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Vagues de chaleur exceptionnelles, quelles conséquences pour les économies européennes ?

Mon, 29/06/2026 - 18:12

Dans quelle mesure les changements climatiques, et notamment les épisodes de canicule, affectent-ils les économies européennes ? Quelles sont les économies et les secteurs les plus impactés ?

En juillet 2025, l’Europe a connu une vague de chaleur de grande amplitude, du même type que la canicule de 2026. Des économistes de la Banque centrale européenne (BCE) ont publié une étude pour analyser les effets sur l’économie européenne, et concluait à des conséquences durables sur la vie économique des régions touchées.

D’après cette étude, les vagues de chaleur estivales font baisser l’activité économique d’environ 1 % la première année, et de 1,5 % deux ans après. De même, l’activité économique est inférieure de 3 % après une sécheresse et 2,8 % après une inondation, quatre ans après. Ce qui contredit l’idée selon laquelle l’économie se remet rapidement des évènements climatiques extrêmes.

L’agriculture est la première victime des fortes chaleurs : lors des canicules, les récoltes se portent mal. Le secteur « tertiaire », c’est-à-dire les services hors agriculture et industrie, est également fortement touché. L’étude montre que lors de ces périodes de canicule les investissements dans ces secteurs augmentent, mais pas la productivité. Pourquoi ? Ces dépenses servent à s’équiper pour mieux résister aux températures élevées (via la climatisation, par exemple), et non à investir dans des technologies améliorant leur productivité sur le long terme.

Les vagues de chaleur font aussi grimper les prix de la nourriture. En 2022, une vague extrême a augmenté de 0,7 point de pourcentage le prix de la nourriture en Europe. Selon l’étude de la BCE, une vague de chaleur équivalente pourrait provoquer d’ici 2060 une hausse de 1,8 points.

Or ces effets risquent de s’amplifier. Les régions déjà chaudes sont les plus touchées par ces effets économiques parce que la chaleur y est plus rapidement insupportable. Avec le réchauffement climatique, de plus en plus de régions européennes vont se retrouver dans ce cas. Si la température mondiale augmente de 3 degrés en moyenne, les journées d’été pourraient être jusqu’à 6 degrés plus chaudes en Europe d’ici la fin du siècle.

Quelles sont les mesures mises en place par les pays européens pour contrer les effets du dérèglement climatique ? Certains pays sont-ils mieux préparés pour s’adapter à ces effets ?

Il est difficile de savoir quels pays sont les mieux préparés à faire face à la crise climatique, car les politiques nationales sont assez différentes : ainsi l’Allemagne a décidé d’abandonner l’énergie nucléaire en 2023 au profit des énergies renouvelables, tandis que la France en fait une source d’énergie prioritaire dont le caractère écologique est contestable à long terme…

En 2019, l’Union européenne (UE) avait adopté le Pacte vert européen (European Green Deal), un plan ambitieux qui cherchait à mettre l’UE à l’avant-garde de la lutte contre le dérèglement climatique, avec l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Le Pacte vert devait donner lieu à un paquet de directives Fit for 55 qui couvrent des domaines très divers (transports, logement, commerce international…). Parmi les principales mesures prévues figurent l’interdiction des moteurs thermiques (essence, diesel) en 2035, la réforme du marché du carbone (suppression des quotas gratuits) et l’instauration progressive d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières à partir de 2025.

Un plan de financement de 1.000 milliards d’euros était prévu par la Commission pour la période 2021-2030 pour les investissements verts, notamment pour développer les énergies propres et soutenir la recherche et l’innovation dans les technologies à faible intensité carbone.

Les politiques européennes actuelles sont-elles suffisantes pour protéger l’économie face à des évènements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents ? Quelles adaptations l’Union européenne doit-elle mettre en place pour envisager une économie plus durable qui prendrait davantage en compte la variable climatique ?

Il n’est pas sûr que les politiques européennes actuelles soient suffisantes pour protéger l’UE contre les effets du dérèglement climatique. Au contraire ! En effet, à la suite des élections européennes de 2024, on assiste à un changement de cap radical dans le sens d’une régression de la politique climatique impulsée par la Commission européenne. Les élections ont modifié la composition de l’Assemblée européenne dans laquelle les écologistes et la gauche ont perdu la majorité. L’Assemblée est désormais dominée par la droite et l’extrême droite, très critiques à l’égard des politiques climatiques, jugées trop « punitives ».

Sous la pression de la nouvelle majorité du Parlement européen et des puissants lobbies industriels et agricoles opposés aux nouvelles règles prévues par le Pacte vert, on a assisté à une véritable remise en cause de celui-ci. Le paquet de directives Fit for 55 au cœur du Pacte vert est « détricoté », ainsi que l’illustre la multiplication récente des directives dites « omnibus » dont l’objectif est de déréglementer l’UE, pour « libérer » ses acteurs économiques supposés être handicapés par les règles bureaucratiques européennes jugées contreproductives, peu transparentes et nuisibles pour la compétitivité des entreprises européennes.

Construire une économie plus durable dans l’UE impliquerait d’abandonner les politiques actuelles qui conduisent à l’abandon du Pacte vert alors que la crise écologique s’accélère, comme le montre la multiplication des évènements climatiques extrêmes ces dernières années.

La restauration du Pacte vert apparait d’autant plus nécessaire que, d’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Europe sera la région du monde la plus touchée par ces épisodes de réchauffement climatique…

Article

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Proche Orient, extension du domaine de la désinformation

Mon, 29/06/2026 - 17:17

Au lendemain des attentats du 7 octobre 2023, l’attention médiatique s’est concentrée sur l’horreur subie par les victimes israéliennes. Mais à mesure que la situation se dégradait pour les Palestiniens et que la riposte devenait disproportionnée, le sujet de Gaza a paradoxalement disparu des plateaux, tout en restant très présente sur les réseaux sociaux.

L’on peut observer plusieurs mécanismes récurrents. Le porte-parole de l’armée israélienne et l’ambassadeur d’Israël sont reçus avec déférence, rarement contredits, là où les responsables politiques critiques envers Israël étaient soumis à un feu roulant de questions. Les journalistes qui osent remettre en cause le discours officiel sont exposés à de fortes attaques, parfois jusqu’à risquer leur poste. Un stagiaire a même été renvoyé pour avoir évoqué côte à côte les otages israéliens et les prisonniers palestiniens.

Dans le même temps, les spécialistes reconnus du Proche-Orient ont été progressivement marginalisés, mis sur le même plan que des militants. On a minimisé le blocus, la famine, l’interdiction faite aux journalistes d’entrer dans Gaza, dans une forme de négation du droit international humanitaire.

Comment expliquer ce conformisme ? Il y une part de communautarisme, une part d’occidentalisme nourrie par l’idée qu’Israël serait la pointe avancée du combat contre l’islamisme, et une part de prudence professionnelle, chacun craignant d’être écarté de l’antenne. De CNews à France Culture, en passant par France Télévisions, le récit israélien s’est imposé presque naturellement.

Mon analyse dans cette vidéo.

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La politique de sécurité régionale des États-Unis dans la Caraïbe depuis le gouvernement Trump 2

Mon, 29/06/2026 - 16:59

« La présence américaine dans la région Caraïbe suit dans une certaine mesure, les objectifs contenus dans la National Security Strategy publiée en janvier 2026 et son « corollaire Trump » à la doctrine Monroe pour l’Hémisphère occidental. Il s’agit de restaurer la prééminence américaine et de refuser aux compétiteurs extérieurs (la Chine en l’espèce) la possibilité de déployer des forces, de posséder ou de contrôler des actifs stratégiquement vitaux. Selon ce document, les États-Unis entendent mobiliser leurs partenaires pour contrôler les flux migratoires, stopper les trafics de drogue et renforcer la stabilité et la sécurité terrestres et maritimes…

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« Out of Africa » – 4 questions à Peer de Jong et Frédéric Lejeal

Fri, 26/06/2026 - 12:30

Peut-on parler de rupture historique entre la France et l’Afrique ?

