Les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 sous l’égide des États-Unis, avaient porté l’espoir d’un règlement pacifique du conflit israélo-palestinien après des décennies de violence. L’échec des accords de Camp David II et l’éclatement de la deuxième Intifada en 2000 ont cependant démontré l’ampleur des divisions qui persistaient entre les deux camps. Aujourd’hui, le choc des attentats du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas, la riposte israélienne à Gaza – régulièrement qualifiée de génocide – et l’intensification de la colonisation israélienne en Cisjordanie rendent plus improbable que jamais toute perspective de paix durable. La poursuite des violences est-elle pour autant inévitable ?
Comment l’histoire du conflit israélo-palestinien éclaire-t-elle la situation actuelle ? En quoi les accords d’Oslo peuvent-ils être qualifiés d’échec ? Quelles leçons peut-on tirer des précédentes tentatives de règlement du conflit ? La solution à deux États est-elle la seule option réaliste ? Comment l’opinion évolue-t-elle à ce sujet aux États-Unis ?
Autant d’enjeux abordés avec Robert Malley, enseignant à l’université de Yale et ancien conseiller des présidents Bill Clinton et Barack Obama sur le Proche-Orient.
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Pierre-Antoine Donnet, ancien rédacteur en chef central de l’Agence France-Presse et correspondant à Pékin, Tokyo et New York, a répondu aux questions de Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, à propos de son ouvrage Chine, la défaite de l’Occident paru aux éditions de l’Aube en 2026. Extrait :
« Après le premier choc chinois des années 2000, lorsqu’un véritable tsunami de marchandises chinoises s’est déversé sur les marchés occidentaux à la suite de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 2001. Un « deuxième choc chinois » ou « choc chinois 2.0 » a déjà commencé, la première cible étant le secteur automobile. Je prends l’exemple de l’Allemagne qui a perdu 420 000 emplois industriels entre 2019 et 2025. Depuis les années 1970, tous les chanceliers allemands avaient parié sur la Chine et son marché qui donnait l’image trompeuse d’un eldorado infini. Volkswagen avait été l’un des précurseurs des délocalisations des majors de l’industrie européenne en Chine dans les années 70 et je me souviens très bien de ces Passat Volkswagen qui circulaient dans les rues de Pékin, prisées des cadres du Parti et de la haute administration, qui représentaient l’essentiel des voitures que l’on pouvait voir dans la capitale.
Aujourd’hui, ce pari chinois est largement perdu avec l’exemple le plus frappant de Volkswagen pour qui le marché chinois a longtemps été son premier marché mondial, avant même son marché domestique allemand. Le patron de Volkswagen, Oliver Blume, a publiquement annoncé en juillet la suppression de 100 000 emplois sur ses 660 000 employés dans le monde d’ici 2030, du fait principalement de la concurrence des véhicules électriques chinois. Déjà, ceux-ci envahissent les marchés mondiaux à des prix au moins 35 % moins chers que ceux de leurs concurrentes occidentales à qualité égale ou supérieure. La Chine compte près de 230 constructeurs automobiles employant 1,3 million d’ouvriers qui se livrent une concurrence acharnée pour survivre en réduisant au maximum les coûts de production de même que leurs marges. Les usines du géant BYD sont pour certaines presque entièrement robotisées et fonctionnent la nuit presque sans présence humaine. BYD construit en ce moment une méga-usine en Hongrie qui produira, à partir de la fin de cette année, des centaines de milliers de véhicules électriques par an sans craindre les sanctions commerciales ou les droits de douane puisque sa production sera localisée sur le sol de l’Union européenne. Pourquoi ce raz-de-marée ?
On le sait, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le président chinois Xi Jinping donne à la stabilité politique la priorité absolue sur l’économie. Mais comme la demande intérieure en Chine stagne depuis quelques années avec une hausse du chômage importante dont surtout celui des jeunes, l’économie s’essouffle au point que le doute s’installe et avec lui la consommation intérieure qui stagne. En période d’insécurité ou de doute, traditionnellement les Chinois épargnent pour faire face à de possibles lendemains difficiles. De ce fait, la surproduction industrielle est énorme en Chine et ne peut trouver de débouchés que sur les marchés extérieurs en exportant à prix cassés et en inondant les marchés mondiaux. La Chine est engagée dans un cercle vicieux où le régime doit absolument garantir un certain seuil de prospérité à sa population au risque sinon d’une instabilité sociale qu’il redoute. C’est là son « mandat du ciel » non écrit conclu avec la population : vous nous laissez conduire les affaires du pays en échange d’une prospérité minimale. Produire et exporter, même à perte, est de ce fait une nécessité absolue. »
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La guerre en Ukraine a eu pour effet de conduire les instances européennes, à la demande du conseil de l’Union européenne (l’UE) et de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, à proposer de nouvelles mesures pour permettre à l’Europe de se réarmer en augmentant les dépenses de défense, en faisant l’acquisition de nouvelles capacités et en accroissant les capacités de production d’armement de l’Union européenne.
Historiquement, l’action de l’Union européenne en matière de financement de la défense et notamment de l’industrie de défense peut se diviser en trois périodes.
La première période s’ouvre en 2016 et voit la Commission européenne proposer les premières actions en faveur de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) de manière à accroitre la compétitivité de celle-ci, de financer notamment de la recherche et technologie (R&T) et de la recherche et développement (R&D) de défense, domaines qui ont été le plus affectés par la baisse des budgets de défense après la chute du mur de Berlin. Cette période qui s’achève avant le début de la guerre en Ukraine voit éclore trois programmes majeurs de l’Union européenne : le Prepatory Action on Defence Research (PADR) en 2017, l’European Defence Industrial Development Programme (EDIDP) en 2018 et l’European Defence Fund (EDF) en 2021. Les deux premiers programmes étant les initiatives pilote de l’EDF en matière de R&T et de R&D. Ces trois programmes encouragent, par ailleurs, les entreprises bénéficiaires à coopérer, la règle selon laquelle il est nécessaire de présenter des projets réunissant trois entreprises de trois pays différents pour obtenir des financements européens étant fixée dans l’EDIDP en 2018. Par ailleurs, les conditions d’éligibilité conduisent à privilégier la préférence européenne pour avoir accès aux crédits européens.
La deuxième période s’ouvre avec le début de la guerre en Ukraine et se prolonge jusqu’à la publication du plan Readiness 2030 du 19 mars 2025. Durant cette période, la Commission européenne présente, à la demande du conseil européen, un certain nombre de mesures d’urgence destinées à acquérir des capacités dans un cadre collectif European Defence Industry Reinforcement through Common Procurement Act (EDIRPA) pour permettre la remontée en puissance de l’industrie munitionnaire Act in Support of Ammunition Production (ASAP), ainsi qu’une initiative que l’on pourrait qualifier de mixte European Defence Industry Programme (EDIP). En effet, EDIP tend à prolonger les dispositions prévues dans EDIRPA et ASAP, comprenant aussi des dispositions en faveur de l’Ukraine qui est en guerre. EDIP prolonge la philosophie d’EDF au stade des acquisitions et prévoit également des dispositions en matière de sécurité d’approvisionnement et de financement des petites ou moyennes entreprises (PME). On peut considérer EDIP comme une action pilote qui devrait trouver son prolongement dans le futur fonds de compétitivité.
Du fait de son agenda d’adoption qui a pris du retard, le projet de règlement instituant EDIP a mis plus d’un an à être adopté, mais aussi de son objet ; EDIP peut être considéré comme étant à cheval entre la deuxième période qui débute après le début de la guerre en Ukraine et la 3e période qui s’est ouverte avec le plan ReArm Europe dénommé Readiness 2030 présenté le 19 mars 2025. Il a d’ailleurs été nécessaire de coordonner EDIP avec Security Action for Europe (SAFE), car certaines des règles qui régissaient ce dernier instrument devaient être appliquées à SAFE.
C’est pour cette raison qu’il apparait nécessaire d’inclure EDIP dans l’analyse des mesures du plan Readiness 2030, car la temporalité de l’exécution des dispositions de ces divers instruments se recoupe.
Les deux autres instruments à prendre en compte ont été présentés dans le plan Readiness 2030.
Il s’agit de l’Escape clause qui permet aux États qui l’invoquent de pouvoir, durant quatre ans, augmenter leur budget de défense jusqu’à hauteur de 1,5 % du produit intérieur brut (PIB) sans que cela ne soit comptabiliser dans les obligations du pacte de croissance et de stabilité. L’Escape clause ne fixe pas de conditions dans son utilisation. Le surcroît de crédits budgétaires peut être affecté tout aussi bien à des dépenses d’investissement et d’acquisitions que pour les infrastructures ou pour augmenter le format des armées. Les règles gouvernant l’Escape clause ont été fixées dans une communication du 19 mars 2025 avec comme date limite pour activer l’Escape clause fixée à la fin du mois d’avril 2025, seize pays ayant demandé à bénéficier de cette dérogation à cette date.
Finalement, le 8 juillet 2025, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour quinze États membres : la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, la Tchéquie, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie.
Le 10 octobre 2025, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour l’Allemagne.
Le 17 février 2026, le Conseil a également activé la clause d’exemption nationale pour l’Autriche.
Enfin, bien après l’échéance, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour l’Espagne à la suite d’une demande formulée par ce pays, le 13 avril 2026.
Il faut noter que le bénéfice de l’Escape clause couvre l’année durant laquelle la demande pour bénéficier de cette initiative a été faite pour les dix-huit États qui ont finalement fait la demande en 2025.
