Les conflits contemporains connaissent de profondes mutations qui ne traduisent pas un retour mais plutôt un changement de nature de la notion de puissance. Si depuis 1945 gagner une guerre pouvait encore signifier « être le plus fort » ou disposer de « plus de moyens » que l’adversaire, « faire la guerre » ne correspond plus aujourd’hui à la conception de la guerre moderne héritée de Clausewitz. Comme le souligne Bertrand Badie, « ni les États-Unis au Vietnam, en Irak ou en Afghanistan, ni la Russie post-soviétique en Ukraine, ni la France en Afrique, ni l’armée israélienne à Gaza n’ont réussi à imposer l’ordre et la stabilité comme le faisait autrefois la puissance. ». L’« énergie sociale » qui émerge de la société civile est au cœur de cette transformation de la puissance. Elle fait émerger un paradoxe : plus la puissance montre ses muscles, plus la société civile se mobilise et échappe au contrôle des États, refaçonnant ainsi les relations internationales et les rapports de force. Comment comprendre cette reconfiguration des relations internationales ? Que recouvre exactement cette notion d’« énergie sociale » ? En quoi permet-elle d’éclairer l’impasse israélo-palestinienne ou encore la posture internationale face aux États-Unis ?
Bertrand Badie, professeur émérite et spécialiste des relations internationales, aborde ce sujet. Il est l’auteur de « Par-delà la puissance et la guerre : la mystérieuse énergie sociale », publié aux Éditions Odile Jacob.
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Le Moyen-Orient vit aujourd’hui une restructuration des rapports de force, en particulier entre trois puissances régionales, l’Iran, la Turquie et Israël, avec des conséquences profondes sur les autres acteurs. La région avait connu une première redistribution à la suite de l’entrée des troupes américaines en Irak en 2003, qui avait eu pour conséquence l’éclatement du pays en entités confessionnelles. En outre, si l’arrivée des printemps arabes fin 2010 avait été saluée comme un événement libérateur, elle avait cependant provoqué une série de crises voire de guerres civiles dans plusieurs pays. Cette déstructuration de nombreux états arabes avait ainsi fragilisé l’architecture régionale (le « système des états arabes » basé sur les frontières héritées du colonialisme européen) et permis le retour en force des anciennes puissances impériales, la Turquie et l’Iran. Si la République islamique d’Iran élargit alors sa sphère d’influence, en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen et à Gaza, la Turquie, de son côté, elle met également le pied en Libye, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Somalie et au Qatar (où elle dispose d’une base militaire), sans oublier Gaza où le Hamas, issu de la mouvance des Frères musulmans, n’est pas éloigné, dans ses fondements idéologiques, du parti AKP du président Erdoğan.
La région vit cependant aujourd’hui un nouveau basculement avec l’entrée en scène d’Israël à la suite de l’attaque du 7 octobre 2023, dont les conséquences se font sentir bien au-delà de Gaza. C’est en effet à une vaste montée en puissance d’Israël que l’on assiste, de la Méditerranée jusqu’au golfe d’Oman et à l’océan Indien, sans oublier le Caucase. Tel-Aviv a mis ainsi en place des accords sécuritaires avec la Grèce et Chypre, avec la possibilité de déploiements conjoints de troupes en cas de crise. Il entretient également des liens avec le Kurdistan irakien, ainsi qu’avec l’Azerbaïdjan, lequel constitue, de par sa position géographique, un pivot central entre l’Iran et la Turquie. Si les alliances négociées par Tel-Aviv semblent ainsi entourer l’Iran (à travers l’Azerbaïdjan et le Kurdistan irakien), elles enveloppent en outre la Turquie par son flanc occidental et oriental, tandis que Tel-Aviv tente également de faire pression sur la Turquie par le sud, en Syrie où il frappe régulièrement les infrastructures et les capacités militaires du nouveau régime syrien adoubé par Ankara. Tel-Aviv a soutenu par ailleurs en Syrie les factions druzes et kurdes, ce qui ne peut qu’alarmer la Turquie pour laquelle tout séparatisme en Syrie (notamment kurde et alaouite) ne peut qu’encourager les particularismes en Turquie, en particulier concernant les Kurdes, et ce, pendant qu’Israël continue de frapper en parallèle le Hezbollah pro-iranien au Liban. Enfin, après avoir largement neutralisé le Hamas et frappé la bande de Gaza, Israël continue de cerner la Cisjordanie, soumise à une colonisation soutenue tandis que l’Autorité palestinienne est contrainte, elle, de coopérer étroitement avec l’état hébreu en matière de sécurité.
Israël mène également une coopération sécuritaire étroite avec les Émirats arabes unis, lesquels entretiennent un vaste réseau d’alliances en Libye (les forces du maréchal Haftar) et au Soudan (les Forces de soutien rapide), un dispositif qui contourne l’Égypte par l’ouest et le sud, tandis qu’Israël fait lui-même face à cette dernière sur son flanc Est. En outre, la récente crise au Yémen, avec la manœuvre opérée par le Conseil de transition du Sud, allié aux Émirats, en direction de la région yéménite du Hadramaout, conjointement avec la reconnaissance par Israël du Somaliland voisin, situé en face du Yémen et du détroit stratégique de Bab el-Mandeb (lequel commande la mer Rouge et le canal de Suez), a menacé également d’envelopper l’Arabie saoudite par le sud, cependant qu’Israël se positionne, lui, sur le flanc Nord du royaume saoudien. Si l’Arabie saoudite s’est empressée d’intervenir face à ces développements au Yémen, la question du futur de ce pays se pose ainsi avec acuité. Enfin, l’attaque israélienne sur l’Iran lui-même en juin 2025 a constitué le point d’orgue de cette montée en puissance de Tel-Aviv.