Indéniablement la rupture qui s’est opérée entre 2022 et 2025 avec le départ des forces françaises du continent africain est historique. Elle était prévisible mais l’érosion progressive de l’influence française caractérisée par un « sentiment anti-français », n’a pas été interprétée. Embourgeoisée dans une relation déséquilibrée et paternaliste, la France n’a pas vu monter l’exigence de souveraineté des jeunesses africaines. Facteur amplifiant, la montée en puissance de l’Union européenne depuis le traité de Lisbonne de 2007, a positionné Bruxelles comme un acteur financier important tandis que nos ambassades ne cessent de répéter qu’elles n’ont plus de budget. La nature a horreur du vide. Il a permis l’arrivée de compétiteurs comme les Russes qui, en 2018, s’installent en République centrafricaine, conséquence du départ de la mission militaire SANGARIS. La France, rétractée sur une vision héritée de l’histoire, n’a pas perçu l’arrivée massive des Russes, des Américains, des Turcs, des Chinois et in fine de tous les États européens, l’Allemagne et l’Espagne en tête, qui se ruent à la conquête de nouveaux marchés.  Notre discours récurrent sur la fin de la « France-Afrique » et du soi-disant « pré carré » a miné notre positionnement car les États africains avaient eux, intégré de longue date cet état de fait. La guerre de 2011 en Libye voulue par les Français, a enfin prouvé notre perte de la langue de l’Afrique. La France a démontré à cette occasion la perte collective de cette compréhension fine qu’elle avait du continent. L’opération SERVAL en 2013 aura été le dernier moment d’une action militaire française en autonomie. L’opération Barkhane qui a suivi n’avait, compte tenu de ses effectifs et de la dimension de la zone d’action, que peu de chances de réussir. La densification des actes terroristes dans le Sahel et la descente des groupes armés vers le Golfe de Guinée, ont révélé la faiblesse du dispositif français. Les coups d’État successifs entre 2020 et 2023 au Mali, au Burkina Faso et au Niger et le rejet consécutif de la France, ont constitué le départ du feu de brousse qui a emporté tout le dispositif militaire en 2025… à l’exception de la base de Djibouti que nous louons.

Est-elle irréversible ?

Probablement, malgré le désir caché de certains qui imaginent que, lassés des Russes, les États africains souhaiteront notre retour. Cette manière de voir les choses est illusoire et enfantine. L’histoire ne repasse évidemment pas les plats. On dénombre 58 soldats morts pour la France dans le Sahel. Le départ des forces françaises d’Afrique a été humiliant. Ce sentiment partagé par tous, a été synthétisé par Emmanuel Macron le 6 janvier 2025 lors de la réunion annuelle des ambassadeurs par son « on a oublié de nous dire merci ». Mais n’allons pas trop loin tout de même. La rupture n’est pas totale puisque des accords de coopération et de défense existent toujours. Mais nous devrons agir avec d’autres, compte tenu des 33 accords de défense signés avec les Russes en dix ans, ajoutés aux 39 accords de défense contractés avec les Turcs. Les Américains, de leur côté, ne sont pas en reste grâce à leurs différents programmes « Train and Equip » financés par le Département d’État et l’effort réalisé par Donald Trump en direction des pays dotés de matières premières rares comme en RDC ou au Nigéria. À partir de 2022, sentant le vent du boulet arriver, Jean-Marie Bockel est désigné comme « envoyé personnel » du chef de l’État pour l’Afrique. Il n’a pas démérité mais il a passé les années 2023 et 2024 à courir derrière une histoire qui allait plus vite que lui. « La France passe d’une logique de stock à une logique de flux en Afrique » conclut-il sur les ondes de Radio France Internationale le 7 novembre 2024. Perspective tellement technocratique qu’elle nous fait revenir à l’époque des comptoirs du XIXème siècle ?

La France a-t-elle trop fait preuve de condescendance ?

La parole péremptoire et paternaliste des élites politiques françaises à l’égard de l’Afrique francophone est un paramètre essentiel pour comprendre la prise de distance et le ressentiment observés ces dernières années. Il est largement sous-estimé dans les facteurs ayant contribué à une prise de distance des élites de l’ancien « pré carré » français. Or, ce facteur est essentiel. Nous y consacrons d’ailleurs un chapitre entier de notre livre.

Ce mode opératoire consistant à tenir des propos blessants et culpabilisants est l’apanage de presque tous les présidents de la Vème République. C’est bien le problème ; François Mitterrand et Jacques Chirac avec leurs injonctions sur la démocratie, François Hollande avec la question des Droits de l’Homme, Emmanuel Macron avec ses thèmes sur la démographie. Le discours que Nicolas Sarkozy a prononcé à Dakar, en juillet 2007, en est la caricature. Près de vingt ans après, nous payons encore cette intervention qu’aucun autre chef d’État à travers le monde, y compris européen, n’aurait pu tenir en terre africaine.

Loin des partenariats « gagnant – gagnant » régulièrement vantés, chaque président français se sent ainsi obligé de donner ses conseils, de s’ériger en moralisateur en expliquant aux opinions publiques africaines ce qui est bon pour elles ; que la démocratie est un passage obligé ; combien d’enfants elles doivent faire, etc.

La France est la seule ex-puissance coloniale européenne à s’autoriser une telle liberté de ton. Sans doute parce que inconsciemment elle entend toujours façonner les Africains à son image par un message universaliste. Paris n’a pas vu que, sur ce point aussi, les Africains en ont assez. D’autant que cette approche professorale bute désormais sur les relations que les pays africains entretiennent avec des pays qui, comme la Chine, la Russie ou la Turquie, ont une attitude plus respectueuse de leur souveraineté. Les Africains sont d’autant plus agacés que Paris est proche de certains pays où les libertés publiques et la démocratie sont extrêmement faibles. Ce double standard ne passe plus.

Était-ce une erreur de s’abstenir lors du vote à l’ONU, en avril 2026, sur la résolution proclamant la traite des esclaves comme le plus grave crime contre l’humanité ?

La France n’a pas approuvé cette résolution car elle ne souhaitant pas hiérarchiser les crimes contre l’humanité. Cela peut s’entendre. En réalité, elle a surtout voulu éviter de tomber dans le débat sur les réparations et les dédommagements financiers.

Il faut remarquer que, malgré quelques avancées (rapport sur la guerre d’indépendance au Cameroun, sur le génocide de 1994 au Rwanda, sur le cas de Thiaroye au Sénégal, sur l’abrogation récente du Code Noir…), la France reste en retrait par rapport à ses partenaires européens sur les questions mémorielles. Notamment sur la restitution des œuvres pillées ou spoliées durant les conquêtes coloniales. Pour l’instant, seule une trentaine de pièces ont été rendues à plusieurs pays (Bénin, Madagascar, Sénégal, Côte d’Ivoire) alors que les autres capitales européennes en sont déjà à plusieurs milliers. Il y a encore une vraie pusillanimité à regarder l’Histoire en face. En mai dernier, le Parlement français a adopté une loi-cadre sur cette question. Mais la France est-elle prête à vider ses musées si d’aventure tous les pays africains venaient à demander une restitution en masse des œuvres qui s’y trouvent ? C’est la vraie question.

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Géopolitique des pillages culturels. Avec Saphia Azzeddine

Wed, 24/06/2026 - 18:31

L’implication des États-Unis dans la guerre en Iran a relancé le débat sur la légitimité des interventions militaires menées par les pays occidentaux au nom de la démocratie et de la « libération des peuples ». Au-delà de la remise en question du droit international, notamment des principes de non-intervention et de non-ingérence, ces interventions n’ont souvent pas atteint les objectifs qu’elles avançaient et ont finalement laissé les pays concernés dans une situation plus délétère qu’avant le conflit. Ces guerres ont également des conséquences moins visibles, notamment sur le patrimoine culturel. À la suite de l’invasion de l’Irak en 2003, les pillages de sites archéologiques et de musées irakiens se sont multipliés, et c’est aussi le cas dans d’autres territoires touchés par des conflits armés comme la Syrie, la Libye ou encore Gaza. Ces pillages participent à la destruction de la mémoire collective des populations, déjà fragilisées par la guerre. Les œuvres sont ensuite revendues illégalement et sont parfois exposées dans des musées occidentaux ou encore acquises par des collectionneurs et marchands d’art. Le trafic d’œuvres d’art et de biens culturels est aujourd’hui l’un des trafics les plus importants et lucratifs au monde.