SAFE consiste en des prêts sur dix ans octroyés pour l’Union européenne. D’un montant total de 150 milliards d’euros, SAFE ne peut être affecté que pour des dépenses relatives à des acquisitions d’armement, que ce soit pour financer des projets en cours de réalisation ou pour procéder à des acquisitions sur étagère. Ces acquisitions doivent être conjointes à deux États au minimum. Les paiements dans le cadre de SAFE doivent s’achever au plus tard le 31 décembre 2030. Le règlement SAFE a été adopté le 27 mai 2025, les États devaient exprimer leur intérêt pour SAFE au plus tard le 15 août 2025. Suite à cela, la Commission européenne a notifié le 9 septembre 2025, le montant des prêts qui pouvaient être accordés aux dix-neuf États ayant émis le souhait de bénéficier de SAFE. Dans une troisième étape, ces États ont déposé leur plan d’investissement avec comme date limite le 30 novembre 2025.
La question que l’on doit se poser est de savoir si ces initiatives vont conduire à influer sur la structure de la BITD européenne notamment avec un objectif de consolidation de celle-ci comme c’était le cas avec les initiatives antérieures, PADR, EDIDP, EDF et EDIRPA. Mais n’ont-elles pas simplement pour but que de faciliter le réarmement européen pour faire face à la guerre en Ukraine et à la menace grandissante qui pèse sur l’Europe grâce à des incitations financières avec des conséquences qui potentiellement peuvent, à l’inverse, contrarier les objectifs d’organisation du marché intérieur européen qui a pour objectif une structuration plus efficiente de l’European Defence Technological and Industrial Base (EDTIB).
L’article Les effets potentiels du plan « ReArm Europe » sur la consolidation de la base technologique et industrielle de défense européenne est apparu en premier sur IRIS.
Si la protection des mineurs ne fait pas débat, nous péchons sur les moyens. Aucun système n’a la réponse parfaite. Mais entre le pouvoir des juges et celui de la technocratie, les approches américaine et européenne n’essaient-elles pas de répondre différemment aux mêmes problématiques ? Et ces deux approches ne sont-elles pas aujourd’hui en train de converger ? L’élaboration de la norme relèverait principalement de la case law (l’équivalent de notre jurisprudence) aux États-Unis, tandis qu’elle serait davantage le fait des administrations et des régulateurs en Europe. La formule est séduisante. Elle est aussi de moins en moins exacte. Des deux côtés de l’Atlantique, la régulation se façonne, affaire après affaire, dans les parlements et au sein des autorités de régulation et des tribunaux comme une sculpture que l’on dégrossit – ou que l’on grossit – par touches successives. Reste encore à trouver le graal de sa mise en œuvre.
Concluant trois années de procédure, Meta et une coalition de 47 États américains ont déposé une requête visant à homologuer un accord transactionnel inédit, susceptible de changer la manière dont les mineurs accèdent aux plateformes en ligne à grande échelle.
Sans reconnaître sa responsabilité, Meta s’est engagée à remodeler en profondeur le fonctionnement de Facebook et d’Instagram pour les utilisateurs mineurs, ainsi qu’à verser 12,1 milliards de dollars, voire 17,1 milliards si sa proposition a un effet systémique sur le secteur. Elle s’engage à une série de mesures : plafond cumulé de deux heures de connexion par jour sur les deux plateformes, coupure d’accès entre minuit et six heures du matin, algorithmes de fils de contenus personnalisés repensés pour en diminuer le caractère addictif et bien sûr techniques de vérification de l’âge des utilisateurs renforcées.
Le prétoire, une arme de régulation redoutable, plutôt qu’un raccourciMême au pays de l’innovation, la liberté d’entreprendre trouve ses limites.
Le paradoxe n’est qu’apparent. La protection des enfants figure parmi les rares sujets capables de fédérer responsables républicains et démocrates. Elle survient, de surcroît, à un moment où l’opinion publique américaine se montre moins enthousiaste à l’égard des nouvelles technologies, à commencer par l’intelligence artificielle.
Surtout, le système américain fait du contentieux un véritable levier de régulation, avec ses actions collectives, les « punitive damages » qui peuvent se chiffrer à des millions voire des milliards et les actions des procureurs généraux qui disposent d’un corpus juridique moins prescriptif qu’en Europe mais accompagné d’une panoplie d’outils de mise en œuvre mobilisable à leur guise. La perspective d’un procès, de coûts financiers considérables et de la divulgation de documents internes place les entreprises sous une épée de Damoclès qu’elles n’ont pas envie de voir tomber. L’accord Meta intervient aussi trois ans après le dépôt des plaintes et à l’issue de plus de deux années de négociations, surtout après un revers judiciaire essuyé par l’entreprise dans l’État du Nouveau-Mexique à l’été 2026.
L’accord en cours d’approbation n’est donc pas le fruit d’un simple coup de baguette magique du gendarme américain, il s’appuie aussi sur un cadre législatif, certes plus général qu’en Europe, ainsi que sur l’aboutissement d’un long bras de fer judiciaire.
Le DSA rapproche l’Europe d’une régulation par l’« enforcement »Le droit européen repose sur une architecture différente, privilégiant un corpus légal et réglementaire prescriptif et détaillé. Mais en matière de régulation du numérique, il a aussi intégré des règles issues des pratiques de régulation et de supervision, notamment avec le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA).
Le législateur européen ne s’est pas borné à dresser une liste de pratiques interdites, ni à organiser la seule réparation de préjudices déjà survenus. Il impose aux très grandes plateformes d’évaluer et de maîtriser en permanence les risques systémiques liés à leurs services, y compris pour les mineurs.
Le système européen n’est pas le système américain et n’a pas vocation à le devenir. Ce n’est pas sa tradition et il n’en a pas les outils. Mais il s’en rapproche par un trait essentiel : la règle opérationnelle se précise affaire après affaire, au fil du dialogue entre le régulateur et les parties prenantes jusqu’aux décisions de la Commission européenne, responsable de la mise en œuvre des règles pour les plus grands acteurs.
La puissance normative européenne, à l’épreuve du chronomètreSur le fond, les autorités américaines et l’Union européenne visent les mêmes rouages économiques et techniques de l’architecture des plateformes numériques.
Les calendriers, eux aussi, se rapprochent. La procédure américaine a été engagée en octobre 2023 et a débouché sur un accord en août 2026. La Commission européenne a ouvert une enquête visant Meta en mai 2024 et présenté ses conclusions préliminaires sur la conception addictive de Facebook et d’Instagram en juillet 2026.
La différence majeure ne tient donc pas à la vitesse, mais à la forme de la contrainte. Aux États-Unis, la menace du procès et de conséquences financières considérables crée un rapport de force immédiat, presque frontal. Dans l’Union européenne, la pression s’exerce par une procédure administrative fondée sur l’évaluation et la réduction des risques, plus feutrée, mais tout aussi contraignante.
Il n’y a dès lors pas lieu de décréter la supériorité d’un modèle sur l’autre. La voie américaine peut produire des accords spectaculaires au terme de procédures longues et parfois incertaines. Le modèle européen, lui, s’appuie sur un cadre préventif dont l’efficacité reste à démontrer sur la durée.
Si la protection des mineurs ne fait pas débat, elle ne peut se contenter de slogans, ni s’abstenir de dialoguer avec les plateformes pour trouver des solutions intelligentes et opérationnelles. L’accord conclu avec Meta, s’il est encore loin de sa phase opérationnelle, renforce la pression pesant sur la Commission européenne pour démontrer, dans un délai politiquement acceptable, sa capacité d’action.
Si les promesses d’action immédiate gagnent du terrain, à l’image des propositions d’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs, elles ne sont pas forcément ni pertinentes ni efficaces. Le précédent français de la majorité numérique montre les limites de ces réponses d’affichage. En matière de régulation numérique, l’instantanéité politique et l’obsession législative sont de faux amis. Cherchons plutôt à travailler sur la mise en œuvre effective de nos règles et procédures.
Cette analyse a préalablement été publiée au sein de La Revue politique et parlementaire.
L’article Meta, régulation des plateformes et protection des mineurs : l’Amérique au prétoire, l’Europe en chantier est apparu en premier sur IRIS.
Le chef des renseignements égyptiens aurait averti Benyamin Netanyahou d’une attaque imminente du Hamas 11 jours avant les attentats du 7 octobre 2023, d’après le journal états-unien The Atlantic. Des révélations incriminantes qui viennent s’ajouter à celles du journal Haaretz sur l’avertissement adressé à Benyamin Netanyahou par le dirigeant émirati Mohammed ben Zayed, dix jours avant l’attaque. Il est révélé que le Premier ministre israélien avait déplacé les soldats positionnés autour de Gaza vers la Cisjordanie, et ce, en connaissance du risque d’une attaque d’ampleur depuis Gaza. Cela soulève des hypothèses, notamment sur les motivations réelles de Benyamin Netanyahou d’ignorer de tels renseignements. Mon analyse dans cette vidéo.
L’article 7 octobre : averti, Netanyahou n’a rien fait, pourquoi ? est apparu en premier sur IRIS.
Tous les cinq ans, des élections régionales ont lieu dans la République fédérale d’Allemagne pour renouveler les parlements des 16 länder. Ces assemblées jouent un rôle crucial à l’échelle nationale : elles élisent les gouvernements régionaux qui, à leur tour, nomment les représentants siégeant au Conseil fédéral (Bundesrat). Ces scrutins locaux ont donc des retombées politiques majeures sur la Fédération. En septembre 2026, trois élections majeures ont eu lieu : à Saxe-Anhalt, à Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin, où le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) est arrivé en tête dans l’État de la Saxe-Anhalt et de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tandis que le parti de la gauche radicale, Die Linke, a remporté la majorité à Berlin. La poussée de l’extrême droite dans le pays et la percée de la gauche radicale dans la capitale fragilise l’autorité du chancelier allemand Friedrich Merz et son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), qui incarne la droite traditionnelle. Aussi comment analyser les résultats des dernières élections ? D’où vient la montée de l’extrême droite ? Et quelles sont les répercussions sur le gouvernement du chancelier Friedrich Merz ?