Le déploiement régional israélien rappelle ainsi la carte du Moyen-Orient brandie par Benyamin Netanyahou à l’ONU, où il suggérait de frapper « l’axe du mal » mené par l’Iran, pour le remplacer par un autre axe allant de la Méditerranée à la mer d’Oman et de l’Europe à l’Inde, avec Israël en son centre. Une construction régionale que Tel-Aviv semble poursuivre aujourd’hui en plaçant méthodiquement ses pions à l’échelle du Moyen-Orient et de la Méditerranée orientale. La question centrale est donc : cette manœuvre est-elle le prélude à une dynamique de paix, ou n’est-elle qu’un simple renversement du rapport de forces en faveur d’Israël ?
La réponse à cette question se trouve essentiellement en Iran et dans les développements futurs dans ce pays, ainsi que dans l’attitude américaine. Trois scénarios se profilent ainsi. Le premier serait celui d’un changement qui amènerait au pouvoir à Téhéran un régime proche des États-Unis. L’ensemble de la région, de la Turquie jusqu’en Iran et d’Israël jusqu’en Égypte, en Arabie saoudite et dans le Golfe, serait alors composé d’États amis, alliés ou clients de Washington. Il serait alors peut-être possible d’envisager un rapprochement voire une paix régionale, avec des garanties sécuritaires que l’ensemble des États, aujourd’hui en proie à une forte instabilité, appellent de leurs vœux. Mais il faudrait pour cela que Washington s’investisse massivement dans cette construction régionale et dans l’octroi de garanties de long terme. Les États-Unis, absorbés par leur rivalité avec la Chine, sont-ils prêts pour cela ? En ont-ils réellement la capacité ?
Le deuxième scénario serait de voir perdurer à Téhéran le régime des mollahs, voire un successeur qui conserverait la posture défiante de l’Iran envers les États-Unis et Israël. Le Moyen-Orient entrerait alors dans une nouvelle « guerre froide » et se structurerait autour de l’opposition entre pôles régionaux, la Turquie, l’Iran et Israël se tenant mutuellement en respect, tandis que Tel-Aviv œuvrerait, lui, pour consolider son rapprochement avec les pays du Golfe. L’Arabie saoudite se retrouverait dans une position délicate, entre un Iran défiant et Israël qui chercherait à tout prix à consacrer son influence auprès du royaume saoudien, clé de voûte de son déploiement régional. Tandis que le Liban, la Syrie et l’Irak, qui forment un « glacis » central séparant Israël, la Turquie et l’Iran, risqueraient de conserver le statut de zones tampons, voire, au pire, d’États faillis.
Enfin, le troisième scénario, celui d’un éclatement de l’Iran (dont la population est fortement hétérogène et formée pour 40 % de minorités azéries, kurdes, arabes, tadjikes, arméniennes ou baloutches), à la suite de de puissantes frappes israéliennes ou américaines, ou à la suite de l’agitation intérieure, serait également risqué, car il porterait en lui les germes de l’instabilité, et pourrait contaminer potentiellement les pays voisins de l’Iran. Les conséquences d’une frappe sur ce pays ne sont donc pas à sous-estimer.
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Les visées américaines sur le Groenland et, d’une façon générale, sur les territoires jugés indispensables à leurs intérêts, ne sont pas récentes. Dès la signature du traité de Paris, le 3 septembre 1783, marquant la fin de la guerre d’indépendance, la Confédération des treize colonies s’élance hors des frontières qui lui sont définies par le traité. Par la guerre, l’achat ou le troc, les treize colonies quadruplent leur taille, expulsent les populations indigènes, chassent les puissances européennes puis repoussent le Mexique nouvellement indépendant (1821). Cette réussite dans l’expansion territoriale, la puissance croissante du nouvel État et la conscience que le paysage politique du continent américain va changer avec les indépendances en cours ou à venir, pousse le président Monroe à énoncer en 1823 le principe fondamental de sa politique extérieure, appliqué sans discontinuité par les présidents suivants : « Aux Européens le vieux continent, aux Américains le Nouveau Monde ». Cette « doctrine Monroe » destinée à empêcher les Européens de tenter de recoloniser l’Amérique, est renforcée en 1904 par le corollaire Roosevelt par lequel le président affirme le droit des États-Unis « d’exercer un pouvoir de police international » dans l’espace américain. Visant d’abord à dissuader les Européens d’agir en Amérique, l’usage de ce corollaire conduit les États-Unis à s’ingérer dans les affaires intérieures des États américains pour en obtenir soumission politique et économique. Donald Trump s’inscrit clairement dans cet héritage : constituer autour des États-Unis un espace soumis et protecteur depuis l’Antarctique jusqu’à l’Arctique. Le troc de la colonisation contre l’imperium américain.
La longue bataille politique pour le GroenlandLa volonté de la Russie de vendre l’Alaska (1867) offre la première occasion de pousser vers l’Arctique, d’avoir la capacité de contrôler le détroit de Béring et d’être présents dans le cercle des Nations arctiques : des positions anticipatrices. Dans l’immédiat, l’intérêt était de menacer les Britanniques au Canada, d’où l’idée de compléter l’encerclement en achetant la colonie danoise du Groenland.
