L’implication des États-Unis dans la guerre en Iran a relancé le débat sur la légitimité des interventions militaires menées par les pays occidentaux au nom de la démocratie et de la « libération des peuples ». Au-delà de la remise en question du droit international, notamment des principes de non-intervention et de non-ingérence, ces interventions n’ont souvent pas atteint les objectifs qu’elles avançaient et ont finalement laissé les pays concernés dans une situation plus délétère qu’avant le conflit. Ces guerres ont également des conséquences moins visibles, notamment sur le patrimoine culturel. À la suite de l’invasion de l’Irak en 2003, les pillages de sites archéologiques et de musées irakiens se sont multipliés, et c’est aussi le cas dans d’autres territoires touchés par des conflits armés comme la Syrie, la Libye ou encore Gaza. Ces pillages participent à la destruction de la mémoire collective des populations, déjà fragilisées par la guerre. Les œuvres sont ensuite revendues illégalement et sont parfois exposées dans des musées occidentaux ou encore acquises par des collectionneurs et marchands d’art. Le trafic d’œuvres d’art et de biens culturels est aujourd’hui l’un des trafics les plus importants et lucratifs au monde.
Dans ce contexte, peut-on légitimer des interventions militaires dans des pays au nom de la libération des populations et de la démocratie ? Quel est l’impact des pillages de biens culturels sur la mémoire collective et l’identité des peuples ? Pourquoi ces pillages restent-ils si peu traités dans les médias occidentaux ? Dans quelle mesure la fiction permet-elle de redonner une place à des mémoires effacées ?
Dans ce podcast, Saphia Azzeddine, romancière et réalisatrice, revient dans son roman « Mémoires sous scellés » (Éditions Fayard) sur le pillage du musée de Bagdad en 2003. Entre fiction et réalité, ce récit interroge les zones d’ombre autour de l’appropriation des œuvres culturelles par d’autres pays, ainsi que la légitimité des interventions militaires au nom de la démocratie.
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Les élections présidentielles colombiennes du 21 juin 2026 ont rendu leur verdict. Le candidat de la droite radicale, Abelardo de la Espriella, a été élu d’une courte tête, avec 49.7 % des voix contre 48,7 % pour le candidat de gauche Ivan Cepeda. À l’heure où ces lignes sont écrites, compte tenu de la faiblesse de l’écart, il n’est pas impossible que des recours venant de la gauche interviennent. Ivan Cepeda a ainsi pour le moment refusé de reconnaître la victoire de son adversaire. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le résultat définitif, les résultats impressionnants d’un outsider inconnu il y a encore quelques mois, devraient donner matière à réflexion non seulement à une partie de la gauche colombienne et à la gauche latinoaméricaine tout entière. Et singulièrement en matière de questions sécuritaires, lesquelles, à mesure de la criminalisation rampante de territoires entiers, favorisent l’arrivée au pouvoir d’une droite musclée, que ce soit hier au Salvador, en Équateur, en Argentine, au Chili, et maintenant en Colombie. L’insécurité touche les fractions les plus pauvres des populations qui constituent aussi le cœur de l’électorat de la gauche. Certes, la physionomie de la Colombie a beaucoup évolué depuis La Violencia des années 1950. Ce pays est aujourd’hui, derrière le Brésil et le Mexique, la troisième ou quatrième économie de l’Amérique latine. Son territoire est largement urbanisé avec près de 83 % des 53 millions d’habitants vivant dans les zones urbaines, avec des pôles régionaux de développement relativement prospères. Il n’en reste pas moins que la production et le trafic de la cocaïne, et la prolifération des groupes criminels qui l’accompagne sont des révélateurs des dysfonctionnements structurels propres à la formation sociale de ce pays.
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This article examines the evolution of Estonia’s defence procurement practices, especially following Russia’s full-scale invasion of Ukraine in 2022. It argues that Estonia´s defence capability development remains firmly threat-driven and in line with NATO collective efforts. However, Russia´s full-scale invasion of Ukraine has accelerated timelines and reprioritised some of the defence articles such as ammunition, air defence and unmanned systems. Furthermore, there has been evident shift towards more dynamic and effect-driven acquisition models, and the growing emphasis on delivery speed and supply security, which requires a revaluation of established practices and structures that often prioritize rigidity and cost-effectiveness over agility and responsiveness. The paper further explores the efforts to strengthen the domestic defence industrial base through localisation, innovation support and EU instruments, as well as the drivers and limitations of Baltic and EU-level joint procurement.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, autour des négociations entre les États-Unis et l’Iran concernant les sanctions prises à son encontre et son programme nucléaire.
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À l’heure où Donald Trump essuie un échec cuisant face à l’Iran, son administration enregistre des succès stratégiques en Amérique latine, une région qu’il cherche à transformer en « arrière-cour » des États-Unis. En décembre 2025, la Stratégie de sécurité nationale a réhabilité la doctrine Monroe, affirmant que l’Amérique doit rester sous contrôle américain, dans la lignée du corollaire Roosevelt (1904).
Pour concrétiser cette vision, Trump multiplie les pressions. Au Panama, la Cour suprême a retiré en janvier la concession d’une entreprise liée à Hong Kong sur les ports du canal. Au Venezuela, un raid militaire a permis l’arrestation de Nicolas Maduro, remplacé par Delcy Rodríguez, qui a immédiatement aligné son pays sur Washington en rompant les livraisons de pétrole à Cuba. Le Mexique, sous la menace de sanctions, a cédé à son tour. Cuba, étouffé économiquement, se résout à libéraliser son économie, offrant ainsi un accès aux acteurs financiers américains.
La stratégie de Trump ne se limite pas aux coups de force. Elle s’appuie également sur un réseau d’alliés régionaux d’extrême droite, comme Javier Milei en Argentine, Nayib Bukele au Salvador, José Antonio Kast au Chili, et désormais Abelardo de la Espriella en Colombie, dont la victoire à l’élection présidentielle du 21 juin a fait basculer le pays à l’extrême droite.
Le prochain test décisif sera l’élection présidentielle brésilienne. Compte tenu du poids du Brésil, une victoire d’un candidat pro-Trump scellerait sa reconquête de l’Amérique latine et confirmerait le retour d’une influence américaine renforcée sur le continent.
Entre realpolitik et nostalgie impérialiste, Trump réinvente-t-il la domination américaine en Amérique latine, ou ne fait-il que retarder son déclin face à la Chine ?
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Les ingérences numériques étrangères (INE) se sont imposées comme des procédés centraux des rapports de force contemporains, ciblant notamment les processus électoraux pour affaiblir les fondements de la vie démocratique. S’appuyant sur un rapport de Viginum, l’organe gouvernemental de veille sur la désinformation, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a dressé le 11 juin 2026 lors d’une conférence de presse, un bilan de la protection du débat public lors des élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Bien que ce scrutin portait sur des enjeux locaux, le niveau de menace a été jugé élevé en raison d’un contexte international tendu et de la résonance dans le débat politique national de thématiques clivantes comme la guerre en Ukraine ou le conflit au Proche-Orient. Le bilan des opérations détectées révèle une diversification préoccupante des acteurs et des méthodes de déstabilisation. Quatre campagnes d’ingérence numérique étrangères (INE) majeures ont été caractérisées, impliquant des acteurs étatiques et non étatiques. Quelles sont ces récentes ingérences et les acteurs émergents ? Quels enseignements en tirer à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, considérée comme un rendez-vous démocratique majeur sous haute tension ? Quels sont les auteurs de manipulation à surveiller ? Anne-Sophie Dhiver, cheffe de service adjointe de Viginum, répond aux questions de l’Observatoire de l’information et des stratégies d’influence de l’IRIS.
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Raphaël Enthoven, co-lauréat du prix Jean-Pierre-Bloch décerné par la Licra, a déclaré dans son discours que l’antisémitisme « n’a jamais été aussi virulent qu’aujourd’hui ». Tout d’abord, cette affirmation est historiquement fausse. Ensuite, dans son discours, Raphaël Enthoven associe l’antisémitisme à la critique de la politique d’Israël, instrumentalisant ainsi la lutte contre l’antisémitisme afin de protéger la politique israëlienne de toute critique.
Cet amalgame est à l’origine du silence de nombreuses personnes sur la situation à Gaza, de peur d’être taxées d’antisémitisme et d’être mises à l’écart du débat.
Ce prix met en lumière le « deux poids deux mesures » qui existe dans le débat public français concernant la question de l’antisémitisme, alors que l’islamophobie en pleine explosion est invisibilisée. Évidemment, la remise d’un prix similaire pour le soutien à la cause palestinienne serait impensable.