Le point avec Jacques-Pierre Gougeon, professeur des universités et directeur de recherche à l’IRIS, auteur de « L’Allemagne, un enjeu pour l’Europe » (Eyrolles, 2024).
Quel bilan peut-on dresser des élections qui se sont déroulées dans les différents länder allemands au mois de septembre ?
Les trois dernières élections dans les Länder de Saxe-Anhalt, Mecklembourg-Poméranie et Berlin comportent des points communs et des différences. Les points communs concernent la percée et l’implantation dans la durée du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), avec des scores très élevés dans les deux premiers cas, soit respectivement 43,8 % et 38,2 %, et un résultat moins imposant dans le troisième cas avec 16,2 %. Dans les trois situations, la progression des scores est impressionnante par rapport aux dernières échéances : +23 %, +21 % et +7 %. Il s’agit donc d’une véritable dynamique. L’autre point commun à ces élections est l’effondrement des grands partis traditionnels qui ont structuré la vie politique allemande depuis la création de la République fédérale en 1949 : l’Union chrétienne-démocrate (CDU) du chancelier Friedrich Merz et le parti social-démocrate (SPD) du vice-chancelier Lars Klingbeil. En Mecklembourg-Poméranie, la situation est tellement dramatique pour la CDU qu’avec 4,9 % elle ne pourra même pas siéger au parlement régional, une première depuis 1949 et même 1946 si l’on prend en considération les premières élections organisées par les Alliés. Sans compter la disparition du parti libéral qui a dans l’histoire souvent servi d’appoint aux grands partis pour former une coalition. Quant aux Verts, ils arrivent à se maintenir avec un score non négligeable, par exemple 14,3 % à Berlin, devançant le SPD.
Les différences sont liées aux résultats obtenus par le SPD et par la gauche radicale Die Linke. Le parti social-démocrate réalise un score très faible en Saxe-Anhalt, soit 9 %, et mauvais à Berlin, soit 12,1 %, capitale longtemps dirigée par cette même formation, avec des personnalités marquantes, comme Willy Brandt et Ernst Reuter. En Mecklembourg-Poméranie, les 35,5 %, bien qu’inférieurs au résultat de l’AfD, doivent beaucoup à la personnalité de la ministre-présidente sortante Manuela Schwesig qui a personnalisé la campagne et n’a pas hésité à critiquer la politique nationale de son propre parti au sein de la grande coalition, notamment en ce qui concerne la réforme des retraites qu’elle juge injuste, d’abord pour les personnes qui ont travaillé au moins 45 ans et ne pourraient plus partir en retraite à 63 ans. D’ailleurs, ce point fait partie des sujets qu’une partie des parlementaires sociaux-démocrates souhaitent voir rediscuter avec le chancelier. Elle a pu également mettre en avant ses bonnes relations avec les milieux économiques dans un Land, le plus faible économiquement d’Allemagne, qui repense son économie maritime et voit se développer les industries d’armement.
Quant à la situation de Die Linke, elle apparaît paradoxale. Longtemps parti favori dans les Länder de l’Est, dont elle se voyait les défenseurs, elle est maintenant largement dépassée dans cette revendication par l’AfD, ne réalisant que 9 % en Saxe-Anhalt et 6,5 % en Mecklembourg-Poméranie. En revanche à Berlin, elle réalise avec 25,7 % une percée, en étant le parti de la jeunesse puisque 43 % des 16-24 ans ont voté en sa faveur. Avec sa cheffe de file Elif Eralp, fille de réfugiés turcs, qui a mis l’accent sur les difficultés de logement dans la capitale allemande et défendu l’idée d’une politique d’expropriation, elle fait émerger une nouvelle génération de responsables politiques qui devra sans doute faire des compromis pour gouverner. On le voit, le paysage politique allemand est en plein bouleversement et en mutation.
Comment expliquer la percée de l’AfD dans certains Länder ?
Il faut lire le résultat de l’AfD lors de ces dernières élections régionales à deux niveaux. D’une part, il y a une spécificité proprement est-allemande puisque 63 % des Allemands de l’Est se perçoivent comme des « citoyens de seconde classe » et que la convergence économique et sociale entre les deux parties Est et Ouest de l’Allemagne a certes bien avancé depuis l’unification mais connaît depuis plusieurs années un rythme plus lent. En juin 2026, des économistes allemands ont publié une étude au titre évocateur « Le processus de rattrapage est en danger », relevant le manque d’investissements privés et de main-d’œuvre qualifiée qui sont des freins au développement économique. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant n’atteint à l’Est que 75 % du niveau de l’Ouest, la productivité par actif 85 % et les investissements en équipements seulement 64 %. En ce qui concerne les revenus, le salaire moyen brut en Allemagne orientale est inférieur de 800 euros à celui de l’Ouest, soit 17 %, alors que la différence entre les niveaux de vie n’est que de 8 %. Ces écarts, qui créent une vraie désillusion, sont l’un des leviers utilisés par l’AfD pour souligner le manque de considération des « partis du système ».
Cela ne suffit pas à expliquer la percée de ce parti qui domine dans les sondages nationaux et réalise aussi des scores importants lors d’élections régionales à l’Ouest, comme dans le Bade Wurtemberg le 8 mars 2026, avec 18,8 %, ou en Rhénanie-Palatinat le 22 mars 2026, avec 19,5 %. Outre un mécontentement fort à l’égard du gouvernement dont seulement 13 % des Allemands approuvent l’action, une lame de fond touche les deux grands partis traditionnels, la CDU et le SPD, qui perdent des électeurs au profit de l’AfD. Le premier perd des électeurs qui jugent la CDU trop « centriste » et insuffisamment engagée sur la question de l’identité. Le second décroche dans les catégories populaires, chez les ouvriers et les employés, qui ne voient plus en lui le parti de la justice sociale. Lors des élections fédérales de 2025, 38 % ouvriers ont voté pour l’AfD contre seulement 12 % pour le SPD. En Saxe-Anhalt, 60 % des ouvriers ont voté pour l’AfD. La question identitaire et la question sociale sont au cœur de cette évolution.
Quelles réactions ces résultats ont-ils suscité auprès de Freidrich Merz et de son parti le CDU ? L’affaiblissement de la CDU pourrait-il aboutir à une rupture progressive du « cordon sanitaire » (Brandmauer) en vue d’envisager une coalition inédite avec l’AfD pour rester au pourvoir ?
Pour Friedrich Merz, le résultat de ces élections régionales constitue un camouflet, lui qui était arrivé à la chancellerie en voulant réduire de moitié le score de l’AfD. Il est affaibli à la fois comme chancelier, donc chef du gouvernement d’une grande coalition, et comme président de la CDU dont une partie de la base a manifesté son mécontentement. Une aile de ce parti, proche du patronat et de tradition libérale, estime que les réformes de l’État providence engagées dans les domaines des retraites et de la santé ne vont pas assez loin, notamment du fait du blocage du SPD, tout comme la réforme fiscale. D’où chez certains l’idée d’un gouvernement minoritaire qui laisserait davantage les coudées franches au chancelier. Quant à l’aile sociale de la CDU, elle revendique davantage de concertation avec les syndicats et une plus grande attention aux personnes les plus défavorisées qui devraient bénéficier de correctifs.
Une partie de la CDU, pour l’instant davantage à l’Est qu’à l’Ouest, commence à douter de la stratégie du « pare-feu », du « cordon sanitaire », mise en place à l’égard de l’AfD. Certains élus locaux de la CDU observent qu’au niveau local il est possible de travailler avec les élus de l’AfD, souvent proches de la population et de ses revendications. D’ailleurs l’opinion publique est partagée au sujet d’une possible coopération avec l’AfD. Dans une enquête d’opinion d’août 2026, 27 % des Allemands se sont dits favorables à une coopération avec l’AfD, 32 % approuvent une coopération avec l’AfD « au cas par cas » et 37 % rejettent toute forme de coopération, tandis que le reste est indécis. On peut noter que 48 % des sympathisants de la CDU sont favorables à une coopération avec l’AfD « au cas par cas », ce qui montre que les lignes à ce sujet sont en train de bouger. Cette dimension est explosive pour la CDU et risque de fracturer le parti.
L’article Allemagne : recompositions du paysage politique, jusqu’où ? est apparu en premier sur IRIS.
Le Canada pourrait-il devenir le 28e membre de l’Union européenne et ainsi remplacer le Royaume-Uni, qui l’a quittée en 2020 ? Cette hypothèse est impossible juridiquement, puisque le Canada n’est pas situé sur le continent européen, ce qui est une condition sine qua non d’une adhésion. Le rapprochement, politique, géopolitique et économique entre l’Union européenne et le Canada n’en demeure pas moins spectaculaire.
Le Premier ministre canadien, Marc Carney, a assisté au discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Parlement européen par la présidente de la commission Ursula von der Leyen le 16 septembre. Ce discours se veut la réplique du traditionnel, mais beaucoup plus suivi, discours sur l’état de l’Union que le président des États-Unis prononce chaque année en janvier. Le lendemain, Marc Carney s’est adressé au Parlement européen où il a été chaleureusement applaudi.
48 heures plus tard, il était reçu par le président Macron dans le territoire français de Saint-Pierre-et-Miquelon, situé au large du Canada. Ils ont affiché leur complicité et leur solidarité. Le Premier ministre canadien a appelé à une conclusion rapide d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.
