1er novembre 1960 - 1er novembre 2026 : 66 ans d'histoire, de loyauté et de dévouement à la Patrie.
Il est des anniversaires qui ne se célèbrent pas seulement avec des défilés, des décorations et des discours officiels. Il en est qui commandent le recueillement, la reconnaissance et surtout la mémoire. Le 66e anniversaire des Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso appartient incontestablement à cette catégorie. En ce 1er novembre 2026, adressons nos vœux les plus chaleureux à notre Armée nationale. Bon anniversaire aux hommes et aux femmes qui ont choisi de faire de la défense de la Patrie leur mission, parfois au prix de leur propre vie ! Bon anniversaire à ces sentinelles de la République qui, depuis des décennies, portent l'uniforme avec honneur et qui, depuis près de onze ans, affrontent l'une des plus éprouvantes pages de notre histoire nationale.
En effet, depuis 2015, le Burkina Faso traverse une épreuve existentielle. L'irruption et la montée en puissance du terrorisme ont bouleversé la vie de nos populations, endeuillé des familles, contraint des milliers de personnes à abandonner leurs villages et mis à rude épreuve les fondements mêmes de notre État. Face à cette menace, les Forces de défense et de sécurité (FDS) n'ont pas déserté leur responsabilité historique. Elles ont tenu, résisté, appris, évolué et continué le combat. Il faut remonter aux premières heures de cette crise pour mesurer le chemin parcouru par notre outil de défense. Au départ, le Burkina Faso s'est retrouvé confronté à une menace asymétrique, diffuse, imprévisible, qui frappait les populations, les symboles de l'État, les positions militaires et les axes de communication. Une menace pour laquelle les dispositifs classiques de défense et de sécurité devaient progressivement s'adapter.
Les premières années furent particulièrement douloureuses. Les attaques se sont multipliées, les pertes humaines se sont accumulées et plusieurs localités ont été confrontées à une insécurité grandissante. Nos soldats, souvent engagés dans des conditions difficiles, ont dû apprendre à combattre un adversaire mobile, insaisissable et déterminé à imposer sa loi. Mais l'Armée burkinabè n'a pas renoncé. Au fil des années, elle a engagé une transformation profonde de son organisation et de ses capacités. Le renforcement des effectifs, la création de nouvelles unités combattantes, l'amélioration des équipements, le développement des moyens aériens et de surveillance, ainsi que le renforcement de la coordination des opérations ont progressivement contribué à faire évoluer le dispositif national de défense.
La lutte antiterroriste a également connu une nouvelle dimension avec la mobilisation populaire autour de la défense de la Patrie, notamment à travers la création et l'engagement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). L'arrivée de ces milliers de compatriotes dans le dispositif de défense a consacré une réalité fondamentale : face à une menace qui concerne toute la Nation, la défense de la Patrie ne saurait être l'affaire des seuls militaires. Elle est une responsabilité collective.
Les changements institutionnels, les réorganisations militaires et la recherche d'une plus grande autonomie stratégique ont également marqué cette période. L'Armée a ainsi poursuivi sa mutation, passant progressivement d'une posture essentiellement défensive à une dynamique de reconquête, de sécurisation et de réinstallation progressive des populations dans certaines localités. Ce parcours n'a pas été linéaire. Il a été jalonné de victoires, de revers, de sacrifices, de blessures et de deuils. Mais il témoigne d'une chose : notre Armée a fait preuve d'une remarquable capacité de résistance et d'adaptation.
Aujourd'hui, nous avons des résultats qui nourrissent l'espérance.
Aujourd'hui, il serait injuste de regarder uniquement les difficultés qui subsistent sans reconnaître les avancées enregistrées. Les résultats dans la reconquête territoriale, le retour progressif de certaines populations, la reprise des activités administratives et économiques dans des localités auparavant éprouvées, ainsi que l'amélioration de la présence de l'État dans plusieurs zones constituent des acquis importants. Aujourd'hui, nous sommes à plus de 74 % du territoire reconquis et pacifié, avec le retour progressif des populations et de l'administration. Derrière ces chiffres, il y a des villages qui reprennent vie, des familles qui retrouvent leurs concessions, des enfants qui retrouvent le chemin de l'école et des producteurs qui repartent dans leurs champs.
Il y a aussi des axes qui redeviennent progressivement praticables, des services publics qui reprennent leurs activités et des communautés qui retrouvent peu à peu le goût d'une vie moins dominée par la peur. Ces avancées méritent d'être saluées.
Certes, la menace n'a pas totalement disparu et la vigilance demeure indispensable. Mais on ne peut nier les signes encourageants d'une accalmie observée actuellement dans plusieurs localités du territoire national ainsi que les efforts déployés pour consolider les acquis sécuritaires.
Et si, aujourd'hui, des Burkinabè peuvent envisager l'avenir avec davantage d'espérance, c'est aussi parce que des hommes et des femmes se sont battus pour rendre cette espérance possible. À eux revient une part immense de ce mérite. À nos soldats, la Nation vous doit reconnaissance. À nos militaires engagés sur les différents théâtres d'opérations, nous disons merci. Merci pour les nuits passées loin des familles. Merci pour les journées d'incertitude, les longues périodes d'engagement et les sacrifices consentis dans des conditions que peu de civils peuvent véritablement imaginer.
Merci à ceux qui sont revenus blessés, à ceux qui poursuivent le combat malgré les séquelles physiques et psychologiques, mais aussi à ceux qui, chaque jour, repartent en mission avec la conviction que la Patrie mérite tous les sacrifices.
Une pensée particulière va à ceux qui ne sont jamais revenus. Leurs noms ne doivent pas disparaître dans les statistiques des pertes humaines. Ils sont des fils, des filles, des frères, des sœurs, des pères, des oncles et des mères qui ont donné leur vie pour nous. Ils ont laissé derrière eux des familles, des souvenirs et parfois des rêves inachevés. Leur sacrifice appartient désormais à la mémoire collective de notre Nation. La reconnaissance envers les combattants ne saurait être complète sans un hommage appuyé à la hiérarchie militaire.
Aux chefs militaires, aux officiers, aux sous-officiers et à tous les responsables qui portent la lourde responsabilité du commandement, nous adressons nos encouragements. Commander en temps de paix est une responsabilité ; commander dans une guerre aussi éprouvante exige davantage de lucidité, de courage, de discipline et de sens du devoir. La Nation attend de sa hiérarchie une armée professionnelle, disciplinée, solidaire, respectueuse des populations et résolument tournée vers la défense de l'intégrité territoriale.
Au Président du Faso, reconnaissance totale pour la vision et les conditions du combat.
Il convient de saluer le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, Chef suprême des Forces armées nationales grâce à qui toute la nation a repris confiance face à cette douloureuse situation. Dans ce contexte particulièrement difficile, les choix stratégiques, les orientations politiques et les décisions relatives au renforcement des capacités de défense, ont contribué à donner une nouvelle impulsion à l'effort national de guerre. La volonté de renforcer les effectifs, d'améliorer les équipements, de développer les moyens opérationnels, de mobiliser les ressources nationales et de promouvoir une défense souveraine constitue un axe majeur de cette orientation.
La création de conditions permettant aux forces combattantes de disposer de moyens humains, matériels et logistiques plus importants mérite d'être saluée. À travers cette vision, la défense nationale est présentée non plus comme une question exclusivement militaire, mais comme un enjeu de souveraineté, d'indépendance et de survie collective. Il faut souhaiter que cette dynamique se poursuive, que les moyens suivent les ambitions et que la protection des populations demeure au cœur de toutes les décisions. Sa vision a montré que la victoire ne se décrète pas dans les discours : elle se construit sur le terrain, dans la préparation, la discipline, la cohésion, le renseignement, la logistique et la détermination.
Les VDP, ces compatriotes qui ont répondu à l'appel de la Patrie, il faut les saluer avec appui.
Comment célébrer les Forces armées nationales sans saluer les Volontaires pour la défense de la patrie ? Ces hommes et ces femmes, issus de nos villes, de nos villages et de nos campagnes, qui ont accepté de prendre leur part dans la défense de leur terre. Ils ont rejoint les forces combattantes avec une conviction simple : leur pays mérite d'être défendu. Leur engagement a contribué à renforcer le dispositif national de défense et à rapprocher davantage la lutte contre le terrorisme.
À tous les VDP encore engagés, nous exprimons notre reconnaissance. À ceux qui sont tombés, nous devons respect et mémoire. Leur contribution rappelle que le patriotisme n'est pas seulement un sentiment que l'on proclame lors des cérémonies. Il peut aussi devenir un engagement concret, exigeant et douloureux. La complémentarité entre les FDS et les VDP doit continuer à s'inscrire dans ce cadre organisé, discipliné et respectueux des droits des populations civiles.
Aux épouses, aux veuves et aux orphelins, qui sont le deuxième front du sacrifice, nous leur devons une attention particulière.
En effet, il existe un autre front dans ce combat contre le terrorisme : celui des familles des combattants. Derrière chaque militaire engagé au front, il y a une épouse, une mère, un père, un frère, une sœur, un oncle, une tante, qui attend. Une femme qui vit avec l'inquiétude d'un appel téléphonique, qui scrute les nouvelles et qui apprend à sourire aux enfants même lorsque son cœur est envahi par l'angoisse. À toutes les épouses des FDS dont les conjoints sont engagés sur les théâtres d'opérations, nous adressons notre admiration et notre profonde considération.
Vous aussi, vous portez une part importante de cette guerre. Votre patience, votre courage et votre résilience sont des formes silencieuses de patriotisme. Notre pensée va également aux veuves et aux orphelins des FDS et des VDP tombés pour la défense de la Patrie.
À ces femmes qui doivent désormais poursuivre leur chemin sans leur compagnon, à ces enfants qui grandiront avec l'absence d'un père ou d'une mère, la Nation doit plus que des paroles de circonstance. La nation vous doit une solidarité intarissable, une protection sociale effective, un accompagnement psychologique, un accès à l'éducation et des perspectives dignes du sacrifice consenti par les proches. Un pays qui honore ses héros doit aussi prendre soin de ceux qu'ils ont laissés derrière eux. Et c'est pourquoi le Président du Faso y veille personnellement !
Au peuple burkinabè, poursuivons l'effort patriotique !
Le combat contre le terrorisme n'aurait jamais pu être mené avec la même détermination sans l'engagement du peuple burkinabè. Aux populations qui ont soutenu les FDS, aux autorités coutumières, traditionnelles et religieuses, aux acteurs économiques, aux organisations de la société civile, à toutes les citoyennes et à tous les citoyens qui ont apporté leur contribution à l'effort national, nous disons merci. Un hommage particulier doit donc être rendu aux Burkinabè qui, malgré leurs difficultés quotidiennes, ont répondu à l'appel de la solidarité nationale à travers le Fonds de soutien patriotique.
Chaque contribution compte. Chaque geste de solidarité représente une manière de soutenir ceux qui défendent le territoire et de participer à l'effort collectif. Il faut donc poursuivre cette mobilisation par la contribution au Fonds de soutien patriotique. Ce Fonds doit continuer à bénéficier de la confiance et de l'engagement des citoyens, car les besoins de l'effort de défense ne s'arrêtent pas encore. Que chacun contribue selon ses moyens et ses possibilités. Le patriotisme n'est pas une compétition de montants ; c'est une manifestation de solidarité et d'attachement à la Nation.
La victoire est à portée de main, faisons-en une page d'histoire !
