son alliance avec les États-Unis .

S’il fût un temps il avait été envisagé d’inclure l’Iran (affaibli) dans une architecture de sécurité au Moyen-Orient, un nouvel axe sunnite est en cours de constitution marqué par le rapprochement entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan (seul État musulman à posséder l’arme atomique). Cette nouvelle donne permet aux saoudiens de ne pas dépendre exclusivement des États-Unis pour leur sécurité.

Quelles réactions les attaques iraniennes risquent-elles de susciter auprès des pays du Golfe ?

En s’attaquant à ses voisins du Golfe l’Iran a pris le risque de rompre l’équilibre fragile qui s’était instauré au fil des ans. Pour l’instant, les pays attaqués sur leur sol n’ont pas répliqué mais qu’en sera-t-il si ces pays décidaient de le faire ? La plupart de ces pays sont liés par des accords de défense avec les États-Unis mais également avec la France et le Royaume-Uni. La France sera-t-elle contrainte de participer à la défense des Émirats arabes unis en vertu des accords de défense qui les lient ? L’attaque contre la base d’Al Dhaffra restera-t-elle sans conséquence ?

Même le Sultanat d’Oman n’a pas été épargné par les missiles iraniens qui ont visé le port de Doqum (où Britanniques et États-Uniens bénéficient de facilités portuaires). En n’épargnant pas le Sultanat, l’Iran se prive d’un précieux soutien et notamment du seul pays « ami » de la région qui s’est beaucoup dépensé pour aboutir à un accord qui aurait évité l’attaque américaine. Il est peu probable que les Omanais ne réagissent pas à la fermeture du détroit d’Ormuz dont ils partagent le contrôle avec l’Iran.

Les attaques du 28 février 2026 plongent la région dans l’inconnu et risquent d’avoir des retombées imprévisibles. Il est encore trop tôt pour prévoir les conséquences des attaques en cours sur l’Iran. Le régime des Mollahs et des Gardiens de la révolution va-t-il s’effondrer ou vaciller après l’élimination de Ali Khamenei le Guide suprême. Qui sera envisagé pour remplacer la théocratie et les Pasdarans ? Nul ne le sait encore. Le pouvoir iranien a-t-il les ressources pour survivre et sous quelle forme ? En cas de chaos comment gérer le voisinage d’un pays qui compte 85 millions d’habitants ? Toutes ces questions demeurent pour l’instant sans réponse.

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Value Chains and Security of Supply for Environmental and Energy Transitions-Enabling Technologies in the Defence Sector

Mon, 02/03/2026 - 12:00

The increase in defence spending in the last years has prompted new equipment acquisitions of defence equipment that European countries have primary focused to replenish inventories. In view of the European Union’s 2030 Green Deal goals, what is the impact of the acquisitions on the environmental and energy transition in defence and what are the required critical raw materials (CRM)? This commentary investigates the geopolitical importance of critical raw materials (CRM) for defence and green transition and assesses how disruptions of the related supply chain can affect defence in Europe. After delineating the major European measures and activities implemented to ensure security of supply, the commentary concludes by arguing that steps taken for a wider use of alternative materials, sources, international partnerships and increased recycling of materials might not be enough to ensure both conventional defence production and environment and energy transition in defence.

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Les Lazes de Turquie, une minorité oubliée ?

Fri, 27/02/2026 - 16:59

Le processus de paix amorcé depuis fin 2024 entre l’État turc et le PKK replace au cœur des débats la question de l’inclusion des minorités ethno-culturelles au sein de la République de Turquie. Tuncer Bakırhan, co-dirigeant du parti de gauche multiculturaliste DEM et intermédiaire clef entre le leader emprisonné du PKK Abdullah Öcalan et l’État, a ainsi déclaré en janvier 2026 qu’était venu le temps « de reconnaître la réalité kurde ». Résumer la question de l’inclusion des minorités à cette seule cause serait pourtant une erreur. La mosaïque culturelle du pays se compose également de groupes plus discrets, à l’image des Lazes qui peuplent les côtes de la mer Noire proches de la Géorgie. Cette population apparaît
comme relativement bien intégrée à l’État-nation turc et peu revendicatrice de sa différence. Au contraire, les Lazes sont même souvent considérés comme plus conservateurs et nationalistes que le moyenne. Le président Recep Tayyip Erdoğan n’hésite d’ailleurs pas à instrumentaliser cette communauté pour mieux critiquer l’activisme politique kurde. Pourtant, les Lazes sont eux aussi porteurs de certaines revendications concernant la préservation de leur culture et en particulier leur langue, considérée comme « en voie de
disparition » par l’UNESCO.

Se pencher sur leur situation, au moment où s’écrit un nouveau chapitre de la question des minorités en Turquie, permet une compréhension plus fine des enjeux liés à cet enjeu capital pour le pays.

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La vision du Népal sur l’Indo-Pacifique : un paysage stratégique en mutation

Wed, 25/02/2026 - 19:14

L’Indo-Pacifique est devenue la région la plus dynamique et la plus disputée du XXIe siècle.

Englobant 60 % de la population mondiale et contribuant à plus de 65 % du PIB mondial, c’est un foyer d’innovation, de commerce et de connectivité. S’étendant de la côte orientale de l’Afrique aux rivages occidentaux des États-Unis, l’Indo-Pacifique relie les océans Indien et Pacifique, deux artères du commerce mondial et de la sécurité internationale. Plus de la moitié du commerce maritime mondial, notamment le pétrole, le gaz et les matières premières, transite par ces eaux, ce qui en fait le cœur stratégique de la géopolitique mondiale.

Pour le Népal, bien qu’enclavé, l’Indo-Pacifique n’est pas une réalité lointaine. C’est une réalité interconnectée qui influence l’économie, la diplomatie et la sécurité du pays d’une manière souvent sous-estimée. Alors que de nouvelles rivalités entre grandes puissances se déploient dans la région, notamment entre les États-Unis et la Chine, et que des cadres comme le QUAD et l’AUKUS redéfinissent l’ordre régional, le Népal a besoin d’une vision claire et prospective de l’Indo-Pacifique, ancrée dans ses intérêts nationaux, ses valeurs démocratiques et ses aspirations en matière de développement.