Dans ce contexte, peut-on légitimer des interventions militaires dans des pays au nom de la libération des populations et de la démocratie ? Quel est l’impact des pillages de biens culturels sur la mémoire collective et l’identité des peuples ? Pourquoi ces pillages restent-ils si peu traités dans les médias occidentaux ? Dans quelle mesure la fiction permet-elle de redonner une place à des mémoires effacées ?

Dans ce podcast, Saphia Azzeddine, romancière et réalisatrice, revient dans son roman « Mémoires sous scellés » (Éditions Fayard) sur le pillage du musée de Bagdad en 2003. Entre fiction et réalité, ce récit interroge les zones d’ombre autour de l’appropriation des œuvres culturelles par d’autres pays, ainsi que la légitimité des interventions militaires au nom de la démocratie.

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Colombie : des enjeux sécuritaires déterminants dans la victoire de la droite radicale

Wed, 24/06/2026 - 13:08

Les élections présidentielles colombiennes du 21 juin 2026 ont rendu leur verdict. Le candidat de la droite radicale, Abelardo de la Espriella, a été élu d’une courte tête, avec 49.7 % des voix contre 48,7 % pour le candidat de gauche Ivan Cepeda. À l’heure où ces lignes sont écrites, compte tenu de la faiblesse de l’écart, il n’est pas impossible que des recours venant de la gauche interviennent. Ivan Cepeda a ainsi pour le moment refusé de reconnaître la victoire de son adversaire. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le résultat définitif, les résultats impressionnants d’un outsider inconnu il y a encore quelques mois, devraient donner matière à réflexion non seulement à une partie de la gauche colombienne et à la gauche latinoaméricaine tout entière. Et singulièrement en matière de questions sécuritaires, lesquelles, à mesure de la criminalisation rampante de territoires entiers, favorisent l’arrivée au pouvoir d’une droite musclée, que ce soit hier au Salvador, en Équateur, en Argentine, au Chili, et maintenant en Colombie. L’insécurité touche les fractions les plus pauvres des populations qui constituent aussi le cœur de l’électorat de la gauche. Certes, la physionomie de la Colombie a beaucoup évolué depuis La Violencia des années 1950. Ce pays est aujourd’hui, derrière le Brésil et le Mexique, la troisième ou quatrième économie de l’Amérique latine. Son territoire est largement urbanisé avec près de 83 % des 53 millions d’habitants vivant dans les zones urbaines, avec des pôles régionaux de développement relativement prospères. Il n’en reste pas moins que la production et le trafic de la cocaïne, et la prolifération des groupes criminels qui l’accompagne sont des révélateurs des dysfonctionnements structurels propres à la formation sociale de ce pays.

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What Are the Main Drivers of Member States’ Defence Procurement Practices? The Estonian Case

Tue, 23/06/2026 - 15:16

This article examines the evolution of Estonia’s defence procurement practices, especially following Russia’s full-scale invasion of Ukraine in 2022. It argues that Estonia´s defence capability development remains firmly threat-driven and in line with NATO collective efforts. However, Russia´s full-scale invasion of Ukraine has accelerated timelines and reprioritised some of the defence articles such as ammunition, air defence and unmanned systems. Furthermore, there has been evident shift towards more dynamic and effect-driven acquisition models, and the growing emphasis on delivery speed and supply security, which requires a revaluation of established practices and structures that often prioritize rigidity and cost-effectiveness over agility and responsiveness. The paper further explores the efforts to strengthen the domestic defence industrial base through localisation, innovation support and EU instruments, as well as the drivers and limitations of Baltic and EU-level joint procurement.

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Iran : vaincu militaire, vainqueur stratégique

Tue, 23/06/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, autour des négociations entre les États-Unis et l’Iran concernant les sanctions prises à son encontre et son programme nucléaire.

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Trump – Amérique latine : succès de la doctrine Donroe

Mon, 22/06/2026 - 17:32

À l’heure où Donald Trump essuie un échec cuisant face à l’Iran, son administration enregistre des succès stratégiques en Amérique latine, une région qu’il cherche à transformer en « arrière-cour » des États-Unis. En décembre 2025, la Stratégie de sécurité nationale a réhabilité la doctrine Monroe, affirmant que l’Amérique doit rester sous contrôle américain, dans la lignée du corollaire Roosevelt (1904).

Pour concrétiser cette vision, Trump multiplie les pressions. Au Panama, la Cour suprême a retiré en janvier la concession d’une entreprise liée à Hong Kong sur les ports du canal. Au Venezuela, un raid militaire a permis l’arrestation de Nicolas Maduro, remplacé par Delcy Rodríguez, qui a immédiatement aligné son pays sur Washington en rompant les livraisons de pétrole à Cuba. Le Mexique, sous la menace de sanctions, a cédé à son tour. Cuba, étouffé économiquement, se résout à libéraliser son économie, offrant ainsi un accès aux acteurs financiers américains.

La stratégie de Trump ne se limite pas aux coups de force. Elle s’appuie également sur un réseau d’alliés régionaux d’extrême droite, comme Javier Milei en Argentine, Nayib Bukele au Salvador, José Antonio Kast au Chili, et désormais Abelardo de la Espriella en Colombie, dont la victoire à l’élection présidentielle du 21 juin a fait basculer le pays à l’extrême droite.

Le prochain test décisif sera l’élection présidentielle brésilienne. Compte tenu du poids du Brésil, une victoire d’un candidat pro-Trump scellerait sa reconquête de l’Amérique latine et confirmerait le retour d’une influence américaine renforcée sur le continent.

Entre realpolitik et nostalgie impérialiste, Trump réinvente-t-il la domination américaine en Amérique latine, ou ne fait-il que retarder son déclin face à la Chine ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Ingérences numériques étrangères : une menace surestimée lors des municipales 2026 ?

Mon, 22/06/2026 - 12:36

Les ingérences numériques étrangères (INE) se sont imposées comme des procédés centraux des rapports de force contemporains, ciblant notamment les processus électoraux pour affaiblir les fondements de la vie démocratique. S’appuyant sur un rapport de Viginum, l’organe gouvernemental de veille sur la désinformation, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a dressé le 11 juin 2026 lors d’une conférence de presse, un bilan de la protection du débat public lors des élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Bien que ce scrutin portait sur des enjeux locaux, le niveau de menace a été jugé élevé en raison d’un contexte international tendu et de la résonance dans le débat politique national de thématiques clivantes comme la guerre en Ukraine ou le conflit au Proche-Orient. Le bilan des opérations détectées révèle une diversification préoccupante des acteurs et des méthodes de déstabilisation. Quatre campagnes d’ingérence numérique étrangères (INE) majeures ont été caractérisées, impliquant des acteurs étatiques et non étatiques. Quelles sont ces récentes ingérences et les acteurs émergents ? Quels enseignements en tirer à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, considérée comme un rendez-vous démocratique majeur sous haute tension ? Quels sont les auteurs de manipulation à surveiller ? Anne-Sophie Dhiver, cheffe de service adjointe de Viginum, répond aux questions de l’Observatoire de l’information et des stratégies d’influence de l’IRIS.

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Lutte contre l’antisémitisme et invisibilisation de la question palestinienne

Fri, 19/06/2026 - 09:43

Raphaël Enthoven, co-lauréat du prix Jean-Pierre-Bloch décerné par la Licra, a déclaré dans son discours que l’antisémitisme « n’a jamais été aussi virulent qu’aujourd’hui ». Tout d’abord, cette affirmation est historiquement fausse. Ensuite, dans son discours, Raphaël Enthoven associe l’antisémitisme à la critique de la politique d’Israël, instrumentalisant ainsi la lutte contre l’antisémitisme afin de protéger la politique israëlienne de toute critique.

Cet amalgame est à l’origine du silence de nombreuses personnes sur la situation à Gaza, de peur d’être taxées d’antisémitisme et d’être mises à l’écart du débat.