Comment expliquer un rapprochement si appuyé ?
En réalité, c’est Donald Trump qui sert d’accélérateur et d’amplificateur de ce phénomène. Le Canada est souvent perçu comme un pays européen, situé sur le continent américain. Il a les mêmes valeurs que les pays européens, le même socle civilisationnel, le même attachement au multilatéralisme et au droit international, et il n’a pas la capacité d’être une puissance impériale comme les États-Unis. Il existe par ailleurs un lien fort unissant le Canada au Royaume-Uni et à la France. Cette proximité se base sur des liens coloniaux anciens, qui ont été dénoués de façon harmonieuse et non conflictuelle.
Le Canada et les Européens sont des alliés des États-Unis au sein de l’Alliance atlantique, et l’un comme l’autre est désemparé par l’attitude de Donald Trump par rapport aux partenaires traditionnels de Washington. Pour le président états-unien, l’alliance est une source d’obligations automatiques dont il veut se défaire, car il estime que cela entrave la souveraineté de son pays.
Par ailleurs, il a affiché ouvertement sa volonté d’annexer le Canada ainsi que le Groenland, qui appartient au Danemark, pays de l’Union européenne.
Dans une carte qu’il a publiée récemment, les territoires français des Caraïbes et Saint-Pierre-et-Miquelon sont également affichés comme rattachés aux États-Unis.
Ces attaques de Washington expliquent l’idée selon laquelle il faudrait front commun pour opposer une résistance à un allié qui pourrait se transformer en prédateur.
Le 20 janvier, Marc Carney avait fait un discours remarqué au sommet de Davos, plaidant pour l’alliance des puissances moyennes, afin de résister aux puissances impériales dans lequel il intégrait également la Russie et la Chine.
Il a fait même preuve de plus de fermeté que les Européens. Ces derniers ont accepté un accord commercial inégal dans lequel les exportations américaines vers le Vieux Continent ne sont pas taxées, tandis que les exportations européennes vers les États-Unis subissent une taxation de 15 %. À l’opposé, lorsque Donald Trump a décidé de taxer les produits canadiens à hauteur de 50 %, Marc Carney a déclaré qu’il ferait la même chose « au dollar prêt ».
C’est extrêmement courageux de sa part dans la mesure où l’économie du Canada est très largement dépendante du marché américain qui reçoit 75 % des exportations canadiennes. Marc Carney veut diversifier son économie et est parvenu à faire baisser ce taux à 70 %.
Le Canada et les pays européens espèrent qu’en faisant front commun, ils pèsent plus par rapport à Washington.
Cela n’a pas empêché Donald Trump d’annoncer la semaine dernière qu’il avait pris le contrôle total du Groenland. C’est une façon très particulière de présenter les choses. Les États-Unis avaient déjà des bases militaires sur ce territoire et l’accord signé reconnaît toujours la souveraineté pleine et entière du Danemark sur ce territoire. Il prévoit qu’il n’y aura pas de base militaire, russe ou chinoise sur le Groenland, ce qui était de toute façon inconcevable pour Copenhague.
Les Européens ont décidé de laisser Trump triompher médiatiquement, l’essentiel étant pour eux le fait qu’il est de plus en plus impopulaire les opinions publiques, tant européenne que canadienne.
Les gouvernements font donc contre mauvaise fortune, bon cœur, pensant qu’il est indispensable de garder des liens avec le président américain, même si cela implique certaines déconvenues.
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Dans la nuit du 16 et 17 septembre 2026, le Congrès américain promulgue, pour la première fois depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, de nouvelles sanctions économiques contre la Russie, visant particulièrement ses hydrocarbures et sa « flotte fantôme », comprenant ainsi les pays importateurs de gaz et de pétrole russes dont l’Inde et la Chine. Ce nouveau projet de loi soulève alors de nouvelles questions sur les relations russo-américaine. Quels sont les objectifs majeurs des nouvelles sanctions économiques imposées par Donald Trump ? Comment la Russie y réagit-elle ? Peuvent-elles alors fragiliser les relations avec ses alliés ? Enfin, que peut-on alors en déduire de la relation russo-américaine ? Le point avec Igor Delanoë, chercheur associé à l’IRIS, spécialisé sur la géopolitique de la Russie.
Quelles sont les objectifs principaux de ces nouvelles sanctions économiques engagés par Donald Trump ? Quelle position la Russie adopte-t-elle face aux sanctions ?
Ces sanctions ont un double objectif. D’une part, à l’approche des élections de mi-mandat qui s’annoncent mal pour Donald Trump, elle vise à faire taire les critiques de ceux qui affirment, outre Atlantique, que le président américain « capitule » devant Vladimir Poutine. Rappelons que le taux d’approbation de l’action de Donald Trump a dégringolé à 32 %, le niveau le plus bas jamais mesuré pour l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Deuxièmement, ces sanctions « infernales », comme les nomme la presse américaine, ont aussi pour but que la Chine et l’Inde, les deux principaux acheteurs de brut russe, diminue considérablement leurs achats. Il s’agit aussi pour l’administration américaine de se créer un levier supplémentaire sur ces pays avec qui elle a engagé un rapport de force au sujet du déficit commercial et des tarifs douaniers. Cette manœuvre fait écho aux pressions exercées fin 2025 par Washington sur l’Inde notamment, sous forme de menaces, afin que New Delhi, alors premier client de la Russie pour les achats de pétrole, baisse ses approvisionnements en brut russe. Alors que la guerre contre l’Iran se poursuit de manière plus ou moins larvée et que la circulation dans le détroit d’Ormuz reste dangereuse, on peut imaginer que le président américain souhaite favoriser les pétroliers américains auprès des clients asiatiques. Ceci dit, ces sanctions sont de nature à accroître les tensions sur le marché international et, notamment, la hausse des prix de l’essence et de l’énergie en Europe.
Face à cette décision, Moscou ne peut que prendre acte et critiquer. Même si cela reste peu probable, il faudra voir si la Russie prendra des mesures de rétorsion dans le domaine du nucléaire civil et de l’exportation de métaux rares vers les États-Unis ; il s’agit de deux domaines où la coopération russo-américaine se poursuit. En revanche, Vladimir Poutine a signé le lundi 21 septembre un oukase qui vise à placer « sous administration externe » les actifs de la filiale russe d’une société américaine de l’Illinois, AptarGroup, spécialisée dans la fabrication d’emballages. Les actifs ont été saisis et transférés « provisoirement » a une société russe, H&N. Il s’agit clairement d’une rétorsion à la suite de l’adoption de ces nouvelles sanctions par Donald Trump. Cela constitue aussi un tournant car jusqu’à présent, les entreprises américaines étaient à l’abri à l’égard de ces confiscations décidées par le Kremlin, contrairement aux entreprises européennes, qui en ont fait les frais, et continuent d’être occasionnellement visées.
Quelles sont les marges de manœuvre dont dispose la Russie face à ces sanctions au regard de sa situation économique ? Alors que la Russie avait mis en place des stratégies de contournement face aux précédentes sanctions occidentales, celles-ci pourraient-elles perdurer alors que ces sanctions états-uniennes visent également les cinq principaux pays importateurs de gaz et de pétrole russes, dont l’Inde et la Chine ?
Hormis le fait que le prix du pétrole a augmenté ces derniers jours et que la demande en Asie reste soutenue, les marges de manœuvre russes sont minces. Dernièrement, les ventes de pétrole russe ont bondi, notamment en Extrême-Orient, sur fond d’instabilité au Moyen-Orient, et notamment à la suite de l’attaque de l’oléoduc est-ouest en Arabie saoudite. Ainsi, au cours de la semaine du 7 septembre, les recettes d’exportations de brut ont bondi à 2,4 milliards de dollars, soit une augmentation de 620 millions de dollars hebdomadaires, ce qui a ramené le niveau des exportations russes de pétrole à ce qu’il était fin mai 2026. Le pétrole ESPO (Eastern Siberia – Pacific Ocean), chargé en Extrême-Orient et vendu aux raffineries chinoises, était vendu 12,5 dollars au-dessus du prix du Brent, soit 117,1 dollars le baril. L’Urals, qui est la marque de référence pour le pétrole russe, se vendait quant à lui avec une surprime de 6 dollars par baril, et même jusqu’à 20 dollars au-dessus du prix du Brent, mi-septembre. On est donc bien loin du prix plafond décrété par le G7, fixé à 44,1 dollars par baril depuis le 1er février 2026. Selon cette mesure, tout pays qui achète du pétrole russe au-dessus de ce prix s’expose à des sanctions…
Autrement dit, la marge de manœuvre russe se situe dans la forte demande asiatique – et c’est aussi pour cela que Donald Trump a adopté ces sanctions – et le peu d’alternative existante pour les importateurs. Reste donc à voir si les Indiens et les Chinois vont obtempérer, ou braver le risque et s’exposer à des sanctions américaines en poursuivant leurs achats au même rythme. Ils peuvent aussi les poursuivre en réduisant les volumes. Les Chinois ont déjà montré l’an dernier qu’ils étaient prêts à courir le risque en achetant du pétrole transbordé dans des ports chinois à partir de navires sous sanctions. Finalement, la discussion se déplace plus du côté des relations bilatérales entre Washington et les acheteurs de pétrole russe, qu’entre Moscou et Washington. La poursuite ou la baisse des achats de brut russe reflètera, au fond, plus un rapport de force entre les Américains et les acheteurs de brut russe, qu’autre chose.
Alors que Donald Trump semblait épargner davantage Vladimir Poutine ces derniers mois, comment peut-on expliquer ce revirement ? Quel bilan peut-on plus largement dresser de l’évolution de la relation russo-américaine ?
