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Updated: 1 day 20 hours ago

Après l’Occident ? Avec Hubert Védrine & Maurice Godelier

Wed, 13/05/2026 - 16:38

La place de l’Occident apparaît de plus en plus contestée sur la scène internationale. La politique étrangère unilatérale et protectionniste menée par l’administration Trump a accentué les divisions au sein du bloc occidental et a affaibli l’image d’un Occident réuni autour de valeurs communes. Parallèlement, l’enlisement des États-Unis au Moyen-Orient, ainsi que leur soutien à Israël, soulève de nombreuses interrogations sur leur défense des droits humains et du droit international. Par ailleurs, les interventions militaires menées par les puissances occidentales ces dernières décennies, notamment en Irak et en Libye, ont durablement fragilisé leur crédibilité dans plusieurs régions du monde. Ces opérations sont souvent perçues comme des formes d’ingérence davantage motivées par des intérêts stratégiques et nationaux que par la défense de normes et de valeurs communes. Autant de facteurs qui alimentent le rejet de ce modèle par de nombreux États et qui laisse place à l’affirmation de nouvelles puissances, notamment des pays dits du « Sud global », redéfinissant ainsi les équilibres internationaux et les rapports de forces.

Dès lors, l’Occident peut-il encore prétendre incarner un modèle universel et démocratique ? Comment expliquer le rejet croissant des valeurs occidentales dans de nombreuses régions du monde ? La volonté d’imposer ces valeurs à d’autres sociétés est-elle réellement compatible avec les principes démocratiques qu’il défend ? Quel rôle jouent aujourd’hui les pays dits du « Sud global » dans la recomposition des rapports de force internationaux ? Dans quelle mesure l’administration Trump participe-t-elle au déclin de la notion même d’« Occident » ?

En revenant sur les origines et l’évolution historique de la notion d’Occident, Hubert Védrine, ancien Secrétaire général de l’Élysée, ancien ministre français des Affaires étrangères (1997-2002), et Maurice Godelier, anthropologue et ancien directeur scientifique du département des Sciences de l’homme et de la société au CNRS, offrent un éclairage sur les facteurs à l’origine de la remise en cause de ce modèle.

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Integration of the European Capability Process in Member States’ Administration : The Finnish Case

Wed, 13/05/2026 - 15:25

Over time, the EU has established multiple instruments and processes to increase the synchronisation of member states’ defence planning practices and to push for more cooperation in executing their capability development plans. However, the results have so far been limited. To help understand why this is the case, this ARES Group Comment studies how Finland navigates the EU’s complex defence landscape. The paper examines to what extent the different EU capability development tools are – or are not – relevant for Finland and why this is the case. It argues that the EU instruments – especially those with funding attached – have become increasingly important for Finland in recent years, and that this trajectory is likely to continue. At the same time, the EU tools’ role should not be overemphasised, as several factors continue to limit Finland’s engagement and ambition.

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Levée des barrières douanières par la Chine au profit des pays africains : un instrument stratégique pour Pékin ?

Wed, 13/05/2026 - 12:00

À compter du 1er mai 2026, les exportations en provenance de 53 pays africains, excepté l’Eswatini, à destination de la Chine seront exemptées des droits de douane. Que gagne l’Afrique dans cette réforme ?

L’annonce faite par le président chinois le 14 février dernier, en marge du 39e sommet de l’Union africaine, s’inscrit dans un contexte de guerre tarifaire, de crise du multilatéralisme commercial, de course mondiale aux ressources critiques pour la transition énergétique et numérique et d’accélération de la dédollarisation des paiements transfrontaliers via le système chinois CIPS[1]. Lue isolément, la mesure ressemblerait à un cadeau ; replacée dans cette matrice, elle est un instrument stratégique.

En effet, depuis le 1er décembre 2024, les 33 pays les moins avancés (PMA) africains bénéficiaient déjà du tarif zéro chinois sur 100 % de leurs lignes ; au 1er mai 2026, ce sont les pays à revenu intermédiaire qui accèdent en franchise totale à un marché de 1,4 milliard de consommateurs, sur près de 97 % des lignes douanières. À cela s’ajoutent la facilitation procédurale via le « canal vert » et la perspective d’un accord économique structurant annoncée à Addis-Abeba.

Sur le papier, le périmètre est plus large que celui de la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) et plus stable que celui de la « tout sauf les armes » européenne. Mais en pratique, le bénéfice reste conditionnel à la capacité d’offre. Les chiffres rappellent la contrainte structurelle : 89 % des exportations africaines vers la Chine relèvent encore de l’extractif. Pour mon pays, le Cameroun, dont 85 % des exportations sont peu ou pas transformées, avec un déficit commercial global de plus de 2 000 milliards FCFA en 2025 et un taux de couverture tombé à 59 %, la franchise tarifaire ne libère un potentiel réel que sur les segments capables de montée en gamme (cacao transformé, bois ouvré, agro-industrie, textile-confection, fruits tropicaux à haute valeur ajoutée). Sur les matières premières, déjà faiblement taxées à l’entrée chinoise, l’effet sera marginal. Le tarif zéro ouvre une porte mais il ne crée pas l’offre exportable.

La Chine a annoncé cette décision de manière unilatérale sans négociation préalable avec les États africains. Que vise finalement Pékin derrière cette mesure ? S’agit-il d’un simple geste de générosité vis-à-vis de l’Afrique ?  

L’unilatéralité en est elle-même le message. Dans le contexte de la guerre tarifaire, la décision positionne Pékin en champion du libre-échange dans le Sud global face au protectionnisme occidental. Le calcul est stratégique, multidimensionnel aussi, et il faudrait le déplier sans naïveté.

Premièrement, sécuriser l’amont des chaînes de valeur de l’économie chinoise. Avec environ 62 % des ventes mondiales de véhicules électriques en 2025, 85 % des capacités planétaires de fabrication de cellules de batteries, 41 % du cobalt minier mondial, plus de 80 % du graphite mondial extrait et raffiné, et un investissement cumulé de 143 milliards US$ à l’étranger entre 2014 et 2025 dans la filière véhicules électriques et batteries, Pékin doit verrouiller son accès au cobalt, au lithium, au manganèse, au cuivre et aux terres rares, indispensables à la transition énergétique et à l’absorption de ses propres surcapacités industrielles.

Deuxièmement, discipliner les choix diplomatiques africains. L’exclusion explicite de l’Eswatini, dernier allié africain de Taipei, constitue une signature politique de la mesure et illustre la pression exercée pour aligner les usages diplomatiques sur la doctrine de la « Chine unique ». Le tarif zéro serait ici un levier de cette diplomatie de la conformité.

