Un an et demie après le début du conflit entre l'Ukraine et la Russie, on ne peut que constater l'efficacité de l'entreprise de désinformation du Kremlin. Même si la version la plus grossière qui voudrait que la CIA ait orchestré un coup d'état nazi à Kiev en finançant le Secteur Droit afin d'organiser le génocide des Russophones du Donbass, ne convainc plus que quelques complotistes ; certains éléments de la narrative du Kremlin ont infecté la vision que les Occidentaux ont de la situation. Il semble désormais clair pour tout le monde qu'en dépit de l'intervention des "hommes polis" il existait quand même un désir chez les habitants de la Crimée d'être rattachés à Moscou. De même, bien que l'on ne croie plus aux fables de Moscou qui prétendent qu'aucun soldat russe n'est présent au Donbass, l'avis général en Occident est qu'il existe bel et bien dans l'est de l'Ukraine un mouvement de combattants autochtones séparatistes que Moscou s'est décidé à soutenir à la fin du printemps 2014 alors qu'elles se faisaient étriller par les "troupes loyalistes" fidèles à Kiev.
Pourtant, des déclarations et des témoignages faits par des personnalités de premier plan et certains des principaux acteurs du conflit russo-ukrainien, et que l'on peut difficilement accuser d'être à la solde des USA ou de l'EU, viennent infirmer ces derniers mensonges de la désinformation russe.
*Le Secteur Droit n'était pas financé par Soros et la CIA, qui n'ont pas davantage fomenté la Révolution de Maïdan.Lors d'une conférence donnée le 17 octobre 2014 devant les journalistes russes, le président du Belarus Alexandre Lukashenko, que l'on peut difficilement soupçonner d'être un fantoche des Occidentaux, faisait plusieurs révélations en contradiction totale avec la "narrative" du Kremlin :
"Viktor Yanoukovitch et ses amis ont financé eux-mêmes le Secteur Droit, afin de contrer Yulia Timochenko semblerait-il. [...] C'est lui (Yanoukovitch) qui les a créé pour conserver le pouvoir, et ils l'ont plus tard éliminé. C'est ce qui s'est passé en Ukraine, c'est ce qu'ont vu mes yeux. J'avais averti Viktor Fedorovitch (Yanoukovitch) de ce qui pourrait se produire s'il faisait ça."Pour Lukachenko s'est bien le système corrompu mis en place par Yanoukovitch et sa clique qui est à l'origine des événements de Maïdan :
"Un tel système d'extorsion, de pots-de-vin, de corruption était tout simplement intolérable." Intégralité de la conférence de presse d'Alexandre Loukachenko
Source * Le rattachement de la Crimée à la Russie n'était pas voulu par ses habitants et il ne s'est pas déroulé conformément au droit.C'est au cours d'un débat entre Igor "Strelkov" Girkin et le journaliste
Nikolai Starikov sur la webtv
Neuromir.tv, que l'ancien "ministre de la défense" de la "République Populaire de Donetsk" a dévoilé, contre toute attente, les coulisses de la "sécession" entre la Crimée et l'Ukraine :
Starikov : « En Crimée toutes les conditions étaient réunies pour le rattachement à la Russie … »
Strelkov :
« Vous me faites rire ! Vous croyez que les Criméens en voulaient ? Mais les forces de sécurité, à part les Berkouts, étaient restées fidèles à Kiev ! J’étais sur les lieux depuis le 21 février, j’étais parmi les insurgés, il a fallu qu’on attrape les députés un à un, qu’on les force à entrer dans le parlement, qu’on les oblige à voter la déclaration d’indépendance." Starikov : « Et pourquoi ça ne s’est pas passé ainsi dans le Donbass ? »
Réponse méprisante de Strelkov :
« A Simféropol, l’armée russe était là, le scénario ne pouvait pas échouer. Alors oui, si l’armée russe était arrivée avec ses tanks à Donetsk au printemps, bien sûr que le Donbass serait à nous, sans compter Nikolaïev, Kharkov et Odessa. » Le passage en question commence à 45'40''
*
Il n'existe pas dans l'Est de l'Ukraine de mouvement séparatiste pro-russe composé de combattants autochtones. C'est Igor Girkin, encore lui, qui de son propre aveu est l'initiateur de la guerre au Donbass.
Dans unе interview donnée au journal Zavtra, il explique que c'est lui et ses hommes qui ont "appuyé sur la détente de la guerre" :
"Si notre unité n'avait pas traversé la frontière, tout se serait terminé comme à Kharkiv ou à Odessa. Il y aurait eu des douzaines de tués et de brûlés et tout aurait été fini. C'est notre unité qui a donné son impulsion à cette guerre, qui dure encore aujourd'hui" Strelkov prétend qu'au début de l'été 90% des troupes "séparatistes" étaient composées de locaux. Pourtant au mois de juin 2014, les chefs de guerre russes se plaignaient du manque de volonté des habitants du Donbass de se battre à leurs côtés. Ainsi le picaresque Cosaque Babaï, de son vrai nom Alexandre Mojaev, exhortait les Russophones à combattre en ces termes :
«Eh, les "soldats" de salon, réveillez-vous, vous devriez défendre vos propres maisons et vos familles ! Quittez vos divans et battez-vous enfin ! »Dans cette autre interview, donnée quelques jours après la précédente, il fait de nouveau part de sa déception devant le manque d'inclination pour le combat des Russophones d'Ukraine :
Les habitants du Donbass ne semblaient toujours pas avoir répondu à l'appel en février 2015. Une des figures de la résistance aux fascistes de Kiev, le citoyen russe Arseniy Pavlov plus connu sous le nom de guerre de "Motorola", se désolait que les habitants du Donbass aient tous fuit pour la Russie, la Pologne ou le Bélarus et que les Russes soient obligés de venir défendre la Novorussie à leur place:
Si chaque résident du Donbass, de Lugansk et de Donetsk et ceux qui se trouvent en ce moment en Russie, en Pologne ou au Bélarus, prenaient les armes et venaient ici, on ne pourrait plus nous accuser Givi (NdR : un des rares Ukrainiens à se battre aux côtés des Russes) et moi, d'être des terroristes russes. Source.Ceux que les journalistes occidentaux appellent "les séparatistes ukrainiens pro-russes", reprenant sans jugement aucun le vocabulaire de la désinformation poutinienne, sont en fait des mercenaires, principalement russes, mais aussi Tchétchènes, Serbes ou Daghestanais, payés par la Russie et encadrés par les forces spéciales russes. Ce sont pour la plupart des fanatiques religieux, des marginaux, des déclassés voire des criminels qui se livrent d'ailleurs entre eux un guerre sans pitié. Pour ceux qui seraient intéressés,
vous pouvez lire ici les exactions du bataillon Bryanka-URSS.