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En mai 2026, la Chambre de commerce chinoise en Indonésie a transmis au président Prabowo Subianto une lettre de protestation formelle, copiée à l’ambassade de Chine. Ses signataires, Tsingshan, Zhejiang Huayou Cobalt et Brunp, sont les groupes qui ont financé et bâti l’industrialisation nickélifère indonésienne. Leur plainte porte sur les quotas de production, la révision du prix de référence du minerai et la hausse des royalties. Ce moment a une signification précise : les architectes de la domination indonésienne sur le marché mondial du nickel se retrouvent désormais contraints de protester auprès d’un État qu’ils pensaient avoir rendu dépendant d’eux. Jakarta a acquis un levier réel, et elle a commencé à l’utiliser.
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L’Iran et les États-Unis ont annoncé, le 14 juin, un protocole d’accord qui doit être signé le 19 juin à Genève. Cette initiative marque l’ouverture d’une nouvelle phase de négociations entre les deux pays, trois mois après le déclenchement de la guerre. Le texte prévoirait notamment la réouverture du détroit d’Ormuz et la levée du blocus américain visant les ports iraniens. Toutefois, plusieurs questions majeures restent en suspens, notamment sur le programme nucléaire iranien. Du côté iranien, le conflit a aggravé les difficultés économiques du pays, déjà fragilisé par les affrontements de 2025. Néanmoins, il n’a pas entraîné l’effondrement attendu du régime, au contraire, la guerre semble avoir ravivé le sentiment national et consolidé la position des autorités iraniennes. Du côté américain, l’ouverture de ces négociations marque une rupture dans la manière dont Washington envisage ses relations avec Téhéran et les limites de l’opération militaire menée par Donald Trump en Iran. Dans ce contexte, comment a évolué le rapport entre la société iranienne et le pouvoir depuis le déclenchement de la guerre ? Quels sont enjeux du protocole d’accord conclu entre l’Iran et les États-Unis ? Enfin, un compromis sur le programme nucléaire iranien est-il envisageable ? Le point avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran.
Quel bilan peut-on dresser de la situation intérieure iranienne depuis le déclenchement de la guerre ? Le régime iranien sort-il renforcé ou affaibli de la guerre et des négociations avec Washington ?
La situation intérieure sur le plan politique reste incertaine. Il est clair que l’Iran traversait, avant cette guerre, une grave crise politique, du fait des manifestations de janvier 2026 et surtout de la répression qui a suivi, ayant causé des milliers de morts. Il s’agissait de la plus grave crise de légitimité du système politique iranien depuis la révolution. À cette période, une partie de la population iranienne, notamment ceux directement touchés par la répression, exprimait une colère telle que certains demandaient une intervention militaire des États-Unis. Au début de la guerre, certaines images diffusées montraient même des habitants se réjouissant des premiers bombardements américains.
Cependant, la situation s’est complexifiée : face à l’ampleur des bombardements et des destructions, un réflexe nationaliste est apparu. Beaucoup d’Iraniens ont en effet compris que l’objectif des États-Unis et d’Israël n’était pas d’apporter la démocratie en Iran, mais plutôt d’affaiblir le pays. Les scénarios, notamment israéliens, qui anticipaient une mobilisation populaire en faveur d’un changement de régime ne se sont pas concrétisés. Parallèlement, le pouvoir iranien a occupé l’espace public en mobilisant ses partisans, avec des manifestations organisées presque quotidiennement et une forte présence des forces de sécurité dans les rues.
Sur le plan politique, la résistance de l’armée iranienne face à l’attaque américano-israélienne et ce regain nationaliste, dont l’ampleur reste difficile à mesurer, conduisent à considérer que le système politique iranien, a été renforcé par cette guerre. C’est l’un des paradoxes du conflit.
En parallèle, la situation économique s’est fortement dégradée. Elle était déjà difficile avant la guerre, notamment à la suite du conflit précédent. L’Iran a connu une stagnation de l’activité en 2025 et une inflation ayant atteint 50 %. Avec la guerre, les prix ont continué d’augmenter. Selon les derniers chiffres disponibles, datant d’avril 2026, l’inflation atteindrait au moins 80 % en mai 2026 d’après la Banque Centrale d’Iran, tandis que le FMI prévoit 70 % pour l’ensemble de l’année 2026. L’activité économique a probablement reculé, notamment du fait du conflit. Les autorités iraniennes évoquent elles-mêmes deux millions de pertes d’emploi pendant la guerre. À cela s’ajoutent les destructions d’infrastructures, estimées par Téhéran à 300 milliards de dollars.
Le système politique semble donc avoir bénéficié d’un plus grand soutien du fait de ce conflit. Cependant, il faut noter que, parallèlement, la répression s’est intensifiée depuis le cessez-le-feu, avec des exécutions visant notamment des manifestants arrêtés lors des manifestations de janvier 2026 et des arrestations d’opposants. Dans le même temps, la situation économique demeure particulièrement préoccupante. Cela alimente les craintes de la part des autorités de nouvelles mobilisations sociales, les difficultés économiques ayant déjà constitué l’un des moteurs des manifestations de janvier. C’est sans doute dans ce contexte que les autorités iraniennes ont engagé des négociations avec les États-Unis afin d’obtenir une levée des sanctions et un retour des avoirs iraniens bloqués à l’étranger.
Que prévoit le protocole d’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran ? Quelles conséquences pourrait-il avoir pour l’Iran et l’équilibre régional ?
L’objectif du protocole d’accord est de définir un cadre pour de futures négociations entre les deux pays, ce qui constitue déjà une évolution importante compte tenu du niveau de méfiance existant.
À ce stade, aucun texte officiel n’a été publié. D’après les éléments disponibles, le protocole d’accord pourrait porter sur des mesures concrètes, comme l’ouverture du détroit d’Ormuz par l’Iran en échange de la levée du blocus des ports iraniens par les États-Unis. L’arrêt des combats en Iran et au Liban constituerait également un point important pour Téhéran. Par ailleurs, les sanctions américaines concernant les exportations iraniennes de pétrole et de produits pétrochimiques seront suspendues dès la signature de ce protocole.
Le protocole prévoit une période de soixante jours de négociation sur les sujets centraux : le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions. Concernant le nucléaire, les discussions porteraient notamment sur l’enrichissement d’uranium et sur le devenir du stock iranien enrichi à 60 %. Par ailleurs, un fond de 300 milliards de dollars permettant de financer la reconstruction de l’économie iranienne devrait être mis en place.
Un accord signé signifie que les deux pays ont reconnu avoir un intérêt commun. Du côté iranien, le maintien du système politique face à une attaque menée par la première puissance militaire mondiale et la principale puissance militaire du Moyen-Orient est présenté comme une forme de victoire.
Par ailleurs, la prise de conscience par le président américain de l’impossibilité d’atteindre ses objectifs par la guerre constitue clairement une victoire pour l’Iran. Le président américain, qui parlait initialement de changement de régime, en est arrivé à négocier et à signer un accord avec ce même régime. C’est là un changement complet de la politique américaine.
Pour autant, les questions de légitimité politique demeurent posées en Iran. Tout dépendra désormais de la capacité des autorités iraniennes à s’appuyer sur ce nationalisme réapparu pendant la guerre pour tenter de restaurer leur légitimité auprès d’une grande partie de la population. Dans tous les cas, la levée du blocus américain sur les ports iraniens et la suspension des sanctions américaines devraient permettre un ralentissement de l’inflation dans les prochains mois. À plus long terme, un accord de paix définitif avec les États-Unis pourrait permettre à terme une plus grande intégration de l’Iran dans l’économie mondiale, à condition que les réformes nécessaires accompagnent cette évolution.
Sur le plan régional, la capacité de résistance de l’Iran face à l’attaque américano-israélienne pourrait avoir modifié les rapports de force et démontré une capacité de réponse militaire. Le fait que l’Iran ait frappé directement Israël en réaction aux attaques israéliennes au Liban, sans réponse militaire américaine directe, est sans précédent.
Le programme balistique iranien est perçu comme un facteur central de cette capacité de résistance. C’est pourquoi les demandes européennes visant à inclure une limitation de ce programme dans les négociations apparaissent difficiles à accepter du point de vue iranien. D’un point de vue géopolitique, l’Iran semble avoir donc accru son influence régionale avec ce conflit.
Par ailleurs, le conflit va laisser des traces. Il existe désormais de fortes tensions entre l’Iran et les Émirats arabes unis. En Iran, une perception s’est développée selon laquelle les Émirats auraient collaboré avec Israël pendant le conflit. La question est désormais de savoir si l’Iran et les pays arabes du Golfe persique seront capables de dépasser ces tensions. Un élément intéressant à ce sujet est le rôle actif qu’ont joué les dirigeants de l’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis dans les négociations ayant entrainé la conclusion de ce protocole d’accord[1]. Plus largement, un nouvel ordre régional et international semble émerger. Les pays du Golfe pourraient être amenés à réévaluer leurs relations avec les États-Unis et avec Israël après avoir été entraînés dans un conflit auquel ils étaient opposés et dans lequel ils n’ont pas été véritablement protégés par les États-Unis.