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Géopolitique : le choix de l’indépendance. Avec François Ruffin

Wed, 25/02/2026 - 18:46
Pascal Boniface · Géopolitique : le choix de l’indépendance. Avec François Ruffin | Entretiens géopo

La politique internationale revient au premier plan du débat public français et occupera une place centrale dans les programmes présidentiels à venir. Face aux reconfigurations géopolitiques majeures engendrées par le second mandat de Donald Trump, parmi lesquelles une remise en cause du système international et de la relation transatlantique, la France et l’Union européenne ne peuvent aujourd’hui plus compter sur leur allié historique. Par ailleurs, les dépendances stratégiques auxquelles elles sont soumises ainsi que les accusations de doubles standards à son encontre viennent éroder leurs influences sur la scène internationale. Si la France souhaite conserver sa souveraineté stratégique, l’heure est donc à l’indépendance géopolitique pour la France et l’Union européenne, tant sur le plan politique à travers la diversification de ses partenaires que sur le plan industriel en relocalisant les industries jugées stratégiques pour le pays.
Quelle posture la France doit-elle adopter sur la scène internationale ? Peut-elle réellement retrouver une marge d’autonomie stratégique sans soutien états-unien ? La France doit-elle négocier avec la Chine ? Comment renouer avec les pays du Sud ?
Dans ce podcast, je reçois François Ruffin, candidat à l’élection présidentielle.

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Iran : la bombe hydrique

Wed, 25/02/2026 - 17:54

Vue de loin, en tout cas d’ici, en Europe et en France, parler de l’Iran, c’est mettre l’accent sur les Mollahs, les centrifugeuses, les missiles et les milices. À en oublier parfois les massacres de population, terribles ces dernières semaines, mais qui sont hélas récurrents dans ce régime autoritaire hyper-répressif. La République islamique vient de célébrer son 47e anniversaire et nous commentons, en raison des parades militaires à Téhéran et de l’armada états-unienne qui s’avoisine, les déclarations de l’Ayatollah Ali Khamenei et du président Donald Trump. Le premier aura bientôt 87 ans ; le second 80 ans. De nombreux analystes redoutent le pire, notamment une escalade non souhaitée qui mécaniquement engendrerait une guerre ou des frappes ciblées de grande ampleur, bien plus périlleuses pour la région que celles déjà effectuées sur l’Iran par les bombardiers américains l’an dernier. D’autres mettent en avant le jeu économique qui se trame en coulisses dans les négociations actuelles entre ces deux pays. La République islamique d’Iran se dit prête à discuter de son programme nucléaire, comme l’exige la Maison-Blanche, à condition d’une levée des sanctions commerciales qui pèsent sur le pays depuis des années. Le pays veut se réinsérer sur la scène internationale en raison d’un besoin de développement économique considérable. Les États-Unis savent aussi que ce marché de près de 100 millions d’habitants n’est pas insignifiant en perspective. Le business n’est jamais oublié dans leur action diplomatique, règle d’or que galvanise le transactionnalisme de l’administration Trump.

Pourtant, la bombe la plus dangereuse qui menace l’Iran n’est peut-être ni atomique ni balistique. Elle est hydrique. Et elle est déjà amorcée. Depuis des années, ce pays glisse vers une pénurie structurelle d’eau. Plus de 70 % de ses principaux aquifères sont surexploités. Les nappes phréatiques s’effondrent et les réservoirs atteignent des seuils critiques. Les ressources en eau renouvelables ont chuté d’un tiers en deux décennies. Certaines régions approchent le seuil de pénurie absolue. Dans plusieurs provinces, les sécheresses répétées ne sont plus des accidents climatiques, mais des réalités cruelles, générant des tensions entre usagers, notamment agricoles. 2025 a probablement été l’année la plus sèche depuis le début du siècle. L’Iran a longtemps fait de l’autosuffisance alimentaire un impératif, avec d’ailleurs un ministère de l’Agriculture qui est celui dit du Djihad (« combat ») agricole. Les sanctions internationales ont renforcé cette doctrine : produire chez soi pour ne pas dépendre de l’extérieur.

Blé, riz, betterave à sucre : des cultures exigeantes en eau ont été encouragées dans des territoires arides. L’eau a été massivement subventionnée. L’énergie bon marché a favorisé le pompage intensif. Des centaines de milliers de puits ont été creusés, souvent sans contrôle rigoureux. Le résultat est implacable : l’extraction dépasse largement la capacité de régénération naturelle, des sols s’affaissent et les systèmes traditionnels d’irrigation, comme les qanats, se dégradent. En voulant sécuriser son alimentation, l’Iran a fragilisé sa ressource vitale. Cette contradiction est au cœur d’un dilemme stratégique cependant spécifique : comment concilier sécurité alimentaire, stabilité sociale et durabilité environnementale dans un pays soumis à des sanctions commerciales internationales, à une pression démographique urbaine et à un climat de plus en plus instable ? Dit autrement, les Iraniens sont enfermés : par l’idéologie du régime d’un côté ; par la géographie sous contraintes de l’autre.

Cette insécurité hydrique n’est pas un problème uniquement environnemental. Il s’agit d’un enjeu de stabilité nationale. La crise de l’eau se voit et se ressent. Dans plusieurs provinces, des manifestations ont éclaté sous le slogan « Nous avons soif ». Des agriculteurs voient leurs vergers mourir, leurs troupeaux décliner. Des populations rurales migrent vers des villes déjà saturées, accentuant le chômage et les tensions sociales. Les transferts d’eau interprovinciaux, destinés à alimenter des centres industriels ou des métropoles comme Téhéran, sont perçus comme des injustices territoriales. Et dans la capitale même, le stress hydrique et l’accès à l’eau potable sont devenus des sujets critiques ces derniers mois, à mettre en écho à cette inflation considérable des produits alimentaires, plus de 70 % en 2025… Il faut avoir ces éléments à l’esprit pour comprendre pourquoi des Iraniens descendent aussi dans la rue exprimer leur colère.

L’Iran a appris à vivre sous la menace d’une frappe militaire et a développé une stratégie de dissuasion. Mais face à la dégradation progressive de ses ressources en eau, aucune dissuasion n’est possible. La bombe atomique relève du calcul stratégique. La bombe hydrique relève de la réalité physique. L’eau conditionne la trajectoire d’un pays. Dans le cas iranien, elle est le facteur silencieux qui redessine, en profondeur, l’équilibre intérieur et la posture extérieure. Cette bombe hydrique n’explose pas en un instant. Elle se diffuse lentement, depuis des années, fragilise les territoires iraniens et érode les bases minimums de la sécurité humaine, dans un pays où tout est déjà compliqué, codé et conditionné. La crise déborde des frontières iraniennes, l’eau étant un facteur de divisions et de compétitions dans un Moyen-Orient qui en manque cruellement.