Ce prix met en lumière le « deux poids deux mesures » qui existe dans le débat public français concernant la question de l’antisémitisme, alors que l’islamophobie en pleine explosion est invisibilisée. Évidemment, la remise d’un prix similaire pour le soutien à la cause palestinienne serait impensable.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Nickel indonésien : la souveraineté minière à l’épreuve de ses propres contradictions

Thu, 18/06/2026 - 16:44

En mai 2026, la Chambre de commerce chinoise en Indonésie a transmis au président Prabowo Subianto une lettre de protestation formelle, copiée à l’ambassade de Chine. Ses signataires, Tsingshan, Zhejiang Huayou Cobalt et Brunp, sont les groupes qui ont financé et bâti l’industrialisation nickélifère indonésienne. Leur plainte porte sur les quotas de production, la révision du prix de référence du minerai et la hausse des royalties. Ce moment a une signification précise : les architectes de la domination indonésienne sur le marché mondial du nickel se retrouvent désormais contraints de protester auprès d’un État qu’ils pensaient avoir rendu dépendant d’eux. Jakarta a acquis un levier réel, et elle a commencé à l’utiliser.

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Iran–États-Unis : un accord de paix est-il possible ?

Thu, 18/06/2026 - 11:29

Quel bilan peut-on dresser de la situation intérieure iranienne depuis le déclenchement de la guerre ? Le régime iranien sort-il renforcé ou affaibli de la guerre et des négociations avec Washington ?

La situation intérieure sur le plan politique reste incertaine. Il est clair que l’Iran traversait, avant cette guerre, une grave crise politique, du fait des manifestations de janvier 2026 et surtout de la répression qui a suivi, ayant causé des milliers de morts. Il s’agissait de la plus grave crise de légitimité du système politique iranien depuis la révolution. À cette période, une partie de la population iranienne, notamment ceux directement touchés par la répression, exprimait une colère telle que certains demandaient une intervention militaire des États-Unis. Au début de la guerre, certaines images diffusées montraient même des habitants se réjouissant des premiers bombardements américains.

Cependant, la situation s’est complexifiée : face à l’ampleur des bombardements et des destructions, un réflexe nationaliste est apparu. Beaucoup d’Iraniens ont en effet compris que l’objectif des États-Unis et d’Israël n’était pas d’apporter la démocratie en Iran, mais plutôt d’affaiblir le pays. Les scénarios, notamment israéliens, qui anticipaient une mobilisation populaire en faveur d’un changement de régime ne se sont pas concrétisés. Parallèlement, le pouvoir iranien a occupé l’espace public en mobilisant ses partisans, avec des manifestations organisées presque quotidiennement et une forte présence des forces de sécurité dans les rues.

Sur le plan politique, la résistance de l’armée iranienne face à l’attaque américano-israélienne et ce regain nationaliste, dont l’ampleur reste difficile à mesurer, conduisent à considérer que le système politique iranien, a été renforcé par cette guerre. C’est l’un des paradoxes du conflit.

En parallèle, la situation économique s’est fortement dégradée. Elle était déjà difficile avant la guerre, notamment à la suite du conflit précédent. L’Iran a connu une stagnation de l’activité en 2025 et une inflation ayant atteint 50 %. Avec la guerre, les prix ont continué d’augmenter. Selon les derniers chiffres disponibles, datant d’avril 2026, l’inflation atteindrait au moins 80 % en mai 2026 d’après la Banque Centrale d’Iran, tandis que le FMI prévoit 70 % pour l’ensemble de l’année 2026. L’activité économique a probablement reculé, notamment du fait du conflit. Les autorités iraniennes évoquent elles-mêmes deux millions de pertes d’emploi pendant la guerre. À cela s’ajoutent les destructions d’infrastructures, estimées par Téhéran à 300 milliards de dollars.

Le système politique semble donc avoir bénéficié d’un plus grand soutien du fait de ce conflit. Cependant, il faut noter que, parallèlement, la répression s’est intensifiée depuis le cessez-le-feu, avec des exécutions visant notamment des manifestants arrêtés lors des manifestations de janvier 2026 et des arrestations d’opposants. Dans le même temps, la situation économique demeure particulièrement préoccupante. Cela alimente les craintes de la part des autorités de nouvelles mobilisations sociales, les difficultés économiques ayant déjà constitué l’un des moteurs des manifestations de janvier. C’est sans doute dans ce contexte que les autorités iraniennes ont engagé des négociations avec les États-Unis afin d’obtenir une levée des sanctions et un retour des avoirs iraniens bloqués à l’étranger.

Que prévoit le protocole d’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran ? Quelles conséquences pourrait-il avoir pour l’Iran et l’équilibre régional ?

L’objectif du protocole d’accord est de définir un cadre pour de futures négociations entre les deux pays, ce qui constitue déjà une évolution importante compte tenu du niveau de méfiance existant.

À ce stade, aucun texte officiel n’a été publié. D’après les éléments disponibles, le protocole d’accord pourrait porter sur des mesures concrètes, comme l’ouverture du détroit d’Ormuz par l’Iran en échange de la levée du blocus des ports iraniens par les États-Unis. L’arrêt des combats en Iran et au Liban constituerait également un point important pour Téhéran. Par ailleurs, les sanctions américaines concernant les exportations iraniennes de pétrole et de produits pétrochimiques seront suspendues dès la signature de ce protocole.

Le protocole prévoit une période de soixante jours de négociation sur les sujets centraux : le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions. Concernant le nucléaire, les discussions porteraient notamment sur l’enrichissement d’uranium et sur le devenir du stock iranien enrichi à 60 %. Par ailleurs, un fond de 300 milliards de dollars permettant de financer la reconstruction de l’économie iranienne devrait être mis en place.

Un accord signé signifie que les deux pays ont reconnu avoir un intérêt commun. Du côté iranien, le maintien du système politique face à une attaque menée par la première puissance militaire mondiale et la principale puissance militaire du Moyen-Orient est présenté comme une forme de victoire.

Par ailleurs, la prise de conscience par le président américain de l’impossibilité d’atteindre ses objectifs par la guerre constitue clairement une victoire pour l’Iran. Le président américain, qui parlait initialement de changement de régime, en est arrivé à négocier et à signer un accord avec ce même régime. C’est là un changement complet de la politique américaine.

Pour autant, les questions de légitimité politique demeurent posées en Iran. Tout dépendra désormais de la capacité des autorités iraniennes à s’appuyer sur ce nationalisme réapparu pendant la guerre pour tenter de restaurer leur légitimité auprès d’une grande partie de la population. Dans tous les cas, la levée du blocus américain sur les ports iraniens et la suspension des sanctions américaines devraient permettre un ralentissement de l’inflation dans les prochains mois. À plus long terme, un accord de paix définitif avec les États-Unis pourrait permettre à terme une plus grande intégration de l’Iran dans l’économie mondiale, à condition que les réformes nécessaires accompagnent cette évolution.

Sur le plan régional, la capacité de résistance de l’Iran face à l’attaque américano-israélienne pourrait avoir modifié les rapports de force et démontré une capacité de réponse militaire. Le fait que l’Iran ait frappé directement Israël en réaction aux attaques israéliennes au Liban, sans réponse militaire américaine directe, est sans précédent.

Le programme balistique iranien est perçu comme un facteur central de cette capacité de résistance. C’est pourquoi les demandes européennes visant à inclure une limitation de ce programme dans les négociations apparaissent difficiles à accepter du point de vue iranien. D’un point de vue géopolitique, l’Iran semble avoir donc accru son influence régionale avec ce conflit.

Par ailleurs, le conflit va laisser des traces. Il existe désormais de fortes tensions entre l’Iran et les Émirats arabes unis. En Iran, une perception s’est développée selon laquelle les Émirats auraient collaboré avec Israël pendant le conflit. La question est désormais de savoir si l’Iran et les pays arabes du Golfe persique seront capables de dépasser ces tensions. Un élément intéressant à ce sujet est le rôle actif qu’ont joué les dirigeants de l’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis dans les négociations ayant entrainé la conclusion de ce protocole d’accord[1]. Plus largement, un nouvel ordre régional et international semble émerger. Les pays du Golfe pourraient être amenés à réévaluer leurs relations avec les États-Unis et avec Israël après avoir été entraînés dans un conflit auquel ils étaient opposés et dans lequel ils n’ont pas été véritablement protégés par les États-Unis.

Un compromis sur le programme nucléaire iranien est-il envisageable et quelles concessions chaque partie serait-elle prête à accepter ?

Dans l’absolu, un compromis paraît possible.

D’après les éléments disponibles, les États-Unis demanderaient une suspension de vingt ans de l’enrichissement d’uranium iranien, alors que l’Iran évoquait une période d’environ cinq ans ou davantage. Un terrain d’entente pourrait donc exister. Concernant le stock d’uranium enrichi à 60 %, une solution pourrait également être trouvée. L’Iran avait déjà proposé que ce stock soit dilué à un niveau d’enrichissement inférieur sur son territoire.