Troisièmement, stimuler en miroir les exportations chinoises elles-mêmes, car un marché africain plus solvable importera davantage de véhicules électriques abordables, de panneaux solaires, d’électronique grand public ou encore de machines-outils.

Quatrièmement, faire avancer la dédollarisation. Le tarif zéro doit être lu en complément du déploiement africain du système de paiement chinois CIPS, qui a traité 175 000 milliards de yuans (environ 24 400 milliards USD) en 2024, en hausse de 43 %. Pour Pékin, plus l’Afrique exporte, plus elle est incitée à régler en yuan, et plus le yuan s’internationalise, un cercle vertueux pour la souveraineté monétaire chinoise, au grand dam de l’Oncle Sam… Aussi, n’oublions pas que l’unilatéralité a un revers structurel ; ce qui est concédé sans négociation peut, par construction, être retiré sans concertation.

Jusqu’ici, les flux commerciaux restent structurellement déséquilibrés en faveur de la Chine au détriment de l’Afrique. Que faut-il faire pour que cette dernière ne soit pas phagocytée par le géant chinois et qu’elle tire réellement profit de cette nouvelle relation commerciale ?

Il faudrait tout d’abord garder en mémoire la séquence de certains accords de libre-échange, où le démantèlement tarifaire prématuré, sans préparation industrielle, a creusé le déficit plutôt qu’il n’a stimulé les exportations. Cela étant dit, quatre conditions nous semblent nécessaires.

Il faudrait tout d’abord faire de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) une condition préalable. Aucun État pris isolément ne pèse face à la deuxième économie mondiale ; seule l’intégration continentale construira les volumes, les chaînes de valeur régionales et le rapport de force permettant d’exporter autre chose que de la matière brute. L’accord-cadre paraphé le 10 décembre 2025 entre le ministère du Commerce (MINCOMMERCE) et l’Ambassade de Chine au Cameroun ne tiendra ses promesses qu’inscrit dans cette dynamique.

Il faudrait également rompre avec la dialectique de la dépendance aux produits de base par une politique industrielle exigeante. Le précédent indonésien fait référence : depuis l’interdiction d’exporter le nickel non transformé en 2014, l’Indonésie est devenue le premier producteur mondial et a attiré 22 milliards US$ d’investissements chinois. Le tarif zéro chinois devrait être adossé à des restrictions ciblées d’exportation des minerais bruts, à du contenu local imposé aux investissements, à des transferts technologiques contractualisés, et à la montée en gamme des filières cacao, café, coton, bois.

En outre, il est important de négocier intelligemment les règles d’origine et les barrières non tarifaires, sinon, le tarif zéro deviendrait un aspirateur à réexportations. Les barrières non tarifaires (normes SPS, certifications HACCP/GACC, exigences linguistiques, contraintes logistiques, agréments d’établissement…) constituent par ailleurs le plafond de verre des exportations africaines à forte valeur ajoutée.

Enfin, la construction d’une défense commerciale est vitale. La Chine est, simultanément, le pays le plus visé au monde par les enquêtes antidumping, et l’un de ceux qui en usent le plus activement comme levier à l’export. L’Afrique, à l’inverse, demeure démunie. La franchise tarifaire offerte par Pékin doit s’accompagner, du renforcement des autorités nationales et continentales d’enquête commerciale, de mécanismes antidumping opérationnels et d’instruments de sauvegarde activables, faute de quoi la mise en concurrence frontale de l’industrie locale avec les surcapacités chinoises ne fera qu’achever ce que le déficit structurel a commencé… L’opportunité monétaire (règlements directs en yuan via CIPS, réduction du coût de la double conversion, diminution de l’exposition au dollar) doit être saisie de manière sélective et négociée, sans substituer une dépendance à une autre.

Le tarif zéro est une opportunité certes mais il ne deviendra un avantage qu’adossé à un cadre négocié, à des règles intelligentes, à une défense commerciale crédible et à une véritable politique de l’offre.

[1] CIPS (Cross-Border Interbank Payment System) : réseau de paiement international créé par la Banque populaire de Chine qui permet d’envoyer de l’argent entre pays directement en monnaie chinoise (yuan), sans passer par les circuits dominés par le dollar et le réseau SWIFT.

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Les chaînes d’approvisionnement pétrolières asiatiques perturbées par le blocus du détroit d’Ormuz : perspectives pour l’Inde, le Japon et la Corée du Sud

Tue, 12/05/2026 - 16:03

L’attaque surprise lancée contre l’Iran par les États-Unis et Israël le 28 février 2026, a vu Téhéran intensifier ses activités militaires dans la région du golfe Persique et notamment à mettre en place un blocus « à péage » du détroit d’Ormuz. Cette initiative censée s’adresser aux bâtiments marchands appartenant à des nations « non hostiles » selon la terminologie employée par le gouvernement iranien a pour l’heure profité à peu de nations, dont la Chine et le trafic maritime est quasiment à l’arrêt. Ce blocus du détroit d’Ormuz tout comme les initiatives militaires des États-Unis pour l’en empêcher commencent à avoir d’importantes répercussions non seulement sur l’approvisionnement en pétrole brut des pays asiatiques, mais aussi sur la chaîne d’approvisionnement mondiale en pétrole.

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La Chine et la guerre d’Iran

Tue, 12/05/2026 - 12:53

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du programme Asie-Pacifique, sur la posture chinoise vis-à-vis de l’Iran, alors que Donald Trump entend influer sur Xi Jinping quant à sa position dans le conflit, lors de sa visite à Pékin cette semaine.

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« Plan national sur les terres rares » : la France et l’UE peuvent-elles endiguer leur retard face à la Chine ?

Mon, 11/05/2026 - 17:22

Pourquoi les terres rares font-elles aujourd’hui l’objet d’une attention particulière ?

Les terres rares constituent une famille de quinze métaux présents dans un grand nombre de technologies. Elles sont utilisées dans l’électronique, les moteurs de véhicules électriques, les éoliennes offshore, les technologies médicales ou encore les équipements d’imagerie. Elles sont aussi stratégiques pour l’industrie de défense. Le samarium, par exemple, permet de fabriquer des aimants résistants à de très hautes températures, indispensables dans certains équipements militaires. Aujourd’hui, le secteur de la défense fait face à une dépendance extrêmement forte aux terres rares.

La Chine extrait environ 60 % des terres rares mondiales, raffine près de 85 % de la production et fabrique environ 94 % des aimants permanents à base de terres rares. Depuis plusieurs années, Pékin restreint progressivement ses exportations de terres rares et d’aimants permanents. Ces restrictions touchent directement les secteurs utilisateurs, notamment l’industrie médicale, les véhicules électriques et surtout la défense.