Le refus danois ne les décourage pas de proposer à nouveau l’achat en 1910, 1946, 1955, 2019 et 2025. En 1910, il s’agit d’un troc, refusé, avec des possessions américaines aux Philippines. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis occupent le Groenland pour empêcher les Allemands, qui occupent le Danemark d’y accéder. À la fin de la guerre, il leur parait évident de pouvoir conserver leurs bases pour prévenir toute intrusion de l’URSS, nouvelle ennemie et voisine par l’Arctique. La proposition d’achat est refusée, mais l’armée américaine reste en place et le gouvernement obtient, par l’accord de défense de 1951, toute liberté pour implanter des installations militaires, des troupes et leurs familles sur le territoire et la liberté d’action militaire dans les espaces terrestres, aériens et maritimes associés, tout cela en exemption de contrôle et de taxes et sous l’unique juridiction américaine. Ce traité, placé dans le cadre du traité de l’Atlantique nord, doit rester actif pour la durée de l’Alliance. En 2004, le traité reçoit un additif pour y inclure le gouvernement local du Groenland institué en 1979. Il est à noter que l’accord de défense signé en 2023 entre le Danemark et les États-Unis exclut le Groenland autonome qui reste lié par l’accord de 2004. Les textes sont en place pour permettre, dans le respect du droit, une augmentation de l’emprise militaire américaine au Groenland. Cependant en 2004, l’urgence ne se fait pas sentir. Mais en 2009, un traité dano-groenlandais reconnait l’autonomie de l’île et concède l’accession possible à l’indépendance sur la demande des autorités groenlandaises appuyée par un référendum sur l’île. Simultanément, l’animosité entre Russie et États-Unis prend de l’ampleur et s’exprime clairement dans le discours de Poutine à Munich (2007) et la Chine s’est « réveillée ».
Dès lors, la donne stratégique et politique change pour les États-Unis.La situation sécuritaire se tend en Europe, la montée des tensions et revendications trouve sa catharsis avec la guerre en Ukraine. L’amitié indéfectible entre la Russie et la Chine, dont la puissance militaire est manifeste, laisse présager un affrontement des blocs, avec une première friction en Ukraine qui peut être suivie ou concomitante à une seconde autour de Taïwan. L’examen d’une carte montre clairement que le lien entre les deux blocs, point faible du bloc occidental est l’Arctique, porte ouverte sur son flanc et les routes maritimes de l’Atlantique nord.
L’Arctique est donc bien redevenu un espace stratégique vital pour la sécurité des États-Unis et de l’Alliance atlantique. Un renforcement des moyens militaires pour sa défense est ressenti comme indispensable. Les buts des États-Unis sont donc de déployer un double dispositif de défense sur la ligne du Grand Nord.
Le changement climatique qui va étendre les périodes de navigation transocéanique Pacifique-Atlantique via l’Arctique, aujourd’hui limitées à deux/trois mois sans brise-glace, permet de favoriser les manœuvres militaires et de densifier le trafic commercial.
Le trafic par la route du Nord, via le détroit de Béring puis dans l’Océan Arctique au large des côtes russes, monte en puissance, tout en restant à un faible niveau (35 millions de tonnes transportées en 2025). Les Chinois y sont des acteurs majeurs et ont développé d’étroites coopérations avec les Russes, allant jusqu’à s’intégrer dans les infrastructures russes matérielles et immatérielles de la route maritime du Nord. Les rivages russes sur l’Arctique, les seuls peuplés, actifs tant sur le plan de l’exploitation de ressources, que de la production industrielle et de l’activité militaire font aujourd’hui de l’Arctique une « mer russe » dont la Russie contrôle le trafic.
Pour le Groenland lui-même, au-delà des considérations stratégiques majeures, son intérêt réside dans ses ressources minières, pétrolières, halieutiques et son climat, propice à l’installation des immenses et énergivores centres de traitement de l’intelligence artificielle. Ressources pour lesquelles la Chine manifeste depuis 2012 un intérêt au point de fournir par ses investissements plus de 11 % du PIB groenlandais. Chine qui se présente en outre comme un « État proche de l’Arctique » avec un projet de « Route de la soie polaire » qu’elle développe dans son Livre blanc sur l’Arctique dans lequel elle affirme que les États extérieurs à la région ont des droits dans de nombreux domaines dans cette région et s’affirme déterminée à avoir sa place dans la « gouvernance de l’Arctique ». Les États-Unis partagent naturellement les mêmes intérêts, mais s’y sentent plus légitimes et surtout veulent anticiper toute montée en puissance de la Chine dans cette zone.
L’Arctique est un champ potentiel d’affrontement russo-chinois contre américains (occidentaux), tout autant que l’Ukraine ou Taïwan, voire concomitant.
Winner-takes-allAvoir la capacité d’interdire si nécessaire le débouché vers l’Atlantique est donc un atout majeur pour les États-Unis, mais aussi pour l’Europe qui pourrait être prise à revers. Le constat fait par les États-Unis est que les Européens, voire l’OTAN, ne sont pas arrivés à prendre conscience de cette menace. Paradoxalement c’est la menace américaine de saisie du Groenland par la force qui les a réveillés. En ce sens la tactique de négociation de Trump a secoué les esprits : demander l’impossible pour avoir le souhaitable autrement dit « Think big and kick ass [1]». Le secrétaire général de l’Alliance Mark Rutte, comme la Première ministre danoise, déclare le 22 janvier 2026 que l’OTAN (dont font partie les États-Unis !) « doit augmenter ses engagements dans l’Arctique. Car la défense et la sécurité dans l’Arctique sont de la responsabilité de toute l’Alliance » et pour ce qui est du rôle des États-Unis, le traité de 1951 va être élargi et approfondi. Le 22 janvier, le comité militaire de l’OTAN reconnaissait la réalité d’une menace grandissante dans le Grand Nord et le besoin de se préparer à y faire face, déclarant néanmoins attendre les objectifs politiques poursuivis.