Ce 1er novembre 2026, l'heure n'est ni à l'autosatisfaction ni au découragement. Elle est à la reconnaissance, à la consolidation des acquis et à la confiance raisonnée dans les capacités de notre Nation. Oui, la victoire est désormais à portée de main. Elle se dessine dans les efforts accomplis, dans les territoires progressivement sécurisés, dans la mobilisation populaire et dans la détermination des forces combattantes. Cette victoire est irréversible. Notre souhait est que les générations futures n'aient plus à apprendre le terrorisme comme une réalité vécue par leurs parents, mais comme un chapitre douloureux de l'histoire nationale, étudié dans les manuels scolaires pour rappeler le prix de la liberté et de la souveraineté. Que nos enfants puissent un jour lire ces pages et dire : « nos grands-parents ont traversé cette épreuve, nos parents ont résisté et notre Nation a fini par triompher. »
Que le Burkina Faso retrouve durablement la paix, que les déplacés retrouvent leurs villages, que les écoles ouvrent partout, que les champs soient cultivés sans crainte et que les armes cèdent définitivement la place aux outils du développement. C'est le plus beau cadeau que nous puissions souhaiter à notre Armée pour ses 66 ans. Bon anniversaire aux Forces armées nationales ! Honneur à nos combattants ! Gloire à nos martyrs ! Vive le Burkina Faso libre, souverain et en paix !
Pendant que je m'apprêtais à terminer par « la Patrie ou la Mort, nous Vaincrons », on m'apprend que quelque chose se passe à l'Élysée, à Paris. L'atmosphère serait devenue quelque peu électrique. Le Président Emmanuel Macron, installé derrière son imposant bureau, aurait convoqué son ministre de la Défense pour une réunion d'urgence. Et voici ce qu'il en ressort, selon mes informateurs !
– Macron : Monsieur le Ministre, je vous demande de mettre immédiatement fin à tout soutien aux entreprises de déstabilisation dans la Confédération des Etats du Sahel (AES), surtout au Burkina Faso. Le Petit-là n'est pas facile. Il va me créer des problèmes. J'ai déjà trop de soucis avec les lycéens ici et les gens en profitent pour me déstabiliser. Nous devons changer de méthode !
Surpris, son Ministre de la Défense tente de comprendre cette soudaine volte-face.
– Le Ministre : Mais, Monsieur le Président, permettez-moi de vous rappeler que nous avons engagé beaucoup d'énergie diplomatique dans cette région. Nous avons encore quelques cartes à jouer. Il serait peut-être prématuré de tout abandonner…
Emmanuel Macron, visiblement agacé, interrompt son collaborateur :
– Macron : Non, non et non ! Je vous dis que cela suffit ! Vous ne voyez donc pas que les choses ne se passent plus comme avant ? J'ai déjà assez de problèmes avec les lycéens, dans mon propre pays ! Je ne vais quand même pas en rajouter avec ces jeunes du Sahel !
Le Ministre, qui a voulu développer un argumentaire stratégique, tente une nouvelle approche :
– Mais, Monsieur le Président, nous avions pourtant des relais politiques sur le continent. Certains Chefs d'État africains étaient disposés à nous aider à maintenir la pression pour aboutir à la déstabilisation de l'AES. L'autre-là a dit qu'il va s'occuper du Petit du Burkina Faso. Il nous a donné l'assurance non !
– Macron : Justement ! il me dit tout le temps, Le Petit, Le Petit, du Burkina et il n'y arrive pas. Donc, il n'est pas petit ! J'avais pourtant compté sur ces Chefs d'État africains. Nous leur avons fait confiance, nous avons investi en argent et en relations, et au bout du compte, rien ! Ils ont consommé nos ressources politiques et financières, mais ils n'ont pas réussi à faire bouger les lignes face aux dirigeants de l'AES. Pas un résultat à la hauteur de mes attentes ! Et l'autre-là m'a même encore demandé d'ajouter d'argent pour recruter plus de communicants. Le problème est que les BIR-C du Burkina sont plus forts !
Le Ministre de la Défense tente de calmer son patron :
– Monsieur le Président, il faut garder notre sang-froid. Nous pouvons encore envisager une autre stratégie…
– Macron : Quelle stratégie ? s'emporte Macron ! Une stratégie qui consiste à multiplier les réunions, les appels, les déclarations, les communiqués pendant que les événements nous échappent ? Non, merci !
Emmanuel Macron décroche son téléphone, demande à son Directeur de Cabinet de lui faire venir d'urgence le Ministre des Affaires étrangères. Celui-ci arrive en catastrophe.
– Macron : Voilà, il faut que tu raisonnes ton collègue de la Défense ! Peut-être qu'il comprendra que nous devons changer de logiciel !
Le Ministre de la Défense, désormais silencieux, regarde son collègue des Affaires étrangères.
Le Ministre des Affaires étrangères demande au Président :
– Monsieur le Président, que se passe-t-il encore ?
Macron, épuisé, répond :
– Expliquez à votre collègue que le Sahel n'est plus un terrain de jeu diplomatique où l'on peut faire et défaire les gouvernements à sa convenance. Et surtout, dites-lui que je ne veux plus de problèmes supplémentaires. Entre les lycéens, les difficultés intérieures et les dossiers internationaux, je n'ai vraiment plus besoin d'un autre front !
Les deux Ministres se regardent. Le Président regarde ailleurs !
Quand j'ai eu ce point sur ce qui s'est passé à l'Elysée, j'ai compris que le monde change, les peuples évoluent et l'Afrique entend désormais écrire elle-même les chapitres de son histoire.
Ceux qui n'ont pas encore compris cette nouvelle réalité feraient mieux de réviser leurs leçons de géopolitique.
Maintenant, je peux terminer par ma « La Patrie ou la mort, nous vaincrons ! »
Jonas Hien
Le commissariat central de police de Bobo-Dioulasso a présenté, ce lundi 2 novembre 2026, les résultats de plusieurs enquêtes judiciaires lors d'une conférence de presse tenue au commissariat de police de l'arrondissement de Dafra. Trois individus ont été interpellés pour des faits présumés d'escroquerie transfrontalière, de vols multiples d'engins à deux roues et d'assassinat. Les investigations ont également permis la saisie de plusieurs biens, dont huit motocyclettes.
La police nationale vient de porter un coup à plusieurs réseaux et activités criminels dans la ville de Bobo-Dioulasso et ses environs. À l'occasion d'une conférence de presse organisée ce lundi 2 novembre 2026 au commissariat de police de l'arrondissement de Dafra, les forces de l'ordre ont dévoilé les résultats de trois enquêtes judiciaires ayant conduit à l'interpellation de trois individus pour des faits de différentes natures. Les affaires présentées concernent notamment une présumée escroquerie transfrontalière impliquant un réseau actif depuis 2018, des vols répétés d'engins à deux roues ainsi qu'un cas d'assassinat survenu dans le quartier de Ouezzin-ville.
Les journalistes présents à la conférence de presseLa première affaire porte sur des faits présumés d'escroquerie multiple, d'association de malfaiteurs et de blanchiment de capitaux. Selon les explications du commissaire principal de police Idrissa Sawadogo, commissaire de police de l'arrondissement de Dafra, le réseau mis en cause serait composé de deux individus qui opéraient depuis 2018 au Burkina Faso et dans trois pays voisins. Leur mode opératoire consistait à faire croire à leurs victimes qu'ils disposaient de pouvoirs mystiques leur permettant de prédire l'avenir, de favoriser la prospérité de leurs activités et de les protéger contre leurs ennemis.
Profitant de la confiance ainsi instaurée, les présumés escrocs amenaient leurs victimes à leur remettre d'importantes sommes d'argent ou des biens, sous prétexte de procéder à des bénédictions. Ils profitaient ensuite des séances d'incantation pour substituer les biens ou disparaître avec le butin. À la suite d'une filature et grâce à la collaboration de la population, l'un des membres actifs du groupe, identifié par les initiales D. A., âgé de 35 ans et domicilié au secteur 24 de Bobo-Dioulasso, a été interpellé. Son présumé complice, O. P. D., âgé d'une cinquantaine d'années et domicilié à Banfora, est toujours en fuite.
Les auteurs des deux premières affaires présentés à la presse, l'auteur du cas d'assassinat étant déjà déféréLes investigations ont permis de recenser sept cas d'escroquerie dans la province du Houet, pour un préjudice global estimé à plus de 82 millions de FCFA. Confronté notamment à des images vidéo d'une opération portant sur 45 millions de FCFA, à des données de téléphonie mobile et aux identifications formelles des victimes, le suspect a reconnu sa participation à trois faits, représentant un montant de plus de 46 millions de FCFA.
Le commissaire a indiqué également que le mis en cause aurait fait des victimes au Mali, au Ghana et au Togo. Les investigations ont par ailleurs révélé l'acquisition d'une parcelle sur laquelle il aurait construit une maison de trois pièces avec une clôture, pour un coût estimé à plus de 10 millions de FCFA. Une motocyclette de marque Yamaha Exciter 155, un sac contenant du matériel utilisé dans les opérations d'escroquerie ainsi qu'un véhicule de marque Kia ont notamment été présentés parmi les biens saisis ou identifiés dans cette affaire.
Le commissaire principal de police Idrissa Sawadogo, commissaire de police de l'arrondissement de DafraHuit motocyclettes saisies dans une affaire de vols
La deuxième enquête concerne des faits présumés de vols multiples d'engins à deux roues, de recel et de blanchiment de capitaux. Elle a conduit à l'interpellation de M. G., âgé de 28 ans, apprenti-maçon et domicilié au secteur 33 de Bobo-Dioulasso. Selon les enquêteurs, le suspect opérait seul depuis 2022. Il aurait développé une technique consistant à s'introduire nuitamment dans les domiciles, notamment lorsque les occupants étaient profondément endormis, pour repérer et emporter les motocyclettes. Les périodes pluvieuses auraient été particulièrement propices à ses opérations.
Face aux difficultés d'écoulement des engins volés à Bobo-Dioulasso, le mis en cause les convoyait majoritairement dans son village d'origine, situé dans une commune voisine. Sa localisation a été rendue possible grâce aux investigations des enquêteurs et à la collaboration des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). La perquisition et les investigations ont permis de mettre la main sur huit engins à deux roues déclarés volés, cinq cartes nationales d'identité burkinabè en cours de validité, une carte grise et une plaque d'immatriculation de vélomoteur. Le suspect aurait reconnu les faits après avoir été confronté aux éléments matériels réunis contre lui.
Une vue des biens saisis ou identifiés dans la première affaireLes conférenciers précisent qu'une dizaine de vols d'engins à deux roues lui sont reprochés. Il serait également un récidiviste, ayant déjà séjourné à la maison d'arrêt et de correction de Bobo-Dioulasso en 2022 pour des faits de vol.
Un homme de 52 ans interpellé pour assassinat
La troisième affaire porte sur un cas d'assassinat survenu à proximité du Centre médical urbain (CMU) de Ouezzin-ville. Alertés des faits, les enquêteurs ont procédé aux constatations d'usage avant de lancer des recherches qui ont abouti à l'interpellation du présumé auteur. Il s'agit de B. H., âgé de 52 ans, menuisier et domicilié au secteur 15 de Bobo-Dioulasso. Selon les déclarations rapportées par la police nationale, le suspect a reconnu les faits qui lui sont reprochés. Il aurait indiqué avoir utilisé un bâton et un tesson de bouteille pour porter des coups à la victime, lui occasionnant de profondes blessures à la tête et aux bras. Malgré son évacuation au CMU de Ouezzin-ville, le blessé a succombé quelques minutes après son admission. Un couteau présenté comme étant lié à cette affaire figure parmi les objets saisis.