Un compromis sur le programme nucléaire iranien est-il envisageable et quelles concessions chaque partie serait-elle prête à accepter ?
Dans l’absolu, un compromis paraît possible.
D’après les éléments disponibles, les États-Unis demanderaient une suspension de vingt ans de l’enrichissement d’uranium iranien, alors que l’Iran évoquait une période d’environ cinq ans ou davantage. Un terrain d’entente pourrait donc exister. Concernant le stock d’uranium enrichi à 60 %, une solution pourrait également être trouvée. L’Iran avait déjà proposé que ce stock soit dilué à un niveau d’enrichissement inférieur sur son territoire.
Une première difficulté semble liée à la période relativement brève prévue pour ces négociations. Deux mois apparaissent comme un délai très court. Les négociations ayant conduit à l’accord de 2015 avaient duré deux ans. Ces discussions sont extrêmement complexes et posent notamment la question des capacités d’expertise du côté américain pour négocier des accords durables sur des sujets aussi techniques. Certains proposent donc de séquencer les négociations et de conclure plusieurs accords distincts portant sur différents sujets : enrichissement d’uranium, devenir du stock enrichi à 60 %, ou autres aspects techniques.
L’autre difficulté concerne les oppositions politiques. Aux États-Unis, une partie des milieux néoconservateurs et des courants les plus favorables à une ligne dure s’opposent fortement à cette négociation. La démarche actuelle constitue en effet une rupture avec une tradition du Parti républicain consistant à refuser toute négociation avec l’Iran depuis la crise des otages de 1979. Du côté israélien également, le gouvernement apparaît très critique à l’égard de ces négociations et du protocole signé. Les attaques dans le sud de Beyrouth peuvent être interprétées comme un signal montrant une volonté d’empêcher l’aboutissement du processus.
Ces obstacles existent, mais une première étape a néanmoins été franchie avec la signature de ce protocole d’accord.
[1] « How the US-Iran deal came together », Financial Times, 15 juin 2026.
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Alors que la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie est aujourd’hui dramatique, le bilan humain continue de s’alourdir. Malgré le cessez-le-feu à Gaza déclaré en octobre 2025, plus de mille Palestiniens ont trouvé la mort, témoignant de la poursuite des violences. Face à cette crise, la communauté internationale peine à apporter des réponses concrètes. C’est particulièrement le cas des puissances occidentales qui essuient de nombreuses critiques au regard du « deux poids, deux mesures » qu’elles appliquent dans le cadre des conflits. Si de nombreuses sanctions ont été adoptées contre la Russie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aucune n’a été prise à l’encontre d’Israël et cela malgré les conclusions d’une commission d’enquête des Nations unies faisant état d’actes de génocide commis à l’encontre de la population palestinienne. Au-delà de l’urgence humanitaire, le conflit soulève une question politique fondamentale : celle de la reconnaissance de l’État de Palestine. À ce jour, 80 % des membres des Nations unies reconnaissent officiellement l’État de Palestine, sans que cette reconnaissance ne permettent un règlement politique du conflit.
Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie ? La population palestinienne est-elle abandonnée par la communauté internationale ? La reconnaissance de l’État de Palestine par certains États constitue-t-elle une avancée concrète ? L’après-Netanyahou pourrait-il ouvrir la voie à une relance de la solution à deux États ? Enfin, quels sont les défis politiques et institutionnels auxquels est aujourd’hui confrontée la représentation palestinienne ?
Autant d’enjeux abordés avec Hala Abou Hassira, ambassadeur de Palestine en France depuis 2021.
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La désinformation climatique est devenue un outil mobilisé par certains États pour servir leurs stratégies d’influence. La Russie et les États-Unis illustrent comment les enjeux liés au climat peuvent être utiliser dans le cadre d’une guerre informationnelle, ciblant particulièrement l’Europe. La remise en cause de consensus scientifique et des scientifiques, le ciblage des politiques énergétiques et climatiques ainsi que l’instrumentalisation des événements climatiques extrêmes sont autant de leviers permettant à ces acteurs d’influencer les opinions publiques et de servir des intérêts économiques, géopolitiques et stratégiques.
Tour d’horizon des usages stratégiques de la désinformation climatique à travers les cas de la Russie et des États-Unis avec Mathilde Jourde, chercheuse à l’IRIS, co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat et responsable du Programme Climat, environnement, sécurité.
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La Chine a toujours placé le développement de son agriculture et sa sécurité alimentaire au cœur de ses priorités nationales. Après avoir positionné ces questions au centre de sa diplomatie ces dernières années, que ce soit à travers l’initiative « une ceinture, une route » lancée en 2013 ou sa prise de direction de l’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) en 2019, la puissance chinoise s’évertue désormais à devenir un grand exportateur…
Produire avant toutGrand pays, très peuplé, la Chine n’a jamais sous-estimé l’importance du secteur agricole pour aller de l’avant. Après les grandes famines de l’ère Mao, qui ont fait des millions de victimes dans la décennie 1960, les réformes mises en place pour le décollage économique ont conféré aux productions agricoles nationales un rôle déterminant pour le progrès social et le désenclavement territorial. Il fallait nourrir un milliard de personnes en 1980, marché qui s’est complexifié au début du siècle avec une population plus exigeante en matière de sécurité sanitaire et de qualité, et qui atteint désormais 1,4 milliard d’individus. Les résultats agricoles domestiques ont été probants : la Chine est devenue le premier producteur mondial dans un nombre impressionnant de filières. Quelques chiffres emblématiques : 65 % des poissons aquacoles de la planète, 50 % de la viande porcine, 35 % des œufs et des captures de pêche, 25 % du riz, 18 % du blé, premier producteur mondial en fruits et en légumes, de thé, d’ails, d’algues, de pommes de terre…
N’en jetez plus ! Cela n’est pas toujours commenté, mais oui, la Chine est une superpuissance productive agricole, aquacole et halieutique. Elle importe massivement, nous allons y venir, mais récolte des quantités colossales sur ses propres terres, ses littoraux ou les océans du globe. Son objectif n’est pas l’autarcie, mais une formule plus subtile : produire le maximum à domicile, importer ce qui manque et sécuriser l’ensemble des chaînes d’approvisionnement mondiales. Mais la Chine ne cherche pas seulement à nourrir sa population imposante, elle construit progressivement une véritable architecture de puissance en matière agricole et alimentaire, en conjuguant innovations, industries et influences. Ces trois « i » sont structurants dans la stratégie de Pékin.
Innover toujours plusLes documents officiels les plus récents sont explicites. Chaque année, le pouvoir chinois publie ce que l’on appelle le « document central n°1 ». Celui rendu public au début de l’année 2026 confirme que, pour Pékin, l’agriculture reste un enjeu fondamental de sécurité nationale[1]. Mais il révèle aussi une évolution significative dans la manière dont la Chine pense désormais sa politique alimentaire. Depuis plusieurs décennies, l’objectif premier des autorités chinoises a été d’assurer l’autosuffisance en céréales. Dans un pays qui ne dispose que d’environ 9 % des terres arables mondiales pour près d’un cinquième de la population de la planète, la question agricole est intrinsèquement stratégique. Cette contrainte majeure explique l’attention constante portée par Pékin à la protection du foncier agricole, à la stabilité de la production de riz, de blé et de maïs, ainsi qu’à la gestion rigoureuse des stocks de ces grains.Mais la stratégie chinoise évolue. Le document publié pour 2026 met moins l’accent sur la seule augmentation des volumes agricoles et davantage sur la qualité, l’efficacité et la modernisation du système productif. Le gouvernement insiste aussi sur la nécessité de soutenir les revenus agricoles, d’améliorer les infrastructures rurales et de renforcer l’attractivité économique des filières agricoles. Cette dimension est cruciale pour maintenir la stabilité sociale dans un pays où les écarts entre villes et campagnes restent marqués. À ce titre, il est important de suivre les débats en cours sur la réforme du Hukou[2], ce système orchestrant les flux de ruraux vers les métropoles du pays.