Aux regards des enjeux de sécurité, économiques et de sécurisation des ressources pour le siècle à venir, l’objectif des États-Unis est bien d’être un acteur majeur et reconnu dans la zone et avec le soutien des pays européens de l’OTAN. Un soutien qu’ils ne savent solide que si ces pays développent des capacités militaires à la hauteur des défis sécuritaires. C’est tout le sens des menaces sur un désengagement qu’ils ont fait peser sur les pays européens avec pour résultat d’obtenir de l’OTAN en 2014 un engagement à fournir un effort de défense à hauteur de 2 % des PIB, porté en 2025 au sommet de la Haye à 5 %.
Une partie de ces budgets doit maintenant être consacrée à l’Arctique. La National Defense Strategy 2026 le demande clairement: « U.S. partners throughout the Western Hemisphere can do far more […] to prevent U.S. adversaries from controlling or otherwise exercising undue influence over key terrain, especially Greenland, […] ».
Après cette crise, un épilogue se dessine selon les étapes suivantes :
Conclure sur cette crise en affirmant que la détermination de l’Europe a fait reculer Trump tient du conte de fées et nous conduit vers d’autres crises et désillusions.
La réalité est différente :
[1] “Think big and kick ass in business and life” par Donald Trump et Bill Zanker, Harper Collins, 2007
[2] Aujourd’hui, la contribution du Danemark au budget du Groenland est d’environ 600 millions d’euros. Les États-Unis n’auront aucun mal à l’augmenter.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, Hadjar Aouardji, directrice de la recherche à l’IRIS, revient sur le Conseil de la Paix lancé par Donald Trump à Davos le 22 janvier 2026. Dans quelle mesure ce « Board of Peace » vient-il concurrencer l’ONU ? Quelles sont ses chances de succès ? Et comment se positionnent les différents États à son sujet ?
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This interview follows a talk given by Lincoln A. Mitchell, Political Analyst, Essayist and Lecturer at Columbia University, at IRIS on 11 December 2025.
Reinforced by the second term of the MAGA movement in power, the United States is facing a profound democratic crisis. Although widely discussed, the MAGA movement often remains insufficiently analysed as a political and social phenomenon. We asked him several questions to better understand the origins and dynamics of the current democratic crisis in the United States and, more broadly, the global challenges facing contemporary democracies.
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Space-based intelligence, surveillance and reconnaissance (ISR) have become a decisive enabler of military power, a trend reinforced by high-intensity conflict and hybrid threats, notably since Russia’s war against Ukraine. Armed forces and political authorities increasingly depend on timely and reliable geospatial intelligence derived from Earth observation satellites to support situational awareness, crisis response and military operations. This reliance has grown faster than the governance frameworks needed to manage tasking, prioritisation, security and dissemination under crisis conditions.
European capabilities in this sector span national assets, EU and NATO programmes, and rapidly expanding commercial constellations, but remain loosely coordinated rather than organised within a coherent architecture. This paper examines Europe’s geospatial intelligence (GEOINT) challenge through two scenarios: one in which an EU Earth Observation Governmental Service is established by 2028, improving coherence, responsiveness and strategic autonomy, while still facing significant governance and sovereignty challenges; and another in which Europe remains reliant on fragmented national systems with limited collective effectiveness. The paper argues that Europe’s core challenge lies in governance: without clear decisions, ongoing efforts risk reinforcing fragmentation; with them, an EUcentred but federative approach could provide the most credible pathway toward operational effectiveness and strategic autonomy.
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Quatrième épisode sur cinq de ma série « Proche-Orient : comment en est-on arrivé là ? ».
Il demeure très difficile d’aborder l’islamophobie, si ce n’est pour la nier, voire contester l’usage même du terme. C’est particulièrement le cas en France, prétendument au nom de la laïcité.
Pourtant, il est établi que les personnes musulmanes sont devenues la cible de discriminations graves et sont fréquemment associées à des notions telles que le terrorisme, la violence ou encore l’antisémitisme. La laïcité est aujourd’hui instrumentalisée pour être mobilisée contre l’islam, tandis que l’islamophobie est largement invisibilisée dans le débat public.
Dénoncer cette réalité devient d’autant plus difficile que cela s’accompagne souvent d’accusations d’encourager le communautarisme ou d’entretenir une forme de complaisance envers le terrorisme.
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La consommation et l’approvisionnement en électricité en Chine ont fait l’objet de profondes mutations depuis le début des années 2000. Secteur relativement marginal au début du siècle, dans une économie dominée par l’usage direct du charbon, l’électricité est devenue l’un des secteurs énergétiques les plus stratégiques pour le gouvernement chinois qui en a fait l’une des priorités de son dernier plan quinquennal (2021-2025).