Les industriels français de la base industrielle et technologique de défense se retrouvent aujourd’hui dans une situation de forte vulnérabilité, en particulier concernant les aimants samarium-cobalt, dont la Chine assure pratiquement 100 % de la production. Les industriels cherchent donc activement des fournisseurs alternatifs, principalement aux États-Unis ou en Europe. Mais les États-Unis s’inscrivent désormais dans une logique « America First », ce qui limite également les garanties d’approvisionnement pour les Européens. Cette situation explique l’urgence actuelle autour des terres rares et la nécessité d’accélérer le développement d’une production alternative sur le continent européen.

Le « plan national sur les terres rares » présenté par Roland Lescure, ministre de l’Économie, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, constitue-t-il une avancée majeure pour réduire la dépendance de la France aux importations de terres rares ?

Une avancée majeure, peut-être pas. La France, l’Europe et le monde occidental en général accusent environ trente ans de retard sur la Chine dans le développement de leur industrie des terres rares. Le retard est immense. Le terme « majeur » paraît donc ambitieux, même s’il s’agit bien d’une avancée.

Le plan rappelle d’abord ce qui a déjà été engagé en France concernant le redéploiement d’une filière de production de terres rares et d’éléments de terres rares. Cette industrie existait déjà en France avant de s’éteindre progressivement. Il s’agit désormais de la relancer. Le plan met en avant plusieurs sociétés déjà actives, dont la production devrait démarrer à moyen terme. En ce sens, il ne constitue pas une nouveauté totale puisqu’il reprend largement des initiatives industrielles déjà engagées depuis plusieurs années, notamment par des entreprises comme Carester ou MagREEsource.

Il y a donc une part de communication dans l’annonce de ce plan. Des actions industrielles déjà lancées sont présentées sous un angle nouveau, avec des objectifs à relativement court terme qui restent très ambitieux, notamment en matière de séparation des terres rares et de production d’aimants permanents. Le plan confirme surtout le maintien de dispositifs gouvernementaux déjà existants : crédits d’impôt, simplifications réglementaires et prêt garanti par l’État (PGE) destinés à accompagner les entreprises du secteur. Ces mécanismes visent notamment à sécuriser les achats de terres rares par les entreprises situées à l’aval de la chaîne de valeur, en garantissant certains achats futurs auprès de producteurs français ou étrangers. Cette garantie sécurise à la fois l’acheteur et le producteur. En parallèle, l’État demande également aux industriels de mieux cartographier leurs chaînes d’approvisionnement et l’origine de leurs approvisionnements en terres rares. Cette connaissance plus précise de la chaîne de valeur est présentée comme une étape indispensable pour mettre en œuvre une véritable stratégie de souveraineté minérale. Le plan impose donc aux industriels d’investir davantage dans la connaissance et le suivi de leurs propres chaînes d’approvisionnement.

Le plan reconnaît aussi implicitement que la France ne sera pas capable de reconstruire seule l’ensemble d’une chaîne intégrée allant de la mine à l’aimant permanent. Plusieurs accords bilatéraux ont déjà été signés avec des pays producteurs de métaux critiques et de terres rares, notamment le Brésil, la Malaisie, l’Afrique du Sud ou encore la Suède. La France devra donc aller chercher à l’étranger une partie des terres rares nécessaires à sa filière. On voit donc les limites de ce plan, qui sont avant tout géologiques. La France ne dispose pas des ressources suffisantes sur son propre territoire. L’objectif consiste ainsi à intégrer des ressources extraites dans des pays partenaires au sein d’une filière française ou européenne, avec une spécialisation davantage orientée vers la séparation, la production d’aimants permanents et le recyclage.

L’aspect réellement nouveau réside surtout dans le fait qu’il existe désormais un plan national spécifiquement consacré aux terres rares. Jusqu’à présent, la France disposait d’une politique générale sur les métaux critiques, mais jamais d’un plan ciblant une famille particulière de matières premières. C’est la première fois qu’un traitement spécifique est appliqué aux terres rares, ce qui pourrait annoncer d’autres plans nationaux consacrés à des métaux critiques particuliers selon les urgences industrielles.

Le plan européen sur les matières premières critiques permet-il réellement à l’Union européenne de répondre aux enjeux actuels ? Quels sont les principaux freins à une relocalisation de la production et du raffinage en Europe ?

Le plan européen porte officiellement le nom de Critical Raw Materials Act. Adopté en 2024, il fixe des objectifs de souveraineté minérale à l’horizon 2030 pour l’ensemble des métaux critiques, dont les terres rares. Ce plan constitue une étape indispensable. Il marque une prise de conscience européenne et établit une stratégie commune. Toutefois, il souffre d’un manque important de financements et sa mise en œuvre reste complexe. Pour certains métaux, comme le lithium, une relative souveraineté européenne paraît atteignable à l’horizon 2030. En revanche, pour d’autres métaux critiques, notamment certaines terres rares, les objectifs du plan seront beaucoup plus difficiles à atteindre faute de capacités industrielles suffisantes. La Commission européenne a également lancé un programme de 47 projets stratégiques industriels portant sur l’extraction, le raffinage, la fabrication d’aimants et le recyclage des métaux critiques. Ces projets bénéficient d’un soutien européen afin d’accélérer la relance industrielle du secteur.

Globalement, les décisions prises vont dans le bon sens, mais elles arrivent tardivement. Elles auraient dû être engagées il y a dix, quinze ou vingt ans. Les effets ne seront donc visibles qu’à moyen ou long terme. Par ailleurs, les États-Unis accélèrent eux aussi massivement leurs investissements dans les métaux critiques. À titre d’exemple, pour un euro investi par les Européens dans cette filière, les Américains investissent dix dollars. Face à l’avance chinoise, il sera impossible d’assurer rapidement une souveraineté complète, même partielle, d’ici 2030.

Comment expliquer la domination de la Chine dans la production et le raffinage des terres rares ? Dans quelle mesure utilise-t-elle ces ressources comme un levier de puissance et de pression diplomatique ?

La Chine a compris dès les années 1980 l’importance stratégique des terres rares et, plus largement, des métaux critiques pour les industries du futur. L’État chinois dispose d’une capacité de planification industrielle à très long terme. Il peut accepter des sacrifices économiques immédiats afin de garantir des bénéfices stratégiques à l’échelle de plusieurs décennies. Pékin a ainsi sécurisé très tôt l’accès aux terres rares tout en absorbant progressivement les capacités alternatives de production occidentales. Cette stratégie a permis à la Chine d’acquérir une position dominante qui lui donne aujourd’hui un véritable levier de pression sur les pays occidentaux. Les terres rares sont devenues un outil de puissance.