Huit engins à deux roues déclarés volés, et plusieurs autres biens ont été saisis dans la deuxième affaireLa police nationale appelle à la vigilance
Au terme de la présentation de ces trois affaires, la police nationale a invité les populations à renforcer leur collaboration avec les Forces de défense et de sécurité (FDS) dans la lutte contre la criminalité. Elle a particulièrement mis en garde contre les personnes qui promettent des bénédictions, la prospérité ou un avenir meilleur en échange de biens et de sommes d'argent.
Concernant la prévention des vols de motocyclettes, elle recommande aux propriétaires de toujours garer et verrouiller leurs engins à l'intérieur des domiciles, de conserver les clés dans leurs chambres et de renforcer la sécurité des habitations. L'installation de caméras de surveillance a également été suggérée aux personnes qui en ont les moyens.
La police nationale a, par ailleurs, salué la contribution des populations et des VDP dans la réussite des opérationsLa police nationale a, par ailleurs, salué la contribution des populations et des VDP dans la réussite des opérations. Elle rappelle que les numéros verts des Forces de défense et de sécurité, notamment le 17, le 1010 et le 16, restent disponibles pour tout signalement. La phase policière des enquêtes étant achevée, les trois mis en cause seront conduits devant le procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso pour la suite de la procédure judiciaire.
Romuald Dofini
Lefaso.net
À Kaya, dans la région des Koulsé, l'artisanat redonne espoir à des personnes déplacées internes vivant avec un handicap visuel. Au sein de l'Association Wend Waoga des aveugles et malvoyants de Kaya (AWAMK), elles apprennent un métier pour gagner leur autonomie financière.
Samedi 10 octobre 2026, sous un soleil de plomb à 12h34. Au secteur 5 de Kaya, au siège de l'Association Wend Waoga des aveugles et malvoyants de Kaya (AWAMK), la scène est saisissante pour celui qui découvre les lieux pour la première fois. À la manière d'abeilles ouvrières, des personnes aveugles et malvoyantes s'activent avec patience et minutie. Leurs mains agiles entrelacent les cordes et dessinent des motifs géométriques. Elles donnent progressivement forme à des lits picots et à des fauteuils artisanaux tressés. Le toucher, l'expérience et le savoir-faire guident leurs gestes.
Le siège de l'AWAMK est situé en face du Centre hospitalier régional (CHR) de Kaya.Parmi ces artisans tresseurs, Hamidou Ouédraogo s'active à la confection d'un lit picot. À 32 ans, il porte les blessures de deux épreuves. La première remonte à son adolescence. Il n'a que 13 ans lorsqu'un incident survient sur le site d'orpaillage sur lequel il travaille. Du sable pénètre dans ses yeux. Malgré les consultations médicales, il perd définitivement la vue. La seconde épreuve est survenue plusieurs années plus tard, dans sa localité d'origine, Barsalogho. Les attaques terroristes ont progressivement bouleversé le quotidien des habitants. Elles ont fini par contraindre sa famille à tout abandonner.
« Dès 19h, nous étions obligés de nous réfugier dans nos maisons, car les tirs pouvaient commencer à partir de 20h. Souvent, des rafales atteignaient les concessions. Certaines attaques survenaient également dans la matinée, nous obligeant à fuir. Nous avons perdu plusieurs membres de notre famille, dont un frère qui était Volontaire pour la défense de la patrie, ainsi qu'un autre de mes grands-frères », confie-t-il, la voix tremblante à l'évocation de ses proches disparus.
Pour sa mère, rester à Barsalogho représentait un danger supplémentaire pour son fils. « Elle craignait pour ma sécurité. En raison de ma cécité, elle estimait que j'aurais davantage de difficultés à fuir en cas d'attaque », explique-t-il.
La famille a finalement quitté Barsalogho pour rejoindre Kaya il y a sept ans. Elle s'est installée dans une maison en location au secteur 5. Ce déplacement lui a permis de s'éloigner des violences. Mais Hamidou Ouédraogo doit désormais affronter une autre difficulté : trouver une activité pour subvenir aux besoins de sa famille malgré son handicap. En 2022, alors qu'il traverse une période de découragement, il apprend l'existence de l'AWAMK. Cette association propose gratuitement des cours d'alphabétisation en braille et des formations en artisanat.
Les bénéficiaires y apprennent notamment à confectionner des lits picots, des chaises, des sacs ainsi que des filets de football et de volley-ball. Il décide de s'y rendre pour recevoir une formation.
Désormais, Hamidou Ouédraogo ne dépend plus entièrement de son entourage. Grâce au tressage artisanal, il dispose d'une activité génératrice de revenus. Son épouse, qui est voyante, exerce une activité commerciale au marché de Kaya. Ensemble, ils subviennent aux besoins de leurs trois enfants sans recourir à la mendicité.
Pour Hamidou Ouédraogo, les locaux de l'association sont plus qu'un simple lieu de travail. Ils constituent également un espace de partage, de réconfort et de solidarité.
« Au-delà des revenus, le centre nous apporte un soutien moral. Nous échangeons, partageons des moments de convivialité et retrouvons progressivement le sourire. Le fait de côtoyer des personnes confrontées à des difficultés semblables nous aide à atténuer notre souffrance », témoigne-t-il.
Le fils de Hamidou Ouédraogo le regardant attentivement pendant qu'il s'applique à la tâche.À quelques pas de Hamidou Ouédraogo, Wenyélé Sebgo travaille à la confection d'un fauteuil artisanal tressé. Né en 1999, il a perdu la vue à l'âge de sept ans, à la suite d'une maladie oculaire. Comme Hamidou Ouédraogo, il a connu les horreurs de la guerre.
Natif du village de Ouayalgué, dans la commune de Bouroum, il a été contraint de fuir avec ses proches lorsque les attaques terroristes ont atteint leur localité. La famille a d'abord trouvé refuge à Bouroum, chef-lieu de la commune. Mais face à la persistance de l'insécurité, elle a dû reprendre la route, cette fois en direction de Tougouri, dans l'espoir d'y retrouver un peu de tranquillité. Les violences ont cependant gagné cette localité également, contraignant la famille à se déplacer à Kaya en 2023. Après ces déplacements successifs, il lui fallait trouver les moyens de vivre dignement.
C'est grâce à un ami que Wenyélé Sebgo a découvert l'existence de l'AWAMK. Celui-ci l'a aidé à obtenir le numéro de téléphone du président de l'association, Antoine Nabasnogo Ouissogonoma. Après un premier échange téléphonique, Wenyélé Sebgo a été accueilli à l'association. Il y a appris le métier d'artisan tresseur. Depuis, Wenyélé Sebgo dispose d'une activité génératrice de revenus qui lui permet de contribuer à la prise en charge de sa famille. Au-delà de cette autonomie financière, l'association lui a permis de faire une rencontre inattendue. Entre les cordes entrelacées et les ouvrages confectionnés, des histoires d'amour prennent également forme. Plusieurs couples se sont constitués au sein de l'association. Wenyélé Sebgo a lui aussi été touché par la flèche de Cupidon. Aveugle comme lui, la jeune femme était venue suivre une formation en artisanat. Au fil des jours, les deux ont fait connaissance et se sont rapprochés. Ils ont ensuite décidé de construire leur vie ensemble. De cette union est né un petit garçon, aujourd'hui âgé de deux ans.
« Des membres de notre communauté ont été tués lors des attaques », relate Wenyélé Sebgo avec une teinte d'émotion.Wenyélé Sebgo reste néanmoins préoccupé par le sort des personnes aveugles qui vivent toujours dans l'isolement et la précarité. « De nombreuses personnes aveugles vivent encore aujourd'hui dans la précarité, sans accès à un centre de formation. Certaines d'entre elles dépendent entièrement de leur entourage pour se nourrir et satisfaire leurs besoins essentiels. Il est donc indispensable de les accompagner vers l'autonomie », plaide-t-il.
À l'AWAMK, la quête d'autonomie se conjugue aussi au féminin. Selon son président Antoine Nabasnogo Ouissogonoma, sur les 52 membres que compte l'association, 35 sont des femmes. Plus de 20 Personnes déplacées internes (PDI) prennent également part aux activités, sans nécessairement être membres. Parmi ces femmes figure Kadidia Sawadogo. Née en 1996, elle est aveugle de naissance. Elle aussi a connu les affres de la guerre. Avec sa famille, elle a été contrainte de fuir Namissiguima.
Wenyélé Sebgo souhaite que l'association renforce ses actions de sensibilisation à travers les radios afin de faire connaître ses activités à davantage de personnes aveugles et malvoyantes.« L'insécurité a rendu notre quotidien très difficile. Nous ne pouvions plus nous réunir en toute tranquillité, car les groupes armés nous menaçaient, surtout les soirs. Des membres de notre communauté ont été tués », raconte-t-elle avec tristesse.
Il y a quatre ans, Kadidia Sawadogo a trouvé refuge à la « cité des cuirs et peaux ». Contrainte d'abandonner ses études en braille, elle s'est retrouvée dans l'incertitude. À ce moment-là, elle ignore comment construire son avenir. Fort heureusement, par l'intermédiaire d'une amie, elle découvre l'AWAMK. En 2022, elle intègre l'association. Elle choisit de se spécialiser dans la confection de sacs artisanaux. L'apprentissage de ce métier lui a ouvert de nouvelles perspectives. Toutefois, les difficultés économiques demeurent. Ces derniers mois, les clients se font rares. Kadidia Sawadogo peine à tirer des revenus réguliers de son travail. Son époux, lui aussi aveugle, est également membre de l'association. Parents d'un enfant, ils souhaitent pouvoir subvenir aux besoins de leur famille grâce à leurs activités. Malgré les obstacles, Kadidia Sawadogo exprime sa gratitude au président de l'association pour son accompagnement.
Kadidia Sawadogo jouant avec son fils pendant qu'elle travaille.Des appuis pour renforcer l'autonomie
Âgé de 60 ans, Antoine Nabasnogo Ouissogonoma est le fondateur et président de l'Association Wend Waoga des aveugles et malvoyants de Kaya (AWAMK). Depuis sa création, il veille au bon fonctionnement de l'association et accompagne les artisans dans leur apprentissage. Un engagement en faveur de l'autonomie des personnes handicapées visuelles qui dure depuis près de quatre décennies.
Antoine Nabasnogo Ouissogonoma a lui-même perdu la vue à l'âge de 20 ans, à la suite d'un glaucome. Orphelin de père et de mère, il ne disposait, à l'époque, ni de soutien familial ni des moyens financiers nécessaires pour se soigner. Il s'est alors tourné vers l'apprentissage de l'artisanat auprès de l'Union nationale des associations burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants (UN-ABPAM), à Ouagadougou.
Après sa formation, il a décidé de retourner à Kaya pour transmettre son savoir-faire à d'autres personnes aveugles et malvoyantes. En 1988, il a créé l'AWAMK avec l'ambition de leur permettre d'apprendre un métier et de réduire leur dépendance à la mendicité.
Hamidou Ouédraogo, Wenyélé Sebgo et Kadidia Sawadogo ont exprimé toute leur reconnaissance à leur bienfaiteur, Antoine Nabasnogo Ouissogonoma.Près de quatre décennies plus tard, la crise sécuritaire et humanitaire a donné une nouvelle dimension à son engagement. Initialement destinée à accompagner les personnes aveugles et malvoyantes de Kaya, l'association accueille désormais des PDI handicapées visuelles. Celles-ci ont fui les violences terroristes. Certaines ont tout perdu et cherchent, à travers l'apprentissage d'un métier, les moyens de reconstruire leur vie. Deux familles déplacées internes, dont certains membres ont un handicap visuel, sont hébergées au siège de l'association. Les autres résident dans des familles d'accueil ou dans des logements qu'elles louent.