Ainsi la Chine cherche désormais à construire une agriculture plus technologique, capable de répondre à une demande alimentaire en mutation et à une compétition internationale de plus en plus intense.Cette transformation repose en grande partie sur l’innovation. Les autorités mettent en avant ce qu’elles qualifient de « nouvelles forces productives » agricoles : développement des biotechnologies, amélioration des semences et édition génétique, mécanisation intelligente, recours accru aux drones et aux capteurs, efficience logistique par les données numériques et la robotique. L’agriculture, portée par une vision d’ingénieurs[3], est appelée à devenir hautement technologique, capable d’augmenter la productivité tout en faisant face aux raretés foncières et hydriques, mais aussi de vieillissement de la population rurale.Pour innover en agriculture, la Chine investit massivement dans la science, la recherche agronomique et l’intelligence artificielle, comme aucune autre nation n’est capable de le faire. L’un des axes sur lequel nous devrions porter une attention accrue concerne ces humanoïdes que la Chine invente, déploie et entend mobiliser, des champs ruraux aux logistiques urbaines en passant par les usines et les industries agro-alimentaires. Ces humanoïdes, dont les capacités augmentent rapidement[4], pourraient probablement devenir des produits d’exportation vers des pays où la main-d’œuvre agricole et industrielle fait défaut, à commencer en Europe.
Ces dynamiques reposent désormais sur le 15ème plan quinquennal chinois pour la période 2026-2030, qui révèle l’objectif de Pékin à être pleinement souverain sur le plan économique et à s’imposer désormais comme puissance productive dans une multitude de domaines, entre ceux où elle l’est déjà et ceux où elle entend le devenir[5]. Ainsi de l’agriculture, pour se transformer en force agro-alimentaire, capable d’exporter. Ce 15ème plan maintient l’alimentation comme un enjeu de sécurité nationale et la propulse comme pilier d’innovation industrielle et technologique, mais aussi d’ambition de rayonnement international.
Exporter davantageLes communications officielles chinoises les plus récentes confirment la volonté de mieux coordonner les importations agricoles avec la production domestique. Pékin reconnaît implicitement que certaines dépendances structurelles demeurent, notamment pour le soja, certaines viandes ou les produits laitiers. Mais elle souhaite désormais gérer plus stratégiquement ces flux afin d’éviter toute vulnérabilité excessive. C’est aussi dans cette perspective qu’il faille replacer le dialogue équilibré avec Washington dans le domaine spécifique agricole, car les besoins chinois restent parfois réels et servent de négociation concrète avec le compétiteur états-unien[6].
Le sommet Trump-Xi du 18 mai 2026 s’avère d’ailleurs explicite à ce sujet. Les exportations agricoles des États-Unis vers la Chine avaient chuté de 66 % en 2025, conséquence des tensions commerciales, des surtaxes réciproques et de la volonté chinoise de réduire les achats. Lors de cette rencontre, la Chine s’est engagée à accroître ses importations de produits agricoles états-uniens, à travailler à la réduction de certaines barrières tarifaires et non tarifaires, sachant que plusieurs dossiers bloqués (bœuf, volaille) ont été relancés. La Maison-Blanche affirme que la Chine s’est engagée à acheter au moins 17 milliards de dollars de produits agricoles américains par an de 2026 à 2028, en plus des engagements sur le soja, mais Pékin s’est montrée bien moins loquace à ce sujet. Une probabilité : ce commerce agricole sino-états-unien va être davantage administré si la relation tend à l’apaisement durable, à moins qu’il soit davantage conflictuel si les tensions bilatérales progressent à nouveau. La Chine le sait et mise donc sur l’Amérique latine (Brésil, Argentine), l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Afrique du Sud), la Russie et l’UE pour dérisquer ses approvisionnements et moins dépendre des États-Unis.
Pour autant, nous devons regarder un autre volet encore trop peu commenté : la Chine exporte de plus en plus. Sur le plan agricole, agro-alimentaire et halioalimentaire, la tendance est très nette : 12 milliards de dollars en 2000, trois fois plus en 2010, 60 milliards en 2020 et 90 milliards en 2025[7]. Cela place la Chine au 6ème rang mondial des exportateurs en la matière, juste après la France (95 milliards), pays qu’elle dépassera sous peu, sachant que les États-Unis dominent encore les débats avec 175 milliards, suivis par les Pays-Bas et le Brésil (150 milliards chacun) et l’Allemagne (120 milliards). Si l’on ajoutait l’agroéquipement avec les drones agricoles ou des technologies et robotiques entrant dans les chaînes de production agro-industrielle, nous aurions un chiffre commercial chinois à l’export encore plus significatif.
Mais retenons donc que Pékin devient l’un des grands leaders mondiaux à l’export, quand bien même la balance commerciale agricole et alimentaire demeure largement déficitaire : environ 100 milliards de dollars en 2025 ! C’est la différence avec le commerce global du pays, excédentaire de 1200 milliards l’an dernier ! De quoi acheter ce qu’il faut sur le marché mondial pour nourrir les populations et les animaux, ou nourrir peu à peu l’autonomie stratégique industrielle et technologique d’une Chine soucieuse d’être forte et influente dans les secteurs d’activité à même de perdurer dans le temps sur la planète.
Cela fait longtemps que Pékin ne dévie pas de trajectoire avec l’agriculture : vitale pour le pays, incontournable dans le monde, stratégique pour influencer les relations internationales. Notons au passage que la Chine industrialise sa décarbonation et marque également de plus en plus de points sur le terrain de l’engagement climatique, là où d’autres États rechignent ou peinent à garder le rythme en matière d’investissements à consentir. Avec comme corolaires, une influence croissante au niveau normatif, autre segment clef dans lequel Pékin joue pleinement la carte de la puissance, y compris en ce qui concerne la géoingéniérie appelée à dompter l’adversité météorologique… Depuis 2020 et la pandémie de Covid-19, l’Empire du Milieu contre-attaque donc bien sûr tous les fronts ! Et projetons cette ambition agricole avec le déclin démographique chinois, qui pourrait rééquilibrer peu à peu cette balance alimentaire à l’horizon 2050, avec davantage de surplus productifs domestiques à même de répondre aux besoins des autres. Aurons-nous dès lors inévitablement davantage de biens agro-alimentaires chinois sur nos marchés mondiaux et européens de demain ?
[1] Pour une analyse fouillée, se reporter à USDA Foreign Agricultural Service (2026), China’s Priorities in Agriculture and Rural Development in 2026, GAIN Report CH2026-0022.
[2] « A passport to prosperity : China is quietly making life easier for rural migrants », in The Economist, 30 mai 2026.
[3] À ce sujet, lire l’excellente analyse suivante : Dan Wang, « Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future », Penguin, 2025.
[4] Se reporter à Wendy Chang, Rebecca Arcesati et Altynay Junusova, « Embodied AI: China’s Ambitious Path to Transform Its Robotics Industry », Merics Report, April 2026.
[5] Matteo Torres et Thomas Grjebine, « Le 15ème plan quinquennal chinois : Pékin accélère, et nous ? », Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP), 28 mai 2026.
[6] Afin de comprendre cet arrière-plan géoéconomique, lire Jean-François Di Meglio, « Chine et États-Unis : divorce impossible », in Le Déméter 2026 : Appétits stratégiques et pivots agricoles, IRIS Éditions, Club DÉMÉTER, pp 79-99.
[7] Les chiffres avancés dans ce paragraphe relèvent de l’International Trade Centre (ITC TradeMap).
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Plus de trois mois après le déclenchement du conflit qui a opposé Israël, les États-Unis et l’Iran nul ne peut en prédire l’issue définitive, en dépit de l’annonce d’un accord dont les contours restent flous et les interprétations à géométrie variable. L’Iran a démontré une capacité de résilience et de riposte qui avait été sous-estimée par ses adversaires. L’Iran sort vainqueur de cette confrontation. Ses adversaires n’ayant rejoint aucun des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Le régime est en place et son emprise est plus forte que jamais. Téhéran ne cèdera pas son uranium enrichi en dépit des déclarations triomphantes de Donald Trump. Sa capacité balistique qui semé la terreur dans toute la région n’est que très faiblement entamée. Ses avoirs à l’étranger, notamment dans le Golfe, sont partiellement débloqués et le sort du détroit d’Ormuz n’est pas scellé.
Quelles conséquences pour les alliances conclues ?Cet épisode guerrier qui a embrasé toute la région du Golfe a déjà eu des conséquences importantes. Il n’est plus sûr que les pays de la région qui ont déjà essuyé plusieurs milliers de tirs (7 500) de la part des Iraniens sur leurs infrastructures aient conservé leur confiance dans les capacités de leur allié (protecteur) américain à assurer leur sécurité. Au contraire, un ressentiment est palpable envers ceux qui les ont entrainés malgré eux dans un conflit qui met en péril la stabilité de la région et tout ce qui s’y rattache. Les contacts officiels entre Riyad et Washington se sont nettement ralentis depuis quelques mois. C’est le signe d’un refroidissement des relations.
Un conflit révélateur de l’impuissance des pays de la région face aux menacesCe qui étonne le plus c’est la paralysie dont semblent frappés les pays de la région. L’embarras dans lequel ils se trouvent est le signe d’une impuissance révélée au grand jour. La protection américaine n’a pas suffi à préserver les pays de la région. Pire, ils ont été entrainés malgré eux dans un conflit qu’ils n’avaient pas souhaité.