La Chine peut resserrer ou rouvrir le robinet des exportations en fonction de ses intérêts économiques ou diplomatiques. Cette logique est apparue très clairement lors de la reprise de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Pékin a réduit ses exportations de terres rares, obligeant Washington à modérer certaines positions commerciales. Les terres rares constituent aujourd’hui un véritable talon d’Achille pour les États-Unis comme pour l’Europe.

Cette dépendance devrait perdurer encore plusieurs années. Les pays occidentaux accélèrent désormais leurs stratégies de souveraineté minérale, notamment sur l’extraction minière. Mais la Chine conserve une avance considérable dans le raffinage et la fabrication d’aimants permanents. Il faut donc s’attendre à ce que le pays devrait continuer à dominer pendant encore dix à quinze ans sur une partie importante de la chaîne de valeur des terres rares, en particulier sur certaines très stratégiques comme le samarium, dont il contrôle pratiquement l’intégralité de la production mondiale.

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America First Global Health Strategy : une santé mondiale dépendante des financements états-uniens ?

Mon, 11/05/2026 - 15:18

La coopération sanitaire internationale n’a jamais dissocié, dans sa pratique et son financement, l’impératif humanitaire des considérations géopolitiques qui le sous-tendent. La tension entre solidarité internationale et intérêt national est constitutive de l’histoire de la coopération sanitaire mondiale. Ce qui change avec la stratégie américaine de l’America First Global Health Strategy (AfGHS), publiée en septembre 2025, c’est la rhétorique souverainiste qui s’est radicalement accentuée. Une des plus grandes puissances assume sans détour que son aide sanitaire est un instrument stratégique.

Washington entend signer des accords bilatéraux pluriannuels assortis d’objectifs précis en matière de santé, de délais stricts et de conséquences en cas de non-respect. Cette logique intervient dans un contexte de refonte de la stratégie sanitaire états-unienne, à la suite du retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en janvier 2025, et du démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) au premier semestre 2025.

Les États-Unis ont ainsi mis en place des Memorandums of Understanding (MoUs), un format bilatéral d’accords avec les pays bénéficiaires qui s’articulent autour de plans quinquennaux (2026-2030). Au 6 mai 2026, 32 accords bilatéraux ont été potentiellement signés, dont 22 accords documentés en Afrique subsaharienne jusqu’à présent, mais le processus de négociation est encore en cours. Les accords bilatéraux conclus dans le cadre de l’America First Global Health Strategy représentent un volume d’au moins 20 milliards de dollars sur la période 2026–2030, dont environ 63 % financés par les États-Unis et 37 % par les pays partenaires.

Ces accords de co-financement, avec un engagement états-unien généralement dégressif, impliquent pour les États concernés de réévaluer la part de leur budget national consacré à la santé. Ces accords semblent par ailleurs recouper un certain nombre d’intérêts stratégiques états-uniens dans les pays concernés.

Analyse en carte et infographie de cette refonte de la stratégie sanitaire états-unienne à l’œuvre.

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Ukraine – Poutine : gains territoriaux, guerre perdue

Mon, 11/05/2026 - 15:11

Vladimir Poutine a déclaré ce week-end que la guerre en Ukraine touchait « à sa fin ». Son calcul initial reposait sur un retrait massif du soutien à l’Ukraine avec l’arrivée de Donald Trump, ce qui n’a pas eu lieu. Les États-Unis ont maintenu leur soutien en renseignement, tandis que l’Europe a financé massivement l’Ukraine via un prêt de 90 milliards d’euros.

Dans le même temps, Kiev a considérablement renforcé sa capacité de production militaire, notamment dans le domaine des drones, freinant l’avancée russe et stabilisant plusieurs fronts.

En mobilisant l’essentiel de ses ressources en Ukraine, Vladimir Poutine n’a pas été capable de soutenir ses alliés ailleurs : chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, revers de l’Africa Corps au Mali face au JNIM et au FLA, recul de l’influence russe en Asie centrale… La Russie apparaît aujourd’hui affaiblie sur plusieurs terrains stratégiques.

Malgré la hausse des revenus énergétiques liée aux tensions internationales dans le Golfe, le coût humain, économique et politique de la guerre devient de plus en plus lourd pour le Kremlin. La société russe s’épuise, la répression s’intensifie et la popularité de Vladimir Poutine montre des signes d’érosion.

Bien que la Russie ait étendu son territoire sur la Crimée et une partie du Donbass, le bilan global est négatif : affaiblissement géopolitique, isolement international et épuisement des forces. Vladimir Poutine n’a pas saisi l’opportunité de négocier avec Donald Trump, qui proposait de lever les sanctions en échange d’un statu quo territorial.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Restitution des biens culturels pillés durant la colonisation : la France de retour au premier plan ?

Mon, 11/05/2026 - 11:58

La Côte d’Ivoire célébrera prochainement la restitution par la France d’une pièce d’importance : un tambour à fentes, long de 3,30 mètres et pesant 430 kg. Connue sous le nom de Djidji Ayôkwé, cette pièce était officiellement réclamée depuis 2019 par les autorités ivoiriennes. Après une phase de restauration et de longs mois d’atermoiements, l’objet a regagné la Côte d’Ivoire le 13 mars dernier, 110 ans après avoir été pillé par les colons français. Sa restitution témoigne de l’importance que revêt le retour de pièces à forte teneur symboliques pour les populations africaines. Elle pointe aussi la lenteur de ces processus : rendre ce tambour aura pris… quatre ans et demi !

Pour accélérer et généraliser ces restitutions, le Parlement français vient d’adopter une loi-cadre, un texte majeur – longtemps repoussé – qui vient concrétiser la promesse formulée par Emmanuel Macron en novembre 2017 à Ouagadougou de rendre possible ces restitutions. Mais, avec la création d’une commission nationale de restitutions, en sus de comités scientifiques bilatéraux, et en l’absence de trajectoire financière pour développer la recherche de provenance, la France entretient le flou quant à sa réelle ambition en matière de restitutions de biens culturels à l’Afrique.