Une première difficulté semble liée à la période relativement brève prévue pour ces négociations. Deux mois apparaissent comme un délai très court. Les négociations ayant conduit à l’accord de 2015 avaient duré deux ans. Ces discussions sont extrêmement complexes et posent notamment la question des capacités d’expertise du côté américain pour négocier des accords durables sur des sujets aussi techniques. Certains proposent donc de séquencer les négociations et de conclure plusieurs accords distincts portant sur différents sujets : enrichissement d’uranium, devenir du stock enrichi à 60 %, ou autres aspects techniques.

L’autre difficulté concerne les oppositions politiques. Aux États-Unis, une partie des milieux néoconservateurs et des courants les plus favorables à une ligne dure s’opposent fortement à cette négociation. La démarche actuelle constitue en effet une rupture avec une tradition du Parti républicain consistant à refuser toute négociation avec l’Iran depuis la crise des otages de 1979. Du côté israélien également, le gouvernement apparaît très critique à l’égard de ces négociations et du protocole signé. Les attaques dans le sud de Beyrouth peuvent être interprétées comme un signal montrant une volonté d’empêcher l’aboutissement du processus.

Ces obstacles existent, mais une première étape a néanmoins été franchie avec la signature de ce protocole d’accord.

[1] « How the US-Iran deal came together », Financial Times, 15 juin 2026.

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Palestine : maintenir l’espoir. Avec Hala Abou Hassira

Wed, 17/06/2026 - 18:36

Alors que la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie est aujourd’hui dramatique, le bilan humain continue de s’alourdir. Malgré le cessez-le-feu à Gaza déclaré en octobre 2025, plus de mille Palestiniens ont trouvé la mort, témoignant de la poursuite des violences. Face à cette crise, la communauté internationale peine à apporter des réponses concrètes. C’est particulièrement le cas des puissances occidentales qui essuient de nombreuses critiques au regard du « deux poids, deux mesures » qu’elles appliquent dans le cadre des conflits. Si de nombreuses sanctions ont été adoptées contre la Russie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aucune n’a été prise à l’encontre d’Israël et cela malgré les conclusions d’une commission d’enquête des Nations unies faisant état d’actes de génocide commis à l’encontre de la population palestinienne. Au-delà de l’urgence humanitaire, le conflit soulève une question politique fondamentale : celle de la reconnaissance de l’État de Palestine. À ce jour, 80 % des membres des Nations unies reconnaissent officiellement l’État de Palestine, sans que cette reconnaissance ne permettent un règlement politique du conflit.

Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie ? La population palestinienne est-elle abandonnée par la communauté internationale ? La reconnaissance de l’État de Palestine par certains États constitue-t-elle une avancée concrète ? L’après-Netanyahou pourrait-il ouvrir la voie à une relance de la solution à deux États ? Enfin, quels sont les défis politiques et institutionnels auxquels est aujourd’hui confrontée la représentation palestinienne ?

Autant d’enjeux abordés avec Hala Abou Hassira, ambassadeur de Palestine en France depuis 2021.

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La désinformation climatique au service des stratégies d’ingérence : les cas de la Russie et des États-Unis

Tue, 16/06/2026 - 16:59

La désinformation climatique est devenue un outil mobilisé par certains États pour servir leurs stratégies d’influence. La Russie et les États-Unis illustrent comment les enjeux liés au climat peuvent être utiliser dans le cadre d’une guerre informationnelle, ciblant particulièrement l’Europe. La remise en cause de consensus scientifique et des scientifiques, le ciblage des politiques énergétiques et climatiques ainsi que l’instrumentalisation des événements climatiques extrêmes sont autant de leviers permettant à ces acteurs d’influencer les opinions publiques et de servir des intérêts économiques, géopolitiques et stratégiques.

Tour d’horizon des usages stratégiques de la désinformation climatique à travers les cas de la Russie et des États-Unis avec Mathilde Jourde, chercheuse à l’IRIS, co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat et responsable du Programme Climat, environnement, sécurité.

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Chine : superpuissance agricole en devenir

Tue, 16/06/2026 - 15:56
Produire avant tout

Grand pays, très peuplé, la Chine n’a jamais sous-estimé l’importance du secteur agricole pour aller de l’avant. Après les grandes famines de l’ère Mao, qui ont fait des millions de victimes dans la décennie 1960, les réformes mises en place pour le décollage économique ont conféré aux productions agricoles nationales un rôle déterminant pour le progrès social et le désenclavement territorial. Il fallait nourrir un milliard de personnes en 1980, marché qui s’est complexifié au début du siècle avec une population plus exigeante en matière de sécurité sanitaire et de qualité, et qui atteint désormais 1,4 milliard d’individus. Les résultats agricoles domestiques ont été probants : la Chine est devenue le premier producteur mondial dans un nombre impressionnant de filières. Quelques chiffres emblématiques : 65 % des poissons aquacoles de la planète, 50 % de la viande porcine, 35 % des œufs et des captures de pêche, 25 % du riz, 18 % du blé, premier producteur mondial en fruits et en légumes, de thé, d’ails, d’algues, de pommes de terre…

N’en jetez plus ! Cela n’est pas toujours commenté, mais oui, la Chine est une superpuissance productive agricole, aquacole et halieutique. Elle importe massivement, nous allons y venir, mais récolte des quantités colossales sur ses propres terres, ses littoraux ou les océans du globe. Son objectif n’est pas l’autarcie, mais une formule plus subtile : produire le maximum à domicile, importer ce qui manque et sécuriser l’ensemble des chaînes d’approvisionnement mondiales. Mais la Chine ne cherche pas seulement à nourrir sa population imposante, elle construit progressivement une véritable architecture de puissance en matière agricole et alimentaire, en conjuguant innovations, industries et influences. Ces trois « i » sont structurants dans la stratégie de Pékin.

Innover toujours plus

Les documents officiels les plus récents sont explicites. Chaque année, le pouvoir chinois publie ce que l’on appelle le « document central n°1 ». Celui rendu public au début de l’année 2026 confirme que, pour Pékin, l’agriculture reste un enjeu fondamental de sécurité nationale[1]. Mais il révèle aussi une évolution significative dans la manière dont la Chine pense désormais sa politique alimentaire. Depuis plusieurs décennies, l’objectif premier des autorités chinoises a été d’assurer l’autosuffisance en céréales. Dans un pays qui ne dispose que d’environ 9 % des terres arables mondiales pour près d’un cinquième de la population de la planète, la question agricole est intrinsèquement stratégique. Cette contrainte majeure explique l’attention constante portée par Pékin à la protection du foncier agricole, à la stabilité de la production de riz, de blé et de maïs, ainsi qu’à la gestion rigoureuse des stocks de ces grains.Mais la stratégie chinoise évolue. Le document publié pour 2026 met moins l’accent sur la seule augmentation des volumes agricoles et davantage sur la qualité, l’efficacité et la modernisation du système productif. Le gouvernement insiste aussi sur la nécessité de soutenir les revenus agricoles, d’améliorer les infrastructures rurales et de renforcer l’attractivité économique des filières agricoles. Cette dimension est cruciale pour maintenir la stabilité sociale dans un pays où les écarts entre villes et campagnes restent marqués. À ce titre, il est important de suivre les débats en cours sur la réforme du Hukou[2], ce système orchestrant les flux de ruraux vers les métropoles du pays.

Ainsi la Chine cherche désormais à construire une agriculture plus technologique, capable de répondre à une demande alimentaire en mutation et à une compétition internationale de plus en plus intense.Cette transformation repose en grande partie sur l’innovation. Les autorités mettent en avant ce qu’elles qualifient de « nouvelles forces productives » agricoles : développement des biotechnologies, amélioration des semences et édition génétique, mécanisation intelligente, recours accru aux drones et aux capteurs, efficience logistique par les données numériques et la robotique. L’agriculture, portée par une vision d’ingénieurs[3], est appelée à devenir hautement technologique, capable d’augmenter la productivité tout en faisant face aux raretés foncières et hydriques, mais aussi de vieillissement de la population rurale.Pour innover en agriculture, la Chine investit massivement dans la science, la recherche agronomique et l’intelligence artificielle, comme aucune autre nation n’est capable de le faire. L’un des axes sur lequel nous devrions porter une attention accrue concerne ces humanoïdes que la Chine invente, déploie et entend mobiliser, des champs ruraux aux logistiques urbaines en passant par les usines et les industries agro-alimentaires. Ces humanoïdes, dont les capacités augmentent rapidement[4], pourraient probablement devenir des produits d’exportation vers des pays où la main-d’œuvre agricole et industrielle fait défaut, à commencer en Europe.