Un pays confronté à une pénurie structurelle d’eau est un pays dont la marge de manœuvre intérieure se réduit. Un pays dont les zones rurales se désertifient est un pays dont la stabilité sociale devient plus précaire. Que se passera-t-il si les pénuries s’aggravent ? Si les migrations internes s’accélèrent ? Si la production agricole chute durablement ? Si la dépendance aux importations alimentaires augmente dans un contexte où l’Iran ne serait pas réinsérée sur la scène géoéconomique internationale ? Quoique fasse Donald Trump, quoiqu’il advienne ces prochaines semaines, pour le régime des Mollahs comme pour la région entière, la rareté de l’eau constituera un invariant géopolitique majeur. Ne pas regarder cette problématique, c’est s’extirper du temps long et du stratégique. La sécurité alimentaire et hydrique fait partie intégrante de la sécurité tout court. Cela vaut pour l’Iran, comme pour le reste du monde. En Europe, nous aurions tort de sous-estimer cette équation.

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Localisation de l’aide : dix ans après le « Grand Bargain », un an après la fin de l’USAID

Tue, 24/02/2026 - 17:49

Dix ans après son adoption, dans quelle mesure le Grand Bargain a-t-il permis de modifier les rapports de pouvoir au sein du système humanitaire international (notamment dans le réajustement des partenariats entre organisations du Nord et du Sud) ? Du point de vue d’ALIMA, quels sont aujourd’hui les mécanismes politiques, financiers et institutionnels qui continuent de freiner le transfert effectif de ressources et de leadership vers les organisations de la société civile locale ? Dans quelle mesure les cadres de gestion
du risque, de redevabilité et de conformité participent-ils à la reproduction de ces déséquilibres ? Un an après les évolutions récentes des politiques et modalités de financement d’USAID, observe-t-on une dynamique de recentralisation du pouvoir décisionnel ou, au contraire, des ouvertures concrètes en faveur d’une plus grande autonomie des acteurs locaux ? Quels effets ces changements produisent-ils sur la capacité des organisations de la société civile locales à se projeter sur le long terme ?

Entretien avec Dr Moumouni Kinda, directeur général d’ALIMA.

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Quatre ans de guerre : où en est la Russie ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 24/02/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale.
Aujourd’hui, échange avec Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS et ancien ambassadeur de France en Russie, pour dresser le bilan après quatre années de guerre en Ukraine et analyser la situation actuelle de la Russie.

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Poutine a gagné des territoires, pas la guerre

Tue, 24/02/2026 - 11:33
Quatre ans après le déclenchement de la guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine, quel bilan peut-on en tirer ?

Tout d’abord, sur le plan humain, il s’agit d’une catastrophe. La guerre a vraisemblablement fait des centaines de milliers de tués, de blessés et de mutilés de part et d’autre. Un bilan humain absolument détestable.

Sur le plan géopolitique, qui en tire avantage ? Qui en paye le prix ? Du côté de la Russie, le crime n’a pas payé. Déjà, en 2014, Vladimir Poutine avait gagné la Crimée mais avait « perdu » l’Ukraine. Depuis 2022, il a gagné des territoires qu’il ne restituera pas mais il a beaucoup plus perdu en termes de statut et de puissance. La Russie est affaiblie par cette guerre. Vladimir Poutine avait pour ambition de restaurer la grandeur de la Russie lorsqu’il a pris le pouvoir. Il y est parvenu jusqu’en 2022, parce qu’effectivement, année après année, il pouvait affirmer que la Russie se portait mieux depuis qu’il exerçait le pouvoir qu’avant qu’il n’y arrive. Mais depuis 2022, la Russie marque un recul : elle ne poursuit plus le développement de sa puissance. La guerre l’a affaiblie et, durablement, la Russie « pèse » moins en Europe et dans le monde qu’avant le déclenchement de la guerre : elle perd des hommes sur le front, mais aussi à l’arrière, avec des jeunes diplômés qui ont fui la mobilisation, les restrictions de liberté et la répression. Une perte couteuse, particulièrement dans certains secteurs, comme celui des nouvelles technologies. La Russie est également en recul sur le plan économique. Si son économie n’a pas été mise à genou par les sanctions – en grande partie grâce à la mise en place d’une économie de guerre – elle paye le prix de la guerre et le paiera dans les années à venir. Si elle n’est pas coupée du reste du monde, contrairement à ce qu’avaient espéré les Occidentaux, elle a beaucoup perdu en termes d’image et de relations. Certes, Donald Trump est un appui sérieux et fort utile. Il a même fait exploser le concept de mon occidental. Mais cette guerre a beaucoup plus coûté à Vladimir Poutine qu’elle ne lui a rapporté. Dans le jugement de l’histoire, cela sera porté à son discrédit. Il sera difficile pour la Russie de sortir de cette économie de guerre. Sa dépendance à la Chine se renforce et donc sa place relative est affaiblie.

L’Ukraine est un pays martyre qui a beaucoup souffert sur le plan des destructions humaines et physiques. Mais si elle a de facto perdu des territoires qu’elle ne récupérera pas, elle a gagné un statut. C’est un pays qui était jugé peu fréquentable, qu’on voulait éviter du fait d’une corruption endémique. Un pays dont le PIB par habitant ne s’était guère amélioré depuis 30 ans parce que les élites, qu’elles soient pro-russes ou pro-européennes, étaient unies dans une gabegie et la corruption. Désormais, c’est un pays qui a obtenu le statut de candidat à l’Union européenne et qui est devenu fréquentable. Elle a le soutien indéfectible des Européens qui se sont beaucoup engagés en sa faveur. La difficulté pour elle, c’est de devoir accepter une perte de territoire qui est illégale et immorale, mais qui reflète le rapport de force après quatre ans de guerre qu’il semble difficile de modifier fondamentalement quelle que soit la poursuite de la guerre.

L’Ukraine devra certainement faire face aux divisions d’une société après des années de guerre. Toute la population a-t-elle été soumise aux mêmes obligations par rapport à la menace russe ? Se pose enfin le défi du développement économique. La société civile ukrainienne, forte et développée, l’emportera-t-elle sur les oligarques ? Est-ce qu’elle fera le choix du développement et mettra vraiment fin à la corruption ? Dans ce cas, elle a des potentialités, même avec une partie de son territoire en moins, de se développer.