Il faut distinguer les affaires de personne et les rapports de force entre États. Donald Trump a en effet toujours affirmé qu’il « s’entendait » avec Vladimir Poutine, et il doit certainement lui en vouloir de ne pas avoir accepté les conditions américaines pour un cessez-le-feu en Ukraine au printemps 2025. Toutefois, ces nouvelles sanctions visent tout autant à offrir un meilleur positionnement aux pétroliers américains qu’à fournir à la Maison-Blanche un nouveau levier sur Pékin et New Delhi. Relevons que Donald Trump les a adoptées juste avant l’Assemblée générale des Nations unies – institution internationale qu’il abhorre –, et après le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OSC), qui s’est tenu à Bichkek le 1er septembre, et celui des BRICS, qui a eu lieu le 13 septembre à New Delhi. Même s’il ne comprend pas nécessairement le fonctionnement de ces organisations, il doit certainement discerner une forme d’hostilité dans leurs agendas respectifs à l’égard de la domination américaine, et notamment celle du dollar. Autrement dit, ces sanctions sont aussi censées, selon moi, rappeler à l’ordre ces pays eurasiatiques – Russie comprise – vis-à-vis de leur prétention à remodeler l’ordre international en faveur de plus de multipolarité et à la dédollarisation des échanges commerciaux (sauf pour l’Inde, qui est plus prudente sur ce sujet).
Quant à la relation russo-américaine, elle a traversé trois phases depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche : une phase de reprise du dialogue et de stabilisation de la confrontation, au cours de l’hiver et au début du printemps 2025. Cette première phase est clef car elle met un terme à l’envenimement incontrôlé de la relation qui prévalait depuis 2022, sous l’administration Biden. La relation russo-américaine a ensuite traversé une zone de turbulence provoquée par la désillusion du côté des Américains, concernant leur capacité à régler la guerre en Ukraine rapidement. Menaces et ultimatums ont été brandis par Washington à l’endroit de Moscou au cours de l’été 2025, et cette phase a trouvé son terme lors de la rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump à Anchorage. Ce sommet a permis d’enrayer cette dynamique négative et de faire repartir les contacts entre Russes et Américains. Une troisième phase s’est ainsi ouverte, caractérisée par des contacts occasionnels entre représentants russes et américains, la stérilité du trialogue – Russie, États-Unis, Ukraine – sur le dossier ukrainien, sans que cela provoque pour autant une escalade dans la relation russo-américaine. Cette phase a toutefois provoqué une autre désillusion, celle des Russes cette-fois, qui se sont pris à croire, après Anchorage, à un accord même tacite avec Washington sur les modalités du règlement de la guerre en Ukraine. Nous nous trouvons toujours, d’une certaine manière, dans cette phase aujourd’hui.
En fonction du résultat des élections américaines de mi-mandat, on pourrait rentrer soit dans une nouvelle phase de tensions russo-américaines, caractérisées pourquoi pas par une reprise de l’aide directe des États-Unis à l’Ukraine. On peut aussi imaginer que la relation reste dans cette phase plateau post-Anchorage, jusqu’à la fin du mandat de Donald Trump, avec un trialogue qui aura le mérite d’exister. Ce qui est sûr, c’est qu’à Moscou, on n’attend plus grand-chose de l’actuelle administration américaine concernant le règlement de la guerre en Ukraine.
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Publié le 4 août 2026, le dernier livre blanc japonais sur la défense s’inscrit dans la continuité du tournant stratégique engagé par le gouvernement de l’archipel depuis la diffusion des trois documents de sécurité nationale de 20222 et dont la mise à jour est attendue avant la fin de l’année 2026. Ragaillardi par l’écrasante majorité dont dispose la Première ministre Sanae Takaichi au sein des deux chambres du pays et en dépit d’une situation financière préoccupante, l’actuel gouvernement estime pouvoir mettre en œuvre le renforcement militaire décidé, tout en notant l’urgence d’une adaptation du Japon à un environnement régional jugé plus dangereux que jamais. Début septembre 2026, le ministère de la Défense a demandé un budget de l’ordre de 48 milliards d’euros pour 2027.
Ainsi, le Japon cherche moins à annoncer une nouvelle stratégie qu’à justifier l’accélération de sa mutation militaire et à désamorcer le narratif relayé par la Chine et ses principaux relais médiatiques sur la renaissance d’une forme de « militarisme nippon ». Ces derniers se montrent extrêmement virulents depuis les déclarations de la Première ministre japonaise en novembre 2025 reconnaissant l’impact qu’aurait une crise dans le détroit de Taïwan sur la sécurité de l’archipel. Une « situation de menace pour la survie » du Japon selon ses propos et pouvant justifier la mise en œuvre des Forces d’Autodéfense (FAD).
Le document repose sur trois idées de fond : la Chine constitue désormais le principal défi stratégique, la guerre est entrée dans une phase de transformation technologique rapide, et la sécurité du Japon exige un effort durable de modernisation militaire, industrielle et technologique.
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À l’occasion de la parution de « Comment l’Amérique a donné l’Iran aux mollahs » signé par le grand reporter états-unien Scott Anderson (éditions Saint-Simon), Pascal Boniface revient sur les grands moments qui ont mené la chute du Shah d’Iran en 1979. D’après l’auteur, les États-Unis, aveuglés par leur confiance en leur allié et sourds aux revendications de la population iranienne, portent une lourde responsabilité dans l’arrivé au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny.
L’ouvrage de Scott Anderson nous plonge dans les rouages qui ont contribué à la fin du régime monarchique : perception d’une soumission de l’Iran vis-à-vis de Washington, société fracturée entre un Téhéran bourgeois et une ruralité déstabilisée par une modernisation à marche forcée, et surtout méconnaissance totale par les diplomates états-uniens du pays dans lequel ils évoluaient.
Une lecture précieuse qui permet de percevoir sur un nouveau jour les errements de la stratégie de Washington dans la guerre actuellement menée à l’encontre de la République islamique.
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La place des salariés dans les associations et fondations, notamment humanitaires ou de défense de l’environnement, est un sujet protéiforme et complexe qui renvoie au dialogue social, bien entendu, mais aussi aux notions d’engagement et de bénévolat au profit d’une cause, au professionnalisme, à la nature de l’organisation (association, fondation…), à l’intérêt général et à la fiscalité (désintéressement, mécénat), à la gouvernance, à la gestion et de la prévention des conflits d’intérêt, à la démocratie, et à bien d’autres sujets encore.
Pour illustrer notre court propos, nous avons pris le parti de nous saisir de la tribune, signée le 16 juin 2026, par 89 salariés du Fonds mondial pour la nature France (WWF France), tribune qui « vise à rappeler ce qui fonde [leur] engagement et les valeurs qui [les] animent ». Cette tribune fait suite à la démission de la présidente du WWF France, une fondation reconnue d’utilité publique (RUP), dont la mission est d’ « arrêter la dégradation de l’environnement dans le monde et construire un avenir où les êtres humains pourront vivre en harmonie avec la nature. ».
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Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les ingérences états-uniennes s’intensifient sur la scène internationale, y compris en Europe. Les récentes élections en Hongrie, en Allemagne ou encore en Roumanie ont été marquées par de nombreuses tentatives d’influencer l’opinion publique par Washington. Ces manœuvres visent à élargir la fenêtre d’Overton afin de favoriser la progression électorale de candidats d’extrême droite, idéologiquement proches du mouvement MAGA. Jusque-là ignorées ou sous-estimées par les Européens, ces ingérences, dont la fréquence et l’ampleur se sont accrues, soulèvent de profondes interrogations.
À quel point les ingérences états-uniennes sont-elles ancrées au sein des démocraties européennes ? Quel rapport les partis d’extrême droite européens entretiennent-ils avec le trumpisme ? Quels sont les moyens déployés par Washington pour déplacer la fenêtre d’Overton en Europe ? Qu’en est-il des réactions d’Emmanuel Macron et de l’Union européenne ?
Autant d’enjeux abordés avec Melissa Bell, correspondante de CNN en France et autrice de « Sous influence américaine : enquête sur les ingérences américaines en France et en Europe » (First Éditions, 2026).
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Le débat sur les risques existentiels liés à l’intelligence artificielle (IA) ne peut plus être dissocié des intérêts économiques et géopolitiques. Il éclaire la nature de la course mondiale à l’IA, entre les États-Unis et la Chine, mais aussi entre modèles fermés et ouverts.
Les risques réels doivent faire l’objet d’une évaluation et d’une réglementation appropriées afin de prévenir les usages malveillants. Cependant, la poursuite des avancées techniques est également nécessaire pour parvenir à des modèles plus performants et plus sûrs. Les mises en garde successives contre des scénarios extrêmes inspirés de la science-fiction, dans lesquels les IA se retourneraient contre l’humanité, semblent destinées à favoriser un type de réglementation qui limiterait la concurrence nationale et internationale, notamment celle des modèles open source.
Un ralentissement imposé du développement par la réglementation pourrait contribuer à soutenir les principaux fournisseurs de modèles, engagés dans des dynamiques financières instables, comme Anthropic et OpenAI, à l’approche de leur introduction en bourse. Pour autant, cette tendance compromet les efforts de coordination réglementaire, puisqu’elle provoque désormais un rejet à l’échelle mondiale. Même leurs proches partenaires dans le secteur des semi-conducteurs, comme Nvidia, dont le modèle économique est plus résilient, ont pris leurs distances.
La controverse porte sur le contrôle de la valeur économique de l’IA. Alors que l’IA américaine fermée se révèle vulnérable à l’effondrement du prix de l’inférence (utilisation des modèles) et à l’essor de modèles chinois de plus en plus puissants, la Chine poursuit une stratégie inspirée de l’open source, que l’Europe aurait elle aussi dû mettre en œuvre pour développer son autonomie.