(
Merci à Orkenny du blog Ukraine2014 pour les traductions des vidéos)
* La Russie soutient pourtant des groupes sécessionnistes en Crimée et au Donbass depuis près de 25 ans.Au tout début des années 90, la Russie mit tout en œuvre pour conserver son influence sur les anciennes républiques soviétiques. Dans le cas de l'Ukraine, elle voulait à la fois faire main basse sur la Flotte de la Mer Noire et le port de Sébastopol, et surtout la dépouiller de son arsenal nucléaire qui lui garantissait l'indépendance. Un des moyens de pression qu'utilisa la Russie pour arriver à ses fins, fut l'instrumentalisation de partis et de mouvements pronant un découpage de l'Ukraine et le rattachement de certains territoires à la Russie.
Plus tard en juin (1993), on annonça que la Crimée, Sébastopol et la région de Donetsk dans l'est de l'Ukraine pourrait s'unir pour former une république "carpathique" à majorité russe. Les 30 et 31 juillet, un nouveau parti politique ukrainien, le Parti pour l'Unité Slave (NdR : créé en 1991 à St Pétersbourg, son antenne ukrainienne le fut en octobre 1992 par Alexandre Blazyouk) tint son premier congrès à Kiev. Le parti appelait à la création d'un nouvel état ukraino-russe de type fédéral. (en juillet 1993), Oleg Rumyantsev, Président de la Commission Constitutionnelle du Parlement russe, arriva en Crimée pour rallier la population russe contre l'Ukraine et tenir des meetings avec le Parti Républicain de Crimée. Rumantsyev exprima le soutien du Parlement russe au programme du parti qui proposait la restauration d'un espace politique et économique unifié sur le territoire de l'ex-URSS.
Le 8 novembre (1993), Sergei Shuvainikov, leader du Parti Russe de Crimée dit à Interfax qu'il serait candidat à la présidence de la Crimée lors des prochaines élections. Le Parti Russe avait été fondé au début de l'année 1993 dans le but stratégique de "recréer une union fraternelle entre la Russie, le Bélarus et l'Ukraine", déclara Shuvainikov "la justice historique doit être restaurée, l'Ukraine et la Russie doivent être unies de nouveau".Source : L'interventionnisme russe dans les anciennes républiques soviétiques : l'Ukraine. Depuis le début des années 2000 et la Révolution Orange où les Ukrainiens manifestèrent leur désir de sortir du giron russe, Moscou a soutenu divers parti et groupuscules pro-russes. On peut citer
Russkij Blok, le "
Parti de l'Unité Russe" dirigé en Crimée par
Serguei Aksionov figure de la mafia locale, qui sera un des artisans majeurs de l'annexion de la Crimée dont il est l'actuel gouverneur. On trouve aussi divers mouvements eurasistes comme le "Donbass dans l'Union Eurasiatique"
@RobPulseNews @HetmanAndrij Paul Gubarev 2005
pic.twitter.com/pzBuSA1Gjd— Onlinemagazin (@OnlineMagazin)
4 Mars 2015Ici de jeunes militants lors d'une opération d'agit-prop dans le Donbass en 2004 ou 2005. On reconnaît Pavel Gubarev qui en 2014 sera un des artisans de la création des républiques fantoches de Lugansk et de Donetsk.
Réunion du groupe "Donbass dans l'Union eurasiatique" en 2012.
Sur la photo ci-dessus on peut voir une réunion du groupe "Donbass dans l'Union Eurasiatique". Remarquez que le drapeau de la "République de Donetsk" est celui qui sera utilisé 2 ans plus tard lors de la création spontanée par des Russophones de l'est menacés d'extermination par les nazis de Kiev ...
Le combat pour un Donbass libre ne faisait déjà pas recette en 2012 ...
Source.Loin d'être né en réaction au événements de Maïdan, le mouvement pour la République Populaire de Donetsk est fondé en 2005 par
Andrei Purgin, actuel Président du Conseil de la "République Populaire de Donestk", en réaction à la Révolution Orange. C'est sans grand succès que Purgin et les siens vont essayer de créer un sentiment sécessionniste dans l'oblast de Donetsk: ce petit mouvement qui ne compte que 160 adhérents organise des signature de pétitions, des marches, etc. Après 2010, il se rapproche du mouvement Union Eurasiatique d'Alexandre Douguine, et plus particulièrement de l'Union de la Jeunesse. Des rencontres entre les deux groupes sont d'ailleurs organisées au lac Seliger lors du rassemblement annuel des
Nashi, le mouvement de jeunesse qui soutient Vladimir Poutine.
DNR et Union de la Jeunesse au lac Seliger en 2012 ou 2013.
Source.