Les grands perdants de la guerre sont sans aucun doute les Européens. Ils seront tombés loin en arrière en termes de dépendances. Fini le gaz bon marché qui venait de Russie. Ils ont abandonné pour des milliards d’avoirs en Russie pour ne pas soutenir l’effort de guerre russe. Une manne qui est allée directement dans les mains des oligarques russes proches de Vladimir Poutine. Les pays de l’Union européenne ont augmenté leurs dépenses militaires au détriment d’autres secteurs. Elle a augmenté sa dépendance aux États-Unis en terme énergétique, en termes d’équipement militaire et donc en terme géopolitique. Désormais, alors Donald Trump répète, régulièrement mais sans constance, qu’il va arrêter l’aide à l’Ukraine, et qu’il considère par ailleurs l’Union européenne comme un ennemi, les pays européens continuent de faire semblant de croire qu’il est un allié indispensable. Ils sont tellement focalisés sur l’idée de maintenir la présence stratégique américaine en Ukraine qu’ils sont prêts à faire toutes les concessions. C’est pour cela qu’ils ont accepté un objectif de dépenses militaires très élevé fixé par l’administration Trump. C’est pour cela qu’ils ont accepté un accord commercial tout à fait déséquilibré et qu’ils ne cessent de faire des concessions à l’égard de Donald Trump. La préservation de la souveraineté de l’Ukraine est venue en quelques sortes limiter leur propre souveraineté à l’égard des États-Unis. Si les pays européens ne pouvaient pas faire autrement que de soutenir l’Ukraine pour des questions de principes et des questions d’intérêt, ils ont repris entièrement les buts de guerre de Kiev. Ils auraient pu en discuter le bien fondé et surtout la faisabilité. Volodymyr Zelensky a par ailleurs toujours donné la priorité aux États-Unis, même si l’Europe a finalement beaucoup aidé, et désormais plus que les États-Unis. Il y a eu une perte de crédibilité stratégique pour l’Europe puisqu’à force de dire que la Russie ne pouvait pas gagner la guerre, qu’il fallait qu’elle rende tous les territoires conquis, que c’était une question de crédibilité pour l’Europe, alors que cela apparait depuis longtemps maintenant comme impossible, elle a perdu cette crédibilité. Surtout, elle a perdu sa crédibilité morale entre la dénonciation des violations du droit international et des crimes de guerre et contre l’humanité commis par la Russie en Ukraine, condamnations immédiatement assorties de véritables sanctions de plus en plus lourdes, et d’un autre côté l’absence totale de sanctions pour les violations du droit international et les crimes de guerre et contre l’humanité commis par Israël à Gaza. L’insistance que les pays européens ont eu à demander aux pays du Sud global de prendre des sanctions contre la Russie alors qu’aucun ne l’a fait a aussi contribué à souligner les limites de leurs pouvoirs.

La Chine est également le vainqueur de cette guerre. Le conflit a initialement constitué un facteur déstabilisant. Une surprise stratégique venue de Russie qui contrevenait à la vision et aux intérêts de Pékin, puisqu’elle venait augmenter dans un premier temps les dépenses d’importations alimentaires et énergétiques, les deux principaux pôles d’importation pour la Chine. In fine, Pékin y gagne en renforçant d’un côté son influence sur la Russie, mais aussi en apparaissant comme une puissance pacifique aux yeux du reste du monde, puisqu’elle peut souligner qu’elle n’est pas impliquée dans le conflit, contrairement aux Européens et aux Occidentaux. Elle peut s’afficher comme une puissance qui veut la paix, favorable à un cessez-le-feu, ce qui coïncide avec les intérêts de nombreux pays du Sud global. La Chine apparait comme un pays qui évite les mauvais coups et qui tient ses engagements. 

Quant aux pays du « Sud global », ils ne se sont pas sentis concernés par cette guerre. Ils ont renvoyé souvent dos à dos l’Ukraine et la Russie, même si les deux tiers d’entre eux ont condamné l’agression de la Russie lors des votes à l’ONU, sans pour autant vouloir s’engager dans une politique de sanctions à l’égard de la Russie, affirmant qu’il s’agit là d’une affaire occidentale. Ils ont été agacés par l’attitude des Occidentaux qui voulaient les voir les suivre sur les sanctions, alors qu’ils n’avaient pas été associés au processus de décision qui conduisait aux sanctions. Ils se sont, au cours de cette guerre, de plus en plus affirmés, dans leur diversité, dans leur complexité, mais pour refuser ensemble de prendre des sanctions à l’égard de la Russie. Ils ont encore un peu plus affirmé leur identité, certes gazeuse, mais non moins collective par rapport à l’Occident.

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Jeux d’hiver 2026 : un reflet de la politisation du sport international ?

Mon, 23/02/2026 - 18:59

Quel bilan géopolitique peut-on dresser de cette édition ?

À l’instar des éditions précédentes, la politique nationale comme internationale s’est invitée au programme, que ce soit en marge des compétitions comme au cœur même de l’arène olympique, constituant par la même un test important pour Kirsty Coventry, nouvelle présidente du Comité international olympique (CIO).

Commençons par évoquer le pays hôte, l’Italie, qui accueillait ses 3e Jeux d’hiver. Après avoir connu de fortes mobilisations – manifestants qualifiés « d’ennemis de l’Italie » par la Première ministre, Giorgia Meloni, en amont des Jeux dénonçant notamment l’usage des fonds publics, l’impact écologique ou encore la présence de la police anti-immigration états-unienne ICE, ces mouvements se sont progressivement atténués, engloutis par le spectacle sportif. Élément crucial dans l’expression du soft power d’un État, la cérémonie d’ouverture a cherché à marquer une rupture avec celle des Jeux de Paris 2024, mettant en scène une représentation patrimoniale et traditionnelle de l’Italie.

Au-delà de la scène nationale, plusieurs évènements ont rythmé la quinzaine, notamment autour de la question de la neutralité olympique. Revenons sur trois d’entre eux.