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La santé mondiale, nouvelle arme de la politique étrangère américaine

Thu, 07/05/2026 - 17:24

La coopération sanitaire internationale n’a jamais dissocié, dans sa pratique et son financement, l’impératif humanitaire des considérations géopolitiques qui le sous-tendent. L’aide en santé oscille, d’autant plus aujourd’hui, entre solidarité affichée et intérêt stratégique des États. À travers le financement de la lutte contre les grandes pandémies (VIH/SIDA, paludisme, tuberculose), il s’agit également de protéger ses propres frontières épidémiques, consolider des alliances diplomatiques et d’imposer des normes. Ainsi, la tension entre solidarité internationale et intérêt national est constitutive de l’histoire de la coopération sanitaire mondiale, sans qu’aucun acteur n’ait jamais pleinement résolu cette contradiction. Ce qui change avec l’America First Global Health Strategy (AfGHS), publiée en septembre 2025, c’est la rhétorique souverainiste qui s’est radicalement accentuée. Une des plus grandes puissances assume sans détour que son aide sanitaire est un instrument stratégique. Les mots « intérêt national », « accord bilatéral » et « America First » ne sont plus dissimulés derrière un vocabulaire humanitariste, ils structurent le document lui-même.

Cette note propose une lecture critique de l’America First Global Health Strategy. Elle a pour vocation d’en décrypter les mécanismes ainsi que les enjeux géopolitiques, sanitaires et idéologiques. Elle esquisse les perspectives ouvertes, plus spécifiquement sur le continent africain, face à cette recomposition de l’ordre sanitaire mondial.

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Recompositions géopolitiques dans le Golfe. Avec Agnès Levallois

Wed, 06/05/2026 - 18:54

Malgré le cessez-le-feu depuis le 8 avril, le bras de fer entre l’Iran et les États-Unis autour de la fermeture du détroit d’Ormuz continue de s’intensifier, notamment avec la mise en place par Washington d’un « double blocus ». Malgré plusieurs tentatives de médiation, les risques d’escalade régionale demeurent élevés. Parallèlement, les pays du Golfe ont été entrainés malgré eux dans une guerre devenue régionale et les récentes attaques iraniennes contre les Émirats arabes unis ajoutent au niveau de tension. Dans ce contexte, une profonde recomposition géopolitique s’opère au Moyen-Orient, marquée par une évolution des alliances régionales et le retour de rivalités entre monarchies du Golfe. Cette évolution des équilibres géopolitiques s’opère par ailleurs sur fond d’aggravation des crises humanitaires à l’échelle régionale. Au Liban, les frappes israéliennes continuent de toucher des zones civiles et de détruire des infrastructures, provoquant d’importants déplacements de populations. À Gaza, la situation humanitaire ne cesse de se détériorer, face à l’accès à l’aide humanitaire extrêmement limité et le manque d’accès aux soins par les populations civiles. Enfin, les exactions à l’encontre des civils palestiniens et le processus de colonisation israélien se poursuivent en Cisjordanie.

Se dirige-t-on vers une reprise des négociations ou vers une nouvelle escalade de violence dans le Golfe ? Dans quelle mesure la guerre en Iran accélère-t-elle la recomposition des équilibres régionaux au Moyen-Orient ? Comment expliquer les divergences croissantes entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis face à l’Iran et à l’alliance israélo-américaine ? Les autorités libanaises peuvent-elles sortir de l’impasse entre pression militaire israélienne et difficultés à mener un processus de négociation viable à Washington ? Enfin, comment expliquer l’absence de mobilisation internationale face à l’aggravation de la crise humanitaire à Gaza ?

Autant d’enjeux abordés avec Agnès Levallois, présidente de l’Institut de Recherche et d’Études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), qui analyse les recompositions régionales en cours dans la région.

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Italie : Giorgia Meloni est-elle entrée dans une nouvelle phase politique ?

Wed, 06/05/2026 - 11:41

La coalition dite de centre-droit de Giorgia Meloni vient d’entrer dans l’histoire politique italienne comme le deuxième gouvernement le plus long de l’histoire républicaine du pays. Cette solidité est due à un électorat fidèle — Fratelli d’Italia reste stable dans les sondages, à 30 % — mais aussi à une politique plus modérée qu’attendue, qui limite les critiques de l’opposition. Néanmoins, la défaite au récent référendum sur la justice a forcément un impact psychologique sur les électeurs et sur l’éthos de la présidente du Conseil, qui paraissaient intouchable. Ce résultat est à prendre en compte non pas par rapport aux électeurs de droite, qui ont semblé rester fidèles à la dirigeante, mais du côté de l’électorat de l’opposition — gauche et Mouvement 5 étoiles — qui a vu, avec cette victoire du « non », qu’une majorité était atteignable si les idées présentées sont claires et le combat commun. La présidente du Conseil a perdu en stabilité ces dernières semaines, et le socle qui lui assurait une maîtrise de la scène politique s’est fissuré : Giorgia Meloni doit donc rendre des comptes de ses choix précédents, et corriger certaines stratégies politiques.

Trump, un allié devenu encombrant

Giorgia Meloni voulait être le pont entre l’Europe et les États-Unis. Si son rapport privilégié avec la Maison-Blanche était perçu de manière positive sous Joe Biden, il l’est nettement moins sous Donald Trump. Résultat : ce lien avec le Tycoon a fortement freiné les collaborations diplomatiques de l’Italie avec ses principaux partenaires européens. Donald Trump a totalement déstabilisé l’échiquier mondial, devenant un ami bien encombrant dans le cadre d’une unité européenne en matière de relations internationales, notamment pour le soutien à l’Ukraine. Sur ce point, le problème reste toutefois relatif : le gouvernement italien dans son ensemble — sauf Matteo Salvini — a toujours condamné l’attaque russe contre l’Ukraine, gagnant ainsi des points auprès de l’électorat plus modéré, mais laissant des doutes chez les électeurs les plus souverainistes, souvent prorusses. En contradiction avec l’image proeuropéenne de Giorgia Meloni, son soutien apporté à Viktor Orbán lors des élections législatives hongroises n’a pas non plus aidé à renouer des rapports avec les partis et dirigeants modérés ou progressistes de l’Union européenne.

Giorgia Meloni a donc cherché à maintenir une forme de cohérence électorale et stratégique : rester fidèle à ses alliés politiques, comme Viktor Orbán, sans pour autant rompre avec la ligne pro-ukrainienne défendue par l’Union européenne. Mais cet équilibre, pensé pour parler à la fois à son électorat souverainiste et à ses partenaires européens, s’est révélé peu rentable dans la collaboration avec ses principaux alliés. Un risque réel pour l’économie italienne, qui peine à repartir — une croissance d’environ 0,5 % — et qui, plus que jamais, a besoin de regagner la confiance de ses partenaires. L’Italie est en effet un pays de transformation : l’augmentation du coût de l’énergie a un impact immédiat sur son économie et sur le coût de sa production. Sans un rapport privilégié avec les pays voisins, le Bel Paese pourrait se retrouver avec un manque de matières premières ou des stocks d’invendus problématiques, à cause d’un coût à la vente bien trop élevé.