À la recherche d’alliances régionalesRiyad qui avait commencé à construire avant le conflit un nouvel axe régional (Turquie, Pakistan, Égypte et Qatar) se voit conforté dans cette voie. Le rapprochement de Mohamed Ben Salman avec la Turquie revêt ici une importance capitale. Riyad et Ankara ont le projet de créer (ou de faire revivre) un couloir terrestre pour l’acheminement des marchandises entre les pays du Golfe et l’Europe. Il s’agit de faire revivre la fameuse ligne du chemin de fer du Hedjaz qui reliait Istanbul à la Mecque. Ligne qui avait été inaugurée en 1908 au temps de l’Empire ottoman. Cette ligne qui passe par la Turquie, la Syrie, la Jordanie et l’Arabie saoudite serait connectée à d’autres lignes ferroviaires dans la péninsule arabique. Le Qatar étudie pour sa part l’idée de remettre en fonction un gazoduc qui le relierait au port de Banyas en Syrie.
Le projet saoudo-turc vise aussi à contourner la fermeture du détroit d’Ormuz et d’échapper aux tarifs d’assurance qui ont augmenté de 300 %.
La Syrie bénéficiaire de la situation régionaleAutre particularité, tous ces projets mettent en relief l’importance de la Syrie de l’après-Assad. Les deux principaux alliés du président syrien Ahmed al-Charaa (Turquie et Arabie saoudite) permettront ainsi à ce pays exsangue de tirer de substantiels bénéfices des droits de passage sur son territoire. Damas passe ainsi de paria du Moyen-Orient à un rôle central.
L’incapacité de riposter met en relief le désarroi des pays de la régionL’absence de riposte des pays du Golfe aux attaques qu’ils subissent de la part des Iraniens est le signe d’un désarroi. Ces pays tentent malgré tout de préserver l’avenir. Ils savent que l’Iran sera toujours leur voisin immédiat et qu’il faudra faire avec. L’absence de riposte (à part un raid de l’aviation émiratie en avril dernier) s’explique aussi par la faiblesse structurelle des armées du Golfe. Les Monarchies de la péninsule ne souhaitent pas s’engager dans un conflit dont l’issue est plus qu’incertaine. Le formidable arsenal accumulé ces dernières années ne leur sert à rien et leur dissuasion est réduite à la plus simple expression.
Oman en situation d’échec diplomatiqueDans cet ensemble le cas d’Oman est assez emblématique. Le Sultanat a toujours affiché une neutralité de bon aloi et a cherché à privilégier les voies du dialogue. Jusqu’au déclenchement des hostilités, Oman jouait le rôle d’intermédiaire entre l’Iran son voisin et les États-Unis. La contribution d’Oman à la conclusion de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) avait été cruciale au début des négociations.
Après le début du conflit en février dernier, le Sultanat qui avait œuvré jusqu’au bout pour un accord s’est senti trahi par son allié américain et a été brutalement écarté de son rôle de facilitateur entre les deux parties au profit du Pakistan et plus tard du Qatar. C’est un camouflet de plus pour la diplomatie omanaise.
Saïd Badr al-Busaïdi, le ministre omanais des Affaires étrangères, ex-médiateur dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis, dans une interview à The Economist avait accusé l’administration américaine de « s’être laissée entrainer » par Israël dans cette guerre alors qu’un accord semblait à portée de main. L’assassinat de Ali Larijani, ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien (2025-2026), a privé le Sultanat de son principal interlocuteur iranien.
Pourtant, Oman est un acteur régional majeur. Il partage avec l’Iran le détroit d’Ormuz dont la circulation s’effectuait principalement sur le rail omanais dans ses eaux territoriales. Le Sultanat n’a pas réagi à la fermeture d’Ormuz de la part de l’Iran, de même que les attaques iraniennes n’ont pas épargné les terminaux de Doqum et de Fahl près de Mascate. À part des protestations de pure forme, les Omanais n’ont pas réagi. Il est vrai qu’Oman tire profit de sa position en dehors des eaux du détroit. Bon nombre des denrées qui transitaient par le détroit pour approvisionner les pays du Golfe sont déchargées dans les ports omanais situés sur la mer d’Arabie et sont ensuite acheminées par voie terrestre vers leur destination.
Quelles incidences à Bahreïn et au Koweït ?La situation à Bahreïn, qui abrite le Commandement central des États-Unis (Centcom), et au Koweït est plus délicate. Ces deux pays sont les cibles d’attaques iraniennes des Iraniens, même si les défenses antiaériennes réussissent pour l’instant à contenir l’impact des frappes de rétorsion après les attaques américaines contre des cibles iraniennes. Le prix à payer semble assez élevé pour ces deux pays dont la situation intérieure est fragile : ils comptent tous deux de fortes minorités chiites et des cellules accusées d’être liées aux Gardiens de la Révolution iraniens ont été démantelées dans les deux pays.
Accord de paix : quelles perspectives pour les monarchies du Golfe ?La volonté de Donald Trump de vouloir parvenir à tout prix à un accord avec l’Iran aura des conséquences lourdes pour la région. L’Iran aura prouvé sa capacité à résister à deux puissances majeures. Si la situation dans le détroit d’Ormuz ne revient pas au statu quo ante et si l’Iran conservait sa capacité de poursuivre son programme nucléaire, les monarchies du Golfe devront revoir leur stratégie diplomatique. Elles devront, soit composer avec le régime iranien, soit se tourner vers de nouvelles alliances, aussi fragiles soient-elles.
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Donald Trump a annoncé qu’un accord a été trouvé avec l’Iran et doit être signé le 19 juin en Suisse. Donald Trump le présente déjà comme un triomphe diplomatique. Pourtant, les principaux objectifs qu’il affichait au début de la crise semblent loin d’être atteints : pas de changement de régime à Téhéran, pas de transfert du stock d’uranium enrichi hors d’Iran, pas de fin du programme nucléaire iranien.
L’accord prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée des sanctions américaines et l’ouverture de négociations sur le stock d’uranium enrichi, qui resterait en Iran après dilution. En revanche, rien n’est prévu concernant les missiles iraniens ou les alliances régionales de Téhéran.
Le cessez-le-feu doit également s’étendre au Liban, plaçant Benyamin Netanyahou dans une position délicate : obéir à Donald Trump au risque de fragiliser sa majorité en interne, ou s’y opposer au risque d’une rupture avec Washington.
Cet accord est-il une victoire des États-Unis ou la reconnaissance d’un rapport de force favorable à l’Iran ? Qui sont les véritables gagnants de ces 106 jours de guerre ?
Mon analyse dans cette vidéo.
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Le président chinois Xi Jinping s’est rendu le 8 juin en Corée du Nord pour un sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pyongyang a nettement renforcé sa coopération avec Moscou, notamment sur le plan militaire et diplomatique, ce qui contribue à augmenter les tensions dans la région. À travers cette visite, la Chine cherche à consolider son alliance avec la Corée du Nord, afin de préserver son influence dans la région et affirmer sa puissance face à la Russie. Dans le même temps, la poursuite de la Corée du Nord de son programme nucléaire et ses essais balistiques représente une menace grandissante pour les pays voisins et la stabilité régionale. Quel le bilan peut-on tirer de la visite du président chinois en Corée du Nord ? Quels sont les objectifs stratégiques poursuivis par la Chine face au rapprochement entre Moscou et Pyongyang. Quelles pourraient être les conséquences d’un renforcement de la coopération sino-nord-coréenne pour la sécurité régionale ? Le point avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique.
Quel état des lieux peut-on dresser de la relation sino-nord-coréenne et quels étaient les principaux enjeux (politiques, économiques, diplomatiques et sécuritaires) de cette rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un ?