Tout d’abord, la disqualification du skeletoneur ukrainien Vladislav Heraskevytch, porte-drapeau de sa délégation, a été particulièrement commentée. Son tort : avoir voulu porter en compétition un casque commémorant des coéquipiers tués dans le conflit avec la Russie. Cet épisode rappelle des précédents récents, et notamment la disqualification de l’athlète afghane Manizha Talash aux Jeux de Paris pour avoir déployé le slogan « Free Afghan Women ». Ici, pas de slogan, uniquement des visages d’anciens coéquipiers. Pourtant, à l’instar de sa décision concernant la danseuse engagée avec l’équipe olympique des réfugiés, le CIO a estimé que cette forme de liberté d’expression de l’athlète constituait une manifestation politique sur un site de compétition, allant donc à l’encontre de la Charte olympique. Après avoir tenté de trouver un terrain d’entente, l’instance lausannoise a finalement disqualifié le skeletoneur. Cette décision fut confirmée par la chambre ad hoc du Tribunal arbitral du sport, considérant que si la liberté d’expression des athlètes demeurait garantie dans certains espaces, elle était limitée sur le terrain de jeu afin de préserver la neutralité des compétitions et l’attention portée aux performances sportives. Ce cas illustre une fois encore la périlleuse ligne de crête sur laquelle marche le CIO : chercher à concilier l’impératif de neutralité, constitutif de son identité institutionnelle, avec le respect des droits humains, à commencer par la liberté d’expression des athlètes, s’avère être une tâche particulièrement ardue. Et risquée. En effet, cette position d’équilibriste se trouve régulièrement mise en délicatesse face aux accusations de double standard à laquelle le CIO doit faire face, concernant la neutralité supposée d’autres athlètes, notamment israéliens, ayant participé par exemple à des opérations militaires.

Ensuite, et bien qu’il ne s’agisse pas d’épreuves sportives à proprement parlé, la question de la neutralité s’est également posée, non par pour un ou une athlète mais bien pour un de ses membres élu depuis 2020 : Gianni Infantino, président de la FIFA. En effet, à l’occasion de la première séance du « Board of Peace » créé par le président états-unien, Donald Trump, la présence d’Infantino aux côtés de chefs d’État et de gouvernement a questionné. Or, selon la Charte du CIO (article 16), ses membres sont tenus d’agir « toujours indépendamment des intérêts commerciaux et politiques ainsi que de toute considération raciale ou religieuse ». Si le soutien de la FIFA à la reconstruction du football à Gaza a finalement été jugé, par l’instance olympique, conforme au rôle d’une fédération internationale, quid de la proximité affichée d’Infantino avec Donald Trump, au regard de cette exigence d’indépendance des intérêts politiques. Interrogé sur la possibilité de rejoindre lui aussi le Board of Peace, le CIO s’est borné à répéter une nouvelle fois sa position de neutralité, soulignant d’autant plus en creux le caractère politique de la démarche.

Enfin, liée à la question de la place de la Russie (et du Bélarus) sur la scène sportive internationale, la perspective des Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026 prolonge ces questions. La décision du Comité international paralympique (indépendant du CIO, rappelons-le) d’autoriser les athlètes russes et biélorusses à concourir sous leurs drapeaux marque une étape supplémentaire dans leur réintégration progressive au sein du sport international, après leurs exclusions à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022. Annoncée pendant les Jeux, cette décision n’a pas manqué de faire réagir, revoyant fleurir des annonces de boycott diplomatique de la cérémonie d’ouverture par des responsables et athlètes ukrainiens et tchèques. Le Commissaire européen, en charge des Sports, Glenn Micallef, a également réagi, indiquant avoir décidé de ne pas assister à l’évènement. Aussi, de manière intéressante, les Jeux paralympiques s’annoncent être aussi chargés politiquement et diplomatiquement que les Jeux olympiques.

En conséquence, le bilan géopolitique de Milan-Cortina 2026 révèle moins une rupture qu’une continuité des tendances observées depuis des décennies : une politisation des Jeux de plus en plus médiatisée, une revendication de neutralité et d’apolitisme de plus en plus complexe à conserver pour les instances sportives internationales et un environnement international fragmenté qui fait du sport une caisse de résonnance. Au regard de ces enjeux, les prochains Jeux d’été de Los Angeles, organisés aux États-Unis, sous la présidence de Donald Trump et ceux d’hiver en France en 2030 seront évidemment à suivre de très près.

Dans quelle mesure les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver viennent renforcer un certain « clivage Nord – Sud » sur la scène internationale sportive ?   

Concernant les JOP d’hiver, ce clivage « Nord/Sud », même si le terme est trop générique pour être tout à fait pertinent, s’exprime à, au moins, deux égards.

D’une part, en termes d’accueil des grands événements sportifs internationaux, rappelons qu’en 25 éditions de Jeux olympiques (14 en paralympiques), 15 se sont déroulés sur le continent européen, 6 en Amérique du Nord et 4 en Asie. Laissant donc l’Océanie, l’Amérique du Sud et l’Afrique vierge de tout JOP d’hiver. Cette géographie pousse toutefois à réfléchir à deux perspectives : d’une part, l’apparition de nouveaux pôles, notamment en Asie,  Pyeongchang en 2018 et Pékin en 2022 en témoignent, tout comme l’appétit de certains États cherchant désormais à investir dans le domaine des sports d’hiver. À ce titre, l’Arabie saoudite, qui était jusqu’à peu pays hôte des jeux asiatiques olympiques de 2029 (finalement organisé par Almaty), méritait toute notre attention, même si cela est sans commune mesure avec l’accueil d’un méga-événement sportif comme les Jeux olympiques et paralympiques. D’autre part, cette géographie soulève aussi les interrogations concernant son avenir. En 2024, deux chercheurs estimaient que sur 93 sites de montagne à même d’accueillir des sports d’hiver de compétition aujourd’hui, il pourrait n’en rester qu’une petite trentaine dans les années 2080[1], selon l’évolution des émissions mondiales d’ici là. Le CIO lui-même considère qu’à l’horizon 2040, seuls 10 pays pourront encore être en capacité d’accueillir des Jeux.

D’autre part, en termes de participation, les JOP d’hiver sont incontestablement moins universels que ceux d’été. Alors que ceux de Paris avaient réuni 204 comités nationaux olympiques, l’équipe des réfugiés et l’équipe des Athlètes individuels neutres, ceux de Milan ne réunissaient « que » 93 délégations avec une majorité de comités nationaux olympiques issus du continent européen (47). À noter que trois délégations ont participé pour la première fois : le Bénin, la Guinée Bissau et les Émirats arabes unis. Le tableau des médailles confirme ce peu de diversité, 29 délégations (dont 20 du continent européen) seulement ayant décroché une médaille.