Par Rémi Bourgeot, économiste et ingénieur, chercheur associé à l’IRIS.
La nature du risque lié à l’IA : de la science-fiction aux politiques publiquesDes employés actuels et passés d’Anthropic, puis son PDG Dario Amodei et des dirigeants d’OpenAI, ont multiplié les mises en garde sur le risque que l’IA ne mène à l’extinction de l’humanité. Cependant, l’idée qu’une IA pourrait simplement se répliquer indéfiniment pour échapper à tout contrôle, s’auto-développer et prendre le contrôle de divers systèmes néglige les contraintes matérielles en jeu.
Des interrogations pointaient déjà ces derniers mois, à la suite d’une série de révélations romancées sur des « agents rebelles » (rogue agents) s’échappant de leurs environnements de test ou construisant des « civilisations d’IA ». La communication autour de ces événements a masqué des défaillances d’ingénierie derrière la menace d’une extinction de l’humanité. La plateforme Hugging Face, qui héberge des modèles ouverts, comptait parmi les organisations visées par de tels incidents, quelques semaines seulement avant son acquisition par Nvidia.
Bien que le risque lié aux essaims d’agents autonomes soit évidemment réel, leur utilisation serait plutôt liée à des intentions criminelles, sur la base d’un accès à d’importantes infrastructures. Le fait que des agents IA auxquels on accorde des permissions excessives puissent causer des dommages ne démontre pas qu’ils aient développé une volonté propre visant à échapper au contrôle humain ou à prendre le contrôle de la civilisation.
Aucun constructeur aéronautique ne prétendrait raisonnablement qu’un avion ait développé une conscience malveillante, décidé de passer outre les instructions des pilotes et de mettre en danger ses passagers. Le fait que les avions modernes soient des systèmes mécaniques et électroniques très complexes, capables de fonctionner avec une intervention humaine limitée, n’implique pas qu’ils aient acquis une conscience d’eux-mêmes ni les facultés mentales d’un oiseau.
Les systèmes autonomes peuvent toutefois créer de graves problèmes de sécurité. Des agents IA peuvent se voir accorder des permissions excessives, commettre des erreurs, exploiter des systèmes mal protégés et être utilisés dans des cyberattaques avec une efficacité sans précédent. Ces risques seront mieux maîtrisés si les efforts de sécurité ne sont pas détournés par des affirmations philosophiquement fantaisistes.
La capture réglementaire comme réponse au problème économique de l’IA américaineLes acteurs dominants peuvent utiliser les mises en garde existentielles pour promouvoir un type de réglementation qu’ils pourraient eux-mêmes influencer, créant ainsi une situation de capture réglementaire. Les entreprises qui disposent déjà des ressources matérielles, des chercheurs et des capitaux nécessaires pour développer des modèles de pointe sont aussi les mieux placées pour se conformer à de nouvelles réglementations coûteuses et mettre en œuvre une pause dans le développement de modèles. Des contraintes qui semblent destinées à protéger la société peuvent donc rendre plus difficile l’entrée de nouveaux acteurs, capables de remettre en cause le statu quo et de développer des modèles plus fiables et plus sûrs.
Cette question est d’autant plus cruciale que le modèle économique des principales entreprises américaines de l’IA semble incertain. OpenAI et Anthropic consacrent des montants gigantesques à l’entraînement, à l’inférence et aux infrastructures de calcul. Elles doivent transformer ces dépenses en un modèle économique durable, d’autant plus que les deux entreprises ont déclaré leur intention d’entrer en bourse. Cependant, les modèles se standardisent de plus en plus et le prix des tokens s’effondre.
L’IA agentique génère une demande d’inférence beaucoup plus importante, car les agents peuvent effectuer de longues séries d’actions. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’OpenAI ou Anthropic capteront la valeur créée par cette demande. Les mêmes capacités de calcul peuvent servir à faire fonctionner des modèles moins chers, ouverts, voire adaptés directement par les entreprises, qui peuvent ensuite les faire tourner sur des serveurs dédiés. Le modèle n’a pas besoin d’être loué auprès de son développeur.
L’essor de l’IA a créé une distinction entre les entreprises qui développent les modèles et celles qui fournissent les infrastructures. Nvidia se trouve au centre de ce système, à la fois du point de vue industriel et financier. Les unités de traitement graphique (Graphics Processing Unit – GPU) qu’elle conçoit sont nécessaires pour entraîner et faire fonctionner les modèles d’IA, au sein d’un écosystème plus large comprenant les data centers, l’électricité, la mémoire et la fabrication de semi-conducteurs.
Les intérêts des fabricants de puces et des fournisseurs de grands modèles de langage (Large Language Model – LLM) sont donc différents. Nvidia bénéficie de l’expansion continue des capacités de calcul. La position relativement favorable de Jensen Huang à l’égard de l’open source peut être comprise dans ce contexte. Les modèles ouverts peuvent créer une demande supplémentaire pour des serveurs dédiés et des infrastructures de calcul. Un ralentissement peut être présenté comme une réponse au risque existentiel, mais il peut également réduire les dépenses d’investissement. Une réduction temporaire du rythme de développement pourrait servir à rééquilibrer les revenus entre les fournisseurs de modèles et les fabricants de puces.
Le défi de l’open source chinois bouleverse la dynamique de la bulle américaineLa Chine évolue dans la direction opposée. Les entreprises chinoises se sont de plus en plus concentrées sur les modèles ouverts pour rattraper les États-Unis. DeepSeek est devenu l’exemple le plus évident, mais il s’inscrit dans un écosystème plus large comprenant Qwen d’Alibaba, Kimi de Moonshot AI et les modèles GLM de Zhipu AI. Les modèles chinois bon marché modifient l’économie de l’IA. Ils peuvent être téléchargés, adaptés et déployés localement, permettant aux entreprises de construire leurs propres systèmes. Cela est particulièrement important pour de nombreux utilisateurs des pays du sud global et jusqu’aux multinationales américaines soucieuses de la facture de l’IA. La Chine peut ainsi développer sa propre sphère d’influence technologique.
Il existe également une différence importante dans la structure du secteur de l’IA chinoise et américaine. Les deux pays disposent de géants numériques capables de financer le développement de l’IA dans le cadre d’activités plus larges liées au cloud, aux infrastructures de calcul et, dans le cas chinois, au développement d’alternatives nationales aux puces de Nvidia. Les deux pays disposent également de laboratoires spécialisés dans l’IA. Cependant, en Chine, les laboratoires spécialisés comme DeepSeek et Kimi, bien qu’importants, ne constituent pas le centre systémique d’une bulle financière comme aux États-Unis.
Par ailleurs, la Chine a peu de raisons de croire qu’une pause serait respectée, dans le contexte géopolitique actuel. La stratégie adoptée par OpenAI et Anthropic compromet les efforts visant à trouver un terrain d’entente, sur la réglementation de l’IA, qui devait être au cœur des prochaines discussions entre les deux gouvernements.
La sécurité passe par une innovation ouverteLes fondements technologiques de l’IA moderne sont issus de recherches ouvertes et d’un écosystème dans lequel des entreprises comme OpenAI et Anthropic pouvaient utiliser des travaux de recherche et des données accessibles. Elles ont désormais construit des systèmes fermés et ont intérêt à protéger leur position. Leurs affirmations selon lesquelles elles s’approchent de l’intelligence artificielle générale (AGI) et résolvent les problèmes mathématiques les plus avancés, tout en s’appuyant encore largement sur l’expertise humaine, cherchent à démontrer que leurs systèmes ont atteint un niveau technologique unique. Les investisseurs doivent ainsi continuer de penser que les dépenses actuelles déboucheront sur un oligopole rentable.
Cependant, le progrès ne doit pas s’arrêter, précisément parce que les LLM sont très imparfaits et présentent d’important risques. Une recherche et une ingénierie rigoureuses peuvent les rendre à la fois plus efficaces et plus sûrs, avec une réglementation rationnelle. Les progrès futurs ne viendront pas nécessairement de l’explosion de la taille des modèles actuels. Différentes approches des données ou encore l’IA physique peuvent produire d’autres avancées cruciales.
L’impasse réglementaire européenneL’Europe avait elle aussi la possibilité de s’appuyer sur l’open source pour rattraper les États-Unis, sans reproduire leur modèle financier. Mistral était relativement bien positionné, ses fondateurs étant issus de géants numériques et ayant investi le secteur tôt. Mais l’AI Act de l’UE a relevé les barrières réglementaires au moment où l’Europe avait plutôt besoin de davantage d’innovation ouverte. Un mélange de contraintes bureaucratiques et de jargon détaché de la réalité technique peuvent être bénéfiques aux administrations qui en ont la charge et aux concurrents puissants dans d’autres partie du monde. Plusieurs gouvernements nationaux, notamment en France et en Allemagne, avaient tenté de convaincre Ursula von der Leyen de revoir la copie de l’AI Act avant sa mise en œuvre, sans succès. En comparaison, à l’été 2025, Donald Trump a rencontré peu de résistance lorsqu’il a détaillé les amendements souhaités par le secteur numérique américain, dans le cadre d’instructions commerciales plus larges.
Par ailleurs, l’Europe dispose d’une position stratégique majeure dans les semi-conducteurs grâce à ASML, qui produit des machines de lithographie vendues aux fabricants de semi-conducteurs comme TSMC, à Taïwan. L’Europe aurait pu développer une stratégie plus ambitieuse et intégrée dans les semi-conducteurs, les infrastructures d’IA et les modèles. Alors que la Chine poursuivait avec détermination les opportunités liées à l’open source, l’Europe a une nouvelle fois approfondi sa dépendance à l’égard des technologies américaines.