Antoine Nabasnogo Ouissogonoma fait savoir que, lorsque les articles artisanaux sont vendus, les bénéfices sont répartis de façon équitable.
Mais l'écoulement constitue une difficulté majeure. Les commandes sont irrégulières et les artisans peinent à trouver des débouchés.
« Nous travaillons principalement sur commande. Certains mois, nous vendons 5 à 7 lits picots. D'autres mois, nous n'enregistrons aucune commande. Contrairement aux artisans voyants qui peuvent se déplacer pour vendre leurs produits, nous dépendons largement des clients qui viennent au centre. De nombreuses personnes ignorent encore notre existence », explique-t-il peiné.
À cette difficulté s'ajoute le manque de ressources financières pour répondre aux besoins croissants des PDI handicapées visuelles. Les demandes de formation et d'accompagnement se multiplient, au point de dépasser les capacités d'accueil de l'association. Faute de prise en charge, certaines personnes aveugles ou malvoyantes se retrouvent contraintes de mendier pour survivre.
Cette situation préoccupe particulièrement Antoine Nabasnogo Ouissogonoma. Il alerte sur les dangers auxquels s'exposent les personnes handicapées vivant de la mendicité. Il affirme avoir eu connaissance de cas présumés d'empoisonnement de nourriture offerte à certaines d'entre elles.
Les fauteuils artisanaux tressés coûtent environ 11 000 francs CFA et les sacs entre 1 000 et 5 000 francs CFA.Dans la quête d'autonomie, l'AWAMK bénéficie de l'accompagnement de plusieurs partenaires et de bonnes volontés. Ces soutiens, apportés sous différentes formes, contribuent entre autres à améliorer leurs conditions de vie. Ils favorisent aussi l'insertion socio-économique des PDI ayant un handicap visuel dans la région des Koulsé. Parmi les premiers partenaires de l'AWAMK figure l'Union nationale des associations burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants (UN-ABPAM). Elle dispense gratuitement des cours de braille. Cet accompagnement a contribué à la réussite scolaire de plusieurs membres de l'association. Deux élèves ont décroché le baccalauréat et poursuivent désormais leurs études à l'université. Trois autres ont obtenu le Brevet d'études du premier cycle (BEPC), rapporte avec fierté le président de l'AWAMK.
Antoine Nabasnogo Ouissogonoma et les autres membres du bureau de l'AWAMK.L'ONG Humanité & Inclusion (HI), anciennement Handicap International, apporte également son soutien à l'association. Elle a financé des formations en tissage et en mobilité au profit des personnes handicapées visuelles. Ces apprentissages leur permettent d'acquérir des compétences professionnelles et de se déplacer avec plus d'aisance. L'ONG a également apporté une assistance alimentaire aux familles accueillant des enfants déplacés internes ayant un handicap visuel.
L'association peut aussi compter sur l'Action sociale. Elle lui apporte un appui administratif et conseille son bureau dans la conduite de ses activités. L'Action sociale apporte aussi, de manière ponctuelle, une aide alimentaire aux personnes déplacées internes ayant un handicap visuel et prises en charge par l'association.
De son côté, l'association Kiswendsida a réalisé un forage au profit de l'AWAMK. Grâce à cette installation, les membres disposent désormais d'un accès à l'eau sans les dépenses qui y étaient auparavant liées.
À ces soutiens s'ajoutent des aides financières ponctuelles, des bourses d'études et des appuis au développement d'activités génératrices de revenus. L'artisanat occupe une place importante au sein de l'association. N'empêche, certains membres déplacés internes ont également diversifié leurs sources de revenus : élevage, agriculture ou encore commerce de vêtements de seconde main (friperie).
Ces initiatives constituent un soulagement, car les revenus issus de l'artisanat restent irréguliers, souligne Antoine Nabasnogo Ouissogonoma. Il saisit l'occasion pour inviter les particuliers, les entreprises et les institutions à passer des commandes auprès de l'AWAMK. Une manière de soutenir le travail de ces artisans et de contribuer à leur autonomie financière.
Samirah Elvire Bationo
Lefaso.net
Partis sur les sites d'orpaillage artisanal au Ghana, en Guinée, au Sénégal ou même à l'intérieur du pays dans l'espoir de gagner de l'argent pour avoir une meilleure vie, de nombreux jeunes Burkinabè en reviennent avec de graves problèmes de santé. Au Centre hospitalier régional de Manga, dans la région du Nazinon, certains luttent contre des maladies respiratoires, notamment la silicose. Entre difficultés à respirer, dépenses médicales écrasantes et familles désemparées, ces anciens orpailleurs paient un lourd tribut à la quête de l'or. Le pneumologue, Dr Ragnagnewendé Mohamed Ismael Tanguy Nikiéma, alerte sur les dangers de cette activité pour les poumons et appelle à renforcer la prévention.
À Manga, chef-lieu de la région du Nazinon, le Centre hospitalier régional (CHR) accueille ainsi des patients dont les difficultés respiratoires sont liées à leur passage sur les sites d'exploitation artisanale de l'or.
Il est 8h lorsque nous arrivons dans cet établissement sanitaire. Les patients du pneumologue Dr Tanguy Nikiéma se succèdent. La plupart sont de jeunes adultes âgés de 18 à 45 ans. Deux heures plus tard, à 10h, nous nous rendons au service des urgences, où deux jeunes hommes sont hospitalisés pour des maladies respiratoires associées à l'orpaillage artisanal.
Parmi eux, Alfred, nom d'emprunt, est allongé, vêtu d'un maillot et d'un pantalon marron. Une assistance en oxygène lui est indispensable pour respirer. Âgé d'une trentaine d'années, il peine à s'exprimer. Son calvaire aurait commencé en 2023, alors qu'il travaillait sur un site d'orpaillage au Sénégal. Face à la dégradation de son état de santé, il décide de rentrer au Burkina Faso auprès des siens. Après plusieurs consultations, les premiers diagnostics l'orientent vers une tuberculose associée à une maladie liée à l'inhalation des poussières d'orpaillage. Il reçoit alors un traitement antituberculeux. Pensant pouvoir reprendre une vie normale, il retourne à ses occupations. Mais son état se détériore à nouveau en 2026.
« Après plusieurs consultations, il a été conclu que j'avais une tuberculose associée à une maladie liée à la poussière de l'orpaillage. Le médecin m'a donné un traitement contre la tuberculose. Après cela, je vaquais à mes occupations. Mais, cette année, la maladie a empiré, et on m'a fait comprendre qu'il s'agissait de la maladie liée à la poussière, la silicose, et non la tuberculose. Actuellement, je ne vais pas vous mentir, je suis fatigué. Je suis épuisé psychologiquement et financièrement et ma famille également. Cette maladie est mauvaise. Il y a des moments où ma respiration se coupe. Si ce n'est pas avec l'oxygène, je n'arrive pas à respirer ni à parler. Par moment, quand la toux commence, si je ne fais pas attention, je fais mes besoins sur moi », témoigne-t-il, la voix tremblante. Son corps amaigri et son visage pâle traduisent l'épuisement provoqué par la maladie.
Au-delà de sa propre souffrance, Alfred évoque les conséquences de l'orpaillage sur les jeunes de son village. Selon lui, plusieurs d'entre eux sont revenus des sites avec des problèmes de santé et certains auraient fini par perdre la vie.
« Beaucoup de jeunes reviennent des sites d'orpaillage avec des maladies et meurent par la suite. Surtout, beaucoup reviennent avec la toux. Des jeunes décédés après leur retour des sites d'orpaillage, que je connais. Ils valent 20. Mon souhait aujourd'hui, c'est de recouvrer la santé. Je regrette d'être allé sur les sites d'orpaillage. Je conseille aux jeunes d'abandonner le travail d'orpaillage. Car les produits utilisés sont dangereux pour la santé. Il ne faut pas jouer avec sa santé. Avec l'orpaillage, tu peux avoir de l'argent aujourd'hui, et demain, tu n'as rien. Il faut prioriser sa vie, en abandonnant l'orpaillage artisanal », lance-t-il, dans un souffle difficile.
Le parcours d'Ali, nom d'emprunt, illustre également les risques auxquels s'exposent de très jeunes travailleurs. Âgé de 18 ans, il quitte le Burkina Faso en décembre 2025 pour rejoindre des sites d'orpaillage au Ghana. À l'époque, il est élève en classe de 4ᵉ. Son objectif est de gagner suffisamment d'argent pour rentrer au pays, s'acheter une moto et, si possible, commencer à construire une maison, comme certains de ses camarades après leur passage sur les sites d'orpaillage.
Mais l'aventure ne se déroule pas comme prévu. En juillet 2026, au lieu de rentrer avec les ressources financières espérées, l'adolescent revient au pays. En lieu et place de poches bien remplies d'argent, c'est avec une maladie respiratoire qu'il regagne le bercail. « J'ai décidé d'aller à l'aventure sur les sites d'orpaillage au Ghana, parce que je reprenais la classe de 4ᵉ. Je voulais aller travailler pour avoir de l'argent comme mes camarades. Malheureusement, je suis revenu malade. Je demande aux jeunes de faire très attention. Je leur demande d'éviter d'aller sur les sites d'orpaillage, car en voulant aller chercher de l'argent, on peut revenir avec beaucoup de maladies », conseille-t-il, le regard perdu.
Âgé de 18 ans, il est revenu en famille maladeSouleymane, également un nom d'emprunt, a, pour sa part, travaillé dans l'orpaillage artisanal entre 2013 et 2019 sur plusieurs sites à l'intérieur du pays notamment dans sa région. C'est en 2021 qu'il commence à éprouver des difficultés respiratoires, particulièrement lorsqu'il effectue un effort physique. Les examens médicaux établissent alors un lien entre l'état de ses poumons et l'exposition prolongée aux poussières sur les sites d'exploitation.
Depuis ce diagnostic, il suit un traitement médical. « Avec les examens, on m'a dit que c'est la poussière des sites d'orpaillage qui a provoqué cette maladie. Parce que là-bas, on travaillait dans la poussière. Depuis lors, je suis sous traitement. Malgré le traitement, la maladie ne fait qu'évoluer. Il n'y a pas d'amélioration. C'est vraiment très dur pour moi, vous constaterez que lorsque je parle, ma respiration devient bizarre. Je ne peux plus trop parler, je ne peux plus marcher pendant longtemps. Je ne peux plus faire trop de mouvements. Le médecin fournit des efforts, mais la maladie continue de progresser. Je ne suis pas le seul dans ce cas. Je peux dire que j'ai une longue vie. Chez certains, dès que la maladie commence, quelques mois après, ils décèdent. Ce que je peux dire à mes frères aujourd'hui, c'est d'arrêter l'orpaillage. Je connais beaucoup de jeunes qui sont décédés à cause des maladies qu'ils ont ramenées des sites d'orpaillage », confie le quadragénaire.
D'après lui, plusieurs jeunes de sa localité souffrant de maladies respiratoires avaient pris le chemin de l'Égypte où ils espéraient trouver une solution à leur mal. Des déplacements n'ont pas permis d'obtenir les résultats escomptés, à l'en croire.