Ce rapport propose un état des lieux des enjeux du développement de la production, du transport et de la consommation d’électricité pour la Chine, ainsi que des risques associés. Cette introduction s’adresse principalement au lecteur non spécialiste du sujet et contient : un bref récapitulatif du choix d’architecture global du système électrique effectué par la Chine comparativement aux réseaux européens et américains ; une analyse du profil électrique de la Chine et des grandes tendances observées depuis le début du siècle ; une interprétation des enjeux de politique interne associés à cette architecture et à ce profil de production/consommation, déterminants pour comprendre la stratégie électrique chinoise tant en interne que dans sa projection à l’international et qui seront développés dans la suite du rapport.
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Faut-il boycotter la Coupe du Monde de Football 2026 organisée au Mexique, au Canada et aux États-Unis ou faut-il retirer aux États-Unis l’organisation de ce tournoi ?
Voilà le débat qui a émergé à la suite des différentes prises de position de l’administration Trump, notamment envers des pays considérés comme alliés avec la menace de prendre de force le Groenland ou l’imposition de droits de douane exorbitants. Cependant, il est très irréaliste de penser que l’organisation de la compétition pourrait être retirée aux États-Unis ou que des pays participants décident de boycotter l’évènement sportif. Mais ne pas boycotter ne veut pas dire se taire. Le problème vient de la FIFA, de Gianni Infantino, qui devrait imposer des règles à Trump et ne le fait pas. Trump va donc imposer sa loi et complètement bousculer la compétition. Il vaut donc mieux y participer et prendre position que de rester à la maison et se taire.
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La première participation depuis le coup d’État du 1er février 2021 du général Min Aung Hlaing, chef de la junte militaire birmane, au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin, est largement passée inaperçue dans le paysage médiatique. À l’inverse, l’inauguration, en avril 2025, de la base de Ream, rénovée grâce au financement chinois, a largement retenu l’attention de la presse. Ces deux événements, bien que distincts, traduisent une même réalité : sous l’impulsion du président Xi Jinping, la Chine cherche à affermir sa position dans la sécurisation de son voisinage qu’elle conçoit comme son sanctuaire stratégique.
Cette note vise à adopter une grille de lecture sécuritaire, plutôt qu’un point de vue économique, très souvent choisi quand il s’agit de la Chine. Elle s’attache à mettre en lumière la conception chinoise élargie de la sécurité, qui dépasse la seule dimension militaire pour englober des instruments policiers. Elle examine les moyens et modes d’action déployés par la Chine – bilatéraux et multilatéraux, militaires et policiers. Elle relativise également l’impact de certaines initiatives chinoises, qui versent parfois davantage dans une stratégie de communication. Enfin, elle invite à nuancer la perception d’une dépendance univoque des « petits États » comme la Birmanie et le Cambodge à l’égard de leur puissant voisin, qui disposent de plusieurs choix stratégiques et à reconsidérer, dans ce contexte, la centralité de l’Association of Southeast Asian Nations (ASEAN).
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Aujourd’hui, l’évocation d’une « paix » à Gaza soulève de profondes interrogations. Dans un contexte où le cessez-le-feu annoncé par Israël demeure largement contesté sur le terrain, où la colonisation progressive de la Cisjordanie se poursuit, et où l’initiative de Donald Trump autour d’un « forum pour la paix » contribue à fragiliser davantage un équilibre diplomatique déjà précaire, la perspective d’une paix, bien qu’elle soit au cœur des préoccupations, semblent s’éloigner davantage. Ce paradoxe résonne également dans le cadre français. La reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron marque un geste politique fort, mais qui reste pour l’heure peu suivi d’effets concrets, reflet d’un contexte international où les marges de manœuvre des puissances extérieures se réduisent, et où la polarisation des sociétés gagne du terrain.
Pour comprendre cette impasse, il faut revenir aux racines du conflit : comment et pourquoi en est-on arrivé à une telle situation politique ? Comment ce conflit est-il exporté et instrumentalisé ailleurs, notamment dans les tensions entre communautés juives et musulmanes ? Quelles sont les perspectives de paix envisageables ?
Pascal Boniface reçoit Ofer Bronchtein, envoyé spécial d’Emmanuel Macron pour le Proche-Orient et militant pour la paix, dans ce podcast.
L’article Proche-Orient : à la recherche de la paix, désespérément. Avec Ofer Bronchtein est apparu en premier sur IRIS.
Depuis que Donald Trump a annoncé vouloir annexer le Groenland aux États-Unis avec les bonnes ou les mauvaises manières, les Européens se retrouvent une fois de plus au pied du mur. Comme en Ukraine, ils sont de nouveau confrontés aux effets délétères de leur impuissance et de leur dépendance stratégique à l’égard de Washington.
Certes, ce n’est pas la première fois qu’ils doivent composer avec les conséquences géopolitiques de décisions qui ne sont pas les leurs : au fond, l’Europe dépend des États-Unis pour sa sécurité depuis plus de sept décennies. Mais, cette fois, la donne a changé. Cette dépendance ne se décline plus par rapport à un allié. Elle s’exerce à l’égard d’une puissance hostile, prédatrice, qui ne jure que par les rapports de force et s’affranchit des principes les plus élémentaires du droit international.
Face à cette nouvelle réalité, le cœur du « problème groenlandais » ne tient plus seulement au tropisme néocolonial de la puissance américaine. Il tient aussi à la faiblesse européenne. Car si les prétentions de Donald Trump sur le Groenland sont inacceptables – et ne sauraient donc être entérinées – le président des États-Unis met néanmoins le doigt sur une question réelle : celle de l’exercice concret de la souveraineté sur la plus grande île non continentale du monde dans le long terme.