Ces dynamiques reposent désormais sur le 15ème plan quinquennal chinois pour la période 2026-2030, qui révèle l’objectif de Pékin à être pleinement souverain sur le plan économique et à s’imposer désormais comme puissance productive dans une multitude de domaines, entre ceux où elle l’est déjà et ceux où elle entend le devenir[5]. Ainsi de l’agriculture, pour se transformer en force agro-alimentaire, capable d’exporter. Ce 15ème plan maintient l’alimentation comme un enjeu de sécurité nationale et la propulse comme pilier d’innovation industrielle et technologique, mais aussi d’ambition de rayonnement international.

Exporter davantage

Les communications officielles chinoises les plus récentes confirment la volonté de mieux coordonner les importations agricoles avec la production domestique. Pékin reconnaît implicitement que certaines dépendances structurelles demeurent, notamment pour le soja, certaines viandes ou les produits laitiers. Mais elle souhaite désormais gérer plus stratégiquement ces flux afin d’éviter toute vulnérabilité excessive. C’est aussi dans cette perspective qu’il faille replacer le dialogue équilibré avec Washington dans le domaine spécifique agricole, car les besoins chinois restent parfois réels et servent de négociation concrète avec le compétiteur états-unien[6].

Le sommet Trump-Xi du 18 mai 2026 s’avère d’ailleurs explicite à ce sujet. Les exportations agricoles des États-Unis vers la Chine avaient chuté de 66 % en 2025, conséquence des tensions commerciales, des surtaxes réciproques et de la volonté chinoise de réduire les achats. Lors de cette rencontre, la Chine s’est engagée à accroître ses importations de produits agricoles états-uniens, à travailler à la réduction de certaines barrières tarifaires et non tarifaires, sachant que plusieurs dossiers bloqués (bœuf, volaille) ont été relancés. La Maison-Blanche affirme que la Chine s’est engagée à acheter au moins 17 milliards de dollars de produits agricoles américains par an de 2026 à 2028, en plus des engagements sur le soja, mais Pékin s’est montrée bien moins loquace à ce sujet. Une probabilité : ce commerce agricole sino-états-unien va être davantage administré si la relation tend à l’apaisement durable, à moins qu’il soit davantage conflictuel si les tensions bilatérales progressent à nouveau. La Chine le sait et mise donc sur l’Amérique latine (Brésil, Argentine), l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Afrique du Sud), la Russie et l’UE pour dérisquer ses approvisionnements et moins dépendre des États-Unis.

Pour autant, nous devons regarder un autre volet encore trop peu commenté : la Chine exporte de plus en plus. Sur le plan agricole, agro-alimentaire et halioalimentaire, la tendance est très nette : 12 milliards de dollars en 2000, trois fois plus en 2010, 60 milliards en 2020 et 90 milliards en 2025[7]. Cela place la Chine au 6ème rang mondial des exportateurs en la matière, juste après la France (95 milliards), pays qu’elle dépassera sous peu, sachant que les États-Unis dominent encore les débats avec 175 milliards, suivis par les Pays-Bas et le Brésil (150 milliards chacun) et l’Allemagne (120 milliards). Si l’on ajoutait l’agroéquipement avec les drones agricoles ou des technologies et robotiques entrant dans les chaînes de production agro-industrielle, nous aurions un chiffre commercial chinois à l’export encore plus significatif.

Mais retenons donc que Pékin devient l’un des grands leaders mondiaux à l’export, quand bien même la balance commerciale agricole et alimentaire demeure largement déficitaire : environ 100 milliards de dollars en 2025 ! C’est la différence avec le commerce global du pays, excédentaire de 1200 milliards l’an dernier ! De quoi acheter ce qu’il faut sur le marché mondial pour nourrir les populations et les animaux, ou nourrir peu à peu l’autonomie stratégique industrielle et technologique d’une Chine soucieuse d’être forte et influente dans les secteurs d’activité à même de perdurer dans le temps sur la planète.

Cela fait longtemps que Pékin ne dévie pas de trajectoire avec l’agriculture : vitale pour le pays, incontournable dans le monde, stratégique pour influencer les relations internationales. Notons au passage que la Chine industrialise sa décarbonation et marque également de plus en plus de points sur le terrain de l’engagement climatique, là où d’autres États rechignent ou peinent à garder le rythme en matière d’investissements à consentir. Avec comme corolaires, une influence croissante au niveau normatif, autre segment clef dans lequel Pékin joue pleinement la carte de la puissance, y compris en ce qui concerne la géoingéniérie appelée à dompter l’adversité météorologique… Depuis 2020 et la pandémie de Covid-19, l’Empire du Milieu contre-attaque donc bien sûr tous les fronts ! Et projetons cette ambition agricole avec le déclin démographique chinois, qui pourrait rééquilibrer peu à peu cette balance alimentaire à l’horizon 2050, avec davantage de surplus productifs domestiques à même de répondre aux besoins des autres. Aurons-nous dès lors inévitablement davantage de biens agro-alimentaires chinois sur nos marchés mondiaux et européens de demain ?

[1] Pour une analyse fouillée, se reporter à USDA Foreign Agricultural Service (2026), China’s Priorities in Agriculture and Rural Development in 2026, GAIN Report CH2026-0022.

[2] « A passport to prosperity : China is quietly making life easier for rural migrants », in The Economist, 30 mai 2026.

[3] À ce sujet, lire l’excellente analyse suivante : Dan Wang, « Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future », Penguin, 2025.

[4] Se reporter à Wendy Chang, Rebecca Arcesati et Altynay Junusova, « Embodied AI: China’s Ambitious Path to Transform Its Robotics Industry », Merics Report, April 2026.

[5] Matteo Torres et Thomas Grjebine, « Le 15ème plan quinquennal chinois : Pékin accélère, et nous ? », Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP), 28 mai 2026.

[6] Afin de comprendre cet arrière-plan géoéconomique, lire Jean-François Di Meglio, « Chine et États-Unis : divorce impossible », in Le Déméter 2026 : Appétits stratégiques et pivots agricoles, IRIS Éditions, Club DÉMÉTER, pp 79-99.

[7] Les chiffres avancés dans ce paragraphe relèvent de l’International Trade Centre (ITC TradeMap).

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La guerre en Iran et ses conséquences pour la région

Mon, 15/06/2026 - 14:23

Plus de trois mois après le déclenchement du conflit qui a opposé Israël, les États-Unis et l’Iran nul ne peut en prédire l’issue définitive, en dépit de l’annonce d’un accord dont les contours restent flous et les interprétations à géométrie variable. L’Iran a démontré une capacité de résilience et de riposte qui avait été sous-estimée par ses adversaires. L’Iran sort vainqueur de cette confrontation. Ses adversaires n’ayant rejoint aucun des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Le régime est en place et son emprise est plus forte que jamais. Téhéran ne cèdera pas son uranium enrichi en dépit des déclarations triomphantes de Donald Trump. Sa capacité balistique qui semé la terreur dans toute la région n’est que très faiblement entamée. Ses avoirs à l’étranger, notamment dans le Golfe, sont partiellement débloqués et le sort du détroit d’Ormuz n’est pas scellé. 

Quelles conséquences pour les alliances conclues ?

Cet épisode guerrier qui a embrasé toute la région du Golfe a déjà eu des conséquences importantes. Il n’est plus sûr que les pays de la région qui ont déjà essuyé plusieurs milliers de tirs (7 500) de la part des Iraniens sur leurs infrastructures aient conservé leur confiance dans les capacités de leur allié (protecteur) américain à assurer leur sécurité. Au contraire, un ressentiment est palpable envers ceux qui les ont entrainés malgré eux dans un conflit qui met en péril la stabilité de la région et tout ce qui s’y rattache. Les contacts officiels entre Riyad et Washington se sont nettement ralentis depuis quelques mois. C’est le signe d’un refroidissement des relations.