Selon Souleymane, les conséquences financières de la maladie sont également lourdes. Face aux dépenses médicales, les économies réalisées pendant les années de travail sur les sites fondent comme du beurre au soleil. Et si aujourd'hui l'ancien orpailleur arrive tant bien que mal à se soigner, c'est grâce, dit-il, à la solidarité de ses proches. Il résume ainsi la situation : « Tu peux avoir de l'argent en partant travailler sur les sites d'orpaillage. Mais tout cet argent va finir dans le traitement quand tu seras malade. Aujourd'hui, je n'ai plus rien. Ce sont mes frères et mes amis qui m'aident avec l'achat de mes médicaments. La plupart des malades comme moi sont à la charge de leurs familles. »
Le parcours d'Ismaël, nom d'emprunt, est un autre exemple des désillusions auxquelles sont confrontés certains jeunes Burkinabè partis tenter leur chance à l'étranger. Âgé de 22 ans, il quitte le Burkina Faso en 2025 pour la Guinée, l'une des destinations privilégiées des orpailleurs. Avant ce départ, il apprenait la couture auprès de son père. Mais les retours de ses amis partis sur les sites d'orpaillage, souvent accompagnés de grosses motos et de téléphones de luxe, finissent par susciter chez lui le désir de tout plaquer pour aller lui aussi tenter sa chance. À ses yeux, son apprentissage du métier de couturier ne lui permettrait pas d'atteindre aussi rapidement ses ambitions.
Il se laisse donc convaincre par un recruteur de jeunes travailleurs qu'il décide de suivre un beau matin en Guinée. Après quelques mois sur un site d'orpaillage, il commence à ressentir des douleurs au niveau des côtes. Son état se dégrade progressivement. Paniqué, son recruteur le renvoie en juin 2026 auprès de sa famille, sans argent. Voyant l'état de santé critique de son fils, le père décide de l'emmener à l'hôpital. Les examens médicaux révèlent une affection liée à l'inhalation des poussières sur les sites d'exploitation.
« Je suis allé en Guinée, parce que tous mes amis et promotionnaires y sont allés et sont revenus acheter des motos et construire des maisons. Je voulais faire comme eux, malheureusement, je suis revenu avec une maladie. Aujourd'hui, c'est mon père qui me soigne, car je ne suis pas revenu avec de l'argent. Mon patron avait promis de me faire parvenir ma paie, mais jusque-là, je n'ai rien reçu », raconte l'ancien apprenti couturier, visiblement affecté par cette situation.
Au-delà de la maladie, ce sont les conditions de travail particulièrement éprouvantes sur les sites d'orpaillage qui l'ont marqué, avec des journées à rallonge, des périodes de repos rares et des travailleurs exposés à des substances chimiques sans les équipements de protection qui vont avec.
« Sur les sites, nous débutons le travail sans manger le matin. Nous pouvons travailler plusieurs jours, voire un mois, sans nous reposer. Le rythme du travail est intense. Nous manipulons les produits chimiques à la main, sans protection. À la fin de chaque manipulation, on nous demande de consommer du lait "Bonnet rouge". D'après les gens, ça permet de nettoyer les produits chimiques que nous inhalons. Nous sommes exposés à tout sur les sites. Pour pouvoir avoir de la force pour travailler, nous prenions du café et des substances fortes. Si nous ne faisions pas cela, à certains moments, la fatigue fait qu'on ne peut plus travailler. Nous faisions tout cela pour être payés à 50 000 francs CFA par mois. L'argent ne nous est pas remis à la fin du mois ; c'est lorsque nous décidons de partir au bout d'une année que l'argent nous est remis », témoigne-t-il.
Malade atteint de la silicose dont la maladie évolue chaque année malgré le traitementDes familles au bord du désespoir
Frère aîné d'Alfred, Jules, nom d'emprunt, est à bout de souffle pour ainsi dire. La maladie de son cadet a bouleversé toute l'organisation de sa vie. Il affirme avoir consacré l'ensemble de ses économies à ses soins. Orphelins des deux parents, les deux frères affirment qu'ils ne peuvent pas compter sur d'autres membres de la famille pour leur venir en aide. Jules est ainsi devenu le seul soutien de son frère et de l'épouse de celui-ci. Depuis le début de la maladie, il assume les dépenses liées aux soins, au point de se retrouver lui-même dans une situation financière précaire. « Nous sommes deux. Nos parents ne vivent plus. Nous n'avons pas de frère qui nous aide. Je suis la seule personne sur qui il peut compter. Depuis le début de la maladie, jusqu'à maintenant, j'ai dépensé toutes mes économies. C'est moi qui travaille pour m'occuper de sa femme et de lui. Actuellement, je suis bloqué à l'hôpital. C'est la saison des pluies, chacun est en train de travailler pour pouvoir avoir de quoi nourrir sa famille. Moi, je suis bloqué ici. Je suis épuisé financièrement. Si tu me vois avec de l'argent, c'est que c'est quelqu'un qui me l'a donné. Ce sont ceux qui viennent pour nous rendre visite qui nous donnent de l'argent, sinon, je n'ai plus rien. Actuellement, le médecin nous demande d'acheter une machine à oxygène (extracteur d'oxygène) avant de pouvoir quitter l'hôpital, car sans cette machine mon frère ne peut pas respirer », dit-il.
Le frère ainé de AlfredLa nécessité de disposer d'un extracteur d'oxygène constitue désormais un obstacle supplémentaire pour la famille. Sans ce dispositif, Alfred ne peut pas quitter l'hôpital dans les conditions recommandées par les soignants. Mais son frère aîné, déjà financièrement éprouvé, ne dispose pas des ressources nécessaires pour l'acquérir. « Malheureusement, nous sommes dans l'incapacité de nous en procurer. Nous n'avons pas les moyens. Donc, nous sommes obligés de rester ici. Il y a un de nos voisins qui avait acheté cette machine d'oxygène, parce qu'il avait la même maladie que mon frère. Malgré l'oxygène, il est décédé. Je demande aux autorités de trouver une solution à ce problème. Plusieurs jeunes reviennent des sites d'orpaillage avec des maladies. Le plus triste est que beaucoup meurent. Moins sont ceux qui guérissent réellement », confie-t-il, presque en larmes.
La situation d'Ali est également source de tensions au sein de sa famille. Et même si son père est très remonté contre son fils pour avoir abandonné l'école pour rejoindre clandestinement les sites d'orpaillage au Ghana, il reste néanmoins à son chevet. Le père se dit déçu, mais estime ne pas pouvoir abandonner son fils. C'est avec amertume qu'il revient sur les circonstances qui ont conduit l'adolescent à interrompre sa scolarité. « À la rentrée passée, 2025-2026, j'ai acheté les fournitures pour qu'il parte à l'école. Un jour, je reviens de Ouagadougou, je le trouve assis à la maison. À la question de savoir pourquoi il n'est pas à l'école, il me dit qu'il ne veut plus y aller. Ce jour-là, je l'ai même frappé. Les gens m'ont dit de ne pas le frapper, mais de le flatter pour qu'il accepte de reprendre l'école. Malgré mes efforts pour qu'il retourne à l'école, l'enfant a totalement refusé. Il fait semblant d'aller à l'école, or il ne va pas en classe. Il trouve un endroit pour se cacher jusqu'à la fin des cours et revient à la maison. En décembre 2025, il s'est caché pour aller au Ghana, sans m'en informer. C'est quelque temps après que j'ai appris qu'il était au Ghana. Au mois de juillet 2026, j'étais assis, lorsque je le vois rentrer dans la cour, très malade. Le lendemain, j'ai commencé à chercher des médicaments pour le soigner, mais son état ne s'améliorait pas. C'est ainsi que nous sommes allés au CSPS (Centre de santé et de promotion sociale). De là-bas, on nous a transférés ici au centre hospitalier régional de Manga. Pour le moment, nous sommes toujours aux urgences. Tout ce que j'ai comme argent est fini. Le médecin m'a remis une ordonnance ce matin, il faut que j'appelle au village pour voir si on peut m'envoyer de l'argent », se remémore le père de l'adolescent.
Il invite les jeunes à renoncer à l'orpaillage et à privilégier la formation professionnelle, afin de se donner les moyens d'exercer un métier susceptible de leur assurer un avenir.
Les conséquences de l'exploitation artisanale de l'or sont multiformes. En plus d'impacter la santé des jeunes et d'entamer les économies de leurs familles, elle peut entrainer également des dégradations environnementales qui affectent les ressources naturelles et les activités quotidiennes.
À Nagnegré, l'ancien conseiller du village, Salifou Kaboré, s'inquiète de l'avenir des jeunes engagés dans cette activité, ainsi que des conséquences de l'orpaillage sur l'environnement. « Dans mon village, nous avons perdu beaucoup de jeunes sur les sites d'orpaillage. Certains sont revenus avec des maladies et sont décédés par la suite. D'autres vivent avec des maladies incurables. Dans notre localité, il y a des sites d'orpaillage. Et nous avons constaté que certains arbres meurent. Nous perdons nos animaux quand ils consomment certaines eaux ; parce qu'il y a des moments où le cyanure se retrouve dans nos marigots. À Nagnegré, nous avons vécu l'impact négatif de l'orpaillage. Vue la situation alarmante, nous avons mené des campagnes de sensibilisation avec l'appui d'un projet. Mais le mal est toujours là. C'est un problème sérieux qui mérite que des solutions rapides soient trouvées, sinon le constat est alarmant dans notre localité », alerte l'ancien conseiller municipal.
Poussières et produits chimiques : un cocktail toxique pour les poumons
Au Centre hospitalier régional de Manga, le Dr Tanguy Mohamed Ismaël Nikiéma, pneumologue, est l'un des témoins privilégiés des conséquences sanitaires de cette activité. 80 % de ses patients sont de jeunes orpailleurs, assure-t-il, en rappelant que l'exploitation artisanale de l'or expose les travailleurs à plusieurs facteurs susceptibles d'endommager les poumons, notamment les poussières et les produits chimiques utilisés sur les sites.
Scanner du poumon : Lésions de silicose et tuberculose pulmonaire chez le même orpailleurParmi les substances qu'il met à l'index figurent le mercure, le cyanure et différents acides. Leur inhalation ou leur manipulation sans prendre certaines précautions peut avoir des conséquences sur les voies respiratoires et d'autres organes. « Au-delà de la poussière, il y a des produits chimiques qui sont utilisés, à savoir le mercure, le cyanure et les acides. Ces différents éléments chimiques ont un impact négatif sur les poumons et d'autres organes. Par exemple, le mercure, quand il est inhalé de façon massive, peut créer ce qu'on appelle des pneumopathies chimiques aiguës. Le cyanure et les différents acides sont des irritants pour les bronches et peuvent occasionner une bronchopneumopathie. Mais, la plupart du temps, c'est la phase chronique ; c'est-à-dire c'est l'exposition permanente dans le temps à la poussière de silice qui va causer le plus grand problème. Et ce problème peut être ce qu'on appelle la pneumoconiose et, pour être plus précis dans notre contexte, la silicose. Le poumon est semblable à une éponge et doit être souple et mou pour travailler correctement. Mais, quand il est agressé par des substances chimiques et surtout par le sable (dans notre contexte), il se durcit progressivement et perd sa souplesse. Quand les poumons sont ainsi touchés, ils ne travaillent plus correctement. Et cela va entraîner ce qu'on appelle la silicose qui peut évoluer vers ce qu'on appelle la fibrose et même le cancer », explique le spécialiste.
Radiographie du poumon : Lésions de silicose et tuberculose pulmonaire chez un orpailleurLe praticien insiste sur la nécessité de ne pas négliger les premiers signes de la maladie : une toux sèche persistante pendant deux semaines, un essoufflement, des douleurs thoraciques prolongées, une perte de poids, un manque d'appétit, de la fièvre, une fatigue inhabituelle ou encore des sifflements respiratoires doivent alerter.