Avec l’ouverture progressive de l’Arctique, les progrès technologiques et la montée inexorable des rivalités entre puissances, il est peu probable que, dans les décennies à venir, les quelque 56 000 habitants locaux et les cinq millions de Danois – installés à plus de 2 000 kilomètres – puissent, à eux seuls, garantir la maîtrise du Groenland. Or, le pouvoir a horreur du vide : qu’on le veuille ou non, tôt ou tard cette question était appelée à se poser.
La sécurité de l’île pourrait bien entendu être assurée par l’OTAN, comme le clament apeurés les Danois et les Européens. Ces derniers ont rappelé à plusieurs reprises au locataire de la Maison-Blanche que les États-Unis disposent déjà de bases militaires au Groenland et que la porte leur est grande ouverte dans le cas où ils voulaient en bâtir de nouvelles. Rien n’empêcherait les Américains de mettre l’île à l’abri de toute hypothétique ambition future de la Chine ou de la Russie, sans pour autant l’annexer.
C’est précisément là que se situe le problème. Certains Européens ne l’ont peut-être pas encore compris, mais les États-Unis ne sont plus disposés à assumer leur sécurité, et évoquent même une « européanisation » de l’OTAN. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer qu’une solution strictement otanienne puisse leur convenir. Pourquoi, en effet, Washington sécuriserait-il un territoire destiné à rester danois, et qu’il perçoit en outre comme quasi dépeuplé – puisque l’opinion des Groenlandais ne semble pas entrer dans l’équation ?
Le raisonnement de Trump sur ce point est simple, brutal, et – à ses yeux – imparable : si ce sont les États-Unis qui doivent protéger le Groenland des ambitions chinoises ou russes, alors ce sont eux qui doivent le gouverner.
Que peuvent faire les Européens pour s’opposer à leur prétendu allié ? Sur le Vieux Continent, l’idée de déployer des soldats sur le terrain – à la demande des Groenlandais et des Danois – a suscité de vives critiques. Pour certains, cette option serait inutile. Pourtant, elle pourrait malgré tout présenter un intérêt.
Une présence européenne ne dissuaderait probablement pas Donald Trump de s’emparer de l’île s’il décidait d’aller au bout de son ambition, coûte que coûte. Elle ne l’empêcherait pas non plus de déployer ses propres troupes, en proclamant haut et fort que le Groenland lui appartient désormais. On peut toutefois espérer que des soldats américains n’attaqueraient pas des soldats européens présents sur place – et réciproquement.
Les Occidentaux se retrouveraient alors dans une situation ubuesque : deux forces militaires, venues de part et d’autre de l’Atlantique, coexisteraient sur le sol groenlandais, chacune revendiquant la souveraineté sur l’île. Ce scénario serait plus qu’absurde ; il aurait même quelque chose de grotesque. Mais il aurait au moins un mérite : il permettrait aux Européens de montrer au monde et, surtout, à eux-mêmes, que pour une fois – peut-être pour la première fois – ils ont été capables de rejeter les diktats de Trump, et ont su lui dire non.
L’article Pourquoi les Européens doivent maintenir une présence militaire stable au Groenland est apparu en premier sur IRIS.
Deuxième épisode sur six de ma série « Proche-Orient : comment en est-on arrivé là ? ».
La communauté internationale « s’est laissé glisser » sur la question palestinienne, permettant à Benyamin Netanyahou de poursuivre librement une stratégie visant à rendre matériellement impossible la création d’un État palestinien et à laisser prospérer la réalité de l’occupation et de la dépossession.
Cette situation, dont la résolution semble aujourd’hui hors de portée, résulte de l’impunité dont Netanyahou a bénéficié et de l’absence de sanctions, renforçant le sentiment d’impuissance. Face à des propos ouvertement racistes et suprémacistes, le silence et l’inaction demeurent. Chaque jour qui passe joue en faveur d’Israël, qui ne subit aucune pression extérieure.
Quant à la crédibilité morale et politique de l’Europe, elle est lourdement affectée par le contraste entre son absence de réaction concernant la situation au Proche-Orient et la rapidité avec laquelle des sanctions ont été imposées contre la Russie.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Federico Santopinto, directeur de recherche à l’IRIS, autour de l’avenir des relations entre les États-Unis de Donald Trump et l’Union européenne dans un contexte marqué par la montée des tensions autour du Groenland et par des annonces de hausse des droits de douane par Donald Trump.
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Cette note analyse la nouvelle phase du processus de résolution de la question kurde marquée par l’autodissolution du PKK en mai 2025. Il montre comment ce processus s’inscrit à la fois dans les dynamiques politiques internes d’un régime autoritaire et dans les bouleversements régionaux, notamment la reconfiguration de l’État syrien. En replaçant la séquence actuelle dans la continuité historique du conflit entre le PKK et l’État turc et des tentatives antérieures de règlement politique, il met en évidence les facteurs ayant conduit à leurs échecs. Après avoir expliqué les différentes étapes et les principaux acteurs du processus en cours, il procède à une analyse critique de la perspective du gouvernement turc en s’appuyant sur les discours et les écrits de ses représentants. Mettant en avant la poursuite des mesures répressives à l’égard de toutes les oppositions et la distinction imposée entre le « processus de résolution » et les éventuelles réformes de démocratisation, il conclut que l’approche privilégiée demeure avant tout sécuritaire plutôt que politique, ce qui réduit les chances d’une résolution durable et d’une ouverture démocratique.