À noter le cas intéressant de la Chine, qui était classée 4e lors de « ses » Jeux en 2022 et qui dégringole à la 12e place. Cela témoignerait-il d’un désintérêt chinois une fois les Jeux passés ? Rien n’est moins sûr et il s’agit plutôt d’y regarder à deux fois, puisque le nombre de médailles récoltées est identique (15) avec un nombre total d’épreuves quasiment similaire. Surtout, l’absence d’une délégation russe conséquente (20 athlètes en 2026 sous la bannière des « athlètes individuels neutres », contre 212 en 2022 sous l’acronyme ROC (Russian Olympic Committee)) rebat quelque peu les cartes en termes de distribution de médailles par les autres nations : 32 médailles remportées en 2022, aucune en 2026.

Le Comité international olympique a annoncé que cette édition de Milan-Cortina était la « plus équilibrée en termes de parité des genres » et a promu un engagement en matière d’égalité de genre. Qu’en est-il réellement de l’égalité des genres et de la prise en charge des violences de genre aujourd’hui dans le sport international et notamment lors des jeux olympiques et paralympiques ?  

Commençons par l’égalité de genre. Effectivement, le CIO a très largement communiqué sur le fait que ces Jeux d’hiver étaient les plus équilibrés de l’histoire, avec 47 % des athlètes et l’introduction de nouvelles épreuves féminines permettant d’ancrer Milan un peu plus dans cette dynamique. Cela s’inscrit dans la droite ligne des Jeux de Paris qui, eux, ont été parfaitement égalitaires (après 128 ans d’existence, rappelons-le). Ces chiffres appellent plusieurs remarques.

D’une part, cela représente indéniablement un progrès notable au regard de l’histoire des Jeux d’hiver. Dans un rapport[2] publié en 2021, nous pointions justement du doigt, avec Pascal Boniface, la très lente évolution des effectifs, notamment dans les sports d’hiver. À titre d’exemple, lors des Jeux d’Albertville en 1992, seul 27 % des participants étaient des femmes. En d’autres termes, en l’espace de trois décennies, ce gap a été, en partie, comblé. En conséquence, le suivi de l’évolution de ces chiffres lors des prochains Jeux mais plus largement de la pratique féminine au sein des fédérations nationales dans les prochaines années sera particulièrement important.

Mais, ce qui est tout aussi intéressant, ce n’est pas tant ce que dit ce chiffre, mais au contraire, ce qu’il occulte. Si la parité de genre semble être presque acquise pour les athlètes, quid des entraineuses, quid des dirigeantes ? Et au-delà de cela, quels moyens sont aujourd’hui donnés aux sportifs et sportives dans le cadre de leur sport ? Si les primes sont ici les mêmes pour tous et toutes, quid des rémunérations de sponsoring ? Ou en termes de médiatisation ?

D’autre part, il est toujours important de rappeler que certaines disciplines sont toujours interdites aux femmes. Ici, le combiné nordique[3], au programme depuis les premiers Jeux de 1924, demeure le seul sport olympique d’hiver exclusivement masculin. Et ce, alors que la première Coupe du monde féminine a eu lieu en 2020 et que des athlètes pourraient se qualifier.

Concernant la question des violences interpersonnelles[4], depuis les années 2000, le monde du sport a été profondément ébranlé par la révélation de scandales majeurs. La médiatisation d’affaires d’ampleur (pensons ici aux 265 gymnastes américaines victimes de Larry Nassar) conjuguée aux dynamiques liées au mouvement #MeToo a favorisé un tournant dans la manière dont les organisations sportives appréhendent ces enjeux. Plus précisément, le CIO s’est engagé dans la lutte contre les violences dans le sport depuis 2007, avec une montée en puissance notable à partir de 2016/2017. La publication d’un Consensus Statement en 2016 puis 2024, la mise en place de différents dispositifs à l’attention des athlètes dès Rio 2016, tout comme la création en 2022 d’une « Safe Sport Unit » témoignent de cette institutionnalisation progressive, renforcée par l’Agenda 2020+5.

Plus que de violence, le CIO parle plus volontiers de « safeguarding » et de « safe sport », permettant de passer d’une attention initialement centrée sur la protection des mineurs et les violences sexuelles (abus et harcèlement), à une approche plus holistique de l’environnement sportif, incluant les enjeux de santé mentale. Depuis Paris, cela s’est concrétisé par la création de l’Athlete 365 « Mind Zone » au sein du village olympique. Parallèlement, le CIO a investi le champ de l’intelligence artificielle pour lutter contre le cyberharcèlement, dans un contexte marqué par des millions de publications sur les réseaux sociaux. Toutefois, des cyberharcèlements comme celui visant par exemple en 2024, Imane Khelif, championne olympique algérienne de boxe, ont mis à l’épreuve l’efficacité de ces dispositifs.

Plus largement, si différentes initiatives (mises en place de politiques, de formations, de sensibilisation, de personnes chargées de mener les dossiers) de la part des instances sportives internationales sont évidemment à accueillir positivement, l’hétérogénéité des dynamiques soulève de nombreux questionnements quant à la réalité et la crédibilité de cette lutte contre les violences[5].

[1] Steiger, R., & Scott, D. (2025). Climate change and the climate reliability of hosts in the second century of the Winter Olympic Games. Current Issues in Tourism28(22), 3661–3674. https://doi.org/10.1080/13683500.2024.2403133

[2] Sport mondialisé : les défis de la gouvernance. (2021). In IRIS. https://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2021/03/Rapport-_-Sport-mondialise_les-defis-de-la-gouvernance_Light.pdf

[3] Le CIO indique vouloir réfléchir à la suppression de cette discipline lors des prochaines échéances.

[4] Terme utilisé pour désigner les différentes formes de violences physiques, psychologiques, sexuelles et la négligence.

[5] Gomez, C., & Schoch, L. (2026). Safeguarding in sport: Toward a performative compliance of international sports federations? International Review for the Sociology of Sport.

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Quatre ans de guerre en Ukraine : bilan géopolitique

Mon, 23/02/2026 - 16:11

Quatre ans se sont écoulés depuis que la Russie a lancé une guerre à grande échelle contre l’Ukraine. Tandis que les conséquences humaines sont catastrophiques, sur le plan géopolitique, Vladimir Poutine a gagné des territoires mais a considérablement affaibli la Russie, rendant les pertes bien plus importantes que les gains. L’Ukraine, de son côté, a bénéficié du soutien indéfectible de l’Europe mais fait face au défi majeur de la reconstruction économique et de l’acceptation de ses pertes territoriales.