Un conflit révélateur de l’impuissance des pays de la région face aux menaces

Ce qui étonne le plus c’est la paralysie dont semblent frappés les pays de la région. L’embarras dans lequel ils se trouvent est le signe d’une impuissance révélée au grand jour. La protection américaine n’a pas suffi à préserver les pays de la région. Pire, ils ont été entrainés malgré eux dans un conflit qu’ils n’avaient pas souhaité.

À la recherche d’alliances régionales

Riyad qui avait commencé à construire avant le conflit un nouvel axe régional (Turquie, Pakistan, Égypte et Qatar) se voit conforté dans cette voie. Le rapprochement de Mohamed Ben Salman avec la Turquie revêt ici une importance capitale. Riyad et Ankara ont le projet de créer (ou de faire revivre) un couloir terrestre pour l’acheminement des marchandises entre les pays du Golfe et l’Europe. Il s’agit de faire revivre la fameuse ligne du chemin de fer du Hedjaz qui reliait Istanbul à la Mecque. Ligne qui avait été inaugurée en 1908 au temps de l’Empire ottoman. Cette ligne qui passe par la Turquie, la Syrie, la Jordanie et l’Arabie saoudite serait connectée à d’autres lignes ferroviaires dans la péninsule arabique. Le Qatar étudie pour sa part l’idée de remettre en fonction un gazoduc qui le relierait au port de Banyas en Syrie.

Le projet saoudo-turc vise aussi à contourner la fermeture du détroit d’Ormuz et d’échapper aux tarifs d’assurance qui ont augmenté de 300 %.

La Syrie bénéficiaire de la situation régionale

Autre particularité, tous ces projets mettent en relief l’importance de la Syrie de l’après-Assad. Les deux principaux alliés du président syrien Ahmed al-Charaa (Turquie et Arabie saoudite) permettront ainsi à ce pays exsangue de tirer de substantiels bénéfices des droits de passage sur son territoire. Damas passe ainsi de paria du Moyen-Orient à un rôle central.

L’incapacité de riposter met en relief le désarroi des pays de la région

L’absence de riposte des pays du Golfe aux attaques qu’ils subissent de la part des Iraniens est le signe d’un désarroi. Ces pays tentent malgré tout de préserver l’avenir. Ils savent que l’Iran sera toujours leur voisin immédiat et qu’il faudra faire avec. L’absence de riposte (à part un raid de l’aviation émiratie en avril dernier) s’explique aussi par la faiblesse structurelle des armées du Golfe. Les Monarchies de la péninsule ne souhaitent pas s’engager dans un conflit dont l’issue est plus qu’incertaine. Le formidable arsenal accumulé ces dernières années ne leur sert à rien et leur dissuasion est réduite à la plus simple expression.

Oman en situation d’échec diplomatique

Dans cet ensemble le cas d’Oman est assez emblématique. Le Sultanat a toujours affiché une neutralité de bon aloi et a cherché à privilégier les voies du dialogue. Jusqu’au déclenchement des hostilités, Oman jouait le rôle d’intermédiaire entre l’Iran son voisin et les États-Unis. La contribution d’Oman à la conclusion de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) avait été cruciale au début des négociations.

Après le début du conflit en février dernier, le Sultanat qui avait œuvré jusqu’au bout pour un accord s’est senti trahi par son allié américain et a été brutalement écarté de son rôle de facilitateur entre les deux parties au profit du Pakistan et plus tard du Qatar. C’est un camouflet de plus pour la diplomatie omanaise.

Saïd Badr al-Busaïdi, le ministre omanais des Affaires étrangères, ex-médiateur dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis, dans une interview à The Economist avait accusé l’administration américaine de « s’être laissée entrainer » par Israël dans cette guerre alors qu’un accord semblait à portée de main. L’assassinat de Ali Larijani, ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien (2025-2026), a privé le Sultanat de son principal interlocuteur iranien.

Pourtant, Oman est un acteur régional majeur. Il partage avec l’Iran le détroit d’Ormuz dont la circulation s’effectuait principalement sur le rail omanais dans ses eaux territoriales. Le Sultanat n’a pas réagi à la fermeture d’Ormuz de la part de l’Iran, de même que les attaques iraniennes n’ont pas épargné les terminaux de Doqum et de Fahl près de Mascate. À part des protestations de pure forme, les Omanais n’ont pas réagi. Il est vrai qu’Oman tire profit de sa position en dehors des eaux du détroit. Bon nombre des denrées qui transitaient par le détroit pour approvisionner les pays du Golfe sont déchargées dans les ports omanais situés sur la mer d’Arabie et sont ensuite acheminées par voie terrestre vers leur destination.

Quelles incidences à Bahreïn et au Koweït ?

La situation à Bahreïn, qui abrite le Commandement central des États-Unis (Centcom), et au Koweït est plus délicate. Ces deux pays sont les cibles d’attaques iraniennes des Iraniens, même si les défenses antiaériennes réussissent pour l’instant à contenir l’impact des frappes de rétorsion après les attaques américaines contre des cibles iraniennes. Le prix à payer semble assez élevé pour ces deux pays dont la situation intérieure est fragile : ils comptent tous deux de fortes minorités chiites et des cellules accusées d’être liées aux Gardiens de la Révolution iraniens ont été démantelées dans les deux pays.

Accord de paix : quelles perspectives pour les monarchies du Golfe ?

La volonté de Donald Trump de vouloir parvenir à tout prix à un accord avec l’Iran aura des conséquences lourdes pour la région. L’Iran aura prouvé sa capacité à résister à deux puissances majeures. Si la situation dans le détroit d’Ormuz ne revient pas au statu quo ante et si l’Iran conservait sa capacité de poursuivre son programme nucléaire, les monarchies du Golfe devront revoir leur stratégie diplomatique. Elles devront, soit composer avec le régime iranien, soit se tourner vers de nouvelles alliances, aussi fragiles soient-elles.

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Tenu en échec, Trump triomphe

Mon, 15/06/2026 - 12:53

Donald Trump a annoncé qu’un accord a été trouvé avec l’Iran et doit être signé le 19 juin en Suisse. Donald Trump le présente déjà comme un triomphe diplomatique. Pourtant, les principaux objectifs qu’il affichait au début de la crise semblent loin d’être atteints : pas de changement de régime à Téhéran, pas de transfert du stock d’uranium enrichi hors d’Iran, pas de fin du programme nucléaire iranien.

L’accord prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée des sanctions américaines et l’ouverture de négociations sur le stock d’uranium enrichi, qui resterait en Iran après dilution. En revanche, rien n’est prévu concernant les missiles iraniens ou les alliances régionales de Téhéran.

Le cessez-le-feu doit également s’étendre au Liban, plaçant Benyamin Netanyahou dans une position délicate : obéir à Donald Trump au risque de fragiliser sa majorité en interne, ou s’y opposer au risque d’une rupture avec Washington.

Cet accord est-il une victoire des États-Unis ou la reconnaissance d’un rapport de force favorable à l’Iran ? Qui sont les véritables gagnants de ces 106 jours de guerre ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Sommet sino-nord-coréen : pourquoi la Chine cherche-t-elle à renforcer son partenariat avec la Corée du Nord ?

Sat, 13/06/2026 - 15:57

Quel état des lieux peut-on dresser de la relation sino-nord-coréenne et quels étaient les principaux enjeux (politiques, économiques, diplomatiques et sécuritaires) de cette rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un ?