Pour le Dr Nikiéma, la précocité du diagnostic est déterminante, même si certaines affections provoquées par l'exposition aux poussières d'orpaillage ne peuvent pas être guéries. « La plupart de ces maladies ne sont pas guérissables. Je rappelle qu'avec l'orpaillage artisanal, les orpailleurs sont exposés à la poussière de silice également. Donc, beaucoup développent la silicose. Or, avec la silicose, les lésions sont irréversibles. Quand une partie du poumon est touchée, il ne peut plus redevenir comme avant la pathologie. Le challenge, c'est d'expliquer au patient qu'il a perdu une partie de son poumon. Le but de la prise en charge, c'est de maintenir ce qui est toujours fonctionnel en bon état. Le traitement est vraiment symptomatique. La silicose peut également entraîner une insuffisance respiratoire chronique. Quand il y a des parties du poumon qui ne fonctionnent plus, le patient est obligé d'utiliser le diaphragme de façon importante pour respirer, il n'est plus en capacité de faire rentrer suffisamment d'oxygène dans le corps et peut même avoir une atteinte du cœur (insuffisance cardiaque). La pathologie qui peut être guérissable, c'est la tuberculose qui est très souvent associée à la silicose, mais n'est pas directement liée à l'exposition à la poussière. J'aimerais signaler que la silicose et la tuberculose ont à peu près les mêmes symptômes. Beaucoup de patients atteints de la silicose reçoivent le traitement des tuberculeux. Les manifestations de ces deux maladies sont très similaires, tant pour les signes qu'à la radiographie du poumon. Donc, si l'agent de santé qui reçoit le patient n'est pas sensibilisé sur ces deux maladies, il peut mettre le patient sur le traitement de la tuberculose alors que le patient a la silicose. Donc, tout agent de santé qui reçoit des orpailleurs qui toussent doit faire très attention, afin de faire un bon diagnostic. Il faut rappeler aussi qu'une personne ayant travaillé dans l'orpaillage, même si elle arrête de pratiquer l'activité, peut développer la silicose des années plus tard, même 20 ans après », détaille-t-il.
Le pneumologue souligne ainsi que ce n'est pas parce que l'on arrête l'orpaillage que les risques disparaissent immédiatement. Même 20 ans après avoir quitté les sites, un ancien travailleur peut encore développer une silicose.
Face à l'ampleur du phénomène, le Dr Tanguy Nikiéma interpelle les autorités sanitaires, les pouvoirs publics et les associations d'orpailleurs. Pour lui, les maladies respiratoires liées à l'exploitation artisanale de l'or constituent désormais un problème de santé publique qui nécessite une réponse collective. La prévention demeure, à ses yeux, le premier défi à relever.
Selon le Dr Nikiéma, l'orpaillage a tellement un ancrage social que, dans certaines contrées du Nazinon, un adage populaire dit que : « Un nouveau-né garçon est un orpailleur pour la famille. » Pour sa part, le spécialiste recadre : « Un orpailleur qui souffre est un bâtisseur de demain qu'on aurait pu protéger. »
La SOBUP mobilisée pour le suivi des malades, le dépistage et la sensibilisation
Face aux risques respiratoires liés à l'orpaillage artisanal, la Société burkinabè de pneumologie (SOBUP) développe plusieurs initiatives de prévention et d'accompagnement. Le Dr Marcel Kuiré, pneumologue à l'hôpital du district de Boulmiougou, à Ouagadougou, et coordonnateur du groupe de travail thématique Environnement et santé respiratoire au travail de cette société savante, présente les principaux axes de cette mobilisation : mieux connaître et documenter les maladies respiratoires liées à l'orpaillage artisanal, soutenir le plaidoyer auprès des autorités sanitaires, dépister la tuberculose et sensibiliser les travailleurs sur les sites.
Les orpailleurs font partie des populations à risque de tuberculose, rappelle-t-il. Chaque année, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, des actions de dépistage sont organisées sur différents sites, notamment par la collecte de crachats pour analyse. Selon le Dr Kuiré, ces activités sont bien accueillies et permettent de repérer des cas de tuberculose.
La sensibilisation accompagne le dépistage. Elle porte notamment sur les équipements de protection individuelle : un masque respiratoire adapté, des lunettes et des gants de protection. L'objectif est d'aider les travailleurs à comprendre les risques et à adopter des moyens de protection appropriés.
Pour le pneumologue, les malades rencontrés à Manga illustrent une situation à laquelle sont confrontés les services de pneumologie à travers le Burkina Faso. Le phénomène concerne les travailleurs revenus de l'étranger, mais aussi ceux qui n'ont jamais quitté les sites d'orpaillage du pays. C'est l'exposition aux poussières et les conditions de travail qui mettent les poumons en danger, quel que soit le lieu où l'or est extrait.
Il souligne une autre conséquence : chez certains patients, le besoin d'oxygène se prolonge et rend le retour à domicile difficile. Faute de pouvoir organiser cet apport d'oxygène à la maison, les hospitalisations s'allongent. Les familles doivent alors faire face aux dépenses de soins et à l'absence prolongée du malade et de son accompagnant. Acheter un concentrateur ne suffit pas toujours : encore faut-il pouvoir le faire fonctionner dans le village.
Les données issues de plusieurs études hospitalières permettent également de mieux apprécier la gravité des atteintes respiratoires observées chez les orpailleurs.
Au Centre hospitalier régional (CHR) de Tenkodogo, une étude a recensé 151 cas de silicose entre mai 2020 et avril 2023. L'âge moyen des patients était de 30 ans. Une autre étude, réalisée au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sourô Sanou de Bobo-Dioulasso, a porté sur 71 orpailleurs hospitalisés entre 2021 et 2023. Elle a notamment relevé un essoufflement chez près de 93 % des patients. À leur admission, près de deux patients sur trois présentaient un taux d'oxygène dans le sang inférieur à 95 %. Neuf décès ont également été enregistrés parmi les personnes étudiées. Ces chiffres ne constituent pas un bilan national. Ils montrent toutefois que des adultes, jeunes, peuvent être atteints de formes graves, parfois mortelles.
C'est dans ce contexte que la SOBUP a décidé de consacrer ses journées scientifiques régionales à la problématique des conséquences sanitaires de l'orpaillage artisanal. Selon le Dr Marcel Kuiré, la rencontre se tiendra à Koudougou, du 19 au 21 novembre 2026, autour du thème : « Orpaillage artisanal et poumons : les enjeux sanitaires au Burkina Faso ».
Ces journées scientifiques offriront un cadre d'échanges sur les risques respiratoires liés à cette activité et sur les réponses à mettre en œuvre pour mieux protéger les travailleurs.
À Manga, comme ailleurs au Burkina Faso, des malades cherchent leur souffle, tandis que leurs familles se saignent pour payer les soins. Réduire la poussière, protéger les travailleurs et repérer les maladies plus tôt, c'est non seulement préserver leur santé, mais aussi leur capacité à faire vivre leurs proches.
Au Burkina Faso, l'exploitation artisanale de l'or occupe une place importante dans l'économie. Les données de l'Enquête nationale sur le secteur de l'orpaillage (ENSO), première du genre, réalisée en 2017 par l'Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), en collaboration avec le ministère chargé des Mines et celui de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, permettent de mesurer l'ampleur du phénomène.
Selon les résultats de cette enquête, en 2016, l'exploitation artisanale de l'or mobilisait 140 196 travailleurs répartis sur 448 sites de production fonctionnels. Ces sites étaient implantés dans douze des treize régions que comptait alors le Burkina Faso. La production annuelle était estimée à 9,5 tonnes d'or, pour une valeur de 232,2 milliards de FCFA. La valeur ajoutée totale générée par cette activité s'élevait, quant à elle, à 204,7 milliards de FCFA.
La région du Sud-Ouest, aujourd'hui Djôrô, concentrait à elle seule près de la moitié de la production artisanale nationale en 2016. Elle était suivie de la région du Nord, correspondant à l'actuelle Yaadga, qui représentait le quart de cette production. La région du Centre-Nord (Koulsé), bien qu'occupant la première place en termes de nombre de sites d'exploitation artisanale d'or, était reléguée à la quatrième place en termes de niveau de production d'or. La valeur ajoutée totale générée par l'exploitation artisanale d'or est évaluée à 204,7 milliards de FCFA.
L'activité d'orpaillage implique des investissements non négligeables dont la valeur totale s'élève à 6,8 milliards de FCFA en 2016. Ces investissements sont impulsés par les régions du Nord (Yaadga) et du Sud-Ouest (Djôrô) qui réalisent à elles seules 62,4% de l'investissement total. Si l'apport de l'orpaillage dans l'économie n'est pas à négliger, force est de constater que cette exploitation artisanale engendre de nombreuses conséquences sur le plan environnemental, sanitaire et social.
Rama Diallo
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Le projet « Transition numérique des métiers et des professions de l'enseignement supérieur et de la recherche en Afrique : analyse comparative dans les universités du Burkina Faso, du Kenya et du Nigeria » (Digit OACS) a été officiellement lancé ce lundi 2 novembre 2026 à Ouagadougou. D'une durée de quatre ans et financé à hauteur d'environ 200 millions de FCFA par la coopération allemande au développement, il entend analyser les pratiques et les modes d'appropriation du numérique dans les milieux universitaires des trois pays concernés.
Comment les enseignants-chercheurs et les personnels administratifs des universités s'approprient-ils les outils numériques dans l'exercice de leurs fonctions ? C'est à cette question que le projet Digit OACS entend apporter des réponses. C'est un projet de recherche qui ambitionne de mieux documenter les transformations numériques dans les universités africaines. Il sera mis en œuvre au Burkina Faso, au Kenya et au Nigeria sur une période de quatre ans. Il est porté par le pôle d'excellence Africa Multiple de l'université Joseph Ki-Zerbo
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Digit OACS vise principalement à comprendre comment les acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche intègrent les technologies numériques dans leurs activités pédagogiques, scientifiques et administratives. Selon le directeur projet, Dr Natéwindé Sawadogo, il ne s'agit pas simplement d'étudier la présence du numérique dans les universités, mais surtout de comprendre les usages qui en sont faits par les différents acteurs. « Nous avons besoin de savoir comment nous-mêmes nous nous approprions ces technologies dans le cadre de la mission qui nous a été confiée », a-t-il expliqué.
Il a indiqué que les recherches permettront d'identifier les outils numériques que les enseignants-chercheurs choisissent d'intégrer dans leurs pratiques et ceux qu'ils préfèrent continuer à gérer de manière traditionnelle. L'étude portera également sur les pratiques des personnels administratifs afin de distinguer les spécificités propres à chaque métier.
Cette démarche comparative devrait permettre de mieux comprendre les réalités des universités des trois pays et de mettre en évidence les pratiques communes ainsi que les particularités de chaque contexte. Pour le coordonnateur, les résultats pourraient contribuer à orienter les politiques de transformation numérique dans les établissements d'enseignement supérieur et les centres de recherche.
« Les politiques de transformation digitale ont tendance à généraliser, à uniformiser, alors que les contextes de métiers ne sont pas les mêmes », a-t-il souligné. L'objectif est donc de produire des connaissances susceptibles d'aider les décideurs à mieux adapter les stratégies de numérisation aux réalités des différents acteurs universitaires.
Photo de familleLe projet sera mis en œuvre à travers cinq axes principaux : les acteurs, les pratiques, les politiques et dynamiques institutionnelles ; l'environnement sociotechnique de la transition numérique ; les dynamiques des trajectoires des technologies numériques ; le développement professionnel des jeunes chercheurs ainsi que la dissémination et la valorisation des résultats de la recherche.
Au-delà de la production scientifique, Digit OACS prévoit de former et d'accompagner des jeunes chercheurs. C'est ainsi que des doctorants et des postdoctorants seront associés aux activités afin de renforcer leurs compétences en recherche et de favoriser leur insertion dans le monde académique.