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La Coopération structurée permanente (CSP ou PESCO en anglais), établie par le traité de Lisbonne en 2008, est le cadre politique et juridique censé accueillir les coopérations en matière de défense entre États membres au sein de l’Union européenne (UE). Le principe : les États voulant coopérer sur un sujet en particulier se regroupent, les États ne voulant pas de cette coopération ne le font pas, suivant l’idée simple de « volontaires et capables » (« able and willing »). En somme, plusieurs coalitions des volontaires, facilitées par l’UE. Or, Plus de huit ans après son lancement en 2017, quel en est le résultat ? Il est inquiétant. L’objectif de cette étude est ainsi de présenter une image la plus objective possible de l’état de la CSP fin 2025, sans nier les limites de l’objectivation. L’étude présente l’ensemble des projets, leur composition, leurs participants, leurs progrès, etc. Les résultats sont clairs : par exemple, seulement 3 projets (sur 83 lancés) ont atteint leurs objectifs en huit ans. La CSP n’a pas réussi à devenir le cadre de coopération européenne par excellence et n’a donc pas permis de renforcer la défense européenne.
La CSP serait-elle ainsi la chose à abattre ? L’exemple le plus flagrant de l’échec de la coopération européenne en matière d’armement ? La coopération est une méthode, les cadres de coopération sont des moyens, et les deux ne sauraient être un objectif eux-mêmes. Ce sont bien justement les objectifs qui sont en cause, et plus particulièrement les États qui les fixent. Ces derniers sont bien les acteurs qui ont limité les potentiels de la coopération européenne comme méthode de renforcement de la défense commune, et cette responsabilité est visible à travers l’étude des projets de la CSP.
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Les menaces de Donald Trump de prendre possession du Groenland se sont multipliées depuis le début de son mandat. D’abord prises à la légère, elles l’ont été à tort : il s’agit d’une volonté qu’il ne cesse de réaffirmer.
Cette ambition s’inscrit dans son objectif proclamé de faire des États-Unis « le plus grand pays du monde », notamment par le contrôle de ressources stratégiques comme les terres rares, en dépit de l’opposition du Danemark et des pays européens, des résistances qui comptent peu à ses yeux.
Les Européens ont, jusqu’à présent, trop souvent cédé aux volontés de Donald Trump. Or, la protection ou la bienveillance étatsunienne n’existent plus : au contraire, le président américain multiplie les exigences et les insultes, sans respecter la souveraineté des États européens. La notion de « monde occidental » perd ainsi de sa pertinence. Il est désormais temps de dire non aux États-Unis, une position également soutenue par les opinions publiques européennes. L’enjeu est de démontrer que l’Europe est capable de défendre ses propres intérêts afin de regagner en crédibilité sur la scène internationale.
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Les convergences criminelles ne sont pas un phénomène nouveau mais les diverses évaluations de la menace que représente la criminalité organisée font apparaitre à la fois une porosité croissante entre les types de trafics et une expansion des partenariats criminels. Il en résulte un écosystème polycriminel, soutenu par des interactions fluides entre des acteurs criminels qui orientent leurs activités et changent de modèle économique au gré des opportunités, tirant ainsi parti de la diversification et de la connectivité des trafics.
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Premier épisode sur six de ma série « Proche-Orient : comment en est-on arrivé là ? ».
Blocus humanitaire, nombre astronomique de morts, amputations sans anesthésie, destructions d’infrastructures publiques, corps brûlés vifs, ville quasi rasée… Sur Gaza, comment avons-nous fait pour accepter ce que l’on qualifie d’inacceptable ? Comment expliquer que, 27 mois après le 7 octobre, la population gazaouie est toujours traitée de façon inhumaine ? S’ajoute à cela la violence déchainée des militaires israéliens et des colons en Cisjordanie ainsi que de forts traumas psychiques pour toute la population palestinienne. Malgré la libération des otages et la mise en place d’un semblant de cessez-le-feu, les horreurs continuent. En France, il est impossible de parler de cette tragédie : on est accusé de vouloir diviser la société française, d’importer le conflit. Si quelqu’un ose mettre en avant la réalité à Gaza, il est marginalisé et subit des répercussions sur le plan professionnel et personnel. En revanche, ceux qui reprennent la sémantique du gouvernement israélien et nient le génocide sont mis en avant dans l’espace médiatique et sont récompensés. Sur Gaza et la Palestine, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Nombreux sont ceux qui, en revanche, pourront dire « je savais mais je me suis tu par lâcheté, pour ne pas avoir de soucis ». C’est le triomphe du silence coupable.
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Derrière les déclarations, les annonces et la communication politique, le Groenland nous propose un miroir grossissant de la marche du monde. Par conséquent, derrière l’actualité la plus chaude, mettons un peu de froid pour allonger la perspective. En trois temps, vu la valse des périls.