Cette rencontre a eu lieu les 8 et 9 juin à Pyongyang. Elle a été préparée, côté chinois, par le département des Affaires du Parti, une branche particulière des Affaires étrangères, en grande partie gérée par les services de renseignement. C’est le premier déplacement du dirigeant chinois à l’étranger depuis le début de l’année. Xi Jinping et Kim Jong-un s’étaient déjà rencontrés en présence de Vladimir Poutine le 3 septembre dernier dans une démonstration de force déployée sur la place Tiananmen, officiellement pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire contre le Japon, et pour rappeler que Pyongyang ne devait pas échapper au giron chinois, au seul profit de la Russie. Les déboires de Moscou sur le front ukrainien ont scellé un rapprochement inédit entre Pyongyang et la capitale russe et, au risque d’être marginalisé, Pékin a bien compris qu’il pouvait y avoir un risque pour la Chine de se voir écarté du grand jeu en Asie du Nord-Est tandis que ses relations avec le Japon se détériorent, chaque mois davantage. Quoi qu’il en soit, Pyongyang se retrouve au centre des attentions russes et chinoises. Ce triumvirat profite des difficultés des États-Unis au Moyen-Orient pour renforcer une coopération qui porte sur la livraison d’armes nord-coréennes à la Russie en échange, vraisemblablement, d’une aide russe dans la construction de sous-marins nucléaires. Pour ce qui concerne les relations sino-coréennes, ces dernières sont désormais plus transactionnelles que hiérarchiques. Xi Jinping cherche à rééquilibrer ces relations, alors que Kim Jong-un a gagné en autonomie diplomatique et en importance sur la scène internationale. Cette visite d’État est aussi l’occasion pour Pékin de promouvoir la Corée du Nord comme destination touristique, renforçant ainsi la dépendance économique de Pyongyang envers la Chine. En somme, ce voyage est à la fois une opération de séduction envers Kim Jong-un, une tentative de réaffirmer la prééminence chinoise face à la Russie, et un moyen pour Pékin de maintenir son influence dans une région en pleine recomposition géopolitique. Signes intéressants : Xi Jinping, alors accompagné de son épouse Peng Liyuan, tout ébaudis par les chorégraphies réaliste-socialistes qui étaient offertes en l’honneur du couple présidentiel chinois, s’est montré pour la première fois avec des cheveux grisonnants et devisait avec Kim Jong-un en arborant en public une paire de lunettes. Protocolairement parlant, il s’agissait sans doute de rappeler, sur un mode à la fois paternaliste et confucéen que le dirigeant chinois gardait un ascendant sur son jeune interlocuteur nord-coréen.

Dans un contexte de rapprochement entre Moscou et Pyongyang, quels sont les objectifs poursuivis par la Chine à travers le renforcement de sa relation avec la Corée du Nord ?

La Corée du Nord a réaffirmé à plusieurs reprises que son statut de puissance nucléaire était « irréversible ». Xi Jinping, tout en louant l’amitié « invincible » entre les deux pays, acquise durant la lutte opposant le Nord au Sud de la péninsule de 1950 à 1953, a insisté sur la nécessité de la stabilité régionale. La Chine, bien que soutenant traditionnellement la dénucléarisation, semble désormais accepter le fait accompli du programme nucléaire nord-coréen, tout en cherchant à éviter une escalade des tensions. Pour Pyongyang, la réunification avec le Sud n’est plus évoquée. C’est un signe inquiétant adressé à l’encontre de Séoul. Toute tentative de réconciliation avec le « frère ennemi » semble vouée désormais à l’échec. Les relations entre la Chine et la Corée du Nord sont par ailleurs liées à des enjeux économiques d’importance, avec l’intensification des échanges aériens commerciaux et le développement des zones portuaires frontalières, celle de Dandong-Sinŭiju en particulier. Il s’agit d’un hub logistique majeur pour la Corée du Nord, utilisé pour l’importation de pétrole (et d’autres marchandises). La raffinerie de pétrole de Ponghwa, située à Sinŭiju même, traite une partie du pétrole brut importé de Chine. Le développement des infrastructures touristiques de la ville de Samjiyon a certainement été abordé. Dans cette même optique, la station de ski du Mont Masik devrait accueillir à terme un flux important de touristes chinois. Ces projets s’inscrivent dans la doctrine économique du « Byungjin » (développement parallèle de l’économie et de l’arme nucléaire) de Kim Jong-un. Rappelons que les échanges avec la Chine représentent à ce jour une part très majoritaire du commerce total de la Corée du Nord avec l’étranger. À l’inverse, la Chine aura besoin de sécuriser à terme ses points de passage autour du littoral nord-coréen afin d’emprunter la voie du pôle des Nouvelles Routes de la Soie empruntant la voie de la Sibérie.

Dans quelle mesure un renforcement de l’alliance sino-nord-coréenne pourrait-il impacter les équilibres stratégiques sur le continent asiatique ?

Il s’agit bel et bien d’une alliance en vigueur depuis la signature en 1961 d’un Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. En cas d’agression, la Chine se doit d’apporter une assistance militaire à la Corée du Nord, et réciproquement. Xi Jinping s’est dit, auprès de son hôte prêt à « maintenir une communication stratégique étroite et continuer à guider les relations entre la Chine et la Corée du Nord vers de nouveaux sommets », a rapporté l’agence de presse officielle chinoise Chine nouvelle. Il a ajouté que « les deux parties devraient renforcer leurs échanges diplomatiques, policiers et militaires ». Cela signifie que Pékin prend du champ vis-à-vis de Washington dans le souhait américain d’opter pour une dénucléarisation de la péninsule. Cette position s’explique par la volonté de la Chine de maintenir un État-tampon stable face aux forces américaines en Corée du Sud, et de consolider son alliance avec Pyongyang. En somme, la Chine reconnaît implicitement la Corée du Nord comme puissance nucléaire, tout en cherchant à éviter tout conflit régional qui pourrait menacer ses intérêts. Et contrairement à 2019, où Kim Jong-un espérait encore négocier avec les États-Unis via la Chine, la situation a évolué : la Corée du Nord mise désormais sur le renforcement de son arsenal nucléaire et ne cherche plus à normaliser ses relations avec Washington. Cette posture réduit les marges de manœuvre diplomatiques pour les Américains, qui doivent composer avec un bloc sino-russe plus soudé. Le Japon craint que cette alliance renforcée entre la Chine et la Corée du Nord n’encourage Pyongyang à poursuivre ses essais de missiles (dont certains ont déjà survolé le territoire japonais) et à ignorer les sanctions internationales, avec le soutien tacite de la Chine. La reprise des liaisons ferroviaires et aériennes entre les deux pays en 2026 est aussi vue comme un contournement des pressions économiques exercées par l’ONU. Enfin, la visite de Xi Jinping s’inscrit dans une dynamique où Pékin, Moscou et Pyongyang cherchent à afficher un front commun face à l’Occident, ce qui isole davantage le Japon et la Corée du Sud dans leur politique de fermeté envers la Corée du Nord qui a rappelé, dans ce contexte, que son statut de puissance nucléaire était « absolument non-négociable ». En d’autres mots, à Tokyo, la rencontre de Pyongyang est perçue comme un signal alarmant de consolidation d’un bloc sino-nord-coréen (voire sino-russo-nord-coréen), qui déstabilise l’équilibre régional et menace directement la sécurité du Japon. La question nucléaire reste le point de crispation majeur, avec un sentiment d’impuissance face à l’inaction chinoise sur ce dossier.

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Un G7 pour quoi faire ?

Fri, 12/06/2026 - 12:32

Le G7 s’ouvre le 15 juin prochain à Evian. La France en assure la présidence dans un contexte marqué par les divisions et les incertitudes. Créé en 1975 à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing en réponse à la crise économique, ce groupe des sept pays les plus industrialisés était à l’origine conçu comme un espace de dialogue informel entre alliés. Aujourd’hui, il est souvent perçu comme un club occidental en perte d’influence, où les désaccords l’emportent sur les consensus.

Cette édition est largement dominée par une question : quel sera le comportement de Donald Trump ? Entre ses désaccords avec les Européens sur l’Ukraine, son hostilité envers les institutions internationales et ses divergences sur les questions climatiques, commerciales ou technologiques, sa présence pourrait une nouvelle fois transformer le sommet en exercice d’équilibriste diplomatique.

Les dirigeants des États membres du G7 devraient notamment évoquer la guerre en Ukraine, alors que les Européens souhaitent maintenir la pression sur la Russie et poursuivre leur soutien à Kiev. Mais les divergences apparaissent également sur l’intelligence artificielle, sujet de confrontation croissante entre une Europe attachée à la régulation et une administration américaine qui défend une approche libérale sous l’influence des géants du numérique.

Les conflits au Proche-Orient et la situation en Iran figurent également parmi les dossiers susceptibles d’être abordés. Pourtant, derrière ces discussions se pose une question : le G7 est-il encore capable d’influencer le cours des événements mondiaux ou n’est-il plus qu’un symbole d’un Occident dont le poids relatif ne cesse de diminuer ?

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