Giorgia Meloni devait donc trouver une solution — un prétexte ? — pour rompre le pont qu’elle avait cherché à construire entre l’Union européenne et les États-Unis et en reconstruire un autre, entre elle et les principaux partenaires européens. L’altercation et la joute verbale entre le président des États-Unis et le pape Léon XIV ont offert à Giorgia Meloni une occasion inespérée de se libérer de cette amitié devenue bien trop embarrassante. Elle a donc pris ses distances avec l’administration américaine, ce qui, par la même occasion, la rapproche de la ligne directrice soutenue par les principaux dirigeants de l’Union européenne.

Cependant, la situation n’est pas aussi simple pour Giorgia Meloni, car l’Italie a sur son territoire deux grandes bases militaires essentielles dans le cadre des interventions au Proche et au Moyen-Orient, en particulier la base de Sigonella, en Sicile. Cette présence militaire sur l’île complique la situation, car elle expose directement l’Italie à de potentielles représailles, d’autant que, dans le même espace stratégique sicilien, se trouve le MUOS (Mobile User Objective System), un système de communication par satellite de la marine américaine. Giorgia Meloni veut s’éloigner de Donald Trump, mais elle doit maintenir des liens avec l’exécutif américain afin d’avoir une idée des risques que l’Italie encourt dans l’escalade militaire au Proche et au Moyen-Orient.

Il fallait aussi, pour Giorgia Meloni, composer avec son soutien à Viktor Orbán lors des dernières élections législatives hongroises. Avoir soutenu de manière aussi forte l’ex-Premier ministre n’est pas sans conséquence, la majorité des dirigeants européens ayant soutenu l’opposition. Cette situation apparaît cependant comme un faux problème pour les souverainistes italiens, qui rappellent que le vainqueur des élections hongroises est également issu de la droite. Ce qui était un soutien à Viktor Orbán est à présent présenté comme une simple préférence de candidat : le résultat reste tout de même satisfaisant pour la droite souverainiste italienne, qui prend des airs de droite modérée.

Entre majorité inconfortable et opposition revigorée

La leader de Fratelli d’Italia doit aussi gérer les alliés de sa coalition gouvernementale. Le référendum sur la justice était principalement à l’initiative de Forza Italia— le parti fondé par Silvio Berlusconi —, et l’échec de cette réforme met Giorgia Meloni en porte-à-faux par rapport à son ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani. Matteo Salvini tente quant à lui d’exister médiatiquement, mais ses tentatives de revenir sur le devant de la scène sont généralement infructueuses, voire contre-productives, aussi bien pour lui que pour le gouvernement. Son soutien, peu voilé, à Vladimir Poutine est aussi une épine dans la cuirasse de cette coalition.

Giorgia Meloni n’est pas en grande difficulté, malgré un premier déboire électoral, mais ses alliés de coalition pourraient se transformer en poids si la tendance actuelle se confirme. Cette situation — une première depuis l’arrivée de Fratelli d’Italia au pouvoir — donne à l’opposition un nouvel élan : la victoire du « non » au référendum montre que la droite souverainiste italienne n’est pas imbattable.

Si gagner lors d’un référendum est une chose, composer un programme électoral cohérent malgré les compromis en est cependant une autre. Un mouvement plus positif et enthousiaste semble toutefois (re)naître : même les partis centristes — Azione de Carlo Calenda et Italia Viva de Matteo Renzi — semblent avoir une certaine propension à accepter un accord pour une large coalition. Difficile pour autant d’imaginer un accord stable et certain entre tous ces acteurs, tant les divergences sont grandes : alors que Giuseppe Conte (Mouvement 5 étoiles) maintient des positions contre le soutien militaire à l’Ukraine et contre certaines orientations de l’Union européenne, Carlo Calenda s’est fait tatouer sur le bras le trident ukrainien.

Une nouvelle figure montante de la gauche italienne pourrait aussi donner une nouvelle dynamique à cette gauche plurielle. Silvia Salis, actuelle maire de Gênes, semble promise à une ascension dans les rangs de l’opposition, et pourrait potentiellement réussir le difficile pari de rallier tous les partis progressistes. Une tâche ardue : les précédentes expériences de large coalition de centre gauche — de L’Ulivo à L’Unione de Romano Prodi — ont montré la difficulté de tenir ensemble des forces très différentes. Le second gouvernement Prodi, né en 2006, n’avait ainsi tenu qu’un peu moins de deux ans.

Giorgia Meloni est donc bien entrée dans une nouvelle phase politique, mais pas nécessairement dans une phase de rupture. Sur le plan national, la présidente du Conseil semble vouloir rester fidèle à la stratégie qui lui a permis de s’imposer : une coalition de droite maintenue sous contrôle, un électorat souverainiste rassuré, et une image institutionnelle plus modérée que prévu. En revanche, c’est sur le terrain international que la correction apparaît la plus nette. L’amitié avec Donald Trump, comme le soutien affiché à Viktor Orbán, ont montré leurs limites dans un contexte où l’Italie a besoin de crédibilité européenne et de confiance économique. Giorgia Meloni ne renonce donc pas à son identité politique, mais elle semble contrainte d’en rééquilibrer l’expression : moins de proximité visible avec les alliés les plus problématiques, plus de centralité européenne. La nouvelle phase melonienne n’est pas celle d’un affaiblissement immédiat, mais celle d’un ajustement nécessaire.

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Politique intérieure, diplomatie : Poutine en difficulté ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 05/05/2026 - 16:48

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS, ancien ambassadeur de France en Russie, sur la situation politique intérieure en Russie et la diplomatie menée par Vladimir Poutine. Le président russe est-il en difficulté ?

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Mourir pour Zilupe ? La guerre qui vient

Tue, 05/05/2026 - 09:42

Le vieux lien transatlantique se meurt, la défense européenne tarde à apparaître et dans ce clair-obscur stratégique Vladimir Poutine pourrait surgir en prenant pied dans les pays baltes pour mettre fin à toute aide à l’Ukraine… sous la menace de la force nucléaire.

Incapables de se défendre comme les États-Unis – ce qui n’est ni financièrement possible, ni stratégiquement souhaitable – et ne voulant pas se battre comme les Ukrainiens – au prix de dizaines de milliers de morts – les Européens doivent inventer leur propre façon de faire la guerre ; une guerre qui ne sera pas la copie de celle qui se déroule en Ukraine.