Conclusion : La réglementation doit promouvoir la sécurité, pas les oligopolesLa réglementation devrait s’attaquer aux risques réels plutôt que de développer de nouvelles prérogatives fondées sur des scénarios de science-fiction. Elle devrait éviter de donner aux principaux fournisseurs d’IA le pouvoir de définir le cadre réglementaire de manière à préserver leur propre domination du marché. Les controverses actuelles doivent donc être comprises dans leur contexte géo-économique. La question est de savoir si la demande de calcul pour l’IA se traduira par des profits pour les fournisseurs de modèles, leur permettant de survivre à l’éclatement de la bulle, ou principalement pour les fabricants de puces, et si les modèles ouverts redistribueront la valeur économique de l’IA.
La stratégie chinoise combine les modèles ouverts et le développement de puces nationales. Elle n’a pas besoin de reproduire le système américain, mais de construire une alternative capable de produire une IA suffisamment puissante à moindre coût et de la diffuser largement. La réaction politique aux risques liés à l’IA s’inscrit donc également dans une course beaucoup plus large pour la puissance technologique et économique.
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This paper assesses how Czechia has integrated the European Union’s capability-development instruments into its national defence policy. It finds high substantive alignment but weaker internalisation. Czech plans overlap extensively with the Capability Development Plan because the armed forces are replacing Soviet-era equipment, replenishing stocks donated to Ukraine and remedying broad capability gaps. This overlap does not establish that EU priorities determine the order of acquisition: sequencing remains anchored in national requirements, inherited force structure, domestic interests and NATO targets. PESCO has generated access, interoperability progress, and one clear Czech leadership role, yet it has not consistently converted participation into procurement or industrial leadership. Integration is strongest where EU instruments provide tangible finance: the European Defence Fund, ASAP and SAFE have begun to alter incentives and administrative practice. Even there, very limited staffing, late consortium entry and a risk-averse industrial structure constrain outcomes. Czechia integration into the European capability process is therefore selective and predominantly downstream.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec François Mabille, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux, autour des enjeux de la visite du pape en France prévue du 25 au 28 septembre.
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Le président chinois Xi Jinping s’apprête à retrouver son homologue états-unien Donald Trump à Washington dans les prochains jours. L’agenda de cette rencontre, à quelques mois du prochain G20, et alors que la dernière entrevue date seulement du mois de mai interroge : pourquoi maintenant, et qui en sortira véritablement renforcé ?
Trump aborde ce sommet dans un contexte politique particulièrement délicat. Désavoué au sein de son propre camp pour son soutien inconditionnel à Israël, et confronté aux répercussions de la guerre en Iran, le président états-unien entend tirer profit de cette rencontre pour reprendre l’initiative, afficher des résultats et consolider son soutien électoral. De son côté, Xi Jinping pourrait tendre la main à son adversaire à travers des contrats commerciaux fructueux afin qu’il poursuive sa politique de distanciation avec Taïwan.
Mon analyse dans cette vidéo.
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Depuis l’infiltration des casinos de Las Vegas par les mafias italo-américaines, et de ceux de Macao par les triades chinoises, en passant par l’implication de mafias italiennes et de réseaux criminels post-soviétiques dans le jeu en ligne, la criminalité organisée internationale entretient des liens historiques et multiformes avec le secteur des jeux d’argent.
Pour l’année 2026, les projections de revenus issus du secteur des jeux d’argent (produit brut des jeux), s’élèvent à plus de 650 milliards de dollars, un ordre de grandeur comparable au Produit intérieur brut (PIB) de la Norvège ou de l’Autriche. Ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus issus du jeu illégal, dont il n’existe pas d’estimation globale précise.
Les liens entre jeux d’argent et criminalité organisée dépassent l’offre clandestine de jeux par des groupes criminels. Le chercheur Antonius Spapens identifie trois formes principales d’interactions : la pénétration du secteur légal des jeux (par exemple, jusqu’au début des années 1980, l’infiltration du milieu des casinos de Las Vegas par les organisations mafieuses italo-américaines), le détournement des formes de jeu légal (par exemple, à des fins de blanchiment d’argent) et l’offre illégale de jeux d’argent par les acteurs issus de la criminalité internationale.
Les jeux d’argent sont généralement intégrés à une économie polycriminelle, au sein de laquelle se combinent génération de profits, blanchiment de capitaux et diversification des activités illicites. Au cours de la dernière décennie, la numérisation du secteur des jeux a changé l’échelle du phénomène avec une multiplication des plateformes, une circulation transfrontalière des services et le développement de solutions de paiement anonymisantes. Les acteurs criminels sont agiles et savent tirer profit de ces changements et faire évoluer leurs activités, qui s’insèrent elles-mêmes dans des systèmes sophistiqués mêlant activités criminelles et légales diverses, en face la réponse institutionnelle est lente et complexe.
Quelles sont les formes d’implication de la criminalité internationale dans les jeux d’argent et quels sont les défis auxquels est confrontée la réponse institutionnelle ?
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Le vendredi 11 septembre 2026, le groupe rebelle des Houthis, soutenu par l’Iran, s’est emparé du littoral de la mer Rouge, et notamment du détroit stratégique de Bab-el-Mandeb. Ces avancées militaires, qui s’intensifient depuis juillet 2026, soulèvent de nouvelles interrogations à l’échelle internationale. Quelles sont les conséquences du blocage de ce détroit pour la communauté internationale, et plus particulièrement pour la crédibilité de Donald Trump ? Quelles sont les origines du conflit yéménite et de son opposition avec l’Arabie saoudite ? Enfin, cette nouvelle escalade pourrait-elle ouvrir un second front dans la région ? Le point avec Didier Billion, conseiller scientifique et responsable du Programme Moyen-Orient/Afrique du Nord à l’IRIS.
Quelles sont les conséquences de la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb par les houthistes ? En quoi le blocage de ce second détroit entame-t-il la crédibilité étatsunienne au Moyen-Orient, notamment à l’approche des midterms ?
À court terme, les conséquences peuvent s’avérer d’une importance considérable pour l’économie internationale. Rappelons qu’environ 20 % du fret maritime commercial passe par ce détroit, tant sont nombreux les navires qui l’empruntent pour remonter la mer Rouge puis passer le canal de Suez. Les flux du trafic maritime sont en outre aussi orientés du nord vers le sud puisqu’à la suite du blocage partiel du détroit d’Ormuz, les autorités saoudiennes avaient décidé d’exporter un maximum de leur pétrole en passant par les ports orientaux du royaume en direction de l’océan Indien et de l’Asie. La prise de contrôle de Bab-el-Mandeb par les houthistes compromet cette possibilité, ce qui ne manquera pas d’accroître encore le prix du baril de pétrole sur les marchés internationaux.
Précisons que l’interdiction de passage des navires par les houthistes ne s’applique à ce jour qu’aux navires battant pavillon saoudien ou israélien – ou liés à des intérêts de ces deux États. En outre, un accord particulier a été passé entre les États-Unis et les houthistes garantissant la liberté de passage aux navires étatsuniens. On comprend aisément que l’administration Trump tente de parer par tous les moyens les effets négatifs de l’envolée des prix du pétrole sur la façon dont les citoyens voteront lors des midterms, organisés le 3 novembre prochain.
Au-delà du blocage des ports saoudiens, les houthistes ont été accusés par Riyad d’avoir lancé une attaque de drones sur La Mecque. Quelles sont les racines historiques de cette opposition entre l’Arabie saoudite et les milices houthistes et comment les rapports de force ont-ils évolué entre les deux parties ?
Cette information a catégoriquement été démentie par les houthistes. Ces versions contradictoires relèvent de la propagande de temps de guerre et il est difficile de recueillir la vérité des faits. Néanmoins, considérant qu’une partie de leur référent identitaire est clairement lié à la religion islamique, il semble peu crédible que les houthistes aient délibérément visé les Lieux Saints de l’islam. A contrario ils ont bombardé la capitale Riyad au cours des dernières heures.
Avant même d’aborder la relation conflictuelle de l’Arabie saoudite avec les houthistes, il convient de rappeler la prévention des Saoudiens à l’égard du Yémen. Celui-ci, pays de longue histoire, État arabe le plus peuplé de la péninsule arabique, composé de tribus et de clans turbulents, rétifs à toute autorité centrale, est depuis longtemps considéré avec défiance par les Saoudiens. On prétend qu’Ibn Saoud – premier roi de l’Arabie saoudite moderne mort en 1953 – aurait déclaré sur son lit de mort que « le bonheur du royaume réside dans la misère du Yémen » … Si des doutes subsistent sur l’authenticité et l’exactitude de la citation, elle fournit néanmoins une indication assez claire quant à la nature de la relation entre les deux pays.
Avec les houthistes, le conflit actuel s’inscrit plus précisément dans l’histoire récente et renvoie à la séquence des révoltes arabes de 2011-2012. Le Yémen connait alors une véritable transition démocratique, avec notamment l’élection d’un nouveau président Abdrabbo Mansour Hadi en 2012. Les houthistes se percevant marginalisés dans la nouvelle architecture du pouvoir organisent une énième révolte contre les autorités yéménites fraichement élues, avancent sur une partie du pays et conquièrent la capitale, Sanaa, en septembre 2014. Le président élu et son gouvernement se réfugient alors en Arabie saoudite, puis dans des régions yéménites « sécurisées » par l’Arabie saoudite. C’est à la suite de ces événements que le jeune et inexpérimenté Mohamed ben Salmane, qui vient à l’époque tout juste de gagner ses galons de ministre de la Défense, en l’occurrence bien mal conseillé par Mohamed ben Zayed prince héritier d’Abou Dabi, constitue une coalition d’une dizaine de pays arabes et attaque les positions houthistes. Guerre exclusivement aérienne du côté saoudien qui s’enlise rapidement, mais induit de considérables dégâts. Le bilan à ce jour est terrible : 400 000 morts, 2,5 millions déplacés, deux-tiers de la population qui dépendent d’une aide humanitaire ne parvenant que très difficilement.