Premier point : la bascule. Au cours de la décennie précédente, parler du Groenland et de l’Arctique consistait principalement à traiter des changements climatiques. Non sans raison. Le pôle Nord est l’un des principaux thermomètres des évolutions météorologiques sur Terre. La fonte des glaces et l’élévation du niveau de la mer préoccupaient. La protection des écosystèmes naturels s’affichait en haut des agendas de coopération à propos de cet espace fragile, dont le réchauffement rapide traduisait à sa manière ce tic-tac climatique, réacteur au cœur ce siècle. Rien de cela ne s’avère moins important de nos jours. Au contraire, le tic-tac s’accélère. En revanche, en l’espace d’une décennie, entre l’accord de Paris sur le climat et aujourd’hui, la géopolitique prend le dessus. Mais pas n’importe laquelle, la dure, celle qui menace et qui s’exprime par des rapports de force. Le Groenland est un exemple probant de territoires hier regardés comme à sauvegarder, désormais évoqué comme à défendre ou à conquérir. La trumpisation des relations internationales, lancée dès le premier mandat de Donald Trump, c’est aussi cela : écarter les risques climatiques, faire de la place aux appétits stratégiques. Le président des États-Unis participe comme d’autres à cette géopolitique des hippopotames, féroces – véloces et polygames, dont j’avais parlé en sortie de Covid, pour qualifier la nouvelle ère dans laquelle nous étions entrés. D’autres depuis parlent de prédateurs, sans doute pour mieux interroger le régime trop longtemps observé par les Européens : un véganisme stratégique, à la fois militaire, économique et industriel. L’image de l’hippopotame garde ma préférence, puisqu’il est herbivore, mais s’avère carnivore si besoin, c’est-à-dire quand il a très faim. Et il est rapide, comme l’est Trump, pour parfois déboussoler tout le monde, les surprendre et les stupéfier. Quand on fait plusieurs tonnes, mais que l’on court plus vite qu’un sprinter, il y a de quoi créer l’étonnement après avoir défié les lois de la gravité. Quant à sa polygamie, l’hippopotame l’assume pleinement : pourquoi s’embarrasser d’engagements solides et durables. Tout doit être intéressé, transactionnel et jetable. Les alliances, les traités, le droit. Le Groenland affiche un menu devenu hélas à l’image du monde. Pas simplement plus chaud d’un point climatique. Plus chaud aussi sur le terrain de la géopolitique, car brutal et tropical (n’avons-nous pas des sueurs froides en ce moment ?).
Second point : le grand écart. La liste serait longue des sujets illustrant la distanciation grandissante entre les deux rives de l’Atlantique. Et précisons que Donald Trump n’a pas le monopole dans la responsabilité de cette performance. La relation entre les États-Unis et l’Union européenne est émaillée de tensions et de rivalités plus anciennes que l’émergence du trumpisme. Disons que Donald lui donne une saveur bien plus pique-sous. Le cas groenlandais est emblématique d’un incroyable scénario : en ce début d’année 2026, nous en venons à nous demander si les États-Unis pourraient prendre possession de cette île dépendant du Royaume du Danemark, si des soldats de l’OTAN pourraient se retrouver face à face sur cette terre de glaces. Comment expliquer que nous puissions en arriver là, alors que nous célébrions en 2024 les 80 ans du débarquement allié en Normandie, pour rappeler alors avec gravité à quel point la conquête de la paix constituait une épreuve redoutable, un bien précieux, à la valeur inestimable. Nous voilà désormais avec une administration Trump gesticulant sur le Groenland, évoquant l’hypothèse de l’acheter ou d’en prendre pleinement possession, n’en déplaise aux Danois et à ces Européens timorés. La nouvelle doctrine Donroe conjecture un affaiblissement généralisé de l’Europe, nous ne serions pas capables de garantir la sécurité du Groenland, faute de moyens, déjà réels, et potentiellement plus faibles demain. Trump le futuriste, qui craint que la Chine devienne une puissance polaire, qui reste attentif aux Russes et à leurs coups de griffe dans l’Arctique, entend donc contrôler le Groenland avant qu’il ne soit trop tard. Les États-Unis peuvent déjà y opérer militairement depuis un accord de 1951, mais cela ne suffit plus. Il faut croquer à pleines dents. Tic-tac. Et pour l’UE, une énième provocation grandeur nature. Nos ambassadeurs aux pôles pourront-ils rester diplomates, scientifiques ou écologistes, ou devront-ils tôt ou tard porter le treillis ? Là n’est pas la question.
En effet, troisième point avec ce Groenland miroir grossissant de ce monde : l’équilibre. Qui consiste à ne jamais oublier dans l’analyse des relations internationales à quel point la géopolitique des ressources prédomine. Nous Européens, nous nous sommes plu à moraliser les relations internationales. Nous avons raison de vouloir encore le faire. Mais nous devons aussi constater, avec la lucidité stratégique nécessaire, que tant d’autres puissances cherchent avant tout à monétiser leurs relations internationales. Trump est un super-chargeur en la matière. Et donc pour en revenir à ce Grand Nord qui devient le nouvel espace à promesses, qu’elles soient navigables, énergétiques ou minérales, nous y sommes. Tous les acteurs n’observent pas cette région comme le baromètre de nos risques climatiques. La faim de ressources n’est pas tarissable. Au Groenland se trouveraient 10% des réserves en eau douce de la planète, 10 à 15% des terres rares, des quantités de sable considérables (plus précisément des granulats marins, indispensables dans la construction notamment), sans oublier ces farines de roches glaciaires (l’or gris de cette île) à même de développer des engrais verts pour demain mieux fertiliser les sols agricoles de la Terre. Nous disions équilibre pour rappeler que l’économique n’est jamais loin des affaires internationales. Il est même généralement central. Les États-Unis, comme d’autres puissances jamais rassasiées, mettent rarement cette variable en note de bas de page. Si nous perdons de vue l’économique encore trop longtemps dans notre boussole stratégique, alors nous Européens, aurons certes toujours raison sur l’écologique et le droit, mais pourrions ne plus mener ces combats historiques faute d’outils robustes à notre disposition. Le Groenland nous invite à réfléchir à ce monde qui se réchauffe, et climatiquement et géopolitiquement. Donc aux déséquilibres actuels et en devenir.
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