Le projet entend ainsi établir un lien entre la recherche et la formation, deux missions fondamentales de l'université. Un conseil scientifique a d'ailleurs été mis en place pour accompagner ces jeunes chercheurs.
Au regard de la portée sous-régionale du projet, les équipes du Burkina Faso, du Kenya et du Nigeria travailleront ensemble à la collecte et à l'analyse des données dans les universités ciblées. Les chercheurs du Kenya et du Nigéria se déporteront au Burkina pour collecter des données et ceux du Burkina en feront de même dans ces deux pays. Cette collaboration devrait également favoriser le développement de nouvelles relations scientifiques entre les établissements partenaires.
À l'occasion du lancement du projet, un atelier méthodologique se tient du 2 au 4 novembre 2026. Il va servir de cadre aux chercheurs pour définir les activités à mettre en œuvre, s'accorder sur les outils de collecte des données, le choix des universités à étudier, le calendrier des recherches ainsi que les modalités de collaboration entre les différentes équipes.
Venu représenter le président de l'université Joseph Ki-Zerbo à la cérémonie de lancement du projet, Dr Serge Noël Ouédraogo a salué une initiative qui participe au rayonnement de l'institutionVenu représenter le président de l'université Joseph Ki-Zerbo à la cérémonie de lancement du projet, Dr Serge Noël Ouédraogo a salué une initiative qui participe au rayonnement de l'institution. Il n'a pas manqué de souligner le rôle du Pôle d'excellence Africa Multiple dans la mobilisation des ressources humaines et financières autour des projets de recherche. À ce jour, huit projets ont été retenus pour être mis en œuvre dans le cadre de cette dynamique, dont Digit OACS.
Le représentant du président de l'université a également félicité Dr Natéwindé Sawadogo pour le travail accompli dans la conception et la validation du projet. Il a réaffirmé la disponibilité de l'institution à apporter son accompagnement pour sa bonne exécution et l'atteinte des résultats attendus.
Armelle Ouédraogo
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Dans le cadre de la mise en œuvre du Programme Dogo-bis, huit postes sont à pourvoir au sein de son Unité de gestion. Les candidatures sont attendues jusqu'au 18 novembre 2026 à midi.
Un Responsable administratif et financier, un Responsable suivi-évaluation, un Secrétaire de direction et un Comptable. Tels sont les postes à pourvoir au sein du Programme Dogo-bis, placé sous la supervision de la Présidence de la République.
Sont également recherchés un Assistant technique environnement et social, un Spécialiste en sauvegarde environnementale, un Spécialiste en développement social et genre ainsi qu'un Spécialiste en passation des marchés.
Placée sous la supervision de la Présidence de la République, l'Unité de gestion du Programme Dogo-bis accueillera les candidats retenus à Cotonou ou dans ses environs, notamment à Abomey-Calavi, Sèmè-Podji et Porto-Novo. Le recrutement implique toutefois une certaine mobilité. Des déplacements, séjours ou missions fréquents sont prévus dans la zone d'intervention du programme, qui couvre Kétou, Ouinhi, Zagnanado, Dassa-Zoumè et Savè. Une affectation dans l'une de ces localités reste également possible.
Les personnes intéressées doivent transmettre leur dossier exclusivement par courrier électronique à l'adresse recrutement.dogo-bis@presidence.bj. L'envoi doit se faire en un seul mail, avec pour objet : « Candidature au poste de (préciser le poste) ». Les pièces constitutives du dossier doivent être regroupées dans un fichier unique au format PDF ou compressé (ZIP).
La date limite de réception des candidatures est fixée au 18 novembre 2026 à 12 heures, heure de Cotonou (11 heures GMT). Les dossiers transmis hors délai seront déclarés irrecevables. L'absence d'une seule pièce exigée entraîne également le rejet immédiat de la candidature.
Voici les profils recherchés, les conditions d'éligibilité et les pièces à fournir. Tout cela est également accessible via le portail officiel du gouvernement : https://www.gouv.bj/opportunite/193/
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40 ans après la fermeture de l'Institut africain d'éducation cinématographique de Ouagadougou (INAFEC), l'Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ) renoue avec la formation universitaire en cinéma et audiovisuel. Ce lundi 2 novembre 2026, la première promotion de cette nouvelle filière a effectué sa rentrée académique, marquant le début d'une nouvelle étape dans l'histoire de l'enseignement cinématographique au Burkina .
Dans une salle de cours de l'Unité de formation et de recherche en Lettres, arts et communication (UFR/LAC) ce 2 novembre 2026, des étudiants en année de licence ont pris place avec leurs supports de prise de notes. Face à eux, le Pr Jean-Baptiste Coulibaly, archéologue, ouvre le premier cours de la nouvelle filière cinéma et audiovisuel. Une scène qui, au-delà de son caractère académique, marque le retour de l'enseignement universitaire du cinéma dans cette institution, quarante ans après une longue interruption.
Cette première promotion compte 34 étudiants, dont 16 en licence et 18 en master. Elle est accueillie au sein de l'UFR/LAC. Pour ces apprenants, le début des cours représente une occasion de construire des compétences dans un secteur où la passion et la pratique ne suffisent pas toujours à garantir une véritable maîtrise des métiers. Le premier rendez-vous pédagogique est consacré à l'« Introduction à l'histoire de l'art ».
Le Pr Jean-Baptiste Coulibaly a assuré le premier cours de la nouvelle filière, consacré à l'introduction à l'histoire de l'artUn choix qui n'est pas anodin pour le professeur Jean-Baptiste Coulibaly. Avant d'aborder le cinéma comme pratique artistique et moyen d'expression, il entend poser les bases de la compréhension de l'art et de son évolution. « Il s'agira pour moi de définir deux notions clés. La première notion qui est fondamentale, c'est l'art. La deuxième notion, c'est l'histoire de l'art », explique-t-il. Son enseignement doit permettre aux étudiants de comprendre ce qu'est l'art, comment s'étudient les phénomènes artistiques et de quelle manière le cinéma peut être abordé dans cette perspective historique.
Pour l'enseignant, connaître l'histoire d'une discipline constitue une porte d'entrée indispensable à sa compréhension. Le cours ouvrira ainsi une fenêtre sur l'histoire du cinéma, après avoir posé les fondements nécessaires à l'étude de l'art. Une démarche qui rappelle que la formation ne se limitera pas à l'apprentissage des techniques de tournage ou de montage. Elle reposera également sur une compréhension des formes artistiques, de leurs évolutions et de leurs expressions.
Former des professionnels, mais aussi des penseurs du cinéma
Cette rentrée est l'aboutissement d'un processus engagé dans le cadre de la politique de professionnalisation des formations universitaires. Pour Dr Valentine Palm Sanou, responsable de la formation cinéma et audiovisuelle et enseignante-chercheuse au département de lettres modernes, l'ouverture de cette filière répond à une orientation du ministère de tutelle visant à faire des universités des espaces où les jeunes acquièrent des compétences directement mobilisables dans le monde professionnel. « Nous sommes de retour avec le cinéma à l'université de Ouagadougou par une volonté politique », souligne-t-elle.
“Pour un départ, nous avons envisagé de former en réalisation, en production, en image, en montage et en son”, Dr Valentine Palm Sanou, responsable de la formationElle précise que cette initiative s'inscrit dans un ensemble de créations de filières professionnalisantes destinées à rapprocher les enseignements universitaires des réalités du marché du travail. Mais le projet ne consiste pas simplement à remettre le cinéma au programme de l'université. L'ambition est de former une relève capable d'intervenir aussi bien dans la réflexion que dans la pratique cinématographique. « Nous avons l'ambition de former à la fois des théoriciens et des praticiens du cinéma, ce qui devrait nous permettre d'avoir des cinéastes beaucoup plus performants sur le terrain, des cinéastes de l'esprit, mais aussi du métier », indique Dr Valentine Palm Sanou.
La maquette pédagogique a ainsi été pensée autour de neuf profils professionnels à terme. Toutefois, pour cette première promotion, cinq domaines ont été retenus afin de tenir compte des effectifs et des moyens à mobiliser : la réalisation, la production, l'image, le montage et le son. Les autres spécialités envisagées, notamment les jeux vidéo, le cinéma d'animation et la photographie, pourraient être développées progressivement.
La responsable de la formation ne cache pas sa satisfaction de voir aboutir un projet auquel elle et ses collègues ont consacré du temps, notamment à travers l'élaboration des curricula, la définition des contenus pédagogiques et la recherche de partenaires susceptibles d'accompagner sa mise en œuvre.
Pour la directrice de l'UFR/LAC, Dr Virginie Kaboré, cette ouverture constitue également une réponse à un besoin de formation dans le secteur. Elle estime que les métiers du cinéma et de l'audiovisuel offrent des perspectives professionnelles et que l'université peut contribuer à mieux structurer les compétences dans ce domaine. « C'est une opportunité qu'on offre aux étudiants de pouvoir vraiment se professionnaliser dans le domaine des arts, du cinéma et de l'audiovisuel », affirme-t-elle. Elle salue une initiative qui permettra de donner un caractère davantage scientifique aux pratiques cinématographiques existantes.
Un héritage à prolonger
Le retour du cinéma à l'université Joseph Ki-Zerbo renvoie nécessairement à une histoire. Celle de l'Institut africain d'éducation cinématographique de Ouagadougou (INAFEC), ancienne école de cinéma rattachée à l'université, qui a fonctionné de 1976 à 1987. Sa fermeture avait laissé une interruption de près de quatre décennies dans la continuité de cette formation au sein de l'institution. La nouvelle filière ne constitue donc pas une simple création académique.
Elle représente aussi une volonté de renouer avec une expérience passée, tout en adaptant les enseignements aux réalités actuelles du cinéma et de l'audiovisuel.
Gaël Hema, étudiant de cette première promotion considère la formation comme une étape essentielle pour toute personne désireuse de faire carrière dans ce secteur. « Quand tu entreprends quelque chose, il faut vraiment se former. Et moi, je considère ça vraiment comme une aubaine qui vient vers nous, pour permettre à chacun de se former et de grandir dans ce métier-là », confie-t-il.
Son enthousiasme est également nourri par les échanges avec des professionnels expérimentés qui lui ont raconté leurs parcours et leurs expériences. Intégrer cette première promotion lui donne ainsi le sentiment d'appartenir à une nouvelle génération appelée à poursuivre et à renouveler le travail engagé par les pionniers du cinéma burkinabè.
Toutefois, derrière cette ambition se pose la question des conditions concrètes de formation. Le cinéma et l'audiovisuel sont des domaines qui nécessitent des équipements spécifiques, des espaces de pratique et une immersion dans les réalités professionnelles. La théorie doit pouvoir s'accompagner de travaux pratiques réguliers pour permettre aux étudiants de maîtriser les différents outils et métiers auxquels ils se destinent. Le président de l'université Joseph Ki-Zerbo, le Pr Antoine Béré, en est conscient. Il explique donc que l'ouverture de la filière s'inscrit dans la mise en œuvre de la carte universitaire adoptée en 2025, qui prévoit notamment une réorganisation des offres de formation et une meilleure prise en compte des besoins de professionnalisation.
“Nous nous réjouissons que ce 2 novembre soit le lancement officiel des cours pour la filière cinéma et audiovisuel. Pour l'université Joseph Ki Zerbo, c'est un défi relevé”, indique le Pr Antoine Béré, président de l'UJKZ.Selon lui, les préparatifs ont été engagés depuis le mois d'avril 2026 pour élaborer les curricula et réunir les conditions nécessaires au démarrage des enseignements. Il salue une étape importante pour l'université, tout en reconnaissant les exigences particulières liées à une formation qui repose largement sur la pratique. « Ce sont des filières professionnalisantes qui demandent beaucoup de pratiques. Donc, il faudrait que nous travaillions à pouvoir rassembler tout le nécessaire pour permettre aux étudiants d'avoir une bonne qualité de formation », souligne-t-il.