Cette rencontre a eu lieu les 8 et 9 juin à Pyongyang. Elle a été préparée, côté chinois, par le département des Affaires du Parti, une branche particulière des Affaires étrangères, en grande partie gérée par les services de renseignement. C’est le premier déplacement du dirigeant chinois à l’étranger depuis le début de l’année. Xi Jinping et Kim Jong-un s’étaient déjà rencontrés en présence de Vladimir Poutine le 3 septembre dernier dans une démonstration de force déployée sur la place Tiananmen, officiellement pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire contre le Japon, et pour rappeler que Pyongyang ne devait pas échapper au giron chinois, au seul profit de la Russie. Les déboires de Moscou sur le front ukrainien ont scellé un rapprochement inédit entre Pyongyang et la capitale russe et, au risque d’être marginalisé, Pékin a bien compris qu’il pouvait y avoir un risque pour la Chine de se voir écarté du grand jeu en Asie du Nord-Est tandis que ses relations avec le Japon se détériorent, chaque mois davantage. Quoi qu’il en soit, Pyongyang se retrouve au centre des attentions russes et chinoises. Ce triumvirat profite des difficultés des États-Unis au Moyen-Orient pour renforcer une coopération qui porte sur la livraison d’armes nord-coréennes à la Russie en échange, vraisemblablement, d’une aide russe dans la construction de sous-marins nucléaires. Pour ce qui concerne les relations sino-coréennes, ces dernières sont désormais plus transactionnelles que hiérarchiques. Xi Jinping cherche à rééquilibrer ces relations, alors que Kim Jong-un a gagné en autonomie diplomatique et en importance sur la scène internationale. Cette visite d’État est aussi l’occasion pour Pékin de promouvoir la Corée du Nord comme destination touristique, renforçant ainsi la dépendance économique de Pyongyang envers la Chine. En somme, ce voyage est à la fois une opération de séduction envers Kim Jong-un, une tentative de réaffirmer la prééminence chinoise face à la Russie, et un moyen pour Pékin de maintenir son influence dans une région en pleine recomposition géopolitique. Signes intéressants : Xi Jinping, alors accompagné de son épouse Peng Liyuan, tout ébaudis par les chorégraphies réaliste-socialistes qui étaient offertes en l’honneur du couple présidentiel chinois, s’est montré pour la première fois avec des cheveux grisonnants et devisait avec Kim Jong-un en arborant en public une paire de lunettes. Protocolairement parlant, il s’agissait sans doute de rappeler, sur un mode à la fois paternaliste et confucéen que le dirigeant chinois gardait un ascendant sur son jeune interlocuteur nord-coréen.
Dans un contexte de rapprochement entre Moscou et Pyongyang, quels sont les objectifs poursuivis par la Chine à travers le renforcement de sa relation avec la Corée du Nord ?
La Corée du Nord a réaffirmé à plusieurs reprises que son statut de puissance nucléaire était « irréversible ». Xi Jinping, tout en louant l’amitié « invincible » entre les deux pays, acquise durant la lutte opposant le Nord au Sud de la péninsule de 1950 à 1953, a insisté sur la nécessité de la stabilité régionale. La Chine, bien que soutenant traditionnellement la dénucléarisation, semble désormais accepter le fait accompli du programme nucléaire nord-coréen, tout en cherchant à éviter une escalade des tensions. Pour Pyongyang, la réunification avec le Sud n’est plus évoquée. C’est un signe inquiétant adressé à l’encontre de Séoul. Toute tentative de réconciliation avec le « frère ennemi » semble vouée désormais à l’échec. Les relations entre la Chine et la Corée du Nord sont par ailleurs liées à des enjeux économiques d’importance, avec l’intensification des échanges aériens commerciaux et le développement des zones portuaires frontalières, celle de Dandong-Sinŭiju en particulier. Il s’agit d’un hub logistique majeur pour la Corée du Nord, utilisé pour l’importation de pétrole (et d’autres marchandises). La raffinerie de pétrole de Ponghwa, située à Sinŭiju même, traite une partie du pétrole brut importé de Chine. Le développement des infrastructures touristiques de la ville de Samjiyon a certainement été abordé. Dans cette même optique, la station de ski du Mont Masik devrait accueillir à terme un flux important de touristes chinois. Ces projets s’inscrivent dans la doctrine économique du « Byungjin » (développement parallèle de l’économie et de l’arme nucléaire) de Kim Jong-un. Rappelons que les échanges avec la Chine représentent à ce jour une part très majoritaire du commerce total de la Corée du Nord avec l’étranger. À l’inverse, la Chine aura besoin de sécuriser à terme ses points de passage autour du littoral nord-coréen afin d’emprunter la voie du pôle des Nouvelles Routes de la Soie empruntant la voie de la Sibérie.
Dans quelle mesure un renforcement de l’alliance sino-nord-coréenne pourrait-il impacter les équilibres stratégiques sur le continent asiatique ?
Il s’agit bel et bien d’une alliance en vigueur depuis la signature en 1961 d’un Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. En cas d’agression, la Chine se doit d’apporter une assistance militaire à la Corée du Nord, et réciproquement. Xi Jinping s’est dit, auprès de son hôte prêt à « maintenir une communication stratégique étroite et continuer à guider les relations entre la Chine et la Corée du Nord vers de nouveaux sommets », a rapporté l’agence de presse officielle chinoise Chine nouvelle. Il a ajouté que « les deux parties devraient renforcer leurs échanges diplomatiques, policiers et militaires ». Cela signifie que Pékin prend du champ vis-à-vis de Washington dans le souhait américain d’opter pour une dénucléarisation de la péninsule. Cette position s’explique par la volonté de la Chine de maintenir un État-tampon stable face aux forces américaines en Corée du Sud, et de consolider son alliance avec Pyongyang. En somme, la Chine reconnaît implicitement la Corée du Nord comme puissance nucléaire, tout en cherchant à éviter tout conflit régional qui pourrait menacer ses intérêts. Et contrairement à 2019, où Kim Jong-un espérait encore négocier avec les États-Unis via la Chine, la situation a évolué : la Corée du Nord mise désormais sur le renforcement de son arsenal nucléaire et ne cherche plus à normaliser ses relations avec Washington. Cette posture réduit les marges de manœuvre diplomatiques pour les Américains, qui doivent composer avec un bloc sino-russe plus soudé. Le Japon craint que cette alliance renforcée entre la Chine et la Corée du Nord n’encourage Pyongyang à poursuivre ses essais de missiles (dont certains ont déjà survolé le territoire japonais) et à ignorer les sanctions internationales, avec le soutien tacite de la Chine. La reprise des liaisons ferroviaires et aériennes entre les deux pays en 2026 est aussi vue comme un contournement des pressions économiques exercées par l’ONU. Enfin, la visite de Xi Jinping s’inscrit dans une dynamique où Pékin, Moscou et Pyongyang cherchent à afficher un front commun face à l’Occident, ce qui isole davantage le Japon et la Corée du Sud dans leur politique de fermeté envers la Corée du Nord qui a rappelé, dans ce contexte, que son statut de puissance nucléaire était « absolument non-négociable ». En d’autres mots, à Tokyo, la rencontre de Pyongyang est perçue comme un signal alarmant de consolidation d’un bloc sino-nord-coréen (voire sino-russo-nord-coréen), qui déstabilise l’équilibre régional et menace directement la sécurité du Japon. La question nucléaire reste le point de crispation majeur, avec un sentiment d’impuissance face à l’inaction chinoise sur ce dossier.
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Le G7 s’ouvre le 15 juin prochain à Evian. La France en assure la présidence dans un contexte marqué par les divisions et les incertitudes. Créé en 1975 à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing en réponse à la crise économique, ce groupe des sept pays les plus industrialisés était à l’origine conçu comme un espace de dialogue informel entre alliés. Aujourd’hui, il est souvent perçu comme un club occidental en perte d’influence, où les désaccords l’emportent sur les consensus.
Cette édition est largement dominée par une question : quel sera le comportement de Donald Trump ? Entre ses désaccords avec les Européens sur l’Ukraine, son hostilité envers les institutions internationales et ses divergences sur les questions climatiques, commerciales ou technologiques, sa présence pourrait une nouvelle fois transformer le sommet en exercice d’équilibriste diplomatique.
Les dirigeants des États membres du G7 devraient notamment évoquer la guerre en Ukraine, alors que les Européens souhaitent maintenir la pression sur la Russie et poursuivre leur soutien à Kiev. Mais les divergences apparaissent également sur l’intelligence artificielle, sujet de confrontation croissante entre une Europe attachée à la régulation et une administration américaine qui défend une approche libérale sous l’influence des géants du numérique.
Les conflits au Proche-Orient et la situation en Iran figurent également parmi les dossiers susceptibles d’être abordés. Pourtant, derrière ces discussions se pose une question : le G7 est-il encore capable d’influencer le cours des événements mondiaux ou n’est-il plus qu’un symbole d’un Occident dont le poids relatif ne cesse de diminuer ?
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La fermeture du détroit d’Ormuz a mis en lumière l’importance stratégique des points de passages maritimes et a montré que leur blocage peut avoir des répercussions sur les marchés mondiaux. Cependant, ce détroit n’est pas un cas isolé : d’autres détroits et canaux jouent également un rôle déterminant dans la fluidité des échanges internationaux. Toutefois, ces passages stratégiques sont exposés à divers risques, qu’ils soient géopolitiques, tels que des tensions, des conflits et des rivalités entre États, ou climatiques, susceptibles d’interrompre la circulation maritime.
Quelles sont les normes juridiques auxquelles sont soumis ces détroits et canaux ? En quoi leur fermeture peut-elle perturber les échanges mondiaux ? Quelles sont les vulnérabilités de ces points de passages stratégiques ? Au-delà du détroit d’Ormuz, quelles pourraient être les conséquences d’un blocage d’un autre point de passage sur l’économie mondiale ?