Une trêve entre les belligérants est conclue en avril 2022, mais les négociations qui s’ensuivent piétinent. Le gouvernement internationalement reconnu – incarné par le Conseil de direction présidentiel – est très divisé devant un bloc houthiste uni et exigeant. C’est en juillet 2026 que la trêve est officiellement rompue, ce qui aboutit deux mois plus tard à la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb. Les houthistes initialement animés à la fois par des revendications anti-impérialistes et par une identité confessionnelle zaïdite – branche de l’islam chiite qui trouve ses origines au VIIIe siècle de notre ère – expriment aussi une réaction patriotique devant ce qui est perçue par une partie de la population comme une agression étrangère.
Quelles sont les répercussions de cette offensive à l’échelle régionale ? Face à un Moyen-Orient fragmenté, cette nouvelle escalade pourrait-elle ouvrir un nouveau front dans la région ?
En dépit d’une totale asymétrie des forces militaires, les événements prouvent tout d’abord une nouvelle fois que des organisations paraétatiques sont en situation de résister et de remporter des victoires contre des forces théoriquement infiniment plus puissantes qu’elles. Cela n’élude pas le fait que les houthistes pâtissent d’une autorité fragile à l’intérieur du Yémen, non seulement en raison de paramètres confessionnels, mais aussi en raison de la réalité sociologique infiniment morcelée du pays. Ali Abdallah Saleh qui a présidé aux destinées du pays durant 33 années (1978-2012) expliquait que « gouverner le Yémen c’est comme danser sur un nid de serpents ».
Ensuite, contrairement à de nombreux commentaires trop pressés, la dernière séquence politique montre que les forces de l’ « axe de la résistance » – c’est-à-dire l’ensemble des forces proches de l’Iran – sont certes affaiblies mais loin d’être annihilées. Le fait par exemple que l’oléoduc saoudien est-ouest ait été bombardé par des milices chiites irakiennes en soutien aux houthistes, constitue un indicateur assez net de la situation qui prévaut et de la coordination qui existe entre ces groupes.
Si les paramètres confessionnels ne peuvent être niés dans ce conflit, la principale racine des conflits renvoie avant tout aux rivalités de puissance politiques et géopolitiques. L’opposition sunnisme-chiisme comme grille d’explication principale des conflits au Moyen-Orient ne fonctionne décidément pas.
Si nous pouvons considérer qu’une nouvelle étape de la guerre entre les houthistes et l’Arabie saoudite vient de s’ouvrir, les événements de ces derniers jours s’inscrivent toujours dans le cours de la guerre initiée en 2015 qui ne trouvera pas d’issue proprement militaire. Cela souligne l’urgence d’une solution politique et la mise en œuvre d’un cessez-le-feu dans les meilleurs délais. Le refus de Donald Trump d’aider militairement l’Arabie saoudite, en dépit des demandes de Mohamed ben Salmane, va certainement contraindre cette dernière à reprendre des négociations avec les houthistes qui, pour leur part, vont hausser le niveau de leurs exigences.
Enfin, outre les enjeux proprement nationaux et l’agenda politique propre des houthistes, leur avancée s’inscrit aussi dans la politique régionale de la République islamique. En ce sens, la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb est une aubaine stratégique pour l’Iran et constitue un moyen de pression supplémentaire pour réactiver de véritables négociations avec les États-Unis. Décidément la guerre déclenchée par ces derniers et Israël le 28 février 2026 est un fiasco absolu.
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Alors que Mahmoud Abbas devait intervenir dans le cadre de l’Assemblee générale des Nations unies, les États-Unis ont interdit l’entrée sur leur territoire à la délégation de la Palestine. Toutefois, ce 17 septembre, l’Assemblée générale a adopté une résolution autorisant le président palestinien à intervenir en visioconférence, comme l’année précédente.
Embarqué par Israël dans une guerre qui semble désormais interminable, contre l’avis de son propre cabinet, Donald Trump ne semble pourtant pas être rancunier. Pour preuve, la livraison à venir de 40 000 bombes pour un montant de 2,8 milliards de dollars à Israël.
Mon analyse dans cette vidéo.
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Nous voici à sept semaines du 3 novembre. Et jamais, dans l’histoire récente des États-Unis, des élections législatives n’avaient revêtu une telle importance — ni un président sortant fait preuve d’une telle agressivité pour tenter d’en infléchir le cours.
La convention républicaine de Dallas des 9 et 10 septembre aura donné le ton. Surnommée “Trumpapalooza” par une presse médusée, cette grand-messe inédite — les républicains n’avaient jamais organisé de convention à mi-mandat — a été imposée par Donald Trump lui-même. Lorsque le speaker de la Chambre Mike Johnson lui a objecté que “ça ne se fait pas”, Trump aurait répondu : « Make it a thing. » On ne saurait mieux résumer sa conception des institutions.
Le président américain a donc transformé ce scrutin en référendum sur sa propre personne, interpellant les électeurs depuis la scène de l’American Airlines Center : « Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote. » Pour s’assurer que le message passe, il a promis un chèque de 5 000 dollars à chaque citoyen états-unien adulte si les républicains conservent le Congrès. Rien de moins.
Le hic, c’est que tous les indicateurs lui sont défavorables. Sa cote d’approbation est au plus bas — même au Texas, État hôte de la convention. La guerre en Iran, vécue aux États-Unis comme un véritable fiasco, a fracturé sa base MAGA. Le pouvoir d’achat s’érode chaque jour davantage. Et les sondages donnent aux démocrates une nette avance pour reprendre la majorité à la Chambre des représentants avec le Sénat en ligne de mire.
Mais Trump n’est pas homme à accepter une défaite. Et la contestation des résultats a déjà commencé — bien avant que les bureaux de vote n’aient ouvert.
Elle a débuté le 3 juillet au pied du mont Rushmore, la veille du 250e anniversaire des États-Unis, lorsque le milliardaire new-yorkais a prononcé un discours proprement lunaire dans lequel il agitait le spectre d’un « danger communiste » prêt à « submerger l’Amérique de l’intérieur. » Puis est venue, quelques jours plus tard, une allocution à la nation dans laquelle il affirmait, preuves à l’appui selon lui, que la Chine avait massivement truqué en faveur des démocrates les données électorales américaines depuis 2020. On se demandera naturellement comment, si tel était le cas, il a pu être brillamment réélu en 2024. Mais Donald Trump n’a jamais été embarrassé par ses propres contradictions.
L’objectif de ces déclarations est transparent : préparer le terrain et légitimer une contestation des résultats de novembre. Le scénario se dessine depuis des mois. Si les républicains perdent la Chambre, Trump n’acceptera pas le verdict. Il invoquera des fraudes, des ingérences étrangères, un complot « radical-gauchiste. » Il a déjà pratiqué l’exercice en 2020. Il recommencera.
Mais cette fois, il pourrait aller plus loin. Des rumeurs persistantes circulent à Washington selon lesquelles il envisagerait de proclamer l’état d’urgence en octobre — avant même la tenue du scrutin — pour en retarder l’organisation.
Constitutionnellement, un président ne peut interférer sur le processus électoral : la date des élections est fixée par la loi, pas par décret. Mais plus de vingt gouverneurs républicains — qui contrôlent l’organisation des élections dans leurs États — ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils suivraient les directives de Trump, y compris inconstitutionnelles. Ce seul fait devrait faire froid dans le dos.
Proclamation d’état d’urgence avant les élections, ou contestation après — dans les deux cas, le pays plongerait dans une crise institutionnelle sans précédent. Et même si Donald Trump décidait, in fine, de s’asseoir sur des résultats défavorables et de gouverner par décrets en ignorant une nouvelle majorité démocrate à la Chambre, voire au Sénat, le bras de fer institutionnel qui s’ensuivrait serait d’une violence que les États-Unis n’ont jamais connue. Des procédures d’impeachment en cascade. Des blocages budgétaires. Des batailles judiciaires portées devant une Cour suprême trumpisée. Le tout se concluant potentiellement par un remake du 6 janvier 2021, version XXL, qui cette fois-ci pourrait même inclure les parlements locaux. Bref, une Amérique en état de guerre civile plus tout à fait froide.
Tout pointe donc, d’une manière ou d’une autre, vers une nouvelle fuite en avant autoritaire. Quelle que soit l’issue du scrutin.
Celles et ceux qui affirment avec certitude que tout se passera bien, que les institutions feront digue, que les Américains voteront sereinement le 3 novembre et que la droite crypto fasciste au pouvoir acceptera sagement le résultat, sont les mêmes qui juraient en 2015 que Trump ne serait jamais élu. Les mêmes qui, après l’assaut sur le Capitole, nous assuraient qu’il finirait ses jours en prison. Les mêmes, encore, qui, en 2024, criaient à qui voulait les entendre qu’il ne pourrait jamais revenir au pouvoir —les électeurs ayant soi-disant compris la leçon.
Dans quelques semaines, l’Amérique votera —ou du moins devrait voter. Ce qui se passera ensuite, personne ne le sait vraiment. Et c’est précisément ce qui doit nous inquiéter.
Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernières publications: « America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang » et « Lettre ouverte à Trump d’un Américain de papier » (éditions Point Nemo).
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