La défense européenne doit donc se renforcer conventionnellement mais aussi intégrer une composante nucléaire spécifiquement européenne afin d’éviter tout chantage de la part de la Russie, mais aussi tout abus du protecteur américain.

C’est la voie que trace l’évolution de la doctrine nucléaire française. Cette évolution pourrait marquer le début d’une cohésion indispensable pour que les États européens puissent conjurer ensemble une menace qu’ils ne peuvent affronter isolément. Un nouvel avenir possible se dessine. Aux Européens de le construire. Vite.

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Which Type of Armament Cooperation Do We Want/Need? The Case of Sweden

Tue, 05/05/2026 - 09:30

Even though the security landscape has changed drastically since the Cold War, the main goals for Swedish arms cooperation have stayed roughly the same. Cooperation is seen as valuable for gaining access to competence, for preserving domestic competence, and for decreasing unit costs for procured equipment.

The Swedish experiences of international arms collaboration vary. Success factors include constructive dialogues and relations with the partner countries and companies, and trust. Challenges include country specific equipment requirements, protection of domestic defence companies, and the differences in export regulations.

Sweden will, like other countries, continue to seek the arms cooperations that benefit its national security and its defence industry. More specifically, Sweden is interested in exploring the potential of NATO collaboration, in the light of the newly acquired membership. Sweden also recognises the potential of the EU initiatives like the EDIP and the EDF, but it is through the combination of NATO and EU initiatives that real impact can be achieved. Upcoming strategic procurement decisions will also form the Swedish industry and what collaborations Sweden will pursue in the future.

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Retrait de l’OPEP : le pari risqué des Émirats arabes unis

Mon, 04/05/2026 - 18:38

Le retrait effectif des Émirats arabes unis de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce vendredi 1er mai 2026, n’est pas une surprise en soi. C’est le timing choisi qui l’est. En effet, la question des quotas d’exportation de pétrole est depuis quelques années le principal point de friction entre l’Arabie saoudite et Abou Dhabi, Riyad souhaitant restreindre l’offre des pays de l’OPEP pour garantir, avec l’appui de la Russie au sein de l’OPEP+, un prix de rentabilité qui répond à ses besoins de financement pour son plan ambitieux de développement « Vision 2030 ». Les Émirats qui exportaient avant le conflit en Iran près de 3MB/J avaient l’ambition d’augmenter leur production aux alentours de 5 MB/J. Cette ambition avait été annoncée par Sultan Al-Jaber, ministre de l’Énergie, président de la Compagnie nationale pétrolière d’Abou Dhabi (ADNOC) lors de la COP28 qu’il présidait.

Ce retrait aura sans doute une incidence sur le fonctionnement de l’OPEP déjà affaibli par plusieurs départs, dont celui du Qatar en 2018. L’organisation qui contrôlait 50 % du pétrole mis sur le marché ne représente plus que 30 % de la production mondiale.

Ce qui surprend le plus dans cette décision de se retirer de l’OPEP est sa temporalité. Ce retrait vient en plein milieu d’un conflit dont l’issue n’est pas prévisible. Les Émirats, qui jusqu’ici essayaient de ménager leur voisin iranien et servaient de coffre-fort aux dépôts des oligarques iraniens (gardiens de la révolution et autres mollahs), ont changé de stratégie. 

Les Émirats ont été probablement le pays le plus ciblé par les tirs de missiles et de drones iraniens. Ils ne sont pas intervenus militairement en appui de leurs alliés américain et israélien et ont bénéficié de l’aide française en vertu des accords de défense qui lient les deux pays. Les récentes déclarations du 1er mai sur le réseau social X de Anwar Gargash, l’influent conseiller politique de Mohamed Ben Zayed, ne laissent place à aucune ambiguïté : « Bien entendu on ne peut faire confiance à aucune disposition unilatérale iranienne ni s’appuyer sur elle après l’agression perfide contre l’ensemble de ses voisins ». La confiance est désormais totalement rompue avec l’Iran. Et en coulisse, les Émirats incitent les États-Unis à reprendre les hostilités.

Abou Dhabi se singularise des autres États du Golfe par sa proximité avec Israël. L’entente avec Tel-Aviv va bien au-delà d’une reconnaissance ou de l’établissement de relations diplomatiques. Les deux pays sont engagés dans de nombreuses coopérations notamment dans le domaine de la défense. Israël aurait récemment fourni à son partenaire du Golfe un système sophistiqué de défense contre les missiles.

La coopération entre Israël et les Émirats s’étend à l’Afrique. Les Émiriens leur ont ouvert les portes du Somaliland un point très stratégique dans la Corne de l’Afrique et qui se situe à une courte distance du Yémen des Houthis.

Cette stratégie en solo exaspère le grand voisin saoudien qui a adopté une toute autre approche. Riyad maintient son alliance avec Washington et se garde bien de répliquer aux propos insultants de Donald Trump. En même temps, le royaume wahhabite privilégie désormais d’autres alliances en essayant de construire un axe avec le Pakistan, la Turquie et l’Égypte trois puissances régionales. Les Saoudiens veulent neutraliser la menace iranienne sans vouloir l’anéantissement de l’Iran. En cela, ils semblent beaucoup plus proches des Omanais (qui ont été marginalisés par les États-Unis). Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères iranien, s’est ainsi rendu à Mascate le 25 avril avant de se rendre à Moscou. Il a été reçu par le Sultan et a eu des discussions approfondies avec son homologue Sayed Badr Al-Busaïdi. Pourtant Oman a toujours été prudent dans ses relations avec l’Iran. Est-ce par sympathie pour le régime ou un choix de conserver des relations de bon voisinage avec un puissant voisin qui a des capacités de nuisance importantes ?

L’absence de réaction des pays du Golfe dans leur ensemble est surprenante. Leurs installations vitales ont été durement frappées par les attaques balistiques iraniennes sans que cela entraîne de répliques de leur part. Ces pays auraient pu participer même symboliquement à des ripostes, vu le formidable arsenal accumulé, avec l’appui des forces américaines. Ils ont privilégié une attitude attentiste, voire pusillanime. Les Omanais qui partagent le contrôle du détroit d’Ormuz avec les Iraniens et dont une grande partie du trafic s’effectuait sur le rail dans leurs eaux territoriales ont accepté cette fermeture sans sourciller.

Cette absence de réaction peut se comprendre par les doutes sur la capacité des Américains et des Israéliens à détruire les capacités de nuisance de l’Iran, leur voisin immédiat, et avec lequel il faudra continuer de compter.