Julia Tasse, directrice de recherche à l’IRIS et responsable du programme Océan, décrypte ces enjeux dans cette nouvelle Chronique Océan.
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Deux mois après l’ouverture des discussions entre Washington et Téhéran, la perspective d’un nouvel accord sur le nucléaire iranien reste incertaine. Les négociations semblent dans l’impasse et aucun des deux camps ne semble disposé à faire les concessions nécessaires pour parvenir à un compromis. Parallèlement, les positions de Washington et Tel-Aviv paraissent moins alignées qu’au début du conflit. L’enlisement de la situation et l’absence de progrès diplomatiques contribuent à renforcer les divergences entre les deux alliés et impacter l’évolution des négociations avec l’Iran. Où en sont les négociations entre les États-Unis et l’Iran et quels sont les principaux obstacles à leur avancée ? Les divergences entre les États-Unis et Israël peuvent-elles peser sur l’avenir des négociations ? Enfin, quelles conditions permettraient de relancer les négociations et un accord est-il encore en mesure de limiter les capacités nucléaires de l’Iran ? Le point avec Jacques Audibert, ancien directeur politique du Quai d’Orsay, responsable des négociations avec l’Iran de 2009 à 2014, ancien conseiller diplomatique de François Hollande, et membre du Conseil d’administration de l’IRIS.
Après deux mois de négociations entre l’Iran et les États-Unis, marquées par de nombreux blocages, quel bilan d’étape peut-on tirer ? Au vu des pertes subies parmi les dirigeants iraniens et des remaniements erratiques au sein du département d’État depuis le retour de Donald Trump, pensez-vous qu’il y a suffisamment de compétences des deux côtés pour parvenir à un compromis efficient ?
Le premier constat est qu’il n’y a malheureusement pas réellement de bilan d’étape, parce que la course n’a pas vraiment commencé. Les véritables négociations ne semblent pas encore engagées. Après deux mois, aucun progrès tangible n’est observable. Il y a eu des phases d’apaisement, des phases d’échanges plus positives, puis des phases de montée des tensions, comme actuellement, avec des échanges de tirs susceptibles de s’intensifier. Cette dynamique devrait toutefois se poursuivre sous la forme d’un conflit d’intensité moyenne : des moments d’apaisement devraient alterner avec des moments de tension, y compris avec des épisodes de frappes comme aujourd’hui. L’essentiel étant que des négociations s’ouvrent et se poursuivent. Or rien ne l’indique aujourd’hui.
Quant aux capacités des parties à négocier, tant du côté iranien qu’américain, il s’agit d’un des problèmes majeurs actuels. Si les deux parties ont intérêt à avancer vers une négociation et qu’aucune ne semble la rejeter totalement, aucun progrès n’est enregistré.
Côté iranien, les dirigeants ont été décimés. Plusieurs factions doivent se coordonner pour élaborer une position commune. Cela suppose des échanges internes et des négociations entre acteurs iraniens, ce qui paraît difficile sous la menace de frappes potentiellement mortelles menées par les États-Unis ou Israël. Les autorités iraniennes sont donc désorganisées et confrontées à leurs propres modes de fonctionnement institutionnels, qui rendent difficile l’adoption d’une position unifiée. Le Guide, les Gardiens de la révolution, le gouvernement et le Majlis n’ont pas nécessairement les mêmes approches.
Côté américain, il existe davantage d’unité de position, mais celle-ci est dictée par un président dont la capacité diplomatique de négociation semble limitée. Sa grammaire est celle qui a fonctionné dans la politique intérieure américaine : invectives, positions unilatérales pouvant aller jusqu’à l’injure, revirements ou affirmations éloignées de la réalité. Ces méthodes ne fonctionnent pas dans une négociation internationale. Par ailleurs, les outils de négociation mobilisés par Washington ne semblent pas suffisamment élaborés. Les interlocuteurs apparaissent surtout comme chargés de répéter rapidement les positions présidentielles. Rien ne laisse penser qu’une véritable équipe de négociation comparable à celle qui avait travaillé à l’obtention de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) du 14 juillet 2015 soit aujourd’hui constituée.
Des deux côtés, les capacités de négociation apparaissent donc faibles. Cela explique l’absence de progrès, sur fond de conflit d’intensité moyenne alternant phases de tension et d’accalmie. La période actuelle correspond plutôt à une phase d’intensification.
L’imposition d’un cessez-le-feu au Liban comme condition à un accord par l’Iran et la pression, assez vaine à ce jour, mise par Donald Trump sur Netanyahou pour stopper l’escalade, ne révèlent-elles pas une perte de contrôle des États-Unis sur les négociations au profit de l’Iran et des orientations désormais différentes entre Washington et Tel Aviv.
Les orientations de Washington et de Tel-Aviv semblent effectivement en train de diverger. Au moment de l’attaque de fin février, les États-Unis ont été convaincus par Israël qu’une frappe très forte visant à décapiter l’exécutif iranien conduirait à un succès rapide. Les résultats observés montrent que cela n’a pas produit les effets attendus. Depuis, les positions tendent à s’éloigner. Benyamin Netanyahou souhaite poursuivre le combat contre l’Iran et utilise pour cela la poursuite de l’affrontement avec le principal proxy iranien au Liban, le Hezbollah. Les frappes dans le sud du Liban se poursuivent donc. Les conséquences éventuelles sur les négociations ne semblent pas constituer une préoccupation majeure pour Israël, et il est même possible que le fait que cela ait un effet négatif sur les négociations lui convienne, puisqu’il continue de poursuivre l’idée d’éradiquer le pouvoir iranien et la capacité iranienne à combattre, ce qui ne paraît pas réaliste.
Pour autant, il ne semble pas que les États-Unis aient perdu le contrôle des négociations au profit de l’Iran. Les deux parties apparaissent surtout incapables de négocier efficacement. Aucune ne prend réellement l’avantage sur l’autre. Les deux auraient intérêt à parvenir à un accord, mais les exigences restent actuellement trop élevées de part et d’autre. Cette situation est classique au début d’un processus de négociation. Il faut ensuite commencer à construire des compromis, parfois sous forme chronologique : distinguer les problèmes selon leur degré d’urgence, traiter certains sujets immédiatement, d’autres à moyen terme et d’autres encore à plus long terme.
Dans ce conflit, la réouverture du détroit et la fin du blocus des ports iraniens constituent des intérêts communs. La question devient alors celle des contreparties possibles et, surtout, de l’ouverture immédiate de négociations crédibles sur le nucléaire. Aujourd’hui, les Iraniens ne semblent pas prêts à avancer sur ce sujet, mais une position affichée aujourd’hui peut évoluer demain. C’est précisément le principe d’une négociation : faire évoluer les lignes jusqu’à identifier une ouverture possible. Pour l’instant, cela ne semble pas se produire.
Face à ces négociations qui semblent s’enliser, comment la situation pourrait-elle se débloquer selon vous ? Compte tenu des capacités d’enrichissement acquises par l’Iran, un accord pourrait-il réellement empêcher ce pays d’avancer sur l’acquisition de l’arme nucléaire ?
Un déblocage relativement rapide pourrait intervenir si un compromis était trouvé sur un séquençage des problèmes.
Dans un premier temps, les sujets considérés comme urgents devraient être traités : pérennisation du cessez-le-feu, rétablissement de la circulation dans le détroit d’Ormuz, probablement en échange d’une levée partielle des sanctions ou d’un dégel des avoirs iraniens.
En parallèle, il faudrait engager immédiatement des négociations sur le sujet central : le nucléaire. Une solution sur ce dossier ne pourra pas être trouvée rapidement. Lors des précédentes négociations, cinq années avaient été nécessaires. Trouver un compromis sur le nucléaire est indispensable, mais cela demande du temps. Le sujet comprend plusieurs dimensions, notamment la vérification des engagements des différentes parties, en particulier ceux de l’Iran. Ces mécanismes sont extrêmement techniques et nécessitent de longs mois de travail. Il faudrait donc commencer immédiatement ce travail, avec un engagement des Iraniens à geler leurs activités. Rien ne garantit toutefois qu’un tel engagement puisse être obtenu.
L’ensemble se déroule dans un contexte marqué par une certaine irrationalité. Après l’opération américaine menée avec Israël en juin 2025, il avait été affirmé que l’ensemble du dispositif nucléaire iranien avait été « obliterated », c’est-à-dire totalement annihilé. Ce n’est manifestement pas le cas. Aujourd’hui, le résultat réel des frappes sur les capacités nucléaires iraniennes reste inconnu. Il n’est pas possible de savoir quelles installations dissimulées subsistent, ce qu’il est advenu du stock d’uranium enrichi — notamment les fameux quatre cents kilos — ni dans quelle mesure les capacités iraniennes de production et d’utilisation de centrifugeuses ont progressé. Pendant les années qui ont suivi le retrait américain de l’accord en 2018, les Iraniens n’étaient plus soumis aux obligations prévues par celui-ci et ont ainsi pu poursuivre leurs activités de recherche et de progression des capacités sans les mêmes contraintes.