Pour relever ce défi, l'université envisage de développer des partenariats et des conventions avec les structures et les professionnels qui évoluent déjà dans le secteur. L'objectif est de bénéficier de leur accompagnement dans le déroulement des enseignements, avant de parvenir progressivement à la mise en place d'un laboratoire propre à l'UJKZ pour accueillir et soutenir les différentes activités pratiques. Cette perspective sera déterminante pour donner à la formation toute sa dimension professionnelle car former des réalisateurs, des producteurs, des monteurs, des techniciens du son ou des spécialistes de l'image suppose de mettre les étudiants en situation de création et de production.
Farida Thiombiano
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La première édition de la Foire transfrontalière agricole SKBoWa se tiendra du 20 au 29 novembre 2026 à Bobo-Dioulasso, sur le site de la Semaine nationale de la culture (SNC). Placée sous le thème « Commerce transfrontalier : valorisation des produits des filières agricoles pour le développement économique et la cohésion sociale », elle ambitionne de renforcer les échanges commerciaux entre le Burkina Faso, le Mali, la Côte d'Ivoire et le Ghana. Les organisateurs visent 20 000 participants et prévoient 300 stands d'exposition.
Faire des complémentarités agricoles un levier de développement économique et de rapprochement entre les peuples, c'est l'ambition de la première édition de la Foire transfrontalière agricole SKBoWa, dont les grandes articulations ont été présentées aux professionnels des médias, ce vendredi 30 octobre 2026, à Bobo-Dioulasso. À travers cette initiative, les organisateurs entendent créer un cadre de rencontres et d'opportunités d'affaires entre les acteurs des filières agricoles de quatre villes à savoir Sikasso, au Mali, Korhogo, en Côte d'Ivoire, Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, et Wa, au Ghana.
Selon la déclaration liminaire lue par Paul Ouédraogo, président d'honneur de l'Interprofession de la mangue du Burkina Faso, représentant le comité régional d'organisation à travers le président du Cadre de concertation des organisations interprofessionnelles agricoles du Burkina Faso (CCIOA-BF), cet espace transfrontalier est historiquement marqué par des échanges commerciaux et des liens sociaux et culturels. Bien avant la délimitation des frontières administratives, les populations de ces territoires entretenaient des relations commerciales autour de produits tels que la cola, le riz et le bétail… Une dynamique que les organisateurs souhaitent aujourd'hui consolider en offrant aux acteurs économiques de nouvelles possibilités de collaboration.
Paul Ouédraogo, président d'honneur de l'Interprofession de la mangue du Burkina Faso, représentant le comité régional d'organisationTransformer les complémentarités agricoles en opportunités d'affaires
L'espace SKBoWa dispose d'un potentiel agricole important, avec une diversité de productions comprenant notamment le maïs, le manioc, le soja, la mangue, la volaille, la pomme de terre, le bétail, la viande, le poisson, le blé et l'anacarde. Malgré cette diversité, les échanges entre les différents territoires restent confrontés à plusieurs difficultés.
La fragmentation des marchés, la méconnaissance des produits disponibles dans les territoires voisins, les barrières non tarifaires, les contraintes fiscales et la faible structuration de certains circuits de distribution constituent autant d'obstacles à la fluidité des échanges commerciaux. « Des produits existent. Des producteurs existent. Des transformateurs existent. Des acheteurs existent. Ce qui manque trop souvent, c'est l'occasion de se rencontrer », a souligné Paul Ouédraogo dans sa déclaration.
La foire se veut ainsi une plateforme de mise en relation entre producteurs, transformateurs, commerçants, entreprises et acheteurs. L'objectif est de faciliter la commercialisation des produits agricoles, de favoriser la conclusion de partenariats et de contribuer à l'ouverture de nouveaux débouchés pour les acteurs des quatre pays.
Une vue des journalistes présents à la conférence de presse300 stands pour valoriser les produits de quatre pays
Pendant dix jours, 300 stands accueilleront des exposants venus du Burkina Faso, du Mali, de la Côte d'Ivoire et du Ghana. Les produits d'une vingtaine de filières agricoles ainsi que le savoir-faire des acteurs seront mis en valeur. Au-delà de l'exposition-vente, plusieurs activités sont prévues pour favoriser les échanges d'expériences et le développement de relations commerciales durables. Des journées consacrées à chacun des quatre pays permettront de présenter leurs spécificités et leurs opportunités économiques.
Des conférences et des panels réuniront également des experts et des professionnels autour de thématiques telles que le commerce transfrontalier, la transformation agricole, l'accès aux marchés, la compétitivité et l'intégration économique sous-régionale. La dimension culturelle ne sera pas en reste. Un espace de jeux sera aménagé pour les enfants afin de permettre aux familles de participer à l'événement dans un cadre convivial. La cérémonie officielle d'ouverture est annoncée pour le samedi 21 novembre 2026, dans la matinée, sur le site de la SNC. La Nuit des filières figure également au programme des temps forts de la manifestation.
La photo de famille des membres du comité régional d'organisation de la foireUne initiative soutenue par plusieurs partenaires
La Foire transfrontalière agricole SKBoWa est portée par le Cadre de concertation des organisations interprofessionnelles agricoles du Burkina Faso, en collaboration avec les ministères en charge de l'agriculture du Burkina Faso, du Mali, du Ghana et de la Côte d'Ivoire, ainsi qu'avec le ministère burkinabè chargé du commerce. L'initiative bénéficie de l'appui de l'Allemagne, avec un cofinancement de l'Union européenne, mis en œuvre par la GIZ à travers le projet SKBoWa Pour les organisateurs, cette première édition doit constituer un point de départ vers une meilleure intégration des marchés agricoles de cet espace transfrontalier.
L'enjeu est de faire en sorte que les contacts noués pendant la foire se transforment en partenariats commerciaux durables, susceptibles de générer de la valeur ajoutée et des emplois au profit des acteurs des différentes filières. À cet effet, un appel a été lancé aux producteurs, transformateurs, commerçants, organisations professionnelles, entreprises et acheteurs des quatre pays afin qu'ils prennent part à cette rencontre. Les inscriptions pour l'exposition-vente sont ouvertes jusqu'au 10 novembre 2026.
Du 20 au 29 novembre 2026, Bobo-Dioulasso entend ainsi devenir un carrefour d'échanges commerciaux et de valorisation des produits agricoles de l'espace SKBoWa, avec l'ambition de faire du commerce transfrontalier un instrument de développement économique et de cohésion sociale.
Romuald Dofini
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Le ministère de la Santé a procédé, ce lundi 2 novembre 2026 à Ouagadougou, au lancement de "Lafiako", une plateforme numérique destinée à recueillir et à traiter les préoccupations des usagers du système de santé. Cette initiative vise à améliorer la qualité des services de santé, à renforcer le dialogue entre les patients et les professionnels de santé, ainsi qu'à promouvoir la redevabilité au sein des structures sanitaires.
Présentée au cours d'une conférence de presse réunissant des professionnels des médias et des acteurs du secteur de la santé, cette innovation entend offrir aux patients un cadre accessible pour exprimer leurs préoccupations, obtenir des réponses et signaler d'éventuels manquements dans la prise en charge sanitaire. À travers ce dispositif, le ministère entend également rappeler aux professionnels de santé les exigences éthiques et déontologiques qui encadrent l'exercice de leur métier, notamment en cas de manquement constaté.
Le ministre de la santé, le Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, a souligné la nécessité de mettre en place un mécanisme structuré pour répondre aux préoccupations des usagers. « Les usagers et les acteurs du système de santé expriment régulièrement des préoccupations relatives à l'accès aux soins, à l'accueil, au comportement de certains agents ou encore au fonctionnement des services. Face à cette réalité, le ministère de la Santé a décidé de mettre en place un dispositif structuré permettant de recueillir, d'analyser, de traiter et de suivre ces différentes préoccupations. L'objectif est de faire de la parole des usagers un véritable levier d'amélioration de la qualité des services de santé et de renforcement de la redevabilité. Les réclamations, pour exprimer une insatisfaction. Les demandes d'information, pour obtenir des éclaircissements sur les droits et les services disponibles. Et enfin, les suggestions pour proposer des pistes d'amélioration », a-t-il déclaré.
Un mécanisme de traitement et de suivi des plaintes
Dr Kargougou a précisé que chaque requête reçue dans le cadre de la plateforme est systématiquement enregistrée, analysée et orientée vers la structure compétente. Selon la nature de la préoccupation, son traitement peut nécessiter des vérifications, des investigations ou la mise en œuvre de mesures correctives. Le dispositif prévoit également un retour d'informations au requérant sur la prise en charge de sa plainte et les suites qui lui sont réservées. Le délai de traitement annoncé est de dix jours, avec un suivi particulier pour les dossiers nécessitant des investigations complémentaires.
Le dispositif concerne aussi bien les formations sanitaires publiques que privées. Pour faciliter son accessibilité, quatre principaux canaux sont mis à la disposition des populations. Il s'agit de la plateforme numérique accessible à l'adresse Lafiako. Les services d'accueil et d'information, avec un réseau de 108 services d'accueil et d'information et 233 collaborateurs mobilisés à différents niveaux du système de santé « J'invite les citoyens, tous les Burkinabè, à s'appuyer sur cet outil et à en faire un usage responsable. J'exhorte également les responsables des structures sanitaires et les professionnels de santé à accorder toute l'attention nécessaire aux requêtes qui leur seront transmises. Aux professionnels des médias, je demande de contribuer à faire connaître ce dispositif, à expliquer ses modalités d'accès et à encourager son appropriation par les populations. Camarades, Lafiako n'est pas une fin en soi. C'est un instrument au service d'un système de santé plus attentif aux préoccupations des populations, plus transparent et davantage engagé dans l'amélioration continue de ses prestations. Sa réussite dépendra de notre capacité collective à écouter, à traiter et surtout à apporter des réponses concrètes aux préoccupations exposées ».
Afin de faciliter l'accès à ce dispositif, le ministère de la Santé a mis à la disposition des usagers plusieurs moyens de communication. Il s'agit notamment du numéro vert 3535, du numéro WhatsApp 52 25 30 30, ainsi que d'une page Facebook dédiée.
À travers le lancement de Lafiako, le ministère de la Santé entend ainsi faire des préoccupations des patients un outil d'amélioration continue des services sanitaires et de renforcement de la confiance entre les populations et le système de santé.
Ismaël Ouédraogo
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Le ministère de l'Enseignement secondaire interdit les frais parallèles et l'imposition de macarons aux élèves. Des contrôles inopinés sont annoncés dans les établissements.
Dans une correspondance en date du 30 octobre 2026, adressée aux directeurs départementaux de l'Enseignement secondaire, le Secrétaire général du ministère de l'Enseignement secondaire, Cyrille Aïnamon, rappelle que seules les contributions scolaires officiellement homologuées peuvent être perçues.
Il leur demande de veiller à « l'arrêt immédiat des perceptions illicites ».
La mesure concerne également les macarons : les chefs d'établissement ne doivent imposer aux apprenants ni leur achat ni leur port.
Pour faire respecter ces prescriptions, les directeurs départementaux sont appelés à multiplier les contrôles inopinés dans les établissements et à assurer un suivi de proximité. Tout responsable qui enfreindrait les directives devra être rappelé à l'ordre. Les manquements constatés devront également être immédiatement signalés à la hiérarchie.
M. M.