Qu’en est-il du rôle des pays européens, qui apparaissent comme les grands perdants, et de celui des États-Unis ou de la Chine, qui pourraient en sortir renforcés ? Qu’en est-il également des pays du Sud global, qui se tiennent en retrait d’un conflit qu’ils perçoivent comme une affaire occidentale, et qui constatent plus que jamais le deux poids, deux mesures des puissances occidentales : fermeté envers la Russie d’un côté, silence quasi total envers Israël face aux crimes commis à Gaza de l’autre ?

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Les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver à l’épreuve de la durabilité

Fri, 20/02/2026 - 18:19

Retrouvez l’ensemble des cartes et infographies dans un format interactif.

Moins populaires que les Jeux olympiques et paralympiques d’été, les Jeux d’hiver n’en représentent pas moins un événement majeur du sport international. Peut-on pour autant vraiment parler de sport international ? Les Jeux d’hiver constituent principalement un terrain de compétition entre des délégations issues de pays majoritairement occidentaux, plus largement dits « du Nord ». Une explication relativement évidente relève de la répartition géographique des régions froides et montagneuses, lieux traditionnels de la pratique des sports d’hiver. Si le nombre de délégations présentes a augmenté au fil du temps – avec à chaque édition de nouveaux États qui envoient des athlètes concourir, comme les Émirats arabes unis (É.A.U) ou le Bénin en 2026 –, l’écrasante majorité des athlètes sont issus de d’États occidentaux. Il en va de même des lieux d’organisations des Jeux d’hiver, dont l’ensemble des éditions se sont déroulées dans treize pays, quasi exclusivement du Nord. Ce constat remet en question la volonté de représentativité et d’universalité d’une telle compétition sportive.

Les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver n’en demeurent pas moins un événement au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux. La question de l’exclusion de certaines délégations a à nouveau été un sujet brûlant à Milan-Cortina : si les délégations officielles russes et bélarusses n’ont pas été autorisées à concourir sous leurs drapeaux aux Jeux olympiques – quelques athlètes ayant participé sous bannière neutre – des délégations officielles participeront aux Jeux paralympiques, ce qui pourrait annoncer une réintégration graduelle de la Russie et du Bélarus dans les compétitions sportives internationales [1]. La question de la participation d’athlètes ayant participé à des conflits a également concerné la délégation israélienne, dans laquelle était notamment présent un athlète ayant activement soutenu l’action militaire à Gaza, mais qui a néanmoins été autorisé à concourir. Preuve que les instances olympiques peinent à tenir une ligne claire, au-delà de la traditionnelle volonté de compétitions apolitiques.

Outre les enjeux de représentativité et d’inclusion ou d’exclusion de certaines délégations liées aux réalités géopolitiques, s’impose également la question de la durabilité. Si les Jeux de Milan-Cortina ne fournissent pas autant que de précédentes éditions l’image d’une olympiade se déroulant sur de fines bandes de neiges dessinées sur des montagnes verdoyantes, le recours à la neige artificielle y a été massif, et le bilan carbone de l’édition, estimé dans un rapport [2] de Scientists for Global Responsibility et du New Weather Institute à 930 000 tonnes de gaz à effet de serre, vient lui aussi aggraver le phénomène de dérèglement climatique. Dans ce contexte, l’étude Climate change and the future of the Olympic Winter Games: athlete and coach perspectives [3] vient souligner les risques qui pèsent sur le futur des olympiades d’hiver. À travers différents scénarii d’émission de gaz à effet de serre, et en fonction de quatre critères, il s’agit d’évaluer la possibilité d’organiser à l’avenir les Jeux d’hiver dans les mêmes lieux. Dans l’ensemble des scénarii, de nombreuses villes ne pourraient plus accueillir dans les mêmes conditions la compétition aux horizons 2050 et 2080. Derrière cet enjeu climatique apparaît celui de l’acceptabilité sociale de telles compétitions. L’organisation des Jeux de Milan-Cortina a donné lieu à des manifestations en marge de la cérémonie d’ouverture pour dénoncer les conséquences environnementales de l’événement. Il en va de même des coûts économiques, qui ont souvent dépassé les projections initiales lors des différentes éditions, et qui pèsent sur les finances nationales des États organisateurs. C’est ce que souligne notamment les études An evaluation of the sustainability of the Olympic Games et Sustainability at stake: evaluating the Beijing Winter Olympics through a conceptual model [4], qui proposent un modèle d’évaluation de la durabilité des Jeux d’hiver en fonction de trois critères : environnemental, économique et social.

Manque de diversité et de représentativité des délégations et des villes organisatrices, tensions géopolitiques qui imprègnent la compétition, dérèglements climatiques et conséquences environnementales et financières qui en interrogent l’acceptabilité : les facteurs qui pèsent sur la durabilité des Jeux d’hiver sont à la fois multiples et le reflet des grandes tendances géopolitiques à l’œuvre.

[1] Lukas Aubin. « La Russie de retour dans le sport mondial ? », IRIS, février 2026. https://www.iris-france.org/la-russie-de-retour-dans-le-sport-mondial/.                                    

[2] S. Parkinson et A. Simms, How the Winter Olympics being a platform for polluters is melting the snow it depends on, New Weather Institute, Scientists for Global Responsibility, and Champions for Earth, (2026).

[3] D. Scott, N. L. B. Knowles, S. Ma, M. Rutty, et R. Steiger, “Climate change and the future of the Olympic Winter Games: athlete and coach perspectives”. Current Issues in Tourism, 26(3), 480–495, (2023). https://doi.org/10.1080/13683500.2021.2023480

[4] M. Müller, S.D. Wolfe, C. Gaffney, et al. “An evaluation of the sustainability of the Olympic Games”. Nature Sustainability n°4, 340–348, (2021). https://doi.org/10.1038/s41893-021-00696-5
 G. Chen, X. Liu, S. Jing, D. Ma, Z. Jiang, et Y. Sun, “Sustainability at stake: evaluating the Beijing Winter Olympics through a conceptual model”. Sport in Society, 1–21, (2025) https://doi.org/10.1080/17430437.2025.2518099 

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Négociations nucléaires Iran–États-Unis : malgré des avancées réelles, des perspectives encore incertaines

Fri, 20/02/2026 - 16:50

Où en sont les négociations sur le nucléaire iranien et quels sont les rapports de force entre les principaux acteurs ?