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Le 7 juin 2026, les Arméniens étaient appelés aux urnes pour élire leur Premier ministre. À l’issue du scrutin, Nikol Pachinian a été réélu avec 49,8 % des voix, loin devant le candidat pro-russe Samvel Karapetian, qui a obtenu 23,3 % des suffrages. Cette élection intervient dans un contexte marqué par de profonds bouleversements pour l’Arménie. La défaite face à l’Azerbaïdjan lors de la guerre de 2020, puis la reprise du Haut-Karabagh par Bakou en 2023, ont profondément marqué le pays et entraîné le déplacement massif de populations. Malgré leur alliance historique, Moscou n’est pas intervenu pour empêcher la perte de l’enclave, alimentant une forte défiance à l’égard de la Russie au sein de la société arménienne. Dans quel contexte se sont déroulées les élections législatives en Arménie ? En quoi ce scrutin traduit-il une volonté du pays à prendre ses distances avec Moscou ? Un rapprochement avec l’Union européenne et les États-Unis est-il envisageable ? Enfin, quelles perspectives le résultat des élections ouvre-t-il pour la normalisation des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ? Le point avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS.
Quel est le contexte dans lequel se sont tenues les élections législatives en Arménie ?
L’Arménie sort de plusieurs années de fortes tensions qui ont traumatisé une grande partie de la population. Cela s’explique tout d’abord par la lourde défaite militaire face à l’Azerbaïdjan en 2020, puis la reprise du Haut-Karabagh par celui-ci en 2023 qui entraina le départ de 100 000 à 120 000 Karabakhiens dont une majorité se réfugie en Arménie.
Plus récemment, la guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran voisine aggrave les inquiétudes, même si l’Arménie n’a pas été touchée par les combats. Les relations économiques avec la République islamique ne sont certes pas significatives – moins de 4 % des échanges –, mais c’est en l’occurrence la frontière commune qui constitue une véritable ouverture et donc un enjeu stratégique vital pour un pays enclavé dont les frontières avec la Turquie et l’Azerbaïdjan sont fermées depuis de nombreuses années.
Enfin, si un texte traçant la perspective de la signature d’un accord de paix a été validé avec l’Azerbaïdjan en août 2025 à Washington sous l’égide de Donald Trump, il n’est pour l’instant pas ratifié par les parlements arménien et azerbaïdjanais.
Dans quelle mesure la réélection de Nikol Pachinian traduit-elle la volonté de la société arménienne de se détacher de l’influence russe ? Quelles pourraient être les conséquences sur les relations bilatérales entre Erevan et Moscou ? En quoi le résultat de ce scrutin pourrait-il renforcer les perspectives de rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne et les États-Unis ?
Le score obtenu par le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, affleurant les 50 % des suffrages exprimés, traduit un indéniable soutien à la politique qu’il mène, notamment au niveau régional. Une forte défiance à l’égard de la Russie est manifeste, notamment depuis les guerres de 2020 et 2023 au cours desquelles beaucoup d’Arméniens se sont sentis trahis en raison de la non-intervention de Moscou, en dépit du rôle de protecteur qu’il prétendait incarner depuis la proclamation de l’indépendance. Cette situation a abouti au gel de la participation de l’Arménie à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), organisation politico-militaire dominée par la Russie dont font partie plusieurs États anciennement membres de l’URSS. C’est aussi pourquoi Nikol Pachinian oriente avec précaution son pays vers les puissances occidentales.
Dans ce contexte Moscou n’a pas hésité pour sa part à proférer des menaces en termes assez peu voilés, au cours des dernières semaines. Vladimir Poutine a ainsi déclaré durant la campagne électorale en Arménie que les ventes de gaz à tarif préférentiel pourraient passer au prix européen, soit environ quatre fois plus cher, si le processus de rapprochement avec l’Union européenne (UE) se poursuivait, alors qu’une loi enclenchant la procédure d’adhésion à l’UE a été votée par le parlement arménien en mars 2025. Le tropisme pro-européen existe donc à Erevan, mais c’est aussi sa relation avec les États-Unis qui inquiète la Russie.
Les accords conclus avec l’Azerbaïdjan déjà évoqués sont en effet significatifs. Non seulement ils ont fait apparaître Donald Trump comme un faiseur de réconciliation entre deux peuples depuis longtemps en guerre, ce dont il s’est largement vanté, mais surtout il a considérablement fait avancer le projet, modestement intitulé « Route Trump pour la paix internationale et la prospérité ». Si cela se concrétise, ce corridor – comportant routes, voies ferroviaires, oléoducs et gazoducs – reliera l’Azerbaïdjan à son exclave le Nakhitchevan facilitant ainsi considérablement le transit entre l’Asie centrale et l’Europe, singulièrement la Turquie, tout en contournant la Russie et l’Iran. L’influence étatsunienne s’est encore renforcée à l’occasion de la visite du vice-président J. D. Vance – une première de ce niveau en Arménie – au mois de février 2026. Plusieurs contrats ont alors été signés portant notamment sur les drones, le nucléaire civil, les puces informatiques. Cette visite se poursuivit par une étape à Bakou au cours de laquelle a été signé un accord de coopération stratégique avec l’Azerbaïdjan.
On le comprend, Moscou a quelque raison de s’inquiéter en constatant sa perte d’importance graduelle. Le résultat des élections encourage clairement Nikol Pachinian à poursuivre dans la même voie et approfondir son rapprochement avec l’Union européenne d’une part et les États-Unis d’autre part.
Nikol Pachinian a déclaré vouloir « institutionnaliser un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ». À l’issue de cette élection et en l’absence d’une majorité au Parlement pour adopter des amendements constitutionnels, quelles sont ses marges de manœuvre quant au dossier du conflit au Haut-Karabagh ? Doit-on s’attendre à une stabilisation des tensions dans le Caucase ou au contraire à une intensification des rivalités régionales ?
La question qui se pose désormais ne concerne plus à proprement parlé le Haut-Karabagh, puisque la quasi-totalité de ses habitants a été obligée d’en fuir en 2023 et que le territoire a désormais rejoint l’Azerbaïdjan. Ce fait a été reconnu par Nikol Pachinian lui-même – ce qui lui vaut des accusations récurrentes de trahison – mais le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, en position de force, exige des amendements dans la constitution arménienne pour retirer toute référence au Haut-Karabakh.
En tout état de cause, c’est désormais la relation directe et la normalisation entre les deux États du Caucase du Sud qui est centrale. Les cicatrices ne sont pas refermées et les défis nombreux tant les trois décennies de conflit ont engendré des haines réciproques. L’Arménie accuse par exemple l’Azerbaïdjan d’occuper illégalement 200 km2 de son territoire et le processus de délimitation des frontières n’est pas terminé. Par sa politique atlantiste et de rapprochement avec l’Union européenne Nikol Pachinian cherche à renforcer ses soutiens et continuera dans cette voie confirmant la perte d’influence russe dans la région.
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Malgré l’annonce du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas le 10 octobre 2025, les violences n’ont pas cessé. Les frappes continuent de toucher des populations civiles palestiniennes, aggravant une situation humanitaire déjà dramatique. La bande de Gaza reste largement isolée de l’aide extérieure, rendant l’acheminement de denrées alimentaires, de médicaments et de matériel médical extrêmement difficile. À cela s’ajoutent les déplacements massifs de populations gazaouies, contraintes de fuir les zones de combat sur un territoire profondément dévasté par près de deux années de guerre. Face à cette crise, la réponse de la communauté internationale tarde à se faire entendre, soulevant des interrogations sur la capacité réelle des institutions internationales à protéger les populations civiles, à faire respecter le droit international et à créer les conditions d’une paix durable. La question palestinienne fait également débat au Parlement européen, où les positions des différents groupes politiques restent profondément divisées, dans un hémicycle où l’extrême droite est désormais fortement représentée. Dans ce contexte et en l’absence d’une réelle légitimité de l’autorité palestinienne auprès des Palestiniens, la perspective de la création d’un État palestinien semble s’éloigner davantage.
Quelle est l’évolution de la situation humanitaire dans la bande de Gaza ? La solution à deux États est-elle envisageable ? Quelle autorité peut légitimement représenter le peuple palestinien dans un contexte marqué par la fragmentation politique et territoriale ? Comment la question palestinienne est-elle traitée au Parlement européen ? Comment le conflit israélo-palestinien est-il traité dans les médias français ?
Autant d’enjeux abordés avec Rima Hassan députée européenne et juriste franco-palestinienne spécialisée en droit international.
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