Cela explique aussi la volonté émirienne qui se distingue des autres monarchies du Golfe par cette envie d’en finir une fois pour toutes avec cette menace.

Ce conflit aura de multiples conséquences. Il officialisera une rupture de fait entre les deux monarchies rivales (Arabie saoudite et Émirats), mais pourrait remettre en question le fonctionnement du Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui n’a jamais réussi à concilier les intérêts, souvent divergents, des uns et des autres.

L’autre conséquence sera la diminution de l’importance du détroit d’Ormuz comme débouché pour les exportations de pétrole et autres. D’ores et déjà, des plans pour faire renaître de vieilles routes sont à l’étude (le chemin de fer du Hedjaz pourrait être étendu à tous les pays du Golfe et aboutir en Méditerranée par exemple), l’Arabie saoudite dispose déjà du port de Yanbu qui lui permet d’exporter une grande partie de sa production de pétrole par la mer Rouge. Les Émiriens renforceront les capacités de leur débouché maritime à Fujairah dans la mer d’Arabie en dehors du détroit. Les Omanais ont eu une intuition qui s’avérera gagnante en développant l’immense complexe maritime de Duqm sur l’océan Indien. 

Le conflit avec l’Iran aura eu le mérite de clarifier les positions des uns et des autres.

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L’Europe doit dire à Trump « ça suffit »

Mon, 04/05/2026 - 13:27

Il est temps que les dirigeants européens exposent nettement leurs désaccords à l’égard de Donald Trump et cessent de le craindre. À ce jour, rares sont les voix qui s’y opposent clairement, à l’image du pape ou du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.

Un simple exemple illustre la situation de nombreux dirigeants européens : après une timide remarque du chancelier Friedrich Merz affirmant que les Américains avaient été humiliés en Iran, Donald Trump a décidé d’augmenter les tarifs sur les exportations d’automobiles européennes de 15 à 25%, malgré les accords négociés longuement l’été dernier.

L’Europe doit-elle continuer à privilégier la relation transatlantique à tout prix ? Faut-il garder des bonnes relations par souci de préservation de l’unité de l’OTAN ? Celle-ci semble en réalité déjà très fragilisée. Ou alors s’agit-il d’assurer l’aide états-unienne à la défense de l’Ukraine ? Les Etats-Unis ont d’ores et déjà drastiquement diminué leur contribution et les pays européens supportent désormais la grande majorité de l’aide.

Dès lors, les pays européens doivent prendre leurs responsabilités, pour réaffirmer leurs valeurs et sauvegarder leur crédibilité. Pour cela, il faut bâtir une autonomie européenne commune, capable de se défendre face aux chantages du président des États-Unis.

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Hôpitaux : cibles de guerre. Avec Rony Brauman, médecin et membre de MSF Crash

Sun, 03/05/2026 - 13:24

Quel est l’avenir de la protection médicale en temps de guerre ? Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Rony Brauman, médecin, membre de MSF Crash et ancien président de Médecins sans frontières (MSF). À l’occasion des dix ans de la résolution 2286 du Conseil de sécurité de l’ONU, ils échangent sur la protection des hôpitaux, des soignants et des patients en zones de conflit.

Rony Brauman rappelle le caractère sacré des lieux de soin : les hôpitaux, les malades et les équipes médicales bénéficient d’une protection renforcée, car une attaque contre eux menace non seulement des vies immédiates, mais aussi l’avenir des populations qui pourraient en dépendre.

Pourtant, malgré cette résolution historique, les violences sont systémiques. Syrie, Gaza, Yémen, Soudan du Sud, Ukraine… les attaques se multiplient, souvent justifiées par des accusations non prouvées. Il dénonce l’impunité des belligérants et le recul du droit humanitaire, appelant à des sanctions internationales pour mettre fin à ces crimes de guerre.

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10ᵉ Forum international de Dakar sur la Paix et la Sécurité

Thu, 30/04/2026 - 17:21

La 10ᵉ édition du Forum de Dakar, première organisée à 100 % par le Sénégal sans co-organisation française, s’est tenue les 20 et 21 avril 2026 sur le thème « L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté ». Plus de 700 participants, 60 pays, un panel de haut niveau, deux plénières et six ateliers. Le Forum a accouché d’une initiative phare — la Doctrine de Dakar sur la prévention des conflits — et d’un constat nouveau : la paix africaine ne sera ni importée, ni déléguée, ni improvisée. Mais l’épisode marquant restera la passe d’armes entre le ministre malien Abdoulaye Diop et le professeur Maurice Dione (Université Gaston Berger), qui a cristallisé la fracture entre la diplomatie des juntes sahéliennes et la pensée académique africaine, qui reste au fond, attachée aux normes démocratiques.

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Trump/Iran : Nier la réalité ne la change pas

Thu, 30/04/2026 - 17:07

Alors que Donald Trump s’efforce d’afficher un contrôle total face à l’Iran, la réalité semble lui échapper un peu plus chaque jour. Les scénarios évoqués (guerre rapide, changement de régime, fin du programme nucléaire) se sont progressivement évaporés.

Ce qui devait être une démonstration de leadership s’apparente aujourd’hui à une impasse stratégique. En tentant d’imposer un rapport de force, Donald Trump a surtout mis en lumière une absence de vision stratégique et une posture de suiveur vis-à-vis de Benyamin Netanyahou.  

L’idée d’une toute-puissance américaine en ressort profondément fragilisée. Une fois encore, l’interventionnisme militaire montre ses limites : loin d’apporter des solutions, il produit des blocages durables et des effets contraires aux objectifs initiaux. Pendant ce temps, la République islamique d’Iran gagne du temps.

Parallèlement, la pression exercée sur les marchés énergétiques par le blocage du détroit d’Ormuz, avec un baril en forte hausse, est favorable aux compagnies pétrolières américaines. Néanmoins, la  crise énergétique qu’elle engendre ne risque-t-elle pas de retourner l’opinion publique mondiale contre les États-Unis, étant eux même à l’origine de cette guerre ? Ce contexte pourrait-il s’avérer favorable à la Chine qui est en capacité de produire de l’énergie décarbonée à un coût actuellement moindre ?

Face à cette conjoncture, les lignes commencent à bouger au sein même des États-Unis : les démocrates se réveillent, le doute s’installe chez certains soutiens de Trump. Cette fragilisation interne peut-elle remettre en cause la poursuite du conflit ? Jusqu’à quand cette stratégie peut-elle tenir politiquement ?  

Mon analyse dans cette vidéo.

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