Il y a eu récemment deux séances de négociations, l’une à Mascate, la capitale d’Oman, l’autre à Genève, entre le ministre des Affaires étrangères iranien, Steve Witkoff et Jared Kushner pour la partie états-unienne, avec l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères d’Oman. On note tout d’abord des avancées : après une rencontre de Genève, les deux parties ont exprimé un avis positif sur le déroulé des discussions. Le ministre des Affaires étrangères iranien a même dit que la position américaine était plus réaliste. Il semble que les deux camps se soient mis d’accord sur les principes qui doivent encadrer les négociations. Cependant, nous sommes très loin de voir ces dernières aboutir. Le principal problème tient à l’ampleur des sujets à traiter. Téhéran est prêt à discuter de son programme nucléaire, notamment des plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, mais ils refusent d’aborder leur programme balistique et leur politique de soutien à leurs alliés régionaux. Washington de son côté insiste pour que tous ces sujets soient inclus.

Le rapport de force penche clairement en faveur des États-Unis. Donald Trump utilise sa méthode habituelle pour faire pression sur l’Iran : d’un côté, il met en avant la « carotte » des négociations, se montrant prêt à négocier plutôt qu’à faire la guerre, de l’autre, il montre les muscles en déployant des porte-avions dans le golfe Persique et en affirmant être prêt à attaquer si les négociations n’avancent pas.

Par ailleurs, même sur la question dunucléaire, des divergences persistent : les États-Unis souhaitent un arrêt complet de l’enrichissement, alors que l’Iran semble prêt à envisager une suspension, mais seulement si son droit à l’enrichissement est reconnu. La question d’un consortium régional reste également sur la table. Pour ce qui est des plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, la solution proposée par l’Iran serait de les diluer. Certains évoquent aussi la possibilité de transférer cet uranium – peut-être vers la Russie – mais les points de vue divergent. En tout cas, l’Iran est prêt à avancer sur le nucléaire à condition d’obtenir une levée des sanctions, qui pèsent très lourdement sur son économie. Les Iraniens ont compris comment Donald Trump fonctionne : ils sont prêts à ouvrir davantage leur marché aux entreprises états-uniennes si les sanctions sont levées.

Les mobilisations internes en Iran ont-elles fragilisé le régime ou sa posture dans les négociations ?

Il est difficile de répondre de manière tranchée. La position iranienne dans les négociations n’a pratiquement pas changé. Elle est quasiment similaire à celle avant l’attaque israélienne. Je ne crois donc pas que les manifestations ou la répression aient modifié leur posture diplomatique.

En revanche, la crise interne a eu un impact conséquent en Iran : le nombre de morts, la répression, qui était d’une ampleur inédite depuis la révolution de 1979, tout cela a créé un traumatisme qui touche toute la société. D’après ce que l’on entend en provenance d’Iran, on peut penser que même le régime semble avoir conscience de la gravité de ce qui s’est passé. Il est difficile de mesurer précisément comment cela joue sur les négociations. Néanmoins, cette crise peut pousser les autorités iraniennes à faire preuve d’un peu plus de flexibilité, notamment sur la question du nucléaire en échange d’une levée des sanctions, car les difficultés économiques — largement causées par ces sanctions — sont au cœur des mécontentements populaires. Si un accord nuclé­aire avec Donald Trump permettait la levée des sanctions, cela pourrait améliorer la situation économique et apaiser certaines tensions internes, et c’est un calcul que les autorités iraniennes peuvent avoir en tête.

Quels scénarios peuvent être envisagés à court et moyen terme ?

Il est très compliqué de prévoir ce qui pourrait advenir par la suite. Tout dépendra de l’évolution des négociations entre Téhéran et Washington, et il y a encore beaucoup d’incertitudes à ce sujet. Malgré les propos contradictoires de Donald Trump, qui évoque parfois le changement de régime, il est en même temps en train de négocier avec ce même régime. Pour l’instant, les États-Unis semblent privilégier les négociations. La grande question est de savoir s’ils accepteront de se concentrer uniquement sur le nucléaire , ou s’ils refuseront tout compromis si l’Iran refuse d’aborder le balistique et sa politique régionale. Du côté iranien, il paraît très difficile d’imaginer une concession sur le programme balistique, surtout après la guerre avec Israël où leurs missiles ont été leur seule capacité de défense, leur aviation étant inexistante et leurs systèmes antiaériens détruits.

Une autre question est de prévoir à quel point un accord sur le nucléaire sera différent de celui de 2015 afin que Donald Trump puisse le présenter comme « bien meilleur que celui obtenu par Obama en 2015 ».

Concernant l’éventualité d’une guerre dont tout le monde parle, il faut être très réservé sur la question. Reza Pahlavi, le fils du Shah, appelle explicitement à une intervention états-unienne, dans l’idée de faire tomber le régime et d’ouvrir la voie à une transition démocratique, mais la situation demeure grandement incertaine. Les guerres ne conduisent presque jamais au changement de régime espéré, comme on l’a vu en Syrie, en Irak ou en Libye, et il faut rappeler le coût humain considérable qu’elles entraînent.De plus, bien que le régime iranien soit affaibli, il reste solide. Les forces de sécurité ne montrent aucun signe de désobéissance, au contraire, le système politique, à quelques exceptions, reste globalement uni autour du pouvoir et reprend le narratif officiel présentant les manifestants comme soutenus par l’étranger, et, il n’existe pas de véritable opposition organisée à l’intérieur du pays. Les seules forces d’opposition structurées sont en exil ou situées aux marges (Kurdes d’Irak ou Baloutches opérants depuis le Pakistan). Ces éléments rendent incertain un scénario de changement de régime induit par une intervention militaire.

C’est pourquoi toute analyse liant intervention américaine, chute du régime et démocratisation de l’Iran repose sur des incertitudes immenses et sous-estime les coûts humains.

Une autre hypothèse que l’on évoque de plus en plus serait une intervention militaire états-unienne plus limitée dont l’objectif serait de forcer la main à l’Iran sur les négociations en cours. Le risque dans ce cas serait que l’Iran réponde et que l’on rentre dans une guerre de plus grande ampleur.

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